Présentations : Le modèle Steeve Jobs - Communication
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Communication
Présentations :
Le modèle
Steeve Jobs
Les présentations du patron d’Apple sont écrites
comme des scénarios de film à suspense, ses
« slides » sont avares de mots… Aperçu de la
méthode Jobs avec le chapître I du livre
« Les Secrets de présentation de Steve Jobs »
Carmine Gallo
Communication www.strategies.fr
Les secrets de présentation de Steve Jobs »
© Stratégies 2010Scène 1
Écrivez l’histoire
à la main
« Le marketing, c’est du théâtre.
Faire du marketing, c’est comme se donner en spectacle. »
John Sculley1
Ce n’est pas parce que Steve Jobs a forgé sa légende dans l’in-
dustrie informatique qu’il a pour autant abandonné le bon vieux
papier. Comme tous les bons réalisateurs, il commence par écrire
une histoire avant de sortir sa caméra pour la filmer (dans son
cas, son logiciel de présentation). On trouve dans toutes ses confé-
rences les éléments de base qui font les grandes pièces de théâtre
et les films à succès : des alliances, des déclarations de guerre, des
bons et des méchants. Les conférences de Steve Jobs sont en fait
du marketing mis en scène.
De plus, quand il crée une conférence, Steve Jobs s’implique
dans les moindres détails : l’écriture des titres, la création des
slides, la conception des démonstrations… Il s’intéresse même à
la lumière. Conscient que rien n’est jamais gagné d’avance, il s’oc-
cupe de tout. Pour commencer, appliquant à la lettre les conseils
des plus grands consultants en communication, il conçoit ses pré-
sentations sur des feuilles de papier. Comme l’écrit Garr Reynolds :
« Si on veut rester créatif tout en utilisant efficacement un logi-
ciel de présentation, il n’y a pas mieux que de commencer par
jeter ses idées sur du papier et d’en noter les grandes lignes à la
1. PDG de Pepsi Cola de 1977 à 1983.
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main1. » Les plus grands spécialistes en création de présentation, y
compris ceux qui travaillent pour Apple, sont en effet unanimes :
une bonne présentation, c’est d’abord beaucoup de temps passé à
imaginer, réfléchir, gribouiller et griffonner des notes et des idées.
Nancy Duarte, le bon génie qui se cache derrière Une vérité qui
dérange2, le film d’Al Gore, va même jusqu’à affirmer que 90 heures
de travail sont nécessaires pour concevoir une présentation d’une
heure comportant 30 slides. Forte de cette expérience, elle pense
qu’il n’est pas nécessaire de passer plus d’un tiers du temps à la
conception des slides. Les 30 premières heures doivent être consa-
crées à rechercher des thèmes à aborder, à rassembler des avis
d’experts, à organiser les idées, à échanger avec des collègues et à
rédiger le brouillon du scénario.
Supprimez les listes à puces
Quand on ouvre PowerPoint, la première chose qui s’affiche,
c’est une slide blanche qui contient un espace pour écrire le titre et
le sous-titre. Or les slides de Steve Jobs ne comportent que très peu
de mots. Premier problème. Passons maintenant au menu Format.
Le premier article qui s’affiche est Puces et numéros. Or les présen-
tations de Steve Jobs ne comportent aucune liste à puces. Second
problème. Au cours des scènes qui vont suivre, vous verrez en effet
que les listes à puces sont les dernières choses à utiliser si vous vou-
lez que vos présentations marquent les esprits. Les listes à puces
sont réservées à votre liste de courses, et encore… En conclusion,
le plus utilisé de tous les logiciels de présentation démarre avec
une slide qui propose le contraire même de ce que vous devez
faire pour que vos présentations soient aussi efficaces que celles
de Steve Jobs !
Dans mes activités de coach en communication, je travaille
régulièrement avec des grands patrons et des cadres dirigeants.
Je les aide à mettre en forme leurs présentations et à maîtriser la
prise de parole en public. Parmi mes clients, un créateur d’entre-
1. Garr Reynolds, Présentation zen : pour des présentations plus simples, claires et
percutantes, CampusPress, Paris, 2008.
2. Op. cit.
Steve_job.indd 22 13/09/10 15:54Écrivez l’histoire à la main 23
prise. Quand je l’ai rencontré, il avait passé deux mois complets à
Bentonville, dans l’Arkansas, à faire le siège des bureaux de Wal-
Mart, le premier groupe de distribution du monde. Au final, son
produit (une solution technologique) avait étonné les cadres de
l’entreprise qui lui avaient donné leur accord pour faire un essai.
Wal-Mart lui avait alors demandé de présenter son produit à un
groupe de cadres dirigeants et de publicitaires. J’ai travaillé avec
ce client, venu me demander conseil, plusieurs fois en quelques
semaines. Cela se passait dans la Silicon Valley, en Californie.
Durant la première journée de travail, nous n’avons rien fait
d’autre que des graphiques, des croquis et des gribouillages avec
du papier et des crayons. Notre seul objectif était d’écrire une his-
toire qui puisse tenir notre auditoire en haleine. Ce n’est qu’après
que nous avons commencé à créer des slides. En fin de compte,
nous n’avons eu besoin que de cinq slides pour une présentation
dont la durée n’a pas excédé 15 minutes. Une fois l’histoire écrite,
créer les slides a été un jeu d’enfant. Alors, gardez bien cela à l’es-
prit : ce qui va susciter l’intérêt des spectateurs, c’est l’histoire que
vous raconterez, pas les slides que vous afficherez.
Placez l’histoire sous les feux
de la rampe
Dans son livre Beyond Bullet Points, Cliff Atkinson est catégo-
rique : « La première chose à faire pour réussir une présentation
digne de ce nom, c’est d’avoir quelque chose à dire et ce, avant
même d’ouvrir un fichier PowerPoint. » Pour cela, Cliff Atkinson
propose de suivre trois étapes :
Écrire (une histoire) → Gribouiller (des idées)
→ Créer (des slides)
D’après lui, « pour écrire une histoire, vous devez commencer
par oublier tous les outils que PowerPoint offre : les polices de
caractères, les images et les couleurs. Bien que cela puisse paraître
contre-productif, quand on commence par écrire l’histoire, on
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Réussir le test du bout de papier
Au lieu de vous lancer tête baisée à faire des slides, prenez donc
plutôt un bout de papier. De grands produits ont été créés sur des
bouts de papier. On pourrait même aller jusqu’à dire que, dans la
vie d’une entreprise, les bouts de papier sont plus importants que
PowerPoint.
J’ai longtemps pensé que cette affaire de bouts de papier n’était
qu’une légende née de l’imagination des journalistes, jusqu’au
jour où j’ai rencontré Richard Tait, le créateur de Cranium, un jeu de
société. Je l’ai aidé à se préparer pour une interview pour la chaîne
CNBC. À cette occasion, il m’a raconté que l’idée de Cranium lui
était venue en avion, pendant un vol New York-Seattle, et qu’il
s’était dépêché de noter ses idées sur des serviettes en papier.
À partir d’une idée simple comme bonjour – concevoir un jeu
de plateau qui permette à chaque joueur de gagner dans une
catégorie –, Richard Tait a créé un best-seller.
Une autre histoire me revient, celle de la naissance de Southwest
Airlines. Herb Kelleher qui, à cette époque-là, était avocat, avait
rendez-vous avec un de ses clients, Rollin King, au St. Anthony’s
Club de San Antonio de Dallas. Rollin King, qui possédait une
petite compagnie de charters, voulait proposer un service aérien
qui desserve directement Dallas, Houston et San Antonio sans
passer par les hubs. Rollin King a dessiné trois cercles sur un papier,
inscrit les noms des villes à l’intérieur et relié les cercles par des
traits : on ne pouvait pas faire plus simple pour exprimer son idée !
Herb Kelleher, comprenant en une seconde l’intérêt de la chose,
a immédiatement proposé de devenir le conseiller juridique du
projet qui a d’ailleurs donné naissance à Southwest Airlines en
1967 (par la suite il est devenu PDG de l’entreprise). Rollin King
et Herb Kelleher ont révolutionné le transport aérien et créé le
low cost, donnant par la suite naissance à de nombreuses autres
compagnies low cost. Conclusion : il ne faut pas sous-estimer la
puissance d’une idée si simple qu’on peut la dessiner sur un bout
de papier !
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décuple ses capacités créatives en évitant de tomber dans le piège
des possibilités techniques de PowerPoint. Ainsi, on peut cou-
cher ses idées sur le papier et se concentrer sur ce qu’on veut dire.
Rédiger l’histoire avant de créer les slides va également vous per-
mettre de découvrir la puissance qu’offre PowerPoint pour créer
des présentations époustouflantes ». Une fois l’histoire écrite, il sera
toujours temps de penser à la création des slides et à la « produc-
tion » de votre spectacle.
Les neuf éléments qui font
les grandes présentations
Dans toutes les présentations marquantes, on retrouve neuf
éléments. Vous devez les avoir à l’esprit avant même d’ouvrir votre
logiciel de présentation, qu’il s’agisse de PowerPoint, de Keynote
ou de n’importe quel autre logiciel.
1. Des titres percutants
Une fois que vous aurez trouvé l’idée-force que vous voulez gra-
ver dans l’esprit de votre auditoire, cherchez-lui un titre. Il devra
être court (140 caractères tout au plus), facile à retenir et suivre
une construction très simple : sujet – verbe – complément. Le jour
où Steve Jobs a dévoilé l’iPhone, lors de la conférence d’ouverture
du salon Macworld, en janvier 2007, il s’est simplement exclamé :
« Today Apple reinvents the phone1. » Voilà un bon titre, un titre qui
va retenir l’attention de votre auditoire et donner aux gens une
bonne raison de vous écouter. Si vous n’êtes pas inspiré, prenez
exemple sur la presse. Les journalistes sont passés maîtres dans
l’art de créer de bons titres. En voici quelques exemples :
» Le MacBook le plus fin déborde de fonctionnalités ;
» Apple met un Tigre dans le moteur2 ;
» Apple rapetisse l’iPod.
1. « Aujourd’hui Apple réinvente le téléphone. »
2. Apple donne à chaque nouvelle version de Mac OS X un nom de félin.
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Pas mal, non ? N’hésitez donc pas à lire des journaux comme
USA Today.
2. Parler avec ses tripes
Aristote, souvent cité comme le père de l’éloquence, pensait
que les meilleurs orateurs devaient mettre du pathos, c’est-à-
dire de la passion, dans leurs discours. Pourtant, aujourd’hui,
peu nombreux sont les orateurs qui osent prendre la parole
avec passion. Steve Jobs le fait. Quand il est sur scène, il fait
montre d’une passion incroyable. D’après certains journalistes,
l’enthousiasme et l’énergie qu’il déploie frôleraient l’hypnose,
un point qui a d’ailleurs été confirmé par nombre d’anciens
employés d’Apple.
Je vous propose de faire un petit exercice. Prenez quelques
minutes pour compléter cette phrase, en y projetant toute votre
passion : « Ce qui me passionne dans ce [produit / idée / entre-
prise / etc.] c’est ______________ . » Une fois que vous aurez
trouvé, jetez-vous à l’eau et essayez de transmettre votre passion
autour de vous !
3. Trois messages-clés
Maintenant que vous savez écrire des titres percutants et que
vous avez une passion à partager, il est temps de coucher sur le
papier les trois messages-clés que vous voulez graver dans l’esprit
de votre auditoire. Bien que la scène 5 revienne en détail sur ce
point, retenez dès à présent que la mémoire immédiate étant limi-
tée, les spectateurs ne peuvent retenir que trois (quatre dans le
meilleur des cas) messages-clés et que chaque message-clé doit être
illustré par des exemples.
4. Des métaphores et des analogies
Pour que les messages-clés et leurs exemples marquent les
esprits, vous devrez utiliser des techniques rhétoriques qui ren-
dront votre histoire agréable à écouter. Même Aristote le dit :
les images et notamment les métaphores sont « la chose la plus
importante, et de loin ». Une métaphore – cela peut être un mot
ou une phrase – consiste dans « l’attribution à une chose d’un nom
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qui en désigne une autre1 ». C’est une forme de comparaison. Cet
outil très pratique est utilisé pour les grandes campagnes de mar-
keting, de publicité ou de relations publiques. Steve Jobs utilise
des métaphores à longueur de conversation et ses présentations
en regorgent. L’une d’elles est d’ailleurs restée célèbre : « Pour moi,
l’ordinateur est le plus bel outil inventé par l’homme. Un ordina-
teur, c’est un peu comme une bicyclette pour la pensée. »
Voici un exemple très connu de métaphore qui s’est révélée très
utile pour Intel : « Le microprocesseur est le cerveau d’un ordina-
teur. » Très souvent, en effet, un microprocesseur tient, dans un
ordinateur, le rôle du cerveau dans le corps humain. Même si une
puce et un cerveau n’ont a priori rien à voir l’un avec l’autre, leurs
rôles respectifs peuvent se comparer facilement.
Les vendeurs adorent les métaphores sportives comme « cette
négociation n’est pas un match amical », mais l’important est
d’adapter sa métaphore à son public.
Les analogies, assez proches des métaphores, peuvent égale-
ment avoir un impact très puissant. Une analogie consiste à com-
parer deux choses pour mettre en lumière leurs points communs.
Elles sont très pratiques pour faire comprendre à des gens des
concepts qui leur sont étrangers. Je suis tombé par hasard sur une
campagne de publicité pour l’antivirus Kaspersky. En pleine page
d’un grand quotidien, USA Today, la publicité montrait un soldat
du Moyen Âge en armure. Il était de dos et avait été manifeste-
ment défait au combat. L’accroche disait : « Ne soyez pas désolé.
Au Moyen Âge, vous auriez gagné. » L’image est excellente : elle
compare les antivirus traditionnels (les concurrents de Kaspersky)
à des vieilles armures rouillées totalement inadaptées aux techno-
logies modernes qui ont cours aujourd’hui. Kaspersky a poussé le
perfectionnisme jusqu’à évoquer cette image sur son site web qui
reprenait le même slogan accompagné d’une image représentant
une armure.
Une fois que vous aurez trouvé une image forte pour illustrer
votre produit, ne vous gênez pas pour l’utiliser dans vos présenta-
tions, sur votre site web et dans tous vos documents commerciaux.
Steve Jobs adore utiliser des images, surtout si elles s’appliquent à
1. Aristote, Poétique, 1457b 6-9 (trad. J. Hardy, Paris, Les Belles Lettres, 1932).
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Microsoft. Au cours d’une interview qu’il donnait à Walt Mossberg
pour le Wall Street Journal, alors qu’il insistait sur le fait qu’iTunes
était le logiciel préféré des utilisateurs de Windows, il s’est
exclamé : « Pour eux, c’est comme quelques grammes de tendresse
dans un monde de brutes ! »
5. Les démonstrations
Les démonstrations ont une place centrale dans les présen-
tations du maître. En juin 2007, durant la conférence annuelle
qu’Apple a consacrée aux développeurs (plus connue par son
abréviation anglophone : WWDC), Steve Jobs a présenté une nou-
velle version de Mac OS X : Leopard. Après avoir annoncé que le
nouveau logiciel système proposait plus de 300 nouvelles fonc-
tions, il a choisi de n’en présenter que dix, dont Time Machine,
un système de sauvegarde automatique, BootCamp, qui permet de
faire fonctionner Windows XP et Windows Vista sur un Mac, et
Piles, qui offre un accès rapide à certains dossiers. Refusant de se
contenter de les citer ou de les expliquer avec quelques slides, il a
pris le temps de s’asseoir devant un Mac et de montrer comment
cela marchait. Pour cette démonstration, c’est lui qui a choisi les
fonctions qu’il voulait mettre en lumière. Pourquoi laisser les jour-
nalistes le faire ? C’est quand même plus simple de les choisir pour
eux…
Alors, si vous avez un produit qui peut faire l’objet d’une
démonstration, n’hésitez pas. Le public adore voir, toucher et tes-
ter les produits.
J’ai eu l’occasion de travailler avec le PDG d’une start-up de la
Silicon Valley qui devait présenter son produit à ses investisseurs
(des banquiers de Goldman-Sachs). Il préparait l’introduction en
bourse de son entreprise, qui fabrique des puces miniaturisées
pour le traitement du signal audio sur les ordinateurs portables.
Alors que nous étions en train de travailler sur la présentation
financière, le PDG m’a montré une puce pas plus grosse qu’une
tête d’épingle en me disant : « Vous n’imaginez pas le son que ce
truc est capable de créer. Écoutez, c’est incroyable. » Il a augmenté
le son de l’ordinateur et là ce fut clair comme de l’eau de roche :
la présentation pour les investisseurs devait inclure une démons-
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tration ! Bien entendu, on a imaginé une mise en scène pour lui
donner de l’importance, mais le résultat ne s’est pas fait attendre :
l’introduction en bourse a été un succès. Un des banquiers m’a
appelé un peu après en me disant : « Je ne sais pas ce que vous lui
avez conseillé, mais ce PDG a été excellent. » Je n’ai pas osé lui dire
que je n’avais fait que reprendre un des bons vieux trucs de Steve
Jobs…
6. Les partenaires
Si Steve Jobs fait monter ses produits sur scène, il n’hésite pas
à faire de même avec ses partenaires. Qu’il s’agisse d’un artiste,
du patron d’Intel ou du PDG de Sony, en partageant la scène avec
Steve Jobs, ils participent au succès d’Apple. C’est ainsi qu’en sep-
tembre 2005, au moment où Steve Jobs annonçait que l’intégralité
des albums de Madonna serait dorénavant disponible sur l’iTunes
Store, Madonna est apparue sur la scène grâce à une liaison par
webcam. Elle a passé quelques minutes à plaisanter avec Steve Jobs
en disant qu’elle avait longtemps hésité à mettre ses disques sur
l’iTunes Store mais qu’elle avait fini par être énervée de ne pas
pouvoir télécharger ses propres albums.
7. Les expériences clients, les témoignages
extérieurs
On ne saurait imaginer une vente réussie sans témoignage
client, même si les clients prêts à essuyer les plâtres ne courent pas
les rues, surtout si leur budget est tendu. Si on veut réussir, parler
d’une expérience client, c’est aussi normal que de donner des réfé-
rences à un recruteur pendant un entretien d’embauche. Les clients
sont friands de success stories et c’est encore plus vrai pour une
PME dont la réputation est moins importante que celle d’un grand
groupe. Même si votre communication est élaborée avec soin (bro-
chures en couleurs, plaquettes raffinées), vos clients auront tou-
jours un petit doute. Rien ne remplace le bouche-à-oreille. Pour
réussir le lancement d’un produit, il faut donc impliquer quelques
clients dès les phases de test pour qu’ils soient en mesure de don-
ner des garanties aux premiers acheteurs. L’expérience client doit
faire partie de tout lancement de produit. Naturellement, vous
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pouvez écrire quelques verbatim sur vos slides, mais ne vous arrê-
tez pas là : montrez une interview vidéo ou, mieux encore, invitez
un client à témoigner sur scène (en vrai ou par liaison webcam).
Faites-le également pour toute réunion commerciale importante.
Si vous disposez d’articles parus dans la presse au sujet de vos
produits, utilisez-les également. Cela ne peut que renforcer les
expériences clients et rassurer les futurs acheteurs. Plus la réputa-
tion de la publication est bonne, plus l’effet obtenu sera important.
8. Les clips vidéo
Très peu de présentations ont recours à la vidéo. Pourtant, Steve
Jobs, lui, en utilise très souvent. Parfois, il s’agit simplement d’un
employé qui dit tout le plaisir qu’il a pris à travailler sur un pro-
duit, mais, en général, il s’agit du dernier spot publicitaire réalisé
par Apple. Il l’a fait pour presque tous les lancements des produits
importants. C’est en 1984 qu’il a commencé, quand il a dévoilé
la fameuse publicité pour le premier Macintosh diffusée au cours
du SuperBowl, la finale du championnat de football américain.
Parfois, quand la publicité lui plaît ou qu’elle est très applaudie, il
n’hésite pas à la diffuser une seconde fois. Au cours de la WWDC
de juin 2008, Steve Jobs a lancé un nouveau modèle d’iPhone, le
3GS, un modèle plus performant et moins cher que son prédéces-
seur. Comme d’habitude, à la fin de la présentation, il a montré le
spot publicitaire créé pour l’occasion. Le slogan retenu était : « Le
voilà enfin, le premier téléphone à pouvoir surpasser l’iPhone. »
Ce spot durait 30 secondes. À la fin, Steve Jobs s’est exclamé :
« C’est sympa, hein ? Vous voulez le revoir ? Allez, on le regarde
encore. J’adore cette pub. »
Vous pouvez montrer des publicités, des interviews d’employés,
des témoignages de clients, le produit lui-même, naturellement,
ses différentes utilisations possibles et même des extraits d’émis-
sions de télévision vantant vos produits. Rien n’est plus marquant
que le témoignage d’un client satisfait, et s’il ne peut pas venir
en personne, intégrer une courte vidéo à votre présentation peut
s’avérer très utile. Faire une vidéo est très simple, il suffit de créer
un fichier au format Windows Media ou Quicktime. Gardez en
tête que la durée moyenne des vidéos qu’on trouve sur YouTube
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est de 2 mn 30 s. Même si une vidéo permet plus facilement de
marquer les esprits, n’oubliez pas que la capacité d’attention du
spectateur n’est pas infinie. Même s’il est très tentant de faire des
vidéos assez longues, ne tombez pas dans ce piège : réalisez des
vidéos de moins de 3 minutes.
La vidéo est également efficace pour des présentations non
techniques. J’ai travaillé avec le Syndicat des producteurs de fraises
de Californie sur une série de présentations qu’ils devaient donner
pour les médias sur la côte Est. Ils m’ont montré un film dans
lequel des producteurs de fraises exprimaient leur passion pour le
travail de la terre et la culture de ce fruit ; on y voyait des images
de champs de fraises à perte de vue, c’était splendide. Je leur ai
conseillé de créer un fichier vidéo à partir de ce film et de l’inclure
dans leur présentation. Pour introduire le film, ils ont dit : « Vous
n’avez sans doute jamais eu l’occasion de voir un champ de fraises
de chez nous, alors, on a amené des cultivateurs avec nous. » La
suite, vous la devinez : la vidéo a été un grand succès.
9. Les graphiques, les tableaux, les produits
La mémoire comporte trois composantes : la mémoire visuelle,
utilisée par la plupart des gens, la mémoire auditive et la mémoire
sensorielle (certaines personnes aiment toucher). Au cours de
vos présentations, vous aurez tout intérêt à faire appel à ces trois
aspects. Votre présentation ne doit pas se limiter à des slides, vous
devez également utiliser des tableaux blancs, et même des pro-
duits (des échantillons, par exemple) que les gens pourront voir,
toucher et tester. Rendez-vous à la scène 12 pour plus de détails.
On a tendance à trop se focaliser sur la conception des slides :
les caractères, les puces, les styles, les transitions, la place des gra-
phiques, les images à utiliser. En fait, quand on en est à la phase de
conception de la présentation, il ne faut surtout pas se poser toutes
ces questions. Si vous disposez d’un produit, montrez-le directe-
ment à l’assistance. Le 14 octobre 2008, Steve Jobs a dévoilé une
nouvelle gamme de MacBook : le boîtier n’était pas assemblé à
partir de différentes pièces mais usiné dans un morceau d’alumi-
nium massif, la coque Unibody. Après avoir présenté le processus
de fabrication en détail, Steve Jobs a demandé à des employés
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Les 5 principes d’Aristote pour réussir une présentation efficace
Aristote a défini 5 principes qui permettent de convaincre un
auditoire. On les retrouve toujours dans une présentation de
Steve Jobs :
1. Avoir quelque chose d’intéressant à raconter à son public ;
2. Trouver un problème à résoudre ou soulever une question
importante ;
3. Proposer une solution au problème que vous avez présenté ou
répondre à la question que vous avez posée ;
4. Présenter les avantages apportés par votre solution ;
5. Impliquer l’auditoire dans l’action. Pour Steve Jobs, cela se
résume souvent à : « Vous pouvez passer votre commande dès
aujourd’hui. »
d’Apple de faire circuler dans l’assistance quelques exemplaires de
ces fameuses coques. Le public a ainsi pu se rendre compte des
améliorations que ce nouveau procédé apportait.
Utiliser toutes ces techniques vous aidera à raconter une his-
toire qui attisera la curiosité de vos auditoires. C’est vous qui êtes
sur la scène, pas les slides, ne l’oubliez pas. Les slides ne sont là que
pour vous accompagner, rien d’autre. Dans ce livre, je ne prendrai
parti pour aucun logiciel de présentation, je ne ferai aucune com-
paraison entre PowerPoint et Keynote. En fait, le logiciel de pré-
sentation importe peu. Une bonne présentation, c’est avant tout
un bon conférencier. Steve Jobs n’a d’ailleurs pas attendu l’arrivée
de Keynote pour faire des présentations d’anthologie. La présen-
tation légendaire de février 1984 où il a dévoilé le Macintosh en
première mondiale ne comportait pas de slides au sens où on l’en-
tend aujourd’hui. Où donc était le secret ? Certainement pas dans
le logiciel utilisé. Ce n’est pas parce que Steve Jobs utilise Keynote
que vos présentations seront meilleures si vous utilisez le même
logiciel. En revanche, si vous passez plus de temps à peaufiner vos
présentations, à inventer des histoires intéressantes et à chercher
des idées, alors, oui, vos présentations seront meilleures.
Steve_job.indd 32 13/09/10 15:54Écrivez l’histoire à la main 33
En 1997 Steve Jobs a repris la direction d’Apple en succédant
à Gil Amelio. L’entreprise qu’il a retrouvée produisait alors plus
de 40 produits différents, au grand dam des clients, perdus dans
une offre aussi large. Avec un culot insensé, il a radicalement
réduit le nombre de projets en cours. Dans Inside Steve’s Brain,
Leander Kahney raconte que Steve Jobs a fait venir l’équipe de
direction dans son bureau : « Sur un tableau blanc, il a dessiné un
tableau très simple composé de deux lignes et de deux colonnes.
Au-dessus de la première ligne, il a écrit “Grand public” d’un côté
et “Professionnels” de l’autre. À gauche de la première colonne, il
a écrit “Bureau” et “Portable”, l’un au-dessus de l’autre. » Pour lui,
Apple ne devait produire que quatre ordinateurs – deux machines
de bureau et deux portables – et ne s’adresser qu’à deux segments
de clientèle : le grand public et les professionnels. Cette anec-
dote montre que Steve Jobs n’est jamais aussi bon que quand il
pense visuellement. Alors, comme lui, que ce soit sur des Post-It,
un cahier d’écolier ou un tableau blanc, commencez par réfléchir
stylo en main au lieu de vous jeter à corps perdu sur votre logiciel
de présentation. Vos présentations n’en seront que meilleures et
plus efficaces.
Les conseils du metteur en scène
» Commencez par concevoir votre présentation avant d’utiliser
votre logiciel. Couchez d’abord vos idées sur le papier.
» Dans la mesure du possible, intégrez les neuf éléments décrits
ci-dessus pour obtenir des présentations vivantes : écrivez des
titres courts, parlez avec vos tripes, délivrez trois messages-clés,
utilisez des images, des démonstrations, donnez la parole à vos
partenaires, faites témoigner vos clients, montrez des vidéos et
faites appel aux trois composantes de la mémoire.
» Pour réussir des conférences, le logiciel de présentation importe
peu. Ce qui compte, c’est la manière dont vous concevrez votre
histoire et dont vous la raconterez.
Steve_job.indd 33 13/09/10 15:54A propos de l’auteur
Carmine Gallo
Carmine Gallo est consultant et journaliste. Expert en communication, il « coache »
des dirigeants d’entreprise pour des préparations de conférences ou des lancements
de produits. Il est éditorialiste sur Businessweek.com et écrit régulièrement pour
Always On, AOL, Yahoo Finance, le Wall Street Journal et le New York Times.
Dans l’ouvrage « Les secrets de présentation de Steve Jobs », à travers l’analyse de
la méthode du dirigeant d’Apple, il multiplie les conseils et les exemples à suivre pour
concevoir et structurer des présentations percutantes.
L’ouvrage de Carmine Gallo, « Les
secrets de présentation de Steve
Jobs », est publié aux éditions
Télémaque (22€).
editionstelemaque.com
Communication www.strategies.fr
Les secrets de présentation de Steve Jobs
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