WALLONIE ESPACE INFOS - n 84 janvier-février 2016

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WALLONIE ESPACE INFOS n°84 janvier-février 2016 WEI n°84 2016-01 - 1 WALLONIE ESPACE INFOS n°84 janvier-février 2016 Coordonnées de l’association Wallonie Espace Wallonie Espace WSL, Liege Science Park, Rue des Chasseurs Ardennais, B-4301 Angleur-Liège, Belgique Tel. 32 (0)4 3729329 Skywin Aerospace Cluster of Wallonia Chemin du Stockoy, 3, B-1300 Wavre, Belgique Contact: Michel Stassart, e-mail: michel.stassart@uwe.be Le présent bulletin d’infos en format pdf est disponible sur le site de Wallonie Espace (www.wallonie-espace.be), sur le portal de l’Euro Space Center/Belgium, sur le site du pôle Skywin (http://www.skywin.be).

SOMMAIRE : Thèmes : articles Mentions Wallonie Espace Page Correctif - Actualité : Sentinel-1B lancé le 22 avril par Soyouz (avec OUFTI-1) – Agence spatiale interfédérale de Belgique – Vingt ans pour Wallonie Espace – Une Ardéchoise, pilote de CSL ULg, Thales Alenia Space Belgium , Amos, VitroCiset Belgium, Gillam, SABCA, Samtech, Sonaca, Spacebel, Techspace Aero, UCL, ULB, ULg, CSL, Euro Space Center, Skywin 2 1. Politique spatiale/EU + ESA: La « première » 2016 du DG de l’ESA – Tableaux Budgets ESA – Compte-rendu Conférence sur la stratégie spatiale européenne : qui mène la danse dans le couple ESA-Commission européenne ? – A l’heure du Space 4.0 – Intérêt du Grand-Duché pour les ressources dans l’espace – La Corée du Nord exclue de la communauté spatiale ?

5 2. Accès à l'espace/Arianespace : Interview exclusive d’Alain Charmeau (Airbus Safran Launchers) – Enquête de la Commission sur la prise de contrôle d’Arianespace – Duel Arianespace-SpaceX : c’est Ariane 5 qui gagne ! – Débuts, cette année, des lanceurs chinois de nouvelle génération – Tableau mondial des nouveaux lanceurs en préparation (avec des révélations !) SABCA, Techspace Aero, Thales Alenia Space Belgium 17

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WALLONIE ESPACE INFOS n°84 janvier-février 2016 WEI n°84 2016-01 - 2 3. Télédétection/GMES : Le rôle capital des satellites pour la sauvegarde de notre planète – Constellation américano-séoudienne – L’observateur spatial belge de la biosphère globale Centre ESA de Redu 34 4.

Télécommunications/télévision : SES et Eutelsat en grande forme sur l’ensemble du globe 36 5. Navigation/Galileo : Constellation indienne au grand complet, bien avant Galileo !

37 6. Sécurité/Défense : Initiative Govsatcom de l’Union Européenne 38 7. Science/Cosmic Vision : Satellite espion américain muté en observatoire de la voûte céleste – Un livre sur l’Astrosat indien 39 8. Exploration/Aurora : Coopération internationale pour un retour sur la Lune – Priorité à ExoMars 2020 ! 40 9. Vols habités/International Space Station : Touche belge pour le planeur spatial Dream Chaser 43 10. Débris spatiaux/SSA : Nettoyage de l’espace avec CleanSat ? 45 11. Tourisme spatial : Jeff Bezos en tête avec Blue Origin 45 12. Petits satellites/Technologie/Incubation : Tableau des initiatives de micro-lanceurs en Europe 46 13.

Education/formation aux sciences et techniques spatiales : La KUL à l’honneur avec le Prix Odissea 2015 48 14. Wallonie-Bruxelles dans l'espace : Missions spatiales (lancements récents) Skywin, Thales Alenia Space Belgium , SABCA, Techspace Aero, Cegelec, Redu Space Services, Spacebel, VitroCiset Belgium 50 15. Calendrier 2015-2016 d’événements spatiaux pour la Belgique Euro Space Center, ULg, WSLlux 51 Annexes-tableaux (en anglais) : Les prochaines missions de l’Europe dans l’espace (2016-2025) - Palmarès des succès à l’exportation de l’industrie spatiale européenne - Commandes à venir pour les satellites civils de télécommunications et de télévision ULg 54 Lecture sur le spatial : Du nouveau avec Aero Spatium sur tablette 68 Correctif concernant l’article paru dans le n°83 concernant le Baron Marcel Ackerman (1931-2015) qui a rejoint les étoiles Marcel Ackerman fut directeur de l’IASB (International d’Aéronomie Spatiale de Belgique de 1986 à 1996.

Il fit preuve d’une grande audace en coopérant avec l’IKI (Institut de Recherche Spatiale) de Moscou.

Dernière nouvelle : lancement Soyouz du satellite de télédétection radar Sentinel-1B, le 22 avril, à 22 h 02:23. Le soleil sera en train de se coucher sur la Guyane, ce qui devrait permettre des images spectaculaires d’un bel envol vers l’espace. Rappelons que ce 4ème satellite du système Copernicus d’observation du globe pour l’environnement et la sécurité devrait avoir – sous réserve du feu vert de l’ESA - comme co-passagers : deux micro-satellites (le

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WALLONIE ESPACE INFOS n°84 janvier-février 2016 WEI n°84 2016-01 - 3 Microscope français, le Norsat-1 norvégien) ainsi que trois Cubesats.

Parmi lesquels OUFTI-1, le 1er engin spatial de la Wallonie, résultat des travaux d’une cinquantaine d’étudiants de l’Université de Liège et de la HEPL/ISIL, sous la houlette de Gaetan Kerschen, Jacques Verly, Valéry Broun et Amandine Denis ! Info récente sur l’Agence spatiale interfédérale de Belgique Inscrit dans le programme du gouvernement Michel, le projet de création de l’Agence spatiale interfédérale de Belgique fait son petit bonhomme de chemin... Il progresse à un train de sénateur. J’apprends de source sûre qu’une première salve de réunion intercabinet vient d’avoir lieu. L’agence serait une réalité opérationnelle le 1er janvier 2017.

Sa naissance pourrait être officialisée à l’ESA lors du Conseil ministériel des 1er et 2 décembre, auquel participera Elke Sleurs, la Secrétaire d’Etat à la Politique Scientifique. Le processus de sa mise en place est lié à l’avenir de Belspo (SPP/Service Public de Programmation de la Politique Scientifique, dont la dissolution est programmée dans la déclaration gouvernementale. Quid des Etablissements scientifiques fédéraux de science et de culture (musées, bibliothèque, patrimoine artistique, instituts), qui sont dans le giron de Belspo ? Comment seront-ils désormais organisés et financés ? Le Pôle Espace d’Uccle, qui comprend l’ORB (Observatoire Royal de Belgique), l’IRM (Institut Royal Météorologique) et l’IASB (Institut d’Aéronomie Spatiale de Belgique), avec les moyens correspondants, sera-t-il transféré au sein de l’Agence en préparation ? Autant de questions qui semblent encore être en suspens.

Wallonie Espace : déjà vingt ans mais plus entreprenant que jamais pour bien servir le spatial européen ! Vingt années au service de l’espace en Belgique, en Europe et dans le monde : un beau bilan pour le Cluster Wallonie Espace, qui représente les acteurs wallons (industriels, instituts, laboratoires) de la technologies des systèmes spatiaux et services satellitaires et qui est membre fondateur du Pôle de compétences Skywin. Voici un bref historique de ce groupement qui N’a cessé de grandir pour mettre en évidence, en la valorisant, l’activité spatiale en Région Wallonne : 1996 : Assemblée constitutive, le 5 janvier 1996, au siège du Parlement wallon, avec le président René Hannon et 12 membres (Amos, Ciset (aujourd’hui VitroCiset), ETCA (à présent Thales Alenia Space Belgium), Gillam, SABCA, Sonaca, Spacebel, Techspace Aero, UCL, ULB, ULg, CSL.

Novembre 1996 : adoption du logo Wallonie Espace (voir l’en-tête de ce bulletin) 1997 : 1er événement "astronaute d'un jour" de Wallonie Espace en mars à l'Euro Space Center/Belgium. 1997 : Francis Vanderhaeghen (Spacebel), président. 2001 : Michel Gillard (Gillam), président 2003 : Arrêté ministériel octroyant une mission de "Cluster" à Wallonie Espace avec l’arrivée de Michel Stassart, après un court intérim de Théo Pirard (jusqu'en novembre 2003)

WALLONIE ESPACE INFOS - n 84 janvier-février 2016

WALLONIE ESPACE INFOS n°84 janvier-février 2016 WEI n°84 2016-01 - 4 Avril 2005 : Michel Gruslin (Techspace Aero), président 2006 : 1er « Wallonia Space Days » avec Amos, en mars à Liège, sur le thème des ATs (Auxiliary Telescope) du VLTI au Cerro Paranal.

2007 : création du Pôle Skywin, avec le Cluster Wallonie Espace comme membre fondateur, avec Michel Stassart dans Wallonie Espace et dans Skywin. 2008 : 2ème édition « Space Days » à Liège avec Spacebel, sur le thème des microsats. fin 2008 : fin du Cluster "Wallonie Espace" qui est incorporé dans le Pôle Skywin. 2009 : Jean Horanieh (Thales Alenia Space Belgium/ETCA), président 2010 : Jean Marc Defise (Centre Spatial de Liège), président. 2010 : 3ème édition « Space Days » avec Thales Alenia Space Belgium et Samtech (qui fait aujourd’hui partie du Groupe Siemens) sur le thème des lanceurs.

2011: Thierry du Pré (Spacebel), président.

2012 : 4ème « Space Days » à Liège, avec le CSL et l’ULg, sur la télédétection spatiale « zoom on earth ». 2014 : Patrick Bury (Thales Alenia Space Belgium), président 2014 : 5ème édition « Space Days » à l’Euro Space Center à Transinne-Libin sur le thème des services liés aux applications spatiales « Space value on earth » 2015 : 35 membres pour Wallonie Espace 2016 : les 20 ans de Wallonie Espace Du nouveau au CSL (Centre Spatial de Liège) : une Ardéchoise aux commandes pour un nouveau positionnement Le Centre Spatial de Liège, au Liege Science Park du Sart Tilman, est un fleuron, tant scientifique que technologique, de Wallonie.

Un double positionnement au sein de l’Université comme centre de recherches et de tests (avec les missions spatiales de l’ESA et de la NASA), au service de la (re)conversion de l’économie liégeoise (en étant le cœur d’un « spatiopôle » avec des PME spécialisées dans des systèmes de technologie spatiale, ainsi que dans des services par et pour satellites.

Le 2 février, son Conseil de Gestion, présidé par le Recteur de l’Université de Liège, a confirmé la nomination de Christelle Bertrand au poste de Directeur général. Elle sera épaulée par le Professeur Serge Habraken et par Jean-Sébastien Servaye, qui sont nommés respectivement Directeur Académique et Scientifique (pour succéder au professeur Pierre Rochus, qui accède à la pension ce 1er octobre) et Directeur Opérationnel. Ils seront rejoints prochainement par un Directeur Administratif et Financier (appel à candidatures en cours). Cette équipe de direction pourra s’appuyer sur les Responsables de Laboratoire et les Responsables de Programme en place: Christophe Grodent pour le programme « Tests & systèmes d’essais », Etienne Renotte pour le programme « Systèmes spatiaux », Jean-Hervé Lecat pour le programme « Partenariats technologiques ».

Christelle Bertrand est une figure bien connue au CSL, puisque, depuis 2010, elle en est la Directrice générale adjointe. Née le 23 octobre 1974 en Ardèche, au pied du Mont Gerbier de Jonc - « aux sources de la Loire », comme elle aime le préciser -, elle a découvert la Cité Ardente... « par amour pour un Liégeois ) Pour accepter ce poste de grande responsabilité, elle tire parti de l’expertise professionnelle qu’elle a

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WALLONIE ESPACE INFOS n°84 janvier-février 2016 WEI n°84 2016-01 - 5 acquise à l’issue de brillantes études d’ingénieur civil aérospatial à Toulouse (à l’ENSICA, désormais ISAE-SupAero « J’étais fascinée par les métiers, qui font rêver, de l’aéronautique et du spatial.

Chez Matra Marconi Space (aujourd’hui Airbus Defence & Space), de 1998 à 2001, elle est ingénieur études & développement en Systèmes de Contrôle d’Attitude et d’Orbite des satellites : « Cette école de rigueur m’a beaucoup appris pour la gestion technique et de projet de systèmes à la pointe de la technologie ». Après trois ans dans le spatial, elle rejoint l’industrie automobile, dans la région de Lyon. Entre 2001 et 2008, au sein du groupe AB Volvo, elle est notamment responsable de l’achat de composants du système de freinage de poids lourds pour les marques Renault Trucks/Volvo Trucks, puis chef de projet du Renault Magnum 2008.

En 2010, la voici à Liège en quête d’un un nouveau défi professionnel. Pour le CSL, l’Université de Liège est alors à la recherche d’un Chef de Projet expérimenté pour mener à bien un projet de réforme du Centre. Christelle Bertrand se voit confier cette délicate mission. En décembre 2015, le Conseil de Gestion du CSL veut renforcer la cohésion de la direction par la mise en place d’une équipe dirigeante réorganisée et soudée autour d’une vision stratégique commune.

Après avoir été durant six ans Directrice générale adjointe, Christelle accepte un autre challenge aux commandes du CSL. «Je souhaite contribuer activement au développement du Centre qui accomplit deux missions et s’appuie sur deux entités interconnectées : une mission de recherche appliquée, de R&D, au service du développement industriel ; une véritable mission « industrielle » sur des activités qui font la renommée internationale du CSL et qui participent à l’essor de la Région Wallonne et de la Belgique. J’aime cette spécificité du Centre qui valorise, en les conciliant, les profils différents de la recherche et de l’ingénierie».

Ce qu’elle envisage pour le CSL est clair : « il s’agit de clarifier et d’affirmer notre double positionnement plutôt que de le subir. Comment peut-on être à la fois centre universitaire et partenaire industriel, dans une dynamique gagnante et de codéveloppement ? Dans les mois à venir, il y aura clarification de notre modèle ». Ce qui justifie la mise en place d’une nouvelle gouvernance, laquelle s’inscrit dans le chantier en cours de la réforme de la Recherche à l’ULg. (*) Elle est l’épouse de Jean-Yves Girin dont les réalisations artistiques portent haut le patrimoine culturel de la Cité Ardente et elle est la maman d’un petit Victor (3 ans).

1. Politique spatiale EU + ESA 1.1. La « première » 2016 pour Jan Wörner, DG de l’ESA avec la traditionnelle rencontre des médias, le 15 janvier

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WALLONIE ESPACE INFOS n°84 janvier-février 2016 WEI n°84 2016-01 - 6 Depuis le 1er juillet 2015, Dr Johann-Dietrich Woerner est le Nouveau Directeur Général de l’ESA. Durant sa demi-année à la tête de la principale agence spatiale en Europe, il a progressé à pas feutrés, en ménageant les susceptibilités entre les Etats membres de l’ESA et avec la Commission européenne qui est son plus important partenaire avec les deux programmes clefs que sont Galileo (navigation civile) et Copernicus (télédétection avec les Sentinel). Lors de sa première conférence de presse 2016, il a dû surmonter un certain stress, mais il a fait preuve de beaucoup de pragmatisme et de pédagogie, n’esquivant aucune question sur la façon dont il voit la stratégie spatiale européenne jusque dans la prochaine décennie.

D’emblée, il a présenté le cœur de l’ESA, à savoir le « team of teams » qui comprend cinq grandes Directions : Administration, Space Applications, Space Science & Exploration, Space transportation, Technologies & Applications. Rappelant l’importance de la coopération, il a de nouveau insisté sur l’ère du Space 4.0, par ailleurs appelé « New Space », avec ses multiples défis à relever : - plus d’interactivité avec les besoins de la société, - un plus grand nombre de nations jouant un rôle dans le spatial, - l’importance aux côtés des agences de la dimension commerciale avec de nouveaux rôles pour l’industrie, - les retombées de la technologie spatiale, avec la création de petites et moyennes entreprises pour les systèmes dans l’espace et les services par satellites, - la montée en puissance du secteur privé, notamment dans le contexte du tourisme de l’espace...

Pour lui, l’année 2016 est placée sous le signe de la Planète Rouge avec la mission ExoMars 2016 dans le cadre d’une collaboration russo-européenne. La sonde doit partir le 14 mars pour parvenir à destination le 19 octobre. Il y a l’implication de l’ESA pour la Commission européenne dans le déploiement de la constellation Galileo avec le lancement de 4 satellites avec une Ariane 5-ES [entretemps, Arianespace prévoit de lancer en mai un Soyouz pour deux Galileo supplémentaires], dans le développement du système Copernicus avec la mise sur orbite de quatre satellites d’observation Sentinel (Sentinel-3A en février, Sentinel-1B en avril, Sentinel 5P en juin, Sentinel-2B en septembre).

L’ESA aura à préparer son Conseil au niveau ministériel qui se tiendra à la fin de l’année, les 1er et 2 décembre, à Lucerne (Suisse). Au menu des décisions sur les budgets jusqu’à la fin de cette décennie : - le feu vert (à confirmer) aux programmes Ariane 6 et Vega C(ontinuation) pour garantir l’accès de l’Europe à l’espace ; - la participation européenne à l’exploitation de l’ISS (International Space Station) jusqu’en 2014 ; - le bouclage du financement de la mission ExoMars 2020 pour laquelle il est question d’un report à 2020 ; - le démarrage de nouveaux programmes d’exploration du système solaire (mission AIM/Asteroid Impact Monitoring ), d’observation de la Terre (comme Carbonsat), de télécommunications pour les gouvernements (projet Govsatcom de technologies pour la dépollution du milieu spatial (CleanSpace, avec l’initiative CleanSat)...

WALLONIE ESPACE INFOS n°84 janvier-février 2016 WEI n°84 2016-01 - 7 Dr Woerner a rappelé l’idée du « Moon Village » pour succéder à l’ISS (International Space Station): « Mon intention est de construire une base servant de station permanente sur la Lune. Ce qui signifie qu’elle sera une infrastructure ouverte à tous pour les Etats membres, ainsi qu’aux différents pays autour du globe. » Ce projet international démarrera sur des bases modestes avec la mise en œuvre d’automates lunaires à des fins scientifiques et technologiques.

L’ESA a en 2003 demandé à un consortium européen de concepteurs, dirigé par la société britannique Foster + Partners, de réaliser une étude 3D (avec maquettes) sur la construction d’habitats lunaires en utilisant des matériaux de la Lune.

Le résultat de ses travaux donne lieu à des vues d’artistes sur le site ESA et à des modèles réduits qui font actuellement partie de l’expo « Vers la Lune avec Tania » à l’Euro Space Center de Transinne-Libin.

Annex 1: ESA Budgets for 2016 [2015] Breakdown by Programmes Mandatory & optional programmes in € millions for 2016 [ 2015] Scientific programme (mandatory activities) 507.9 / 9.7 % [507.9] Human Spaceflight (ISS construction and exploitation) 365.1 / 7 % [371.4] Launchers (Ariane 6, Vega C, ARTA, Ariane Infrastructure, CSG, FLPP) 1,051.2 / 20 % [607.7] Earth Observation Programmes , Earth Explorers, Copernicus/Sentinel, Eumetsat MTG & EPS/Metop SG) 1,603.5 / 30.5 % [1,254.3]* Basic Activities (ESA Headquarters, ESTEC, ESOC, ESRIN, network) 232.1 / 4.4 % [232.1] Associated to General Budget 214.8 / 4.1 % [209] Telecommunications & Integrated Applications (ARTES, Alphasat, Small GEO, Neosat, Electra, Quantum,...) 359.3 / 6.8 % [309.2] Navigation Programmes (EGNOS, Galileo/GNSS, Galileo II preparation) 609.5 / 11.6 % [664.5] Technology GSTP (PROBA, R & D in new technologies) 99.5 / 1.9 % [105.3]* Robotic exploration (ExoMars...) & Prodex 192.8 / 3.7 % [155.8] SSA (Space Situational Awareness) initiative 12.9 / 0.2 % [13.9] *ECSA (ESA Cooperating States Agreement with Slovenia, Latvia, Lithuania, Bulgaria, Slovakia) 4 / 0.1 % [2] *Income from European Union: % of external income total 1,324.8 / 87.8 % [1,030.5] *Income from Third Parties outside EU: Eumetsat 147.9 / 9.8 % [161.2] *Other Income: Arianespace...

35.6 / 2.4 % TOTAL 5.25 billion € [4,433] (c) ESA/ESD January 2016 In heavy characters: the main increases for funding in 2016 (earth observation programmes, launchers, telecom & integrated applications, robotic exploration In italics: the main decrease for funding in 2016 (navigation programmes)

WALLONIE ESPACE INFOS n°84 janvier-février 2016 WEI n°84 2016-01 - 8 Annex 2. 2016 income from participating States (member and associated members) [compared to 2015] In order of financial importance % [in 2015] in € millions in 2016 [2015] Germany (through DLR) 23.3 [24.6] 872.6 [797.4] France (through CNES) 22.6 [22.2] 844.5 [718.2] Italy (through ASI) 13.7 [10.2] 512 [329.9] United Kingdom (through UK Space)v 8.7 [9.9] 324.8 [322.3] Belgium (through BELSPO) 5[5.8] 188.9 [189.5] Spain (through CDTI) 4 [4.1] 152 [131.7] Switzerland (through CFAS) 3.9 [4.2] 146.4 [134.9] Netherlands (through NSO) 2.7 [2.3] 102.6 [74.7] Sweden (through SNSB) 2 [2.5] 73.9 [80.3] Norway (through Norsk Romsenter) 1.6 [1.8] 59.6 [59.8] Austria (through ALR) 1.3 [1.6] 47.6 [51.5] Poland (through SRC) 0.8 [0.9] 29.9 [30] Denmark (through DTU) 0.8 [0.8] 29.5 [26.8] Romania (through ROSA) 0.7 [0.8] 26.1 [25.4] Luxembourg 0.6 [0.7] 22 [23] Finland (through TEKES) 0.6 [0.6] 21.6 [19.6] Ireland 0.6 [0.6] 23.3 [18] Canada (through CSA) 0.4 [0.5] 13.2 [15.5] Portugal 0.4 [0.5] 16 [16.7] Czech Republic 0.4 [0.4] 15.6 [14.2] Greece 0.3 [0.4] 11.9 [14.1] Hungary (through Hungarian Space Office) 0.1 % 5 Estonia (through Enterprise Estonia) 0,01 % 0.9 Other income 4.6 149.8 SUBTOTAL 1 71.3 [73.1] 3.74 billion € [3,241.3] Income from European Union (Galileo, Copernicus) *87.8 [86.5] 1,324.8 [1,030.5] Income from Eumetsat (MTH, EPS Metop SG) *9.8 [10.3] 147.9 [122.4] Other Income (Arianespace...) *2.4 [3.3] 35.6 [38.8] SUBTOTAL 2 *28.7 [26.8] *1.51 billion € [1,191.7] TOTAL (SUBTOTALS 1 + 2) 100 % 5.25 billion € [4,433] (c) ESA/ESD January 2016 * Referring to SUBTOTAL 2 In heavy characters: the significant increases for funding in 2015 (Germany, France, Italy, Switzerland, Spain, Netherlands, EU, Eumetsat) In italics: the significant decreases for funding in 2015 (Sweden) 1.2.

Quid de la stratégie spatiale de l’Europe au sein du couple ESA-Commission européenne ? Chaque année, la conférence à Bruxelles sur la stratégie de l’Europe dans l’espace est devenue une tradition de janvier à Bruxelles. Un événement désormais incontournable pour prendre la température des relations et ambitions de l’Union (Commission, Parlement), l’ESA, les agences et institutions, les industries (Eurospace) du spatial européen. La 8ème édition de la conférence annuelle a tenu toutes ses promesses en

WALLONIE ESPACE INFOS n°84 janvier-février 2016 WEI n°84 2016-01 - 9 passant en revue les perspectives des activités spatiales européennes, tant commerciales que gouvernementales. Surtout que l’Union a décidé pour la fin de l’année de définir dans un document officiel une feuille de route sur le rôle et la place de l’Europe dans les systèmes spatiaux et dans les services satellitaires. Il y sera question de l’organisation de la gouvernance du spatial européen : comment le couple ESA-Commission peut-il être le plus efficace possible pour répondre aux besoins de la communauté des citoyens dans l’Union ?

On a peine à le croire. Certains des parlementaires européens, invités à venir exprimer leur point de vue, oublient qu’ils s’adressent à une audience déjà acquise à la cause des systèmes spatiaux. Et cela fait déjà 8 ans que l’on répète combien l’espace est crucial pour mener à bien, de façon pertinente, les activités de gestion, les opérations de sécurité, les objectifs des principales directions de la Commission. L’auditoire qui se déplace à Bruxelles pour cette conférence est conscient de ce que l’espace peut apporter aux politiques de l’Union. Ce que désirent les participants à cette conférence, c’est d’être rassurés sur les intentions en matière spatiale de la Commission aux prises avec des ressources budgétaires.

D’autant que celles-ci doivent absorber le choc de migrants de plus en plus nombreux, les coûts de la sécurité aux frontières, surtout en Méditerranée et dans les Balkans.

La 8ème conférence des 12 et 13 janvier, parrainée par Jean-Claude Juncker, président de la Commission, a attiré quelque 700 participants pour débattre sur le thème « L’Europe comme un acteur de l’espace à l’échelle du globe ». L’assistance était consciente qu’il fallait éviter que soient remises en cause dans le budget de l’Union - le Cadre Financier Pluriannuel - les sommes allouées au bon déroulement de ses programmes spatiaux (Galileo, Copernicus, Horizon 2020).

Sept sessions, organisées et animées par Business Bridge Europe, ont permis d’aborder les défis technologiques que pose l’évolution rapide de la société mondiale : le phénomène « New Space » qui se traduit par de nouveaux entrepreneurs sur la scène spatiale, l’accès moins coûteux à l’espace qui pousse au développement de systèmes de lancement plus économiques, la société de l’information et de la communication avec une numérisation poussée qui fait appel à d’importants débits de données, l’impérieuse nécessité de protéger l’environnement et sécuriser la vie des habitants sur notre planète.

A chaque session, le sujet était introduit par des députés européens qui, pour la plupart, dépassaient leur temps de parole pour rappeler à des convaincus de la cause spatiale ce que sont les enjeux de présence et d’autonomie dans l’espace. Les participants désiraient avant tout savoir à quelle sauce budgétaire étaient mis les ingrédients d’un programme spatial européen au service des citoyens du village global.

Nouvelle feuille de route La Commissaire polonaise Elzbieta Bienkowska, qui est en charge du marché intérieur, de l’industrie, de l’entrepreneuriat, des petites et moyennes entreprises, a ouvert cette année la conférence en insistant sur le spatial européen comme stimulant

WALLONIE ESPACE INFOS n°84 janvier-février 2016 WEI n°84 2016-01 - 10 d’emplois et de croissance. Avec ce mot d’ordre, bien décidé et ponctué d’une annonce pour 2016: « Nous avons besoin de créer les conditions dans lesquelles les milieux d’affaires et autres ont de la confiance pour investir dans l’espace.

Ils ont besoin de pouvoir compter sur les infrastructures spatiales et les systèmes d’information qui en sont dérivés. Et nous avons besoin de garder constamment le rythme du changement en technologie et dans la société. C’est pourquoi nous, à la Commission, nous nous sommes engagés à présenter durant cette année la publication « Une stratégie spatiale pour l’Europe » parmi l’une de nos 23 initiatives clefs ». Et de préciser : « Mon objectif est clair. Je veux offrir une stratégie spatiale ambitieuse qui amplifie les avantages pour les citoyens et l’économie de l’Europe, qui aide l’industrie européenne des systèmes spatiaux à rester plus que jamais compétitive et à demeurer un leader mondial.

2016 est décrite par la Commissaire Bienkowska comme une année cruciale pour les ambitions de l’Europe spatiale : - Pour le système Galileo de satellites de navigation civile, les premiers services doivent être disponibles dès la fin de l’année : « Je compte sur l’ESA pour atteindre cet objectif ». L’infrastructure sera complète pour 2020 ; il faudra acquérir des satellites supplémentaires pour compléter la constellation.

Pour le système Copernicus de surveillance du globe pour l’environnement et la sécurité, il faut passer de la phase déploiement à celle de l’exploitation. Les défis sont d’intégrer et gérer la grande quantité de données pour que les utilisateurs y aient accès rapidement, facilement, sans le moindre obstacle : « Une ambitieuse stratégie pour la valorisation des données et services est dès lors essentielle ». Cinq priorités pour l’Union Quand E. Bienkowska passe en revue les éléments d’importance stratégique, il est question pour elle : 1. d’exploiter le potentiel commercial des applications et services spatiaux ; 2.

d’avoir un accès à l’espace autonome, fiable et économique, en ayant une vision à plus long terme que le développement d’Ariane 6 , qui tienne compte des technologies de rupture qui pourraient changer le business des lanceurs ; 3. d’accroître les synergies entre l’espace et la défense, de manière à mieux exploiter le potentiel dual (civil et militaire) des systèmes spatiaux, ce qui doit être l’objet d’un plan d’actions pour la défense en Europe (en citant les exemples du SST/Space Surveillance & Tracking pour la surveillance de l’espace, ainsi que du govsatcom pour les télécommunications gouvernementales par satellites) ; 4.

de soutenir la recherche spatiale de façon plus cohérente, stratégique et prospective ; 5. de régler la question de la gouvernance du spatial européen, grâce à de meilleures relations avec l’ESA.

La Commissaire a conclu en donnant le coup d’envoi au processus de définition, dans un document de référence, d’une stratégie européenne de l’espace. Il s’agira dans les prochains mois de tenir compte des points de vue des Etats membres de l’Union, de

WALLONIE ESPACE INFOS n°84 janvier-février 2016 WEI n°84 2016-01 - 11 l’ESA, de l’industrie et autres parties prenantes afin de dégager des lignes de conduite d’un secteur primordial pour l’avenir de l’Europe. A l’heure du « Space 4.0 » Dr Johann-Dietrich Woerner, directeur général de l’ESA (depuis le 1er juillet 2015), a évoqué l’avènement de la donne « Space 4.0 » avec le virage stratégique vers un spatial nouveau qui interagit davantage avec la société, qui voit se manifester des nations émergentes et des entreprises innovantes, qui mise sur une commercialisation accrue des systèmes et services.

Il a mis en évidence le retour sur investissement des efforts financiers qui sont consentis pour l’espace. Il a souligné la contribution des satellites pour le suivi du changement climatique et pour la mise en œuvre d’une charte internationale de l’immigration. S’exprimant de manière pragmatique, il a établi des comparaisons percutantes pour les sommes consacrées au budget du spatial européen dans son ensemble (10 l d’essence par an et par citoyen), au programme Galileo (le prix d’1 pinte de bière), à la réalisation de vols habités (l’équivalent d’1 ticket de métro parisien). Il a de nouveau appelé de ses vœux une politique d’« United Space in Europe » !

Du côté industriel, François Auque, président-directeur général des Systèmes Spatiaux, chez Airbus Defence & Space, a mis en exergue certains faits qui démontrent l’évolution en cours des activités dans l’espace : - la montée en puissance de l’investissement privé (c’est le cas du partenariat ESAAirbus Safran Launchers) avec « un état d’esprit plus pionnier qui accepte l’échec » ; - l’évolution rapide de l’innovation technologique avec la propulsion électrique, des charges utiles reconfigurables, des miroirs ultra-légers... - un marché de plus en plus acteur des applications par satellites, grâce au partenariat public-privé.

Ce qu’a confirmé Luigi Pasquali, président-directeur général de Telespazio en parlant d’un déplacement progressif de l’espace technologique vers un spatial de business.

Exprimant le point de vue du CNES (Centre National d’Etudes Spatiales), son président Jean-Yves Le Gall a insisté sur le double défi que l’Europe spatiale doit désormais relever : faire face à la croissance rapide de l’activité spatiale dans les pays émergents (comme la Chine et l’Inde) et s’adapter à la transformation profonde du secteur spatial aux USA avec de nouveaux acteurs issus du monde de l’internet. Il a tracé trois pistes pour que l’Europe de l’espace puisse garder le bon cap : se comporter en investisseur-stratège, avoir une approche centrée sur la demande (notamment pour la surveillance du climat, dans l’orbite de la COP 21), être présent et actif à l’international.

Il a mis en exergue les nouveaux satellites MERLIN (Methane Remote Sensing Lidar Mission) et MicroCarb (cartographie du carbone) dont les lancements sont planifiés pour 2020.

Contraintes d’une Commission exigeante

WALLONIE ESPACE INFOS n°84 janvier-février 2016 WEI n°84 2016-01 - 12 La Commission s’est exprimée sur ses attentes du spatial européen, par la voix de Philippe Brunet, directeur pour les industries de l’aérospatial, du maritime et de la défense à la Direction Générale GROW (Marché intérieur, Industrie, Entrepreneuriat, PME). Chargé de la gestion des activités spatiales de l’Union (programmes Galileo et Copernicus avec leurs applications, recherche & développement dans le cadre de Horizon 2020), il a participé à trois sessions de la conférence.

Son franc-parler fait que son point de vue en surprend plus d’un. Ainsi donnant son avis sur l’accès à l’espace qui doit rester en Europe, il a fait remarquer que la Commission est le principal client des services d’Arianespace avec des commandes de lancements pour les satellites Galileo et Sentinel (Copernicus). Il en a conclu : « Il est important de repenser le transport spatial en train de connaître un changement technologique. Il faut se préparer dès maintenant en Europe. » Pour ajouter que l’Union avait un rôle à jouer pour l’avenir des systèmes européens d’un accès à l’espace qui soit le plus économique possible.

Stéphane Israël, président-directeur général d’Arianespace, a parlé de 835 millions € pour le montant actuel des contrats de lancements destinés à la Commission. Ce chiffre qui va doubler dans les cinq années à venir justifie l’entrée en service, dès 2020, du lanceur Ariane 6.2 pour les missions institutionnelles. Ariane 6 vise l’objectif d’être être 50 % moins cher que l’actuel Ariane 5. A l’adresse de l’ESA, son partenaire clef pour la mise en œuvre du programme spatial européen, et au sujet d’Ariane 6, P. Brunet a regretté que l’Union n’ait pas été impliquée dans le design des prochains lanceurs européens.

Il a exprimé le souhait qu’elle investisse davantage dans l’étude d’un système réutilisable.

Il est vrai que la Commission, via Horizon 2020, s’intéresse au développement de l’avion Skylon du Royaume-Uni, dont le concept est unique. Il s’agit d’un appareil SSTO (Single Stage To Orbit) à propulsion cryogénique, avec un moteur de 2000 kN qui fonctionne avec l’oxygène extrait de l’air jusqu’à 26 km d’altitude pour atteindre Mach 5. De son côté, le CNES (Centre national d’Etudes Spatiales) a lancé des travaux d’étude du propulseur Prométhée (Precursor Reusable Oxygen METHane cost Effective Engine) : conçu pour être réutilisable, il aura une poussée de 980 kN (100 t), équivalente à celle du Vulcain v.2.1 dont il doit assurer la relève durant les années 2020.

L’entreprise ASL (Airbus Safran Launchers), maître d’œuvre d’Ariane 6, est bien évidemment partie prenante dans l’étude du Prométhée. Alain Charmeau, son président-directeur général, a rappelé ses attentes du côté de l’Union : - structurer le marché institutionnel de 5 à 6 lancements par année ; - définir les conditions d’accès au Centre Spatial Guyanais, afin de rendre son infrastructure concurrentielle grâce au soutien de l’Union ; - préparer dès à présent l’après-Ariane 6 avec des investissements technologiques de l’Union ; - considérer le marché émergent des services d’un micro-lanceur que l’Europe est capable de développer rapidement afin de répondre à la demande de nanoet microsatellites.

WALLONIE ESPACE INFOS n°84 janvier-février 2016 WEI n°84 2016-01 - 13 Gestion du haut débit de données Les projets d’avenir à financer ne manquent donc pas pour fixer les ressources du spatial dans le prochain Cadre Financier Pluriannuel 2020-2027. La Commission analyse déjà les priorités pour l’Europe dans l’espace à la lumière de ce que doit être sa gouvernance avec le couple ESA-Commission. D’ores et déjà, la tentation est grande de revoir les axes budgétaires de l’Union pour faire face à la hausse des dépenses auxquelles doit faire face l’agence européenne Frontex. Opérationnelle depuis octobre 2005 pour organiser la coopération opérationnelle dans la sécurisation des frontières extérieures des Etats membres de l’Union, elle doit recourir davantage aux données des satellites d’observation du système Copernicus.

Il est prévu au cours des dix ans à venir que l’Europe mette en orbite une trentaine d’observateurs, de plus en plus performants, pour l’environnement et pour la sécurité. Du coup, on se trouve aux prises avec une avalanche de hauts débits de données. Il convient de parler d’un facteur 10 de hausse: de 6 Petabytes à 60 Petabytes par an avec les trois premières familles de satellites Sentinel. Comment gérer le phénomène du « Big Data », lequel nécessite la mise en place de moyens appropriés de réception, de stockage, de traitement, de dissémination ? P. Brunet, responsable des affaires spatiales à la DG GROW de la Commission, constate qu’on a sous-estimé l’objectif de créer l’infrastructure au sol pour l’exploitation des données satellitaires.

On s’est intéressé à l’amont de Copernicus, mais il faut que les observations des satellites puissent arriver aux utilisateurs conformément à leurs besoins. » Il recommande de renforcer et d’améliorer le réseau de distribution des données, de définir l’architecture la plus utile de plates-formes d’exploitation, de susciter l’intérêt des institutions communautaires dans la promotion de l’outil Copernicus. Notamment pour l’application de l’accord sur le climat, issu de la COP 21 à Paris. Afin de collecter de façon quasi instantanée les observations des satellites Sentinel-1 (radar) et Sentinel-2 (multispectral), la Commission est la première à utiliser de façon opérationnelle le SpaceDataHighway mis en place avec EDRS (European Data Relay System) par un partenariat public-privé entre l’ESA et Airbus Defence & Space (voir ci-contre).

Explosion des systèmes et services satcom L’Europe, si elle est leader pour les services commerciaux de transport spatial avec Arianespace, se trouve à l’avant-plan pour les systèmes de satellites de télécommunications et de télévision. En engrangeant plus d’un tiers des revenus satcom dans le monde. Elle compte sept grands opérateurs, dont les deux ont une dimension globale : SES qui est pratiquement le n°1 mondial, Eutelsat, Airbus Communication, Intelligence & Security, Telespazio (Italie), Hispasat (Espagne), Telenor (Norvège), Avanti Communications (Royaume-Uni). Face à l’arrivée de mégaconstellations, comme One Web (648 mini-satellites, à propulsion électrique, en orbite basse) du businessman Greg Wyler.

Ce dernier est venu présenter le caractère européen de son ambitieux système en insistant sur sa coopération avec Airbus

WALLONIE ESPACE INFOS n°84 janvier-février 2016 WEI n°84 2016-01 - 14 Defence & Space pour la production de minisats à bas coût et avec Arianespace pour les lancements entre 2018 et 2020. Dans le « remue-méninges » global qui agite l’offre de services performants pour les TIC (Technologies de l’Information et de la Communication) via l’espace, l’industrie européenne des satellites entend garder la tête haute. Elle se réjouit des décisions qui ont été prises à Genève lors de la récente Conférence Mondiale des Radiocommunications (CMR 2015) concernant les fréquences allouées au segment spatial.

La Direction ESA des Télécommunications et Applications Intégrées, que pilote Magali Vaissière, fait preuve d’originalité et d’efficacité afin que les acteurs des satcoms – tant industriels qu’opérateurs - soient plus que jamais compétitifs par rapport aux réseaux terrestres.

Les actions technologiques du programme ARTES (Advanced Research in Telecommunications Systems) font appel au PPP (Partenariat-Public-Privé) comme instrument au service de l’innovation. Il a pris diverses formes réussies qui donnent lieu à des missions en orbite géostationnaire : - avec Hispasat pour le satellite avancé Hispasat AG1, Eutelsat pour le satellite reconfigurable Quantum ; - avec Airbus Defence & Space pour les relais optiques EDRS et le système Globenet, ainsi que pour le bus Eurostar Neo, puis avec Thales Alenia Space pour la plate-forme Spacebus Neo ; - avec Inmarsat pour l’exploitation de l’important Alphasat et pour l’initiative ICE (Inmarsat Communications Evolution) ; - avec Intelsat et la société Newtec pour la plate-forme Indigo (Integrated Digital Overlay) qui accroît les performances des satellites Intelsat Epic NG à grande capacité.

Croissance des besoins gouvernementaux Pour sa part, Karim Sabbagh, président-directeur général de l’opérateur luxembourgeois SES, a fait référence aux services numériques de la prochaine génération dont la montée en capacité passe par l’avènement de super-autoroutes de l’information. Le trafic global IP (Internet Protocol) par lequel transite de la vidéo à 80 % entre dans l’ère du zettabyte (1 trilliard ou 1021 d’octects) à la fin de cette année. Une capacité qui aura doublé en 2020. Par ailleurs, le satellite, tant en GEO (géostationnaire) qu’en MEO (orbite moyenne), donne de la mobilité et de la capacité à la communication sur les mers et dans les airs.

SES demande à l’Union : - de revoir l’agenda numérique européen en l’adaptant à la convergence en cours de la télédiffusion et du haut débit ; - d’intensifier le financement, via des programmes de recherche et développement, des projets hybrides avec des systèmes sur orbite et au sol ; - de relever les défis techniques et politiques que soulève le spectre des fréquences pour les satellites, notamment pour l’avènement de la 5G porteuse de vidéo; - de faciliter au niveau institutionnel un dialogue intensif avec les opérateurs de satellites sur le futur de l’industrie spatiale.

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