La longue marche et le chemin de croix - Martin Wincler - Érudit

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La longue marche et le chemin de croix - Martin Wincler - Érudit
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L'Inconvénient

Critique - Séries télé

La longue marche et le chemin de croix
Martin Wincler

Number 63, Winter 2016
L’Amérique et nous

URI: https://id.erudit.org/iderudit/80614ac

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Publisher(s)
L'Inconvénient

ISSN
1492-1197 (print)
2369-2359 (digital)

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Wincler, M. (2016). La longue marche et le chemin de croix. L'Inconvénient,
(63), 54–57.

Tous droits réservés © L’inconvénient, 2016                                   This document is protected by copyright law. Use of the services of Érudit
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La longue marche et le chemin de croix - Martin Wincler - Érudit
Séries télé

la longue marche
 et le chemin de croix
                                                     Martin Winckler

                                                  rique, par quelles séries sont-elles        pour rien au monde, et cela, depuis le
     La longue marche :                           représentées de manière cohérente et        premier épisode. Je l’ai signalée dans
          Longmire                                régulière à la télévision ? Entre 1990      l’une de mes premières contributions à
                                                  et 1995, la très poétique et gentiment      L’Inconvénient, mais ça date un peu, alors
Depuis les années 50 (Amos ’n’ Andy,              satirique Northern Exposure (Bienve-        je vous rafraîchis la mémoire. Créée par
1951-1953), mais surtout depuis les               nue en Alaska) transplantait un jeune       les scénaristes Hunt Baldwin et John
années 90, un grand nombre de produc-             médecin juif new-yorkais, Joel Fleisch-     Coveny (ils avaient travaillé auparavant
tions télévisées ont pour personnages             man (Rob Morrow), dans une ville            sur l’excellente The Closer, avec Kyra
principaux des familles afro-américai-            imaginaire d’Alaska, Cicely. Le nouvel      Sedgwick) pour la chaîne américaine
nes (la page « Black Sitcom » de Wiki-            arrivant y faisait la connaissance d’une    A&E, c’est l’adaptation d’une série de
pédia en recense 163). À l’heure où je            communauté hétéroclite, parmi laquelle      romans noirs (une douzaine jusqu’ici)
vous parle, sur Fox et ABC, le mélodra-           des membres de la nation tlingit, en        signés Craig Johnson. Elle conte sur un
me Empire et la comédie Black-ish enta-           particulier Ed Chigliak, jeune autoch-      ton mélancolique et désabusé les en-
ment leur deuxième saison. Black-ish est          tone féru de cinéma qui rêve de devenir     quêtes que mènent de nos jours dans le
la chronique hilarante d’une famille de           le prochain Spielberg, et la flegmatique    comté imaginaire d’Absaroka, au Wyo-
la classe moyenne dont le père cherche            Marilyn Whirlwind, qui, de son propre       ming, le shérif Longmire et ses depu-
à retrouver ses racines et son identité           chef, devient l’assistante du nouveau       ties. Walt Longmire est un fantassin de
dans une société plus tolérante que celle         médecin de Cicely. Plusieurs épisodes       l’investigation. Il doit souvent parcourir
qu’ont connue ses parents. En 2015,               de cette belle série, aujourd’hui dis-      des dizaines de kilomètres en voiture –
ABC mettait aussi à l’antenne Fresh               ponible en DVD, se nourrissaient de         et marcher beaucoup dans les bois ou la
Off the Boat, les aventures d’une famille         l’imaginaire et des légendes des Pre-       neige – pour résoudre les énigmes qu’on
américaine originaire de Taïwan qui,              mières Nations du Nord-Ouest. Mais          lui soumet. Et les victimes sur lesquelles
après avoir quitté le quartier chinois de         après Northern Exposure, on n’a plus vu     il se penche sont, le plus souvent, des
Washington, D.C., ouvre un restaurant             d’Amérindiens sur les écrans cathodi-       gens modestes : une strip-teaseuse, un
à Orlando (Floride). Et depuis deux               ques, sinon de manière anecdotique.         fermier, un prisonnier libéré sur paro-
ans, l’une des séries-vedettes du réseau               En septembre 2015, lorsque Netflix     le, un jeune Amérindien qui a fui sa
CW, Jane the Virgin, a pour héroïne une           s’est mis à diffuser Longmire, le paysage   famille d’accueil. Le meilleur ami de
jeune femme latino-américaine encein-             a changé.                                   Walt, Henry Standing Bear, patron du
te après avoir été inséminée par erreur.               J’aime beaucoup Longmire, c’est une    Red Pony où le shérif va boire sa bière le
    Mais les Premières Nations d’Amé-             des quelques séries que je ne raterais      soir, est membre de la nation cheyenne.

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Longmire

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Et le comté d’Absaroka est le territoire       de diffusion, A&E décida d’annuler la           suis tourné vers un récent documentaire
de son peuple.                                 commande d’épisodes supplémentaires.            qui saisit le problème à bras-le-corps.
     Dès le tout premier épisode (le scé-      C’était d’autant plus regrettable que la        Il s’agit de Reel Injun – On the Trail of
nario a reçu une nomination pour un            saison se terminait sur un cliffhanger.         the Hollywood Indian (2011) du cinéas-
Edgar Award, prestigieuse récompense           Quelques semaines plus tard, Netflix            te Neil Diamond (de la nation crie).
remise par les Mystery Writers of Ame-         annonçait qu’il en commandait une               Coproduit par la CBC et récipiendaire
rica), on sait que Longmire est ce que la      quatrième et, tel le guerrier fantôme qui       entre autres d’un Gemini de l’Académie
télévision a de plus riche à offrir : c’est    hante les saisons 2 et 3, Longmire rena-        canadienne du cinéma et de la télévision
à la fois un western – genre qu’on dit         quit de ses cendres.                            et d’un Peabody Award, le Pulitzer de la
sans cesse enterré et qui n’en finit pas           Peu avant que Netflix mette dix             télévision américaine, ce film retrace la
de renaître –, une série noire furieuse-       nouveaux épisodes à la disposition de           longue marche des Premières Nations à
ment bien écrite et une œuvre réaliste,        ses abonnés, j’avais commencé la lecture        travers la jungle du celluloïd hollywoo-
respectueuse de la réalité sociologique        d’un livre passionnant et éprouvant :           dien, depuis le légendaire et désastreux
et humaine du milieu qu’elle décrit.           L’Indien malcommode (The Inconvenient           Stagecoach ( John Ford, 1939) jusqu’à
     La série est habitée par d’excellents     Indian) de l’écrivain autochtone Tho-           l’avènement du cinéma autochtone in-
comédiens – à commencer par Robert             mas King. Cet essai historique décrit           dépendant avec, en 1998, Smoke Signals
Taylor dans le rôle de Walt et Lou Dia-        avec minutie le traitement qu’ont subi          de Chris Eyre (Cheyenne/Arapaho) et,
mond Phillips, remarquable, dans celui         (au Canada comme aux États-Unis) les            en 2001, Atanarjuat: The Fast Runner
de Henry – et magnifiquement servie            Premières Nations depuis l’installation         de Zacharias Kunuk (Inuit). Il rappelle
par des décors naturels : le tournage se       des Européens en Amérique. Au début             en passant les westerns « blancs » qui
déroule dans plusieurs petites villes du       du deuxième chapitre, King (citoyen             donnèrent des rôles de premier plan à
Nouveau-Mexique. Et, qu’il s’agisse du         canadien né aux États-Unis, mais vi-            des acteurs amérindiens : en particulier
deuil du protagoniste (la femme de Walt        vant à Guelph, en Ontario) raconte              Chief Dan George dans Little Big Man
est morte assassinée) ou de son secret (il     que, lorsqu’ils étaient enfants, son frère      d’Arthur Penn (1970) et The Outlaw
n’est peut-être pas étranger à la mort de      et lui jouaient, comme tous les gamins          Josey Wales de Clint Eastwood (1976),
l’assassin), des personnages qui l’entou-      de l’époque, aux cowboys et aux Indiens.        et Graham Greene dans Dances with
rent (l’une des deputies, Vic, est amou-       Et bien sûr personne ne voulait faire           Wolves de Kevin Costner (1990). Pour
reuse de lui ; l’autre, Branch, sort avec      l’Indien. Pourquoi ? Parce que l’Indien         ce rôle, Greene (Oneida) explique dans
sa fille) ou de ses adversaires (d’un côté :   meurt toujours à la fin.                        Reel Injun qu’il dut apprendre la langue
Barlow Connally, le rancher le plus riche          Encore sous le choc de ma lectu-            lakota alors qu’il ne savait même pas
de la région ; de l’autre, Jacob Nighthor-     re, ébranlé par ce que le livre de King         parler la langue de son propre peuple.
se, chef de la communauté cheyenne et          m’avait fait découvrir, mais aussi par le       Son interprétation, souligne le critique
futur patron du casino qui s’édifie sur la     gouffre qui existe entre la réalité de la vie   Jesse Wente (Ojibwé), marqua toutes
réserve) – tout était là pour tricoter de      et du traitement des peuples autochto-          celles qui suivirent et qui permirent à
très bons scénarios. Mais, malgré un pu-       nes et les représentations avec lesquelles      des acteurs et à des cinéastes amérin-
blic fidèle, à la fin de la troisième année    j’avais grandi en allant au cinéma, je me       diens de s’exprimer en leur nom, sous

                                                                                               L’INCONVÉNIENT • no 63, hiver 2015-2016   55
leur identité propre. Pour le cinéma, il          nait la vie au Golem en glissant dans sa      et de Batman, se taille la part du lion
était temps. Pour la télévision, la route         bouche un papier portant le mot vie, les      dans les grands réseaux avec Arrow, The
est encore longue. Même si Graham                 habitants de la réserve déposaient près       Flash, iZombie et Legends of Tomorrow
Greene, aux côtés de nombreux acteurs             d’un mur consacré des lettres décrivant       sur CW, Gotham et bientôt Lucifer sur
amérindiens beaucoup moins connus,                la source de leurs malheurs. Armé de          Fox, Supergirl sur CBS. De son côté,
figure au générique de Longmire, en               ses seuls poings, Hector allait punir les     Marvel squatte ABC avec Agents of
2015 les Amérindiens des États-Unis               criminels intouchables. Mais au cours         S.H.I.E.L.D. et la minisérie Marvel’s
sont toujours cantonnés dans leurs                de la troisième saison, Hector meurt.         Agent Carter, mais concentre son offen-
réserves – à l’écran comme dans la réa-           Devant le désespoir et la frustration         sive narrative sur Netflix. Le distributeur
lité. Et ce que montre admirablement la           de son peuple, le frêle Henry prend la        d’images a en effet passé la commande
quatrième saison de Longmire, c’est que           place du colosse. Lou Diamond Phillips        de quatre séries mettant en scène Dare-
l’oppression et les abus d’autrefois n’ont        (Cherokee/Sioux, et d’origine philip-         devil, Jessica Jones, Luke Cage et Iron
pas cessé.                                        pine) incarne ce beau personnage avec         Fist, et d’une cinquième qui les réunira.
     Par bonheur et par chance, le rachat         fragilité et détermination.                   Contrairement aux superhéros cinéma-
de Longmire par Netflix n’a pas seule-                 Je ne vais pas vous raconter la sui-     tographiques, ces personnages n’ont pas
ment donné une saison supplémentaire              te, j’en ai déjà trop dit. Il faut regarder   pour mission de sauver l’univers d’une
(et bien d’autres, on le souhaite) à cette        Longmire, la seule série contemporaine        invasion extraterrestre ou la Terre d’un
série remarquable. Il lui offre aussi un          qui tente de rendre justice, symbolique-      coup d’État mondial : ce sont des aven-
public considérable (soixante-cinq mil-           ment du moins, à la situation actuelle        turiers urbains, luttant contre le chaos
lions d’abonnés dans le monde !) et lui           d’une nation amérindienne en la décri-        dans les bas-fonds d’un New York ima-
permet de développer sa narration :               vant avec finesse, sans pathos et sans la     ginaire. Et même s’ils sont peu connus
chaque segment dure quinze minutes de             moindre complaisance. Pour cela, vous         du public, la forme sérielle et la liberté
plus que sur A&E, et le récit s’étend sur         n’avez pas besoin d’acheter les DVD :         conférée par le diffuseur promettent de
toute la saison au lieu d’être fragmenté          les quatre saisons – et la cinquième,         donner naissance à des séries plus som-
en épisodes unitaires. Il en résulte une          j’espère – sont toutes disponibles sur        bres et audacieuses que celles des gran-
quatrième saison politiquement très en-           Netflix.                                      des chaînes – comme l’atteste Daredevil,
gagée et dans laquelle, de manière assez               Prenez la piste, vous ne le regrette-    dont la première saison est accessible
saisissante, le personnage principal n’est        rez pas.                                      depuis l’été 2015 parmi les programmes
plus le shérif blanc, mais son meilleur                                                         de Netflix.
ami, Henry Standing Bear.                         … et le chemin de croix :                         Le quartier Clinton à Manhattan
     Dès les premiers épisodes, l’ambi-                   Daredevil                             (également nommé Midtown West) est
guïté du personnage était visible : loin                                                        un rectangle compris entre la 34e et la
de n’être que le confident de Longmire,                Élevé aux comic books, j’ai été ravi     59e Rue, la rivière Hudson et la 8e Ave-
Henry lui servait aussi d’intermédiaire           de voir les héros de mon enfance deve-        nue. Aujourd’hui embourgeoisé, c’était
auprès de la communauté cheyenne,                 nir des personnages de films. Lorsque         autrefois un quartier pauvre, celui des
lui expliquant (ainsi qu’au spectateur)           la technologie numérique a permis au          immigrants et ouvriers irlandais, que
les coutumes et les aspirations de son            Spider-Man de Sam Raimi de se balan-          l’on surnommait Hell’s Kitchen – la
peuple et des peuples voisins. À la fin           cer entre les gratte-ciels de New York et     cuisine de l’enfer. Dans les comic books
de la troisième saison, Henry trouve de           au Dark Knight de Christopher Nolan           de Marvel, il demeure un quartier som-
plus en plus difficile de rester un témoin        d’arpenter les rues de Gotham City,           bre et misérable, où le crime est souvent
passif.                                           j’étais dans la salle. Et je n’ai pas raté    le seul moyen de survivre. Matt Mur-
     Sur le territoire cheyenne, un shé-          les apparitions d’Iron Man, de Captain        dock a grandi dans ces bas-fonds. Son
rif blanc n’a pas d’autorité. L’ordre est         America, des Avengers et des Guar-            père, boxeur de deuxième catégorie, y
assuré par des policiers autochtones,             dians of the Galaxy.                          est mort, et Matt y a perdu la vue à la
dont les prérogatives sont cependant                   En revanche, je suis plus circonspect    suite d’un accident qui l’a doté de sens
limitées. Cette séparation des pouvoirs,          devant la prolifération des personna-         exacerbés. Malgré sa cécité, et grâce à
censée protéger l’autonomie du peuple             ges de comic books à la télévision. À la      une ouïe, à un odorat et à une sensibi-
cheyenne, le dessert cruellement. Car             rentrée 2015-2016, pas moins de dix-          lité aux vibrations hors du commun, il
les auteurs des crimes commis dans la             huit séries étaient en diffusion ou sur       perçoit le monde avec une infinie pré-
réserve ne peuvent pas être poursuivis            le point de l’être ! À l’exception de The     cision. « Adopté » après la mort de son
hors de celle-ci. La seule « justice » à          Walking Dead et de son dérivé, Fear the       père par Stick, mystérieux maître en
laquelle les victimes pouvaient recourir          Walking Dead (AMC), et de Wynonna             arts martiaux aveugle lui aussi, Matt a
pendant les deux premières saisons était          Earp (SyFy), un « western fantastique »       appris à combattre avec ses poings, ses
incarnée par Hector, guerrier colossal et         qui débutera en 2016, les séries actuelles    sens hypertrophiés et sa colère. À l’âge
silencieux, qui servait de protecteur à la        sont toutes inspirées par des personna-       adulte, devenu avocat, il s’installe dans
réserve comme le Golem au ghetto de               ges des deux géants du comic book. La         le quartier de son enfance aux côtés de
Prague. De même qu’un rabbin don-                 firme DC, propriétaire de Superman            Foggy Nelson, son camarade d’universi-

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Daredevil

té. Le jour, les deux avocats désargentés      l’indique son surnom, le « Daredevil »       que la virtuosité de sa mise en scène,
s’attachent à défendre les plus démunis        des années 60 était un joyeux casse-cou,     comme en témoigne la dernière scène
contre les propriétaires crapuleux, les        un diable bondissant et joueur. Dans         du deuxième épisode : lorsque Matt
promoteurs avides, les trafiquants et          la série de Goddard et DeKnight, c’est       Murdock entreprend de libérer un pe-
leurs hommes de main. La nuit venue, à         une figure sombre qui combat à poings        tit garçon kidnappé, un plan-séquence
l’insu de son associé et de leur collabo-      nus et soumet son corps à des violences      époustouflant et éprouvant long de six
ratrice Karen Page, Matt revêt des vête-       inouïes en expiation de ses fautes. La       minutes le montre en pénitent – ou en
ments noirs, se couvre le visage et sort       narration, qui se déroule presque tou-       ange déchu –, les bras ceints de corde-
s’attaquer aux malfaiteurs de tout poil        jours durant la nuit, évoque d’ailleurs un   lettes, affrontant à poings nus dans un
qui rôdent dans les rues sinistres.            double chemin de croix : celui du héros,     étroit couloir une demi-douzaine de
    Au même moment, le puissant Wil-           qui ne cesse de tomber et de se relever ;    gros bras. Lorsqu’il ressort de cet enfer,
son Fisk, lui aussi originaire de Hell’s       et celui de l’impitoyable Wilson Fisk,       vainqueur et épuisé, il est saint Christo-
Kitchen, planifie alliances, trafics et éli-   poursuivi par un crime originel aussi        phe portant l’Enfant Jésus.
minations pour faire de « son » quartier       poignant qu’inattendu. « Plus le mé-             Ite, missa est.
un lieu d’ordre et d’harmonie.                 chant est réussi, meilleur est le film »,
    Drew Goddard, créateur de la série,        déclarait volontiers Alfred Hitch-
et Steven S. DeKnight, son coproduc-           cock, et Daredevil n’échappe pas à la
teur, furent tous deux scénaristes des         règle. Car, face à Charlie Cox, parfait en
excellentes Buffy (UPN puis CW) et             Matt Murdock aussi cabossé que l’était
Angel (Fox) ; DeKnight créa et dirigea         son boxeur de père, Vincent D’Onofrio
de son côté la récente série Spartacus         incarne un formidable Wilson Fisk,
(Starz). Cette expérience sert admira-         richissime et fragile, émouvant lorsqu’il
blement leur transposition du person-          est amoureux, effrayant quand il tue un
nage inventé par Stan Lee. Leur héros          homme de ses mains.
est un justicier urbain plus sombre que            Daredevil n’est pas du tout une série
Batman, plus désespéré et singulier par        pour adolescents, mais un serial noir
son dénuement. Matt Murdock n’est pas          pour adultes en treize épisodes. Son
seulement fauché, il est aussi masochiste      âpreté et sa violence, impressionnan-
au point de paraître suicidaire. Comme         tes mais jamais gratuites, n’ont d’égale

                                                                                            L’INCONVÉNIENT • no 63, hiver 2015-2016   57
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