Solidarité : une prière pour Haïti, dimanche 19 juin
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Par Cathy Gerig Solidarité : une prière pour Haïti, dimanche 19 juin Alors que le pays reste en proie à une importante crise politique et peine à se relever après le séisme d’août 2021, la Fédération protestante de France invite à prier pour “ses frères et sœurs haïtiens”, lors du culte du dimanche 19 juin. Pour l’ONU, Haïti est un pays en état de terreur et dans l’impasse politique. Le 16 juin, Helen La Lime, la représentante spéciale du Secrétaire général pour le pays, a mis l’accent sur “la détérioration sécuritaire rapide du pays et de flambées de violence très inquiétantes dans la capitale Port-au-Prince”, précise un communiqué. Alertée par la Fédération protestante d’Haïti “sur la situation dramatique que traverse le pays”, la Fédération protestante de France (FPF) invite ses membres à la solidarité par la prière lors des cultes du dimanche 19 juin. Dans un communiqué, elle rappelle que le pays subit, en plus de l’insécurité, “une très forte précarité matérielle et alimentaire mettant la population dans une situation de très haute vulnérabilité, les Églises elles-mêmes étant aujourd’hui entravées dans leurs missions tant cultuelles que sociales”. Victime d’un nouveau séisme en août dernier, qui avait fait 2 207 morts, 344 personnes disparues et 12 268 blessés, selon un rapport de la protection civile. Le tremblement de terre avait également fait des dégâts matériels
importants. Le Défap, service protestant de mission, recensait alors près de 37 000 maisons détruites et 47 000 autres endommagées. Un triste bilan à compléter par les dommages subis par une multitude de bâtiments publics, dont des édifices religieux. Faire un don Pour ceux qui ont la possibilité de faire un don, la FPF rappelle qu’il est possible de soutenir ses partenaires grâce au dispositif Solidarité protestante de la Fondation du protestantisme. Il permet d’apporter un soutien financier en ligne, par virement bancaire ou bien par chèque. Dans ce cas, il faudra le rédiger à l’ordre de “Solidarité protestante Haïti” et l’envoyer à la Fondation du Protestantisme, 47 rue de Clichy 75009 Paris. Proposition de prière d’intercession, faite par la FPF pour les cultes du dimanche 19 juin : Dieu notre Père, En ce dimanche 19 juin 2022, au moment où l’Église est rassemblée partout sur cette terre dans la prière d’intercession, nous voulons te présenter le monde, ses bonheurs et ses malheurs, ses promesses et ses détresses, son présent et son avenir. Aujourd’hui, en particulier, nous te présentons Haïti et la situation de désordre, de misère, d’injustice et de violence que vit son peuple, les souffrances éprouvées par la population, et la vocation si difficile de son Église qui veut témoigner de la justice et de la paix quand pourtant rien ne va. Porte ton regard sur ce pays et chacun de ses habitants, un regard de miséricorde et de compassion là où la haine et le malheur semblent triompher, et permets que la justice, la bienveillance et la paix trouvent enfin leur chemin dans les relations entre les humains pour une société apaisée. Et apprends à chacun l’exigence de la réconciliation et l’espérance d’un renouveau. Quand bien même d’autres menaces très graves pèsent sur la paix du monde, en Europe, en Asie ou en Afrique, apprends-nous à ne jamais rompre le lien qui nous
unit avec les haïtiens, les chrétiens et les protestants de ce pays que rassemble notamment la Fédération protestante d’Haïti avec qui tant de liens solides et heureux nous unissent. Bénis les membres de la FPH et tous les haïtiens, au nom du Christ qui nous tient ensemble et solidaires, Amen. Par Rédaction Réforme avec AFP Présidence de la FPF : Christian Krieger succède à François Clavairoly Comme Réforme vous l’avait annoncé en novembre dernier, Christian Krieger s’apprête à devenir président de la Fédération protestante de France (FPF). François Clavairoly lui cède sa place ce samedi 11 juin. Le pasteur Christian Krieger, 58 ans, “homme de dialogue” et européen convaincu, prend la tête samedi 11 juin de la Fédération protestante de France (FPF) où il aura pour tâche de maintenir le lien dans un monde protestant très divers. Élu à l’automne dernier, Réforme avait alors réalisé le portrait du pasteur
qui prendra les rênes de cette institution lors d’une assemblée générale, succédant à François Clavairoly, à ce poste depuis neuf ans. La FPF est considérée par les pouvoirs publics comme l’instance de représentation des protestants. Née en 1905 juste après la loi de séparation des Églises et de l’État, elle comprend aujourd’hui 28 unions d’Églises et environ 500 communautés, institutions, œuvres et mouvements (Armée du Salut, Cimade). “Expérience”, “écoute et dialogue”, “l’Europe comme ADN”, “vision internationale du protestantisme” sont les mots qui reviennent le plus souvent à l’égard de Christian Krieger, selon plusieurs personnes ayant travaillé avec cet homme aux “multiples cordes à son arc”, interrogées par l’AFP. Il est d’abord natif d’Alsace, où la Réforme pénétra très tôt au XVIe siècle. Né en 1964 dans le Bas-Rhin au sein d’une famille protestante, il confie avoir trouvé sa vocation “dans les années lycée”. Il suit des études de théologie, d’abord dans une école missionnaire en Allemagne puis à la Faculté de théologie protestante de Strasbourg. Ordonné pasteur en 1995 Originaire de l’Église luthérienne, il est ordonné pasteur en 1995 et obtient son premier poste à l’Église réformée du Bouclier, à Strasbourg. Pendant dix-sept ans, il y entreprend plusieurs projets: formation biblique, théologique, création d’une chorale de gospel, construction d’un orgue de renommée mondiale… Il prend aussi la tête d’une association d’accueil de femmes en situation de précarité, Le Home Protestant, y développe les capacités d’hébergement, “un sujet qui me tient vraiment à cœur”, dit-il. En 2012, il devient président de l’Église protestante réformée d’Alsace et de Lorraine (Epral) et vice-président de l’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine (UEPAL). “J’ai une réelle identité européenne”, témoigne à l’AFP cet homme aux cheveux noirs, front dégarni, lunettes fines. Président de la Conférence des Églises européennes (CEC) depuis 2018, il porte la voix de ces églises protestantes, orthodoxes, anglicanes auprès des institutions européennes.
Christian Krieger joue les démineurs C’est dans ce cadre qu’il demande, en avril, aux présidents russe Vladimir Poutine et ukrainien Volodymyr Zelensky “un cessez-le feu” entre la Pâque catholique et la Pâque orthodoxe, et appelle le patriarche orthodoxe Kirill “à prendre une position claire”. Cela s’avèrera “un échec”, reconnaît-t-il, mais “il ne faut laisser aucune chance inexploitée”. Au sein de la FPF, Christian Krieger joue les démineurs, lorsqu’en 2015 surgissent des tensions après la décision de l’Église protestante unie de France (EPUdF), principale composante de la FPF, d’autoriser la bénédiction des couples de même sexe. La tendance communion luthéro-réformée y est favorable, ce qui n’est pas le cas de la mouvance évangélique, dont certains veulent quitter la fédération. Avec la théologienne Valérie Duval-Poujol, le pasteur, vice-président de la FPF, mènera donc pendant deux ans une mission qui permettra le dialogue. Un dialogue qui reste un “sujet pas facile” reconnaît-il, souhaitant une “relation féconde” avec les églises évangéliques, dont certaines appartiennent à la FPF, d’autres au Conseil national des évangéliques (Cnef), en pleine expansion, d’autres ayant la double appartenance. “Comme le lait sur le feu” Dans la société un sujet, la laïcité, sera “à surveiller comme le lait sur le feu”, selon Christian Krieger. “Un débat permanent persiste sur sa compréhension”: la loi de 1905 est-elle “une loi de confinement du religieux dans la sphère privée ? ou est-ce une loi de liberté religieuse ?”, dit-il, rappelant que le protestantisme est très attaché à cette dernière acception. Il entend aussi continuer à s’opposer à la loi contre le “séparatisme” adoptée en 2021. La FPF la juge discriminante et stigmatisante à l’égard des religions. Les protestants représentent 2,5% de la population en France métropolitaine et 5% dans les départements et territoires ultramarins, selon le sociologue des religions Jean-Paul Willaime. “Près de deux millions” de personnes, revendique la FPF.
Par Rédaction Réforme Présidentielle : la FPF et l’Uepal prennent leur “responsabilité chrétienne” La Fédération protestante de France (FPF) et l’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine (Uepal) prennent position avant le second tour de l’élection présidentielle qui opposera Marine Le Pen à Emmanuel Macron, dimanche 24 avril. Dimanche 24 avril, lors du deuxième tour de la présidentielle, Emmanuel Macron, La République En Marche ! (LREM), sera face à la cheffe de file du Rassemblement national, Marine Le Pen. La Fédération protestante de France (FPF) et l’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine (Uepal), associée aux autres responsables des cultes concordataires, ont publié des communiqués. “La situation de l’entre-deux-tours laisse à nouveau un grand nombre dans l’insatisfaction et suscite un réel questionnement quant au choix citoyen. Mais ne faisons pas passer le sentiment d’être dans une impasse, ou dans une situation de renoncement intellectuel au-dessus de notre responsabilité chrétienne”, écrit la FPF.
Pour la Fédération protestante, c’est sûr, “ses engagements pourront être entravés en cas de victoire du Rassemblement national : la parole en faveur de la liberté religieuse, les actions pour l’accueil des exilés, des étrangers, les œuvres auprès des plus vulnérables, le plaidoyer sur les questions climatiques, et de façon plus générale le projet de promotion de la fraternité et de lutte contre les inégalités dans une société qui a besoin de se rassembler”. “La FPF veut rester vigilante, attester de sa confiance dans la politique et contester tout ce qui mettrait en cause et trahirait le message de l’Évangile”, précise le communiqué. Les risques liés à l’abstention Comme la FPF, l’Uepal met elle aussi en garde contre les risques liés à l’abstention ou au vote blanc lors du deuxième tour de la présidentielle. “S’abstenir ou voter blanc, c’est laisser d’autres décider à notre place et prendre le risque de le regretter”, précise-t-elle dans une déclaration commune avec l’Archevêché de Strasbourg et le Consistoire israélite du Bas-Rhin. “Le premier tour a confirmé l’effondrement des partis traditionnels de gouvernement (…) la perte de confiance dans le fonctionnement de la démocratie représentative et les institutions de la 5e République”, estiment les signataires. “Ce vote exprime la protestation face à la fracture sociale, le sentiment de déclassement d’une grande partie de la population et la méfiance vis-à-vis des élites impuissantes à répondre aux besoins concrets des gens comme aux enjeux de la crise climatique. Il doit donc être entendu et représente le principal défi pour le quinquennat à venir.” Pour autant, “un choix décisif pour l’avenir de la France” sera fait dimanche 24 avril. Alors que “la question des valeurs fondamentales est à nouveau au cœur des enjeux”, les représentants des cultes concordataires rappellent leur “attachement aux valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité de la République, comprises comme un projet d’ouverture et de générosité de notre pays, qui fonde son rayonnement partout dans le monde”. “Tous concernés et responsables” Insistant sur le fait que “chaque être humain est créé à l’image de Dieu et porteur d’une égale dignité, quelle que soit sa race ou sa religion”, ils portent une attention particulière à la question des réfugiés et à celle de l’Europe. Ainsi, la guerre en Ukraine “nous invite à revoir nos relations internationales et nos
politiques d’accueil par rapport à la croissance des flux migratoires”. “Dans une région marquée dans son histoire par de terribles blessures”, les signataires veulent rappeler leur “profond attachement au projet européen, facteur, malgré ses imperfections, de stabilité, de démocratie et de paix. Sa remise en cause constituerait une régression vers des replis nationalistes dont nous voyons les terribles méfaits sur notre continent”. Alors, ils invitent les membres de nos communautés à “faire le choix de la personne qui sera la mieux à même de mener une politique internationale gage de paix et de stabilité. Nous sommes tous concernés et responsables de l’avenir de notre pays : notre devoir est donc d’aller voter”. Par Laure Salamon La Fédération protestante de France a présenté ses vœux pour 2022 La Fédération protestante de France a présenté ses vœux mardi 25 janvier à Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur et des Cultes. Les vœux de la Fédération protestante de France ont pris cette année une
tournure différente des éditions précédentes. La cérémonie 2022 a bien eu lieu au 47 rue de Clichy à Paris, siège de la Fédération, mais devant un parterre d’invités limité et retransmise en direct sur les réseaux sociaux. Suivie par une centaine de personnes en direct, elle a duré un peu moins d’une heure. Une retransmission très appréciée par les internautes, ravis de pouvoir suivre ce temps d’échange. François Clavairoly a pris la parole pour revenir sur l’année écoulée. Il a présenté ensuite les trois temps forts de la Fédération pour cette nouvelle année qui s’ouvre. Tout d’abord, la Fédération porte une Adresse à destination des candidats pour l’élection présidentielle qui aura lieu les 10 et 24 avril prochain. L’Adresse porte sur dix thèmes, portés par dix experts. « Des sujets qui nous préoccupent et qui sont portés par nos Églises et nos œuvres. Avec la responsabilité qui nous incombe, nous voulons contribuer au débat démocratique. » Les dix thèmes sont: « écologie et justice climatique », « autonomie et handicap », « égalité femmes- hommes », « laïcité et place des religions », « racisme et xénophobie », « exil et accueil des réfugiés », « jeunesse », « pauvreté », « Europe et justice sociale » et « solidarité ». La Fédération protestante souhaite prendre sa part dans le débat citoyen avec un « regard lucide et critique ». L’envoi de de cette Adresse aura lieu à partir de la semaine prochaine, en partenariat avec Réforme. Second temps fort de l’année, Osez lire la Bible ensemble. En citant Nicolas Boileau et André Gounelle, le pasteur Clavairoly a présenté cette initiative de la Fédération qui vise à faire dialoguer et échanger autour de la Bible. Le programme a été lancé le 5 janvier par la diffusion de cinq émissions (la dernière est prévue le 2 février) et est repris dans les pôles régionaux de la FPF, ainsi que dans certaines paroisses. Changement institutionnel Le renouvellement à partir du 1er juillet du président et du secrétaire général de la Fédération. a été officiellement annoncé. François Clavairoly a salué le pasteur Christian Krieger, président de l’Église protestante réformée d’Alsace et de Lorraine (Epral), vice-président de l’Union des Églises protestantes d’Alsace et de
Lorraine (Uepal) et président de la Conférence des Églises européennes (CEC), qui lui succèdera. Il a également salué la compétence de Jean-Raymond Stauffacher, président de l’Union nationale des Églises protestantes réformées évangéliques de France (UNEPREF) qui prendra le poste de secrétaire général de la Fédération. Le président François Clavairoly a insisté sur la façon dont ces trois temps forts concernent le ministre de l’Intérieur, à qui il a remis un exemplaire de la Bible manuscrite, un exemplaire de « Les relations entre chrétiens et juifs – Compendium de textes protestants » sur le Dialogue judéo-protestant et les Actes du colloque sur les évangéliques en invitant le ministre « à mieux connaître les évangéliques qui ont toute leur place au sein de la Fédération ». Il a souhaité à tout le monde une bonne et heureuse année en reprenant les termes de l’apôtre Paul : « Efforcez vous de garder l’unité de l’esprit par le lien de la paix ». Le ministre a remercié les responsables des Cultes Puis, le ministre de l’Intérieur et des Cultes, Gérald Darmanin a pris la parole. Il a redit son « vif désir et souhait que les personnes qui veulent vivre conformément à leur foi puissent le faire ». Il a remercié les responsables des cultes pour les décisions prises pendant la crise sanitaire traversée depuis deux ans: « Vous avez choisi la vie. » Il est revenu sur les explications difficiles, les relations parfois tendues entre son ministère et la Fédération notamment concernant la loi sur le séparatisme mais en rassurant sur le fait que « la laïcité n’est pas la négation des religions ou la discrétions des religion mais bien la cohabitation de ces religions dans l’espace public et qu’elles ont toute leur place dans notre société ». Lors de cette cérémonie des voeux de la Fédération protestante, le ministre des Cultes a remercié le pasteur Clavairoly pour leurs échanges et son attitude, qu’il a qualifiés de « virils mais corrects ». Il a redit « le désir normal de fermeté qui ne va pas sans l’exigence de solidarité de notre république » pour l’accueil des personnes dans la difficulté. Il a insisté
sur son souhait de continuer « à travailler avec humanité ». La cérémonie a été calme et cordiale, étant donné les prochaines échéances institutionnelle et démocratiques. Le pasteur Clavairoly a enfin assuré son hôte que le pasteur Krieger resterait dans la continuité quant aux valeurs défendues par la Fédération. Retrouvez l’intégralité des discours : Par Rédaction Réforme avec AFP Emmanuel Macron participera mardi 26 octobre au dîner du Cercle Charles Gide, protestants pour une économie responsable Emmanuel Macron participera mardi à Paris à un dîner de bienfaisance organisé par un réseau d’entrepreneurs protestants, au cours duquel le Président de la Fédération protestante de France (FPF) entend souligner la nécessité de veiller
au “partage” des richesses. L’Élysée a confirmé la participation du président de la République à ce dîner organisé par la FPF et le réseau “Cercle Charles Gide – Protestants pour une économie responsable”. Seront également présents le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin et des représentants des cultes catholique, juif et musulman. Devant 270 personnes réunies au Cercle de l’Union Interalliée, François Clavairoly, président de la FPF, fera une “adresse” à Emmanuel Macron, lequel prononcera ensuite un discours. Cette adresse “n’est pas une interpellation au sens militant, ni la présentation d’un catalogue de doléances”, a précisé M. Clavairoly à l’AFP. Il s’agira de montrer que “le protestantisme, depuis toujours dans ce pays s’est engagé par sa liberté de conscience et d’entreprendre dans la création de richesses”, a-t-il dit. Et “en même temps”, a-t-il poursuivi, faisant allusion à cette expression souvent utilisée par le candidat Macron pendant sa campagne, “le protestantisme est attentif à la solidarité, au partage, à l’équité”. La soirée doit permettre de recueillir des dons affectés à des projets soutenus par la Fédération de l’Entraide Protestante (grande pauvreté et jeunesse). La FPF aimerait voir ce dîner en présence du chef de l’État se renouveler chaque année, sur le modèle du dîner du Crif (Conseil représentatif des institutions juives).
Par Louis Fraysse Les Églises “prophétiques” sont- elles encore évangéliques ? Entretien avec Sébastien Fath Historien, chercheur au chercheur au Groupe sociétés, religions, laïcités du CNRS, Sébastien Fath est l’un des meilleurs connaisseurs français de l’évangélisme. Il répond ici aux questions de Réforme. Vous travaillez depuis plusieurs décennies sur l’histoire du mouvement évangélique en France, aux États-Unis, et plus récemment en Afrique. Dans vos travaux récents, vous avancez que certaines Églises, pourtant issues de l’évangélisme, ne peuvent plus aujourd’hui être considérées comme évangéliques. L’évangélisme, comme le protestantisme en général, s’est toujours distingué par sa profonde diversité et par son caractère éclaté. Mais je pense en effet que nous assistons, depuis la décolonisation, à une nouvelle diversification du christianisme, avec des Églises qui viennent du monde protestant évangélique, mais s’en distinguent, depuis 40 ans, par un certain nombre de caractéristiques. C’est une diversification, pas une fracture. Les choses se font progressivement, et il existe des passerelles entre les milieux. Cette diversité nouvelle n’est pas forcément en tension avec les réseaux existants. Pour prendre le cas français, on trouve, d’un côté, une majorité d’évangéliques qui sont parvenus à établir un dialogue fructueux malgré leurs différences théologiques, au sein du Conseil national des évangéliques de France (Cnef). Mais ce serait une erreur de décrire les nouvelles Églises néopentecôtistes ou
néocharismatiques hors Cnef comme nécessairement non-protestantes ou non- évangéliques. Parmi ces Églises, qui s’inscrivent dans la mouvance “néopentecôtiste” ou “néocharismatique” et disposent souvent d’importants réseaux transnationaux, il faut regarder au cas par cas. Beaucoup sont protestantes évangéliques. Elles sont l’expression contemporaine d’une réalité séculaire dans l’histoire protestante, à savoir les Réveils, phases de remobilisation, de conversion et de créativité qui font “bouger les lignes”. Certaines Églises se distinguent cependant de la matrice protestante évangélique, et dessinent les contours des nouveaux christianismes d’aujourd’hui, de type revivaliste et prophétique, au-delà du périmètre traditionnel protestant. Un certain nombre de ces dernières sont en tension avec le paysage évangélique recomposé autour de la Fédération protestante de France (FPF) et du Cnef. Pour quelles raisons ? Veillons avant tout à ne pas essentialiser les choses. Si l’exubérance ou la longueur de leurs cultes (parfois plus de trois heures) peut dérouter, la majorité de ces Églises néopentecôtistes sont indubitablement évangéliques, en ce qu’elles placent toujours la régulation biblique au cœur de leur théologie. Leur accent sur l’orthodoxie biblique et l’étude des Écritures pourrait d’ailleurs parfois faire pâlir bien des donneurs de leçon en matière de sola scriptura ! Qu’elles suscitent mépris ou défiance n’est pas chose nouvelle : par le passé, de nombreux mouvements ont provoqué incompréhension ou hostilité lorsqu’ils ont émergé. Quand l’Armée du Salut s’est installée en France, à la fin du XIXe siècle, beaucoup de protestants trouvaient absolument inconcevable qu’une Église puisse s’organiser sur le mode d’une armée. Les salutistes ont même été accusés d’être des jésuites déguisés ! Plus personne, aujourd’hui, ne penserait pourtant remettre en question l’appartenance de l’Armée du Salut au protestantisme. Qu’en est-il des autres ? Une minorité d’Églises néopentecôtistes ou postcoloniales semble en revanche s’être éloignées de ce qui fait vraiment le cœur de la théologie protestante, soit la sola scriptura, l’Écriture seule. Dans ces mouvements, l’autorité prophétique du pasteur passe avant celle de la Bible, et les prophéties tendent passer devant le texte biblique comme source d’autorité première. Ces milieux chrétiens, qui appartiennent aux Églises dites “prophétiques”, ont aujourd’hui largué les
amarres avec le protestantisme évangélique. Elles incarnent à mon sens un christianisme d’un genre nouveau, un christianisme postcolonial ni catholique ni protestant reposant en premier lieu sur l’efficacité du Saint-Esprit, médiatisée par le “charisme” d’un pasteur et sa capacité à prophétiser, avec bien souvent un retour en force de l’Ancien Testament (l’Église du christianisme céleste au Bénin, par exemple). Un autre scénario de sortie du protestantisme porte sur l’ecclésialité. Il est intéressant de souligner que l’on discerne, au sein de ces nouveaux christianismes, des Églises qui réinstitutionnalisent à tout va, qui mettent en place des structures très rigides et très autoritaires. Ces modes d’organisation rappellent bien davantage ceux de l’Église catholique que celui des Églises congrégationalistes ou presbytéro-synodales, par nature fort rétives à la régulation par une institution centralisée et directive. Je pense notamment à l’Église universelle du royaume de Dieu, fondée au Brésil, qui fonctionne sur un régime d’autorité pyramidale qui n’a rien de protestant, rien d’évangélique. Vous avez utilisé le terme de “postcolonial”. Est-ce là ce qui caractérise aussi ces nouvelles Églises ? Beaucoup des Églises néopentecôtistes et néocharismatiques sont des Églises nées après la décolonisation, et alimentées aujourd’hui par l’immigration. Leur dynamisme est à mettre entre relation avec l’ardente aspiration des jeunesses d’Amérique latine, d’Asie, d’Afrique, de sortir de la pauvreté, et d’obtenir une place au soleil. Après le joug de “Pharaon” (du colonisateur), le désir de terre promise est grand. Cette aspiration coïncide aussi avec l’explosion de la société de consommation depuis la fin des années 1960 qui, les sociologues l’ont montré, a aussi eu des effets majeurs sur le plan spirituel. Autrefois confinée à l’extramondain, à l’au-delà, l’espérance du Salut a peu à peu gagné l’intramondain. De plus en plus, on attend des résultats ici et maintenant de sa foi en Jésus, on veut en quelque sorte rapatrier le paradis ici-bas. Cette évolution est à mettre en parallèle avec le développement du christianisme thérapeutique, qui met l’accent sur la guérison du fidèle, et sur sa prospérité. Qu’en est-il du rapport à la colonisation ? Il convient ici d’apporter de la nuance : comme l’historien Jean-François Zorn le rappelle, les missions chrétiennes ont souvent été en tension avec l’impérialisme
colonial, elles se sont souvent opposé aux autorités coloniales, et, sans elles, la colonisation aurait sans doute été encore plus rude. Mais ce n’est qu’une partie du problème : certes, les missions n’ont pas forcément cautionné l’ordre colonial, mais la théologie qu’elles ont prêchée, les doctrines qu’elles ont enseignées ont largement insisté sur le respect des autorités, l’obéissance au pouvoir, et l’espérance d’un Salut extramondain. Avec les décolonisations, cette théologie chrétienne a commencé à être battue en brèche, accusée d’avoir essentiellement cherché à maintenir une forme de contrôle social et d’attente de l’au-delà auprès des populations colonisées. La célèbre citation de Jomo Kenyatta, premier président du Kenya indépendant, fait écho à cette idée : “Lorsque les Blancs sont venus en Afrique, nous avions les terres et ils avaient la Bible. Ils nous ont appris à prier les yeux fermés : lorsque nous les avons ouverts, les Blancs avaient la terre et nous la Bible.” Les décolonisations ont donc amorcé un phénomène de recomposition du christianisme dans les pays du Sud… Pour filer la métaphore de Jomo Kenyatta, on pourrait dire que les chrétiens ont décidé de garder les yeux ouverts, en revendiquant eux aussi l’intramondain. Au fil des années, une nouvelle génération de pasteurs s’est mise à prêcher un discours appelant les fidèles à prendre leur place dans la société, à travailler dur, à investir, s’enrichir, afin de faire avancer le royaume de Dieu ici-bas. Un prédicateur comme le pasteur congolais Marcello Tunasi, très célèbre en Afrique francophone, brocarde ainsi la “Bible du colonialiste” et insiste sur le fait que les chrétiens d’Afrique et des Antilles doivent devenir juristes, entrepreneurs, ministres, bref, investir la société séculière et devenir prospères, car c’est comme cela qu’ils pourront développer leur pays et faire progresser le royaume. C’est bien sûr à cette aune que l’on doit appréhender l’essor des théologies de la prospérité sur le continent et, par ricochet, en France. Les fidèles de ces Églises, pour beaucoup, ne se définissent pas comme protestants, ni comme évangéliques, mais comme chrétiens. Est-ce là quelque chose de nouveau ? Quitte à surprendre, je dirai que non. Ce n’est vraiment pas inédit dans l’histoire du christianisme. Ne vouloir être défini que comme “chrétien” est un leitmotiv de tous les réveils protestants ; les acteurs de ces réveils ont toujours interprété
l’aspect non-confessionnel de ces épisodes comme la preuve d’un nouveau printemps chrétien universel, qui transcenderait les divisions antérieures. Lors du grand réveil méthodiste des XVIIIe et XIXe siècles, les nouveaux convertis refusaient ainsi d’être appelés “méthodistes” et se définissaient comme chrétiens, idem pour les darbystes quelques décennies plus tard. Cette tendance n’est donc pas nouvelle, et n’est pas plus nette aujourd’hui qu’il y a cent ans, même si la dérégulation du champ confessionnel fait que les institutions religieuses peinent de plus en plus à manifester leur pouvoir prescriptif sur les fidèles. En plus des efforts de la FPF, l’instance représentative du protestantisme français auprès des pouvoirs publics, on a assisté ces dernières années à un rassemblement des évangéliques français au sein du Cnef. Avec sa mission de “manifester l’unité des évangéliques”, il a célébré l’an dernier ses dix ans. Dans quel contexte historique s’est inscrit sa création en 2010 ? Historiquement, l’évangélisme en France a longtemps été divisé entre deux grandes tendances. L’une, de nature piétiste et orthodoxe, a traditionnellement mis l’accent sur l’orthodoxie biblique, sur l’autorité suprême des Écritures. On retrouve cette approche chez les assemblées de frères, les méthodistes ou chez certains baptistes. L’autre orientation, où l’on rencontre essentiellement des églises issues du pentecôtisme historique, insiste davantage sur l’efficacité de l’action divine dans la vie du croyant dont témoignent les manifestations du Saint- Esprit. Cette dernière orientation est notamment incarnée par les Assemblées de Dieu (ADD). Longtemps, ces deux familles ne se sont pas parlé, pour ne pas dire qu’elles étaient à couteaux tirés. Dans les années 1930, certains évangéliques piétistes considéraient encore le pentecôtisme comme une “contrefaçon” du christianisme, et considéraient les dons de l’esprit comme étant d’essence diabolique. À partir des années 1970, du fait de rapprochements sur le terrain, d’échanges entre pasteurs et enseignants, on a toutefois assisté à un début de rapprochement entre les uns et les autres. Il s’est poursuivi dans les décennies suivantes avec des rencontres plus formalisées et, surtout, des demandes de pardon, car des paroles dures avaient été prononcées de part et d’autre. La création du Cnef, en 2010, est le fruit de cette longue sédimentation.
Vous dites que le Cnef a su éviter un certain nombre de “pièges”. Lesquels ? Le premier est la personnalisation du pouvoir, avec cette tendance aujourd’hui aux pasteurs “leaders”, aux pasteurs stars ; le Cnef, à l’inverse, n’est pas associé à une personnalité en particulier. Il a aussi évité l’écueil de l’institutionnalisation trop lourde : à sa création, certains craignaient qu’il ne se transforme en une sorte de “super Église” du fait de sa confession de foi, ce qui, en contexte évangélique, aurait constitué une sorte de chiffon rouge. Le Cnef a su rester un réseau assez souple, une sorte de forum qui, n’étant pas soumis à une autorité centralisée, permet sans doute des échanges plus fluides entre ses membres. Enfin, on aurait pu craindre que le Cnef contribue à l’émiettement du monde évangélique français. Même s’il est par nature utopique d’espérer rassembler un jour tous les évangéliques au sein d’une même organisation, le Cnef est plutôt parvenu, notamment par sa mise à disposition d’outils juridiques ou de communication, à mettre en œuvre une sorte de mutualisation, de communion, voire d’œcuménisme évangélique. Il a simplifié le paysage chrétien au lieu de l’émietter. Comment comprendre qu’un tiers des Églises évangéliques en France ne rejoignent pas le Cnef ? Je pense que c’est moins dû à des différences d’ordre doctrinal qu’à un trait marquant de l’évangélisme, qui tient presque du viscéral. Beaucoup d’évangéliques sont d’abord et avant tout attachés à leur Église locale, puis à l’Église universelle. Par nature, ils se méfient de toute structure intermédiaire qui pourrait préempter la parole évangélique. Il y a ce côté quelque peu anarchiste dans le rapport à l’institution, au profit d’une articulation privilégiée entre communauté locale et vision globale – “le monde est ma paroisse” comme disait John Wesley, le pasteur à l’origine du méthodisme. Propos recueillis par Louis Fraysse À lire également : La France compte aujourd’hui deux millions de protestants
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Par redaction Conférence sur “Protestantisme et laïcité” avec Nicolas Cadène Quels sont les liens entre le protestantisme et la laïcité, hier, aujourd’hui et demain ? Pour répondre à cette question, le pôle Ile-de-France de la Fédération protestante de France organise jeudi 15 avril une conférence entre 10h et 12h à suivre sur la plateforme Twitch. Le pôle Ile-de-France de la Fédération protestante de France organise une conférence sur le thème « Protestantisme et laïcité, hier, aujourd’hui, demain », jeudi 15 avril de 10h à 12h. Après une introduction menée par Thierry André, pasteur responsable du Lien fédératif, à la fois sur la thématique et les aspects techniques, Nicolas Cadène, rapporteur général de l’Observatoire de la laïcité depuis 2013, prendra la parole pendant 25-30 minutes, puis ce sera le tour de François Clavairoly, président de la Fédération protestante de France. Ensuite, place aux questions des internautes via des messages envoyés par SMS à un numéro donné pendant la conférence pendant 30 à 40 minutes. Une courte conclusion viendra clôturer la discussion. Elle sera à suivre sur la plateforme Twitch à l’adresse suivante :https://www.twitch.tv/fpidf Si vous avez des questions sur cette conférence, contactez fpf.iledefrance@protestants.org Alors que la fin de l’Observatoire de la laïcité a été annoncée par Marlène
Schiappa au Sénat, fin mars, et que les mandats de Nicolas Cadène et de Jean- Louis Bianco, son président, prenaient fin début avril, sans successeur, retrouvez également en complément l’interview de Nicolas Cadène dans Réforme qui sort ce jeudi 15 avril 2021. Par Laure Salamon Couloirs humanitaires : ultime arrivée de familles syriennes Cinq familles seront accueillies, samedi 17 octobre, dans le cadre des Couloirs humanitaires, projet soutenu, entre autre, par la FEP et la FPF. Ces arrivées boucleront ainsi le programme de ce premier protocole signé en 2017. C’est le début d’une autre histoire. Samedi 17 octobre au soir, arrivent cinq familles syriennes, réfugiées au Liban. Elles seront accueillies dans le cadre du
protocole des Couloirs humanitaires mis en place depuis 2017 entre le ministère de l’Intérieur, le ministère des Affaires Étrangères et les organisations chrétiennes (la Fédération de l’Entraide protestante, la Fédération protestante de France, le Secours Catholique-Caritas France, la Conférence des Évêques de France et la communauté de San Egidio). Ce protocole prévoyait l’accueil en France de 500 réfugiés syriens et irakiens en situation de grande vulnérabilité (problème de santé, handicap, famille avec enfants en bas âge…). Deux familles seront prises en charge par la FEP, elles seront reçues à Roissy samedi soir et passeront une première nuit en hôtel à Paris. Elles rejoindront dimanche matin les collectifs de citoyens qui vont se charger d’eux, l’une dans le Bas-Rhin et l’autre dans le Tarn. « Les collectifs citoyens regroupent entre 20 et 30 personnes, ils fournissent un logement pour les familles et les accompagnent dans leur demande d’asile et leur parcours d’intégration », explique Guilhem Mante, coordinateur du programme accueil de l’étranger de la FEP. Les collectifs bénéficient de l’appui d’associations membres de la Fédération de l’Entraide protestante pour les accompagner dans les démarches administratives, notamment la demande d’asile. Le pari réussi de ce premier protocole Avec ces deux familles, le nombre de 500 réfugiés accueillis sera atteint. Tel était le but de cet accord passé entre les ministères de l’Intérieur et des Affaires étrangères avec les structures chrétiennes. Le bilan est positif pour ces couloirs humanitaires tant pour les familles que pour les citoyens qui s’occupent des nouveaux venus. « L’objectif initial est atteint et c’est une bonne chose, confie le responsable du programme accueil de l’étranger pour la FEP. Les protestants ont largement pris leur part dans le programme en ayant accueilli la moitié de ces réfugiés. Les conséquences vont au-delà de nos espérances. Car nous avons constaté que les collectifs recrutaient des soutiens beaucoup plus largement que dans les communautés chrétiennes et entrainaient aussi d’autres citoyens touchés par l’arrivée de ces familles. Non seulement les personnes étaient ravies de se regrouper autour d’un projet d’accueil et de solidarité mais ce dernier permet aussi de sensibiliser les gens au parcours d’exil. Les familles accueillies nouent des liens très forts avec les membres du collectif, ce qui les aide dans leur
intégration. Un tel projet offre aux collectifs, souvent situés en zone rurale ou semi-rurale, de redonner du sens et de la cohésion sociale dans des territoires qui se sentent souvent abandonnés par les pouvoirs publics. Enfin, le dernier constat, confirmé par une étude que nous avons mené avec le Secours catholique, concerne le regard porté sur les étrangers. Les liens forts de fraternité font changer la perception qu’ils ont de ces derniers aux membres du collectif, également pour leurs proches. » La FEP tient à ce projet de solidarité, à la fois bien enraciné dans les territoires et qui incite les personnes à s’engager. Les discussions sont en cours pour la signature d’un second protocole. Par Philippe Clanché Les évêques catholiques lancent une fronde contre le gouvernement Interdits de célébrations publiques comme tous les cultes, les évêques catholiques expriment de plus en plus ouvertement leur opposition aux décisions du
gouvernement. Les prélats catholiques n’ont pas obtenu gain de cause. Mardi 28 avril, le Premier ministre Édouard Philippe a maintenu l’interdiction d’organiser des cérémonies religieuses avec public (hormis les sépultures) jusqu’au 2 juin. Lors de son dernier rendez-vous avec les responsables de culte, le 21 avril, le président Macron évoquait une évolution possible mi-juin. Une décision acceptée sans broncher par tous les responsables religieux du pays, notamment les musulmans qui vivent un triste mois de ramadan confiné. Un plan de déconfinement des évêques Trois jours plus tard, les évêques de France affirmaient « essentiel que la vie ecclésiale puisse retrouver son caractère pleinement communautaire au même rythme que la vie scolaire, sociale et économique de notre pays à partir du 11 mai ». Ils ont alors remis aux autorités un « plan de déconfinement, alliant le désir résolu de permettre à nouveau aux fidèles de participer aux sacrements et un grand esprit de responsabilité sanitaire ». Un collectif de prêtres renchérissait le lendemain, arguant que la messe représente « non seulement une liberté fondamentale dans notre démocratie, mais aussi pour nous chrétiens un besoin vital » (1). Menaces de célébrations clandestines Le ton s’est durci mardi soir après l’allocution d’Édouard Philippe. Certains prélats ont exprimé leur « protestation » (Mgr Ginoux, pour qui « il n’est pas possible de comparer la messe aux autres manifestations religieuses » !), ou dénoncé un « tropisme anticléricale et anticatholique » (Mgr Rougé). L’archevêque de Toulouse Mgr Legall a clairement menacé : « Devant le caractère inacceptable de cette attente sacramentelle qui n’en finit pas pour les fidèles, des célébrations clandestines vont se mettre en place ! ». Des voix différentes Cette revendication et ce ton ne font pas l’unanimité dans le monde catholique. Pour la Conférence catholique des baptisés, habituel poil à gratter de l’épiscopat, « l’urgence pour tous les membres de l’institution ecclésiale catholique devrait en
priorité d’être sur le terrain auprès des plus pauvres et des plus isolés comme le demande le pape François ». Plus acerbe, l’éditeur catholique Jean-Pierre Rosa a fustigé le comportement de « simples lobbyistes », qui « font pression sur le Président en oubliant le devoir qui leur est fait, s’ils sont citoyens, de l’être aussi bien, et si possible mieux que les meilleurs ». Il craint que la position des évêques « alimente une espèce de défiance vis-à-vis de l’exécutif » bien peu opportune. Une vision qui rejoint celle du pape qui a évoqué le 28 avril « la grâce de la prudence et de l’obéissance aux dispositions, afin que la pandémie ne revienne pas » ou celle… du pasteur François Clavairoly. «En République, ce sont les autorités qui gèrent. Personne ne peut faire valoir la défense de ses intérêts, affirme le président de la Fédération protestante de France. «Les églises ne sont pas fermées, ni la liberté de culte menacée. Des messes peuvent se vivre sous des modalités différentes ». Il espère la reprise des célébrations publiques « le plus tôt possible, comme tous les responsables de culte. Les catholiques ne sont pas les seuls à vivre ces difficultés ». (1) « Monsieur le Président, laissez-nous servir ! », lefigaro.fr/vox Revoir l’allocution Par Rédaction Réforme
Plaidoyer de la Fédération protestante de France à Emmanuel Macron sur l’après-pandémie Le président de la Fédération protestante de France François Clavairoly a adressé une lettre au président de la République. En voici le texte. François Clavairoly, président de la Fédération protestante de France (FPF), a adressé le 21 avril une lettre au président de la République publiée par Le Figaro avant d’être diffusée à tous les médias. Son texte est le résultat du travail de la Commission climat de la FPF, présidée par Martin Kopp. “Monsieur le président de la République, Face à la pandé m ie du Covid-19, l’attention et les forces sont lé g itimement orientées vers la priorité absolue de la réponse sanitaire, pour sauver des vies. Vous savez la contribution des protestants à l’élan de solidarités créatives, depuis l’accompagnement par l’écoute jusqu’au souci pour les plus fragiles, dont les situations restent encore trop souvent négligées. Il serait toutefois dramatique que cette crise provoque une myopie de la pensée et de l’action, dévastatrice pour nos sociétés humaines et la biodiversité. C’est aujourd’hui, a fortiori, qu’il nous faut exercer notre vigilance, pleinement intégrer l’expertise scientifique, et co-construire demain afin que “le jour d’après” ne soit effectivement pas un retour au “jour d’avant”. Le jour d’avant, où règnent les illusions de l’invulnérabilité, de la puissance et de la maîtrise. Le jour d’avant, où prévaut une vision des sociétés et d’une économie hors-sol, déconnectées des autres espèces, du climat, sans considération de la finitude des ressources. Ce jour d’avant, enfin, où l’individualisme a trop souvent primé sur la solidarité. C’est pourquoi nous vous appelons, Monsieur le Président, à situer ce défi dans son juste registre : sans la prise de recul, la reconnaissance de nos errements puis le renouvellement de notre imaginaire partagé , les solutions sont voué e s à
l’échec. Engageons ainsi un profond changement civilisationnel, spirituel et éthique : reconnaissons notre finitude, nos fragilité s et nos limites, et faisons preuve d’humilité ; comprenons notre humanité comme intrinsèquement relationnelle et partie inté g rante d’un tout é c ologique interdé p endant, dont la vulnérabilité est aussi la nôtre ; portons haut les exigences de justice et d’une solidarité généreuse envers les réfugiés, les pauvres, les jeunes et tous les vulnérables, dans l’esprit de l’Évangile ; soumettons au débat sociétal les questions de l’essentiel, des finalités de notre être-ensemble, de la vie bonne et du progrès, et redéfinissons nos indicateurs clés ; formulons un ré c it commun qui soit porteur de sens, d’envie et d’espérance. Le jour d’avant est aussi celui où les politiques et nos actes menacent toujours davantage de rendre la Terre inhabitable, en empirant les dé r è g lements climatiques et la sixiè m e extinction de masse dé j à enclenchée, provoquant de plus en plus angoisses, désespoir et parfois colère. Ce temps où, simultanément, les inégalités et les souffrances associées n’ont cessé de se creuser, avec les dérives et les excès de la course au profit. C’est pourquoi nous vous interpelons : haussez l’agir à son juste niveau. Les modifications à la marge seront notre perte. Inventons donc un paradigme nouveau pour le jour d’aprè s : le redémarrage de nos économies devra être une rampe et une matrice pour une profonde transformation écologique, solidaire et démocratique, par une action et des investissements massifs et justement orientés. En ce sens, dans notre pays, il nous paraît essentiel : d’approfondir ce qui a émergé de positif lors du confinement, notamment la mesure de l’importance de l’action de l’État et ce d’abord dans la santé, les relocalisations, les circuits courts, le té l é t ravail, l’intelligence collective et les solidarités citoyennes ; de mener des transformations écologiques et justes, avec pour priorités le virage vers les mobilités bas-carbones accessibles, l’accélération d’une rénovation énergétique performante du bâti bénéficiant en premier lieu aux plus précaires, le tournant vers l’agroécologie et la protection des
espaces naturels terrestres et marins ; d’engager un investissement public pour le climat largement supérieur au plancher de 7 milliards d’euros annuels estimé par l’Institute for Climate Economics ; de mettre la finance et la fiscalité au service de l’économie réelle et de la transformation vers ce nouveau paradigme. Dans la sphère internationale, nous portons le souci : de la dynamique de l’Europe et de la solidarité entre ses membres, qui devrait s’articuler autour d’un tel projet porteur de sens ; de contribution au succès de l’Accord de Paris et à la justice climatique, par la revue à la hausse en 2020 de la contribution nationalement déterminée (NDC) de l’Union européenne avec un objectif de réduction d’émissions d’au moins 55 % d’ici à 2030 et l’élaboration d’un plan de sortie de crises dont le Green Deal europé e n pourrait ê t re le cadre fondateur ; d’un engagement diplomatique fort de la France à la COP15 sur la biodiversité de l’ONU ; et plus largement, d’une revitalisation et réorientation des priorités des organisations internationales pertinentes ; d’un soutien solidaire et responsable aux pays en développement, en particulier dans la francophonie, avec le maintien des engagements de financements climat afin que les plus vulnérables puissent continuer à faire face aux impacts des dérèglements climatiques, et des soutiens additionnels pour construire un avenir plus résilient. Monsieur le Président, nous le disons avec gravité, nous sommes à un carrefour de l’histoire. Le retour au « jour d’avant » n’est ni viable ni enviable. Puissions- nous saisir ce moment opportun et entrer en travail, dans la confiance et l’espérance !”
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