Le torchon brûle

Le torchon brûle

Le torchon brûle

NO 5 22e année · mercredi 30 janvier 2019 Place de la Riponne 4 • 1005 Lausanne • tél. 021 321 14 60 • redaction@evenement.ch • www.evenement.ch l’hebdomadaire du syndicat L’ÉVÉNEMENT SYNDICAL JAA CH-1005 Lausanne P.P. / Journal Poste CH SA Suite à la résiliation d’un contrat avec l’Union bancaire privée, la société genevoise de nettoyage Orgapropre a procédé à des coupes dans ses effectifs. Défendues par le Sit, une quinzaine de travailleuses ont fait grève ces deux dernières semaines. Un mouvement aussi soutenu activement par Unia, solidaire avec leur cause.

Des discussions sont en cours pour sortir de l’impasse.

PAGE 5 pleur du phénomène quand bien même tous les effets de la Loi sur l’aménagement du territoire ne se sont pas encore déployés. Mais la propo- sition des initiants va plus loin. Elle constitue un garde-fou supplémentaire à la législation exis- tante,d’uneduréelimitée.Pasaugoûtdesoppo- sants qui jugent le projet extrême, rigide et, bien sûr, préjudiciable aux sacro-saints intérêts éco- nomiques de notre pays. Même s’il reste 300 km2 de zone à bâtir. De quoi héberger 1,5 million de personnessupplémentaires...Lesadversairesde l’initiative dénoncent encore les risques d’une augmentation du prix des terrains, des loyers.

Dérives le plus souvent imputables pourtant à la spéculation immobilière mais qu’importe s’il faut convaincre. Et on connaît la force des résis- tances chaque fois qu’un projet audacieux – vi- sionnaire? – en faveur de l’environnement ar- rive sur la table. Le monde paysan se montre lui aussi divisé sur la question. Entre une faîtière, l’USP, rejetant le texte de peur que de nouvelles halles pour poulets et cochons ou des serres ne puissent être érigées et des associations comme Uniterre soutenant le projet.

Dans tous les cas, l’initiative interroge sur le monde dans lequel nous souhaitons vivre.

La place que nous désirons accorder à nos cam- pagnes. A la souveraineté alimentaire de la Suisse. A la préservation de ce qui reste de la biodiversité – facteur clé de notre survie. A l’es- pace laissé aux autres espèces qui ont déjà vu leur habitat se réduire comme peau de chagrin. Le texte pose également la question de l’exten- sion des routes et du trafic qui iront de pair avec la poursuite du mitage du territoire. De la pollu- tion inhérente. La proposition prône, elle, une densification des quartiers durables. Une ges- tion efficiente des surfaces faisant la part belle aux îlots verts.

Et de facto, un moyen de préser- ver les paysages. Espaces de détente pour tous. Bouffées d’oxygène essentielles. Comme la Suisse a déjà eu la bonne idée, il y a environ 140 ans, de protéger ses indispensables forêts. Mais bien sûr, une telle perspective ne permettra pas à chacun de posséder sa villa. Eternel paradoxe auquel sont confrontés les Suisses, entre l’envie d’accéder à la propriété individuelle – une per- sonne sur deux l’espère – et l’impérative néces- sité de protéger la nature.

L’approche des Jeunes Verts plaide, elle, pour une forme de décroissance. Un frein au déve- loppement effréné. Rappelant que le sol n’est pas extensible. Se souciant des générations fu- tures. Si la population s’est dans un premier temps montrée plutôt favorable à ce texte, le risque que chacun veuille malgré tout défendre son pré carré se révèle bien réel. Un pré que tous ne rêvent hélas! pas vert.  Pré carré... Le torchon brûle Sonya Mermoud C ampagne contre ciment? Chaque jour, l’équivalent de huit terrains de football disparaîtenSuissesouslebéton.Jusqu’où acceptons-nous cet étalement urbain? Voilà la question à laquelle devront répondre, le 10 fé- vrier prochain, les citoyens helvétiques appe- lés à se prononcer sur l’initiative des Jeunes Verts «Stopper le mitage – pour un développe- ment durable du milieu bâti».

Un texte qui ré- clame un gel des zones à bâtir. Qui conditionne la construction de nouvelles surfaces au déclas- sement d’espaces de même taille. Qui entend préserver les terres cultivables sachant encore que, chaque seconde, près d’un mètre carré d’espace vert est perdu. De quoi donner l’am- POINT DE MIRE NEIL LABRADOR PROFIL JUGEMENT Grévistes de la Providence déboutés. PAGE 3 VAUD Ingénieurs et architectes soumis à la CCT. PAGE 9 NEUCHÂTEL Le câblier Nexans restructure.

PAGE 7 Nicolas Charrière, pasteur atypique. PAGE 2

Le torchon brûle

mercredi 30 janvier 2019 | No 5 2 PROFIL L’Événement syndical DIEU, LE ROCK ET LES MYGALES... Pasteur de la paroisse de Vaulion-Romainmôtier, Nicolas Charrière ne conçoit pas sa mission sans engagement. La foi, les yeux ouverts Sonya Mermoud N i guide. Ni intermédiaire. Ni- colas Charrière, marié et père de trois enfants, est un être hu- main comme les autres, avec ses fragi- lités et ses ambiguïtés. Ses doutes et ses peurs, comme celle de se perdre dans des choses sans intérêt. Un homme qui a décidé de cheminer aux côtés de per- sonnes en quête de spiritualité.

De se mettre à leur service, «de prendre soin d’elles». Une mission où il n’y a pas de supérieur mais juste un interlocuteur prêt à écouter. A s’engager. A offrir son temps et ses compétences à la commu- nauté sur laquelle il veille. A se taire quand les mots volent en éclats devant des peines incommensurables. A tisser des liens entre croyants. «Mon travail c’est aussi apprendre à aimer tous les gens, le monde, la création. Mais c’est peut-être là le job de chacun», relève encoreceVaudoisde45ansqui,consa- cré pasteur en 2003 et responsable de- puis 2017 de la paroisse de Vaulion-Ro- mainmôtier, s’est tout au long de son parcours frotté à nombre de situations difficiles.

Côtoyant misère et détresse. Confrontéauxfacetteslesplussombres de la vie humaine.

AU-DELÀ DE L’ACTE COMMIS A la fin de ses études de théologie, Ni- colas Charrière intervient comme pas- teur de rue suffragant à Lausanne. Le local où il travaille un jour par semaine accueille des SDF et surtout des toxi- comanes. Un havre où les marginaux peuvent boire un café, se restaurer, re- cevoir des soins de base et, surtout, s’alléger de leur colère. De leur souf- france. De leurs interrogations. «Ils at- tendaient rarement de réponse. Ils res- sentaient seulement le besoin d’être entendus. Nous ne parlions pas de Dieu. C’était juste des petits bouts de chemin que nous faisions ensemble et qui en ont aidé peut-être certains», explique Nicolas Charrière, précisant avoir «la foi, les yeux ouverts».

Le pasteur travaille ensuite une dizaine d’années à Payerne avant de se lancer un nouveau défi en acceptant un poste danslesprisonsdelaCroisée,àOrbe,et de la Tuilière, à Lonay. Rien d’évident. L’homme va se confronter à des déte- nus au passé parfois terrifiant, entre meurtres, viols, pédophilie, infanti- cides... «Difficile de ne pas porter de ju- gement, mais on ne saurait réduire un individu à l’acte commis. Il faut élargir le regard sur l’autre pour lui offrir une chanced’agirdemême.Ilestnécessaire que la vie soit encore possible au-delà delafaute»,expliquelepasteurquiévo- luera presque sept ans dans le milieu.

Du lourd. Et une foi souvent bousculée. CONFIANCE ET INTUITION «Si je doute? En permanence. Ma foi est constamment secouée par les hor- reurs, les atrocités de l’humanité mais, en même temps, par l’infinie beauté de personnes, de rencontres, du monde», lance le pasteur qui, bien que ne dé- tenant aucune preuve de Dieu, reste persuadé de son existence. «Une cer- titude de l’ordre de la confiance et de l’intuition. Dieu c’est, en trois mots, présence, soin et mystère», souffle cet homme d’Eglise qui a évolué dans une famille plutôt critique à l’égard de la re- ligion. Posture qu’il partageait tout en reconnaissant avoir toujours été habi- té par le sentiment «de quelque chose de plus grand».

Et militant alors pour davantage de justice sociale. Le déclic? Des échanges avec des professeurs de latin et de philosophie humanistes et d’autres étudiants. «Ces discussions et la lecture de la Bible m’ont révélé que j’étais croyant. J’ai été surpris et soula- gé en même temps», raconte celui qui prendra un congé sabbatique d’un an pour s’assurer d’emprunter la bonne voie. Une vocation qu’il conciliera avec sa personnalité. Son ouverture d’esprit et des engagements qu’il trouve justes. Quitte à déplaire à certains. «On a plu- sieurs fois demandé ma démission», relève le pasteur qui s’est largement mobilisé en faveur de la bénédiction des mariages LGBT en terre vaudoise.

Avec succès. Comme il n’a pas hésité à prendre des risques pour venir en aide à des réfugiés. «Certaines situa- tions particulières nécessitent de s’in- vestir au-delà de ce qui est autorisé.» TÊTE EN BAS Fan de musique pop, rock, heavy metal et punk, Nicolas Charrière, ex-batteur, gratte aujourd’hui de la guitare, chante et continue à se passionner pour les groupes de sa jeunesse. «Une musique qui véhicule de l’authentique, de la ré- volte...Unemanièred’êtrehumaindans toute sa complexité», affirme le pasteur atypique qui se distingue également par sonintérêtpourles...mygales–l’homme en possède pas moins de septante plus une, virtuelle, tatouée sur son épaule.

«Je les trouve belles, intéressantes. Il y a presque un côté méditatif à s’en oc- cuper, une manière de se vider la tête», explique le passionné qui abrite encore dans son foyer deux serpents, un scor- pion et deux chats. Durant son travail dans les prisons, le quadragénaire – qui sedéfinitcommeunepersonneenthou- siaste, réfléchie et impulsive à la fois et parfois sombre («mais ça ne dure alors jamais») – s’est aussi fait tatouer sur l’avant-bras une croix celtique. Un sym- bole mélangeant des influences judéo- chrétiennesetdestraditionsreligieuses du nord de l’Europe illustrant son res- pect pour la pluralité des chemins spi- rituels...

Gravé encore sur sa peau, un imposant dragon à l’esthétique médié- vale incarnant le diable dans la théolo- giechrétienneetladualité.«Maisj’aire- présentél’animalvaincu,latêteenbas», sourit Nicolas Charrière qui confie se ressourcer dans la prière et la musique, et aimer la forêt. «C’est là mon côté un peu ours, solitaire qui ressort», rigole ce sympathique pasteur qui, jetant un œil dans le rétroviseur de sa vie, dira: «Je porte un regard plutôt bienveillant sur mon vécu. Tout en partageant cette idée: “Tu es parfait comme tu es, conti- nue à t’améliorer.»  Pasteur profondément humain, Nicolas Charrière se ressource dans la prière et la musique.

THIERRY PORCHET

Le torchon brûle

No 5 |mercredi 30 janvier 2019 3 SUISSE L’Événement syndical Jérôme Béguin L e Tribunal fédéral (TF) vient de débouter les grévistes licenciés de l’Hôpital de la Providence. Les juges de Mon-Repos estiment que la grève qui s’est tenue dans l’établisse- ment neuchâtelois entre fin 2012 et dé- but 2013 était «illicite» et que le licen- ciement de 22 grévistes était prononcé pour de «justes motifs». Pour la Haute Cour, qui donne raison aux tribunaux neuchâtelois, les employés avaient reçu des «garanties importantes» sur la «prolongation de la CCT» Santé21 dans le contexte de la reprise par le Swiss Medical Network (SMN – ex-groupe Genolier); les syndicats avaient pour- tant «refusé de négocier une nouvelle CCT»; la grève était donc «prématurée et contraire à l’obligation de préserver la paix du travail».

«L’employeurrefusaitcatégoriquement de maintenir la CCT, il s’est contenté de proposer de conserver les conditions de travail prévues par celle-ci pour le restant de l’année 2013. Et encore, pas pour les nouveaux engagés, conteste Me Christian Dandrès, l’avocat des gré- vistes. Le TF dit que cette proposition était suffisante: la justice entre donc, pour la première fois, dans un examen matériel et arbitre le conflit en faveur de l’employeur. Ce n’est pourtant pas le rôle d’un juge d’apprécier les reven- dications des parties à un conflit col- lectif de travail. Et s’il devait le faire, il s’agirait de s’interroger notamment sur l’objectif de l’employeur et sa situation financière.» UNE FOLIE Pour l’avocat genevois, cet arrêt du TF «annihile le droit de grève» et donne un «blanc-seing au dumping salarial».

«Comment créer un tel rapport indis- pensable pour préserver les intérêts des travailleurs et comment obtenir une bonne CCT, si les travailleurs sont privés de moyens de pression sérieux pour appuyer leurs revendications?

Avec cet arrêt, les employeurs pour- ront très facilement à l’avenir casser les CCT qui ne leur plaisent pas et impo- ser de manière unilatérale leurs condi- tions. Et si les travailleurs se mettent en grève pour tenter de sauvegarder leurs intérêts, ils pourront les congédier avec l’aval des tribunaux. C’est une folie! Cet arrêt est d’autant plus choquant que cette grève était défensive et visait le maintien des conditions de travail et d’emploi. Les grévistes voulaient pré- server une CCT de secteur qui proté- geait la quasi-totalité des salariés des soins à Neuchâtel. On imagine ce qui se passera lors d’une grève destinée à améliorer une CCT ou pour tenter d’en obtenir une…» Ce jugement posera selon Me Dandrès un problème très concret aux syndi- cats: «Ils auront beaucoup de difficul- tés désormais à dire si le déclenche- ment d’une grève ou son maintien est légal.

En suivant le raisonnement du TF, il suffira à l’employeur de prolon- ger de quelques mois les conditions de la CCT en vigueur pour que la grève soit impossible ou doive cesser. Et avec quel délai? Six mois? Trois mois? L’ar- rêt ne le dit pas.» SANS GRÈVE, LA MENDICITÉ Député socialiste au Grand Conseil ge- nevois, Me Dandrès estime encore que ce verdict ne respecte pas les règles de démocratie. «Le droit de grève est ga- ranti par la Constitution, qui a été ac- ceptée en votation populaire. Une poignée de juges, même fédéraux, ne peuvent pas de facto le supprimer ou en restreindre la portée sans passer par un débat politique au Parlement, sanc- tionné par une votation.» «Lemouvementsyndicaldevraitplacer au cœur de ses revendications l’effecti- vité du droit de grève», conclut ce mi- litant du syndicat des services publics (SSP): «Sans un tel droit, la négociation collective se résumera à de la mendici- té organisée.

A l’heure où le dumping se généralise et où les salaires réels di- minuent, cet arrêt achève par ailleurs de rendre les mesures d’accompagne- ment à la libre circulation des per- sonnes quasiment inopérantes.» Les grévistes de la Providence devaient décidercettesemaines’ilsportentcette affaire devant la Cour européenne des droitsdel’hommedeStrasbourg.Après la grève de 2013, le SSP avait déposé une plainte contre la Suisse auprès de l’Organisation internationale du tra- vail, qui est toujours en cours d’exa- men. Le TF doit encore se prononcer sur une plainte pour violation de do- micile et diffamation déposée par SMN à l’encontre de quatre syndicalistes.

 élargi aux personnes atteintes de méso- théliome – ou leurs proches – dont la pa- thologie a été reconnue comme maladie professionnelle. Les montants seront tou- tefoisalorsinférieursàceuxversésauxper- sonnes n’ayant pas touché des compensa- tions de la Suva. La possibilité de recourir au Fonds était auparavant réservée priori- tairement aux victimes – ou à leur entou- ragedirect–ayantcontractéuncancerpro- voqué par l’amiante sans que celui-ci soit identifié comme maladie professionnelle; par exemple des proches ayant lavé des vêtements contaminés qui n’ont dès lors pas été exposés à la fibre dans un cadre de travail.

Ou des artisans amateurs. Selon le communiquédepressedel’EFApubliéàla fin de l’année dernière, 56 personnes ont, depuis la création du Fonds en mars 2017, obtenu des indemnités pour une somme totale de 5,8 millions de francs. Parmi les bénéficiaires récents, 23 sont des survi- vants de victimes de l’amiante. Quinze re- quêtessupplémentairessontactuellement à l’étude. Un nombre global jugé toutefois peu élevé. «Il n’y a pas eu autant de de- mandes que prévu. Le Fonds n’est vrai- Sonya Mermoud D avantage de bénéficiaires poten- tiels peuvent aujourd’hui s’adres- ser à la Fondation gérant le Fonds d’indemnisation des victimes de l’amiante (EFA)poursolliciterundédommagement.

Le cercle des ayants droit a en effet été semblablement pas assez connu. Il nous fautdavantagecommuniquer»,relèveLuca Cirigliano, secrétaire central de l’Union syndicale suisse (USS). Le conseil de Fon- dation, outre des syndicats, intègre des re- présentants d’associations et d’entreprises ainsiquedevictimesdel’amiante.Etlecol- laborateurdel’USSd’invitertouteslesper- sonnes susceptibles d’être concernées par la question à se renseigner.

PAS SEULEMENT LES VICTIMES DIRECTES Rappelons à ce titre que sont autorisés à faire une demande: le malade, le conjoint, le partenaire enregistré ou ayant vécu en ménage commun avec la personne souf- frante durant les cinq dernières années de sa vie, les enfants ou une personne autori- sée par celle éligible. «Le Fonds n’est pas destiné seulement aux malades», insiste le collaborateur de l’USS. A noter encore que seul le mésothéliome – un cancer qui, dé- claré, limite l’espérance de vie du malade de un à deux ans – est pris en compte. La Fondation EFA n’est pas habilitée à traiter des demandes pour d’autres pathologies provoquées par l’amiante.

Chaque année en Suisse, quelque 120 per- sonnessontfrappéesparunmésothéliome à la suite d’une exposition à la fibre meur- trière, interdite depuis 1990 dans nos fron- tières. Autant dire que le matériau n’a pas fini de faire des ravages. Alors que le dé- lai de prescription prévu par le Code des obligations a été, en juin dernier, élargi de dix à vingt ans – les temps de latence entre la déclaration de la maladie et l’ex- position à l’amiante pouvant s’étendre de 15 à 45 ans. Dans ce contexte, la Fondation EFA,aucapitaldedépartdesixmillionsde francs, sollicite urgemment des dons sup- plémentaires.

«Si la Fondation fonctionne jusqu’en 2025, il lui faudra encore plus de 100millionsdefrancspourremplirsamis- sion», peut-on aussi lire dans le commu- niqué précité. Et Urs Berger, président du conseildeFondation,d’enappeleràlares- ponsabilitésocialedel’économieetdel’in- dustrie en apportant leur contribution.  Service d’assistance, du lu au ve, de 8h à 12h et de 13h30 à 17h, au 041 418 89 79.

Informations: https://stiftung-efa.ch/fr LA MOBILISATION POUR LE CLIMAT GRANDIT Plus de 22 000 étudiants dans plusieurs villes de Suisse ont fait grève et sont descendus dans la rue le vendredi 18 janvier. Samedi 2 février, ils invitent à de nouvelles mo- bilisations. A Bâle, Berne, Genève, Neuchâtel, Lausanne, Saint-Gall, Zurich, Fribourg, Bellinzone, Lucerne, Soleure et Bienne. Ils dénoncent: «Une augmentation de plus de 2 degrésdelatempératureterrestremoyennedéjàannoncée, 30000 kilomètres carrés de forêt amazonienne détruits en uneannée,entre10et 12milliardsd’eurosdedéficitsliésau désastreclimatiquechaqueannéeenEurope,ladisparition des principales espèces de poissons, de coraux et de tout l’écosystème qui en dépend prévu pour 2048, une extinc- tion d’ores et déjà de plus de 60% des espèces entre 1970 et 2014, soit la 6e extinction de masse que vit notre planète...

Alors que l’environnement qui nous entoure s’écroule, la Suisse préfère lâchement payer des quotas pour ne pas avoir à se soumettre à quelques règles simples de l’accord de Katowice. Rien ne sert d’étudier si notre avenir et celui de la planète sur laquelle nous vivons n’est pas assuré!» Au- to-organisé, autonome et horizontal, le mouvement tient à rester apartisan. «Les banderoles, pancartes et autres dra- peaux sont donc bienvenus pour l’occasion, à condition qu’ils soient apartisans (ni partis ni autres organisations) et adressés aux autorités.»  AA Pour les lieux et les heures de départ des manifestations: klimademo.ch/fr Les grévistes de l’Hôpital de la Providence licenciés en 2013 sont déboutés.

Pour leur défenseur, le droit de grève est «annihilé» Chaque année, quelque 120 personnes sont frappées par un mésothéliome suite à une exposition à la fibre meurtrière.

Le 18 janvier dernier plus de 22000 étudiants avaient déjà fait grève dénonçant l’incurie des dirigeants sur la question climatique. SUVA LE TRIBUNAL FÉDÉRAL DONNE LE FEU VERT AU DUMPING SALARIAL Fonds amiante: cercle des ayants droit élargi Le Fonds d’indemnisation des victimes de l’amiante a élargi ses prestations à de nouveaux bénéficiaires. Concerné par la problématique? Renseignez-vous Les grévistes de la Providence ont été désavoués par le TF qui a jugé le mouvement illicite. Pour leur avocat, ce verdict ne respecte pas les règles de la démocratie.

NEIL LABRADOR/ARCHIVES NEIL LABRADOR

Le torchon brûle

mercredi 30 janvier 2019 | No 5 4 ANNONCES L’Événement syndical WWW.EVENEMENT.CH MINI ANNONCES Cocher la case qui convient  EMPLOI  VACANCES  À LOUER  IMMOBILIER  2 & 4 ROUES  À VENDRE  À ACHETER  RENCONTRES  ANIMAUX  DIVERS Vos annonces sont à envoyer à: L’Événement syndical, Service des annonces, place de la Riponne 4, 1005 Lausanne 18 mots maximum, vos coordonnées non comprises Tarif: 20 francs (à glisser dans l’enveloppe avec votre annonce) Ecrire lisiblement, en majuscules. Une lettre par case et une case de libre entre chaque mot Indiquer vos coordonnées précises (adresse ou numéro de téléphone) dans le texte de l’annonce (non compris dans les 18 mots) VOUS VOUS INTÉRESSEZ à l’actualité du monde du travail? VOUS ÊTES SENSIBLES aux enjeux sociaux, politiques et économiques qui lui sont liés? VOUS SOUHAITEZ une information à l’échelle romande, nationale et internationale? ABONNEZ-VOUS Grâce à une parution hebdomadaire, L’Événement syndical suit de près l’évolution du monde du travail.

Socialement engagé, il aborde les thèmes essentiels liés aux enjeux professionnels et économiques actuels, tels que les questions de santé et de pénibilité au travail, les grands mouvements de l’économie et leurs conséquences pour les salariés, ou encore les inégalités entre les femmes et les hommes. Il se fait aussi l’écho des luttes syndicales dans notre pays et à l’échelle internationale et propose un éclairage diffé- rent sur l’actualité.

 Je souscris un abonnement standard à L’Événement syndical (60 fr. par an)  Je souscris un abonnement de soutien à L’Événement syndical (100 fr. par an)  Je souhaite bénéficier de votre offre d’essai et recevoir gratuitement L’Événement syndical pendant 1 mois Nom, prénom, adresse Coupon à retourner à L’Événement syndical · place de la Riponne 4 · 1005 Lausanne forum@evenement.ch · Tél. 021 321 14 60 POUR VOTRE PUBLICITÉ, PENSEZ À Tirage hebdomadaire de plus de 60000 exemplaires Distribution dans tous les cantons romands Pour tous renseignements: pub@evenement.ch L’ÉVÉNEMENT SYNDICAL Place de la Riponne 4 1005 Lausanne Tél.

021 32114 60 Fax 021 32114 64 redaction@evenement.ch www.evenement.ch ÉDITEUR L’Événement syndical Syndicat Unia PRÉSIDENT Aldo Ferrari RÉDACTRICE EN CHEF Sylviane Herranz RÉDACTRICE EN CHEF ADJOINTE Sonya Mermoud ADMINISTRATEURS Nicky Breitenstein, Nicolas Jacot JOURNALISTES Sylviane Herranz, Sonya Mermoud, Aline Andrey, Manon Todesco, Jérôme Béguin COLLABORATEURS RÉGULIERS Evelyne Brun, Christophe Gallaz, Ambroise Héritier, Freddy Landry, David Prêtre, Jean-Claude Rennwald, Daniel Süri PHOTOGRAPHES Neil Labrador, Thierry Porchet ABONNEMENTS 39 éditions par an Abonnement annuel Fr. 60.– Abonnement de soutien Fr.

100.– forum@evenement.ch Publicité pub@evenement.ch CONCEPTION & MISE EN PAGES Atoll “îlots graphiques” Catherine Gavin IMPRESSION Pressor SA, Delémont Tirage contrôlé 60371 exemplaires Cours de lecture, d’écriture, de calcul pour adultes parlant français 0800 47 47 47 www.lire-et-ecrire.ch Faites un don! tdh.ch/toutsimplement Chaque enfant dans le monde a le droit de manger à sa faim. Tout simplement, avec votre don. GRATUITÉ POUR LES MEMBRES, MÊME NOUVEAUX, TRAVAILLANT DANS UNE ENTREPRISE CONVENTIONNÉE DE L’HORLOGERIE.

 COURS DE METROLOGIE & LECTURE DE PLANS  COURS D’ANGLAIS  COURS D’INFORMATIQUE INSCRIPTIONS ET RENSEIGNEMENTS: Francisco Pires · 032/729.22.63 francisco.pires@unia.ch UNIA NEUCHÂTEL COURS PREVHOR GRATUITS

Le torchon brûle

No 5 |mercredi 30 janvier 2019 5 LUTTES L’Événement syndical d’élargir la procédure de consultation à l’ensemble du personnel, soit aussi aux collaborateurs congédiés au prin- temps, ce qu’avait refusé la direction. Face à ce refus, Unia avait saisi le tri- bunal pour qu’il statue sur le respect ou non par Elis Suisse SA de cette pro- cédure prévue par le Code des obliga- tions.

Cette dernière permet à chaque salarié concerné de proposer des al- ternatives aux licenciements ou de né- gocier un plan social. Une obligation d’autant plus importante que de nom- breux travailleurs de La Sarraz comp- taient plus de 20 ans de service, et tou- chaient pour la plupart des salaires très bas, soit entre 3000 et 3500 francs. «BIEN PLUS QU’UNE VICTOIRE D’ÉTAPE» Statuant à la mi-décembre 2018, après avoir entendu les parties (voir L’ES du 19 décembre), le Tribunal des prud’hommes a constaté que l’entre- prise n’avait pas respecté la procé- dure prévue. Ce jugement est entré en force ce mois de janvier, Elis Suisse SA n’ayant pas recouru.

Il ouvre la voie à la poursuite de requêtes individuelles dé- posées par cinq anciens salariés, dans le but d’obtenir le versement d’indem- nités vu le non-respect des dispositions sur le licenciement collectif. Ces in- Victoire d’Unia contre la blanchisserie Elis Suisse SA Jérôme Béguin S ociété genevoise de nettoyage, Or- gapropre a licencié 37 personnes, en majorité des femmes, après avoir perdu un contrat de prestations avec l’Union bancaire privée (UBP). Soutenues par le Syndicat interprofes- sionnel de travailleuses et travailleurs (Sit), une quinzaine de nettoyeuses or- ganisent un piquet de grève quotidien devant la banque à la rue du Rhône du- rant leur horaire de travail, soit de 18h à 20h.

Ne bénéficiant d’aucun plan so- cial, elles exigent d’être réengagées par le repreneur, Cleaning Service. «On est ré-vol-té! martèle Thierry Horner, se- crétaire syndical du Sit. Ces femmes, qui gagnent 19,60 francs de l’heure pour deux heures de travail par jour, sont victimes d’une injustice crasse. Cela fait deux mois que nous deman- donsl’ouverturedenégociations.Orga- propre refuse de se rendre aux séances convoquées par l’Office cantonal de l’emploi.» La société se vante pourtant sur son site d’être une entreprise «res- ponsable» et de travailler pour les col- lectivités publiques. Son directeur Pas- cal Masson est membre du comité de la faitière patronale, l’Agens, mais il est actuellement aux abonnés absents, en voyage en Thaïlande selon le Sit.

«On ne reste pas en vacances lorsqu’il y a une grève dans sa propre boîte!» s’in- digne Manuela Cattani, cosecrétaire générale du Sit. Sollicitée, la banque est de son côté intervenue auprès du repreneur, mais a refusé pour l’heure de mettre la main à la poche. «On de- mande à l’UBP environ 50000 francs pour que ces salariées puissent fran- chir ce cap. Le nouveau contrat de net- toyage leur fait économiser beaucoup plus.» Relevons que l’établissement fi- nancier a réalisé un bénéfice de 220 millions en 2017. En fin de semaine dernière, Cleaning Service avait em- bauché huit nettoyeuses d’Orgapropre.

«Les sept personnes encore à reclasser ont entre 56 et 63 ans, proches de la re- traite, elles ont été blacklistées», assure Manuela Cattani.

«Je n’ai pas reçu de téléphone pour tra- vailler. Je veux continuer là-bas, j’y tra- vaille depuis 18 ans, je parle à tout le monde», témoigne une gréviste âgée de 56 ans qui a reçu l’annonce de son licenciement comme «un choc et un sentiment de trahison». La perte de cet Des femmes de ménage en grève devant une banque genevoise été blessé à la jambe. Ceinturé par des vigiles de la banque, Thierry Horner a été séquestré à l’intérieur de l’édifice, plaqué au mur durant une vingtaine de minutes jusqu’à l’arrivée de la police. «Ils m’ont dit en gros que, maintenant que j’étais à l’intérieur, j’étais cuit», in- dique le secrétaire syndical.

Manuela Cattani est très remontée: «Pour moi, c’était un guet-apens. Ils voulaient prouver que nous exercions une vio- lation de domicile. C’est inacceptable. Le but des piquets de grève est d’infor- mer et de dialoguer. Nous n’avons ja- mais exercé de la contrainte physique. Nous dénonçons avec force cette pro- vocation, les violences et cette atteinte à notre droit de manifester devant un lieu de travail.» Lundi, à l’heure de boucler ce numéro, la grève continuait. A suivre.  Licenciées par Orgapropre, sans plan social, les nettoyeuses se battent pour être réengagées par le repreneur du contrat avec l’UBP, Cleaning Service.

Elis Suisse SA, anciennement Lavotel, a été désavoué par la justice qui a constaté le non-respect de la procédure de licenciement lors de la fermeture du site de La Sarraz Sylviane Herranz L a démarche n’est pas commune, et encore moins dans un canton où le partenariat social est ancré dans la pratique de la plupart des en- treprises signataires de conventions collectives de travail (CCT). Le syndi- cat Unia vient de faire constater par la justice le non-respect de la procédure applicable en cas de licenciement col- lectif par une société. Cette entreprise, c’est Elis Suisse SA, ex-Lavotel.

Elle s’est démarquée des usages il y a bien- tôt deux ans et a été remise à l’ordre par le Tribunal des prud’hommes de Lau- sanne dans un jugement rendu en dé- cembre dernier.

Au printemps 2017, Elis Suisse SA congédiait neuf personnes de sa blan- chisserie de La Sarraz. Un licenciement préfigurant la fermeture prochaine du site, qui comptait encore 38 collabo- rateurs au début de cette année-là. La société avait en effet déjà déplacé des activités vers d’autres sites, à Nyon no- tamment, conduisant à des transferts de personnel et à des démissions. En août 2017, la direction annonçait onze nouveaux licenciements, et l’arrêt des activités pour novembre. Mandaté par les travailleurs, Unia avait demandé Une quinzaine de nettoyeuses d’Orgapropre tiennent depuis deux semaines un piquet de grève à l’entrée de l’Union bancaire privée POING LEVÉ LE SANG DES OUVRIÈRES SUR NOS VÊTEMENTS Par Sylviane Herranz Des balles en caoutchouc, des canons à eau et des véhicules blindés contre les ouvrières en grève au Bangladesh.

Au moins une personne a été tuée et cinquante autres blessées ce mois de janvier, dans un pays où l’exploitation de millions de travailleurs, essentiellement des femmes, permet d’alimenter les rayons de presque toutes les grandes marques occidentales en vêtements à des prix défiant toute concurrence, tant les salaires sont bas. Le 6 janvier, des ouvrières se sont mises en grève pour exiger des augmentations. Le salaire minimum était passé à 8000 takas (83 euros) par mois en début d’année; or, les syndicats exigeaient le double, le coût de la vie ayant pris l’ascenseur. Le personnel payé un peu au-dessus du minimum n’avait lui pas touché un taka de plus.

La grève, immobilisant une cinquantaine d’usines, a duré près de 10 jours. D’énormes manifestations se sont déroulées, dont l’une ayant rassemblé 50000 grévistes à Savar, le 9 janvier, dans la banlieue industrielle de Dacca, là où s’était effondré le Rana Plaza, en avril 2013, tuant plus de 1130 salariés du textile. Après une nouvelle journée de violence, gouvernement et patronat lâchaient – un peu – de lest le 13 janvier, octroyant une augmentation de… 20 centimes par mois et jusqu’à 8 euros pour les plus chanceux. Face au refus de certains grévistes de cesser leur mouvement, la puissante association patronale des produc- teurs textiles a menacé de fermer toutes les usines du pays s’ils ne retournaient pas au travail.

Une reprise douloureuse pour cer- tains. Le 16 janvier, quelque 750 employés de plusieurs usines de la banlieue de Dacca se sont retrouvés face à une interdiction de rejoindre leur poste. Les patrons avaient placardé des listes de personnes licenciées, avec noms et photos, à l’entrée des im- meubles abritant leurs ateliers. Plus de la moitié d’entre eux tra- vaillaient dans une usine d’Ashulia, la Metro Knitting and Dyeing, produisant des vêtements pour H&M, Next et d’autres marques. Des responsables syndicaux ont également été menacés. «La po- lice m’a dit de ne pas créer de problèmes sinon on me fera dis- paraître», a confié à l’AFP un dirigeant syndical.

Pour couronner le tout, dans ce contexte de répression an- ti-ouvrière et anti-syndicale, la fédération mondiale Industriall Global Union vient d’informer que The Guardian a publié un ar- ticle dans lequel il révèle qu’une association caritative anglaise, Comic Relief, dont l’objectif est de lutter contre la pauvreté, mène campagne pour la «justice entre les sexes» avec des T-shirts fabriqués au Bangladesh. Un pull promu par les Spice Girls, ven- du 22 euros alors que les travailleuses de l’usine les produisant, appartenant à un membre du Gouvernement bangladais, gagnent à peine 40 centimes d’euros l’heure, travaillent jusqu’à 16 heures par jour et sont insultées par leur chef.

Un scandale qui n’est pas isolé, remarque Industriall Global Union. Qui rappelle notamment celui ayant éclaté en 2015, avec un T-shirt d’une campagne por- tant le slogan «Voilà à quoi ressemble une féministe», confection- né par des ouvrières sous-payées de l’île Maurice. Ces dernières avaient aussi été matraquées par la police pour avoir protesté contre leurs conditions de travail…  NEIL LABRADOR demnités pour congé abusif peuvent s’élever, dans de tels cas, jusqu’à deux mois de salaire.

«La décision des prud’hommes est beaucoup plus qu’une victoire d’étape. Le tribunal constate clairement la vio- lation par l’entreprise de ses obliga- tions», réagit, très satisfait, Nicolas Rochat Fernandez. Le juriste d’Unia re- grette qu’une entreprise si importante, signataire de la CCT romande du net- toyage, «utilise des pratiques dilatoires crasses, non respectueuses des tradi- tions du partenariat social. Des pra- tiques coûtant du temps en raison de longues procédures, mais également de l’argent, celui du contribuable.» Le juriste ajoute que le refus de recourir d’Elis Suisse SA «est la preuve qu’elle admet être en tort».

A la suite de ce jugement, le syndicat a interpellé le Service de l’emploi du can- ton de Vaud pour qu’il dénonce la so- ciété de blanchisserie industrielle pour son «défaut d’annonce de licenciement collectif en temps voulu». Selon la loi, l’amende peut s’élever jusqu’à 40000 francs.  emploi lui enlèverait 800 francs, ce qui n’est pas négligeable pour son budget. «Les piquets de grève sont difficiles, il fait froid, sous la pluie, la neige. Heu- reusement, on reçoit beaucoup de soutien.» De nombreux militants poli- tiques et syndicaux sont venus témoi- gner de leur solidarité aux grévistes et, surtout, les huit nettoyeuses réenga- gées ont décidé de poursuivre le mou- vement jusqu’à ce que toutes leurs col- lègues soient reclassées ou bénéficient d’un plan social.

«Tout le monde a be- soin d’un travail», explique simple- ment une travailleuse qui a signé un contrat avec Cleaning Service SYNDICALISTES AGRESSÉS Mercredi dernier, selon le Sit, le conflit s’est envenimé lorsque quatre syndi- calistes ont été agressés par des cadres d’Orgapropre et des agents de sécuri- té de l’UBP. Poussé sur un vélo tombé à terre, un secrétaire d’Unia Genève a

Le torchon brûle

mercredi 30 janvier 2019 | No 5 6 MOUVEMENT L’Événement syndical Jérôme Béguin «L e low cost est toujours trop cher», titrait il y a trois se- maines Le Courrier en poin- tant les problèmes sociaux et environ- nementaux que génère l’aéroport de Genève-Cointrin. Selon le quotidien, entre 25 et 50% des conflits pour les- quels la Chambre des relations collec- tives du travail a été saisie depuis une décenniesesonteneffetdérouléssurle site,pourtantenmainspubliquesetqui, bien que colossal, ne dénombre que 10% des salariés du canton de Genève. Dnata, Gate Gourmet, ISS, Securitas, SR Technics, Swissport… toutes ces en- treprises présentes dans l’enceinte aé- roportuaire ont connu ou connaissent encore des mouvements sociaux.

AinsiàSecuritas,lepersonnel,organisé par Unia et le SSP, s’élève contre la sup- pressiond’unedizainedepostesàplein temps au mois de décembre. Depuis le 1er juin dernier, l’entreprise de sécurité est chargée de l’accueil des passagers. La société ISS, qui a pourtant présen- té une offre moins onéreuse, a perdu ce mandatàl’occasiondurenouvellement du contrat de prestation.

SOUPÇONS DE COPINAGE Relevons au passage que cette attribu- tion critiquée par les syndicats a été contestée en justice par l’entreprise perdante. La Cour de justice vient d’ail- leurs de condamner l’aéroport pour adjudication illicite d’un marché pu- blic. Cointrin doit faire face à des soup- çons tenaces de copinage, car son res- ponsable de la sécurité est un ancien employé de Securitas, élu PLR d’une commune genevoise et que tout cela s’inscrit dans l’affaire Maudet. Secu- ritas a décroché cette mission alors que Pierre Maudet tenait les manettes du conseil d’administration de l’aéro- port.

Et cette société a aussi obtenu le convoyage des détenus étrangement privatisé par le conseiller d’Etat. Cela dit, les 150 employés d’ISS crai- gnaient de perdre jusqu’à 750 francs par mois en passant sous la coupe de Securitas, ISS appliquant la Conven- tion collective nationale de travail de l’hôtellerie-restauration, plus favo- rable que la CCT de la sécurité privée. Cela ne s’est heureusement pas pro- duit. «Des travailleurs avec qui nous sommes en contact nous ont toutefois signalé une péjoration de leurs condi- tions de travail. Il y a notamment un souci avec la planification. Des per- sonnes engagées à temps partiel se plaignent d’être trop souvent sollici- tées pour des heures supplémentaires tandis que d’autres, au contraire, récla- ment de travailler plus», explique Pa- blo Guscetti, secrétaire syndical d’Unia Genève.

Laplanification,c’estlàoùlebâtblesse. Pour justifier cette réduction d’effectifs, Securitas affirme avoir perdu 20 000 heures de travail en 2019. Dans une résolution votée en décembre, le per- sonnel a exigé d’obtenir toutes les in- formations nécessaires, l’ouverture de négociations et une rencontre avec les responsables de Cointrin. «La situa- tion n’a pas évolué depuis, regrette Pa- blo Guscetti. Nous attendons toujours une rencontre avec Securitas en pré- sence de la direction de l’aéroport.»  Les conflits à l’aéroport s’enchaînent, dernier exemple en date chez Securitas Mouvements sociaux à répétition à l’aéroport de Cointrin.

Le personnel de Securitas chargé de l’accueil des passagers s’élève contre la suppression d’une dizaine de postes à plein temps et d’une mauvaise planification du temps de travail.

NEIL LABRADOR Partenariat social à Cointrin: Mayday! Mayday! Mayday! çoitunemenaceécritedelicenciementsilesventes àbordnesontpassatisfaisantes.Embauchésentant qu’indépendants,pasdecotisationsauxcaissesma- ladieniauxcaissesderetraite.Lesemployésdoivent se rendre en Allemagne pour une formation de six semaines non rétribuée, avec les frais de déplace- ment, de logement et de nourriture à leur charge, soit plus de 3000 euros auxquels il faut ajouter 500 euros d’inscription.» LUTTES RÉPÉTÉES... A partir de 2017, une suite d’événements décisifs va changer la situation, et des négociations vont enfin permettre aux employés de bénéficier du principe de base d’un contrat propre aux règles de chaque pays et non à celles de l’Irlande.

C’est en bonne voie, mais il faudra passer par des grèves pour en arriver là.

Historique: août 2017, Ryanair doit annuler 2000 vols à cause d’une pénurie de pilotes. Les com- mandants de bord constatent que ce phéno- mène se généralise dans l’ensemble de l’aviation de ligne mondiale. Les revendications deviennent désormais possibles pour les pilotes, quitte à dé- missionner pour offrir leurs services ailleurs où les salaires et des conditions de travail sont plus décents. Août 2017: les pilotes reçoivent une lettre de la di- rection leur intimant de renoncer à dix jours de congé contre une nouvelle prime, mais en s’enga- geant à travailler au moins un an pour leur com- pagnie.

Les 17 bases européennes rejettent la pro- position. Les pilotes reçoivent comme réponse sèche: «Un pilote doit travailler et se taire!» Gérard Blanc L e Parisien, la RTS, Le Monde, La Libre Bel- gique, Le Temps, Air Journal, Libération, BFMTV, RMC, etc., dénoncent depuis 2012 les conditions de travail déplorables du person- nel de la low-cost Ryanair.

Compagnieinterneirlandaiseen1985,Ryanairdoit sonessor,depuis27ans,àsonPDGMichaelO’Lea- ry, qui a choisi d’en faire une compagnie bon mar- ché (low-cost), en infligeant à son personnel des conditions de travail dignes de l’esclavage, profi- tantdespaysoùlechômageétaitenaugmentation. Sofia Lichani, hôtesse de l’air, a décrit sur les ondes de RMC l’enfer qu’elle a vécu. «J’ai été embauchée sous“contratirlandais”(bienquevivantenFrance) pouruneduréedéterminéerenouvelable.Lecontrat établi par l’agence d’intérim Crewlink, appartenant à Ryanair, était très lacunaire. Rapidement, j’ai dé- couvert un univers impitoyable de dumping sala- rial.

Le salaire est calculé au tarif de 16,20 euros par heure de vol réellement effectuée. Le briefing avant le vol n’est pas payé, ni l’embarquement, ni les pro- céduresdesécurité,nimêmequandl’avionadure- tard.Nousnesommespayésqu’àpartirdumoment où l’avion décolle. Au débarquement, il faut faire le ménage, qui n’est pas payé non plus. Si nous tom- bons malade, il n’y a pas de salaire. Dans mes pre- miers mois, mon salaire n’a pas dépassé 400 euros. Sur55mois,j’aieffectué5000heuresdetravaildont seulement 3700 m’ont été payées.» Et d’autres em- ployés de renchérir: «A bord, la vente de produits hors taxe doit être optimisée, surveillée par un pas- sager “mystère” qui fait son rapport.

L’employé re- Septembre2017:laCourdejusticedel’Unioneuro- péenne(CJUE)reconnaîtlebien-fondédesplaintes deplusieursemployéseuropéensetdéclarequ’hors d’Irlande, Ryanair ne devrait plus appliquer le droit du travail irlandais. Ryanair passe outre. MENACES ET ANNULATIONS DE VOLS Fin novembre 2017: les personnels de bord de l’Ir- lande, du Portugal, de l’Allemagne, de l’Italie, de la Belgiqueetdel’Espagnelancentunpréavisdegrève pour la période du 15 au 20 décembre. Ryanair ac- cepteunenégociationmaisàconditionquecelle-ci ait lieu en janvier 2018, date à laquelle elle déclare lesrevendications«ridicules»,etmenacelespilotes de délocalisations, de suppressions de primes, etc.

Juillet 2018: à l’appel de cinq syndicats de pilotes auxquels se joignent ceux du personnel de cabine, le Portugal, l’Espagne, l’Irlande et la Belgique an- nulent 600 vols les 25 et 26 juillet. Dans les aéro- ports, les employés arborent des T-shirts avec le slogan: «Ryanair doit changer». Septembre 2018: nouvelle grève, 250 vols sont annulés. Ryanair menace de délocaliser les em- ployés irlandais en Pologne. La menace n’a pas d’effet. Michael O’Leary baisse la garde et aban- donne le projet. Il signe un accord de convention collective avec les syndicats de plusieurs pays dont celui des employés italiens.

Aujourd’hui,labataillen’estpasterminée.Lessyn- dicats restent en effet sur la brèche pour l’applica- tion des lois du travail propres à chaque pays.  Conditions de travail chez Ryanair: le résultat des grèves Les années 2017 et 2018 ont été marquées par un important changement dans la direction de la compagnie aérienne qui, malgré elle, a dû peu à peu admettre le principe d’un dialogue avec les syndicats. La bataille n’est toutefois pas terminée UBER EATS DOIT RESPECTER LA CCT COURSIERS Après que McDonald’s a nié pendant longtemps une coopération avec Uber Eats, les deux entre- prises ont annoncé le 24 janvier qu’elles colla- borent à Genève.

Jusqu’à présent, le modèle com- mercial d’Uber n’a pas tenu compte des conditions de travail usuelles dans la branche. Dès lors, les coursiers sont menacés de subir le même sort que les conducteurs de taxi d’Uber: ils travaillent comme faux-indépendants sans assurance-acci- dent,niassurancessociales.Poursedistancerdela sous-enchère salariale et du dumping social, Uber doit introduire une obligation de Convention col- lective de travail (CCT) pour ses conducteurs. Mais McDonald’s est lui aussi sollicité: comme man- dant, il doit veiller à ce que son partenaire com- mercial – en l’occurrence Uber Eats – assume sa responsabilité sociale.

La collaboration entre McDonald’s et Uber Eats peut avoir de conséquences importantes pour la branche des coursiers. Ce secteur en pleine expan- sion est connu pour ses mauvaises conditions de travail faute de conventions collectives. Par ail- leurs, la pression concurrentielle et l’émergence de plateformes fragilisent encore davantage les conditions de travail. Avec la CCT Coursiers, qui entre en vigueur dès le 1er mai 2019, une conven- tion collective de travail s’appliquera désormais à la branche. Uber Eats est appelé à s’y conformer pour ses conducteurs. Faute de quoi, il favorise de mauvaises conditions de travail et la précarité.

SiUberEatsn’estpasdisposéàendossersarespon- sabilité sociale, Syndicom recourra à des moyens syndicaux. Mais la politique a elle aussi son rôle à jouer: la numérisation ne doit pas progresser sur le dosdessalariés,maisaveclesindividusetpoureux. Un seuil de tolérance pour les technologies émer- gentes n’est envisageable que si les intérêts des sa- lariéssontgarantis.Fautedequoi,ilfauts’attendreà uneforterésistancedessalariésetàundiscréditpo- pulaire. Avec la CCT Coursiers, Syndicom offre une opportunité à Uber Eats de prendre ses responsa- bilités. Quant à McDonald’s, il ne doit pas se défiler derrièresonpartenairecommercial,maiss’engager pour qu’il assume ses responsabilités.

Autrement, le nouveau fournisseur McDelivery deviendra très prochainement un handicap pour le géant améri- cain.  Syndicom COMMUNIQUÉ

Le torchon brûle Le torchon brûle Le torchon brûle Le torchon brûle
Vous pouvez aussi lire