POLITIQUE NATIONALE DE LUTTE CONTRE LE PALUDISME DE LA RCA - PROGRAMME NATIONAL DE LUTTE CONTRE LE PALUDISME

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POLITIQUE NATIONALE DE LUTTE CONTRE LE PALUDISME DE LA RCA - PROGRAMME NATIONAL DE LUTTE CONTRE LE PALUDISME
MINISTERE DE LA SANTE, DE L’HYGIENE                   REPUBLIQUE CENTRAFRICAINE
  PUBLIQUE ET DE LA POPULATION                            Unité – Dignité – Travail
           **************                                    **************

      POLITIQUE NATIONALE DE
         LUTTE CONTRE LE
       PALUDISME DE LA RCA

 PROGRAMME NATIONAL DE LUTTE CONTRE LE
              PALUDISME

                                BOALI, OCTOBRE 2016
POLITIQUE NATIONALE DE LUTTE CONTRE LE PALUDISME DE LA RCA - PROGRAMME NATIONAL DE LUTTE CONTRE LE PALUDISME
PREFACE

Le paludisme demeure en République centrafricaine (RCA) la première cause de morbidité et de
mortalité malgré les efforts déployés tant au niveau national qu’international. Les résultats de la
revue à mi-parcours du Plan Stratégique National (PSN) 2012-2016 de lutte contre le paludisme,
ont montré quelques progrès notamment la réduction significative de taux de décès liés au
paludisme et l’amélioration du système de collecte des données utilisant la téléphonie mobile.
Toutefois, de nombreuses faiblesses et des contraintes persistent entre autre l’insuffisance des
intrants pour l’atteinte de la couverture universelle ainsi que l’absence d’un document de
Politique Nationale de lutte contre le Paludisme et des directives actualisées.

En réponse à ces faiblesses et aux contraintes relevées, la RCA opte pour la promotion de l’accès
universel à l’ensemble des interventions de prévention et de prise en charge des cas de
paludisme, l’amélioration du système d’approvisionnement, l’extension des interventions à base
communautaire, le développement des documents normatifs du programme et l’amélioration du
système de suivi et évaluation.

La présente politique s’inspire des orientations du Plan de Transition du Secteur de la Santé
2015-2017 (PTSS) prises en compte dans le Pilier 2 du Plan de Relèvement et de Consolidation
de la Paix (RCPA) 2017-2021. Elle intègre par ailleurs, les orientations internationales
notamment l’un des Objectifs du Développement Durable à savoir l’ODD3, la stratégie
technique mondiale de lutte contre le paludisme de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS)
2016-2030, le cadre pour la mise en œuvre de la stratégie technique mondiale de lutte contre le
paludisme 2016-2030 dans la région africaine et le document d’Action et d’Investissement pour
Vaincre le Paludisme du partenariat Roll Back Malaria (RBM).

La disponibilité de ce document permettra de mettre en œuvre les activités de lutte contre le
paludisme dans un cadre renforcé de partenariat public-privé, avec l’appui des partenaires bi et
multi latéraux, les Organisations Non Gouvernementales (ONG), et la participation des
Communautés à la base.

Au nom du Gouvernement, j’exprime toute notre gratitude à l’OMS qui a appuyé l’élaboration
de ce document par ses soutiens financier, technique et matériel. Je félicite les membres du
groupe des experts et le Consultant qui, en dépit des conditions de travail difficiles, ont su
conduire le processus à terme et produire un document de qualité.

Fruit d’un large consensus grâce au processus participatif mis en place pour sa validation qui a
impliqué l’ensemble des partenaires du développement sanitaire, ce document se veut une
réponse aux aspirations légitimes des populations en matière de lutte contre le paludisme. Les
partenaires et les intervenants du Programme National de lutte contre le Paludisme ont désormais
un cadre national approprié pour l’amélioration de la qualité de la prise en charge des cas du
paludisme dans le pays.

Je vous engage donc à en faire bon usage.

           Ministre de la Santé de l’Hygiène Publique et de la Population

                              Dr FERNANDE DJENGBOT

                                             1
Table des matières
REMERCIEMENTS .......................................................................................................................... 4

LISTE DES SIGLES ET ABREVIATIONS ...................................................................................... 7

1.     PROFIL DU PAYS .................................................................................................................... 8

2.     ORGANISATION DU SYSTEME DE SANTE ...................................................................... 10

3.     ANALYSE DE LA SITUATION DU PALUDISME .............................................................. 11

     3.1.     Analyse épidémiologique ................................................................................................. 11

     3.2.     Analyse de la réponse de la lutte contre le paludisme ...................................................... 12

     3.3.     Analyse des Forces Faiblesses Menaces et Opportunités ................................................. 13

4.     PRIORITES NATIONALES DE LA LUTTE CONTRE LE PALUDISME ........................... 15

5.     ORIENTATIONS POLITIQUES EN MATIERE DE LUTTE CONTRE LE PALUDISME . 15

     5.1.     Vision, Mission ................................................................................................................ 16

     5.2.     Principes directeurs et Valeurs ......................................................................................... 16

     5.3.     But et objectifs.................................................................................................................. 17

     5.4.     Stratégies nationales de lutte contre le paludisme ............................................................ 18

       5.4.1.1.          Mesures de prévention du paludisme .......................................................... 18
1. Lutte anti vectorielle .................................................................................................................... 18

2. Chimio prévention ........................................................................................................................ 19

       5.4.1.2. Diagnostic et traitement du paludisme ............................................................. 20
5.     Financement du programme de lutte contre le paludisme à l’échelle nationale et internationale

       26

6.     CADRE DE MISE EN ŒUVRE DE LA POLITIQUE DE LUTTE ANTIPALUDIQUE ...... 28

     6.1.     Cadre institutionnel et organisationnel de la lutte contre le paludisme ............................ 28

                                                                        2
6.2.     Structures de mise en œuvre ............................................................................................. 29

7.     MISE EN ŒUVRE DE LA POLITIQUE NATIONALE DE LUTTE CONTRE LE

PALUDISME ................................................................................................................................... 29

Le suivi et l'évaluation de la mise en œuvre seront assurés par le SLP en collaboration avec le

SNIS, les services déconcentrés de santé et les partenaires d’appui au Programme National de

Lutte contre le Paludisme. ................................................................................................................ 30

8.     MISE A JOUR DE LA POLITIQUE DE LUTTE CONTRE LE PALUDISME..................... 30

REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES ......................................................................................... 31

                                                                       3
REMERCIEMENTS
Le processus d’élaboration du Document de politique nationale de lutte contre le paludisme a été
conduit sous la supervision du Programme National de Lutte contre le Paludisme (PNLP) par un
groupe d’experts nationaux, un consultant national et des partenaires appuyant la lutte contre le
paludisme en RCA.

Le Ministère de la Santé de l’Hygiène Publique et de la Population (MSHPP), remercie toutes
les personnes qui ont contribué de près ou de loin à la rédaction de ce document. Ces
remerciements s’adressent en particulier aux :

 Partenaires de la lutte contre le paludisme en RCA, pour leurs appuis techniques et financiers
  qui ont été déterminants pour avoir un document de qualité,
 Membres des équipes techniques d’experts, qui ont conduit avec professionnalisme le
  processus d’élaboration et de validation de la Politique Nationale de lutte contre le
  Paludisme;
 Directeurs régionaux et préfectoraux de santé, institutions de formation en santé et de
  recherche, pour leurs contributions valeureuses au document ;
 Membres de l’équipe du PNLP, pour le suivi et la coordination efficace du processus ayant
  permis de doter le programme d’un document de qualité.

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PROCESSUS D’ELABORATION DU DOCUMENT DE POLITIQUE

Le processus d’élaboration du document de politique a suivi les étapes ci-dessous :

 Revues documentaires ;
 Consultation des personnes ressources (principales parties prenantes de la lutte contre le
  Paludisme) ;
 Elaboration du draft du document ;
 Travaux de relecture avec les groupes des experts ;
 Validation lors d’un atelier national ayant réuni les principales parties prenantes de la lutte
  contre le Paludisme en RCA dont les noms sont cités ci-dessous, du 26 au 28 Octobre 2016 ;
 Partage avec l’équipe de l’OMS (consultants internationaux) ;
 Finalisation du document par le consultant national.

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Liste des équipes de travail

  Dr GAUNEFET Christel         Gynécologue -Obstétricienne, Paludologue, Médecin de Santé
  Eddith                       Publique spécialité Gestion de la Santé de la Reproduction,
                               Consultant national

  Dr MOYEN Jean Méthode        Médecin Epidémiologiste, expert en Paludisme, coordonnateur
                               du Programme National de Lutte contre le Paludisme (PNLP)
  Dr NDOUA Christophe          Médecin généraliste, chargé du SE au SLP
  Dr DEKOYO Moise              Pharmacien, responsable de Gestion des Achats et Stocks au
                               SLP
  Mr MODOMALE Léon             Technicien en salubrité et environnement, responsable
                               communication au SLP
  Mr GUEZZA Dieudonné          Technicien supérieur en Santé Publique, responsable lutte anti
                               vectorielle au SLP
  Dr BEKAKA YOULE              Economiste et Manager de Santé Publique, Coordonnateur
  DOBINET Oscar                National de la PCIMNE
  Dr NAMBEI Wilfrid            Pharmacien Biologiste et de Santé Publique, PhD, chef de
  Sylvain                      service du développement des laboratoires
  Dr NAISSEM                   Médecin de Santé Publique, spécialité Gestion de la Santé de la
  GUENDOKO Yolande             Reproduction Chargé de Mission en matière de Population et de
                               Lutte contre les Maladies
  Dr NAMBOUA Louis             Médecin de Santé Publique, responsable de la prise en charge
                               des cas de paludisme au Service de Lutte contre le Paludisme
  Pr BOBOSSI SERENGBE          Professeur de Pédiatrie, Chef de Service de la Clinique
  Gustave                      Médicale Infantile
  Pr KOFFI Boniface            Professeur d’Anatomopathologie, vice Doyen de la Faculté des
                               Sciences et de la Santé
  Pr SERDOUMA Eugene           Professeur agrégé de Gynécologie-Obstétrique, Directeur
                               Général de la Planification et de la Gestion des Etablissements
                               Hospitaliers
  Dr GOANA Valentin            Médecin de Santé Publique, Chargé de Mission en matière de
                               Politiques et Stratégies
  Dr TEKPA Gaspard             Médecin Infectiologue, épidémiologiste, médecin du travail,
                               chef de service des maladies infectieuses
  Dr MBEKO SIMALEKO            Médecin de Santé Publique, Directeur Général de la Population
  Marcel                       et de Lutte contre les Endémies Spécifiques
  Dr DIEMER Henri              Médecin de Santé Publique. Directeur de Lutte contre les
                               Endémies Spécifiques
  Dr KOMANGOYA-                Médecin de Santé Publique, Chargé du Programme VIH/Sida,
  NZONZO Aristide Désiré       Tuberculose et Paludisme au Bureau pays de l’OMS
                               Centrafrique
  Dr KITEZE Emmanuel           Médecin de Santé Publique, responsable du programme survie
                               de l’enfant à l’UNICEF
  Dr SIOLO MBARY Mada          Médecin de Santé Publique, Paludologue. Responsable du
  Bebelou                      programme paludisme à la FICR/CR
  Dr MBOLISSA Wilfried         Médecin généraliste, Responsable du Suivi Evaluation au
                               programme paludisme à la FICR/CR
  Dr MBOUFOUNGOU               Médecin généraliste, Médecin chef du centre de santé de Boali
  Eloi
  Dr ODDIO Magloire            Médecin généraliste, Directeur de la Région Sanitaire N° 1
  Dr BELTOUM                   Médecin généraliste, Médecins Sans frontières

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LISTE DES SIGLES ET ABREVIATIONS
   AMM        Autorisation de Mise sur le Marché
   ASC        Agent de Santé Communautaire
   CCC        Communication pour un Changement de Comportement
   CDMT
   CNRISTAR   Centre National de référence des Infections Sexuellement
              transmissibles et de la Thérapie Antirétrovirale
   CNTS       Centre National de Transfusion Sanguine
   CTA        Combinaison thérapeutique à base d’Artémisinine
   FMSTP      Fonds Mondial de Lutte contre le Sida, la Tuberculose et le
              Paludisme
   IEC        Information Education Communication
   IPB        Institut Pasteur de Bangui
   LNBCSP     Laboratoire National de Biologie Clinique et de Santé Publique
   MID        Moustiquaire à Imprégnation Durable
   MILD       Moustiquaire Imprégnée d’Insecticide à Longue Durée
   MSHPP      Ministère de la Santé de l’Hygiène Publique et de la Population
   ODD        Objectif de Développement Durable
   OMS        Organisation Mondiale de la Santé
   PCA        Paquet complémentaire d’activité
   PMA        Paquet Minimum d’activité
   PID        Pulvérisation Intra Domiciliaire
   PNLP       Programme Nationale de Lutte contre le Paludisme
   PRCPCA     Plan de Relèvement et Consolidation de la Paix en Centrafrique
   PSE        Plan de Suivi et Evaluation
   PSN        Plan Stratégique National
   PTF        Partenaire Technique Financier
   PTSS       Plan de Transition du Secteur de la Santé
   RBM        Roll Back Malaria
   RCA        République Centrafricaine
   SLP        Service de Lutte contre le Paludisme
   SNIS       Système National d’Information Sanitaire
   SP         Sulfadoxine Pyrimethamine
   TDR        Test de Diagnostic Rapide
   TPI        Traitement Préventif Intermittent
   TPIg       Traitement Préventif Intermittent pendant la grossesse
   TPIn       Traitement Préventif Intermittent chez le nourrisson

                                   7
1. PROFIL DU PAYS
    1.1.    Présentation du pays

La République Centrafricaine est un pays enclavé situé au « cœur de l’Afrique » entre 2°10 et
11° de latitude Nord. Elle couvre une superficie de 623.000 Km² et est limité, au Nord par le
Tchad, à l’Est par le Soudan et le Sud Soudan, à l’Ouest par le Cameroun et au Sud par la
République Démocratique du Congo et la République du Congo.

    1.2.    Ecosystème, environnement et climat

La RCA est située en zone tropicale pluvieuse. La végétation est constituée d’environ 3,5
millions d’hectares de forêt au sud et d’une zone de savane boisée au nord. Le relief est peu
accidenté avec une altitude moyenne qui varie entre 650 et 850 m, et un réseau hydrographique
très dense provenant de la dorsale oubanguienne. La moyenne annuelle des températures
avoisine 26 °C. La pluviométrie indique en moyenne : pour la saison pluvieuse 226 mm (juillet),
et pour la saison sèche 5 mm (décembre). Ce contexte physique est l’un des facteurs qui
favorisent le développement de nombreuses maladies transmissibles dont le paludisme. La
situation en latitude et la continentalité agissent sur les éléments du climat et font de la RCA un
pays intertropical à climat très diversifié.

Figure 1: Zones climatiques en RCA

Source : Institut géographique national, Université de Bangui

    1.3.    Organisation administrative

Au plan administratif, le pays est divisé en sept régions. A part la Région Sanitaire N°7 (Bangui),
qui compte huit arrondissements, les autres Régions sont subdivisées en 16 préfectures, 71 sous-
préfectures et 2 postes de contrôle administratif, 175 communes, et environ 10.000 villages et
quartiers de ville.

                                                   8
1.4.     Données démographiques

La population de la RCA est estimée à 5.058.820 habitants en 2016 avec un taux
d’accroissement naturel de 2,51%. La population féminine représente 50,2 % parmi lesquelles
24,5 % sont en âge de procréer (15-49 ans). La proportion de la population de moins de 5 ans est
de 17,3 % et celle des femmes enceintes de 4%. La densité moyenne en RCA est estimée à 8,3
habitant/km2.

En RCA, 62,1% de la population vivent en milieu rural et 37,9% en milieu urbain2. Selon les
estimations au 31/08/2016, il y’avait encore 385.750 personnes déplacées (en sites et dans les
familles d’accueil) à l’intérieur de la RCA. Notons que 92 sites sont encore ouverts dont 21 à
Bangui – Bimbo et 71 hors Bangui-Bimbo3.

    1.5.      Contexte socio-politique

La République centrafricaine a été confrontée au cours des deux dernières décennies à des crises
successives d’ordre politique, militaire, économique et social. Ces crises ont fragilisé les
institutions publiques et privées, entraînant la destruction des infrastructures économiques et
sociales, et la détérioration générale du niveau de vie de la population. La RCA fait partie des
pays les moins avancés en raison de la faiblesse des indicateurs socioéconomiques (extrême
pauvreté, niveau de revenu par tête d’habitant et niveau de l’espérance de vie à la naissance).
Malgré l’immensité de ses ressources naturelles, la RCA demeure l'un des pays les plus pauvres
du monde, se classant 187ème sur 188 pays dans l'Indice de développement humain 2015. En fin
2013, le Produit Intérieur Brut (PIB) par habitant était de 333,20 USD soit une réduction de 33%,
par rapport à 2010. Pour la même année, le taux de croissance réel était de -14,5%.

    1.6.     Données sanitaires :

Les niveaux d'indicateurs de santé sont préoccupants. La RCA est classée parmi les pays au
monde ayant une très faible couverture sanitaire.

Le taux de mortalité générale est passé de 17%o en 1988 à 20%o en 2003.

En quinze ans, l'espérance de vie à la naissance de la population a reculé de plus de 6 ans passant
de 49 ans en 1988 à 43 ans en 2003 et 49,5 ans en 2013. Cette chute de l'espérance de vie est
principalement liée à la pauvreté, à la co-infection VIH/Tuberculose, au paludisme, et au faible
niveau d'éducation des populations notamment des femmes.

Le paludisme, le SIDA et la tuberculose sont les principales causes de morbidité et de mortalité.
Le paludisme touche 37% de la population totale dont environ 32% sont des enfants de moins de
5 ans.

La couverture vaccinale est très basse depuis de nombreuses années, avec seulement 28 % des
enfants d’un an complètement vaccinés en routine en fin 2013.

La RCA avait déjà avant la crise des taux de mortalité maternelle et infanto-juvénile parmi les
plus élevés au monde, avec respectivement 890 décès pour 100.000 naissances vivantes, et 174
décès pour 1.000 en 2010.

1
  RGPH 2003
2
  RGPH 2003
3
  Cluster santé
                                              9
Les résultats de l’enquête Health Resources Availability Mapping System (HeRAMS) de 2014
montrent que la couverture nationale en soins prénatals est de 69,1%.

    2. ORGANISATION DU SYSTEME DE SANTE
L’organisation du système de santé est de type pyramidal à trois niveaux :

 Niveau central qui a un rôle régulateur et stratégique ;
 Niveau régional qui a un rôle technique ;
 Niveau périphérique qui a un rôle opérationnel ou de mise en œuvre.

Les prestations de soins sont effectuées selon trois niveaux :

Au niveau périphérique ou district/ préfecture sanitaire : c’est l’unité opérationnelle du
système de santé : l’organisation de l’offre de soins au niveau du district sanitaire comprend
deux échelons interdépendants : (i) le premier échelon constitué de plusieurs centres de santé et
(ii) le deuxième échelon constitué d’un Hôpital de District ou hôpital de référence pour le
premier échelon. Chaque Aire de santé est couverte par un Centre de santé et ses annexes.

Un paquet minimum d’activités (PMA) et un paquet complémentaire d’activités (PCA) sont
définis pour les centres de santé et les hôpitaux de districts respectivement.

 Le PMA comprend le diagnostic et le traitement du paludisme simple, la référence des cas de
  paludisme grave après un traitement pré transfert, la distribution des Moustiquaires à
  imprégnation Durable (MID), le Traitement Préventif Intermittent du Paludisme pendant la
  grossesse (TPIg), et le traitement préventif intermittent du paludisme chez le nourrisson
  (TPIn).
 Le PCA comprend en plus du PMA la prise en charge du paludisme grave.

Au niveau communautaire : la PECADOM était offerte dans 10 sous-préfectures sur 72.
Depuis 2015, l’adoption de la stratégie d’interventions intégrées à base communautaire en
matière de santé a permis d’ouvrir des sites de soins communautaires dans cinq sous-préfectures
supplémentaires. Ces sites font la prise en charge de la pneumonie et de la diarrhée chez les
enfants de moins de 5 ans et offrent la prise en charge du paludisme à toute la population.

Au niveau secondaire, on retrouve les hôpitaux régionaux. Ces structures assurent des
activités de consultation et d’hospitalisation en médecine générale, en Pédiatrie, en Gynécologie
Obstétrique et en Chirurgie. Ces hôpitaux constituent le deuxième niveau de référence

Le niveau tertiaire est celui des Centres Hospitalo-Universitaires (CHU) et des centres de
diagnostic. Ces niveaux de référence disposent d’un plateau technique leur permettant d’assurer
la fonction de centre de référence nationale

                                             10
Figure 2: Pyramide sanitaire en RCA.

       3. ANALYSE DE LA SITUATION DU PALUDISME
      3.1.     Analyse épidémiologique

Compte tenu de sa situation géo climatique, la RCA fait partie des pays d’Afrique subsaharienne
où le paludisme est stable, avec une transmission haute (>1 cas pour 1000 habitants) sur toute
l’étendue du territoire4. La transmission palustre est de type holoendémique avec un pic en
saison de pluie entre les mois de mai et octobre. De plus, des risques d’épidémies existent dans
les situations d’urgence complexe.

Le Plasmodium Falciparum est responsable de la quasi-totalité (99,6%) des cas du paludisme
en RCA5.

Deux principales espèces anophéliennes sont rencontrées en Centrafrique. Il s’agit de : (i)
anophèles funestus, très prolifique dans les marais herbeux et dont la population atteint un pic à
la fin de la saison des pluies et en début de saison sèche. Elle est signalée dans tout le pays ; (ii)
Anophèles gambiae, opportuniste se reproduisant à la faveur de la moindre accumulation d’eau
douce temporaire. Les vecteurs secondaires de cette espèce sont les Anopheles arabiensis dans
les zones de savanes sèches et les Anopheles nili et Anopheles paludis dans les zones de savanes
plus humides.

Aucune carte à jour sur la distribution des vecteurs n’est disponible. Aussi leurs sensibilités aux
insecticides n’ont fait l’objet d’aucune étude depuis 2010.

Selon les données du SLP de 2013, le paludisme a constitué 59%6 des causes de recours aux
soins dans toutes les tranches d’âge contre 40% en 2001. Les enfants de moins de 5 ans font à

4
    Rapport mondial sur le paludisme OMS 2015.
5
    Performance of paracheck SD Bioline Malaria. BMC infectious diseases. 2014.
                                                     11
eux seuls 52% de ces cas. Cette même année, 34% des décès hospitaliers ont été attribués au
paludisme contre 24% en 2005. Les données de surveillance d’alerte précoce sur les camps des
déplacés de Bangui, Bimbo et Bégoua ont fait ressortir le paludisme (42,33%) comme la
première cause des maladies suivi des infections respiratoires aigües (10,87%) et les diarrhées
aigües aqueuses (7,50%7).

       3.2.    Analyse de la réponse de la lutte contre le paludisme

Compte tenu des échecs des stratégies antérieures de lutte contre le paludisme, l’OMS, en
association avec le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), le Programme des
Nations Unies pour le Développement (PNUD), et la Banque Mondiale (BM) ont mis en place
l’initiative faire reculer le paludisme (FRP). En 1998, la RCA a souscrit à cette initiative. Cette
initiative a été matérialisée par la rédaction et la mise en œuvre de trois plans stratégiques
nationaux notamment pendant les périodes respectives de 2001-2005, 2007 – 2011, 2012-2016.
Le dernier plan a été mis à jour pour couvrir la période de 2015-2017 afin de s’aligner au PTSS
2015-2017 élaboré pour faire face à la situation de crise socio-politique. Le dernier PSN a
adopté la stratégie de prise en charge communautaire intégrée (PEC-ci) de la pneumonie, de la
diarrhée et du paludisme.

 Sur le plan thérapeutique, le pays a adopté depuis 2005 des Combinaisons Thérapeutiques à
base des dérivés de l’Artémisinine (CTA) pour le traitement des cas de paludisme simple et de
l’Artesunate injectable en 2012 en première intention, pour la prise en charge des cas de
paludisme grave. Par ailleurs, une étude réalisée en 2013 sur l’efficacité thérapeutique des
antipaludiques utilisés en RCA a démontré que les combinaisons thérapeutiques à base
d’artemisinine sont efficaces et tolérées dans le traitement du paludisme simple à Bangui. Les
cas d’échecs étaient dus à des infections nouvelles et à des mutations de résistance.

 Des directives de prise en charge ont été élaborées avec l’adoption de la stratégie de prise en
charge à domicile (PECADOM) pour améliorer l’accessibilité des populations défavorisées aux
traitements du paludisme. Cette directive fut révisée en 2013 prenant en compte le traitement
préventif intermittent du paludisme chez les femmes enceintes et les nourrissons à base de
Sulfadoxine-Pyriméthamine et le traitement du paludisme grave par l’artésunate.

Dans le cadre de la lutte anti vectorielle, trois campagnes de distribution de masse ont été
réalisées respectivement en 2008, 2010-2011 et 2014-2015. La pulvérisation intra domiciliaire a
été réalisée par une ONG dans la sous-préfecture de Paoua en 2009.

 Les mesures de salubrité de l’environnement avec les travaux de canalisation et de
l’assainissement du milieu ont été réalisées à Bangui pendant les années 2011-2012 dans le cadre
du projet PURISU-Banque mondiale.

Par ailleurs depuis 2015, la distribution des MILD a été introduite en routine avec l’appui des
partenaires dans les activités de PEV et CPN dans certaines formations sanitaires des Régions
Sanitaires 4,5 et 6 qui n’ont pas bénéficié de distribution de masse.

7
    Rapport cluster santé 2015.
                                              12
Les allocations budgétaires de l’Etat pour la Santé représentent en moyenne 9% du budget
général de l’Etat et reste donc en deçà du seuil recommandé par la déclaration d’Abuja (15%).
Par ailleurs, compte tenu des tensions de trésorerie, beaucoup de décaissements ne sont pas faits.
Sur ce montant moins de 1% est accordé à la lutte contre le Paludisme.

Dans le cadre de mobilisation des ressources, des financements ont été obtenus auprès du Fonds
mondial au titre du Round 4 en 2004, du Round 8 phase 1 et 2 en 2008 et dans le cadre du
nouveau modèle de financement, l’obtention d’un accord de financement pour l’extension des
subventions paludisme en 2016.

Situation en 2016.

La Coordination de la lutte contre le paludisme est assurée au niveau central par le Service de
Lutte contre le Paludisme depuis sa création en 2005 par Décret n°05.121 du 06 juin 2005. Le
SLP est représenté au niveau intermédiaire et périphérique par respectivement 7 points focaux
régionaux et 80 Points focaux sous préfectoraux. Ces points focaux sont chargés, entre autre, de
la coordination et du suivi de la mise en œuvre des activités de lutte contre le paludisme dans
leurs circonscriptions respectives.

 Les principaux résultats obtenus en 2015 ont montré que :8, la proportion de la population à
risque estimé avoir accès à une MII dans leur ménage a dépassé 50%, la PID n’a pas été utilisée
pour protéger la population à risque, la distribution des CTA pour traiter le paludisme a plus de
80% des cas de paludisme estimés fréquentant les établissements de santé publics, le traitement
préventif intermittent du paludisme chez la femme enceinte 69%, le TPIn n’a pas été mis en
œuvre, l’efficacité thérapeutique des CTA reste élevée, avec un taux d'échec du traitement
médian inférieur à 10% observée, et, depuis 2010, il a été rapporté la résistance aux
pyréthrinoïdes et au DDT mais pas de résistance rapporté aux organophosphorés et aux
carbanates,

      3.3.     Analyse des Forces Faiblesses Menaces et Opportunités

FORCES                                                   FAIBLESSES

     Attention accordée par le Gouvernement à la lutte Insuffisance des ressources humaines
      contre le Paludisme matérialisant la création d’un    formées dans certains domaines de lutte
      Service de Lutte contre le Paludisme et la volonté de contre le Paludisme (entomologie,
      contribuer au financement de la lutte contre le       parasitologie, paludologie etc…)
      paludisme
                                                          Faible diffusion des documents des

8
    Rapport mondial sur le paludisme en 2015.OMS.2016.
                                                   13
   Existence des documents stratégiques et des          directives de prise en charge des cas de
    directives nationales de prise en charge des cas de paludisme
    paludisme traduites par une déclaration politique en
    10 points ;                                         Insuffisance dans l’application correcte
                                                         des directives nationales de prise en
   Disponibilité des points focaux Paludisme à tous les charge des cas de Paludisme ;
    niveaux du Système de santé
                                                        Absence de données rapportées de
   Disponibilité des intrants (TDR, CTA et autres       pharmacovigilance
    antipaludiques) dans la quasi-totalité des FOSA du
    Pays à travers les subventions des PTF ;            Absence de stratification
                                                         épidémiologique
   Développement de l’offre communautaire des soins
    intégrant le paludisme                              Absence de surveillance entomologique

                                                        Absence de programme de formation de
    Intégration des activités de lutte contre le paludisme
    aux activités des autres programmes (Santé de la       courte durée sur la paludologie à
    Reproduction et PEV).                                  l’université de Bangui

   Existence de pool de formateurs et superviseurs pour
    le PNLP

   Existence d’un moyen de collecte et de transmission
    des données par téléphonie (Rapid Mobile Phone
    RAMP)

   Acceptabilité des stratégies à base communautaire
    par la population

OPPORTUNITES                                         MENACES

   Disponibilité des partenaires à accompagner les  Insécurité ne permettant pas aux
    efforts du Gouvernement (Fonds Mondial, UNICEF, interventions de lutte contre le Paludisme
    OMS, Rock Back Malaria, ONG, etc.)                   d’atteindre toutes les personnes en état
                                                         besoins ;
   Existence des institutions de recherche dans le pays
                                                       Retrait/suspension des financements par
   Existence des institutions de formation              les bailleurs ;

                                                          Non décaissement du financement de
                                                           l’Etat

                                            14
4. PRIORITES NATIONALES DE LA LUTTE CONTRE LE
       PALUDISME
Le grand défi de la lutte contre le paludisme en RCA reste la mise en œuvre effective des
activités de lutte contre le paludisme dans tous les districts afin d’atteindre la couverture
universelle.

Les priorités pour les années à venir sont de:

    Promouvoir l’accès universel durable à des mesures de lutte antivectorielle, des produits
     de diagnostic et des médicaments antipaludiques qui soient adaptés et de qualité garantie,
     avec un accès gratuit ou subventionné,

    Maintenir un accès et une couverture élevée à des interventions de qualité pour un impact
     durable ;

    Mettre en place des systèmes efficients de surveillance épidémiologique, de surveillance
     entomologique et de l’efficacité des médicaments,

    Promouvoir une communication en faveur du changement comportemental et social.

    Mobiliser des ressources viables pour le programme national de lutte contre le
     paludisme ;

    Renforcer le partenariat multisectoriel, transfrontalier et sous régional afin d’optimiser les
     opportunités de financement et de coordination ;

    Renforcer le système de santé (Ressources Humaines, Gestion des Achats et Stocks,
     Système d’Information Sanitaire, leadership et gouvernance, infrastructures et
     équipements, prestations de services et financement) et le système communautaire.

    5. ORIENTATIONS POLITIQUES EN MATIERE DE LUTTE
       CONTRE LE PALUDISME
   La RCA se situe à la phase 1 dans la lutte contre le paludisme et se caractérise par les
   programmes axés sur le contrôle de la maladie.

  La Politique nationale de lutte contre le Paludisme est un document officiel d’engagement
politique adopté par les autorités pour le bien être de la population.

                                             15
5.1.     Vision, Mission

   Vision

   Centrafrique, pays où le paludisme est éliminé à l’horizon 2030 pour un développement
   économique durable et le bien-être de la population.

   Mission

   Assurer un accès universel aux interventions les plus efficaces de prévention, de promotion
   et de prise en charge du paludisme à un coût abordable à toute la population centrafricaine en
   vue de contribuer à la réduction de son impact socio-économique sur le développement
   humain durable.

   5.2.     Principes directeurs et Valeurs

   La mise en œuvre de la politique nationale adhère aux différents engagements et instruments
   nationaux et internationaux en matière de lutte contre le paludisme, notamment le PTSS
   2015-2017, le RCPCA 2017-2021, l’ODD3 en relation avec le Paludisme, le VIH, la
   Tuberculose, les Maladies TN, l’Hépatite, les maladies transmissibles par l’eau et autres
   maladies transmissibles, le cadre pour la mise en œuvre de la stratégie technique mondiale
   de lutte contre le paludisme 2016-2030 dans la région africaine. Elle se fonde sur les
   principes que sont :

 a) L’appropriation et la conduite par les pays avec l’implication et la participation des
  communautés, dans le cadre d’une approche multisectorielle. Il s’agit de mobiliser
  d’autres secteurs et de coopérer avec eux dans la lutte contre le paludisme et en vue de son
  élimination.

 b) L’équité d’accès aux services de santé. Ce principe consiste à identifier les groupes de
  sous-populations et les communautés les plus susceptibles d’être touchés par le paludisme ou
  mal couvertes par les interventions de lutte contre le paludisme et à cibler ces groupes par
  des interventions et des services appropriés de lutte contre le paludisme. La planification,
  l’allocation des ressources et la mise en œuvre doivent s’adosser sur des mécanismes
  innovants pour pouvoir toucher les populations pauvres, hautement vulnérables, difficiles à
  atteindre, déplacées ou migrantes.

 c) Un partenariat inclusif et coordonné. Le ministère de la santé doit jouer le rôle de chef
  de file pour assurer une meilleure harmonisation et un meilleur alignement des parties
  prenantes.

 d) La collaboration avec les communautés économiques régionales. Il s’agit d’intégrer
  l’élimination du paludisme dans le programme de développement de l’Afrique en prenant
  appui sur les plateformes politiques et économiques régionales.

   Conformément à l’esprit du PNDS, la politique de lutte contre le paludisme se base sur des
   valeurs universelles, à savoir : le respect des droits humains, d’équité, l’égalité ou la justice
   sociale, l’éthique dans les pratiques professionnelles et la qualité.

                                             16
5.3.   But et objectifs

But

Contribuer à l’amélioration de l’état de santé de la population centrafricaine par l’élimination du
fardeau socio-économique du paludisme.

Objectifs intermédiaires

‒ Réduire le taux d’incidence du paludisme d’au moins 40% en 2020 par rapport à son niveau
  de 2016 ;

‒ Réduire le taux de mortalité liés au paludisme d’au moins 40% en 2020 par rapport à son
  niveau de 2016 ;

‒ Réduire le taux d’incidence du paludisme d’au moins, 75% en 2025, par rapport à son niveau
  de 2016 ;

‒   Réduire les taux de mortalité liés au paludisme d’au moins, 75% en 2025, par rapport à son
    niveau de 2016 ;

‒ Réduire le taux d’incidence du paludisme d’au moins 90% en 2030 par rapport à son niveau
  de 2016;

‒ Réduire les taux de mortalité liés au paludisme d’au moins 90% en 2030 par rapport à son
  niveau de 2016.

Objectifs stratégiques

‒ Améliorer l’accès et atteindre la couverture universelle aux mesures de prévention de 100%
  de la population ;

‒ Assurer l’accès et la couverture universelle aux moyens de diagnostic précoce de tout cas
  suspect de paludisme et le traitement rapide et correct de 100% des cas de paludisme
  diagnostiqué avec un traitement efficace et de qualité ;

‒ Promouvoir la communication pour un changement comportemental (CCC).

‒ Rendre l’environnement plus favorable à la lutte contre le paludisme et mettre à profit
  l’innovation ;

‒ Développer le partenariat multisectoriel et entre les pays ;

                                             17
5.4.    Stratégies nationales de lutte contre le paludisme

Les stratégies de lutte contre le paludisme appliquées par le PNLP en RCA s’inspirent du cadre
pour la mise en œuvre de la stratégie technique mondiale de lutte contre le paludisme 2016-2030
et adaptés au contexte national en fonction des différentes périodes de son exécution. Si le pays
passe du stade de contrôle au stade de preelemination ou d’élimination, les stratégies vont varier.

   5.4.1. Pilier 1 : garantir l’accès universel à la prévention,
          au diagnostic et au traitement du paludisme
5.4.1.1.        Mesures de prévention du paludisme
La prévention du paludisme, composante majeure de la lutte contre le paludisme, comprend : (i)
la mise en œuvre complémentaire des stratégies de lutte anti vectorielle et (ii) l’administration
d’une chimio-prévention dans certaines groupes de population. Des directives nationales sur les
différentes stratégies de prévention du paludisme doivent être élaborées et régulièrement mises à
jour.

1. Lutte anti vectorielle

 La Lutte Anti - vectorielle (LAV) est un volet essentiel pour la prévention du paludisme. Elle
doit être menée sur la base des données épidémiologiques et entomologiques locales. Les deux
interventions de base applicables à grande échelle sont les moustiquaires à imprégnation durable
et les pulvérisations intra domiciliaires à effet rémanent.

   a. Moustiquaires à Imprégnation Durable (MID)

Dans le cadre de la lutte intégrée contre les vecteurs, le PNLP doit promouvoir l’utilisation de la
MID comme mesure de protection individuelle. Toute la population doit bénéficier des MID
pour un accès universel. Le choix de la MID utilisée dans le pays doit être fait par un comité
d’experts sur la base de la préqualification OMS et en tenant compte de la sensibilité des
vecteurs aux insecticides dans le pays. Les MID doivent être distribuées en routine aux groupes
cibles (femmes enceintes, enfants de 0-11 mois), de façon intégrée aux prestations des services
de santé et à travers des approches communautaires novatrices. En vue de permettre une
couverture universelle pérenne aux MID, des campagnes de distribution de masse de
moustiquaires à toute la population doit être organisé. En fonction des circonstances d’autres
types de distributions peuvent se faire pour couvrir les besoins spécifiques d’un groupe de
personnes vulnérables.

   b. Pulvérisation Intra domiciliaire (PID) à effet rémanent

La PID ne sera utilisée que dans certains cas afin d’empêcher l’apparition des résistances dans
les zones ou les MID sont d’usage courant, ou d’atténuer cette résistance. Elle sera utilisée aussi
dans des situations d’urgences complexes pour faire face à un risque d’épidémie et aussi en
situation d’épidémie. La décision d’application de la PID dans le pays doit se faire sur la base de
critères épidémiologiques et entomologiques spécifiques aux zones ciblées. Lorsque la PID et les
MID sont réalisés ensemble, il faut utiliser pour l’une et l’autre des insecticides aux modes
d’action différents.

                                             18
c. La gestion des gites larvaires y compris les traitements larvicides

Les recommandations de l’OMS par rapport à la gestion des gîtes larvaires font que cette
stratégie ne peut être applicable en RCA, car à ce niveau les habitats aquatiques des moustiques
sont trop nombreux et disséminés surtout en saison pluvieuse.

   d. La gestion et la manipulation environnementale

Afin d’améliorer le cadre de vie en général et celui de l’habitat en particulier, des mesures
d’assainissement du milieu et de gestion de l’environnement doivent être vulgarisées dans le
pays. Pour cela, une approche multisectorielle impliquant toutes les parties prenantes concernées
par ce volet doit être promue par le ministère de la santé sur la base d’un partenariat diversifié et
solide avec la société civile, le secteur privé et d’autres départements ministériels. A cet effet, le
PNLP doit s’inscrire dans les efforts nationaux visant à mobiliser des ressources suffisantes
permettant la mise en place de programmes d’assainissement et de gestion de l’environnement
notamment en milieu urbain. Le PNLP devra faire un plaidoyer auprès du gouvernement pour
l’application de la déclaration relative au renforcement des travaux d’assainissement et
d’urbanisation des zones urbaines pour améliorer l’environnement immédiat des populations
centrafricaines.

2. Chimio prévention

Les stratégies de traitement préventif sont des éléments clés de l’approche à plusieurs volets
retenues pour réduire la charge de la morbidité et la transmission du paludisme. La chimio
prévention consiste à développer le traitement préventif au sein des groupes de populations les
plus vulnérables.

   a. Traitement préventif intermittent du paludisme chez la femme enceinte (TPIg)

Le traitement préventif intermittent du paludisme pendant la grossesse (TPIg) utilisant la
Sulfadoxine Pyrimethamine (SP) doit être administré à toutes les femmes enceintes, lors de
chaque consultation prénatale prévue exceptée lors du premier trimestre et ceci jusqu’à
l’accouchement. Le programme de Santé de la Reproduction en RCA recommande quatre
consultations prénatales pour les grossesses d’évolution normale. Le PNLP doit développer un
cadre de collaboration avec les services en charge de la Santé de la Reproduction lors de la mise
en œuvre des mesures de prévention chez les femmes enceintes à travers les services de santé et
au niveau communautaire.

   b. Traitement Préventif Intermittent chez le nourrisson (TPIn)

Le traitement préventif intermittent chez le nourrisson doit être appliqué dans tout le pays si la
résistance parasitaire à la SP (définie par une prévalence de la mutation 540 du gène pfdhps ≤
50%) n’est pas élevée. Dans le cas contraire cette mise en œuvre ciblera les districts éligibles. Le
TPIn doit être intégré au Programme Elargi de Vaccination de routine au niveau des formations
sanitaires ainsi que d’autres canaux. Son exécution suivra les directives nationales. Un plan
annuel de mise en œuvre du TPI chez le nourrisson doit être élaboré sur la base des
recommandations de l’OMS.

                                               19
c. Chimio prophylaxie chez les personnes en provenance des pays non impaludés

Des traitements préventifs du paludisme chez le voyageur en provenance des pays non
impaludés doivent être adoptés et appliqués selon les directives nationales. Ce traitement devrait
être donné parallèlement à des conseils sur les mesures à prendre pour réduire les piqures de
vecteurs.

3. Vaccination antipaludique

L’application d’un vaccin antipaludique en RCA doit être envisagée par le PNLP dès qu’il y a
une recommandation de l’OMS d’application. Pour ce faire, un cadre de mise en œuvre au
niveau du pays devra être défini et adopté selon la politique nationale de santé.

5.4.1.2. Diagnostic et traitement du paludisme

La politique de prise en charge du paludisme comprend le diagnostic biologique et le traitement
précoce et efficace avec des antipaludiques de qualité. Des directives nationales sur le diagnostic
biologique et le traitement spécifique du paludisme, à différents niveaux de la pyramide sanitaire
et au niveau communautaire, doivent être élaborées et régulièrement mises à jour sur la base des
recommandations de l’OMS.

   1. Diagnostic biologique du paludisme

Tous les cas suspects de paludisme vu au niveau d’une formation sanitaire ou par un Agent de
Santé Communautaire (ASC) doivent être confirmés au moyen de méthodes de détection des
parasites telles que la microscopie de qualité garantie ou les tests de diagnostic rapide. Tous les
prestataires de service (personnel de laboratoire, personnel soignant, ASC) doivent être formés
sur les techniques de réalisation de la microscopie et/ou des TDRs et équipés pour fournir des
services de diagnostic. Leur supervision formative régulière sera promue en vue d’assurer la
qualité du diagnostic.
a. Confirmation du paludisme par la microscopie

La microscopie est l’examen de référence pour la confirmation biologique du paludisme car elle
permet l’identification des différentes espèces plasmodiales et le suivi du traitement des cas
graves de paludisme (densité parasitaire). Elle doit être réalisée au niveau des structures de santé
disposant d’un équipement adapté et de personnel qualifié, notamment dans toutes les structures
de référence (hôpitaux nationaux, régionaux et préfectoraux/district, cliniques privées), et de
manière progressive au niveau des centres de santé des secteurs public, privé, confessionnel et
associatif.
b. Confirmation du paludisme par les TDR

Les TDR doivent être systématiquement réalisés dans toutes les structures de santé (publiques,
privées, associatives, confessionnelles) où l’examen microscopique n’est pas disponible et au
niveau communautaire. Dans les hôpitaux de référence, les TDR doivent être utilisés dans les
services d’urgence et en cas de non fonctionnalité de la microscopie. Le type de TDR à utiliser
doit être défini et périodiquement mis à jour par un comité national d’experts sur la base des pré
qualifications de l’OMS.

c. Diagnostic du paludisme par la Réaction en chaîne par polymérase (PCR)

La réaction en chaine par polymérase (Polymerase Chain Reaction ou PCR) utilise des enzymes
pour reproduire en masse et amplifier une portion d’un brin d’acide desoxyribonucleique (ADN)

                                              20
afin de faciliter l’analyse, par exemple pour rechercher certains gènes. Cette technique peut être
utilisée dans des situations particulières, notamment pour identifier des espèces
morphologiquement similaires (P. malariae et P. knowlesi), pour tester l’efficacité à distinguer
les primo-infections des rechutes et des recrudescences, et pour le dépistage de la population lors
de programmes spéciaux d’élimination ou d’endiguement de la maladie. Elle n’est pas encore
utilisée pour la pratique clinique quotidienne.

   2. Traitement du paludisme

L’ASC et les prestataires des services de santé devraient confirmer le diagnostic avant
administration du traitement antipaludique. Traiter tous les cas positifs avec des médicaments
antipaludéens appropriés et efficaces. Chaque cas confirmé devrait faire l’objet d’un suivi et être
enregistré dans le système de surveillance. Le traitement doit être administré en fonction de la
forme du paludisme (simple ou grave) et du niveau du plateau technique de la structure réalisant
la prise en charge. Pour éviter que le paludisme simple n’évolue vers le paludisme grave, le
PNLP devra veiller à ce que les médicaments de qualité soit disponible à tous les niveaux.
Toutefois, vu la gravité du paludisme surtout dans les groupes vulnérables, en cas d’absence
totale des moyens de diagnostic, un traitement présomptif doit être envisagé chez les cas suspects
de paludisme.

   a. Traitement du paludisme simple

La stratégie du traitement du paludisme simple est basée sur la bithérapie. En RCA, cette
bithérapie utilise les CTA qui doivent être prescrite devant tout cas de paludisme simple à
Plasmodium Falciparum. Les associations en dose fixe (combinant deux principes actifs
différents en un seul comprimé) sont fortement recommandées. Ce traitement doit être réalisé au
niveau de toutes les formations sanitaires publiques, confessionnelles, associatives, privées et
dans la communauté.

Les combinaisons thérapeutiques à base d’arteminisine recommandées conformément à la liste
nationale des médicaments en RCA sont : Artemether + lumefantrine, Artesunate+
amodiaquine et Dihydroartemisinine + Piperaquine.

   b. Traitement du paludisme grave

Le traitement du paludisme grave repose désormais sur les dérivés d’Artémisinine (artésunate ou
artemether) ou des sels de quinine par voie parentérale. Dès que la voie orale est possible, le
relais du traitement parentéral doit être fait avec les CTA.

Ce traitement doit être réalisé exclusivement au niveau des formations sanitaires de référence et
des centres de santé améliorés.

   c. Traitement du paludisme chez la femme enceinte

Le traitement du paludisme simple chez la femme enceinte associe la quinine par voie orale à la
clindamycine au cours du 1er trimestre de la grossesse, et les CTA par voie orale pendant les
deuxième et troisième trimestres de la grossesse.

Le traitement du paludisme grave chez la femme enceinte utilise de l’artésunate pendant toute la
durée de la grossesse. En l’absence de l’artésunate, préférer l’artemether à la quinine en
perfusion.

   d. Traitement pré-transfert du paludisme grave
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