À LOUVIERS - ARCHIVES SEINE-EURE - Agglo Seine-Eure
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OSITION
UNE EXP PAR LE PÔLE
ÉE
PROPOS SEINE-EURE
ES
ARCHIV
ER S
à LO U V I
En collaboration avec la médiathèque Boris Vian et le musée de Louviers.
↓
agglo-seine-eure.fr |
archivesSoigner ! Voilà un art bien compliqué
qui rassemble tant d’intervenants :
PRÉFACE personnel soignant, institutions dédiées,
malades aux statuts divers. C’est aussi
un sujet placé au cœur de nombreux
enjeux : qui et pourquoi soigner ? Où
et comment accueillir les malades,
en particulier ceux qui n’ont pas les
moyens d’être correctement soignés ?
Comment prévenir les maladies, et non
se contenter de lutter contre elles ?
? U N E A F FAIRE
LA SANTÉ LEXE !
Pour cela, il faut des professionnels
formés, dont la compétence, individuelle
P
FORT COM
ou additionnée, se met au service des
habitants d’un territoire. Il faut des
établissements dédiés, et le territoire
Seine-Eure, dès l’Ancien Régime, n’en
manque pas si l’on compte que s’y
développèrent jusqu’à quatre hôpitaux
et bien plus de maladreries. Il faut des
institutions chargées d'identifier et Sous le regard d’Asclépios
de prendre en charge les individus
Caducée, s.d. (Coll. privée)
touchés par la maladie, le handicap ou Jaucourt, dans son article de remèdes. Une répartition des tâches
la vieillesse. l’Encyclopédie consacré à la médecine, qui évoluera au fil des siècles, avec la
la définit comme suit : « La Médecine professionnalisation de chacune de
Si la maladie a longtemps été synonyme est l’art d’appliquer des remèdes ces disciplines.
de précarité, les combats liés à la santé dont l’effet conserve la vie saine, et
publique ont permis au fil du temps redonne la santé aux malades. Ainsi
d’être plus rapidement et efficacement la vie, la santé, les maladies, la mort de
MÉDECINS ET CHIRURGIENS…
pris en charge, ne pas sombrer dans l’homme, les causes qui les produisent, Jaucourt, toujours dans l’Encyclopé-
l’indigence et l’exclusion, mais aussi de les moyens qui les dirigent, sont l’objet die, définit le médecin comme « celui
bénéficier de mesures de prophylaxie. de la médecine ». La médecine est donc qui professe et qui exerce la médecine
bien cet art qui consiste à maintenir après des études convenables de cette
Prévenir, soigner, guérir… Autant de un individu en pleine santé ou qui, science ; c’est par-là qu’il est distingué
thèmes abordés dans ce catalogue s’il est malade, doit contribuer à son d’un charlatan. ». Appelé mire au Moyen
dédié à « l’art de soigner », proposé à rétablissement. Âge, c’est un personnage respecté de
l’initiative du Pôle archives Seine-Eure la société civile, détenteur d’un savoir
— et soutenu par la Direction de la Culture Les professions médicales sont qui s’acquiert par des études longues.
Bernard Leroy, de la ville de Louviers (en particulier le citées dès la plus haute antiquité. La plus ancienne faculté française de
Président de l’Agglo Seine-Eure musée et la médiathèque Boris-Vian), Traditionnellement, le médecin pose médecine ouvre à Montpellier en 1220,
François-Xavier Priollaud, ainsi que par la Direction régionale des le diagnostic, le chirurgien l’exécute celle de Caen en 1438 et celle de Rouen
Maire de Louviers affaires culturelles de Normandie. tandis que le pharmacien élabore les en 1966.
2 | L’art de soigner L’art de soigner | 3… AU CŒUR D’UN ÉCOSYSTÈME
la création d’écoles dédiées en 1899
COMPLEXE et l’instauration d’un diplôme d’Etat
en 1937. Enfin d’autres personnels
Les sages-femmes officient auprès paramédicaux, tels que les kiné-
des femmes dont elles accompagnent sithérapeutes, se multiplient au cours
la grossesse et l’accouchement, le du XXe siècle.
plus souvent à domicile jusqu’au
milieu du XXe siècle. Par ailleurs, de Les apothicaires allient longtemps
1803 à 1892, des officiers de santé, préparation de médications et épicerie
bacheliers à la pratique médicale où l’on vient acheter herbes et épices.
validée par un jury, interviennent dans En 1777, la pharmacie est consacrée
les campagnes où ils pallient l’absence « art précieux à l’humanité ». En 1803
de médecins diplômés. Certains est fondée la Société de Pharmacie de
jouent un rôle de « lanceurs d’alerte Paris, ancêtre de l’Académie nationale
sanitaire », tel Fleurimont, officier de de pharmacie. Enfin, en 1941, un
santé du Vaudreuil, qui s’illustre à la nouveau texte réglemente l’exercice
Haye-Malherbe au début du XIXe siècle. officinal, reconnaissant les trois métiers
Infirmiers et infirmières, longtemps de la pharmacie : officine, fabrication
religieux, se professionnalisent avec et répartition.
Le médecin, peinture de Joseph Tomanek, vers 1933.
Les médecins sont les interlocuteurs Autre professionnel de santé : le
privilégiés des malades. La plupart chirurgien. Si le chirurgien militaire
exercent à leur compte, en ville ou en acquiert son savoir au gré des batailles,
campagne, le plus souvent sollicités le chirurgien-barbier a pignon sur rue
par ceux qui ont les moyens de payer et peut intervenir sur les petites plaies.
leurs services. D’autres sont employés En 1731 est fondée l’Académie royale de
par les établissements hospitaliers, chirurgie, discipline qui se spécialise
où ils cumulent souvent les fonctions au cours du XVIIIe siècle et intègre
de médecin et chirurgien. Ils peuvent peu à peu des services hospitaliers
aussi intervenir dans des consultations dédiés. Quant aux dentistes, on passe
financées par les administrations ou du barbier médiéval au statut de
des œuvres privées. En première ligne chirurgien-dentiste, instauré par Louis
pour détecter une épidémie, ils alertent XIV en 1699.
sur les risques sanitaires ou dénoncent
l’insalubrité ou l’indigence des popu-
lations, conseillant les élus sur les
mesures à prendre. Fins observateurs
de la société, ils en dressent un portrait
juste, parfois dur, rappelant des règles
élémentaires d’hygiène publique, voire
d’humanisme. Gravure « Le pharmacien-droguiste sous le Premier Empire » (coll. privée)
4 | L’art de soigner L’art de soigner | 5BIENS
TIONS DES N
Un fort maillage hospitalier LOCALISA
LOMÉR ATIO
H O R S AG G
Dès le Moyen Âge sont créés
divers établissements destinés Igoville Bois-Benard-en-Crecy,
à accueillir pauvres locaux et Alizay Canappeville, Criquebeuf-la-
pèlerins de passage à Louviers et Campagne, Ecquetot, Evreux,
Fouqueville, Hondouville, Venon,
aux alentours. Le Manoir Amfreville- Malleville-sur-le-Bec, Reuilly,
sous-les-Monts Saint-Philbert-sur-Risle,
Criquebeuf- Les Damps Poses
sur-Seine Pont- Villers-en-Vexin, Villettes,
de- Ypreville-Biville.
l'Arche Léry
Porte- Bosc-Benard-Crescy, Canappeville,
de- Cesseville, Crestot, Criquebeuf-
Seine la-Campagne, Crosville-la-Vieille,
Daubeuf-la-Campagne, Daubeuf-
près-Vatteville, Ecquetot,Ecauville,
Incarville Le Vaudreuil Flancourt-Crescy-en-Roumois,
La Saussaye
Terres Frenelles-en-Vexin, Hectomare,
La Haye- de Bord Saint-Étienne- Herqueville Farceaux, Flancourt-Crescy-
Malherbe du-Vauvray en-Roumois, Fouqueville, Gouy,
La Harengère Grossoeuvre, Houetteville,
Hondouville, Iville, Le Tremblay-
Andé
Omonville, Le Troncq, Venon,
Vraiville Louviers Saint-Pierre- Les Authieux-sur-le-Port-Saint-
du-Vauvray Ouen, Marbeuf, Quévreville-la-
Mandeville Les Trois Lacs Poterie, Saint-Aubin-d'Ecrosville,
Crasville Sotteville-sous-le-Val, Suzay,
Vironvay
Surville Villettes.
Surtauville La Haye-
le-Comte Heudebouville
Pinterville Crestot.
Quatremare
Le Mesnil-Jourdain
M E N TS E T S Fontaine-Bellenger
ÉTABLISSE NS DES BIENS DAN
C A L IS AT IO E-E U R E Acquigny
LO EIN
ÉR ATION S
Le Val d'Hazey
L'AGGLOM
Ailly
Amfreville-sur-Iton Gaillon
Hôpital Saint-Jean de Louviers
et ses possessions
Saint-Aubin-
Heudreville-
La Vacherie sur-Eure sur-Gaillon
Hôpital Saint-Louis-Sainte-Elisabeth
de Louviers et ses possessions
Clef Vallée d'Eure
Hôpital de Pont-de-l'Arche
et ses possessions
Hôtel-Dieu de Notre-Dame-du-Vaudreuil
Maladreries
6 | L’art de soigner L’art de soigner | 7HÔPITAL-HOSPICE SAINT-JEAN
CHRONOLOGIE
1195 1818 1889
L’HÔPITAL SAINT-JEAN, UN HÔPITAL Don d’un terrain par Transformation des Installation d’une
Richard Cœur de Lion écuries en chambres ; buanderie et d’un
PRESQUE MILLÉNAIRE à l’abbaye Saint- construction d'un service des bains
Taurin d’Evreux bâtiment
L’hôpital le plus important est fondé à
Louviers en 1212, sous le nom d’hospice 1902
Saint-Jean, aussi appelé Saint-Gilles. 1212 1826-1827 Installation d’une
Il est placé sous la juridiction des Acte de don d’un terrain par l’abbaye Saint- Don de ce terrain Ajout d'un étage salle d’aisance, d’une
Taurin d’Evreux aux bourgeois de Louviers, par l’abbaye Saint- chambre mortuaire et
bourgeois de la ville, qui en nomment extrait du Petit cartulaire de l’abbaye Saint-
l’administrateur, comme le confirme un Taurin, 1212 (AD Eure, H793) Taurin d’Evreux aux 1850 d’un pavillon pour les
arrêt de 1652. bourgeois de Louviers tuberculeux
Destruction des
pour y édifier un
Il est à la fois hôpital, destiné aux cabanons attenant
hôpital 1914
malades, et hospice, accueillant à la prison pour créer
vieillards, infirmes, incurables et des logements au sein Grands travaux de
orphelins. D’abord réservé aux hommes, 1623-1624 de l’hospice pour transformation :
il passe peu à peu d’une vocation Construction d'un les aliénés bâtiments
charitable à un lieu d’enfermement. colombier, d’une d’isolement, salles
La Révolution française, la laïcisation charpente et 1851-1852 d’opération, pavillons
des corps religieux et l’évolution des réfection des murs médicaux, nouveaux
Construction de deux
politiques communales d’assistance bâtiments de ferme
loges pour les aliénés
l’amènent à accueillir des femmes et à AN XI grâce au don de Mlle
se réorienter vers l’assistance et le soin. 1933
Construction et Dagoumer
Subsistant grâce à ses biens, à la remise en état d’un Transformation
Plan de l’hôpital Saint-Jean, 1901
perception de taxes (spectacles, bâtiment de l’hospice 1859 du pavillon des
(Arch. Hôpital Saint-Jean, HSJ_O11)
loteries) et aux frais médicaux tombé en désuétude tuberculeux en
Reconstruction du
encaissés, l’établissement engage dès maternité
mur de l'hospice avec
le XIXe siècle la création de nouveaux AN XIII projet d'alignement
services, plus adaptés et spécialisés : Construction d'un sur le Champ-de- 1936
salles de chirurgie, maternité, pavillon bâtiment à usage de Mars Aménagement de
des tuberculeux. En 1989, il devient buanderie l'ancienne prison en
centre hospitalier intercommunal, puis pavillon médical
cœur du Groupement Hospitalier de 1874-1875
Territoire « Val de Seine et Plateaux Construction de la
de l’Eure » qui regroupe à Louviers et chapelle de l'hospice
Elbeuf deux hôpitaux et cinq EHPAD.V
Vue générale de l’hôpital Saint-Jean de Louviers,
début XXe siècle (Pôle archives, 1FI144)
8 | L’art de soigner L’art de soigner | 9UN HÔPITAL À L’HISTOIRE BIEN AGITÉE :
L’HÔPITAL SAINT-LOUIS
Reproduction du sceau
du couvent Saint-Louis-
Sainte-Elisabeth, XIXe siècle
(AM Louviers, HSJ_U9)
L’HÔPITAL DE PONT-DE-L’ARCHE
En 1310 est fait mention d’un hôtel-Dieu
à Pont-de-l’Arche. « L’hôpital, mala-
drerie et maison-Dieu » est tout d’abord
Vue d’un vestige du couvent Saint-Louis, début XXe siècle (AD Eure, 8Fi374/232) géré par les bourgeois de la ville avant
de passer en 1648 sous le patronage Extrait du testament de Julien Blin à la ville de Pont-
des moines pénitents. Ceux-ci vont de-l’Arche, 1826 (ADEure, HDTPont de l’Arche 16)
En 1616, autorisation est donnée de peu à peu le dévoyer de sa fonction
fonder à Louviers deux établissements d’aide aux pauvres au profit de
charitables obéissant à la règle du l’agrandissement de leur couvent. Ce
tiers-ordre franciscain, l’un destiné aux dernier, confisqué à la Révolution, est L’HÔPITAL : UN MONDE TRÈS ENCADRÉ
hommes, l’autre aux femmes. Après une finalement acquis par l’ingénieur Julien
En 1643 éclate l’affaire des
rapide scission, il ne demeure que le Blin qui lègue en 1826 à la ville de Pont- Jusqu’à la Révolution française, les
possédées de Louviers. Les
couvent Saint-Louis-Sainte-Elisabeth, de-l’Arche tous ses biens mobiliers et hôpitaux sont soumis à un contrôle
religieuses, emmenées par
dédié aux femmes. Y est adjoint un immobiliers « pour l’établissement (…) strict établi par le conseil de ville. Les
Madeleine Bavent, sont accu-
hospice « où seraient recueillis, pansés, d’un hospice [qu’il] destine à recevoir administrateurs gèrent les affaires
sées de s’être livrées à la dé-
médicamentés les pauvres pèlerins et les indigents, malades et informes temporelles ; les congrégations reli-
bauche et à la sorcellerie, sous
passants de l’un et de l’autre sexe, que natifs de la ville ». gieuses administrent soins et derniers
la direction de leurs prêtres, le
l’on voyait ordinairement périr par les sacrements. Toutefois, même après
défunt curé du Mesnil-Jourdain
champs, faute de retraite et de secours L’hôpital se développe doucement l’abolition des congrégations par le
Mathurin Picard et son vicaire
assurés ». autour de l’accueil des malades et décret du 18 août 1792, les religieuses
et successeur Thomas Boullé.
vieillards indigents des deux sexes. De resteront présentes jusqu’au début du
En 1696 est construit un premier L’évêque d’Evreux, averti, se
34 lits en 1901, il passe à 41 lits en 1976, XXe siècle. Des règlements intérieurs
ensemble de bâtiments, plusieurs fois rend sur place et assiste à des
avant un nouvel agrandissement en sont mis en place pour renforcer une
agrandis et remaniés au XVIIIe siècle. scènes de possession, ce qui
1996. En 2011, il devient Etablissement structure hospitalière déclinante et
La confiscation des biens religieux l’amène à procéder à plusieurs
hospitalier pour personnes âgées régler le bon fonctionnement de
pendant la Révolution marque la fin exorcismes. Le Parlement de
dépendantes (EHPAD) avant une l’établissement.
de l’activité de l’hospice. Accueillant Rouen prononce en août 1647
nouvelle extension en 2015.
diverses administrations, les bâtiments la condamnation au bûcher de
sont peu à peu démantelés à partir Thomas Boullé et du cadavre
de 1846 pour faire place aux actuels de Mathurin Picard, ainsi que la
édifices qui entourent le square de réclusion de Madeleine Bavent.
l’hôtel de ville.
10 | L’art de soigner L’art de soigner | 11Après 1792, le conseil d’administration Les indigents admis à l’hospice
se compose du maire, de membres ou à l’hôpital sont soumis à une
nommés par le conseil municipal et discipline stricte. Ils reçoivent 2 à 4
d’autres nommés par le préfet. Un repas quotidiens, selon leur âge et
ordonnateur est mandaté chaque le régime prescrit : diète absolue ou
année pour s’acquitter des dépenses et simple, soupe ou aliments solides. Le
contrôler la comptabilité du receveur et travail rémunéré sert à les occuper
de l’économe. Un directeur, également et à les faire participer à leurs frais
administrateur, surveille et assure d’hospitalisation. Visites et sorties sont
la bonne continuité des services, limitées et encadrées.
gère les mouvements des personnels
administratif, religieux et médical, avec
l’aval de la commission.
VIVRE À L’HÔPITAL SAINT-JEAN EN 1902
En 1902, l’hôpital-hospice Saint-Jean
compte 280 lits, dont 12 sont réservés
aux religieuses-infirmières et 10 aux
Règlement de l’hôpital-hospice
servants (aides-soignants). Les 258 civil de Louviers, 1902 (Arch.
autres lits sont répartis comme suit : Hôpital Saint-Jean, HSJ_J7)
Hôpital Saint-Jean Hospice Saint-Jean
Personnes Malades civils des deux sexes Vieillards, incurables et infirmes
accueillies Blessés Indigents des deux sexes
Malades militaires Filles de familles pauvres (œuvre
Femmes en couches Audresset)
Pensionnaires valides et incurables
Vieux ménages (œuvre Postel)
Répartition 90 lits dont 55 pour les 168 lits : 95 pour les vieillards, 42
des lits malades, 14 pour les pour les incurables, 24 pour l’œuvre
contagieux et 4 pour les Audresset, 5 pour les pensionnaires
femmes en couches et 2 pour les aliénés
Conditions Admission prononcée par la Admission prononcée par la
d’admission commission administrative, commission administrative
sur présentation d’un pour les personnes résidant à
certificat d’indigence et Louviers depuis plus de 5 ans (sauf
d’un certificat médical pensionnaires), sur présentation
Arrêt du Conseil confortant les bourgeois de Louviers dans leur droit de nomination d’un certificat d’indigence et d’un
des administrateurs de l’hôpital, 1652 (Arch. Hôpital Saint-Jean, HSJ_E2) certificat médical
12 | L’art de soigner L’art de soigner | 13La toponymie nous ren-
seigne sur de possibles
autres implantions, tels les
lieux-dits appelés la Mala-
drie ou Maladrerie (Andé,
Crasville, Pont-de-l’Arche,
Saint-Martin-la-Corneille/
La Saussaye, Surville) ou
Fief-aux-Malades (Igoville).
Vue de l’ancienne maladrerie du Vaudreuil, 2011
(cliché SED Louviers)
Chaque léproserie a deux
responsables : le chapelain,
Plan de la léproserie Saint-Hildevert, extrait de l’ouvrage La Léproserie nommé par l’évêque et qui tire
de Saint-Hildevert à Louviers : sa situation, son origine et sa fin : une grande part de ses revenus
état et police des lépreux au XIIe siècle, par Hébert-Desroquettes, 1854 des dons faits aux malades ;
(Médiathèque de Louviers, fonds Lalun n°662) un lépreux (ou messel si c’est
une femme), qui régente ses
semblables. Les lépreux sont
AU CHEVET DES LÉPREUX soumis à des règles strictes,
formalisés en 1621 par le
Règlement sur la façon de
Les grandes pandémies médiévales Aubevoye : maladrerie et chapelle
séparer les lépreux d’avec le
voient l’émergence, sur tout le Saint-Jacques du Roule, dite aussi de
peuple. Toute suspicion de lèpre
territoire, d’établissements destinés à Balenson, citée en 1205, inactive dès 1447.
doit être soumise au prêtre qui
isoler pestiférés et lépreux :
La Haye-Malherbe : isole l’individu, aussitôt après
Louviers : maladrerie Saint-Hildevert, Maladrerie et chapelle Saint-Blaise. avoir dit une messe. Une fois
fondée en 1232 et réunie en 1532 enfermé, spolié de ses biens, le
Le Mesnil-Jourdain : maladrerie
à l’hôtel-Dieu pour y enfermer les lépreux ne doit plus entrer dans
Sainte-Agathe, citée dans un
contagieux. Mise en vente en 1795, elle les édifices publics, ne plus
contentieux du XVIe siècle.
sera peu à peu démolie au XIXe siècle. rien toucher si ce n’est avec
Igoville : maladrerie des Sablons, un bâton et rester uniquement
Saint-Cyr-du-Vaudreuil : maladrerie
mentionnée à la fin du XIIIe siècle. en compagnie de lépreux. Ce
Sainte-Marguerite, attestée dès le XIIe
qui n’empêche pas certains Portrait d’un médecin de peste, gravure
siècle et intégrée en 1699 à la maison- Montaure : maladrerie et chapelle
de se rebeller contre l’ordre de Paul Fürst, 1656 (publié dans
Dieu de Notre-Dame-du-Vaudreuil, Saint-Blaise, mentionnée en 1253.
religieux et de faire appel de l’ouvrage Die Karikatur und Satire in
elle-même citée dès 1307.
Pont-de-l’Arche : maladrerie citée en leur enfermement ! der Medizin : Medico-Kunsthistorische
1259 et bénie en 1264. Studie, par le Dr. Eugen Holländer, 1921)
14 | L’art de soigner L’art de soigner | 15T M ALAD IES
ALA D E S E Tous les individus pris en charge par les
M personnels et établissements de santé
ne disposent pas du même statut.
On distingue ainsi :
• l’individu aisé qui peut financer ses
soins et est le plus souvent traité à
Qu’est-ce qu’un malade ? domicile ;
Les statistiques sanitaires nous les adultes. Sont ensuite recensées • les pensionnaires, qui peuvent
apprennent qu’en ville ou en campagne, des affections plus graves, telles que financer leur séjour à l’hôpital ou à
les habitants du territoire sont atteints tuberculose, choléra, typhoïde, typhus l’hospice par des rentes, dons ou legs ;
de maladies bien connues : rougeole, ou encore maladies « mal définies »,
• les indigents qui n’ont d’autre
gale et scarlatine pour les plus jeunes, désignant le plus souvent des infections
choix que d’être accueillis dans des
grippe, bronchite, dysenterie pour sexuellement transmissibles.
conditions parfois misérables, et qui ne
font appel à la médecine qu’en dernier
Procès-verbal d’abandon
de l’enfant Adélaïde Montreuil, 1836 recours, souvent trop tard pour espérer
(Arch. Hôpital Saint-Jean, HSJ_Q9) une guérison complète.
Sont enfin soignés sans restriction les
militaires et marins, pris en charge par
Des rapports réguliers sont l’Etat. Les orphelins sont également
dressés pour recenser les accueillis, soit après abandon (souvent
causes de mortalité. Entre 1906 anonyme), soit ponctuellement avant
et 1908, sont ainsi décomptés placement.
à Louviers 763 morts, dont 26
victimes d’épidémies (grippe, L’obstacle financier à l’accès aux soins
typhoïde, diphtérie, coque- est peu à peu estompé par la création des
luche), 56 de diarrhée infantile, sociétés de secours mutuels, légalisées
56 de maladies « mal définies », en 1856 ou, plus localement, de la Caisse
39 par suicide ou mort violente de sursalaire familial de l'union des
et 109 de maladies respira- industriels et commerçants de Louviers
toires (tuberculose, bronchite). et de son groupement. Fondée en 1920
Peuvent être joints à ces rap- et financée par les employeurs locaux, Vue de la partie réservée aux enfants
ports des conseils sanitaires elle invite les salariés à cotiser contre de l’hospice Saint-Jean, début XXe siècle
pratiques à l’égard d’une participation à leurs soins ou à leur (Pôle archives, 1Fi)
profession ou des pouvoirs retraite. Il faut attendre l’ordonnance
publics. de 1945 pour rassembler ces initiatives
Rapport sur la situation sanitaire de Louviers éparses au sein de la toute nouvelle
entre 1906 et 1908, 1910 (AD Eure, 5M87) Sécurité sociale.
16 | L’art de soigner L’art de soigner | 17Des épidémies
dévastatrices
CHOLÉRA 1832
Le territoire Seine-Eure a été confronté
à des épidémies parfois dévastatrices. Le XIXe siècle est fortement marqué par
Avant la Révolution sont citées des le choléra morbus, jusqu’ici inconnu
épidémies de peste, de lèpre et, plus en Europe et qui se répand sans
tard, de typhoïde. Entre l’an IX et l’an X, distinction de sexe, d’âge ou de classe
une « fièvre tantôt putride, tantôt sociale. La maladie, causée par le Vibrio
pétéchiale, parfois pourpreuse, mais cholerae, est foudroyante : diarrhées,
toujours contagieuse » touche plus de vomissements ressemblant à du riz
150 personnes en 6 mois à la Haye- au lait, menant à une déshydratation
Malherbe, causant 50 décès. Méningite, souvent mortelle. La transmission de
typhus, diphtérie, tuberculose sont la maladie se fait par les sécrétions
ensuite souvent évoqués comme humaines et les eaux souillées par
causes d’épidémies. celles-ci.
Les populations les plus pauvres sont
les plus touchées, du fait de conditions Rapport sur les épidémies qui ont régné en
France de 1830 à 1836…, par A. Piory, 1837
de vie qui favorisent une contagion (AD Eure, 5M55)
rapide et des difficultés à se soigner.
Les remèdes sont onéreux et, sans
aide publique, inaccessibles pour les
malades qui refusent l’alitement pour Rapport sur l’un des premiers cas de choléra
ne pas perdre leur salaire. Les classes dans l’arrondissement de Louviers, 1er mai 1832
(Arch. Louviers, 27375_5J121)
aisées sont parfois touchées, comme En janvier 1835 est signalée à
l’élite lovérienne frappée en 1846 par Gaillon une maladie qui touche
une épidémie de scarlatine qui emporte 50 personnes de 15 à 40 ans.
plusieurs notables ou leurs enfants. Qualifiée de « fièvre maligne,
ataxique ou cérébrale », elle
Vue du Vibrio chloerae,
provoque malaises, inappé- découvert par Robert Koch en 1884
tence, nausées, céphalées,
AU CŒUR DES ÉPIDÉMIES courbatures, fièvre, délire, hé-
morragies nasales. On traite les Un premier cas est identifié à Paris en
Ces épisodes sont documentés par malades par des saignées aux mars 1832. En territoire Seine-Eure, le
les médecins qui y sont confrontés. pieds et aux bras, la pose de « patient zéro » est signalé à Venables
Ils relèvent symptômes, évolution et sangsues derrière les oreilles, le 21 avril. L’épidémie se répand très
variations de la maladie, ainsi que les des boissons légères, des laxa- vite, de la maison d’arrêt de Gaillon à la
remèdes proposés, et tentent d’en tifs ou des lavements. On gué- Haye-le-Comte, Louviers, Criquebeuf-
tirer des leçons pour mettre en place rit rapidement… ou on meurt si sur-Seine et Pont-de-l’Arche. Entre
une prophylaxie efficace. Néanmoins l’affection dure plus de 10 jours. mi-avril et fin septembre 1832,
l’inconscience des uns et le manque Pourtant cette épidémie ne l’arrondissement de Louviers compte Médaille protectrice contre
d’éducation des autres restent souvent sera pas prise au sérieux par 625 malades (1837 pour le département le choléra, portant l’inscription
« Saint-Roch, préservez-nous du
des obstacles à la prévention et à la les autorités, qui laisseront les de l’Eure), dont 198 décèdent de la choléra », XIXe siècle (coll. privée)
prise en charge précoce des malades. médecins sans soutien. maladie (851 dans l’Eure).
18 | L’art de soigner L’art de soigner | 19Les remèdes sont limités : frictions Image promouvant l’alcool de menthe Ricqlès
du corps pour le réchauffer, diète, « préservatif souverain contre les épidémies »,
boissons chaudes et sucrées (tisanes entre autres de choléra, ca 1883 (coll. privée)
de camomille, eau de riz), repos,
aération maximale, voire le laudanum,
à base d’opium. Il convient également
de désinfecter les locaux et le mobilier
par des fumigations ou des lavages
à l’eau additionnée de chlorure de
chaux, et de brûler le linge et les effets
personnels. Les morts sont ensevelis
dans des fosses remplies de chaux.
Le territoire sera confronté à d’autres
vagues cholériques, en particulier en
1866 et 1892, où les autorités sanitaires
se heurteront à un immobilisme gé-
néral. La faute de la maladie est
désormais souvent rejetée sur
l’alcoolisme et la malpropreté des
malades plus que sur l’insalubrité
éventuelle des points d’eau ou des
logements. Toutefois les mesures
d’hygiène publique prises pendant le
siècle limitent la contagion et les décès.
Quelques réflexions sur le choléra, Conseils pour lutter contre le choléra : affiche du conseil d’hygiène de l’arrondissement de
par le Dr Pétel, 1865 (AD Eure, 374BR105) Louviers, ca 1870 (Arch. Louviers, 27375_5J121)
20 | L’art de soigner L’art de soigner | 21La tuberculose est souvent associée
à l’alcoolisme, comme en témoigne
cette phrase souvent répétée : « La
phtisie se prend sur le zinc ! ». Les
Cachez cette maladie ! associations antituberculeuses
mènent donc souvent de conserve
Le malade est souvent décrit comme leurs actions de prévention avec les
un indigent, en proie à des vices tels ligues antialcooliques. Beaucoup font
que l’alcool et la paresse, qui mérite à porter aux parents alcooliques la
peine les soins qui lui sont dispensés. responsabilité d’affections hérédo-
Le « patient zéro » est un vagabond ou familiales, entraînant handicaps
un débauché, si possible extérieur à la physiques ou mentaux chez leur
commune, vecteur d’une affection qui descendance. C’est pourquoi on
va ensuite contaminer une population s’empresse de retirer les enfants
innocente. Suspectés de véhiculer des de telles familles, afin d’éviter toute
maladies, les nomades se voient peu à contagion sanitaire et morale. Les
peu interdire les centres-bourgs, puis Chanson humoristique de sensibilisation instituteurs sont également en
à la lutte contre la tuberculose auprès des
contraints par la loi du 16 juillet 1912 première ligne pour enseigner des
enfants, sans date (coll. privée)
d’être à jour de leurs vaccinations et de préceptes d’hygiène élémentaire
subir des contrôles de leur état de santé assortis de leçons de bonne moralité.
et de la salubrité de leurs roulottes.
Autre maladie honteuse : la syphilis,
En effet, nombre de médecins qui touche toutes les classes d’une
identifient alors certaines maladies société qui se soucie plus de protéger
comme associées à la misère sociale. la réputation d’un homme que de
La tuberculose passe ainsi du statut préserver la santé d’une femme, voire Carte postale de la Ligue Nationale
contre l'alcoolisme montrant les méfaits
de maladie romantique décrite par de son enfant. La maladie se soigne de l’alcoolisme : « Le fou alcoolique »,
de nombreux auteurs, à une affection sous le manteau, par des remèdes années 1920 (coll. privée)
violente, où l’on meurt dans les pires plus ou moins éprouvés jusqu’à la
souffrances et dans la pauvreté découverte de la pénicilline en 1928.
absolue. La peur de la contagion Les prostituées font l’objet d’une
devient frénétique. Une instruction de surveillance particulière, accusées
1901 prescrit d’isoler les tuberculeux, de transmettre diverses infections
d’aérer et de désinfecter les chambres, sexuellement transmissibles. Dès 21
d’employer des personnels en bonne ans, qu’elles exercent à domicile ou en
santé et spécifiquement formés. Cette maisons closes, elles sont recensées et
évolution amène les hôpitaux de fichées. Une carte leur est délivrée où
Louviers et Pont-de-l’Arche à créer des un médecin appose un visa à chaque
salles ou pavillons spécifiques, isolés visite médicale bihebdomadaire.
des autres patients. Sans visa, c’est l’interdiction d’exercer
et l’obligation de se soigner jusqu’à
rétablissement.
Règlement du service de santé et de police
des filles publiques, 1835
(Arch Louviers, 27375_1J328)
22 | L’art de soigner L’art de soigner | 23Pour faciliter l’accès aux traitements, destinée à la préparation de laxatifs ou
le Conseil général de l’Eure distribue de toniques.
dès 1811 dans les communes rurales des
caisses de médicaments destinés aux En 1893, la création de l’Assistance
plus pauvres. On y trouve du quinquina, médicale gratuite s’accompagne
R
S E SO I G N E
de la mousse de Corse, divers onguents d’un recensement de médicaments
et emplâtres ainsi que du vitriol, de et appareils dûment identifiés. La
l’éther ou de l’ammoniaque. Par ailleurs, liste en est adressée annuellement
l’hôpital Saint-Jean dispose d’un jardin aux bureaux de bienfaisance et aux
de simples où sont plantées en 1807 hôpitaux. Ceux-ci sont incités de ne
des graines de « rheum palmatum » recourir qu’à ces seuls produits, sous
Aide-toi, (rhubarbe chinoise ou palmée), plante peine de ne pas être remboursés.
le Ciel t'aidera...
Le premier rempart contre la maladie
est la foi populaire. On prie pour éviter
la maladie ou pour guérir le saint qui
s’est spécialisé dans la prévention ou
le traitement de telle affection : ainsi
saint Lubin contre les rhumatismes,
saint Eustache contre la peur. On
trempe les enfants dans la fontaine
Sainte-Clotilde de Saint-Germain-de-
Pasquier, on fréquente les sources de
la forêt de Bord ou de Villers-sur-le-
Roule contre les fièvres ou les maladies
de peau. Deux guérisons miraculeuses
sont même attribuées aux saints
Mauxe et Vénérand d’Acquigny au
XVIIIe siècle.
On recourt aussi aux plantes
médicinales (ou simples), ou encore
aux organes ou sécrétions d’animaux
par l’intermédiaire de guérisseurs
ou rebouteux, qui allient superstition
et réelles connaissances médicales.
Interviennent aussi les herboristes,
dont la profession est reconnue par
l’Université de 1778 à 1941. Les plus aisés
se fournissent en remèdes auprès de Cartes postales de lieux de pèlerinage :
l’apothicaire, devenu pharmacien, fontaine de Notre-Dame-de-la-Mer Liste des médicaments
terme attesté dès 1620. (Villers-sur-le-Roule), monument dédié aux déposés dans les villages
saints Mauxe et Vénérand (Acquigny), par le Conseil général de l’Eure,
début XXe siècle (Pôle archives, 1Fi) 1811 (AD Eure, 5M55)
24 | L’art de soigner L’art de soigner | 25La science au secours de la médecine
Jusqu’au XXe siècle, les remèdes sont
composés de tout ou partie d’une
centaine de plantes, certaines connues
depuis l’Antiquité, d’autres apparues
avec les Grandes découvertes. Si l’on
use depuis longtemps de l’arnica,
de la camomille et d’autres simples,
on voit se développer le recours aux
épices (poivre, gingembre), ou à des
produits nouveaux (cacao, café). On les Document promotionnel pour le Fumigator,
utilise, seuls ou combinés, sous forme appareil de désinfection par fumigation, 1912
d’onguents, de pilules, d’huiles ou de (Arch. Acquigny, 27003_1R7)
tisanes. On recourt également à des
composés tels que mercure, antimoine
ou sulfate de cuivre. Outre les remèdes, les autorités
sanitaires prônent l’usage d’appareils
A partir de 1890-1900, la tendance pour prévenir ou combattre la maladie.
s’inverse : les remèdes naturels cèdent Etuves fixes, appareils trempeurs,
peu à peu la place à des médicaments pulvérisateurs sont proposés aux
produits de façon chimique et communes, en incitant à des achats Affiche publicitaire pour le Résinol,
industrielle. L’aspirine, extraite de groupés du fait de leur prix élevé. désinfectant pour le sol, sans date (27375_5J47)
l’écorce de saule, est brevetée en 1899, En 1805 sont ainsi encouragées des
suivie par la pénicilline en 1928. Le fumigations d’acides minéraux grâce sulfurique. Plus tard, on prônera l’usage
thermalisme se développe : des cures à des flacons portatifs renfermant sel du fumigator pour purifier l’air, et du
thermales sont envisagées aux sources marin, oxyde de manganèse et acide résinol pour assainir les sols.
d’eau chaude d’Incarville, aux vertus
dermatologiques, et au Neubourg. Dessin d’anatomie des établissements
du Dr Auzoux, à côté du Neubourg, 1838
(Arch. Hôpital Saint-Jean, HSJ_L6)
Vers une prise en charge spécialisée
La science devient synonyme d’espoir. L’amélioration des connaissances dans les hôpitaux. L’hospitalisation
Les découvertes médicales s’accé- médicales à compter du XVIIIe siècle est réalisée sur certificat médical à la
lèrent : vaccins, rayons X, antibiotiques permet d’orienter les patients vers demande de la famille, d’un médecin ou
ouvrent la voie à de nouveaux trai- des structures plus adaptées à leurs d’un maire : les frais sont alors répartis
tements. La connaissance du corps pathologies, même si elles restent entre famille, commune, département
humain se démocratise grâce aux longtemps des lieux d’enfermement. et hôpital. On sépare peu à peu les
mannequins anatomiques du mé- aliénés calmes des dangereux, ainsi
Documents promotionnels pour la poudre Dops decin neubourgeois Auzoux. Dans le Les aliénés, qu’ils soient dangereux ou que des personnes atteintes de
pour soulager l’estomac, fin XIXe-début XXe siècle même temps, les charlatans n’hésitent non, sont d’abord isolés dans des locaux surdité et de mutisme, dirigées vers
(coll. privée) pas à proposer des médicaments plus annexes aux prisons. La loi de 1838 des établissements plus adaptés à
miraculeux les uns que les autres, réclame un traitement plus humain, leur handicap. Les aveugles indigents
chacun se vantant avoir inventé la au sein d’asiles départementaux, tel sont quant à eux orientés vers l’hôpital
panacée universelle. l’asile d’Evreux, et de locaux adaptés parisien des Quinze-Vingts.
26 | L’art de soigner L’art de soigner | 27U P RÉVE NIR ?
GUÉR I R … O
Accompagner les
malades et les faibles
Dès 1656, Louviers édicte un règlement
Prospectus de présentation de l’asile d’aliénés
d’Evreux, 1874 (Arch. Incarville, 27351_3Q2)
pour son bureau des pauvres,
transformé en bureau de bienfaisance
par la loi du 7 frimaire an V, qui impose la
création de cet organisme dans toutes
Au début du XXe siècle, les tuberculeux les communes. Son but premier est de
sont accueillis dans des sanatoriums maintenir les pauvres à domicile quand
où ils peuvent réaliser des cures de ils ne sont pas capables de travailler
repos et d’air tout en bénéficiant pour raisons de santé, d’infirmité ou
d’une suralimentation destinée à d’âge. En 1837, chaque commune est
les renforcer. L’idée est de les isoler sommée de prendre des mesures pour
du reste de la population car « ces « alimenter les indigents et interdire
épaves humaines ne sont point qu’un le vagabondage et la mendicité ».
lit de tristesse, elles sont un élément de A la fin du XIXe siècle, les bureaux de
danger permanent et très actif, quelles bienfaisance voient leurs compétences
que soient les précautions qu’on renforcées par la gestion directe de
prenne contre la contagion », comme certaines aides d’Etat, en collaboration
l’écrit un médecin contemporain. avec le Conseil général, telles que
Demande d’admission au sanatorium d’Écouis,
1928 (Arch. Hôpital Saint-Jean, HSJ_Q11)
l’assistance médicale gratuite. Règlement du bureau des pauvres de Louviers,
Toutefois ces « sanas » restent peu 1656 (Arch. Hôpital Saint-Jean, HSJ_F2)
nombreux et difficilement accessibles Chaque bureau, présidé par le maire de
pour les pauvres. Sont donc créés dans la commune, est administré par plusieurs
les villes des dispensaires d’hygiène membres, tous bénévoles. Il recense les Outre ces bureaux institutionnalisés,
sociale, chargés de repérer et de suivre indigents, valides, malades et vieillards on trouve diverses œuvres privées,
les malades. Enfin, pour combattre la de la commune, leur octroie ou refuse religieuses ou laïques, qui interviennent
maladie au plus tôt, se développent des selon des critères propres divers secours également dans le cadre de la
préventoriums, comme celui d’Écouis, en argent ou en nature, et les oriente prévention ou de l’accompagnement
souvent présentés comme des colonies éventuellement vers des structures à caractère social ou médical. Ainsi
de vacances au grand air. adaptées pour lesquelles il prend en à Louviers, l’Œuvre Audresset fournit
charge tout ou partie des frais d’accueil. des soins à domicile, des vêtements,
Seuls les pauvres de la commune sont de la nourriture et des médicaments
Vue du préventorium d’Écouis, début XXe siècle
éligibles aux aides, avec parfois une aux indigents en attente d’être pris en
(AD Eure, 8Fi213/59)
obligation d’ancienneté de résidence. charge par le bureau de bienfaisance.
28 | L’art de soigner L’art de soigner | 29Vers une police
de la santé… Des distributions de nourriture sont Enfin au cours du XXe siècle, une
ponctuellement organisées pour limiter politique encadrée de vaccination se
Dès 1770, la commune de Louviers un état de faiblesse propice à la maladie développe. Des médecins vaccinateurs
nomme le Dr Henriquet « médecin et à son aggravation. Lors de l’épidémie sont nommés et effectuent des
chargé de l’inspection générale des qui ravage la Haye-Malherbe en l’an X, tournées dans les mairies et écoles
malades et des mesures de propreté ». chaque malade indigent reçoit ainsi pour procéder aux vaccinations jugées
Mais il faut attendre l’épidémie de par jour 1,5 livre de pain, 0,5 livre de indispensables.
choléra de 1832 pour que soient viande et 1 pinte de petit cidre pour
imposées les premières mesures lutter contre la malnutrition chronique.
d’hygiène publique fortes afin de pallier
la mauvaise qualité de l’eau potable,
l’absence de caniveaux, le non-
ramassage des ordures ménagères et
les nombreux logements insalubres,
étroits, mal aérés et non chauffés. La
loi du 15 février 1902 ordonne enfin à
chaque commune de délibérer sur
un règlement sanitaire communal, En 1798, Jenner réalise la
fixant des règles claires en matière première vaccine contre la
de prévention, de gestion des eaux variole. A compter de 1881,
potables et usées, d’urbanisme et plus Pasteur et bien d’autres
généralement de salubrité publique. chercheurs vont inventer des
vaccins qui vont révolutionner
la médecine : charbon (1881),
rage (1885), typhoïde (1896).
Le XXe siècle ne sera pas en
reste : tuberculose (BCG : 1921),
coqueluche et diphtérie (1923),
Règlement sanitaire de la commune tétanos (1927), grippe et fièvre
des Planches, 1904
(Arch. Acquigny/Les Planches, 27461_5I1)
jaune (1937), poliomyélite (1954),
rougeole (1963), oreillons (1966),
rubéole (1969), varicelle (1973),
infections à méningocoques
chaque réquisition durant leur voyage, (1969 et 2014), hépatite (1976 et
Passeport sanitaire, 1899 ou l’obligation d’informer les autorités 1992). Plus récemment ce sont
(Arch. Louviers, 27375_5J119)
de la présence d’un malade contagieux. les infections à papillomavirus
En outre, des mesures strictes sont et la dengue qui sont enfin
Lors des épidémies, la répression mises en place pour éviter la contagion contrées.
prend le pas. Aux lépreux enfermés après décès, en désinfectant linges et
dans les maladreries, on peut opposer bâtiments ayant abrité des contagieux Affiche d’information sur une campagne
au XIXe siècle les voyageurs soumis à et en déversant du sulfate de chaux sur de vaccination à destination des enfants
quarantaine et à la délivrance d’un les cadavres et dans les tombes pour de la commune de Venables, 1934
(Arch. Venables, 27676_5I4)
passeport sanitaire à présenter à limiter la diffusion de miasmes.
30 | L’art de soigner L’art de soigner | 31OGIE
C H RO N O L
A N T É INS PIRE
L A S
QUAND
AINS
L E S ÉC R I V 1220 1838 1928
Fondation à Montpellier Obligation de créer un asile Découverte de la pénicilline
de la première faculté de d’aliénés dans chaque par Fleming. Loi sur les
médecine française département français assurances sociales,
complétée en 1930 pour
Les médecins et les relations parfois 1347-1353 couvrir les salariés contre
complexes qu’ils entretiennent avec 1850 les risques maladie,
Épidémie de Peste noire, invalidité et vieillesse
leurs malades ont souvent été source qui ravage l’Europe Instauration d’une Caisse
d’inspiration. Ils sont dépeints de Nationale des Retraites
façon satirique par Molière ou encore pour la Vieillesse et des 1941
1438 sociétés de secours mutuels
Jules Romains, dont le Knock (1920) Transformation de
Fondation de la faculté l’hôpital en un lieu de soins
est si imbu de sa science. Est parfois De gauche à droite : Le Médecin malgré lui, de de médecine de Caen 1874 accessible à tous, et non
mise en scène la vie d’un médecin de Molière : gravure de l’édition de 1719. au sein de l’Université de
campagne, telle que décrite par Balzac Les Animaux malades de la peste : Loi Roussel instaurant la plus réservé aux indigents
Normandie (loi du 21 décembre 1941)
et Zola au XIXe siècle ou M. Winckler gravure de Gustave Doré (1867) protection maternelle et
dans La Maladie de Sachs (1998). Enfin infantile
1628 1945
d’autres romancent la biographie de D’autres affections servent d’arrière-
Découverte du principe de 1893 Création de la Sécurité
grands découvreurs, comme pour plan à la littérature. C’est le cas de la la circulation du sang par
William Harvey (J. Hamburger, Le lèpre, avec L’Annonce faite à Marie, Instauration de l’aide sociale. Adoption du code
William Harvey de la mutualité
journal d’Harvey, 1986) ou Yersin (P. de Paul Claudel (1912) ou Les Délices médicale gratuite
Deville, Peste et choléra, 2012). de Tokyo, de Durian Sukegawa (2013), 1796
roman qui évoque le destin des lépreux 1899 1949
Lois instaurant les bureaux Identification du virus de la
D’autres auteurs ont préféré aborder dans le Japon de l’Après-Hiroshima. Brevet de l’aspirine
de bienfaisance (loi du 7 grippe
une maladie en particulier, la plaçant Jean Giono nous plonge quant à lui frimaire an V) et confiant
au cœur de leur intrigue ou insérant dans l’épidémie de choléra de 1832 dans la gestion des hôpitaux 1901
leurs personnages dans un contexte Le Hussard sur le toit (1951), tandis que publics aux autorités Identification des groupes 1953
épidémique où ils se plaisent à les faire la tuberculose inspire le personnage communales (loi du 16 sanguins Découverte de l’ADN (acide
évoluer, décrivant leurs réactions et de la Dame aux Camélias d’Alexandre vendémiaire an V) par Karl Landsteiner désoxyribonucléique) par
celles de leur entourage. La peste est Dumas fils, ou le récit de la vie (1940 : découverte des Jim Watson et Francis
ainsi au cœur de nombreuses œuvres, quotidienne au sein d’un sanatorium 1829-1851 rhésus + ou -) Crick. Instauration des
de la fable sur les Animaux malades de dans la Montagne magique, de Thomas Pandémie de choléra, qui Centres communaux
d’action sociale (CCAS)
la peste de Molière (1678), à l’évocation Mann. Plus récemment, Cyril Collard ravage l’Asie, l’Europe et 1918-1920
des épidémies au travers de La Peste, centre son roman Les Nuits fauves l’Amérique Épidémie de grippe
d’Albert Camus (1947), des Pestiférés (1989) sur le SIDA et Laura Kasischke espagnole 1967
de Marcel Pagnol (1977) ou encore de imagine un monde en proie à une 1re greffe de cœur
la pièce de Naomi Wallace : Une puce, virulente épidémie de grippe dans sa 1921
épargnez-la ! (1995). dystopie En un monde parfait (2009). Découverte de l’insuline
32 | L’art de soigner L’art de soigner | 33P HIE
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1998. - série HDT-Pont-de-l'Arche : Arthus Spectacles, les Archives
hôpital de Pont-de-l'Arche
• PETEL Prosper-Alphonse, Quelques départementales de l'Eure et les
- série M : administration préfectorale
réflexions sur le choléra, Louviers, Union - série X : assistance et prévoyance intervenants de la journée d’études
médicale, 1865. sociale consacrée aux épidémies.
34 | L’art de soigner L’art de soigner | 35Conception : Agglo Seine-Eure — Imprimé par IRS, mars 2022. Tableau des titres des hôpitaux Saint-Jean et Saint-Louis, et de la léproserie Saint-Hildevert de Louviers, XVIIIe siècle (Arch. Hôpital Saint-Jean, HSJ_U4)
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