APPROCHE DE LA NOTION DE POESIE - INTRODUCTION : CE QUE N'EST PAS LA POESIE

APPROCHE DE LA NOTION DE POESIE - INTRODUCTION : CE QUE N'EST PAS LA POESIE

APPROCHE DE LA NOTION DE POESIE INTRODUCTION : CE QUE N’EST PAS LA POESIE 1) N’est pas forcément POESIE ce qui est en vers. Ne pas confondre poésie et … versification. Ex. : "Le carré de l'hypoténuse / Si je ne m'abuse / Est égal à la somme des carrés / Des deux autres côtés". 2 ) N’est pas forcément POESIE tout ce qui est expression plus ou moins mélancolique d’une sentimentalité plus ou moins vague : petites fleurs, amours malheureuses ou heureuses … I. A LA RECHERCHE D'UNE DEFINITION DE LA POESIE A. Peut-on définir la poésie ? « On ne sait pas en quoi consiste l’agrément qu’est l’objet de la poésie… » PASCAL Pour certains, on ne définit pas la poésie, on la désigne.

Le plaisir dit « poétique » peut-il attester l’existence de la poésie dans un texte ? Non, car pour chaque lecteur, la définition de la poésie varie avec les étapes de son apprentissage. B. Sens donnés par les dictionnaires Les deux emplois essentiels du mot « POESIE » : Le sens général des mots "poétique" et "poésie" et ses … limites. Poétique : (Larousse) : Se dit d’une chose qui porte à rêver, qui élève l’âme. Ex. : Vision poétique de la vie = réaliste) ; un coucher de soleil poétique ; avoir une nature poétique (= rêveur) (Petit Robert) : empreint de poésie. « Une prose poétique, musicale, sans rythme et sans rime, assez souple et assez heurtée pour s’adapter aux mouvements lyriques de l’âme »BAUDELAIRE. Qui émeut par la beauté, le charme, la délicatesse. « Nous disons d’un paysage qu’il est poétique, nous le disons d’une circonstance de la vie, nous le disons parfois d’une personne »VALERY Poésie : (Larousse) : Caractère d’une chose qui parle à l’âme, qui touche le cœur, la sensibilité Ex. Clair de lune plein de poésie.

(Petit Robert) : Propriété que l’homme attribue à certaines choses ou certains êtres d’éveiller en lui l’état poétique. Ex. Poésie des ruines. « Il y a de la poésie dans ce gratte-ciel » VALERY SUPERVIELLE : « Rêver, c’est oublier la matérialité de son corps, confondre en quelque sorte le monde extérieur et l’intérieur » Georges POMPIDOU (Anthologie de la Poésie française, 1961 « Lorsqu’un poème ou simplement un vers provoque chez le lecteur une sorte de choc, le tire hors de lui-même, le jetant dans le rêve, ou au contraire le contraint à descendre en lui plus profondément jusqu’à le confronter avec l’être et le destin, à ces signes se reconnaît la réussite poétique » Conclusion partielle : Serait "poétique", selon les dictionnaires, ce qui appartient - au domaine du REVE, de l’IRREEL et - au domaine de la SENSIBILITE, des SENTIMENTS. C. Mais d'où vient la poésie ? 1) La poésie est-elle dans les choses ? Y- a t-il des choses plus poétiques que d’autres ? Des paysages , un coucher de soleil, une aube montagnarde … Il suffirait d'un cœur et d'un regard bien disposés pour la découvrir dans les choses de prime abord prosaïques. C'est ce que proposait

Jean Onimus :"Le poète entre en relation avec ce qui paraît d'abord banal, il interroge les petites choses, dialogue avec elles et s'interroge, s'ouvre par leur intermédiaire à soi-même et au monde." (cité dans Organibac II, Magnard, p. 281) Mais le poète REVERDY déclare : « La poésie n’est certainement pas dans les choses, autrement tout le monde l’y découvrirait aisément, comme tout le monde trouve si naturellement le bois dans l’arbre et l’eau dans la rivière ou l’océan. Il n’existe pas non plus par conséquent, de choses ni des mots plus poétiques les uns que les autres, mais toutes choses peuvent devenir à l’aide des mots, poésie, quand le poète parvient à mettre son empreinte dessus. » 2) La poésie est-elle dans les êtres ? Le poète est-il celui qui sait faire vibrer certaines "cordes" , par exemple a) la sensibilité Selon Jeanne Bourin, "la poésie , c'est la traduction anoblie de nos émotions, de nos rêves, de nos peines, de nos désirs.(…) Tout est matière à poésie" (texte complet in Organibac, p. 282) "A mes yeux, détient une parcelle de poésie tout être capable d'évoquer spontanément les sentiers d'une forêt verdoyante devant un feu de bois (…) N'est donc pas étranger à la poésie, celui qui, même placé à ras de terre, découvre à toute chose son aspect céleste, en opposition à celui qui, de la femme, ne retient que le sexe, et du feu de bois son prix de revient." (propos du poète Benjamin Péret, 1899-1959) b) l'imagination Picasso parle d'un œil intérieur de l'imaginaire. Et l'une des missions du poète serait d'explorer les zones obscures de l'âme humaine. c) l'ingénuité Selon le poète Yves Pérès, "un poète est un homme qui garde toujours le don de s'étonner…" (cité in Organibac, p. 283) Le poète serait donc encore celui qui a su préserver en lui l'esprit d'enfance. d) la soif d'absolu Le poète sait toucher aussi la corde invisible mais intangible du besoin de perfection, sait nous faire tendre vers ce qu'il y a sans doute de plus humain, le désir de connaître, de créer, d'être au-delà de nos limites physiques et temporelles. Lors de son allocution au Banquet Nobel du 10 décembre 1960, le poète Saint-John Perse déclara :"Plus que le mode de connaissance, la poésie est d'abord le mode de vie et de vie intégrale. Le poète existait dans l'homme des cavernes, il existera dans l'homme des âges atomiques : parce qu'il est une part irréductible de l'homme." La poésie témoigne d'un besoin d'absolu qui habite l'homme. Les poètes ont souvent rêvé d'un au-delà, à coloration souvent platonicienne dont le poème serait le sésame. Baudelaire écrit dans Théophile Gautier : l'Artiste, en 1859 :" C'est cet admirable, cet immortel instinct du Beau qui nous fait considérer la Terre et ses spectacles comme un aperçu, comme une correspondance du Ciel. La soif insatiable de tout ce qui est au-delà, et que révèle la vie, est la preuve la plus vivante de notre immortalité." (texte complet in, Organibac II, p. 189) Penser aussi à Rimbaud. Et au petit chien de M. Bergeret :"Le petit chien de Monsieur Bergeret ne regardait jamais le bleu du ciel, incomestible." (Anatole France) 3) La poésie est-elle dans le regard porté sur les êtres et les choses ? Selon Proust, toute beauté est nécessairement subjective, la matière est indifférente et seul compte le regard porté sur les êtres et les choses et la transmutation opérée par l'artiste peintre, musicien ou sculpteur, et bien sûr poète. Pour Jean Cocteau, "la poésie montre nue, sous une lumière qui secoue la torpeur, les choses surprenantes qui nous environnent et que nos sens enregistraient machinalement (…) Mettez un lieu commun en place, nettoyez-le, frottez-le, éclairez-le de telle sorte qu'il frappe avec sa jeunesse et avec la même fraîcheur, le même jet qu'il avait à sa source, vous ferez œuvre de poète." C'est aussi la position de Reverdy cité ci-dessus :" La poésie peut être mise en tout et partout (…) C'est la main mise souveraine de l'homme sur les choses de la création." (cité in Organibac p. 284) 4) La poésie est-elle dans les mots ? Les Grecs distinguaient "logos", langue de la logique, du rationnel et ''ôdé" , langue du chant, du charme … Le sens littéraire du mot "poésie" et sa … complexité (Larousse) : La poésie est l’ART d’évoquer et de suggérer les sensations, les impressions, les émotions par un emploi particulier de la langue, utilisant les sonorités, les rythmes, les harmonies des mots et des phrases ; les images… (Petit Robert) : Poésie : ART du langage, visant à exprimer ou à suggérer quelque chose par le rythme (surtout le vers) l’harmonie et l’image.

Doit-on alors assimiler poésie et langage poétique ? b) la poésie, un art du langage ? Pour le poète Paul VALERY , la poésie est un "art particulier fondé sur le langage", "une hésitation prolongée entre le son et le sens". Il écrit aussi :"La poésie est l'ambition d'un discours qui soit chargé de plus de sens et mêlé de plus de musique que le langage ordinaire n'en porte et ne peut en porter." Pour Mme DE STAËL : la poésie doit « réfléchir par les couleurs, les sons et les rythmes toutes les beautés de l’univers » Selon BAUDELAIRE : « Victor Hugo a su exprimer par la poésie le mystère de la vie ».

Victor Hugo ne disait-il pas dans les Contemplations, I,8 , Suite (de Réponse à un acte d'accusation) : "Rêveurs, tristes, joyeux, amers, sinistres, doux, Sombre peuple, les mots vont et viennent en nous; Les mots sont les passants mystérieux de l'âme." II. EVOLUTION DE LA CONCEPTION DE LA POESIE

A. Quelques étapes importantes : de la tradition à la modernité. (Lire dans le manuel Littérature 1°- Textes et méthode, Hatier, 1996 : le chapitre "Poésie – Modernité et tradition", p. 436- 37 et les Fiches Guides "Fonction du poète", p.242 ; "Rôle de la poésie", p. 261 ; "La poésie engagée", p. 451) 1) La Pléiade : Du Bellay et la Défense et Illustration de la langue française 2) Le Classicisme et … le retour à l'ordre : "Enfin Malherbe vint …" dit Boileau. 3) L’Aventure romantique (cf. Musset) Pour les romantiques, la poésie est la dépense de toutes les énergies intérieures et le moyen d’accéder à un ailleurs. Cf. la Nuit de Mai de MUSSET : « Laisse-la s’élargir, cette sainte blessure Que les noirs séraphins t’ont faite au fond du cœur Rien ne nous rend si grands qu’une grande douleur Mais, pour en être atteint, ne crois pas, ô poète, Que ta voix ici bas doive rester muette.

Les plus désespérés sont les chants les plus beaux, Et j’en sais d’immortels qui sont de purs sanglots » La poésie est ici un CRI. 4) L'aventure de la fin du XIX° siècle : Depuis Baudelaire et Rimbaud, poésie = recherche d’un ailleurs. RIMBAUD ; « dérèglement de tous les sens » . Atteindre un état second pour être voyant ; c’est aussi dérégler le sens des mots, torturer le langage.

5) L’Aventure surréaliste On tente d’ouvrir les portes du subconscient, et de concilier REEL et IRREEL. Poésie moderne = Recherche d’un « ailleurs », quête d’un absolu, recréation du monde, vision subjective du monde. Ce n’est plus seulement un ART ou un langage. B. Vers un essai de définition de la notion moderne de la poésie : 1) Définitions proposées par quelques auteurs REVERDY : « La POESIE est uniquement une opération de l’esprit du poète exprimant les accords de son être sensible au contact de la réalité » LAMARTINE : La poésie est « fille de l’enthousiasme et de l’inspiration, expression idéale et mystérieuse de ce que l’âme a de plus éthéré et de plus inexprimable, sens harmonieux des douleurs et des voluptés de l’esprit » (Préface des Méditations) René WALTZ : la poésie est « le don de communiquer l’émotion humaine par le verbe musical selon quelque principe artistique » 2) Définitions personnelles Première définition proposée : La POESIE, c’est la REALITE vue, perçue, souvent INTERPRETEE parfois même RECREEE par la SENSIBILITE et l’IMAGINATION de l’être humain et EXPRIMEE de manière à produire sur le lecteur ou l’auditeur un effet de CHARME, d’ENVOUTEMENT et à l’ENTRAINER le plus souvent dans le domaine du REVE.

D’après le texte de Pierre REVERDY : Poésie et Réalité du monde, on peut dire que : La poésie est une PROJECTION de l’ETRE INTERIEUR d’un homme sur le monde REEL, de toute la SUBJECTIVITE du poète sur l’OBJECTIVITE du monde. LA CREATION poétique permet à l’homme de voir, de REVOIR le monde à sa façon , de se CREER un MONDE. Deuxième définition proposée : La POESIE consiste en une mise en forme ETRANGE du LANGAGE, un emploi particulier de la langue qui essaie de nous faire pénétrer dans un monde ETRANGE, c’est-à-dire ETRANGER au monde habituel, de nous faire aller

au-delà du REEL, de nous faire dépasser le monde immédiatement perceptible par les sens qui essaie d’atteindre parfois et de nous faire atteindre un ABSOLU, un au-delà. 3) D’où la recherche d’un langage nouveau Ex : BAUDELAIRE : Poèmes en prose ; CLAUDEL : Versets Lire dans le manuel Français Première, Bordas, 2001, pages 198-9, "La poésie nouvelle" et pages 250-1, "Espaces, rythmes et sonorités".

CONCLUSION La poésie est à la fois un art et une recherche. Depuis le XIX° siècle, les formes traditionnelles coexistent avec des formes nouvelles. Il s'agit moins d'imposer un rythme extérieur que de prendre le rythme de la vie intérieure. On constate aussi un décloisonnement des genres. A la prosodie régulière ont succédé : - le vers libre, le refus de toute forme établie la perte du sens manifeste, immédiat, évident à la première lecture le droit de fabriquer des mots, de mettre un mot pour un autre la recherche des dispositions typographiques… LA SPECIFICITE DU LANGAGE POETIQUE I – LES IMAGES L’image est le résultat d’une PERCEPTION INTUITIVE et non un artifice purement stylistique et conscient. C’est une vision particulière du monde qui procède par rapprochement intuitif d’éléments disparates. « Il ne s’agit pas de faire une image, il faut qu’elle arrive sur ses propres ailes » REVERDY « Appréhender poétiquement le monde, c’est d’abord penser par images » PIERRE EMMANUEL La valeur de l’image ?

« Une image n’est pas forte parce qu’elle est brutale ou fantastique mais parce que l’association des idées est lointaine et juste » REVERDY « L’image suppose un retour au fonds originel, à la spontanéité primitive de l’être » PIERRE EMMANUEL. Les différentes façons de présenter l’image. (cf Fiche Corpus St-Rémi n° 5) La COMPARAISON : figure de rhétorique qui consiste à rapprocher deux idées afin de mieux dégager, par une analogie, leur sens, leur aspect, ou simplement pour les embellir.

Toujours deux termes et un mot introducteur ( comme, ainsi…) « Comme le champ semé en verdure foisonne… / Ainsi de peu à peu crut l’empire romain » DU BELLAY La METAPHORE : figure de rhétorique qui consiste à désigner un objet ou une idée par un mot qui convient pour un autre objet ou une autre idée, liés aux précédents par une analogie. La métaphore fusionne donc en un seul les deux termes de la comparaison. « Déjà la nuit en son parc amassait / Un grand troupeau d’étoiles vagabondes » DU BELLAY. II- LES MOTS BAUDELAIRE a parlé de « sorcellerie vocatoire ». Pierre-Jean JOUVE : « La poésie est établie sur le pouvoir occulte du mot de créer la chose, sur le mystère de l’association des idées et des colorations entre souvenirs, émotions et désirs, provoqués par les mots ». Certains sont riches d’évocation, pittoresques Certains possèdent une sonorité envoûtante Certains sont pleins d’harmonie, de musique Certains n’appartiennent pas à la langue habituelle Certains sont peu connus , sont anciens, sont nouveaux (Provignement = forger des néologismes à partir des mots qui nous sont familiers) La périphrase mêle l’image et le mot.

III- UNE MANIERE ETRANGE DE PARLER. Construction de phrase inhabituelle : inversion… ou étrangetés grammaticales Prononciation des « e » muets - qui donnent à la phrase une allure solennelle. - qui permettent des effets d’allongement. Cet effet d’allongement est un des secrets d’harmonie du vers français. VALERY : « e… qui termine et prolonge tant de mots par une sorte d’ombre que semble jeter après elle une syllabe accentuée ».

CLAUDEL dit de ce « e « voyelle féminine, qui pallie le défaut du français qui est de venir d’un mouvement accéléré, se précipiter tête en avant sur la dernière syllabe » ELUARD parle de ces "immenses e dits doucement"… IV –LE RYTHME C’est le retour d’un même phénomène à intervalles réguliers. Le rythme est un phénomène naturel à l’homme.

Il a sur la phrase un pouvoir d’envoûtement, le même pouvoir que la musique. En revanche la CACOPHONIE détruit la poésie. Pour BOILEAU : « Le vers le mieux rempli, la plus noble pensée / Ne peut plaire à l’esprit quand l’oreille est blessée ». A- A L’INTERIEUR DU VERS 1 ) Le rythme est marqué par les ACCENTS. En français, l’accent porte dans un mot sur la dernière syllabe prononcée. Mais dans un groupe de mots liés par la syntaxe, le mot perd son accent individuel, il n’y a qu’un accent de groupe qui tombe sur la dernière syllabe prononcée du mot.

En prose, les accents sont répartis au hasard de la phrase. Le propre de la VERSIFICATION est de les répartir selon une CADENCE qui crée une impression. Ex. « l’attelage suait, soufflait, était rendu…. » impression de lenteur. Le vers français primitif coupait le vers en 2 versants : effet de symétrie. La coupure s’appelle la CESURE ; chaque demi-vers : HEMISTICHE. Chaque vers forme donc une cellule rythmique indépendante. En effet d’après le schéma du vers primitif, la fin du vers coïncide avec un arrêt de la syntaxe, de sorte que l’on s’arrête naturellement à la fin du vers à cause du sens.

Ruptures dans la régularité du rythme Le rejet consiste à rejeter dans le vers suivant un ou deux mots qui font partie par le sens ou par le rythme, du vers précédent Ex « Mais j’aperçois venir Madame la Comtesse De Pimbêche… » RACINE Le contre-rejet consiste à commencer au vers précédent, par un ou deux mots, une proposition qui s’achève dans le second vers. Ex « Elle porta chez lui ses pénates, un jour Qu’il était allé faire à l’aurore sa cour » LA FONTAINE L’enjambement consiste à continuer le 1° vers sur tout le premier hémistiche ou sur toute la longueur du vers suivant. C'est "un simple débordement des groupements de le phrase par rapport à ceux du mètre, sans mise en vedette d'aucun élément particulier." (Jean Mazaleyrat, Eléments de métrique française, A. Colin, p. 126-7) Ex « C'était le jour béni de ton premier baiser Ma songerie aimant à me martyriser S’enivrait

savamment du parfum de tristesse Que même sans regret et sans déboire laisse La cueillaison d’un Rêve au cœur qui l’a cueilli » (MALLARME, Poésies, "Apparition") 2 ) Le rythme est aussi marqué par les SONORITES Parfois certains sons soulignent le rythme par leur répétition. Ils sont d’autant plus expressifs que la répétition tombe sur la syllabe accentuée. Ex « A l’orée des forêts… » Il y a HARMONIE IMITATIVE lorsque le son répété évoque le sens Ex « Un frais parfum sortait des touffes d’asphodèle ; Les souffles de la nuit flottaient sur Galgala… » (V. HUGO, la Légende des Siècles, Booz endormi) Ex « Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ( RACINE, Andromaque) Mais le plus souvent on constate simplement un e "HARMONIE SUGGESTIVE" Il y a ALLITERATION lorsque c’est une consonne qui est répétée. Ex « Plus que le marbre dur me plaît l’ardoise fine » DU BELLAY Il y a ASSONANCE lorsque c’est la voyelle qui est répétée. Ex. « Tes mains sont pleines de fleurs et de meurtres » CAMUS , Caligula B - D’UN VERS A L’AUTRE Le rythme est marqué Par le retour du même nombre de syllabes. Pour compter les syllabes, tenir compte des phénomènes de DIERESE : 2 voyelles forment 2 syllabes : li-on SYNERESE : 2 voyelles ne forment qu’1 seule syllabe : ciel Les différents sortes de vers : OCTOSYLLABE : 8 syllabes DECASYLLABE : 10 syllabes ALEXANDRIN : 12 syllabes Césure à la 6° syllabe, avec coupes secondaires ou 4 mesures à 3 temps. Sa longueur permet des coupes importantes qui varient le rythme.

Il peut se décomposer en 3 temps (rythme ternaire). Ce rythme est cher aux romantiques : « J’ai disloqué ce grand niais d’alexandrin » Victor HUGO 2) Par le retour du même son à la fin du vers : la RIME La rime est un temps fort du rythme : elle crée entre 2 mots une association éloquente, charmante ou humoristique. Qualités de la rime : PAUVRE : homophonie d’1 voyelle. SUFFISANTE : homophonie de 2 éléments RICHE : homophonie de 3 éléments et + MAUVAISE : si les voyelles ne sont pas rigoureusement homophones ou si elle utilise des mots de même formation LEONINE : 2 syllabes semblables HOLORIME : les vers entiers sont rimes Dispositions de la rime : PLATES : aa bb cc EMBRASSEES : abba CROISEES : abab C – D’UN GROUPE DE VERS A L’AUTRE Le rythme est marqué par les STROPHES :

DISTIQUE : strophe de 2 vers TERCET : strophe de 3 vers QUATRAIN : strophe de 4 vers. : = QU’EST-CE DONC QU’UN POETE ? C’est un homme Qui est capable d’être touché : « le poète est un voyant » (RIMBAUD) Qui crée quelque chose : il matérialise ses sentiments, ses rêves Qui réussit à faire rêver, à émouvoir les autres par le moyen d’EXPRESSION. « Celui-là sera véritablement le poète que je cherche en notre langue, qui me fera indigner, apaiser, éjouir, douloir, aimer, haïr admirer, étonner, bref qui tiendra la bride de mes sentiments me tournant çà et là à son plaisir. Voilà la vraie pierre de touche où il faut que tu épreuves tous poèmes en toutes langues » (DU BELLAY) En guise de conclusion, lire le poème d'Eluard : Tout dire, recueil Pouvoir tout dire (1951). Voir page suivante. TOUT DIRE Le tout est de tout dire et je manque de mots Et je manque de temps et je manque d'audace Je rêve et je dévide au hasard mes images J'ai mal vécu et mal appris à parler clair Tout dire les rochers la route et les pavés Les rues et leurs passants les champs et les bergers Le duvet du printemps la rouille de l'hiver Le froid et la chaleur composant un seul fruit Je veux montrer la foule et chaque homme en détail Avec ce qui l'anime et qui le désespère Et sous ses saisons d'homme tout ce qu'il éclaire Son espoir et son sang son histoire et sa peine Je veux montrer la foule immense divisée La foule cloisonnée comme en un cimetière Et la foule plus forte que son ombre impure Ayant rompu ses murs ayant vaincu ses maîtres La famille des mains la famille des feuilles Et l'animal errant sans personnalité Le fleuve et la rosée fécondants et fertiles La justice debout le bonheur bien planté [...] Paul ÉLUARD Pouvoir tout dire. (1951) Document "Les véritables poètes n'ont jamais cru que la poésie leur appartint en propre. Sur les lèvres des hommes, la parole n'a jamais tari ; les mots, les chants, les cris se succèdent sans fin, se croisent, se heurtent, se confondent. L'impulsion de la fonction langage a été portée jusqu'à l'exagération, jusqu'à l'exubérance, jusqu'à l'incohérence. Les mots disent le monde et les mots disent l'homme, ce que l'homme voit et ressent, ce qui existe, ce qui a existé, l'antiquité

du temps et le passé et le futur de l'âge et du moment, la volonté, l'involontaire, la crainte et le désir de ce qui n'existe pas, de ce qui va exister. Les mots détruisent, les mots prédisent, enchaînés ou sans suite, rien ne sert de les nier. Ils participent tous à l'élaboration de la vérité. Les objets, les faits, les idées qu'ils décrivent peuvent s'éteindre faute de vigueur, on est sûr qu'ils seront aussitôt remplacés par d'autres qu'ils auront accidentellement suscités et qui, eux, accompliront leur entière évolution.

Il nous faut peu de mots pour exprimer l'essentiel, il nous faut tous les mots pour le rendre réel. Contradiction, difficultés contribuent .à la marche de notre univers. Les hommes ont dévoré un dictionnaire et ce qu'ils nomment existe. L'innommable, la fin de tout ne commence qu'aux frontières de la mort impensable ) " ÉLUARD, les Sentiers et les Routes de la poésie, 1952.