ORCHESTRE PHILHARMONIQUE DE RADIO FRANCE JEUDI 2 MAI 2019 20H - HILARY HAHN violon MIKKO FRANCK direction
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HILARY HAHN violon
ORCHESTRE PHILHARMONIQUE
DE RADIO FRANCE
MIKKO FRANCK direction
JEUDI 2 MAI 2019 20H
Hahn Hilary ©Peter Miller
1JEAN SIBELIUS
Concerto pour violon et orchestre en ré majeur, op. 47
1. Allegro moderato
2. Adagio di molto
3. Allegro ma non tanto
(35 minutes environ)
- Entracte -
HECTOR BERLIOZ
Symphonie fantastique, op. 14, H 48
1. Rêveries - Passions
2. Un bal
3. Scène aux champs
4. Marche au supplice
5. Songe d’une nuit de sabbat
(55 minutes environ)
HILARY HAHN violon
ORCHESTRE PHILHARMONIQUE DE RADIO FRANCE
Ji-Yoon Park violon solo
MIKKO FRANCK direction
Ce concert est diffusé en direct sur France Musique
2 et disponible pendant un mois sur francemusique.fr 3JEAN SIBELIUS 1865-1957 Magnard, il mourut douze ans après Bartok, six ans après Schoenberg.
En même temps, voilà une musique venue du Nord mais qui, même si elle
Concerto pour violon et orchestre paraît saturée de maelströms et de secousses telluriques, de bruissements mi-
Achevé en 1903. Version originale créée le 8 février 1904 à l’Institut de musique d’Helsinki par Viktor Novacek
croscopiques et d’horizons largement ouverts, n’est point sottement imitative.
et la Société philharmonique d’Helsinki dirigée par le compositeur. Révisé peu après. Version définitive créée le L’inspiration de Sibelius a quelque chose de grisant et d’austère à la fois qui
19 octobre 1905 à Berlin par Karl Halir sous la direction de Richard Strauss. Nomenclature : violon solo ; 2 la tient éloignée de tout pittoresque. On sait que sa Quatrième Symphonie
flûtes, 2 hautbois, 2 clarinettes, 2 bassons ; 4 cors, 2 trompettes, 3 trombones ; timbales ; les cordes. (1911), exemple extrême, fut qualifiée de partition « cubiste », ce qui laisse
rêveur, et on se mit alors à parler de « musique du XXIe siècle » pour un
compositeur que beaucoup, cependant, n’osèrent jamais mettre à l’égal des
Quatre ans avant la mort du violoniste Joseph Joachim (1831-1907), qui plus grands novateurs du XXe tels que Debussy, Stravinsky ou Schoenberg.
inspira nombre de partitions du XIXe siècle, Jean Sibelius se met à la compo- Mauvaise foi ? Aveuglement ?
sition de son propre Concerto pour violon et orchestre, conçu entre ses Deu- S’il est lui-même dès ses premières œuvres, Sibelius est aussi en quête
xième et Troisième Symphonies. Mais contrairement à celui de Brahms, par perpétuelle de son devenir. Le Concerto pour violon inaugure à cet égard
exemple, ce concerto ne fut pas écrit à l’intention de Joachim ni créé par lui. une phase plus abstraite dans sa production, que poursuivra la Troisième
On l’entendit une première fois en 1903, puis il fut donné dans sa version Symphonie. Une phase plus mélancolique aussi : la célèbre et triomphale
définitive le 19 octobre 1905, à Berlin, sous la direction de Richard Strauss, Finlandia (1900) est encore une page nationaliste, dans l’esprit d’un certain
avec le soliste Karl Halir. L’œuvre témoigne du désir de Sibelius de donner XIXe siècle, alors que 1903 voit aussi la composition de la musique de scène
à son effusion une vigueur, une densité à cent lieues du sentimentalisme d’un pour La Mort d’Arvid Järnefelt, qui comprend la Valse triste.
Glazounov (dont le Concerto pour violon date aussi de 1903). Sibelius, qui Le Concerto pour violon de Sibelius n’a ainsi rien de folklorique ni de
était lui-même un brillant violoniste, s’empare ici d’une des formes les plus géographique. Sa vocation n’est pas d’évoquer le passé glorieux de la
traditionnelles qui soient, en respecte le déroulement tripartite (un premier Finlande ni de décrire sa belle nature. Quoi de plus singulier en effet que
mouvement rhapsodique, une cantilène sublime, un rondo bondissant), mais son premier mouvement, typique de cette énergie concentrée, en perpétuelle
le nourrit d’une inspiration toute d’étrangeté et de dépaysement. Nielsen, métamorphose ? L’atmosphère de ballade, l’abondance thématique, les
huit ans plus tard, tentera de renouveler la forme (en deux parties de deux deux cadences du soliste (une première, relativement brève, arrive assez
mouvements chacune) mais sans aboutir au même épanouissement. C’est rapidement ; une seconde, plus développée, intervient vers le milieu du mou-
qu’on est là au cœur d’un univers musical à la fois en transition et en matura- vement, ce qui lui donne un relief très particulier), le rôle dévolu à l’orchestre
tion. Sibelius, en 1904, s’installe d’ailleurs à Järvenpää, à une trentaine de (qui ne se contente pas d’accompagner le soliste), la conclusion même du
kilomètres au nord d’Helsinki, dans une maison qu’il ne quittera plus, comme mouvement, qui se poursuit avec un élan toujours renouvelé alors qu’on
s’il voulait trouver un cadre nouveau, fait de solitude et d’exigence, à sa attendrait une fin plus abrupte, tout fait de cette page une suite d’inventions
nouvelle inspiration. et de surprises émerveillantes, comme si la musique, adoptant les sentiers les
Sibelius ne chercha jamais à être niaisement moderne. Il était de son temps, plus buissonniers, prenait forme devant nous. L’orchestre dessine ici des pay-
c’est-à-dire de son temps propre, et non pas de celui qui lui fut imposé un sages âpres dans lesquels le violon vient méditer et chanter tour à tour. Ils
beau jour par sa naissance. Quand on lui demanda, en 1914, quel compo- possèdent chacun leur corpus thématique et n’évoluent pas selon l’aimable
siteur de l’époque il estimait le plus grand, sa réponse fut sans ambiguïté : dialogue des concertos habituels.
« Schoenberg. Mais j’aime aussi ma propre musique. » Il est vrai aussi que Le mouvement lent déroule sa longue mélodie de vingt mesures avec effu-
Sibelius, peu soucieux qu’il était de s’abandonner au conformisme des modes sion, s’élève vers le chant sans jamais devenir sentimental, et s’achemine
et au terrorisme de ce-qui-se-fait, fut victime d’une incompréhension tout aussi peu à peu vers des régions plus menaçantes. Où sont les « cantilènes
grande de la part de ceux, animés des meilleurs sentiments du monde, qui creuses » qu’y entendait Antoine Goléa ? Quant au finale, d’une grande
ne virent jamais en lui que le musicien du réveil national finlandais. énergie rythmique, il fait danser le soliste sur un ostinato très martelant de
Car enfin, la musique de Sibelius est déconcertante à plus d’un titre. Voilà l’orchestre. Tout en sacrifiant à la forme du rondo, cette page multiplie les
un compositeur qui vécut fort longtemps (de 1865 à 1957) mais qui s’arrêta intentions virtuoses. L’œuvre s’achève dans une atmosphère à la fois géné-
(officiellement) de composer trente ans avant sa mort ; contemporain de reuse et tendue, jusqu’à la conclusion tempétueuse suivie in extremis par la
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Nielsen, de Mahler, de Richard Strauss, de Debussy, de Dukas et d’Albéricphrase finale, lumineuse et péremptoire, du soliste. HECTOR BERLIOZ 1803-1869
On connaît le mot de Sibelius : « Je crois en la civilisation » – et l’affirmation
péremptoire de René Leibowitz : Sibelius ? « Le plus mauvais compositeur Symphonie fantastique
du monde » ! Il suffit d’écouter ce concerto, l’un des plus beaux du XXe siècle Composée en 1829-1830. Créée le 5 décembre 1830 dans la salle des concerts du Conservatoire de Paris
tout entier – avec celui d’Alban Berg – pour mesurer ce qui sépare un créa- sous la direction de François Habeneck. Dédiée au tsar Nicolas Ier de Russie. Nomenclature : 2 flûtes dont 1
teur d’un idéologue. piccolo, 3 hautbois dont 1 cor anglais, 2 clarinettes dont 1 petite clarinette, 4 bassons ; 4 cors, 2 cornets, 2
trompettes, 3 trombones, 2 tubas ; timbales, percussions ; 2 harpes ; les cordes.
Christian Wasselin
La création de l’Épisode de la vie d’un artiste eut lieu le 5 décembre
1830, quelques jours avant le vingt-septième anniversaire de Berlioz,
dans la mythique salle du Conservatoire de Paris (devenu aujourd’hui
Conservatoire d’art dramatique), qui resta pour le compositeur, jusqu’à
la fin de sa vie, un modèle en matière de proportions et de vertus
acoustiques. L’expression « symphonie fantastique » n’était encore ce
soir-là qu’un sous-titre inspiré d’E.T.A. Hoffmann, dont les Phantasiestücke
avaient été baptisés en français Contes fantastiques. C’est au fil des
années et des exécutions de l’ouvrage que le titre Symphonie fantastique
s’imposa peu à peu, Berlioz réservant alors l’expression Épisode de la
vie d’un artiste pour désigner l’ensemble composé par la symphonie
suivie de son complément Le Retour à la vie (créé en 1832 à Paris, revu
et corrigé à Weimar en 1855 sous le titre Lélio, ou le retour à la vie).
Œuvre d’une première maturité, la Symphonie fantastique consacre la
reconnaissance du compositeur : après des essais dans différents do-
maines (messe, opéra, ouverture, mélodie...), Berlioz vient de composer
une œuvre dont il est particulièrement satisfait : les Huit Scènes de Faust
(1828-1829). Mais son enthousiasme pour cette partition retombe vite et,
« toujours sous l’influence du poème de Goethe », il entreprend la com-
position d’une « symphonie descriptive de Faust » qui illustre le « genre
instrumental expressif ». Ce sera la Symphonie fantastique, qui permet au
Symposion (le Problème)* théâtre, même s’il s’agit d’un théâtre imaginaire, de faire irruption dans
« Dans le monde, dans la vie, dans la nature, il n’y a que de belles histoires, et quand s’ouvre le concert : « Nous allons monter la symphonie comme on fait pour un
la porte, entre et accepte-les de toute ton âme. L’art est une immense, une éternelle forêt dont les grand opéra », écrit Berlioz.
arbres sont aussi clairsemés ou touffus que tu le veux. La lune, le soleil et toutes les étoiles scintil-
lantes montent ou descendent comme tu le veux, et quand tu vas sur les rives d’un lac solitaire,
Les influences poétiques (Chateaubriand, Thomas de Quincey, Hugo) et
il est insondable si tu le souhaites, des nénuphars pleins de sève et des oiseaux aquatiques aux musicales (Lesueur, Weber, Beethoven) dont s’est nourrie la Symphonie
ailes bariolées nagent sur les eaux sombres. Si tu le désires, le jour se lève de l’autre côté du lac fantastique sont célèbres. De même, on a beaucoup écrit sur les amours
au-delà des montagnes rocailleuses, et les rayons dorés du soleil brillent à travers les fines toiles malheureuses de Berlioz (avec la comédienne Harriet Smithson, venue
d’araignées qui pendent entre les pins éternels. Si tu le veux, les oiseaux commencent leurs jouée Shakespeare à Paris en 1827 et qui deviendra madame Berlioz en
concerts de fête et au-delà des cimes, l’esprit de la montagne les accompagne de ses grandes
orgues. »
1833, puis avec la pianiste Camille Moke) et sur la manière dont elles se
sont métamorphosées, dans l’imagination du musicien, en une idée fixe,
* Cette profession de foi est signée Akseli Gallen-Kallela, peintre auquel on doit la toile intitulée mélodie qui figure la femme aimée, parcourt la symphonie tout entière et
Symposion (« Le Problème ») qui met en scène Sibelius, Kajanus, Merikanto et Gallen-Kallela en perturbe le développement.
6 lui-même. 7De fait, le début de chacun des cinq mouvements de la symphonie PROGRAMME (version de 1855)
est un lever de rideau sonore, chaque thème est une apparition, et la
partition tout entière est le roman musical des passions de Berlioz. Elle On citera ici le programme écrit de la main de Berlioz. Ce texte connut, de-
en étonna et en chavira plus d’un par l’ampleur de sa forme, par le puis la création de la symphonie en 1830, différentes moutures ; dans celle
jaillissement de ses idées mélodiques et rythmiques, par l’éclat de ses que nous donnons, définitive, le héros s’empoisonne dès avant le début de
couleurs orchestrales qui, comme toujours chez Berlioz, sont un élément l’œuvre (alors qu’il ne le faisait, en 1830, qu’entre les troisième et quatrième
de structure à part entière et non un quelconque prétexte décoratif : les mouvements).
harpes du « Bal », le cor anglais de la « Scène aux champs » ou les
cloches du finale font partie de l’étoffe même de la musique. « Un jeune musicien d’une sensibilité maladive et d’une imagination ardente,
La Symphonie fantastique est une œuvre qui, au-delà de ses références s’empoisonne avec de l’opium dans un accès de désespoir amoureux. La
poétiques et autobiographiques, inaugure un monde nouveau en mu- dose de narcotique, trop faible pour lui donner la mort, le plonge dans un
sique. Elle marque une date dans l’histoire de la symphonie : jamais on lourd sommeil accompagné des plus étranges visions, pendant lequel ses
n’avait osé écrire une partition d’une telle audace formelle, servie par un sensations, ses sentiments, ses souvenirs se traduisent dans son cerveau
orchestre à ce point virtuose. Jamais non plus on n'avait atteint un pareil malade, en pensées et en images musicales. La femme aimée, elle-même, est
degré d’évocation poétique dans le cadre de la musique instrumentale. devenue pour lui une mélodie et comme une idée fixe qu’il retrouve et qu’il
Car l’argument romanesque ici ne prime pas : c’est l’invention perpé- entend partout.
tuelle de la musique qui fait la nostalgie et l’ardeur d’une musique qui est
celle d’une éternelle adolescence. 1e partie : Rêveries - Passions. Il se rappelle d’abord ce malaise de l’âme, ce
La partition subira cependant plus d’une modification : Berlioz réécrira vague des passions, ces mélancolies, ces joies sans sujet qu’il éprouva avant
par exemple entièrement la « Scène aux champs » lors de son voyage en d’avoir vu celle qu’il aime ; puis l’amour volcanique qu’elle lui inspira subite-
Italie, et ne cessera jamais, jusqu’à la publication de l’œuvre en 1845, ment, ses délirantes angoisses, ses jalouses fureurs, ses retours de tendresse,
de la raffiner dans le détail au fil de ses concerts. ses consolations religieuses.
Christian Wasselin 2e partie : Un Bal. Il retrouve l’aimée dans un bal au milieu du tumulte d’une
fête brillante.
3e partie : Scène aux champs. Un soir d’été à la campagne, il entend
deux pâtres qui dialoguent un ranz des vaches ; ce duo pastoral, le lieu
de la scène, le léger bruissement des arbres doucement agités par le vent,
quelques motifs d’espoir qu’il a conçus depuis peu, tout concourt à rendre
à son cœur un calme inaccoutumé, à donner à ses idées une couleur plus
riante ; mais elle apparaît de nouveau, son cœur se serre, de douloureux
pressentiments l’agitent, si elle le trompait... L’un des pâtres reprend sa
naïve mélodie, l’autre ne répond plus. Le soleil se couche... bruit éloigné du
tonnerre... solitude... silence...
4e partie : Marche au supplice. Il rêve qu’il a tué celle qu’il aimait, qu’il est
condamné à mort, conduit au supplice. Le cortège s’avance, au son d’une
marche tantôt sombre et farouche, tantôt brillante et solennelle, dans laquelle
un bruit sourd de pas graves succède sans transition aux éclats les plus
bruyants. À la fin, l’idée fixe reparaît un instant comme une dernière pensée
8
d’amour interrompue par le coup fatal. 95e partie : Songe d’une nuit de sabbat. Il se voit au sabbat, au milieu d’une CES ANNÉES-LÀ : POUR EN SAVOIR PLUS :
troupe affreuse d’ombres, de sorciers, de monstres de toute espèce réunis
1830 : Berlioz obtient le prix de Rome avec - Marc Vignal, Jean Sibelius, Fayard,
pour ses funérailles. Bruits étranges, gémissements, éclats de rire, cris loin- sa cantate Sardanapale. Naissance de 2004. La bible des sibéliens français.
tains auxquels d’autres cris semblent répondre. La mélodie-aimée reparaît Hans von Bülow, futur créateur de la Sonate - Jean-Luc Caron, Sibelius, Actes Sud/Clas-
encore ; mais elle a perdu son caractère de noblesse et de timidité ; ce n’est en si mineur de Liszt et premier époux de sica, 2005. Pour s’initier.
plus qu’un air de danse ignoble, trivial et grotesque ; c’est elle qui vient au Cosima, fille de ce dernier. Stendhal : Le - Éric Tanguy, Écouter Sibelius, Buchet-Chas-
Rouge et le Noir. À la Comédie-Française, tel, 2017. Un compositeur parle d’un
sabbat... Rugissements de joie à son arrivée... Elle se mêle à l’orgie diabo-
création tumultueuse d’Hernani de Victor compositeur.
lique... Glas funèbre, parodie burlesque du Dies irae. Ronde du sabbat. La Hugo. Histoire du roi de Bohême et de ses
ronde du sabbat et le Dies irae ensemble.» sept châteaux de Nodier. Mort de Benja- - Hector Berlioz, Mémoires (différentes
min Constant. À Paris, Révolution de Juillet éditions sont aujourd’hui disponibles, dont
Hector Berlioz et avènement de Louis-Philippe. celle des éditions du Sandre). Le roman vrai
de la vie de Berlioz.
1903 : Pelléas de Mélisande de Schoen- - Hector Berlioz, Correspondance, Flam-
berg. Trois Morceaux en forme de poire de marion, 8 vol., 1972-2003. Un volume
Satie. Débuts de Caruso au Metropolitan de suppléments est paru chez Actes Sud/
Opera de New York. Mort d’Hugo Wolf, Palazzetto Bru Zane en 2016. Berlioz au
ancien condisciple de Mahler au Conser- jour le jour.
vatoire de Vienne. À Paris, ouverture du - David Cairns, Hector Berlioz, Fayard,
Moulin Rouge. 2002. La biographie des biographies, mal-
1904 : création de Madame Butterfly de gré une traduction parfois déconcertante.
Puccini à la Scala de Milan. Création de - Pierre-René Serna, Berlioz de B à Z,
Shéhérazade de Ravel. Mort de Dvorak. Van de Velde, 2006. Étape après étape,
Lénine : Un pas en avant, deux pas en voyager dans le monde de Berlioz. Vient
arrière. Tchekhov : La Cerisaie. Wilde : Le de paraître, du même auteur, un Café
Portrait de Dorian Gray. Débuts d’acteur de Berlioz (Bleu Nuit éd.) qui regroupe articles,
Sacha Guitry. entretiens, etc.
1905 : création de Salomé de Richard - Claude Ballif, Berlioz, Seuil, coll.
Strauss à Dresde. Symphonie n° 3 « Le « Solfèges », 1968. Plus et mieux qu’une
divin poème » de Scriabine. La Mer de initiation.
Debussy. La Veuve joyeuse de Lehar. - Christian Wasselin, Berlioz, les deux ailes
Langsamer Satz pour quatuor à cordes de de l’âme, Gallimard, coll. « Découvertes »,
Webern. Naissance d’André Jolivet. Publi- 1989, rééd. 2002. Pour découvrir, comme
cation des premières Aventures de Bécas- son nom l’indique. Du même : Berlioz ou le
sine et de Little Nemo. Partage de midi de voyage d’Orphée, éd. du Rocher, 2003.
Claudel. Mort d’Alphonse Allais, naissance - Cahier Berlioz, L’Herne, 2003. Le seul Ca-
de Sartre. Première révolution russe. hier de l’Herne consacré à un compositeur
(qui, certes, était aussi écrivain).
- Pierre Citron et Cécile Reynaud (dir.),
Dictionnaire Berlioz, Fayard, 2003.
- En anglais : Julian Rushton (dir.), The Cam-
bridge Berlioz Encyclopedia, Cambridge
University Press, 2018. Plus un dictionnaire
qu’une encyclopédie, cependant.
Et pour tout savoir sur Berlioz : hberlioz.com.
10 11ra, écrite pour elle et achevée, après philharmonique de Berlin en janvier
Hilary Hahn la mort du compositeur en 2016, par
Kalevi Aho. Toujours curieuse de la
Mikko Franck 2018. En mai 2019 il fait son retour à
l’Orchestre symphonique de Chicago.
VIOLON musique de son temps, Hilary Hahn a DIRECTION Très attaché au répertoire lyrique, il a
commandé au compositeur espagnol ces dernières années dirigé plusieurs
Depuis son premier enregistrement, Antón García Abril un ensemble de six Mikko Franck est né en 1979 à Hel- productions au Staatsoper de Vienne :
à l’âge de dix-sept ans, consacré à partitas pour violon, qu’elle a jouées sinki (Finlande). Il a commencé sa La Bohème, Salomé, Lohengrin, Jo-
la musique de Bach, Hilary Hahn a aux États-Unis, en Europe et au Japon. carrière de chef d’orchestre à l’âge sephs Legende, Elektra, Tosca, La fan-
approfondi ses interprétations de ce Outre une vingtaine de CD et DVD de dix-sept ans, et a depuis lors di- ciulla del West, Die tote Stadt et Tristan
compositeur. En octobre 2018, elle consacrés au répertoire classique pour rigé les plus prestigieux orchestres und Isolde. En novembre 2018 il di-
publie un enregistrement des Sonates violon, elle a également enregistré en et opéras du monde. De 2002 à rige Pelléas et Mélisande au Sempero-
et Partitas pour violon seul de Bach 2012 un album original, entièrement 2007, il a été le directeur musical de per de Dresde. En février 2018 Mikko
– musicien essentiel pour elle depuis improvisé, intitulé Silfra, en compa- l’Orchestre national de Belgique. En Franck a été nommé ambassadeur de
ses études auprès de son premier gnie du pianiste allemand Hauschka 2006, il commence à travailler en l’Unicef France. En embrassant ce nou-
professeur, Klara Berkovich. À l’âge (Volker Bertelmann), connu pour son tant que directeur musical général de veau rôle il souhaite apporter tout son
de dix ans, Hilary Hahn était admise travail sur piano préparé. Elle a éga- l’Opéra national de Finlande. L’année soutien à l’Unicef et à son travail pri-
au Curtis Institute of Music de Philadel- lement créé le Concerto pour violon suivante, il en est nommé Directeur ar- mordial à travers le monde. Lors de sa
phie, pour y étudier auprès de Jascha de la compositrice américaine Jennifer tistique et Directeur musical, et exerce nomination il a déclaré que « chaque
Brodsky (ancien élève d’Eugène Ysaÿe Higdon. Hilary Hahn a par ailleurs ces doubles fonctions jusqu’en août enfant est unique, chaque vie est im-
et d’Efrem Zimbalist, lequel consacrait créé sur Instagram 100DaysOfPrac- 2013. Depuis septembre 2015, Mik- portante. Chaque enfant, quelles que
à Bach une bonne part de son ensei- tice, où elle poste des vidéos de son ko Franck est le directeur musical de soient ses origines, devrait avoir le
gnement). Elle intègre souvent un ou travail. Elle a également entrepris de l’Orchestre Philharmonique de Radio droit de vivre dans un environnement
plusieurs mouvements de sonates ou publier un enregistrement original, In France et son mandat a été renouvelé stable et sain qui lui permette de réali-
de partitas de Bach à ses concerts 27 Pieces: the Hilary Hahn Encores avec enthousiasme jusqu’à septembre ser ses rêves et de développer tout son
hors des grandes salles internatio- (en 27 morceaux : les « bis » de Hilary 2022. Depuis son arrivée à la tête potentiel. »
nales, destinés à des cercles plus res- Hahn), pour lequel elle a commandé de l’Orchestre Philharmonique de Ra-
treints – groupes de yoga, étudiants des pièces à des compositeurs. Elle a dio France, Mikko Franck a emmené
en art, parents et leurs bébés, etc. également participé à de nombreux l’orchestre plusieurs fois à travers l’Eu-
C’est ce qu’elle propose également projets non classiques, en prêtant par rope ainsi qu’en Chine et en Corée
cette saison à Radio France, pour en- exemple sa collaboration à des en- du Sud. La saison 2018-2019 sera
courager les amoureux de la musique registrements de rock, dont l’album marquée par de nouvelles tournées eu-
à conjuguer leurs intérêts avec de la Grand Forks de Tom Brosseau, ou en- ropéennes avec des concerts à Berlin,
musique jouée en direct. Cette saison, core en se produisant en tournée avec Bonn, Cologne, Dresde, Düsseldorf,
Hilary Hahn est en résidence auprès le chanteur folk Josh Ritter. Elle joue un Hannovre, Munich et Vienne, et une
de l’Orchestre Philharmonique de Ra- violon Vuillaume de 1864. tournée espagnole en mars 2019. De-
dio France, avec lequel elle se produit puis septembre 2017, Mikko Franck
dans le Concerto pour violon de Sibe- est également Premier chef invité de
lius en Autriche, Allemagne, Espagne, l’Orchestra e del Coro dell’Accademia
ainsi qu’en France ; elle créé dans le nazionale di Santa Cecilia. Parallèle-
cadre du festival Présences 2019, la ment à ses activités à Paris et à Rome,
dernière œuvre pour violon du compo- il a dirigé l’orchestre de Cleveland en
12 siteur finlandais Einojuhani Rautavaa- décembre 2017 ainsi que l’Orchestre 13VIOLONCELLES TUBA
ORCHESTRE Éric Levionnois, premier solo Victor Letter
Nadine Pierre, premier solo
par ailleurs régulièrement en tournée PHILHARMONIQUE Pauline Bartissol, deuxième solo TIMBALES
DE RADIO FRANCE
Orchestre Philharmonique
Jérôme Pinget, deuxième solo Jean-Claude Gengembre
en France et dans les grandes salles Anita Barbereau-Pudleitner, troisième solo
Jean-Claude Auclin PERCUSSIONS
internationales (Philharmonie de Ber- MIKKO FRANCK
de Radio France
Catherine de Vençay Renaud Muzzolini, premier solo
lin, Konzerthaus de Vienne, Elbphil- DIRECTEUR MUSICAL Marion Gailland Francis Petit, premier solo
Renaud Guieu Gabriel Benlolo
harmonie, NCPA de Pékin, Suntory JEAN-MARC BADOR Karine Jean-Baptiste Benoît Gaudelette
MIKKO FRANCK, DIRECTEUR MUSICAL Jérémie Maillard Nicolas Lamothe
Hall…). Mikko Franck et le « Philhar » DÉLÉGUÉ GÉNÉRAL Clémentine Meyer
poursuivent une politique discogra- Nicolas Saint-Yves HARPES
Depuis sa création par la radiodiffu- Nicolas Tulliez
phique et audiovisuelle ambitieuse et VIOLONS SOLOS CONTREBASSES
sion française en 1937, l’Orchestre Hélène Collerette, premier solo Christophe Dinaut, premier solo CLAVIERS
proposent leurs concerts en diffusion Ji Yoon Park, premier solo Yann Dubost, premier solo Catherine Cournot
Philharmonique de Radio France Lorraine Campet, deuxième solo
vidéo sur l’espace « Concerts » du site VIOLONS
s’affirme comme une formation singu- Edouard Macarez, troisième solo
francemusique.fr, et ARTE Concert. Virginie Buscail, deuxième solo Daniel Bonne
RESPONSABLE DE LA COORDINATION
lière dans le paysage symphonique Nathan Mierdl, deuxième solo Wei-Yu Chang
Conscient du rôle social et culturel Marie-Laurence Camilleri, troisième solo Etienne Durantel ARTISTIQUE
européen par l’éclectisme de son ré- Mihaï Ritter, troisième solo Lucas Henri Céleste Simonet
de l’orchestre, le « Philhar » réinvente Cécile Agator, premier chef d’attaque Boris Trouchaud
pertoire, l’importance qu’il accorde Pascal Oddon, premier chef d’attaque
RESPONSABLE DE PRODUCTION RÉGIE
chaque saison ses projets en direc- PRINCIPALE
à la création, la forme originale de Juan-Firmin Ciriaco, deuxième chef d’attaque FLÛTES Patrice Jean-Noël
tion des nouveaux publics avec no- Emmanuel André Magali Mosnier, première flûte solo
ses concerts, les artistes qu’il convie Joseph André Thomas Prévost, première flûte solo CHARGÉES DE PRODUCTION RÉGIE
tamment des dispositifs de création Cyril Baleton Michel Rousseau, deuxième flûte PRINCIPALE
et son projet éducatif et citoyen. Cet Emmanuelle Blanche-Lormand Nels Lindeblad, piccolo Chloé Van Hoorde
en milieu scolaire, des ateliers, des Martin Blondeau Emilia Vergara Echeverri
« esprit Philhar » trouve en Mikko Anne-Sophie Neves, piccolo
formes nouvelles de concerts, des in- Floriane Bonanni
RÉGISSEURS
Franck – son directeur musical depuis Florence Bouanchaud HAUTBOIS Philippe Le Bour
terventions à l’hôpital, des concerts Florent Brannens Hélène Devilleneuve, premier hautbois solo
2015 – un porte-drapeau à la hau- Guy Comentale Olivier Doise, premier hautbois solo
Adrien Hippolyte
participatifs... Avec Jean-François Zy- Aurore Doise Cyril Ciabaud, deuxième hautbois RESPONSABLE DU SERVICE DES MOYENS
teur des valeurs et des ambitions de
gel, il poursuit ses Clefs de l’orchestre Françoise Feyler-Perrin Anne-Marie Gay, deuxième hautbois LOGISTIQUES DE PRODUCTION MUSICALE
l’orchestre, décidé à faire de chaque Béatrice Gaugué-Natorp et cor anglais Margaux François
(diffusées sur France Inter et France Té- Rachel Givelet Stéphane Suchanek, cor anglais
concert une expérience humaine et Louise Grindel ADMINISTRATION DU PARC
lévisions) à la découverte du grand ré- David Haroutunian CLARINETTES INSTRUMENTAL
musicale. Son contrat a été prolongé Mireille Jardon Nicolas Baldeyrou, première clarinette solo Elisabeth Fouquet
pertoire. Les musiciens du « Philhar » sont Jean-Philippe Kuzma
jusqu’en 2022, ce qui apporte la ga- Jérôme Voisin, première clarinette solo RESPONSABLE DU PARC INSTRUMENTAL
particulièrement fiers de leur travail Jean-Christophe Lamacque Jean-Pascal Post, deuxième clarinette Emmanuel Martin
rantie d’un compagnonnage au long François Laprévote Manuel Metzger, petite clarinette
de transmission et de formation auprès Amandine Ley Didier Pernoit, clarinette basse RESPONSABLE DE RELATIONS MÉDIAS
cours. Mikko Franck a succédé à ce Arno Madoni Laura Jachymiak
des jeunes musiciens (opération « Or- Virginie Michel BASSONS
poste à Gilbert Amy, Marek Janows- RESPONSABLE DE LA PROGRAMMATION
chestre à l’école », Orchestre des lycées Ana Millet Jean-François Duquesnoy, premier basson solo
ÉDUCATIVE ET CULTURELLE
ki et Myung-Whun Chung, mais ses Céline Planes Julien Hardy, premier basson solo
Cécile Kauffmann-Nègre
français du monde, académie en lien Sophie Pradel Stéphane Coutaz, deuxième basson
80 ans d’histoire ont aussi permis à Marie-Josée Romain-Ritchot Wladimir Weimer, contrebasson CHARGÉE DE MÉDIATION CULTURELLE
avec les conservatoires de la région pa- Mihaëla Smolean Floriane Gauffre
l’Orchestre Philharmonique de Radio Isabelle Souvignet CORS
risienne…). L’Orchestre Philharmonique Thomas Tercieux PROFESSEUR-RELAIS DE L’ÉDUCATION
France d’être dirigé par de grandes Antoine Dreyfuss, premier cor solo
NATIONALE
de Radio France et Mikko Franck sont Véronique Tercieux-Engelhard Sylvain Delcroix, deuxième cor
personnalités musicales, d’Inghelbre- Anne Villette Hugues Viallon, deuxième cor Myriam Zanutto
ambassadeurs de l’Unicef. Xavier Agogué, troisième cor RESPONSABLE DE LA BIBLIOTHÈQUE
cht à Gustavo Dudamel en passant ALTOS Stéphane Bridoux, troisième cor D'ORCHESTRES
Marc Desmons, premier solo Isabelle Bigaré, quatrième cor
par Copland, Boulez, Yuri Temirkanov Christophe Gaugué, premier solo Bruno Fayolle, quatrième cor
Maud Rolland
ou Esa-Pekka Salonen. Après des ré- Fanny Coupé, deuxième solo
Aurélia Souvignet-Kowalski, deuxième solo TROMPETTES
BIBLIOTHÉCAIRE RÉFÉRENTE
Noémie Larrieu
sidences au Théâtre des Champs-Ély- Daniel Vagner, troisième solo Alexandre Baty, premier trompette solo
BIBLIOTHÉCAIRE
Marie-Émeline Charpentier Jean-Pierre Odasso, deuxième trompette
sées puis à la Salle Pleyel, l’Orchestre Julien Dabonneville Javier Rossetto, deuxième trompette
Alexandre Duveau
Sophie Groseil
Philharmonique partage désormais Elodie Guillot
Gilles Mercier, troisième trompette et cornet
ses concerts parisiens entre l’Audi- Clara Lefèvre-Perriot
Anne-Michèle Liénard
TROMBONES
Patrice Buecher, premier trombone solo
torium de Radio France pour la plu- Frédéric Maindive Antoine Ganaye, premier trombone solo
Benoît Marin Alain Manfrin, deuxième trombone
14
part, et la Philharmonie de Paris. Il est Jérémy Pasquier David Maquet, deuxième trombone 15
Martine Schouman Raphaël Lemaire, trombone basse
Marie-France Vigneron116, avenue du Président-Kennedy : Auditorium et Studio 104
naissance d’un mythe Entrez au cœur du concert
En 1963 était inaugurée la Maison de la construction, alors qu’il avait donné des résultats
radio au 116, avenue du président-Kennedy, L’AUDITORIUM d’un véritable sentiment d’intimité dans la salle,
très brillants en Amérique, pouvait épouser parfai-
adresse qui allait rapidement se graver dans les tement la courbure des façades. » à la fois acoustique et visuelle, et partagée par
mémoires à la manière d’un mot de passe. Le La dernière-née des salles de Radio France n’est tous. Pour ce faire, notre approche ne passe
nouveau bâtiment répondait à un réel besoin, autre que l’Auditorium, inauguré en novembre pas seulement par le son, mais avant tout par la
Henry Barraud fut le premier directeur de la 2014. Conçu en « arène » ou en « vignoble »,
d’autant que plusieurs pays voisins possédaient musique à officier dans la maison construite par musique. Des murs convexes ou inclinés proches
le leur depuis parfois deux ou trois décennies (la c’est-à-dire avec le public tout autour de la scène, des auditeurs, au plafond qui culmine à plus de 19
Henry Bernard. Il témoigne des changements ce lieu d’une capacité de 1 400 places est un bi-
BBC eut sa maison dès 1932). Henry Bernard opérés dans les méthodes de travail : mètres, en passant par le large réflecteur ‹ ou cano-
(1912-1994), architecte qui dessina cette sin- jou. Il répond à cette exigence exprimée un jour py › suspendu à 14 mètres au-dessus de la scène,
gulière construction, a eu l’occasion à plusieurs par Berlioz : « Le son, pour agir musicalement la morphologie de la salle a été étudiée en détail
« Jusqu’à l’inauguration du nouveau bâtiment, sur l’organisation humaine, ne doit pas partir
reprises de s’exprimer sur son projet. Il le résume les formations musicales de la radio se produi- dans le but de créer une distribution optimale des
ainsi : d’un point trop éloigné de l’auditeur. On est réflexions sonores vers le public et les musiciens et
saient dans des salles telles que le Théâtre des toujours prêt à répondre, lorsqu’on parle de la
Champs-Élysées, la Salle Pleyel ou la Salle Ga- un volume adapté ».
« L’idée d’une maison regroupant toutes les sonorité d’une salle d’opéra ou de concert : Tout L’orgue de Gerhard Grenzing est venu très naturel-
veau. Nous organisions également, à cette époque, s’y entend fort bien » ; oui mais quand la musique
activités de la radio nationale remontait à l’avant- des concerts sans public dans un studio du quartier lement s’installer dans cette salle unique au monde.
guerre. On choisit de l’édifier sur un terrain dé- est jouée dans des endroits trop vastes pour elle,
Montparnasse, ou encore dans la salle Érard qui « on entend, on ne vibre pas. Or, il faut vibrer
limité par la rue de Ranelagh, la rue Raynouard avait connu son heure de gloire à l’époque de LE STUDIO 104
et la rue qui ne s’appelait pas encore avenue du soi-même avec les instruments et les voix, et par ET LES AUTRES STUDIOS
Liszt et de Chopin : songez que l’Orchestre radio- eux, pour percevoir de véritables sensations
président-Kennedy. Il fallut faire face à une petite symphonique occupait à lui seul la moitié de la
révolte des riverains, l’espace prévu abritant un musicales ». Outre cet auditorium, d’une qualité hors du
salle ! On avait installé les services artistiques La musique a besoin de proximité pour se faire
terrain de sports, mais la décision était prise et avenue de Friedland, avant de les regrouper tant commun, Radio France met à disposition des
un concours d’architecture fut lancé. Il y eut, je entendre et faire vibrer avec elle l’auditeur. interprètes et du public une série de studio dont le
bien que mal dans un étage de l’hôtel Majestic, Précisément, « pour renforcer l’intimité de la
crois, une vingtaine de projets proposés. J’ima- qui appartenait alors au Quai d’Orsay. Les studios, Studio 104, d’une capacité de 900 places, qui a
ginai le mien, dans ses grandes lignes, vers la salle, expliquent les architectes de l’Auditorium été entièrement restauré à la faveur des travaux de
eux, étaient éparpillés dans une trentaine de lieux de Radio France, nous avons réparti le public
Noël 1952, et j’eus le prix au printemps suivant. différents dans Paris. C’est pourquoi l’annonce de grande ampleur qui sont toujours en cours au sein
Le cahier des charges contenait un grand en plusieurs groupes d’auditeurs ; les balcons de la Maison de Radio France.
la construction d’une maison qui centraliserait nos sont fragmentés en différents petits ensembles de
nombre de servitudes et prévoyait avec précision activités fut accueillie avec joie et avec soulage- Dans cette Maison « ennemie de bruits, amie des
le nombre des foyers, celui des studios (une corbeilles distinctes, ce qui permet d’éviter un sons », Henry Bernard avait imaginé une constella-
ment. Désormais, nous aurions notre maison, et la effet de grande assemblée, tout en donnant le
quarantaine), celui des bureaux (mille !), etc. Pour vie serait plus facile ! » tion de studios, c’est-à-dire d’espaces adaptés aux
déjouer l’exiguïté du terrain, j’ai imaginé cette sentiment d’appartenance à une même commu- multiples besoins de production de la radio. Leur
maison ronde, que j’appelle familièrement mon nauté d’écoute et de partage du plaisir de la mu- taille, leur destination peuvent varier, mais non pas
En 2003 est décidée une restauration de grande sique. Les parois sont décomposées en multiples
oméga, car le parti circulaire dégage l’espace ampleur de la Maison de Radio France, et notam- leur forme : tous épousent un trapèze qui répond
bien plus que ne l’auraient fait des façades facettes dont les lignes se prolongent à l’infini, le plus naturellement à l’exigence acoustique.
ment de sa tour, qui doit répondre aux exigences mais ramènent toujours l’attention au centre, là
parallèles. Cette forme, par ailleurs, m’a toujours des nouvelles normes de sécurité. Un concours est Certains, comme le Studio 105 et le Studio 106,
semblé adaptée au type même de la production où se concentrent le regard et l’écoute. Plusieurs accueillent le public, notamment à l’occasion de
lancé en 2005, remporté par Architecture Studio. essences de bois (hêtre, merisier, bouleau) sont
musicale et radiophonique : les artistes et les Le cahier des charges est simple : adapter la mai- concerts de jazz ou de musique de chambre.
musiciens entrent par la périphérie, se dirigent combinées dans la composition des modénatures Ces deux studios sont fermés car ils s’apprêtent à
son à l’époque tout en mettant en valeur l’œuvre des différents plans, à la façon d’une grande
ensuite vers les studios, et les archives, en fin de d’Henry Bernard. C’est dans ce contexte qu’est connaître à leur tour une restauration totale.
course, sont conservées dans la tour centrale. marqueterie en bas-relief, structurée par le rythme
décidée la construction d’un nouvel auditorium sur des lignes horizontales ».
On aurait pu construire le bâtiment en pierre de l’emprise des anciens studios 102 et 103.
taille, mais j’ai préféré le béton et l’aluminium, Ce dessein fut partagé, dès le départ, avec
notamment parce que l’aluminium, matériau les artisans de Nagata Acoustics, chargés de
très peu utilisé à l’époque en France dans la l’acoustique, qui précisent de leur côté : « Le
16 design acoustique s’est concentré sur la création 17
© Radio France / Christophe AbramowitzFrance Musique en direct
l’Auditorium de Radio France
de
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