Harry Potter : aussi magique sur papier que sur grand écran ?

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Publié le 26 avril 2020 (Mise à jour le 1/05)
Par Sophie Esposito

Harry Potter : aussi magique sur
papier que sur grand écran ?
Chaque mardi, TF1 diffuse les films Harry Potter. Prochaine diffusion mardi 28
avril : Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban, l’un des meilleurs !

Les 7 tomes de Harry Potter ont été adaptés en 8 films. Les sorties ont été étalées
sur dix ans. 58 millions de petits et grands spectateurs se sont rués dans les salles
obscures françaises, émerveillés par les sortilèges et les combats contre les
« Forces du mal ». Peut-on affirmer que la saga est une bonne adaptation
littéraire au cinéma ? Meilleures que celles de JRR Tolkien ou Stephen King si l’on
en croit les questionnaires anglais et la réception critique des principaux sites de
cinéphiles.

Alors bien sûr, tout va un peu trop vite et si on les compare aux romans de J. K.
Rowling, les personnages des films semblent à peine esquissés et les intrigues
expédiées. Les plus grosses coupes concernent la vie de l’école (les cours, les
examens, les repas) et chaque film apparaît comme un résumé qui concentre
essentiellement l’action et les scènes clés. Mais malgré les frustrations naturelles
des lecteurs passionnés, rien de scandaleux. La magie du grand écran opère
quand même. Probablement en raison des décors époustouflants, des effets
spéciaux extraordinaires, d’une musique emblématique subtile et immersive
composée par John Williams et surtout des acteurs justes et touchants.

Daniel Radcliffe joue Harry Potter, Emma Watson Hermione Granger et Rupert
Grint Ron Weasley. Le casting des seconds rôles, fondamental, est très réussi
avec Maggie Smith, Alan Rickman, Gary Oldman, Helena Bonham Carter, Ralph
Fiennes ou encore Michael Gambon. Tandis que la permanence des acteurs est un
atout majeur de l’adaptation, des cinéastes très différents se succèdent derrière
la caméra : Chris Columbus, Alfonso Cuaron, Mike Newell, David Yates.
Aujourd’hui encore, la franchise adaptée des livres de J.K. Rowling continue de
hanter les salles de cinéma avec une autre saga : Les Animaux fantastiques. La
magie n’est pas prête de s’arrêter !

L’adaptation la plus lucrative du cinéma
L’adaptation a généré 7,68 milliards de dollars dans le monde, ce qui en fait la
franchise la plus lucrative de l’histoire du cinéma, devant les James Bond et la
saga Star Wars.

Le tournage du premier film commence alors que l’écriture de l’histoire est
inachevée. L’auteure intervient alors régulièrement auprès des équipes de
production du film pour éviter les contradictions et faire en sorte que ni l’œuvre
écrite, ni l’œuvre filmée ne soient discréditées. Elle exige par exemple que
chaque livre corresponde au moins à un film et que la série ne soit pas condensée
et raccourcie.

Elle insiste aussi pour que le rôle principal soit tenu par un Anglais (quitte à
perdre Steven Spielberg à la réalisation) et demande à valider le choix de tous les
acteurs. Ceux-ci, la fine fleur des comédiens britanniques, vont interpréter leurs
personnages d’un bout à l’autre de la saga. Presque intégralement. Pour le jeune
public, l’opportunité de voir évoluer les héros (et la possibilité de grandir avec
eux) fonctionne d’autant mieux dans l’adaptation sur grand écran. Figurés et
incarnés, les personnages de cinéma permettent une réelle identification. Daniel
Radcliffe (Harry Potter), Emma Watson (Hermione Granger), et Rupert Grint (Ron
Weasley) ont seulement 11 ans au début du tournage et plus de 20 ans à la fin.
Pour de nombreux spectateurs, ils sont devenus des repères, des modèles, de
vrais héros.

Un évènement cinématographique
En 2001, l’adaptation d’Harry Potter à l’école des sorciers au cinéma est un
événement : Terry Gilliam ou Steven Spielberg ont bien failli la réaliser, mais ce
sera finalement Chris Columbus (qui a écrit le scénario de Gremlins, produit par
Spielberg), qui s’en chargera. Sous haute surveillance, le réalisateur de Madame
Doubtfire et Maman, j’ai raté l’avion est chargé d’emmener le public dans
l’univers de Poudlard, et de lui présenter soigneusement les règles et les héros de
cette future saga magique. Très fidèle au roman, trop sans doute, Harry Potter à
l’école des sorciers n’est pas l’épisode préféré des fans, mais il demeure l’un des
plus importants.

En 2002, toute l’équipe rempile pour Harry Potter et la Chambre des Secrets,
dans la lignée directe du premier épisode. Harry, Ron et Hermione affrontent à
nouveau le retour inévitable de Voldemort et explorent l’adversité menaçante des
mystères de Poudlard, dans une aventure perçue comme l’une des plus faibles de
la saga. Sans doute en raison d’une intrigue trop étirée (2h30) et un sentiment de
répétition après le premier film. Malgré les décors grandioses et le fracas des
effets spéciaux, ça ressemble parfois à une interminable séance de jeu vidéo. Ce
deuxième épisode joue un rôle central mais reste l’un des opus les moins
mémorables.

Le prisonnier d’Azkaban, le meilleur
Souvent considéré comme l’un des meilleurs épisodes, voire le meilleur, Harry
Potter et le prisonnier d’Azkaban (2004) marque un premier tournant dans la
saga fantastique. Finie l’enfance : Harry, Hermione et Ron entrent dans
l’adolescence et ses troubles, et avec eux, la série évolue. Dans ce volet envoûtant
on salue la patte d’Alfonso Cuaron, le cinéaste mexicain oscarisé depuis pour
Gravity. Moins académique. Plus inventif. La chronologie est chamboulée.
L’aventure devient plus sombre, plus sérieuse, et l’ambiance glisse vers quelque
chose de plus inquiétant. Plus intime, poétique et plus abstraite aussi. La palette
de couleurs vire au bleu et au noir et Harry Potter 3 reste l’un des épisodes les
plus aboutis visuellement.

En 2005, Harry Potter et la coupe de feu marque un autre tournant dans la saga :
Voldemort est bel et bien de retour et il n’est pas là pour rigoler. La mort brutale
d’un personnage signale que la franchise bascule définitivement vers quelque
chose de plus sombre. Réalisé par le polyvalent Mike Newell (Donnie Brasco,
Quatre mariages et un enterrement), La Coupe de feu s’éloigne du livre et explore
plus frontalement l’aspect « teen movie » (cinéma pour adolescents), en suivant
les émois et les amours contrariées de Harry, Hermione et Ron. Tiraillé entre
l’humour et la magie d’une jeunesse encore présente et le passage à l’âge adulte,
le résultat composite n’est pas toujours très harmonieux, mais ce quatrième
épisode reste étrange et remarquable.

Le retour de Voldemort
À partir de Harry Potter et l’Ordre du Phénix, en 2007, la saga est réalisée par
David Yates, jusqu’à son grand final – et le cinéaste continue actuellement avec
l’univers des Animaux fantastiques. Un choix qui assure une certaine cohérence
et créé une harmonie entre ces quatre derniers opus. Moins subtil, plus
spectaculaire et hollywoodien, L’Ordre du Phénix est sans conteste un épisode
efficace et solide. Poudlard est gangrené par le fascisme. Harry et ses amis vont
entrer en résistance politique. Dolorès Ombrage (excellente Imelda Staunton)
apparaît comme l’une des antagonistes les plus marquantes et la disparition de
Sirius Black (Gary Oldman) à cause de l’incroyable Bellatrix (Helena Bonham
Carter) frappe un grand coup les fans. À partir de ce cinquième volet, plus
personne ne peut le nier: en même temps que notre héros perd le contrôle,
Voldemort est de retour.

Le monde commence à prendre des couleurs sombres dans Harry Potter et le
Prince de Sang-Mêlé en 2009. Le sorcier à lunettes prépare sa bataille contre son
ennemi juré, avec l’aide de Dumbledore. Le mystère Voldemort se dévoile peu à
peu, et se dessine alors la mission infernale de Harry, Ron et Hermione. Le
sixième épisode de la saga consacre momentanément la victoire du « teen-movie »
sur « l’héroïc-fantasy », racontant le bouillonnement hormonal des jeunes
magiciens. Mais il marque aussi une autre étape dans l’aventure, avec la
disparition d’un des personnages les plus importants. Si les feux de l’amour
tourmentent les cœurs des héros, ce n’est qu’une transition (drôle ou mièvre,
c’est selon) pour mieux préparer l’affrontement final contre On-Sait-qui.

Une conclusion spectaculaire
En 2010, c’est la dernière ligne droite pour Harry Potter et ses amis. Alors que le
pouvoir de Voldemort s’étend et que le monde devient un vaste champ de bataille,
le trio part à la recherche des derniers horcruxes (objets maléfiques),
indispensables pour tuer le Seigneur des ténèbres. Un road-movie désespéré pour
des héros désormais seuls au monde, sans autre option que de croire en eux pour
avancer. Sur les ruines d’une adolescence fanée, le mélancolique Harry Potter et
les Reliques de la mort (partie 1) souffre d’un rythme bancal, puisque le dernier
tome de J.K. Rowling a été coupé en deux parties pour étirer la lucrative saga.
Mais il lance l’ultime compte à rebours vers le commencement de la fin. A moins
que ce soit l’inverse ?

En 2011, avec la deuxième partie des Reliques de la mort, la fin est enfin là et
c’est la lutte finale. Au terme de huit films, Harry Potter affronte Voldemort dans
son ultime aventure. Difficile d’être à la hauteur d’un tel succès, de telles
attentes, mais David Yates y parvient en offrant une conclusion spectaculaire…
qui consacre aussi notre admiration pour feu l’acteur Alan Rickman, ensorcelant.
Pour Daniel Radcliffe, Emma Watson et Rupert Grint, alias Harry, Hermione et
Ron, c’est le dernier tour de piste ! Adieu.

Adieu vraiment?
Dans cet adieu aux personnages, il faudrait y voir le deuil de l’enfance de toute
une génération. Or, il est impossible d’imaginer J.K. Rowling laisser ses fans
orphelins vu son fabuleux talent pour les avoir émus et transportés pendant dix
années, pour avoir autant marqué l’imaginaire contemporain avec ce monde
merveilleux qui double le nôtre ! Bien plus qu’une fiction, c’est un univers étendu,
idéal, iconique, mythique qu’elle a créé et qui – pour l’instant -réussit encore à
survivre à sa propre fin.

A voir:

Mardi 28 avril, Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban sur TF1 à 21h.

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