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Schweizerische Interessengemeinschaft für interkulturelles Dolmetschen und Vermitteln
Association suisse pour l‘interprétariat communautaire et la médiation interculturelle
Associazione svizzera per l‘interpretariato e la mediazione interculturale

Conséquences de la crise du coronavirus pour la
situation professionnelle des interprètes
communautaires et des médiateurs/médiatrices
interculturel-le-s :
Collecte et interprétation des résultats du sondage
de mai 2020

1. Contexte, public cible et conception du questionnaire

L’apparition de la pandémie du coronavirus et les mesures ordonnées par la Confédération
pour l’endiguer ont touché fortement l’interprétariat communautaire et la médiation
interculturelle. Peu après l’entrée en vigueur des mesures de protection, INTERPRET a eu
écho des premières voix qui faisaient état d’une chute massive de la demande et qui
signalaient qu’une grande partie des rares interventions se faisait par téléphone. Les
interprètes décrivaient leurs pertes de gain et leur peur de la précarité. Les services
d’interprétariat rapportaient des annulations massives de mandats.
INTERPRET est de fait relativement éloigné de la pratique des interventions. Pour se faire
une image détaillée de la manière et de l’étendue des conséquences effectives, le
Secrétariat général d’INTERPRET a effectué un sondage à la mi-mai auprès des interprètes
communautaires, d’une part et des services d’interprétariat, d’autre part. Les résultats de
ce sondage auprès des interprètes et des médiateurs/médiatrices interculturel-le-s ont été
collectés et interprétés ci-après.
Tous les interprètes communautaires et les médiateurs/médiatrices interculturel-le-s qui
disposent du certificat INTERPRET ou du brevet fédéral en interprétariat communautaire et
médiation interculturelle ont été invité-e-s à participer au sondage. Celui-ci s’adressait
explicitement aux personnes qui disposaient d’une expérience pratique réflexive et d’un
diplôme standard. Le groupe cible regroupait environ 1'450 personnes, 1’270 interprètes
communautaires et médiateurs/médiatrices interculturel-le-s ont pu être effectivement
contacté-e-s. Parmi ces 1'270 personnes, 1'086 ont reçu le lien pour le questionnaire en
allemand, 263 pour le questionnaire en français, et 38 pour le questionnaire en italien.
Le sondage a été fait sur la plate-forme SurveyMonkey. Le temps de réponse aux sept
questions a duré en moyenne entre 7 et 9 minutes. Avec un retour de 155 réponses
complètes (125 pour le questionnaire en allemand, 26 en français et 4 en italien), le taux
de participation est d’environ de 11%. Le questionnaire comprenait des questions avec des
options de réponses prédéfinies (multiple choice) et des questions ouvertes. Pour analyser
ces dernières, les réponses ont été classées à l’aide de balises.

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2. Analyse quantitative des questions

Question 1 : Dans quels domaines avez-vous travaillé depuis le début de la
crise, plus précisément depuis la mise en vigueur des mesures sanitaires à la
mi-mars 2020 ? (n = 155, plusieurs réponses possibles)

  0.0%         10.0%         20.0%         30.0%         40.0%          50.0%            60.0%   70.0%   80.0%    90.0%

     Procédure d'asile

     Education (structures de la petite enfance, école/réunions parents-enseignants, travail social en milieu scolaire,
     pédagogie spécialisée, service psychologique, orientation professionnelle, etc )
     Santé (hôpital, psychiatrie, service ambulatoire pour victimes de la torture et de la guerre, médecin de famille,
     thérapie, expertise AI, etc.)
     Autorités judiciaires (ministère public, tribunal, etc.)

     Police

     Domaine social (service social, service d'aide aux victimes, autorités de protection de l'enfant et de l'adulte,
     service des migrations, centre de consultation, etc.)
     Autres

A l’évidence, une partie importante des interventions dans le domaine de la santé a eu lieu
aussi pendant la crise du coronavirus : 77% des participant-e-s indiquent avoir eu des
interventions dans ce domaine. La répartition des interventions dans les domaines ne diffère
sinon pas de la répartition relativement stable depuis des années. La situation
extraordinaire a eu par conséquent peu d’influence sur l’importance des domaines, plus
précisément sur la demande.

Un champ de commentaire indique ou précise les                                                   domaines   d’intervention
supplémentaires suivants (plusieurs réponses possibles) :

    -     Traductions écrites
    -     Interventions auprès de l’APEA
    -     Interventions dans les offices d’état civil
    -     Interventions (interprétariat ou prise en charge) dans les centres d’accueil
          temporaire
    -     Accompagnements / visites à domicile (médiation interculturelle)

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Question 2 : Indiquez le nombre d'interventions effectuées dans ces domaines
depuis la mi-mars. (n = 155)

 Plus de 50

     41 - 50

     31 - 40

     21 - 30

     11 - 20

      1 - 10

           0

            0.0%               10.0%               20.0%               30.0%             40.0%         50.0%        60.0%

      Procédure d'asile         Education         Santé        Autorités judiciaires      Police   Domaine social   Autres

Les réponses à la question 2 indiquent clairement que très peu d’interventions ont eu lieu
durant les deux mois pendant lesquels les mesures de protection étaient en vigueur. Tous
domaines d’interventions confondus, 40% des participant-e-s déclarent n’avoir fait aucune
intervention et 51% chiffrent le nombre d’interventions réalisées entre 1 et 10. Ainsi le
volume des interventions se situe clairement en-deçà des 20 interventions que le groupe
cible réalise en moyenne en deux mois, selon les statistiques de 2018. Mais étant donné
que ce sont en premier lieu les interprètes et les médiateurs/médiatrices les plus
actifs/actives qui ont participé au sondage, leurs pertes de gain devraient être même
nettement plus élevée que cet écart par rapport à la moyenne. La question 4 étudie cet
aspect plus en détail.
Les différences des domaines d’interventions sont de poids, car le point de départ est très
divergent: si à peine 70% des interprètes déclarent avoir réalisé moins de 10 interventions
en l’espace de deux mois dans le secteur de la santé (dans lequel plus de la moitié de toutes
les interventions ont lieu, et ce depuis plusieurs années), cela montre explicitement que
très peu d’interventions ont eu lieu.

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Question 3 : Sous quelle forme ces interventions ont-elles eu lieu
généralement ? (n = 155, plusieurs réponses possibles)

                                                  0.0%       10.0%      20.0%       30.0%    40.0%   50.0%    60.0%    70.0%

                       Interprétariat sur place

                  Interprétariat téléphonique

                      Interprétariat par vidéo

 Interventions en médiation interculturelle

                          Aucune intervention

          Procédure d'asile        Education       Santé       Autorités judiciaires     Police   Domaine social   Autres

La question 3 analyse la thèse selon laquelle les interventions ont eu lieu majoritairement
à distance (par téléphone ou vidéoconférence) pendant les mois du coronavirus. Le sondage
montre que dans l’ensemble, l’interprétariat sur place (58% des interventions réalisées) est
restée la forme d’interprétariat la plus demandée. Le segment réduit de la médiation
interculturelle n’a pas changé.
Une importance marginale revient également à l’interprétariat par vidéoconférence qui
comptabilise 3% du total des interventions réalisées. On peut néanmoins noter une nette
augmentation par rapport à l’utilisation moyenne selon les statistiques annuelles, puisque
le taux de l’interprétariat par vidéoconférence pour l’ensemble de l’année 2019 ne s’élevait
qu’à 0.3%.
Avec un taux de 20%, l’importance de l’interprétariat téléphonique n’a jamais été aussi
élevée. On note clairement que pendant les mesures de protection, l’interprétariat sur place
a eu tendance à être reporté sur l’interprétariat téléphonique (et dans un moindre degré
par l’interprétariat par vidéoconférence).
Les déclarations qui disent n’avoir pu réaliser aucune intervention pendant les mois du
coronavirus tours, constituent néanmoins la plus grande partie – conformément aux
réponses des questions précédentes: tous domaines confondus, elles représentent 42%.
Les différences entre les domaines d’interventions sont abordées en détail dans
l’Interprétation (chapitre 3).

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Question 4 : Dans quelle mesure le volume de vos mandats a-t-il changé
depuis la crise du coronavirus ? (n = 155)

    Plus d'intervention qu'en temps
    "normal"

    Recul léger ou pas de recul (entre
    75% et 100% du nombre habituel
    des mandats)
    Recul perceptible (entre 50% et 75%
    du nombre habituel de mandats)

    Recul important (entre 25% et 50%
    du nombre habituel de mandats)

    Recul massif (entre 0% et 25% du
    nombre habituel de mandats)

La comparaison avec le volume de mandats avant l’apparition de la crise du coronavirus
montre clairement l’étendue de l’effondrement des mandats. Plus de la moitié des
participant-e-s au sondage déclarent avoir subi des pertes supérieures à 75%. 78%
estiment que le volume de mandats s’est réduit au moins de moitié. Seulement 9% ne
notent pas de diminution conséquente et trois personnes interrogées déclarent avoir même
réalisé plus d’interventions que dans une période comparable « normale ».
Le champ de commentaire à cette question faisait état à plusieurs reprises de l’annulation
de nombreux rendez-vous. Plusieurs interprètes rendent d’ailleurs attentifs aux difficultés
rencontrées avec une nouvelle plate-forme pour l'interprétariat qui semble avoir une
influence négative sur leur volume d’interventions.
Les réponses à la question 4 confirment la thèse selon laquelle la crise du coronavirus et
les mesures de protection ont conduit à une chute massive des mandats des interprètes
communautaires et des médiateurs/médiatrices interculturel-le-s. Ainsi se confirme
également l’hypothèse formulée dans l’évaluation de la question 2, selon laquelle les pertes
de gain des interprètes qui ont rempli le questionnaire sont nettement plus élevées que les
projections statistiques. Une comparaison transversale avec le sondage envoyé aux
services d’interprétariat (qui portait sur leur estimation de l’évolution des mandats pendant
les mois du coronavirus) montre qu’il ne s’agit pas seulement d’une perception individuelle,
mais que les services d’interprétariat ont constaté une chute des mandats dans une étendue
comparable (voir l’évaluation du sondage auprès des services d’interprétariat).

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Question 5 : Quel est pour vous le plus grand défi actuel ?
(n = 155, plusieurs réponses possibles)

Les réponses à cette question ouverte ont été résumées et quantifiées selon les rubriques
suivantes :

     Diminution des mandats, réduction des revenus

     Protection personnelle, peur d'être contaminé-e
     et/ou de transmettre le virus

     Conditions de travail (respect des distances, port du
     masque, etc.)

     Situation personnelle (isolement, manque de
     contacts, organisation du temps libre)

     Fournir de bonnes prestations d'interprétariat sous
     des formes nouvelles (interprétariat à distance)

     Pas de défis particuliers

     S'en sortir, accepter la situation

     Utilisation des transports publics

     Autres

                                                                     0%             10%   20%      30%            40%

Les pertes de revenus ont causé de très grands soucis aux participant-e-s, en raison de la
rareté, voire de l’absence complète de mandats. Quelques commentaires font référence à
des situations drastiques. En deuxième position, on trouve la peur d’être contaminé-e par
le coronavirus ou par la crainte de le transmettre. En troisième position apparaissent les
défis professionnels liés au respect des mesures de protection et aux conditions de travail
afférentes. Seulement 6.5 % des participant-e-s voient dans l’augmentation des
interventions dans l’interprétariat téléphonique un défi particulier.
La rubrique « Autres » contient des remarques sur l’introduction d’un nouveau logiciel
d’interprétariat et les difficultés afférentes. Celles-ci ne sont pas directement liées à la crise
du coronavirus et ne concernent ni le dispositif particulier d’une intervention, ni la forme
d’interprétariat. Ces difficultés semblent néanmoins prévaloir pour les interprètes concerné-
e-s et montrent au final que les procédures dans l’organisation des interventions jouent un
grand rôle pour les interprètes.

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Question 6 : Quelles seront, à votre avis, les conséquences de la crise du
coronavirus pour l'interprétariat communautaire et la médiation
interculturelle ? (n = 155)

   Dès que les mesures seront assouplies, les interventions
      se dérouleront principalement sur place, comme
                        auparavant

       L'interprétariat à distance sera plus important, une
     grande partie des interventios aura lieu par téléphone
                      ou par vidéconférence

        Le nombre d'interventions augmentera bientôt et la
               demande continuera de progresser

        L'interprétariat communautaire et la médiation
    interculturelle seront moins demandés qu'avant la crise

                                                                     0.0%           20.0%   40.0%        60.0%    80.0%

                      Oui, je peux l'envisager                 Non, je ne pense pas          Je ne sais pas

L’analyse de cette question ouverte concernant les conséquences éventuelles pour l’avenir
de l’interprétariat communautaire et de la médiation interculturelle ne donne pas de résultat
clair. Mais il apparait nettement que les participant-e-s sont majoritairement optimistes
concernant un retour à la normale des mandats et pensent que la demande va de nouveau
augmenter. Seulement 30 % pensent que la chute des demandes restera à long terme. Les
déclarations concernant l’évolution des formes d’interprétariat sont moins claires : 65%
présument qu’une grande partie des interventions aura lieu sur place, comme avant la crise.
En même temps, 52% envisagent qu’une partie importante des interventions se passera
par téléphone ou par vidéoconférence. Cette contradiction apparente peut être interprétée
de cette manière : la majorité des réponses présuppose l’augmentation de l’interprétariat
à distance, sans pour autant envisager que la majorité des mandats ait lieu à distance.
Le champ de commentaire pour cette question a été beaucoup utilisé, avec des
compléments et précisions dans les domaines suivants (plusieurs réponses possibles) :

    -     Incertitude durable au sujet de l’interprétariat sur place (mesures de protection,
          réticence de toutes les parties)
    -     Difficultés financières durables
    -     Augmentation continue de l’interprétariat à distance
    -     Exigences plus élevées à l’égard des interprètes concernant leurs compétences
          linguistiques et techniques.

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Question 7 : Quelles opportunités et possibilités voyez-vous pour l'avenir ?
(n = 109, plusieurs réponses possibles)

Comme pour la question 5, les questions sont regroupées selon les balises suivantes :

     Augmentation de l'interprétariat à distance

     Normalisation de la situation (en termes de
     mandats et des conditions d'intervention)

     Le statut et le revenu des interprètes
     demeureront incertains

     Aucun effet positif envisageable

     Plus grande flexibilité du domaine

     Autres

                                                           0.0%        5.0%       10.0%   15.0%   20.0%   25.0%   30.0%

Cette question n’exigeait pas de réponse, 109 personnes y ont néanmoins répondu. Les
réponses étant très diverses, un résumé selon les rubriques correspondantes se révèle
assez difficile. D’une manière générale, on constate qu’une grande partie des participant-
e-s n’a pas réagi – ou seulement en partie- à l’orientation positive de la question. Ainsi 13%
des participant-e-s déclarent explicitement ne pouvoir penser à des effets positifs de la crise
du coronavirus. De même, 12.5% sont convaincu-e-s que la situation salariale et le statut
professionnel des interprètes communautaires et des médiateurs/médiatrices interculturel-
le-s restera marquée par l’incertitude et la précarité. La manière dont les participant-e-s
établissent un rapport entre l’avenir et la crise du coronavirus est indécelable.
28% des participant-e-s envisagent une augmentation de la demande pour l’interprétariat
à distance. Ici aussi, on ne sait pas clairement si les participant-e-s perçoivent cela comme
une opportunité ou s’ils/elles pensent que cette évolution va avoir lieu.
20% s’attendent à une normalisation, c’est-à-dire à un retour à la situation d’avant la crise.
Cette réponse a une connotation probablement positive.
Les commentaires et compléments dans la rubrique « Autres » contiennent en premier lieu
des confirmations de l’autre rubrique de réponses. De manière surprenante, beaucoup de
commentaires soulignent aussi ici l’augmentation attendue de l’interprétariat à distance, en
partie avec des descriptions clairement positives (interventions plus flexibles et plus de
mandats grâces à ces formes d’interprétariat), en partie avec des remarques parfois aussi
critiques (cette forme d’interprétariat est inadaptée dans beaucoup de situations,
l’équipement technique doit s’améliorer, une formation ciblée pour les personnes
concernées est nécessaire). Certains participant-e-s font ici de nouveau remarquer la
situation professionnelle précaire des interprètes et expriment leurs espoirs ou leurs doutes
quant à une amélioration.
Deux participant-e-s profitent de l’opportunité pour faire remarquer les difficultés
rencontrées avec la nouvelle une plate-forme d’interprétariat.

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3. Interprétation

Effets sur la situation professionnelle et financières des interprètes
communautaires et des médiateurs/médiatrices interculturel-le-s

Les résultats du sondage confirment les conséquences parfois massives de la crise du
coronavirus pour les interprètes communautaires et les médiateurs/médiatrices
interculturel-le-s. Pour la situation salariale des interprètes communautaires et des
médiateurs/médiatrices interculturel-le-s, les mesures de protection ont été dévastatrices.
Heureusement, la plupart des services d’interprétariat semble avoir pris les mesures pour
venir en aide à leurs interprètes (voir l’analyse du sondage mené parallèlement auprès des
services d’interprétariat), de façon à ce que les conséquences puissent être au moins
atténuées.
La crise a révélé clairement la précarité de la situation professionnelle et financière de
nombreux interprètes communautaires et de médiateurs/médiatrices interculturel-le-s.
Malgré l’importance largement reconnue de l’interprétariat communautaire et malgré le
volume considérable réalisé chaque année, la situation professionnelle des interprètes
communautaires est marquée par l’instabilité et la vulnérabilité.

Report de l’interprétariat sur place vers l’interprétariat à distance
La thèse selon laquelle les mesures de protection ont permis à ce que l’interprétariat à
distance soit davantage reconnu est confirmée dans le sondage, mais pas aussi nettement
qu’on avait anticipé et pas forcément dans les domaines qui semblaient prédestinés à cet
effet.
La grande différence entre l’interprétariat téléphonique et l’interprétariat par
vidéoconférence tient principalement à ce que les conditions techniques et juridiques
(protections des données) de l’interprétariat par vidéoconférences ne sont en général pas
réglées. De nombreux services d’interprétariat n’offrent pas pour cette raison l’interprétariat
par vidéoconférence. L’interprétariat téléphonique s’est révélé la « forme du moment », car
facilement réalisable d’un point de vue technique. La plupart des commentaires des
participant-e-s et leurs réponses à la question 5 permettent de conclure qu’ils /elles se sont
en général bien débrouillé-e-s avec cette forme d’interprétariat. Pour une évaluation plus
approfondie, les interventions devraient être analysées plus précisément et avant tout le
contenu et la durée de celles-ci devraient être étudiés. Tout au moins pour la durée des
mesures de protection contre le coronavirus, l’interprétariat téléphonique semble avoir
fonctionné comme une alternative à l’interprétariat sur place, dans la mesure où dans de
nombreuses situations, seules les interventions sous cette forme ont pu avoir lieu.
Les différences entre les domaines d’interventions sont prononcées. Le report massif de
l’interprétariat sur place vers l’interprétariat à distance (interprétariat téléphonique) a eu
lieu dans le domaine social, dans lequel il y a eu légèrement plus d’interventions par
téléphone que sur place. Cela surprend, car jusqu’à présent les interventions ont été
réalisées presque exclusivement sur place.
Le taux d’interprétariat téléphonique est nettement plus élevé dans le domaine de l’asile.
Ceci n’est au demeurant pas surprenant, car il s’agit d’interventions dans le domaine de la
protection juridique qui se déroulent également en temps normal presque exclusivement
par téléphone. Le taux de l’interprétariat téléphonique dans le domaine de la formation est
par contre surprenant (11%), car il y a eu jusqu’à présent très peu d’interventions par
téléphone.
La tendance vers l’interprétariat à distance dans le domaine de la santé est beaucoup moins
nette que prévu : presque 60 % des interventions ont continué d’avoir lieu sur place, bien
que le secteur de la santé soit le plus familier avec cette forme grâce à l’offre du service

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national d’interprétariat téléphonique sur le marché de la santé.
Lors de l’interprétation des résultats, il ne faut pas oublier que la plus grande partie des
interventions n’a pas eu lieu. Une comparaison des statistiques d’interventions pour la
période comparable de 2019 conduit à conclure que le report vers l’interprétariat à distance
est d’importance secondaire : la conséquence la plus importante des mesures de protection
a été l’abandon des entretiens avec des interprètes, c’est-à-dire des entretiens avec des
migrant-e-s en présence d’un-e interprète.

Défis et opportunités
Concernant les défis, les réponses des interprètes communautaires et des
médiateurs/médiatrices interculturel-le-s donnent un aperçu très clair : en premier lieu
apparaissent les pertes des bénéfices en raison du manque de mandats et des soucis
financiers qui en résultent. En troisième et cinquième place apparaissent les défis
professionnels qu’implique l’activité d’interprétariat, notamment le respect des mesures de
protection et l’utilisation accrue de l’interprétariat à distance. Les positions 2 et 4 sont
occupées par les défis personnels liées à la gestion de la situation (crainte, isolement). On
peut donc en conclure que les difficultés financières et sociales causées par la crise du
coronavirus sont clairement supérieures aux défis liés directement à l’exercice du métier
d’interprète.
Les commentaires font parfois clairement référence à la situation précaire des interprètes
et expriment la crainte que les expériences de la crise du coronavirus conduisent les
professionnels et les institutions à renoncer plus souvent à la collaboration avec les
interprètes et médiateurs/médiatrices professionnel-le-s et avoir plus recours à des
solutions ad hoc. Les chiffres disponibles ne permettent pas de déterminer si cette crainte
est justifiée. Celle-ci serait justifiée si les entretiens avec les allophones pendant les mois
du coronavirus avaient eu lieu sans avoir fait appel à des interprètes professionnels. Etant
donné le confinement massif de nombreux domaines, on peut en conclure que cela n’a pas
été le cas. Le manque de mandats des interprètes reflète plutôt la situation des institutions,
dans lesquelles très de peu de situations de contact ont eu lieu pendant les mesures de
protection strictes.
Néanmoins, les conséquences dramatiques de la crise du coronavirus pour la situation
professionnelle des interprètes montrent avant tout l’absence d’un statut établi de leur
profession. Pour les interprètes qui ont investi dans une formation et qui ont dû assumer
en partie les efforts et les coûts de l’examen professionnel, cet état de fait est insatisfaisant.
A moyen terme, il faut instaurer un changement, afin que la qualification contribue à une
reconnaissance claire et au final à plus de sécurité professionnelle et financière.
Les interventions accrues dans l’interprétariat à distance sont évaluées par beaucoup de
participant-e-s comme une opportunité. Les interprètes semblent à cet égard adopter une
position très pragmatique : même si les formes de l’interprétariat à distance ne conviennent
pas pour toutes les situations, l’augmentation de la flexibilité et des possibilités
d’interventions est en principe bien accueillie. Certaines réponses font remarquer
explicitement qu’il faut pour cela un équipement fiable et des formations ciblées, et ce non
pas seulement pour les interprètes, mais aussi pour les professionnels.

Conséquences crise coronavirus interprètes communautaires et médiateurs/médiatrices interculturel-le-s_mai 2020   10/10
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