Michele Rigali (1841-1910) Statuaire et ornemaniste - Érudit
←
→
Transcription du contenu de la page
Si votre navigateur ne rend pas la page correctement, lisez s'il vous plaît le contenu de la page ci-dessous
Document generated on 11/01/2021 4:46 a.m.
Espace Sculpture
Michele Rigali (1841-1910) Statuaire et ornemaniste
Mario Béland
Sculpture cinétique
Kinetic Sculpture
Number 26, Winter 1994
URI: https://id.erudit.org/iderudit/10074ac
See table of contents
Publisher(s)
Le Centre de diffusion 3D
ISSN
0821-9222 (print)
1923-2551 (digital)
Explore this journal
Cite this article
Béland, M. (1994). Michele Rigali (1841-1910) Statuaire et ornemaniste. Espace
Sculpture, (26), 47–50.
Tous droits réservés © Le Centre de diffusion 3D, 1994 This document is protected by copyright law. Use of the services of Érudit
(including reproduction) is subject to its terms and conditions, which can be
viewed online.
https://apropos.erudit.org/en/users/policy-on-use/
This article is disseminated and preserved by Érudit.
Érudit is a non-profit inter-university consortium of the Université de Montréal,
Université Laval, and the Université du Québec à Montréal. Its mission is to
promote and disseminate research.
https://www.erudit.org/en/I S T O I R E
HELE 1841 1910
o
H T U R I R E
et o r n e m o n i s t e
Dans un article de L'événement du 24 juin 1926, Georges Côté rapporte qu'à Québec, à la fin du
XIXe siècle, Louis Jobin était l'unique statuaire en bois tandis que
Mario Béland Michèle Rigali était le seul statuaire en plâtre. En fait, si ces deux
artistes n'étaient pas les seuls sculpteurs spécialisés dans la statuaire à
Québec, ils étaient certes les plus importants, du moins d'après les
Atelier de Rigali & Fils, Pietà ou
Notre-Dame-de-Pitié. vers 1885; échos des journaux de cette époque. Cependant, Rigali, contrairement
plâtre peint polychrome, hauteur :
1,03 m.; église de Saint-Jean, île à Jobin, a été jusqu'à tout récemment complètement évacué de This-
d'Orléans. Photo : ministère de la
Culture, Québec. toire officielle de la sculpture au Québec.
ESPACE 26 HIVER / WINTER 1994O n ignore à peu près tout sur Michèle
Rigali avant son arrivée à Québec. Né en
Toscane le 26 mai 1841, Rigali émigré dans
sa jeunesse aux États-Unis. En 1859, il se
marie dans l'état de New York avec Mary
Ann Putnam, une Américaine âgée de 13
ans. Durant cette période, il s'enrôle égale-
ment dans l'armée américaine. Entre 1860 et
1865, sans qu'on ne connaisse rien de sa
formation, il embrasse le métier de statuaire
puis émigré au Canada et s'installe définiti-
vement à Québec.
La présence de Rigali à Québec est
signalée pour la première fois en 1868 dans
l'annuaire de la ville où il est désigné
comme statuaire, domicilié sur la rue Saint-
Vallier, dans le quartier Saint-Roch. Au
cours de la décennie suivante, il demeure
sur la rue Saint-Joseph dans le même quar-
tier. À l'été 1874, Rigali fait paraître dans Le
Courrier du Canada un avis très révélateur
de sa production durant ses premières
années à Québec. Cet avis informe les
«Messieurs du Clergé tant de la ville que
ceux de la campagne, qu'il a constamment pératures et qu'ils ont l'apparence de sculp- tion et le commerce
en mains, et qu'il exécute sur commande tures sur bois. L'article aborde enfin le sujet de statues et orne- Portrait de la famille de
toute sorte d'Ornements pour Églises, pla- de la concurrence étrangère dans ce ments en plâtre pour M
'*el!,R«al' p ns v <
u f,
r
fonds, ainsi que Statues Blanches, en Cou- domaine, particulièrement celle des impor- , .. ..... 1900. De gauche à droite,
leurs et Dorées, de toute grandeur et de tous tations européennes. églises et edifices en bas. Maty A n n Putnam
Michèle Rigali et Johnny; en
les goûts. La participation de Rigali à l'Exposition publics. La déclara- haut : Levi, Michael et
Tous ceux qui auraient quelqu'orne- provinciale de 1877 devait donc consacrer tion signée avec Frank, tous statuaires ou
ments à faire exécuter pour Églises trouve- sa bonne réputation de statuaire et ornema- Michael le 17 juin peintres décorateurs.
1886 précise que le Photo ; collection privée,
ront leur avantage, vu qu'il possède des niste et faire une large publicité à son entre- Québec.
modèles de tous genres, exemptant par là prise. En effet, en juin de l'année suivante, le père s'occupe des
aux parties, la peine de payer pour les faire sculpteur conclut un marché avec Joseph affaires extérieures et
sculpter. » Richard, commerçant de Saint-Roch, pour la des contrats, tandis que le fils est respon-
fabrication et la finition, à partir de deux sable des affaires internes ainsi que de la
Toujours en 1874, il reçoit de la
modèles différents, de 600 statues de la fabrication proprement dite des statues et
fabrique de Sainte-Agathe de Lotbinière un
« bonne Sainte Anne, en plâtre de Québec ». ornements. À l'occasion, la mère travaille
paiement de 350 $ pour des ouvrages non
Toujours en 1878, en août, Rigali fait comme commis au magasin. Durant ces
identifiés qui compteraient, avec les con-
émettre par son notaire un protêt contre deux décennies, le nom de Michèle Rigali
soles qu'il livre aux Ursulines de Québec,
l'entrepreneur Joseph Gosselin de Saint- est généralement le seul — si ce n'est celui
parmi ses premiers travaux réalisés au
Nicolas pour des modèles non fournis et de Jobin à quelques reprises—à se retrouver
Québec. L'année suivante, il s'associe pour
sous-estimés en vue d'ornements en plâtre à la rubrique professionnelle « statuaire-sta-
six ans avec son compatriote Lorenzo Nardi,
destinés à l'intérieur de l'église de Saint- tuary » de l'annuaire de la ville de Québec.
sous la raison sociale de «Rigali & compa-
Henri-de-Lévis. Au cours des années 1880, l'entreprise
gnie» fabricants et marchands statuaires.
de Rigali remplit des commandes tant en
L'année 1877 devait sans doute lancer défi- Au début des années 1880, Rigali quitte
ornementation qu'en statuaire pour diverses
nitivement la carrière du sculpteur, avec la le quartier Saint-Roch pour la haute ville.
communautés religieuses et fabriques
présentation de ses travaux au pavillon de Jusqu'à la fin de sa vie, il aura sa résidence
paroissiales : Ursulines de Québec (1882),
l'industrie, lors de l'Exposition provinciale et son atelier-boutique sur la rue Saint-Jean,
Saint-David-de-l'Auberivière (1884), Saint-
de Québec. En effet, à l'instar de ceux des à l'intérieur des remparts. Le 15 décembre
Jean et Saint-Laurent, île d'Orléans (1885),
sculpteurs sur bois Louis Jobin et Jean-Bap- 1882, L'électeur mentionne l'exposition
Sainte-Anne-de-Beaupré et Notre-Dame-de-
tiste Côté, ses ouvrages en plâtre seront fort d'une statue de Bernadette Soubirous dans
la-Garde, à Québec (1886). Toutefois, ses
remarqués comme en témoignent la publi- la vitrine de son commerce ; cette statue sera
contrats les plus importants restent sans
cation d'un long et très élogieux article dans « raflée» au premier de l'an suivant au profit
contredit l'ensemble statuaire de la façade
L'événement du 27 septembre et, surtout, des pauvres. Par la suite, Michèle Rigali
de l'église Saint-Jean-Baptiste de Québec,
l'obtention de deux premiers prix dans la s'associera tour à tour avec l'entrepreneur
réalisé entre 1883 et 1885, ainsi qu'une
catégorie « meilleur dessin modèle en argile Michel Guay de Percé, toujours sous le nom
partie de l'ornementation intérieure du
ou plâtre, ou sculpture pour les fins d'archi- de Rigali & Cie (1881 -1883), puis avec l'un
palais de justice de cette ville, exécutée en
tecture». Cet article nous apprend notam- ou l'autre de ses fils établis à Québec, sous
1887. À l'été de 1883, les journaux de
ment que le fini soigné et digne de mention le nom de Rigali & Fils : Levi (1883-1886),
Québec annoncent le projet de placer dans
de certaines statues fait croire à du marbre et Michael (1886-1887), Johnny (1887-1893),
les niches de la façade de la nouvelle église
que ses ornements se posent sur le bois par et peut-être de nouveau avec Michael
Saint-Jean-Baptiste des statues qui seront
un procédé tout à fait nouveau qu'il a intro- (1 895-1897). Ces sociétés sont déclarées à
d'abord conçues en plâtre puis moulées en
duit au pays, qu'ils résistent à toutes les tem- titre de statuaires oeuvrant dans la confec-
ciment gris par la firme de Rigali. Les statues
•18 ESPACE 26 HIVER / W I N T E Rprojetées par le D' O. Robitaille devront être regrettable de ne pas donner à M . Rigali et que, pour ce faire, il a engagé un peintre
payées par des souscriptions. On songe éga- l'occasion de poser partout les ornementa- décorateur européen. De plus, cet « artiste
lement à lancer une campagne populaire tions qu'il exécute si bien, et qui font le plus peintre est attaché à l'atelier pour la décora-
pour la confection ou l'achat au coût de grand honneur à son talent comme artiste.» tion des églises à l'instar de l'Europe et aussi
300,00$ d'une grande statue en pierre de Au tournant de la décennie, Rigali com- pour toutes espèces de décorations pour
Saint jean-Baptiste destinée à couronner le mence à s'annoncer intensivement dans les fêtes religieuses ou fêtes publiques dans les
clocher de l'église. Dès 1883, le projet doit journaux et périodiques de Québec, d'abord styles les plus modernes». Rigali affirme
être réduit de 23 à 17 statues, 15 d'entre dans l'annuaire Cherrier, en 1889, ensuite et avec insistance que ses statues décorées,
elles ayant déjà été payées par autant de surtout dans L'électeur et Le Courrier du entièrement exécutées chez lui, ont la même
citoyens à raison de 80 à 100$ pour les plus Canada, à compter de 1891, et enfin dans qualité que les statues européennes.
grandes et de 40 à 50$ pour les plus petites, La Semaine commerciale en 1895. Rigali est À la fin de mars de 1894, le statuaire
tandis que le projet de statue de Saint jean- ainsi avec Louis Jobin l'un des rares sculp- mise en outre sur sa spécialité «des enduits
Baptiste doit être abandonné. À l'automne teurs de cette période à publier aussi régu- et ornements de plâtre pour intérieur» et sur
de 1885, les journalistes sont invités à lièrement des avis publicitaires dans les quo- son expérience dans le domaine avec la
visiter, à l'atelier des Rigali, « statuaires tidiens de Québec. Ces avis de Rigali, tout décoration de plus de 40 églises et bureaux
d'une réputation bien établie», l'exposition comme l'en-tête de son papier d'affaires de publics. Il précise que ses ornements peu-
des 1 7 statues « véritables oeuvres d'art ». la même époque, contiennent de nom- vent se poser tout aussi bien sur un fond de
Les statues pèsent entre 400 et 2 000 livres. breuses informations sur sa carrière et sur sa bois que sur du crépis. À la fin d'octobre de
Treize statues de 4 pieds et représentant le production. Ils mentionnent que la maison la même année, Rigali fait paraître un avis
Christ et les douze apôtres sont destinées possède « l'assortiment de statues religieuses spécial en regard des commandes de crè-
aux petites niches du centre de la façade le plus beau et le plus complet de la Puis- ches, d'anges et de statues diverses qui doi-
tandis que quatre autres de 5 1/2 pieds et sance » et qu'elle a toujours de nouveaux vent être passées au plus tôt en vue de la
représentant Saint Luc, Saint Marc, Saint modèles en cours d'exécution. Le statuaire Noël et du Jour de l'an. En 1895, le statuaire
Paul et Saint François Xavier sont conçues offre alors le plus vaste choix de modèles de propose surtout certains sujets religieux alors
pour des grandes niches dans les parties toutes les dimensions : Sacré-Coeur de Jésus, fort en vogue tels que «groupes» de la Sainte
supérieure et inférieure de l'élévation. Le Sainte Vierge, Saint Joseph, apôtres, saints, Famille ou du Rosaire, anges
journal de Québec du 1 7 octobre rapporte saintes, anges, crucifix, crèches de noël; adorateurs et, plus particuliè- Vue de la façade de
que «l'exécution de ces statues ne laisse rien ainsi qu'un éventail de supports et d'orne- rement, Saint Antoine de l'église Saint-Jean-
à désirer au double point de vue de l'art et ments : consoles, colonnes, décorations pour Padoue. Cette année-là, il Baptiste de Québec
de la solidité, qui est comparable à celle que plafonds, etc. Rigali vante aussi la grande montrant les 17 statues
précise qu'il a accordé
en ciment exécutées par
donnerait le granit ou le marbre». Les statues variété de ses matériaux (plâtre, «plastique», depuis quelque temps des l'atelier de Michèle Rigali
ayant «fort belle apparence» seront instal- ciment pour extérieur) et la qualité de ses réductions importantes. En entre 1883 et 1885.
lées le 28 octobre et bénites le 15 novembre revêtements (blanches, dorées ou décorées effet, comme on le constate à Photo : Patnck Altman,
suivant. Sans aucun doute, cet ensemble sta- «à l'européenne»). Le statuaire informe sa la lecture de ces diverses Musée du Québec,
tuaire constitue non seulement l'un des Québec.
clientèle qu'il a ajouté à ses spécialités la réclames, la concurrence qui
plus grands ensembles destinés à l'extérieur décoration des statues et des ornementations règne alors dans le domaine de la sculpture
d ' u n é d i f i c e c o n ç u au religieuse, et particulière-
Québec durant cette ment dans celui de la sta-
p é r i o d e , mais également tuaire, était très forte. Non
l ' u n e des réalisations seulement y avait-il com-
majeures dans la carrière de pétition entre les sculp-
l'artiste, avec la décoration teurs sur bois et les sta-
d u palais de j u s t i c e de tuaires mouleurs locaux,
Q u é b e c . Au sujet de ces mais les uns et les autres
derniers travaux, L'électeur devaient affronter ensem-
du 26 avril 1887 ne tarit pas ble l'arrivée massive des
d'éloges à l'égard des orne- importations des manufac-
mentations en plâtre «faites tures étrangères. Tout
de m a i n de m a î t r e [...] comme en 1877, un long
comme solidité et comme article intitulé « La statuaire
f i n i elles sont bien supé- décorative à Québec »,
rieures à celles de l'hôtel du publié dans La Semaine
parlement. Le moulage est Commerciale du 18 jan-
parfait, d'une netteté que vier 1895 et portant préci-
nous n'avons jamais obs- sément sur la maison de
ervée dans les ouvrages de Rigali, fit état de cette vive
ce genre. Puis, ces o r n e - concurrence.
ments sont posés avec la
plus grande solidité [...] en Au cours des années
sorte que ces décorations 1890, Rigali remplit de
sont d'une solidité à toute nombreuses commandes
é p r e u v e . Q u a n t à leur pour diverses paroisses,
beauté, ceux qui passent au surtout du sud et de l'est
palais de justice n'ont qu'à du Québec. Dans le
y entrer pour s'en faire une domaine de l'ornementa-
juste idée [...] il serait bien tion, il exécute des con-
trats à partir des plans de
E S P A C E 26 HIVER / W I N T E R 1994 4')divers architectes, entre autres pour les mais également avec des architectes et de leur clientèle. La production commer-
églises de Saint-François-Xavier, à Chicou- sculpteurs locaux renommés tels que F.-X. ciale, voire conventionnelle, des maisons
timi (1890), de Notre-Dame-de-Foy, à Berlinguet, Joseph-P. Ouellet, Georges-Emile italiennes répondait donc au goût de
Sainte-Foy (1890), de Saint-Jean-Baptiste, à Tanguay, Adolphe et Laurent Moisan, l'époque et s'inscrivait dans certains cou-
Québec (1890), de Saint-Médard, à War- Francis-P. Gauvin, Alfred Carbonneau et rants internationaux, principalement l'ima-
wick (1891), de Saint-Alexandre-de- Louis Jobin. Par testament, Rigali léguait à gerie munichoise ou saint-sulpicienne dif-
Kamouraska (1894), de Cornwall, de la son fils Frank tous ses biens meubles et fusée à grande échelle en Occident. Plu-
chapelle Manrèse (1896) et de celle des immeubles. L'année suivante, ce dernier sieurs de nos historiens de l'art ont
Soeurs franciscaines, à Québec (1899). enregistre un commerce au nom de son reproché à cette statuaire courante et pro-
Rappelons que L'électeur, dans son édition père, — poursuivant ainsi les activités de duite en série de ne pas faire honneur à
du 24 octobre 1891, rapportait que la l'entreprise familiale—qui disparaîtra l'art religieux. Toutefois, ces oeuvres pré-
maison avait réalisé depuis l'été des tra- cependant à son décès en 1912. Dans les sentent des aspects et des qualités qui leur
vaux divers dans cinq églises. Par ailleurs, décennies suivantes, d'autres maisons ita- sont propres et démontrent que les artistes
en juillet 1 894, Le Courrier du Canada liennes comme celles de Angelo Barsetti et italiens, et les statuaires mouleurs en parti-
indiquait que « M. Rigali devient de plus en de Luigi Bastiani prendront la relève dans le culier, exprimaient la sensibilité de leur
plus populaire pour ces sortes d'ouvrages et domaine de la statuaire et de l'ornementa- temps. On a eu trop tendance à mépriser
certes ce n'est pas sans raison. O n tion en plâtre à Québec. ou tout simplement à ignorer ce genre de
s'accorde à lui reconnaître un goût riche, Comme la plupart de ses compatriotes production qui, d'une part, était jadis omni-
une grande sûreté d'exécution, un soin statuaires ou peintres établis au Québec présent dans nos édifices publics et qui,
méticuleux dans le choix de ses matériaux, durant la deuxième moitié du XIXe siècle, d'autre part, a fait vivre bon nombre des
enfin tout ce qui est de nature à rendre un Michèle Rigali tomba dans l'oubli après sculpteurs du tournant du siècle. À tout le
ouvrage à la fois agréable à l'oeil et résis- son décès. Sa carrière et sa production sont moins, ces oeuvres témoignent d'un
table au temps ». Dans le domaine de la demeurées jusqu'ici relativement important changement de goût et de
statuaire, Rigali livre diverses pièces notam- méconnues notamment à cause des pré- mentalité dans la société québécoise de
ment aux églises de Saint-Apollinaire jugés entretenus par nos premiers historiens l'époque. •
(1893), Sainte-Anne-de-Beaupré (1893), de l'art, Marius Barbeau et Gérard Morisset.
Saint-Jean-Baptiste de Québec (1895), Ces derniers voyaient en l'usage grandis-
Sainte-Pétronille, île d'Orléans 1896) et sant du plâtre dans la statuaire et le décor
Sainte-Julie-de-Somerset (1897), sans de nos églises, à partir du milieu du XIXe At the end of the 19th century, Michèle Rigali
compter la décoration en 1894 de trois sta- siècle, une rupture dans l'évolution de la was, along with Louis Jobin, one of the most
tues en bois sculptées par Jobin pour sculpture québécoise, le début d'une déca- important statue makers of Quebec. Of Italian
l'église de Saint-Michel-de-Bellechasse. dence artistique et la fin d'une longue tra- origin, he established himself in 1868 in the
En 1901, les fils de Rigali, John et dition artisanale et française, celle de la Saint-Roch quarter of that city. The first
Frank, s'associent comme peintres décora- sculpture sur bois. Toutefois, c'était là announcement to appear in Le Courrier du
teurs, tandis que Michèle forme, en 1902, méconnaître l'évolution du goût et des Canada in 1874 reveals much of his activities,
pour un an, une société avec George besoins de la société québécoise de la that is the statues and ornaments in plaster of
Simpkin, commis, à titre de fabricants de deuxième moitié du XIXe et du début du many sizes and finishes, for the churches and
plâtre décoratif et de marbre artificiel. XXe siècle. En effet, dans le domaine de
other public buildings. In 1877, the success of
Durant cette décennie, Rigali continue à l'art religieux, les maisons italiennes,
his works at the Provincial Exhibition of
fournir statues et ornements à de nom- comme celle de Rigali à Québec ou celles
Quebec solidified his great reputation as a
breuses paroisses du Québec : vers 1900, à des Catelli, Carli, Baccerini ou Giannotti à
sculptor. During the I880's, Rigali moved
Sainte-Luce de Rimouski et à Saint-Thuribe; Montréal, fabriquaient et mettaient en
vente des modèles originaux, variés, nou- uptown and associated himself one by one with
en 1901, à Saint-Francois, île d'Orléans ; en
veaux, populaires, solides et peu coûteux. his sons, Levi, Michael, and Johnny, as statue
1902, à Saint-Calixte de Plessisville et à
Très en demande, leur production en plâtre makers. During those years the entreprise
Saint-Casimir de Portneuf ; en 1903, à Saint-
Augustin de Portneuf; en 1908, à Saint- pour l'intérieur et en ciment pour l'exté- filled orders as much in ornamentation as in
édouard de Lotbinière et, enfin, en 1910, à rieur était accessible à des coûts moindres statuary for diverse religious communities and
Saint-Théophile de Beauce et à Saint-Joseph que les oeuvres sculptées en bois. Profitant parish factories. His most important contracts
d'Alma. d'un prestige et d'un engouement peu com- were no doubt the 17 statues for the façade of
muns, leurs ouvrages finirent par se the St-John the Baptist Church of Québec
Michèle Rigali décède le 5 juin 1910
répandre à travers toute la Province : peu ( 1883-85) as well as some of the interior
des suites d'une pneumonie contractée lors
d'églises ou de communautés ne possé- ornaments of the courthouse of that city. In
d'un voyage d'affaires dans Charlevoix. Les
daient pas alors l'un ou l'autre modèle the I890's, Rigali publicized regularly, through
funérailles ont lieu trois jours plus tard à
signé par les Carli ou Rigali. Citons le cas
l'église St. Patrick, en présence de presque notices in the newspapers of Quebec that
de maintes statues de Rigali, signées mais
tous les membres de la colonie italienne de contained numerous bits of information about
non datées, retracées dans les paroisses de
Québec et de nombreux dignitaires—dont his career and his productions, in particular
Neuville, de Saint-Louis de Nsle-aux-Cou-
Jacques Auger, vice-consul d'Italie—des that of the hiring of a European painter-
dres, de Rivière-du-Loup, de Cacouna, de
échevins, des architectes et des sculpteurs. decorator for the finishing touches on his
Saint-Hubert, de Saint-Paul-de-la-Croix,
Comme le démontre la présence de cer- works. In the following decades, he continued
etc. Leurs oeuvres exercèrent ainsi une
taines personnes à ses funérailles ou à
influence déterminante, au plan de la pré- to furnish statues and ornaments for numerous
quelques transactions effectuées devant
sentation visuelle, sur la production de nos parishes, above all in the south and east of
notaire, Rigali n'était pas isolé du milieu
sculpteurs sur bois, notamment Louis Jobin, Quebec. After his death, Rigali fell into
artistique de la capitale. Il entretenait des
Olindo Gratton et Jean-Baptiste Côté q u i , obscurity while other Italian houses took over
relations professionnelles non seulement
devant leur succès, durent s'adapter et in the domain of plaster statuary and
avec des artistes étrangers comme l'italien
répondre à leur tour aux besoins nouveaux ornementation.
Lorenzo Nardi et l'américain Victor Putnam,
5(1 ESPACE 26 HIVER / WINTER 1994Vous pouvez aussi lire