PROGRAMMATION 2018 JEU DE PAUME
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PARTENAIRES Le Jeu de Paume est subventionné par le Ministère de la Culture. Il bénéficie du soutien de la BANQUE NEUFLIZE OBC et de la MANUFACTURE JAEGER-LECOULTRE, mécènes privilégiés. Les Amis du Jeu de Paume soutiennent ses activités.
SOMMAIRE
1 PROGRAMMATION
CONCORDE
6 SUSAN MEISELAS
06 | 02 – 20 | 05 | 2018
8 RAOUL HAUSMANN
06 | 02 – 20 | 05 | 2018
10 GORDON MATTA-CLARK
05 | 06 – 23 | 09 | 2018
12 BOUCHRA KHALILI
05 | 06 – 23 | 09 | 2018
14 DOROTHEA LANGE
16 | 10 | 2018 – 27 | 01 | 2019
16 ANA MENDIETA
16 | 10 | 2018 – 27 | 01 | 2019
18 PROGRAMMATION
SATELLITE 11
20 DAMIR OCKO ˇ
6 | 02 – 20 | 05 | 2018
21 DAPHNÉ LE SERGENT
5 | 06 – 23 | 09 | 2018
22 ALEJANDRO CESARCO
16 | 10 | 2018 – 27 | 01 | 2019
23 PROGRAMMATION
CHÂTEAU DE TOURS Couverture
Susan Meiselas
24 LUCIEN HERVÉ Muchachos attendant la riposte de la Garde nationale,
18 | 11 | 2018 – 27 | 05 | 2018 Matagalpa, Nicaragua, 1978
© Susan Meiselas / Magnum Photos
25 DANIEL BOUDINET
16 | 06 – 28 | 10 | 2018 Raoul Hausmann
Sans titre, 1931
26 DENISE BELLON © Raoul Hausmann
11 | 2018 – 05 | 2019
Dorothea Lange
26 ACTIVITÉS CULTURELLES & CINÉMA Mère migrante, Nipomo, Californie, 1936
© The Dorothea Lange Collection, the Oakland Museum of
California, City of Oakland
Bouchra Khalili
The Tempest Society. Film, 60 min. 2018
© Bouchra Khalili
Gordon Matta-Clark
Graffiti: Linda, 1973
© Gordon Matta-Clark
Ana Mendieta
Untitled: Silueta Series, 1978. Film Super 8 , couleur, muet
© The Estate of Ana Mendieta Collection, LLC. Courtesy
Galerie Lelong, New YorkJeu de Paume | Concorde
SUSAN MEISELAS
MÉDIATIONS
06 | 02 – 20 | 05 | 2018
La rétrospective consacrée à la photographe comment les images changent de sens selon les contextes
américaine Susan Meiselas (1948, Baltimore) de leur diffusion. Sa démarche est inédite, et presque
réunit une sélection d’œuvres des années 1970 prémonitoire, dans un monde où l’échange d’images est
à nos jours. Membre de Magnum Photos depuis désormais facilité par les technologies numériques.
1976, Susan Meiselas questionne la pratique
documentaire. Elle s’est fait connaître par ses À partir de 1997, Meiselas aborde chaque conflit
images sur les zones de conflit en Amérique d’une manière différente et en rapport avec le contexte.
centrale dans les années 1970 et 1980, Kurdistan: In the Shadow of History est une archive de
notamment grâce à la force de ses photographies l’histoire visuelle d’un peuple sans nation. Meiselas, qui
couleurs. a réuni ces éléments dans différentes parties du monde
et en interaction avec des Kurdes, conçoit cette œuvre
Couvrant de nombreux sujets et pays, de la guerre aux comme une installation composée d’une compilation de
questions des droits de l’homme, de l’identité culturelle documents, de photographies et de vidéos.
à l’industrie du sexe, elle utilise la photographie, le film,
la vidéo et parfois des matériaux d’archives dans une En 1992, Meiselas, invitée à participer à une campagne
volonté constante de construire des récits auxquels elle de sensibilisation sur la violence domestique,
associe ses sujets, développant avec eux une relation photographie des scènes de crime en suivant une équipe
dans le temps. Du portrait au reportage, Meiselas de policiers, puis sélectionne dans les archives de la
s’intéresse à la réception de ses photographies par police de San Francisco des documents accompagnés
les personnes qu’elle dépeint, ainsi qu’aux moyens de de photos. Ces recherches l’ont conduite à créer Archives
diffusion de ses œuvres. L’exposition met en évidence la of Abuse, collages de rapports et de photographies de
démarche unique de l’artiste qui interroge en permanence police, exposés dans les espaces publics de la ville, par
l’acte photographique et son rôle de témoignage des exemple sous forme d’affiches dans les abribus.
conflits avec une approche personnelle autant que
géopolitique. Pour la rétrospective au Jeu de Paume, Susan Meiselas
a créé une nouvelle œuvre, commencée en 2015 auprès
Ses premiers travaux illustrent déjà son intérêt pour la de Multistory, association basée en Angleterre. Cette
photographie documentaire. Son tout premier projet, 44 dernière série réalisée dans un foyer pour femmes, A
Irving Street (1971), série de portraits en noir et blanc, lui Room of Their Own, porte à nouveau sur le thème de la
offre, à travers l’appareil photo, la possibilité d’interagir violence domestique. L’installation comprend cinq récits
avec les autres locataires de la pension où elle vivait en vidéo qui présentent les photographies de l’artiste,
durant ses études. Pour Carnival Strippers (1972-1975), des témoignages de première main, des collages et des
elle suit durant trois étés consécutifs des strip-teaseuses dessins.
travaillant dans des fêtes foraines de Nouvelle-Angleterre.
Le reportage est complété d’enregistrements audio des L’exposition du Jeu de Paume est la première rétrospective
femmes, de leurs clients et de leurs managers. De cette en France parcourant les différentes phases du travail de
période, date aussi Prince Street Girls (1975-1992) qui Susan Meiselas. Elle retrace sa trajectoire d’artiste visuelle
a pour décor le quartier de Little Italy, à New York, où qui, depuis les années 1970, associe ses sujets à sa
Susan Meiselas vit encore aujourd’hui. Photographiant démarche et questionne le statut des images par rapport
un même groupe de jeunes filles sur plusieurs années, elle au contexte dans lequel elles sont perçues.
réalise une chronique des relations suivies entre les jeunes
filles et la photographe.
Catalogue Susan Meiselas. Médiations
Trois séries importantes constituent l’axe central de Textes de Ariella Azoulay, Eduardo Cadava, Carles Guerra,
l’exposition : Nicaragua, El Salvador et Kurdistan. Réalisées Marianne Hirsch, Corey Keller, Kirsten Lubben, Isin Onol, Pia
entre la fin des années 1970 et les années 2000, elles Viewing
montrent la manière dont l’artiste interroge la pratique de Coédition Jeu de Paume / Fondation Tàpies / Damiani
la photographie. À l’occasion de ses nombreux voyages Versions française, anglaise, espagnole. 192 pages, 30 €
en Amérique latine, en temps de guerre comme en temps
de paix, Meiselas revient sur les lieux de ses premières
photographies et se sert de ces images pour retrouver les Commissaires : Carles Guerra et Pia Viewing
personnes qu’elle avait rencontrées et continuer ainsi à
enregistrer leurs témoignages. Avec le projet Médiations Coproduction Jeu de Paume / Fundació Antoni
(1982), titre éponyme de cette exposition, Meiselas révèle Tàpies, Barcelone
5Susan Meiselas
Muchachos attendant la riposte de la Garde nationale, Matagalpa, Nicaragua, 1978
© Susan Meiselas / Magnum Photos
Susan Meiselas
Sandinistes aux portes du quartier général de la Garde nationale à Esteli : « L’homme au cocktail Molotov », 16 juillet 1979
© Susan Meiselas / Magnum Photos
Susan Meiselas
Dee et Lisa, Mott Street, Little Italy, New York, 1976
© Susan Meiselas / Magnum Photos
6Jeu de Paume | Concorde
RAOUL HAUSMANN
UN REGARD EN MOUVEMENT
06 | 02 – 20 | 05 | 2018
Jamais exposée pour elle-même dans un musée dans un éblouissement. Son attention se porte aussi
en France, l’œuvre photographique de Raoul sur de modestes artefacts solitaires, râpes à fromage,
Hausmann est restée longtemps méconnue et chaises cannées, corbeilles en osier, tous objets troués
sous-estimée. De cet artiste-clé du XXe siècle, la qu’il transforme en flux, voire en tourbillon de lumière.
postérité a d’abord retenu le rôle majeur au sein Hausmann nomme ces expérimentations
de Dada Berlin, les assemblages, les collages, « mélanographie ». Elles rendent le saisissement né de
les photomontages, les poèmes optophonétiques, l’apparition de l’image comprise, écrit-il, comme « la
quand les vicissitudes de l’Histoire ont effacé cette dynamique d’un processus vivant ».
autre facette, à tous égards prééminente, de son
rayonnement. Après l’incendie du Reichtsag, il arrive à Ibiza en 1933.
Sa pratique évolue alors. Fasciné par la pureté des
À partir de 1927, Hausmann devient pourtant un maisons paysannes en forme de cubes blancs, il réalise
photographe prolixe. Cette pratique nouvelle pour lui, l’inventaire photographique de ces « architectures sans
immédiatement absorbante, devient la clé de voûte d’une architecte », populaires, à la fois anciennes et modernes,
pensée globale foisonnante qui culmine jusqu’à son qui évoquent le « style international ». La photographie
départ forcé d’Ibiza en 1936. Au cours de cette intense vient alors soutenir une étude anthropologique de
décennie, il aura beaucoup réfléchi à la photographie l’habitat vernaculaire, engagée contre les racismes
et développé une pratique profondément singulière du des années 1930. Lui-même intégré à la communauté
médium, à la fois documentaire et lyrique, indissociable insulaire, évoluant presque hors du temps, comme dans
d’une manière de vivre et de penser. Ses amis avaient un « état de rêve », Hausmann réalise encore des portraits
pour nom August Sander, Raoul Ubac, Elfriede saisissants des habitants, qui sont une autre forme de son
Stegemeyer, et Lázló Moholy-Nagy, lequel ne craignait engagement. L’éclatement de la guerre d’Espagne, et
pas de déclarer à Vera Broïdo, l’une des compagnes de l’abandon presqu’immédiat du petit territoire d’Ibiza aux
Hausmann : « Tout ce que je sais, je l’ai appris de Raoul. » franquistes, marquent le début d’un exil pénible qui ne lui
permettra plus de se consacrer de façon aussi assidue à
L’oubli qui a nimbé l’œuvre de Hausmann redouble sa la photographie. Hausmann trouvera finalement refuge
traversée du siècle clandestine. Lui qui fut taxé d’artiste en France, dans le Limousin où il meurt en 1971, cinq ans
« dégénéré » par les nazis et quitta précipitamment après sa première rétrospective au Moderna Museet de
l’Allemagne en 1933 dut abandonner bien des clichés sur Stockholm.
la route de ses exils pressés. Son travail photographique
est, dès lors, demeuré secret, largement invisible, présumé
perdu, avant que ne soit presque miraculeusement Catalogue Raoul Hausmann. Photographies 1927-1937
découvert, entre la fin des années 1970 et le milieu Textes de Cécile Bargues et Nick Cohn
des années 1980, un fonds jusque-là inconnu dans Coédition Jeu de Paume / Le Point du Jour / Musée
l’appartement de sa fille à Berlin (aujourd’hui à la départemental d’art contemporain de Rochechouart
Berlinische Galerie). Les fonds français, principalement Version anglaise éditée par Koenig
conservés au Musée départemental d’art contemporain 264 pages, 39 €
de Rochechouart et au Musée d’art moderne et
contemporain de Saint-Étienne, ainsi qu’au Musée
national d’art moderne, se sont constitués dans le même
temps, et enrichis jusqu’aux années 2010. Depuis lors, son
aura de photographe n’a cessé de croître.
Commissaire : Cécile Bargues
Hausmann photographe étonne. Lui dont on connaît la Commissaire associé : David Barriet
veine acerbe et mordante de l’époque dada vise ici la
pacification, la réconciliation, une forme de résistance Coproduction Jeu de Paume / Le Point du Jour,
au temps par la sérénité. À partir du milieu des années Cherbourg
1920, l’atmosphère de Berlin lui semblant de plus en plus Avec la collaboration du Musée départemental
oppressante, il prolonge sans cesse ses séjours dans de d’art contemporain de Rochechouart,
petits villages sur les bords de la mer du Nord et de la du Musée d’art moderne et contemporain de
Baltique, qui font à la fois office de « refuges » et de Saint-Étienne Métropole, de la Berlinische Galerie
« cachettes pour artistes ». Là, il photographie le sable, à Berlin, du Musée national d’art moderne /
l’écume, les tourbières, des corps nus, les courbes des Centre Georges Pompidou, ainsi que de collections
dunes, le blé, les brins d’herbe, l’anodin qui s’impose privées.
7Raoul Hausmann
Sans titre (Vera Broïdo), vers 1931
© Berlinische Galerie / VG Bild-Kunst, Bonn
Raoul Hausmann
Nu (Vera Broïdo, vue de dos), 1927
© Musée départemental d’art contemporain de Rochechouart
Raoul Hausmann
Sans titre (Dünenlandschaft), non daté
© Berlinische Galerie / VG Bild-Kunst, Bonn
8Jeu de Paume | Concorde
GORDON MATTA-CLARK
ANARCHITECTE
05 | 06 – 23 | 09 | 2018
Réunissant une centaine d’œuvres de Gordon nombre croissant de créateurs qui puisent leur inspiration
Matta-Clark (1943-1978), l’exposition dans cette expression.
« Anarchitecte » explore l’importance du travail
de l’artiste au regard d’une réévaluation de Retraçant le parcours de l’artiste depuis ses premières
l’architecture après le modernisme. Couvrant un interventions dans le Bronx, l’exposition « Gordon Matta-
large éventail de médiums – photographie, film Clark. Anarchitecte » propose une nouvelle lecture de
et gravure –, l’exposition présente des œuvres son œuvre et de son influence sur l’art et l’architecture
qui, du fait de leur lien avec la culture urbaine contemporains.
contemporaine, éclairent le contexte dans lequel
s’inscrit la passionnante critique de l’architecture
proposée par Gordon Matta-Clark. Catalogue Gordon Matta-Clark
Textes de Sergio Bessa, Cara Jordan, Xavier Wron
S’installant à New York peu après la fin de ses études à Editions Jeu de Paume
l’école d’architecture de l’université Cornell (1962-1968), 184 pages, 42 € (environ)
Matta-Clark commence à produire une série d’œuvres
in situ dont le propos semble être de procéder à une
anatomie du corps même du paysage urbain : il découpe
et démantèle littéralement les structures des bâtiments,
exhibant ce qui subsiste à titre de preuve. Ces actions
ont lieu, pour la plupart, dans le sud du Bronx à une
époque où le quartier connaît un fort déclin économique
en raison de l’exode massif de la classe moyenne vers la
banlieue. Nombre de bâtiments abandonnés deviennent
ainsi le terrain privilégié d’intervention de Matta-Clark.
L’une des séries les plus iconiques de la période, Bronx
Cuts, deviendra emblématique de son travail et servira de
base à d’autres projets ambitieux tels que Conical Intersect
(Paris, 1975).
Gordon Matta-Clark n’a pas seulement déstabilisé les
notions de module et de répétition chères à l’architecture
moderniste, il a aussi pris acte de cette tendance
croissante à interagir avec l’espace public que traduit la
prolifération des graffitis. Bien que son origine remonte à
l’Antiquité, c’est seulement après la Seconde Guerre que
le graffiti prend la dimension d’un phénomène mondial,
notamment au sein des communautés post-industrielles
appauvries. Répliquant à la tristesse de l’expansion
urbaine, le graffiti devient alors le moyen par lequel la
jeunesse de tous les pays exprime sa rébellion contre
le conformisme et, en fin de compte, contre l’autorité de
l’architecte.
Ironiquement, la méthode du « découpage », née
des ruines du paysage de l’ère industrielle, allait Commissaires : Sergio Bessa et Jessamyn Fiore
bientôt influencer toute une génération de jeunes
architectes, notamment parmi les adeptes de l’esthétique Exposition organisée par The Bronx Museum of the
déconstructiviste – Frank Gehry, Peter Eisenman ou encore Arts, en coopération avec le Jeu de Paume pour sa
Daniel Libeskind. présentation à Paris, avec la collaboration spéciale
de : Henry Luce Foundation, National Endowment
Avec la réévaluation de la culture urbaine, il est apparu for the Arts, Graham Foundation for Advanced
plus récemment que le travail de Matta-Clark sur les Studies in the Fine Arts, Blue Rider Group at
graffitis témoignait aussi d’une certaine prescience des Morgan Stanley, David Zwirner et the Estate of
nouvelles orientations architecturales, si l’on en juge par le Gordon Matta-Clark.
9Gordon Matta-Clark
Gordon Matta-Clark making Day’s End (Pier 52), 1975
© 2018 Estate of Gordon Matta-Clark / Artists Rights Society (ARS), New York and David Zwirner, New York.
Gordon Matta-Clark
Graffiti: Linda, 1973
© 2018 Estate of Gordon Matta-Clark / Artists Rights Society (ARS), New York and David Zwirner, New York.
Gordon Matta-Clark and Gerry Hovagimyan working on Conical Intersect, 1975
Photo Harry Gruyaert
© 2018 Estate of Gordon Matta-Clark / Artists Rights Society (ARS), New York and David Zwirner, New York.
10Jeu de Paume | Concorde
BOUCHRA KHALILI
BLACKBOARD
05 | 06 – 23 | 09 | 2018
Le Jeu de Paume consacre une importante exposition à Élevée entre la France et le Maroc, Bouchra Khalili est
l’artiste franco-marocaine Bouchra Khalili (Casablanca, basée à Berlin, et est professeur d’Art Contemporain à la
1975). Le travail de l’artiste en film et installation Oslo National Art Academy.
vidéo, photographie et sérigraphie, s’organise autour Elle a étudié le cinéma à la Sorbonne Nouvelle et est
de plateformes mises en œuvre par l’artiste depuis diplômée de l’École nationale supérieure d’arts de Paris-
lesquelles des membres de minorités performent leurs Cergy. Elle est cofondatrice, avec l’artiste Yto Barrada, de
stratégies de résistances face à l’arbitraire du pouvoir. la Cinémathèque de Tanger, inaugurée en 2006.
À travers ses propositions artistiques, Bouchra Khalili Son travail a fait l’objet de nombreuses expositions
articule récits singuliers et histoire collective interrogeant personnelles, notamment à la Secession, Vienne (2018), au
les relations complexes entre subjectivité et prises de Wexner Center for the Arts, Columbus (2017), au MoMA,
positions civiques pour penser une communauté à New York (2016), au Palais de Tokyo, Paris (2015), au
venir. « Blackboard », son exposition personnelle au Jeu MACBA, Barcelone (2015), au PAMM, Miami (2013-2014),
de Paume réunit, pour la première fois en France, une au Van Abbemuseum, Eindhoven (2013), et à la DAAD
sélection d’œuvres de ces dix dernières années. Galerie, Berlin (2013), parmi d’autres.
Au fil de l’exposition sont présentées The Seaman (2012), L’artiste a également été présentée dans plusieurs
récit d’un marin philippin méditant sur les mécanismes du événements artistiques internationaux : la documenta
commerce mondialisé depuis sa perspective de travailleur 14 d’Athènes et de Cassel (2017), la Triennale de Milan
en perpétuel exil, The Mapping Journey Project (2008-2011) (2017), la 8e Biennale de Göteborg (2015), l’Exposition
et The Constellations Series (2011), cartographie alternative internationale de la 55e Biennale de Venise (2013), la
de huit voyages forcés en Méditerranée, The Speeches Triennale, Palais de Tokyo, Paris (2012), la 18e Biennale de
Series (2012-2013), trilogie de vidéos – Mother Tongue, Sydney (2012) ou encore la 10e Biennale de Sharjah (2011).
Words on Streets et Living Labour –, faisant dialoguer
différentes formes d’appartenance : communauté Bouchra Khalili est nominée cette année pour le
linguistique, citoyenne et identification à la classe ouvrière. Guggenheim’s Hugo Boss Prize et l’Artes Mundi Prize.
En 2017, elle a reçu l’Ibsen Award, la plus importante
À travers le corpus Foreign Office, composé d’un film, d’une distinction norvégienne pour le spectacle vivant et la
série de photographie et d’une image en sérigraphie, performance. Actuellement, elle est artiste invitée au
Khalili revient sur la décennie 1962-1972, pendant laquelle Harvard’s Radcliffe Institute for Advanced Study ainsi
Alger a accueilli des mouvements de libération d’Asie, qu’au Harvard’s Film Study Center.
d’Afrique, d’Amérique latine, des États-Unis ainsi que des Précédemment, elle a été lauréate de l’Abraaj Group Art
organisations antifascistes européennes, questionnant les Prize (2014), du Sam Art Prize (2014), du DAAD Artists-in-
modalités narratives et visuelles d’une transmission d’une Berlin Program (2012), du Vera List Center for Arts and
histoire des utopies. Politics Fellowship (The New School, New York, 2011-2013),
de la Villa Médicis Hors les Murs (2010), du Videobrasil
La série de photographies Wet Feet réalisée en 2012 à Residency Award (2009), de la Bourse Image-Mouvement
Miami s’attache aux traces laissées par les déplacements (CNAP, 2008) et du prix Louis Lumière (2005).
des exilé·e·s qui ont réussi à gagner l’Amérique par la
Floride. Présentée pour la première fois à la documenta
14, The Tempest Society est une œuvre clé dans le travail de Textes de Nacira Guénif et Élisabeth Lebovici
l’artiste en ce qu’elle propose la synthèse d’une réflexion Entretien de l’artiste avec Omar Berrada
entamée de longue date autour de la question de l’égalité Éditions du Jeu de Paume
radicale et de l’art comme espace civique. 192 pages, 39 €
Le nouveau film de l’artiste, Twenty-Two Hours,
sera présenté pour la première fois en France
au Jeu de Paume. Il revient sur l’engagement de
Jean Genet auprès des Black Panthers et sur la relation Commissaires :
essentielle que l’écrivain n’a cessé de tisser dans les vingt l’artiste, Juan Antonio Álvarez Reyes et Marta Gili
dernières années de sa vie, entre poésie, émancipation
collective et solidarité envers les proscrits et les « ennemis Coproduction Jeu de Paume et le CAAC – Centro
déclaré·e·s » de l’ordre social. Andaluz de Arte Contemporáneo, Séville
11Bouchra Khalili
The Tempest Society. Film, 60 min. 2018
© Bouchra Khalili / Galerie Polaris, Paris
Bouchra Khalili
Wet Feet: Lost Boats, 2012
© Bouchra Khalili / Galerie Polaris, Paris
Bouchra Khalili
Speeches-Chapter 1: Mother Tongue. Vidéo, 25 min. 2012
© Bouchra Khalili / Galerie Polaris, Paris
12Jeu de Paume | Concorde
DOROTHEA LANGE
POLITIQUES DU VISIBLE
16 | 10 | 2018– 27 | 01 | 2019
À l’automne 2018, le Jeu de Paume présente une photographie de Lange et son engagement social. Enfin,
rétrospective consacrée à Dorothea Lange (1895- une sélection de souvenirs personnels, de planches-
1965), l’une des photographes les plus importantes contacts inédites, de notes sur le terrain, d’objets
du XXe siècle. Puisant dans les archives de historiques et de vidéos permet de replacer son travail
l’Oakland Museum of California, « Dorothea dans le contexte de cette époque difficile.
Lange. The Politics of seeing » est la première
exposition à s’intéresser à l’extraordinaire pouvoir L’exposition du Jeu de Paume aborde sous un angle
émotionnel des photographies de l’artiste et à unique une artiste américaine reconnue, qui ne cesse
présenter, sous l’angle du militantisme social et de gagner en puissance. Mettant en valeur les qualités
politique, le travail qu’elle a réalisé durant la artistiques et la force de conviction de l’artiste, elle permet
Grande Dépression, la Seconde Guerre mondiale de redécouvrir l’importance de l’œuvre de Dorothea
et dans l’Amérique de l’après-guerre. Lange.
Avec les écrits de John Steinbeck, les photographies
de Dorothea Lange figurent parmi les grandes œuvres
inspirées par des temps troublés : une image comme Mère Un catalogue est publié à l’occasion de l’exposition.
migrante prend un caractère mythique en devenant le
symbole de toute une époque.
Quand, en 1929, survient la Grande Dépression, Lange
tourne instinctivement son objectif vers les victimes de
la crise et réalise des images qui retiennent l’attention
de Paul S. Taylor, économiste du travail à l’Université
de Californie. Ensemble, ils forment rapidement un
couple qui documente, pour le compte des agences
gouvernementales du New Deal, le sort des travailleurs
chassés par la catastrophe du Dust Bowl : une partie du
Middle West, cœur agricole des États-Unis, a alors été
ravagée par la sécheresse et par de terribles tempêtes de
poussière.
Après la Grande Dépression, Dorothea Lange continue
à pratiquer la photographie et à traiter les grands
problèmes de son temps, et notamment l’incarcération
des Américains japonais pendant la Seconde Guerre
mondiale, les migrations en temps de guerre des familles
afro-américaines et hispaniques vers la Californie, le
système de justice pénale à travers le travail d’un avocat Commissaires : Drew Heath Johnson
chargé de défendre les indigents [Public Defender], ou bien et Pia Viewing
encore la destruction de l’environnement et l’urbanisation
dans l’après-guerre. Exposition organisée par le Oakland Museum of
California.
Si les images iconiques de Dorothea Lange consacrées à La présentation européenne a été co-produite par
la Grande Dépression sont connues, ses photographies le Jeu de Paume, Paris, et la Barbican Art Gallery,
de l’internement des Américains japonais n’ont été London.
publiées qu’en 2006 et sont montrées en France, pour
la première fois, à l’occasion de l’exposition au Jeu de La Banque Neuflize OBC, mécène historique du
Paume. Elles illustrent combien Dorothea Lange s’est, Jeu de Paume, et FIDAL ont choisi d’apporter leur
tout au long de sa vie, servie de ses images intimes et soutien à l’exposition « Dorothea Lange. Politiques
fascinantes pour dénoncer et tenter de changer les du visible » à Paris.
esprits.
Cette exposition a été rendue possible grâce
Près de 130 photographies sont regroupées à la contribution de la Terra Foundation
thématiquement pour mieux montrer le lien entre la for American Art.
13Dorothea Lange
Gas station, Kern County, Californie (Lettuce Strike), 1938
© The Dorothea Lange Collection, the Oakland Museum of California, City of Oakland
Dorothea Lange
Mère migrante, Nipomo, Californie, 1936
© The Dorothea Lange Collection, the Oakland Museum of California, City of Oakland
Portrait of Dorothea Lange by Paul S. Taylor
Dorothea Lange au Texas sur les Plaines, vers 1935
© The Dorothea Lange Collection, the Oakland Museum of California, City of Oakland
14Jeu de Paume | Concorde
ANA MENDIETA
LE TEMPS ET L’HISTOIRE
ME RECOUVRENT
16 | 10 | 2018 – 27 | 01 | 2019
L’exposition « Ana Mendieta » (La Havane, 1948- Energy Charge, intègre, quant à elle, le thème de l’arbre
New York, 1985) est consacrée à l’œuvre filmique de vie, cher à la mythologie antique. Anima, Silueta de
de l’artiste cubaine. Réunissant une vingtaine Cohetes a été réalisé à Oaxaca, au Mexique pendant
de films et une sélection de photographies, l’été 1976. Le film retrace, au travers d’une métaphore
l’exposition permet la découverte du plus grand poétique, le passage du temps et la transformation du
ensemble de travaux de l’artiste, jusqu’alors corps physique qui en résulte.
jamais réunis.
Dans sa pratique artistique, Mendieta utilise les quatre
Ana Mendieta est considérée comme l’une des artistes principaux éléments – la terre, l’eau, l’air et le feu – pour
les plus originales et talentueuses d’après-guerre. Les évoquer les strates de l’histoire et les superpositions de
expositions qui lui ont été consacrées récemment en sens multiples. Elle réalise, en 1978, les films Untitled :
Europe (Londres, Prague, Salzbourg, Turin ou Umea) Silueta Series, Silueta de Arena et Untitled: Silueta Series.
démontrent la puissance de sa vision artistique et Alors que Untitled: Silueta Series poursuit l’exploration du
l’influence de son travail pour les générations qui ont suivi. thème de l’arbre de vie dans l’image d’un arbre qui brûle
Grâce à son travail qui porte profondément sur l’humain, d’où surgissent par magie des mains luisantes, Silueta de
son œuvre parle avec force à un public varié, toutes Arena évoque la frontière entre le souvenir et l’expérience.
générations confondues. Untitled: Silueta Series convoque les intérêts de Mendieta
pour l’aspect ritualiste de l’art et la transformation de la
Au cours de sa brève carrière, de 1971 à 1985, Ana terre en un espace sacré. Dans Volcán (1979), l’artiste
Mendieta a produit un important corpus incluant dessins, fait de la forme du volcan une métaphore de la terre
installations, performances, photographies et sculptures. comme lieu de réconciliation et de désagrégation. Birth
Moins connue, sa production de films et de vidéos est (Gunpowder Works), de 1981, est un film merveilleusement
particulièrement remarquable et prolifique : ses 104 films graphique dans lequel la boue séchée et craquelée, ainsi
réalisés entre 1971 et 1981, font d’Ana Mendieta l’une que la lumière de l’Iowa donne naissance à un rêve de
des figures majeures dans la pratique des arts visuels magie et de puissance artistique.
multidisciplinaires. Grâce à de nouveaux documents de
recherche, l’exposition du Jeu de Paume replace l’image Les trois derniers films de l’exposition, réalisés en 1981,
en mouvement au centre de son œuvre, au travers des forment une trilogie sur la relation entre le déplacement,
thèmes abordés de manière récurrente tels que la nature, le retour et la réconciliation. Esculturas Rupestres est le
la mémoire, l’histoire et le passage du temps, souvent cycle épique de sculptures que Mendieta a taillées dans
explorés dans la relation du corps et de la terre. les parois calcaires des Cuevas de Jaruco, à La Havane.
Voyage à travers le temps réel et métaphorique, ce
L’exposition comprend Moffitt Building Piece et Sweating film marque le retour de Mendieta à Cuba et son lien
Blood, deux films réalisés en 1974, dans lesquels l’artiste avec les mythes antiques des grottes de Jaruco. Untitled
écrit, à la main, les déclarations Blood Writing and Blood se situe sur les plages de Guanabo, à La Havane.
Sign. Ils furent réalisés en réaction à l’agression sexuelle Mendieta y raconte la nostalgie pour sa terre natale et
et au meurtre, en 1973, de Sarah Ann Ottens, étudiante à le temps distendu de la séparation. Ochún est une vidéo
l’Université de l’Iowa. réalisée au large de Key Biscayne, en Floride. La figure
de la Silueta pointe vers Cuba, et l’eau entre la Floride
Au cours des années 1970, chaque été, Mendieta se et Cuba y dessine des vaguelettes. Ochún, qui doit son
rend au Mexique où elle réalise de nombreuses œuvres. nom à une déesse de Santería, transforme la douleur de
L’exposition présente Creek, Silueta del Laberinto et Burial la séparation en un sobre poème fait de couleurs, de
Pyramid, tous réalisés au Mexique à l’été 1974 et dans lumière, de mouvements et de sons.
lesquels elle définit son esthétique unique du corps-terre,
mélangeant son corps à la terre dans une exploration de
l’histoire et du souvenir. Également de 1974, le film Mirage Un catalogue est publié à l’occasion de l’exposition.
raconte symboliquement l’histoire de la séparation de
Mendieta et de sa famille, à Cuba, à travers un double
récit de la relation mère-fille.
Deux œuvres de 1975 sont présentées : Blood Inside Commissaires : Lynn Lukas et Howard Oransky
Outside et Energy Charge. La première est une étonnante
étude psychologique sur l’autonomie et la vulnérabilité, Production Katherine E. Nash Gallery, University of
menée avec une honnêteté impitoyable. La seconde, Minnesota en collaboration avec le Jeu de Paume
15Ana Mendieta
Creek, 1974. Film Super 8 , couleur, muet
© The Estate of Ana Mendieta Collection, LLC. Courtesy Galerie Lelong, New York
Ana Mendieta
Sweating Blood, 1973. Film Super 8 , couleur, muet
© The Estate of Ana Mendieta Collection, LLC. Courtesy Galerie Lelong, New York
Ana Mendieta
Anima, Silueta de Cohetes (Firework Piece), 1976. Film Super 8 , couleur, muet
© The Estate of Ana Mendieta Collection, LLC. Courtesy Galerie Lelong, New York
16PROGRAMMATION SATELLITE 11
Jeu de Paume | Satellite 11
NOVLANGUE_
SATELLITE 11
06 | 02 | 2018 – 20 | 01 | 2019
Quelques repères « NOVLANGUE_ ». Les trois
La programmation Satellite est confiée, expositions sont également présentées
chaque année, à un commissaire au CAPC et au Musée Amparo de
indépendant chargé de concevoir trois Puebla en 2018. Les expositions
expositions au Jeu de Paume. Pour la de la programmation Satellite
11e édition de cette programmation, s’accompagnent de trois publications.
le Jeu de Paume renouvelle son Chaque année, le Jeu de Paume et le
partenariat avec le CAPC musée d’art CAPC musée d’art contemporain de
contemporain de Bordeaux et s’associe Bordeaux font appel à des graphistes
à un nouveau partenaire, le Musée indépendants pour imaginer l’identité
Amparo de Puebla, Mexique. Agnès graphique des trois volumes de la
Violeau, commissaire indépendante programmation. Le graphisme de
basée à Paris, est invitée à concevoir Satellite 11 a été créé par Jérémy
cette programmation, intitulée Glâtre.
Agnès Violeau © Aurélie Haberey
« Les limites de mon langage signifient les limites de mon Cette simplification lexicale et syntaxique de la langue
propre monde. » — Ludwig Wittgenstein rend difficile voire impossible toute pensée critique.
Le paradigme du novlangue, réduit à son minimum,
À l’heure où Google œuvre à la création d’un « méta- fonctionne alors comme un langage-écran construit sur
vers », monde de demain constitué de plusieurs couches l’affect, l’idéologie, la rhétorique, la régularité absolue.
de différentes réalités, aussi bien au cœur de l’espace La langue est le point d’achoppement entre vérité et
public ou de l’intime, la langue et son usage sont plus que falsification.
jamais au centre du débat.
Pointant une distance toujours plus courte entre
En écho à un nouveau système de parole médiatique, ce l’information donnée et sa lecture, mais aussi la possibilité
« théâtre de la parole-spectacle1 » se construit à l’aube nouvelle de naviguer entre les mots et les signes,
du XXIe siècle sur une réduction du langage (Twitter), sur le « NOVLANGUE_ » tente d’ouvrir une cosmogonie
néologisme (Brexit, Frexit, réflaxion…) et la post-vérité (faits du langage, une fabrique de pensée, une forme de
alternatifs). résistance par le champ de la langue et de l’exposition.
La 11e édition de la programmation Satellite se compose Agnès Violeau
des propositions de Damir Ocko, ˇ Daphné Le Sergent et
Alejandro Cesarco, engageant la parole publique comme
outil d’individuation. Les trois expositions viennent irriguer Agnès Violeau, née en 1976, vit et travaille à Paris. Elle est
l’analyse critique d’un monde en contraction de pensée2, commissaire d’exposition et critique d’art indépendante.
offrant une hypothèse de réponse aux limites d’un Ses recherches se portent sur la fabrique de l’exposition et
discours formaté, équarri, dépouillé. les territoires langagiers.
À l’ère du virage numérique et de sa capillarité, alors que
même la parole publique, relayée par les médias, fait
usage des réseaux comme d’une agora, la question d’une
langue réduite, formatée, simplifiée refait surface. Cette 1. Christophe P. Lagier, Le Théâtre de la parole-spectacle : Jacques Audi-
berti, René de Obaldia et Jean Tardieu, Birmingham (États-Unis) Summa
mutation géopolitique n’est en effet pas sans évoquer un Publications, 2000.
paysage langagier imaginé par la littérature en 1949. 2. Pierre Bourdieu décrit en 1977 un « rapport au monde déréalisé ».
Le novlangue est la langue officielle d’Océania, région 3. Wikipedia reprend de manière libre et modifiable la définition de
fictive inventée par George Orwell dans son roman l’auteur, écrite dans le livre.
dystopique 1984. Utilisée dans l’écriture même du récit,
cette langue est définie par Wikipédia comme « un Commissaire : Agnès Violeau
principe simple : plus on diminue le nombre de mots
d’une langue, plus on diminue le nombre de concepts Expositions coproduites par le Jeu de Paume,
avec lesquels réfléchir […], moins les gens sont capables le CAPC musée d’art contemporain de Bordeaux et
de réfléchir et plus ils raisonnent à l’affect. La mauvaise le Musée Amparo de Puebla, Mexique.
maîtrise de la langue rend ainsi les […] sujets aisément
manipulables par les médias de masse tels que la Les Amis du Jeu de Paume et du CAPC contribuent
télévision3. » à la production des œuvres de la programmation
Satellite. 18Jeu de Paume | Satellite 11
DAMIR OCKO ˇ
DICTA
06 | 02 – 20 | 05 | 2018
Né en 1977 à Zagreb (Croatie), où il vit et Un catalogue est publié à l’occasion de l’exposition.
travaille, Damir Očko invite à parcourir les Coédition Jeu de Paume, CAPC musée d’art contemporain
méandres du langage et la manière dont le de Bordeaux et Musée Amparo de Puebla, Mexique.
système neurophysiologique le génère avec Bilingue français-anglais, 15 x 21 cm, 64 pages, 14 €
poésie. Ses œuvres s’inscrivent dans un corpus Également disponible au format e-pub au prix de 6,99 €
d’idées où les éléments se répondent les uns aux
autres, entre désir et carence, réel et fiction. Commissaire : Agnès Violeau
Damir Očko a fait l’objet de nombreuses expositions Exposition coproduite par le Jeu de Paume, le
personnelles, notamment au Dazibao à Montréal (2016), CAPC musée d’art contemporain de Bordeaux et
au Pavillon croate de la 56e Biennale de Venise (2015), le Musée Amparo de Puebla, Mexique.
au Künstlerhaus Halle für Kunst & Medien de Graz et au
Temple Bar Gallery & Studios à Dublin (2014), au Palais Les Amis du Jeu de Paume et du CAPC
de Tokyo à Paris (2012), à la Kunsthalle de Düsseldorf contribuent à la production des œuvres de la
(2011), au Kunstverein de Leipzig (2010), au Museum of programmation Satellite.
Contemporary Art de Zagreb (2005) ; ainsi que
collectives : à l’Austrian Cultural Forum de New York Avec le ministère de la Culture de Croatie,
(2016), au Württembergischer Kunstverein à Stuttgart l’Ambassade de Croatie en France, le Centre
(2015), à la Kunsthalle de Vienne, à la Collection Lambert National de la Danse et la Maison de
en Avignon ainsi qu’au Plateau à Paris (2014), ou encore l’Amérique Latine.
au MUDAM, Luxembourg (2013).
Le novlangue d’Orwell, qui prône une non-distanciation
avec les faits, regroupe trois classes de vocabulaire. Le
groupe B, celui de la rhétorique, de la parole politique,
est le terreau du projet proposé par Damir Očko.
L’exposition du Jeu de Paume s’articule autour du film
Dicta II (pluriel de « dictum », latin pour dicton, le terme
qualifie une vérité non remise en question). Faisant suite
à Dicta I, réalisé autour des écrits autobiographiques de
Bertolt Brecht Telling the Truth: 5 Difficulties (1934), rédigés
lorsque ce dernier s’est vu dénaturalisé par le régime
allemand, Dicta II se construit autour d’une série de mots
d’alerte. D’influence conceptuelle et dadaïste, le film
prend la forme d’un collage et regroupe un ensemble de
déclarations inaudibles et contradictoires, aussi obscures
que son image. Le film évoque le théâtre épique et la
distanciation brechtienne qui politise la conscience chez
le spectateur. Damir Očko fournit des explications sous
la forme d’apartés ou énoncés faisant du spectateur un
« regardeur éveillé », malgré une accessibilité visuelle
et sonore perturbée : l’artiste a filmé les protagonistes
derrière un groupe, de sorte que les figures des interprètes
s’entremêlent et disparaissent. Le film aborde les notions
d’entrave, d’effacement, de perte de fonction du langage,
mais aussi de mimétisme politique, et d’entertainment.
Chez Aristote le langage est instrument, il stabilise le
rapport au réel par la connaissance. Il place l’homme
dans une communauté, faisant de lui un animal politique.
Une tentative d’émancipation est ici mise en mots et en
images, offrant une définition de la langue aujourd’hui
comme acte de résistance. Dicta II dévoile une mainmise Damir Očko
ordinaire de la passivité, ouvrant la porte vers une Dicta I, 2018
possible démocratie psychique. © Damir Ocko
19Jeu de Paume | Satellite 11
DAPHNÉ LE SERGENT
GÉOPOLITIQUE DE L’OUBLI
05 | 06 – 23 | 09 | 2018
Née en 1975 à Séoul (Corée du Sud), Daphné Le de l’eye-tracking, une trajectoire de lecture proposée à l’œil
Sergent vit et travaille à Paris. Issue d’une double face à l’image virtuelle ; les Sum se tournent vers les « objets
culture, elle mène ses recherches autour des notions émotionnels », objets de communication non verbale imaginés
de schize et de déterritorialisation. Activant différents pour scénariser les affects de l’internaute, créant une nouvelle
systèmes de montage et de démontage, de cut-up rhétorique.
ou d’effacement, son travail interroge la construction
de l’identité en proposant une analyse du paysage « Géopolitique de l’oubli » met en scène une battle de signes.
frontalier comme phénomène de perception, « Dès qu’elle est proférée, la langue entre au service d’un
assimilable à un écran. Ce travail l’a conduite à pouvoir », souligne Roland Barthes. Si le novlangue cherche à
réfléchir sur la question de l’agencement et du restreindre la pensée en limitant les mots, l’image numérique se
dispositif dans la création artistique contemporaine. présente elle aussi au sein d’un large spectre de synthétisations,
Fragments de texte, dessins partitionnés, diptyques transformant le sensible en une simple valeur que l’on peut
photographiques et séquences vidéo interrogent provoquer. William Burroughs voyait dans la technique du cut-
les lignes de subjectivités qui traversent l’image et up un possible « lâcher-prise de la conscience ». Ces outils et ces
agrègent les éléments les uns aux autres. signes du post-digital semblent nous inviter à écrire notre propre
archéologie du savoir.
Invitée dans le cadre de la programmation Satellite 11,
intitulée « NOVLANGUE_ », Daphné Le Sergent présente le
second mouvement du cycle, « Géopolitique de l’oubli », qui Un catalogue est publié à l’occasion de l’exposition.
interroge la classe C du vocabulaire imaginé par George Coédition Jeu de Paume, CAPC musée d’art contemporain de
Orwell dans 1984, le langage technique, à l’heure du data Bordeaux et Musée Amparo de Puebla, Mexique.
déluge. Bilingue français-anglais, 15 x 21 cm, 64 pages, 14 €.
Également disponible au format e-pub au prix de 6,99 €
À travers « Géopolitique de l’oubli », l’artiste s’intéresse à
l’industrialisation et à l’externalisation de la mémoire à l’ère
du post-digital, imaginant deux communautés rétrofuturistes Commissaire : Agnès Violeau
fictives, les Sum et les May, où l’alphabet a été mis en place
pour libérer la mémoire humaine de la complexité du code Exposition coproduite par le Jeu de Paume, le CAPC
de l’écriture-image, fondée sur les glyphes, pictogrammes ou musée d’art contemporain de Bordeaux et le Musée
idéogrammes. L’artiste explore l’archivage numérique à partir Amparo de Puebla, Mexique.
de deux formes distinctes d’écriture : d’une part, l’écriture Les Amis du Jeu de Paume et du CAPC contribuent
cunéiforme, apparue il y a plus de 3 000 av. J.-C., inventée à la production des œuvres et des publications de la
pour mémoriser la dette et exploiter les données relatives à programmation Satellite.
cette transaction. C’est sur ce modèle que nous concevons
aujourd’hui la mémoire, en préservant l’information dans nos Avec la participation des Archives Nationales
data centers. D’autre part, l’écriture maya (VIe-IXe siècles) et du LUTIN Userlab.
qui, quant à elle, consignait les mouvements des astres à
destination des générations futures. L’écriture n’était ici pas
pensée comme capitalisation d’une chose passée, mais pour
sa capacité prédictoire. À l’heure d’une pratique neuve de
l’écriture née de l’écran, d’interactions nouvelles entre l’œil
et la main, d’une communication par photographies, gifs ou
emojis reposant sur l’image et sa stylisation, sur des modèles
et samples d’animations, quels comportements sont générés
par ce langage ? Des gestes découlent de ce traitement
de l’information, comme archiver, éditer, rassembler, copier,
fusionner.
Grâce à l’externalisation de la mémoire – le cloud – et sa
capacité de stockage infinie, cette nouvelle Babel formée par
les Sum et les May décide de se lancer dans la quête d’une
langue universelle. Chacun s’inspire alors des deux modalités
d’écriture pour transformer les images en proto-écriture, Daphné Le Sergent
par compression graphique, dans le but d’y consigner leur Projet Géopolitique de l’oubli, 2018, image d’atelier
Histoire : les May font appel aux calques et à la linéarité © Daphné Nan Le Sergent. 20Jeu de Paume | Satellite 11
ALEJANDRO CESARCO
SATELLITE 11
16 | 10 | 2018 – 27 | 01 | 2019
Né à Montevideo (Uruguay), Alejandro Cesarco
vit et travaille à New York. Son travail se déploie
sous la forme d’une série de prélèvements qui
indiquent souvent un ailleurs et un hors-champ,
rendant compte de l’expérience d’un réel dans sa
discontinuité.
Un autre trait caractéristique de sa démarche réside
en un appel récurrent d’autres artistes ou penseurs en
particulier issus de la littérature. Ainsi de James Joyce
à Roland Barthes, en passant par Maurice Blanchot ou
Italo Calvino, de Marguerite Duras à Jean-Luc Godard,
nombreux sont ceux qui apparaissent dans le travail
d’Alejandro Cesarco. Ces intrusions participent du sens de
l’œuvre en l’intégrant de manière syntaxique. Alejandro
Cesarco nous livre la matière de récits évocateurs, teintés
de mélancolie.
Parmi ses dernières expositions monographiques,
« A Portrait, a Story, and an Ending », Kunsthalle Zürich,
Suisse (2013), « Alejandro Cesarco », MuMOK, Vienne
(2012), « Words Applied to Wounds », Murray Guy, New
York (2012), « A Common Ground », Pavillon Uruguayen,
54e Biennale de Venise.
Un catalogue est publié à l’occasion de l’exposition. Coédition
Jeu de Paume, CAPC musée d’art contemporain de Bordeaux
et Musée Amparo de Puebla, Mexique. Bilingue français-
anglais, 15 x 21 cm, 64 pages, 14 €. Également disponible
au format e-pub au prix de 6,99 €
Commissaire : Agnès Violeau
Exposition coproduite par le Jeu de Paume, le
CAPC musée d’art contemporain de Bordeaux et le
Musée Amparo de Puebla, Mexique.
Les Amis du Jeu de Paume et du CAPC contribuent
à la production des œuvres de la programmation
Satellite.
Alejandro Cesarco
Avec la participation de la Maison de l’Amérique Untitled (Remembered), 2014
Latine, Paris. © Courtesy of the artist and Tanya Leighton, Berlin.
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