Nutrition et médecine - UNEO

 
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Nutrition et médecine

Hippocrate disait : que ton alimentation soit ton seul remède.
Une approche du père de la médecine qui prend maintenant tout son
sens.
La médecine n’a pourtant, pendant bien longtemps, pas tenu compte
de ces propos empreints de bon sens et de prévention.

La médecine moderne s’est concentrée sur les maladies (une fois
qu’elles sont présentes), sur les organes (cœur, poumons, reins,
cerveau…). Ces orientations sont louables et ont permis une
augmentation de l’espérance de vie de manière importante.
Néanmoins, la nutrition est longtemps restée un peu en marge des
« stars » de la médecine.
L’heure actuelle, avec l’apogée des maladies en lien avec le mode
de vie, fait de la nutrition une préoccupation majeure des usagers
pour améliorer leur santé et éviter les maladies.
L’absence de la nutrition en médecine a laissé la place à des leaders
d’opinions plus ou moins fiables.

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Il est bien connu qu’un illustre inconnu ayant des milliers d’abonnés
sur les réseaux sociaux sera plus apte à guider des patients en surpoids
qu’un médecin.
Difficile de revenir sur des siècles de mise à l’écart de la nutrition par
la médecine.
Depuis la fin du 20e siècle, le changement est en cours avec des services
hospitaliers universitaires, la recherche clinique et les tutelles.

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Offre et la demande

Bien que les régimes restrictifs aient prouvé leur inefficacité sur le long
terme, comme nous l’avons évoqué, ils sont toujours bien présents
pour promettre des pertes de poids stables sur le long terme.

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Cette étude, confirmée par d’autres, confirme que peu importe le
régime, la perte de poids est une conséquence d’une diminution
d’apports caloriques totale. Peu importe la composition du régime.
Mais alors pourquoi ces régimes sont-ils toujours aussi nombreux ?

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L’Offre et la Demande. Même si ce mode de consommation est
surprenant quand nous évoquons la santé. L’intérêt du consommateur
pour la nutrition créé cette relation.
Demande : perdre du poids sans se poser de question, en toute
simplicité, avec une pilule qui le fera pour nous, sans comprendre
ce qui m’amène à prendre du poids. Trouver enfin la solution pour
sortir de cette souffrance.
Société paradoxale : être un bon consommateur participe à la
prise de poids quand nous sommes prédisposés à stocker l’énergie.
Mais une fois que nous sortons d’une norme sociale ou médicale,
il faut consommer autre chose pour perdre ce poids… La place des
régimes est là.
L’offre : qui correspond donc à cette demande. On vend LA Solution
Vouloir s’attaquer à l’offre ne fonctionnera pas…

Changer la demande semblerait plus pertinent. Ainsi l’offre diminuerait
spontanément.

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Traiter le symptôme

En médecine : traiter le symptôme soulage mais ne guérit pas
Obésité = maladie
Poids = symptôme

Les régimes traitent le poids, donc uniquement le symptôme.
Pas de prise en compte de la maladie.
Le symptôme revient alors systématiquement.

Lors des régimes le poids devient le premier et seul critère de jugement,
indépendamment de la santé de la personne.

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Perte rapide

Le corps a une mémoire métabolique. Ce ne sont pas les candidats
d’une émission de téléréalité américaine qui vont nous contredire.
The biggest loser est un jeu durant lequel des personnes souffrant
d’obésité font une course à la perte de poids en quelques mois (30
semaines). Le gagnant est celui qui aura perdu le plus. Nous pouvons
reconnaître que les chercheurs, outre Atlantique, sont malins. Ils ont
vu chez ces participants d’excellents candidats pour observer ce qu’il
se passe d’un point de vue métabolique lors d’une restriction aussi
sévère, le temps du jeu, soit 30 semaines, et jusqu’à 6 ans après. Ce que
ne s’autorisent pas les chercheurs par déontologie, la téléréalité leur offre.

Les 14 participants avaient en moyenne 34 ans, pesaient 149 kg avec
un IMC de 49,5, un métabolisme de repos mesuré par calorimétrie
indirecte à 2 607 Kcal par jour, une glycémie à jeun à 0,957 g/l, un HOMA
(marqueur de l’insulinorésistance) à 2,5, une leptine à 41,14 ng/ml
(hormone sécrétée par les cellules graisseuses dont la principale
fonction est d’indiquer à l’organisme le niveau d’énergie dont il dispose,
la réserve d’énergie étant constituée par la masse grasse).
Ces personnes ont perdu en moyenne 58,9 kg en 30 semaines !
Évidemment cette perte s’est accompagnée d’une restriction très
importante associée à une activité physique excessive.
Les chercheurs ont pu mesurer l’ensemble des paramètres à 30
semaines (fin du jeu) et à 6 ans. Vraiment malin !

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Un phénomène intéressant et positif : ils ont tous maintenu, après
l’émission, une activité physique, ce qui leur a permis de limiter la
reprise.

Le poids remonte, la masse maigre reste sensiblement la même malgré
la reprise de poids, ce qui signifie que la reprise est essentiellement liée
à la masse grasse malgré l’activité physique maintenue. Tout comme
l’avait démontré Duloo lors de son étude sur des militaires.

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L’étude de Duloo

Cette étude américaine réalisée sur des militaires était constituée
de 2 phases : la première, une sous-alimentation (restriction calorique
importante, moins de 50 % des apports habituels) responsable d’une
perte de masse grasse et masse maigre (musculaire) ; la deuxième
phase, une reprise d’alimentation « normale » responsable d’une
reprise de masse grasse très rapide associée à une reprise de masse
musculaire plus lente. Comme si l’organisme, par crainte de nouvelle
restriction, anticipait et réalisait des stocks énergétiques en urgence.
Cette accumulation de masse grasse s’arrêtera une fois que la masse
musculaire aura été totalement restaurée.
En phase de stabilisation, la masse grasse sera nettement supérieure
par rapport à la situation avant sous-alimentation (restriction) pour
la même masse musculaire. La composition corporelle a donc
complètement été modifiée par la sous-alimentation.
Cette étude démontre 2 choses :
     • Perdre du poids avec une sous-alimentation (restriction/régime)
        entraînera une reprise métabolique (même chez des militaires,
        largement actifs) ;
     • Perdre du muscle lors d’une restriction sera systématique suivi
        d’une reprise de masse grasse.

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Abdul G. Dulloo et al. CND. 2013 (48)

Ces graphiques montrent l’évolution des métabolismes de repos par
rapport aux mesures de départ, 30 semaines et 6 ans après le jeu.
Un phénomène important est que le métabolisme de repos est passé
de 2 600 Kcal/jour avant, 2 000 Kcal/jour en fin de jeu (soit une
économie de 600 Kcal/jour, environ un repas). Le plus surprenant est
que ce métabolisme n’a pas augmenté malgré la reprise de poids pour
afficher 1 900 Kcal/jour 6 ans après l’émission (soit une économie
de 700Kcal/jour). L’organisme des participants est devenu très très
économe malgré la reprise de poids. On imagine facilement, les
restrictions qu’ils ont essayé de poursuivre après l’émission pour tenter
de maintenir le phénomène rebond car même en mangeant moins, le
poids montait.
Toujours concernant le métabolisme, rapporté au poids : avant
l’émission un kilo consommait 17,5 Kcal/jour, en fin d’émission 22 et 6
ans après 14,5 Kcal/jour ; soit une économie de 3 Kcal/jour/kg.
Les autres marqueurs ne sont pas non plus allés dans le bon sens :
la glycémie, après être descendue, est remontée au-dessus de la
mesure de départ malgré le fait que le poids moyen reste inférieur au
poids de départ. Cette augmentation est en lien avec un marqueur
d’insulinorésistance (HOMA) qui est passé de 2,5 à 0,7 puis 3,6. En
d’autres termes, l’organisme des participants est devenu
métaboliquement moins performant avec un risque de diabète de
type 2. Le poids des 6 années a dû également jouer.

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Enfin, la leptine : son taux sanguin passe de 41,1 à 2,5 puis 27,7 à 6 ans.
Malgré un poids moyen à 90 kg la leptine était descendue à un niveau
extrêmement bas (2,5 ng/ml), comparable à des personnes souffrant
d’anorexie mentale. Ce niveau sanguin très faible est le reflet d’une
adaptation du tissu adipeux qui envoie un signal d’alerte « de famine
extrême ». C’est en partie ce taux très bas, qui par son action sur
l’hypothalamus (organe cérébral contrôlant le métabolisme) favorisera
une économie métabolique importante de 600 Kcal/jour. Le plus
perturbant est que ce taux va remonter avec le poids et la masse grasse
mais pas de manière proportionnelle. Rapporté à la masse grasse ce
taux varie de 0,56 ng/kg de masse grasse pour passer à 0,095 à 30
semaines et terminer à 0,45 à 6 ans.

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Cette sécrétion reste donc perturbée de manière conséquente
6 années après la restriction secondaire au jeu. L’organisme ne
considère pas être revenu à un niveau de réserves suffisant alors
que le poids est fortement remonté.
Ces résultats, avec des poids qui sont restés inférieurs au poids initial,
peuvent se comprendre par le contexte de début de jeu et
le profil des 14 personnes.

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En effet certains participants ont volontairement pris du poids avant
le début du jeu de manière à perdre plus rapidement durant
l’émission. Leur poids « métabolique » (habituel) était en réalité en
dessous du poids de départ. De plus ces personnes ont tenté par
tous les moyens de maintenir le poids perdu (devant les caméras :
pression supplémentaire) en mettant en place des mécanismes
de restriction accentuant la problématique (expliquant en partie
que 6 ans après le métabolisme soit encore plus économe). Ces
explications permettent de comprendre qu’ils ne soient pas tous
remontés au poids de départ avant jeu.

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Que pouvons-nous en conclure ?
Les pertes aussi rapides induisent inévitablement des résistances
métaboliques importantes, rendent l’organisme économe en
énergie, imposent donc le maintien de restrictions pour maintenir
le poids qui remonte malgré les efforts. Ces modifications sont
en grande partie en lien avec des perturbations des régulations
de la balance énergétique et un taux de leptine lourdement impacté.

                                 Running solves nothing

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Un organisme conçu pour résister
à la famine

Comme évoqué dans le module précédent, l’être humain est conçu
pour résister à la famine.
Le chasseur cueilleur, notre ancêtre, devait résister à la famine. Résister
au manque d’apport énergétique et à la perte des réserves énergétiques
(graisse)

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Il n’existe plus de famine en dehors des famines sociales ou
géopolitiques.
Et bien si …
Les régimes sont devenus, pour notre organisme, des famines
modernes !
La problématique : nos corps, en fonction de la prédisposition, sont de
manière plus ou moins importante conçus pour résister à ces famines.

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La phase de « stabilisation »

Dans la très grande majorité des régimes restrictifs, nous devons
respecter une phase de « stabilisation » qui nous permettra de
maintenir le poids perdu, en général, rapidement sur le long terme.
Cette phase semble être la plus complexe… pour une bonne raison.
Perdre du poids rapidement n’est pas si compliqué lorsque nous nous
imposons une restriction importante. Cette restriction sera la graine
semée qui nous fera reprendre malgré la phase de stabilisation.
Après la perte imposée par le dogme du régime, les mécanismes de
rebonds sont en place. Ces mécanismes sont la conséquence de
régulations autonomes de notre corps qui vient de subir ce qu’il
considère comme une famine.
Malgré la motivation à maintenir, la phase de stabilisation ne jouera
pas son rôle et nous reprendrons du poids car nous avons perdu trop
rapidement.
Cette phase n’a en réalité qu’un seul objectif, logiquement non avoué,
faire croire que si nous reprenons c’est forcément de notre faute.
Et cet objectif, bien éloigné du maintien pondéral vendu, est
parfaitement rempli. En effet, la très grande majorité des personnes
ayant effectué un régime restrictif, peu importe la méthode employée
vous expliquera que le régime a fonctionné mais que la reprise est
de leur fait car ils n’ont pas su réaliser correctement la phase de
stabilisation.

« J’ai perdu grâce… j’ai repris à cause de moi »

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Si votre perte de poids est trop brutale et en lien avec une restriction,
toutes les phases de stabilisation du monde ne fonctionneront pas.

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La composante gustative

Au-delà des aspects de régulation, manger a aussi une fonction
hédonique.
Manger sans se faire plaisir, ou en culpabilisant au moindre écart,
ne sera pas tenable sur le long terme.

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