Et l'Obscur À l'Abbaye du Thoronet - Oliver Beer, Marc Couturier, Jean-Marc Ferrari, Julio Villani - Centre des monuments ...

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Et l'Obscur À l'Abbaye du Thoronet - Oliver Beer, Marc Couturier, Jean-Marc Ferrari, Julio Villani - Centre des monuments ...
...Et
  l’Obscur
      À l’Abbaye
      du Thoronet
   24 MAI — 22 SEPT 2019
          Une exposition
        d’art contemporain
                 avec :
      Oliver Beer, Marc Couturier,
     Jean-Marc Ferrari, Julio Villani
                                          Graphisme : © studio PDT 2019. Photos : © Étienne Revault /
                                          © Marc Tulane / Centre des monuments nationaux.

                     www.le-thoronet.fr
Et l'Obscur À l'Abbaye du Thoronet - Oliver Beer, Marc Couturier, Jean-Marc Ferrari, Julio Villani - Centre des monuments ...
Et l'Obscur À l'Abbaye du Thoronet - Oliver Beer, Marc Couturier, Jean-Marc Ferrari, Julio Villani - Centre des monuments ...
LE CENTRE DES MONUMENTS NATIONAUX ET LE PALAIS DE TOKYO PRÉSENTENT :

... ET L’OBSCUR
AVEC : OLIVER BEER, MARC COUTURIER, JEAN-MARC FERRARI, JULIO VILLANI
24 MAI - 22 SEPTEMBRE 2019
À L’ABBAYE DU THORONET

  L’abbaye du Thoronet n’a besoin de rien,          Ainsi, selon l’ordre de leur apparition dans
  ni commentaires, ni œuvres, ni moines, ni         le parcours de l’abbaye, Marc Couturier
  même visiteurs. Le jeu parfait de la lumière      dans le cloître, Julio Villani dans le dortoir
  sur les facettes vibrantes de chaque pierre       et dans l’abbatiale, Jean-Marc Ferrari dans
  de l’édifice suffit à créer une activité          la cellule de l’abbé et dans le parloir et
  optique générale qui donne raison à sa            Oliver Beer dans l’abbatiale, expriment
  présence. En absence de tout complément,          chacun un peu de ce que vécurent ici ceux
  l’architecture accomplit son projet, les          qui y priaient, croyaient, doutaient, rêvaient,
  murs, inondés de lumière, caressés                s’efforçaient de comprendre ce qui ne peut
  d’ombres, dissous par le soleil, engloutis        l’être, de prononcer ce qui ne peut être dit,
  par la nuit, sont les parois d’un instrument      de chanter ce qui ne peut être entendu.
  cosmique qui répond et célèbre chaque
  mouvement du ciel. Sans cesse l’abbaye
  prie.

  Comment ajouter les interventions de
  quatre artistes ? Comment faire pour
  que les œuvres soient présentes mais se
  retirent, comment être là sans encombrer,
  comment les glisser dans l’harmonie sans
  la fausser ? Faudrait-il que les artistes ainsi
  que le recommandait Saint Bernard aux
  moines, vivent dans les trous de la pierre
  comme dans les plaies du Christ ?

  Le parti pris de l’exposition est, que dans
  ce monument qui continue son chant,
  indifférent à la présence de ceux qui y
  vivaient comme il l’est à leur absence, les
  artistes en soient un temps la communauté
  nouvelle, et que l’exposition se consacre à
  ceux qui furent brièvement les passagers
  de ce vaisseau interstellaire.

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Et l'Obscur À l'Abbaye du Thoronet - Oliver Beer, Marc Couturier, Jean-Marc Ferrari, Julio Villani - Centre des monuments ...
LE CENTRE DES MONUMENTS NATIONAUX ET LE PALAIS DE TOKYO PRÉSENTENT :

... ET L’OBSCUR
AVEC : OLIVER BEER, MARC COUTURIER, JEAN-MARC FERRARI, JULIO VILLANI
24 MAI - 22 SEPTEMBRE 2019
À L’ABBAYE DU THORONET
« Montrer ce qui ne peut être vu, parler un langage que les mots sont impuissants à exprimer, ne rien savoir, ne rien
enseigner, ne pas dogmatiser. », extrait des textes qui composent la voie lactée qui traverse le drap brodé de Julio Villani

Marc Couturier inaugure ce parcours, avec un grand                                           Reste à savoir si ce sont ceux des membres de cette
dessin en sépia sur un fond dont le ton clair répond au                                      ancienne communauté ou les nôtres qui tissent cette nuit
miel des pierres, installé dans la perspective d’une des                                     étoilée. Quelques-uns des cercles brodés présentent des
galeries du cloître. Voici le regard confronté à ce qui                                      interruptions du trait desquelles s’échappent des fils de
n’est pas représenté mais qui advient, à ce qui n’est pas                                    laine élargissant ici et là les marges de l’œuvre jusqu’au
prononcé mais qui se lit. Les dessins du troisième jour                                      sol : descendent-ils des éléments brodés ou remontent-ils
sont un geste répété sans autre objet que d’atteindre                                        vers eux ? Qui, du drap ou du visiteur, alimente l’autre en
l’état mental dans lequel la répétition installe celui qui                                   songes ?
l’exécute et, chaque fois, se produit dans l’œil de ceux qui                                 Du titre de l’œuvre – On ne peut penser la clôture de ce qui
les regardent un effet qui déborde toute intentionnalité.                                    n’a pas de fin (1) l’artiste dit : il n’est pas seulement celui
                                                                                             de l’univers, mais un « sans fin » qu’il m’importe d’insuffler
Comme entre le travail, la méditation et l’oraison, le                                       : celui du questionnement perpétuel du sens des choses,
moine passé près d’un même lieu mille fois découvre                                          qui empêche l’adoption définitive d’un signifié unique et
par la grâce et par l’ennui une figure qui surgit d’un vieux                                 univoque. Un éloge du peu de réalité (2) de tout objet ou
mur, le regardeur, à son tour, voit se construire devant                                     concept, qui préserve intact leur potentiel d’assumer de
lui non pas dans le dessin lui-même mais à l’intérieur                                       nouveaux contours.
de sa rétine sous l’effet d’une disposition de la pensée                                     Et tandis qu’assommé par le travail du jour, se défaisant
à compléter ce qui n’est pas reconnu en recourant à un                                       des inquiétudes, des interrogations, se débrouillant des
répertoire archétypal, un paysage du troisième jour. Le                                      insistances de la chair et des exigences de l’esprit, les
troisième jour selon la Genèse : Et cela fut ainsi. La terre                                 moines assoupis enluminent le ciel de Julio Villani, en haut
produisit de la verdure, de l’herbe portant de la semence                                    de quelques marches, mais auprès de ses frères, dans sa
selon son espèce, et des arbres donnant du fruit et ayant                                    minuscule cellule, le Père Abbé s’apprête à accueillir la
en eux leur semence selon leur espèce. Dieu vit que cela                                     nuit.
était bon. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin : ce fut
le troisième jour. Dans vos yeux, votre vision intérieure,                                   Jean-Marc Ferrari a disposé deux œuvres dans le parcours
grimpent les végétaux, s’établissent les perspectives,                                       de l’abbaye, une qui célèbre le couchant et l’arrivée de
s’ouvrent les clairières et cela avec la vitalité exubérante                                 l’obscurité, c’est celle qui est installée dans la cellule du
de l’énergie à l’œuvre dans la nature, l’énergie de la                                       Père Abbé, et l’autre, dans le parloir, qui évoque l’oraison
création et l’énergie de la résurrection qui eut lieu elle                                   de celui qui désire le retour de la lumière.
aussi le troisième jour.                                                                     La première œuvre allume un peu, très peu, la minuscule
                                                                                             cellule de celui qui avait la charge de sa communauté et
Ainsi installé dans la vie spirituelle et auteur de ses                                      qui observait de sa fenêtre ou de la terrasse voisine, la
propres images, le visiteur poursuit son chemin et                                           position des étoiles et de la lune pour accorder le rythme
découvre dans le dortoir le grand ciel de Julio Villani.                                     des offices a l’heure du ciel. Une niche sur le mur latéral,
Tendu sous la voute, un drap immense historié de                                             déserté aujourd’hui de tout objet, est un creux, une grotte
broderies qui dessinent une carte céleste. De ce drap                                        minuscule, une cavité, un point origine du manque. Là,
l’artiste écrit : Il recouvre encore – comme un seul corps –                                 dans cette cavité ombreuse, l’artiste a installé un dispositif
l’ancien dortoir des moines de cette abbaye cistercienne,                                    optique sommaire qui permet au moment de la disparition
remplissant toujours son office : celui d’accueillir des                                     du jour, de maintenir sur la bougie qui bientôt charbonnera,
réflexions sur la journée passée, des projections de                                         une ultime étincelle, comme une étoile exténuée mais qui
chemins futurs, et surtout des rêves, des amas de rêves.                                     luit encore.

(1) « On ne peut penser la clôture de ce qui n’a pas de fin. La clôture est la limite circulaire à l’intérieur de laquelle la répétition de la différence se répète indéfiniment.
C’est-à-dire son espace de jeu. Ce mouvement est le mouvement du monde comme jeu » Jacques Derrida, Grammatologie, 1967. Comme souvent chez Villani, le jeu n’est
jamais bien loin…
(2) Une référence au Discours sur le peu de réalité de Jorge Luis Borges – et titre d’un croquet géant de Villani, qui prend les arcs d’une église pour arceaux du jeu.
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Et l'Obscur À l'Abbaye du Thoronet - Oliver Beer, Marc Couturier, Jean-Marc Ferrari, Julio Villani - Centre des monuments ...
Cette dernière consumation alors que la nuit gagne est                                          Les pierres arrachées dans la carrière au chevet de la
une attitude de l’artiste qui, comme l’abbé, maintient par                                      nef, calcaire dense et brutal se transforme sous l’effet
son attention, son corps, sa dévotion, un peu de lumière                                        de la voix en pur cristal proposant à l’âme une même
avant cette traversée de l’obscur. Plus loin dans une salle                                     métamorphose que celle qui se produit lors que le plain
à demie enterrée, qu’on appelle communément le parloir,                                         chant y fait sonner ses longs appuis. Irreproductible, peu
bien que ce soit peu probable, l’artiste, comme en une                                          ou mal enregistrable, seul le vif restitue la mutation de la
performance intime, après avoir veillé et peut être dormi                                       chair en corps subtil sous l’effet miraculeux de la pierre,
dans cet endroit profond, inspiré par un texte de Michel de                                     le son passant de la voix au calcaire avant d’atteindre
Certeau (3).                                                                                    ainsi modifié nos oreilles. C’est exactement ce processus
                                                                                                qu’exploite Oliver Beer, proposant à ses performeurs,
Jean-Marc Ferrari rapporte son intention : Comme d’une                                          selon une tonalité et un rythme qu’il a conçu à cet
image, je partirai de l’expérience de certains moines des                                       effet de chanter à l’intérieur des murs, dans les niches,
origines, dans les premiers temps de l’Église, aux III• et                                      anciens tabernacles ou autres. Le chanteur engage
IV• siècles. La nuit, ils se tenaient debout, dans la posture                                   alors sa tête dans l’ouverture et entre les résonnances
de l’attente. Ils étaient dressés en plein air, droits comme                                    qui jaillissent autour de lui et qui opèrent une pression
des arbres, levant les mains vers le ciel, tournés vers                                         acoustique sur sa paroi crânienne et sur ses tympans
l’endroit de l’horizon d’où devait venir le soleil du matin.                                    et celles que reçoivent les visiteurs qui voient-entendent
Toute la nuit, leur corps en désir attendait le lever du jour.                                  l’amincissement des parois de l’église, ils perçoivent dans
C’était leur prière. Ils n’avaient point de mots. Pourquoi                                      cet affinement du matériel une réalité semblable à celle
des mots ? Leur parole, c’était leur corps en travail et en                                     que décrivit le fameux spécialiste d+u chant harmonique
attente. Ce labeur du désir était leur oraison silencieuse.                                     tibétain Michel Vetter : Les murs autour de moi
Ils étaient là, simplement. Et lorsqu’au matin les premiers                                    semblaient la coquille d’un œuf, si délicate et pourtant
rayons du soleil atteignaient la paume de leurs mains,                                          si solide, comme la coquille de mon âme que, avec mon
ils pouvaient s’arrêter et se reposer. Le soleil était arrivé.                                 chant, je transformais en vibration, qui n’est autre que
C’est l’apparition de la première ombre projetée sur le                                         moi-même.(4)
sol et le mur par le corps de l’orant alors que la lumière
enfin revient et apparaît dans l’embrasure de la fenêtre qui                                    C’est là, à l’issue de ce parcours, que s’accomplit
signifie la fin de cette longue prière que montre l’artiste.                                    ce à quoi conduit ce monument, cette exposition :
Seule demeure la silhouette du corps que la première lueur                                      la transformation de soi. Les boules de cristal dans
du jour avait fait deviner. Mais la persistance de l’ombre sur                                  lesquelles Oliver Beer a emprisonné les osselets du
la pierre, alors que l’artiste épuisé par cette performance                                     tympan expriment le véhicule choisi par les cisterciens
ou le dévot par sa supplique s’est éloigné ou s’est effondré                                    pour parvenir à cette transmutation ou plutôt à cette
et se repose, soutient l’hypothèse de l’inscription définitive                                  transsubstantiation.
d’une présence dans ce lieu, par l’effet de ces exercices                                       Cela, ces opérations harmoniques de l’espace, sont
spirituels, en dépit de leur évanescence.                                                       ordonnées selon une géométrie encore mystérieuse dont
                                                                                                l’œuvre de Julio Villani suspendue à la voute du chevet
Nous voici dans la nef, après avoir été mis en alerte                                           donne la clef, une clef de miel qui tourne dans l’air et qui
par l’activité de nos visions intérieures révélée par Marc                                      appartient à chacun et qui ouvre la seule porte qui vaille.
Couturier, guidés par la carte des émotions nocturnes de                                        Vous.
Julio Villani, après avoir tenté de déjouer les inquiétudes de
la nuit avec les veilles au couchant et au levant performées                                    - Jean de Loisy
par Jean-Marc Ferrari, nous voici dans le temple, le
lieu sublime et déjà, au bout du dortoir, approchant de
l’oratorium sans encore voir la nef, déjà les voix résonnent
dans la pierre. Les mêmes qu’il y a huit cents ans les
même qu’hier.

Curieusement, Oliver Beer dont l’essentiel de l’œuvre
est sonore agit dans les cénacles d’art visuels. Sans
doute selon un paradoxe semblable à celui qui guidait
Saint Bernard pour lequel l’ouïe nous restituait la vue.
Curieusement alors que la règle vouait les moines au
silence, l’abbatiale est un corps résonnant unique au
monde comme ceux de ses deux sœurs provençales,
Sylvacane et dans une moindre mesure Sénanque.

(3) CF : Michel de Certau : la faiblesse de croire éditions du seuil 2003 ; chapitre 1 :’L’homme en prière, « cet arbre de gestes »
( 4) in le Monde Par Renaud Machart Publié le 22 juillet 2006 : Le Thoronet, un miracle sonore.                                                                3
Et l'Obscur À l'Abbaye du Thoronet - Oliver Beer, Marc Couturier, Jean-Marc Ferrari, Julio Villani - Centre des monuments ...
24 MAI - 22 SEPTEMBRE 2019

... ET L’OBSCUR
AVEC : OLIVER BEER, MARC COUTURIER, JEAN-MARC FERRARI, JULIO VILLANI
À L’ABBAYE DU THORONET

OLIVER BEER
Untitled; Silent is gold, Soprano-Stapes-Right; Silent is
gold, Alto-Malleus-Right; Silent is gold, Tenor-Incus-Right

Oliver Beer est né en 1985 au Royaume-Uni. Il a étudié
la composition musicale avant de s’intéresser aux
arts visuels à la Ruskin School of Art de l’Université
d’Oxford et à la théorie du cinéma à la Sorbonne à Paris.
Sa personnalité et sa formation à la fois musicale et
artistique ont suscité chez lui un intérêt précoce pour la
relation entre son et espace, et notamment entre voix et
architecture. Il réalise des sculptures, des installations et
des vidéos qui incarnent cette relation subtile et traduit
ses recherches en performances immersives fascinantes
où le son vient transformer les objets et les sites
architecturaux. Avec et aux côtés de son travail sonore,
Oliver Beer crée de subtiles œuvres multidisciplinaires,
                                                                Oliver Beer à la Galerie Thaddaeus Ropac © Benjamin Westoby
dont l’origine semble parfois biographique, mais dans
lesquelles il joue avec des préoccupations universelles, et
souvent intimes, en s’appuyant sur des émotions et des
perceptions communes.

Les œuvres d’Oliver Beer ont fait l’objet de nombreuses
projections et expositions personnelles et collectives,
notamment au Centre Pompidou, au Château de
Versailles et à la Fondation Louis Vuitton, à Paris ;
au Musée d’Art Contemporain MAC, à Lyon ; à l’Ikon
Gallery, à Birmingham ; à Modern Art Oxford ; à WIELS,
à Bruxelles et au MoMA PS1, à New York. Beer a
également effectué des résidences au Palais de Tokyo,
au Watermill Center, à la Fondation Hermès et à l’Opéra
de Sydney. En 2018, il était l’un des artistes phares
de la 21e Biennale de Sydney. En 2019, Oliver Beer
créera une nouvelle installation sculpturale et sonore          Silence is Golden: Bass – Malleus Incus Stapes – Left (B-MIS-L),
pour le Metropolitan Museum, à New York. Cette pièce            2013 © Oliver Beer
incorporera des objets panhistoriques et transculturels
choisis dans la collection encyclopédique du Musée.

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Et l'Obscur À l'Abbaye du Thoronet - Oliver Beer, Marc Couturier, Jean-Marc Ferrari, Julio Villani - Centre des monuments ...
24 MAI - 22 SEPTEMBRE 2019

... ET L’OBSCUR
AVEC : OLIVER BEER, MARC COUTURIER, JEAN-MARC FERRARI, JULIO VILLANI
À L’ABBAYE DU THORONET

MARC COUTURIER
Dessin du troisième jour

Né en 1946, Marc Couturier est un artiste français dont
le travail est le fruit d’une attention poétique et singulière
au monde. Ses œuvres, principalement sculpturales, se
situent au croisement d’une double filiation : entre le
pouvoir d’évocation du symbolisme et la rigueur formelle
du Minimalisme. Son travail a été notamment exposé au
Centre Pompidou, au Musée de la Chasse et de la Nature
à Paris, au MUDAM au Luxembourg ainsi qu’à la Mizuma
Art Gallery de Tokyo.
Autodidacte, Marc Couturier ne vient à l’art que
tardivement, à l’âge de trente-huit ans. C’est lors de
la première Biennale de Belfort en 1985 que l’artiste
expose pour la première fois sa Barque de Saône (1985),
quelques années avant d’être enfin révélé au grand
public lors de l’exposition mythique du Centre Pompidou,
Les Magiciens de la Terre, en 1989. Première occurrence
de sa série emblématique de barques évoquant celles
des passeurs de la Saône, l’installation fait léviter une
embarcation trouvée et remplie d’eau au-dessus du sol.
L’œuvre pose les bases d’un art empreint de mystère et
de spiritualité, d’attention à l’objet tout autant qu’ouverte
à de multiples interprétations.

                                                                 Autoportrait à la chambre bleue d’Iris, 2018 © Marc Couturier, courtesy
                                                                 Galerie Laurent Godin, 2018

Vue d’exposition à l’IAC, Villeurbanne, 2017
(Paysages Cosmogorphes, collection du FRAC
Auvergne) © Blaise Adilon, courtesy Galerie
Laurent Godin

                                                                                                                                           5
Et l'Obscur À l'Abbaye du Thoronet - Oliver Beer, Marc Couturier, Jean-Marc Ferrari, Julio Villani - Centre des monuments ...
24 MAI - 22 SEPTEMBRE 2019

... ET L’OBSCUR
AVEC : OLIVER BEER, MARC COUTURIER, JEAN-MARC FERRARI, JULIO VILLANI
À L’ABBAYE DU THORONET

JEAN-MARC FERRARI
au couchant; au levant

Ancien directeur de l’école d’art d’Avignon, Jean-Marc
Ferrari, né en 1951, vit et travaille près d’Avignon. Sa
pratique artistique est traversée par la question de
l’effondrement de l’amour. Parmi ses œuvres récentes, on
peut citer l’installation en deux volets, conçue avec Estelle
Delesalle et intitulée De Amore : la fabrique des cœurs
brisés, l’ermitage des consolations pour la Nuit Blanche à
Paris en 2016.

Pour le Parloir des ténèbres qu’il présentera au Thoronet,
Jean-Marc Ferrari puise son inspiration dans différentes
sources :

« Comme d’une image, je partirai de l’expérience de
certains moines des origines, dans les premiers temps
de l’Église, aux III et IV siècles. La nuit, ils se tenaient
debout, dans la posture de l’attente. Ils étaient dressés
en plein air, droits comme des arbres, levant les mains
vers le ciel, tournés vers l’endroit de l’horizon d’où devait
venir le soleil du matin. Toute la nuit, leur corps en désir
attendait le lever du jour. C’était leur prière. Ils n’avaient
point de mots. Pourquoi des mots? Leur parole, c’était
leur corps en travail et en attente. Ce labeur du désir
était leur prière silencieuse. Ils étaient là, simplement.
Et lorsqu’au matin les premiers rayons du soleil
atteignaient la paume de leurs mains, ils pouvaient
s’arrêter et se reposer. Le soleil était arrivé. »
Michel de Certeau                                                Autoportrait de l’artiste © Jean-Marc Ferrari

« C’est que l’obscurité nous mène vers le jour, à la clarté
qui rend la vision possible et les choses visibles, à la
lumière naissante qui détache les formes du noir et ne
retient de la nuit que la trace mobile qui double et
accompagne les corps, suivant le déroulement des
heures, à la lumière du jour qui nous fait réfléchir dès
qu’apparaît la première ombre, « la première ombre » à
laquelle Dante reconnaissait le lever du soleil, le grand
mont du Purgatoire se dessinant alors sur la Terre. »
Agnès Minazzoli

                                                                                                                 6
Et l'Obscur À l'Abbaye du Thoronet - Oliver Beer, Marc Couturier, Jean-Marc Ferrari, Julio Villani - Centre des monuments ...
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... ET L’OBSCUR
AVEC : OLIVER BEER, MARC COUTURIER, JEAN-MARC FERRARI, JULIO VILLANI
À L’ABBAYE DU THORONET

JULIO VILLANI
Né en 1956 au Brésil, Julio Villani vit et travaille à São
Paulo et à Paris, où il s’établit dans les années 80, après
des études en arts plastiques à la FAAP, São Paulo,
Watford School of Arts, Londres et ESNBA, Paris.
Son double parcours se reflète dans la liste de ses
expositions, qui se succèdent d’un côté et de l’autre de
l’Atlantique : MAM et Musée Zadkine, Paris ; Pinacothèque
et MAM, São Paulo; Musée Reina Sofia, Madrid,
Fondation Ludwig, Aix-la-Chapelle, Museo del Barrio,
New-York.
Son œuvre, prolixe et protéiforme (peinture, dessins
brodés, vidéo, collages, assemblages), est construite dans
une infinité de métaformes autour de thèmes liés au
déplacement, à l’instabilité, aux mondes infinis et sans
frontières qu’offrent la vie et l’imaginaire. Adoptant tour
à tour la géométrie ou les outils de l’enfance, nourrie de
références, elle questionne perpétuellement le sens des
mots et des choses, guète la parcelle d’inattendu enfouie
dans le mille-fois-vu. Car objets usuels et rêverie sont pour
Villani l’endroit et l’envers d’une même réalité, comme les
deux faces d’une broderie.
Il n’est pas surprenant qu’il ait choisi cette technique pour
la réalisation du drap qui maintenant recouvre le dortoir
de l’abbaye du Thoronet.

                                                                Trouble dissociatif (volontaire) de l’identité © Julio Villani, Atelier | Paris, Juin 2018.

© Julio Vilani                                                                                                                                                7
Et l'Obscur À l'Abbaye du Thoronet - Oliver Beer, Marc Couturier, Jean-Marc Ferrari, Julio Villani - Centre des monuments ...
L’ABBAYE DU THORONET

Avec ses « sœurs », Silvacane et Sénanque, l’abbaye du
Thoronet est l’une des trois abbayes cisterciennes de
Provence. En 1136, un groupe de moines quitte l’abbaye
de Mazan en Ardèche pour fonder un monastère, qu’ils
bâtiront 15 ans plus tard près de Lorgues, en un lieu
boisé entre le coude d’une petite rivière et une source.
L’édification débute en 1160 et se prolonge jusque 1230.
Au début du XIIIe siècle, le monastère abrite une vingtaine
de moines et quelques dizaines de frères convers.

Moins de deux siècles plus tard, le déclin de l’abbaye est
déjà entamé. En 1660, le prieur signale la nécessité de la
restaurer. En 1699, on déplore fissures et effondrement
des toitures, portes rompues et fenêtres délabrées. En
1790, sept moines âgés y résident encore. La disparition
de l’abbaye menace lorsque Prosper Mérimée (inspecteur
général des monuments historiques) la sauve en la
signalant à Révoil, architecte des monuments historiques.
La restauration débute en 1841 pour ne plus cesser.
L’État achète progressivement le site à partir de 1854.

L’abbaye du Thoronet exprime l’essence même de l’art
cistercien fait de dénuement extrême, de pureté des
lignes, de simplicité de volumes essentiellement dictés
par l’organisation de la vie communautaire. À ce titre,
elle a inspiré des générations d’architectes, comme
en témoigne Fernand Pouillon dans son roman Les
Pierres sauvages. Avec Les leçons du Thoronet, un grand
architecte contemporain (Eduardo Souto de Moura,
Patrick Berger...) est invité chaque année à mener une         © Philippe Berthé/CMN
réflexion sur les bâtiments et à réaliser une intervention
réversible. Le lieu inspire nombre d’architectes et parmi
eux Le Corbusier qui visite le site en 1953 : « À l’heure du
«béton brut», bénie, bienvenue et saluée soit, au cours de
la route, une telle admirable rencontre. »

L’église du Thoronet est bâtie sur un plan en forme de
croix latine, son tracé correspond au principe du nombre
d’or. Ce dernier était l’une des manières des bâtisseurs
d’exprimer leur foi à l’époque romane. Il servait à donner
des proportions harmonieuses à leurs constructions. Les
proportions de l’église sont à l’origine de son acoustique
exceptionnelle, celle-ci étant particulièrement propice à
l’exécution du chant grégorien.

L’abbaye du Thoronet est gérée, restaurée et ouverte au
public par le Centre des monuments nationaux.

                                                               © Philippe Berthé/CMN

                                                                                       8
LE CENTRE DES MONUMENTS NATIONAUX                                   LE PALAIS DE TOKYO

Sites archéologiques de Glanum et de Carnac, abbayes                Effervescent, audacieux et pionnier, le Palais de Tokyo est
de Montmajour et du Mont-Saint-Michel, châteaux d’If et             le lieu vivant des artistes d’aujourd’hui. Il est également
d’Azay-le-Rideau, domaine national de Saint-Cloud, Arc de           le plus grand centre de création contemporaine en
triomphe ou encore villas Savoye et Cavrois constituent             Europe, et un espace d’expositions unique en son genre.
quelques-uns des 100 monuments nationaux, propriétés                Friche rebelle aux allures de Palais, anti-musée en
de l’Etat, confiés au Centre des monuments nationaux.               métamorphose permanente, le Palais de Tokyo tient Paris
Premier opérateur public, culturel et touristique avec              en éveil depuis 2002. À la fois accessible et exigeant,
plus de 10 millions de visiteurs par an, le Centre des              généreux et pointu, chaleureux et radical, poétique
monuments nationaux conserve et ouvre à la visite des               et transgressif, il est un territoire d’apprentissage,
monuments d’exception ainsi que leurs parcs et jardins.             d’expériences, d’émotions et de vie ; un territoire d’où
Ils illustrent, par leur diversité, la richesse du patrimoine       jaillit l’inattendu.
français.                                                           Porté par la volonté de changer notre vision de l’art, le
                                                                    Palais de Tokyo nous invite à devenir les témoins des
S’appuyant sur une politique tarifaire adaptée, le CMN              audaces de notre époque et à vivre l’expérience de l’art
facilite la découverte du patrimoine monumental pour                en train de se faire, sous toutes ses formes.
tous les publics. Son fonctionnement repose à plus de
85 % sur ses ressources propres issues notamment de                 Cette exposition s’inscrit dans le contexte plus large
la fréquentation, des librairies-boutiques, des locations           d’hors-les-murs organisés depuis 2013. Ce programme
d’espaces ou encore du mécénat. Fondé sur un système                du Palais de Tokyo a donné lieu à plusieurs projets à
de péréquation, le Centre des monuments nationaux est               l’étranger et en France : en parallèle de la Biennale de
un acteur de solidarité patrimoniale. Les monuments                 Lyon (2013 et 2015), avec le MoMA PS1 et le Stedelijk
bénéficiaires permettent la réalisation d’actions culturelles       Museum (2014), pendant Art Basel Hong Kong et à
et scientifiques sur l’ensemble du réseau, rejoint                  Shanghai (2015), au ICA Singapore au moment de Art
récemment par des sites confiés par d’autres opérateurs :           Stage Singapore (2016), à Zürich, pendant la biennale
la villa Kérylos (propriété de l’Institut de France), la chapelle   d’art contemporain MANIFESTA 11 (2016), la Nuit
de Berzé-la-Ville (Académie de Mâcon), le musée Ochier              Blanche à Paris (2016), à Athènes, en parallèle de la
(Ville de Cluny), l’ensemble Cap-moderne (Conservatoire du          Documenta 14 (2017), en Auvergne avec Le Centre des
Littoral). Par ailleurs, le CMN travaille actuellement avec la      monuments nationaux (2017) ainsi qu’au Château de
ville de Saint-Ouen à l’élaboration d’un projet scientifique        Versailles (2017) ou encore - en partenariat avec l’Institut
pour l’avenir de son château et restaure et mène les                français - à Chicago, à l’occasion d’EXPO CHICAGO (2017)
projets d’ouverture au public de l’Hôtel de la Marine pour          et à Gwangju à l’occasion de la Biennale (2018).
2020 et du château de Villers-Cotterêts à l’horizon 2022.

Enfin, en 2014, le CMN a souhaité s’affirmer comme tête             www.palaisdetokyo.com
de file dans le numérique appliqué à l’univers patrimonial.
En créant son Incubateur du patrimoine en 2018, il a
réaffirmé sa volonté d’être au plus près de l’innovation.

www.monuments-nationaux.fr

CES EXPOSITIONS SONT PRÉSENTÉES À L’INVITATION DU                   AVEC LE SOUTIEN DE

                                                                                                                               9
Contacts & informations

PALAIS DE TOKYO
                                          Informations pratiques
COMMUNICATION                             Abbaye du Thoronet
Directrice de la communication            83340 Le Thoronet
Natascha Jakobsen                         Tél. : +33 (0)4 94 60 43 96

Directrice adjointe de la communication   Du 1er avril au 30 septembre : 10h-18h30
Dolorès Gonzalez                          Du 1er octobre au 31 décembre : 10h-13h / 14h-17h00
                                          Ouvert tous les jours

                                          TARIFS
CENTRE DES MONUMENTS
NATIONAUX                                 Plein tarif : 8€
                                          Tarif réduit : 6,5€
                                          Tarif groupe (à partir de 20 personnes) : 6,5€
                                          Tarif groupe scolaire : 30€
COMMUNICATION
                                          Gratuité : Moins de 18 ans (en famille et hors groupes
Responsable de la communication           scolaires) ; 18 - 25 ans (ressortissants de l’Union Européenne
Camille Boneu                             et résidents réguliers non-européens sur le territoire de l’Union
                                          Européenne) ; Personne handicapée et son accompagnateur ;
CONTACT PRESSE                            Demandeur d’emploi, sur présentation d’une attestation de
                                          moins de 6 mois ; Carte Culture - Carte ICOM ; Pass Education
Maddy Adouritz
maddy.adouritz@monuments-nationaux.fr
+33 (1) 44 61 22 45

                                                                                                    10
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