L'ENCEINTE MÉDIÉVALE DE CÉSARÉE
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L’ENCEINTE MÉDIÉVALE DE CÉSARÉE
Jean MESQUI
avec la collaboration de Nicolas FAUCHERRE 1
L
’enceinte urbaine de Césarée César Auguste 5. Il y construisit un port et la seconde enceinte. Le port intérieur,
est un ensemble monumental tout à fait extraordinaire, qui fait depuis comblé, avait laissé place à un quartier
majeur du Proche-Orient ; pour- deux décennies l’objet de fouilles sub- urbain, alors que l’ancien Temple majeur
tant, elle n’a guère attiré l’atten- aquatiques – ainsi que de restitutions avait été transformé en une église placée
tion des archéologues Européens depuis superbes et de nombreuses publications sous l’invocation de saint Procope ; du
l’étude que le baron Rey lui avait consa- scientifiques tout à fait remarquables. La port extérieur artificiel, il ne restait plus
crée au XIXe siècle 2. Pourtant, les fouilles cité romaine compta parmi les plus rien.
menées dans les années 1960 sous la importantes de la Syrie ; et, même si les
À la fin de l’époque byzantine, au
conduite de l’archéologue israélien puissantes jetées célébrées par l’historien
début du VIIe siècle, devant les menaces –
Avraham Negev, récemment décédé, ont Flavius Josèphe ne résistèrent pas à l’épreu-
perse ou arabe, le théâtre, situé au sud, fut
révélé dans toute son ampleur cette ve du temps, elle demeura durant toute la
transformé en une forteresse autonome ; il
enceinte construite d’un seul jet par Saint capitale de la Palestine première.
en subsiste quelques vestiges constitués
Louis, et anéantie à peine douze ans plus Les fouilles menées depuis un demi- par des restes de courtines et de tours cir-
tard. Ces fouilles n’ont malheureusement siècle sur le site permettent peu à peu de culaires.
pas été publiées par l’archéologue ; il a restituer les étapes de croissance de cette
néanmoins laissé des archives qu’il nous a Après l’invasion arabe, la ville perdit
ville ; on ne se hasardera pas ici à en retra-
été possible de consulter partiellement, son statut de capitale, au profit de Ramla ;
cer les résultats, et il nous suffira de four-
grâce à l’amabilité du Service des les géographes musulmans s’accordaient,
nir un plan (fig. 1) où sont figurés l’essen-
Antiquités Israélien 3. Comme on le verra, au début du second millénaire, pour
tiel de ceux-ci, en renvoyant aux articles
le présent article emprunte de façon considérer qu’elle n’était plus qu’une
scientifiques publiés sur la question 6. La
considérable à un article inédit, daté de bourgade, dénuée de port, bien approvi-
ville romaine et hérodienne était délimitée
1989, que l’archéologue avait rédigé 4 ; sionnée en eau et entourée de vergers,
par une enceinte dont demeurent trois
qu’il nous soit permis de lui rendre hom- bien loin de son passé splendide. L’église
tours circulaires, au nord, qui laissait à
mage en introduction. byzantine fut, naturellement, remplacée
l’extérieur les trois grands monuments
par la Grande mosquée du vendredi, qui
Cependant, les documents laissés par publics destinés aux jeux de société – le
trônait sur l’ancien podium Hérodien.
l’archéologue ne permettent pas de théâtre, au sud, l’hippodrome, à l’est,
résoudre toutes les questions posées par l’amphithéâtre, au nord-est. Elle venait se
cette enceinte ; c’est donc seulement un raccorder au sud-ouest au palais maritime
La prise de la ville en 1101
état des lieux que nous proposons ici, en établi sur une petite presqu’île.
par les Croisés
attendant une mission archéologique Au centre géométrique de l’ensemble
franco-israélienne prévue pour 2006. se trouvait le Temple majeur, élevé sur un 83
podium qui dominait le port intérieur pri- En 1099, dans leur route vers
mitif ; celui-ci avait été notablement Jérusalem, les Croisés évitèrent Césarée ;
HISTORIQUE agrandi par Hérode, comportant un port mais, une fois la ville sainte prise, cette
intermédiaire naturel, et surtout un port cité maritime, même dénuée d’un port de
extérieur artificiel considérable. Deux haute mer comme le signalent les géo-
La ville avant les Croisades
aqueducs parallèles desservaient la ville, graphes contemporains, ne pouvait les
l’un en élévation sur des arches dont sub- laisser indifférents ; en 1101, le roi
sistent des vestiges impressionnants, Baudouin Ier, assisté par une flotte
Césarée – Césarée Maritime pour la
l’autre sur des arches basses. génoise, vint assiéger la ville 7. Ce siège a
distinguer de la Césarée de Philippe,
fait l’objet de nombreux récits par les
située dans la haute vallée du Jourdain L’urbanisation atteignit son apogée à
chroniqueurs du temps 8.
(Paneas – Baniyas), est une ville aux ori- l’époque byzantine ; une seconde enceinte
gines très anciennes ; sa fondation est fut édifiée, délimitant un vaste croissant De ces récits, il ressort qu’en 1101, les
attribuée aux Phéniciens, qui en firent un incluant la ville antique, l’amphithéâtre, le Croisés déployèrent leurs troupes autour
comptoir florissant. Pompée reconstruisit théâtre et l’hippodrome romains. D’impor- de la seconde enceinte ; sans doute celle-ci
la ville ; puis Hérode le Grand en fit une tants restes de l’époque byzantine ont été était-elle trop vaste pour être défendue
« énorme et fastueuse cité » consacrée à mis au jour entre l’enceinte primitive sérieusement, puisque au bout de quinze
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Quatre ans plus tard, en 1191, après la
prise d’Acre, le sultan fit détruire de fond
en comble ses défenses, persuadé qu’il
était que cette ville, comme les autres cités
côtières, ne serait pas capable de résister à
l’extraordinaire élan des Croisés sous la
conduite de Richard Cœur de Lion 10. Il
est probable que la destruction fut telle
que la cité demeura ville morte : dans sa
marche d’Acre à Jaffa, l’armée du roi
d’Angleterre, constamment harcelée par
les troupes de Saladin, campa à Césarée,
sans rencontrer la moindre résistance, les
chroniqueurs, tant francs qu’arabes, se
contentant d’indiquer qu’il se retrancha
ici – et, ajoute un chroniqueur arabe,
Saladin ne cherchant pas à intervenir, la
ville ne possédant plus rien qui soit à
prendre 11. Julienne Grenier, arrière-petite
fille d’Eustache, épouse de Guy de Brisebarre
seigneur de Beyrouth, fut remise en
possession de la seigneurie après la trêve
de 1192 intervenue entre Francs et
Musulmans.
Les tentatives de fortification
du site en 1218-1228
Pour autant, ni elle-même, ni sa des-
cendance 12, ne paraissent avoir joué le
moindre rôle par la suite dans la ville. En
Fig. 1 - Plan de Césarée Maritime dans l’Antiquité (J. Mesqui). 1218, c’est Jean de Brienne, alors roi de
Jérusalem, et Léopold, duc d’Autriche,
jours, une fois l’assaut donné par échelade, prise de la ville, et fut l’un des principaux qui, avec l’aide des Hospitaliers, des
les défenseurs se replièrent aussitôt vers officiers de la couronne – il fut même Templiers, des Teutoniques et de pèlerins,
l’enceinte intermédiaire – l’existence de nommé régent du royaume pendant la s’en allèrent « fermer le chastel » de
cette dernière étant indéniablement captivité de Baudouin II. Bien que siège Césarée et celui de Chastel-Pèlerin 13.
84 prouvée par les récits du Génois Caffaro, d’un diocèse et d’une cathédrale, qui prit Selon toute probabilité, il s’agissait ici de
témoin oculaire, et d’Albert d’Aix 9. Mais, la place de la Grande mosquée, la ville la « citadelle » (fig. 2) établie sur la pres-
une fois l’assaut donné, la débandade fut n’est ensuite mentionnée que de façon qu’île formant jetée, au sud-ouest ; on
telle que les défenseurs ne purent tenir que anecdotique dans les récits des voyageurs peut penser que la ville était totalement
quelques heures cette seconde enceinte ; et pèlerins – le plus souvent pour son abandonnée. Des habitants chrétiens
les habitants – les riches commerçants, passé antique, ainsi que pour ses vergers et s’étant, apparemment, réinstallés là, on se
selon Caffaro, se replièrent à la Grande ses jardins ; il ne semble pas qu’elle ait préoccupa également de relever la cathé-
mosquée, élisant refuge dans le minaret. joué de rôle commercial particulier. drale Saint-Pierre, et, au commencement
Un rôle essentiel semble avoir été joué de février 1218, l’archevêque et d’autres
dans cette prise par les Génois sous la évêques latins y célébrèrent la première
conduite de Guillelmo Embriaco, futur Prise et destruction par Saladin messe de re-consécration 14.
seigneur de Giblet (Jbail, Liban).
À la fin de l’année 1219 ou de 1220,
Vers 1108, la ville et la seigneurie, alors que l’essentiel des Croisés se battait à
jusque-là possessions royales, furent déta- En 1187, la ville fut prise par l’armée Damiette, le sultan de Damas al-
chées du domaine au profit d’Eustache de Saladin, apparemment sans le moindre Mu’azzam alla assiéger le château –
Grenier (ou Garnier), qui devint égale- combat – il est vrai que le contexte était considéré comme petit et mal défendu 15.
ment en 1111 seigneur de Sidon après la dramatique après la défaite de Hattin. On apprend à cette occasion que leCØsarØe.qxd 18/04/2006 16:33 Page 85
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seul Guillaume de Saint-Pathus indique L’histoire moderne
que le roi fit fortifier le « faubourg » de
Césarée, ce qui semble suggérer qu’il ne
restait que de vagues ruines de la ville an- Lorsque les archéologues la visitèrent
tique, le statut de l’enceinte construite par dans la dernière partie du XIXe siècle,
le roi étant celui d’un « faubourg » du châ- Césarée formait un ensemble de ruines
teau 18. Le continuateur de Guillaume de pleines de romantisme, que se plut à
Tyr, pour sa part, indique que le roi fit mettre en images Victor Guérin, alors que
construire seize tours 19 ; l’enceinte actuel- Emmanuel-Guillaume Rey en analysait,
le en compte quinze, ce qui permet de déjà, l’architecture 23. C’est à peu près au
penser que la seizième était celle de la cita- moment où le premier publiait son livre à
delle. Paris, que l’Empire ottoman se trouva
Le roi resta à Césarée de mars 1251 à obligé d’accueillir, après le Congrès de
mai 1252 ; en août 1251, il écrivait à son Berlin (1878) qui lui avait fait perdre la
frère Alphonse de Poitiers faire travailler possession de la Bosnie, des réfugiés
continûment, sans aucune relâche, à cette Musulmans provenant de ce pays ; une
Fig. 2 - Césarée : la citadelle vue depuis le
fortification 20, et on peut penser qu’il laissa petite colonie de pêcheurs, Qisariya, fut
sud-ouest dans les années 1870, par V. Guérin.
une enceinte capable de défense derrière fondée à Césarée, prenant place sur les
seigneur légitime, Gauthier III de lui – même si rien ne permet d’exclure que restes de courtines et de tours et y bâtis-
Brisebarre, fils de Julienne Grenier et de des travaux complémentaires aient pu sant des maisons modernes. Ce village ne
Guy, dernier seigneur de Beyrouth de cette avoir lieu après son départ. tarda pas à accueillir également des habi-
maison, eût aimé rentrer en possession de tants du crû, Arabes de Palestine.
son château, mais que l’administration En février 1948, pendant la première
royale considérait qu’il devait d’abord rem- La destruction de Césarée phase de la guerre d’indépendance israé-
bourser les travaux effectués quelques mois à partir de 1265 lienne, les habitants de Qisariya furent
auparavant… Les Génois d’Acre, cher- expulsés par la Hagana, et les maisons du
chant à le soutenir, prétendirent pouvoir village furent démolies 24. À compter des
défendre le château, et le bailli royal, Le 27 février 1265, le sultan Baybars années 1950, un programme de dégage-
Garnier l’Allemand, le leur livra. Mais, à vint mettre le siège devant la ville : selon ment et de fouilles fut mis en place.
peine quatre jours s’écoulèrent avant qu’ils les chroniqueurs musulmans, il « serra la Depuis, les équipes se sont multipliées sur
n’appellent au secours leurs compatriotes place si étroitement qu’au bout de six le site ; l’enceinte médiévale a été dégagée
d’Acre, les mineurs d’al-Mu’azzam étant jours il s’en rendit maître » 21. La garnison et fouillée sous la direction d’Abraham
déjà sous les murs ! Exfiltrés de nuit par franque, trop peu nombreuse, fut inca- Negev, les fouilles s’intensifient, qu’il
bateau, ils laissèrent aux Musulmans un pable de couvrir la totalité des murs, et les s’agisse de fouilles subaquatiques pour
château vide, que le sultan s’empressa, à Musulmans purent s’en rendre maîtres par retrouver les traces du port hérodien, ou de
nouveau, de faire abattre. échelade – un retour au siège de 1101… fouilles terrestres pour retrouver les diffé-
Ils se replièrent dans la citadelle, protégée rentes étapes d’occupation de la ville 25.
À nouveau, en 1228, un certain
par un fossé rempli d’eau de mer. Baybars
nombre de Croisés, désœuvrés en atten-
s’installa sur le podium de l’ancienne
dant l’empereur, après avoir construit le
cathédrale pour diriger le siège ; mais les DESCRIPTION DE L’ENCEINTE 85
château de mer de Sagette, vinrent ici fer-
efforts des sapeurs échouèrent, l’eau péné-
mer le château ; mais le temps qu’ils y
trant dans leurs galeries, et les murs ren-
passèrent ne laisse pas penser qu’ils le
forcés de colonnes ne pouvant s’effondrer. L’enceinte médiévale de Césarée, d’un
transformèrent profondément 16.
Des assauts furent lancés du côté de la développement total d’un peu plus de
mer, sous un bombardement intensif et 1 km, ceinturait sur trois côtés, nord, est
des tirs d’archers incessants. Finalement, et sud, le cœur de ville et le port ; vers
Saint Louis à Césarée
les Croisés renoncèrent, et, le 5 mars l’ouest, elle venait aboutir à la mer en se
en 1251-1252
1265, se replièrent par bateau sur Acre, raccordant au tracé des deux jetées de
laissant la place vide, comme en 1218 22. l’avant-port Hérodien (fig. 3). Dès cette
Saint Louis partit d’Acre en mars Baybars fit alors détruire, de façon époque, la jetée nord de cet avant-port
1251, avec toute son armée, pour aller systématique, l’enceinte et la citadelle, par avait disparu, tout en laissant des vestiges
fortifier Césarée 17. Que restait-il de la ville peur que les Croisés ne s’y réinstallent. formant des hauts-fonds submergés, et
à cette époque ? Était-elle occupée encore Sous al-Ashraf, en 1291, cette destruction elle avait été remplacée par une jetée
autrement que par quelques masures ? fut renouvelée – est-ce à dire qu’une délimitant le port médiéval, formée de
Aucun des textes en notre disposition ne population s’y était réinstallée ? La ville fut colonnes prises dans les ruines antiques 26.
permet de faire la moindre supposition ; dès lors désertée. La jetée sud demeurait et demeure encoreCØsarØe.qxd 18/04/2006 16:34 Page 86
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sur la partie rocheuse, naturelle, de son Les destructeurs n’ont laissé en éléva- constater qu’il y eut une totale indépen-
extension ; elle portait une « citadelle » tion que ce talus, et les bases des tours et dance structurelle entre, d’une part, tours
surveillant le port, sur laquelle venait se courtines situées au revers du talus : et courtines, d’autre part le talus. On s’en
refermer le côté sud de l’enceinte. compte tenu de la hauteur de celui-ci, ceci rend compte d’ailleurs de façon immé-
Quinze tours rectangulaires flan- a permis de conserver les bases des tours, diate en examinant les ruines, puisque la
quaient cette enceinte, espacées d’une et surtout des tours-portes. Manifeste- partie haute du talus venait simplement se
quarantaine de mètres en moyenne ; deux ment, la destruction a été menée de façon coller contre le parement des tours et des
d’entre elles, au nord et à l’est, contenaient systématique jusqu’aux niveaux de défense courtines : les destructeurs ont d’ailleurs,
des portes d’accès à la ville, la troisième les plus bas des tours, en veillant à en de nombreux endroits, enlevés les
porte, au sud, étant percée dans une cour- « découronner » toutes les niches d’archère assises hautes du talus, laissant apparente
tine sous la surveillance directe d’une des pour les rendre inefficaces ; cependant, il la zone d’appui du talus et de son rem-
tours. Mais l’originalité principale de est possible encore de reconnaître une plissage.
l’enceinte réside dans son extraordinaire grand nombre de ces niches, conservées
Mais cette indépendance structurelle
talus formant l’escarpe du fossé. Celui-ci jusqu’à un mètre de hauteur environ, avec
ne se limite pas à ce simple collage : selon
ceinture les trois faces de l’enceinte ; large les bases des fentes d’archères qu’elles des-
les dessins de Negev, la fondation des
d’environ 12 m à la crête de l’escarpe, il servaient.
tours et des courtines fut seulement super-
épouse le contour de l’enceinte, la contres- ficielle, c’est-à-dire avec un simple décais-
carpe verticale dessinant une dentelure sement du sol naturel pour établir une
autour de celle-ci. Sa profondeur est seu- Le système constructif semelle. Ainsi, contrairement à l’usage
lement de 4 à 5 m par rapport au terrain occidental qui était d’établir les maçonne-
naturel ; mais le talus d’escarpe montait ries supérieures des tours et des courtines
jusqu’à neuf mètres de haut, avec un Avant même d’entrer dans la descrip- au-dessus du talus, lui-même fondé en
angle de 58° par rapport à l’horizontale, tion des ouvrages défensifs et de leur dessous de l’assiette du fossé, les construc-
conférant à cette véritable carapace un conception, il est bon de dire un mot du teurs de Césarée dissocièrent ces éléments.
aspect d’extrême puissance – même si, on système constructif qui semble avoir pré-
le verra plus loin, celle-ci était quelque valu pour ce chantier. Les plans et coupes Enfin, Negev a constaté que le talus,
peu factice. dressés par Avraham Negev permettent de qui paraît massif et faire bloc, n’est en fait
constitué par une couche de maçonnerie
de 50 cm d’épaisseur appliquée en revête-
ment de l’escarpe en terre ; en certains
endroits, le mur de fondation des cour-
tines pouvait être plus bas, en particulier
au sud, le glacis venant alors s’appuyer sur
un remplissage qui a parfois disparu, lais-
sant un vide structurel peu compatible
avec la défense (fig. 11)... 27.
Ceci conduit à faire l’hypothèse d’un
système de construction totalement
déconnecté entre les tours et les courtines,
86 établies avec fondation superficielle dans
le sol naturel, et le creusement des fossés,
avec la construction du talus postérieure-
ment à l’achèvement de ceux-ci, venant
seulement s’appuyer contre les maçonne-
ries des tours et des courtines (fig. 4).
Cette présomption de deux chantiers
indépendants constructivement vient se
renforcer lorsque l’on constate la présence
dans certaines courtines de poternes bou-
chées par le talus (deux au moins ont été
identifiées, l’une entre les tours 10 et 11,
l’autre entre les tours 13 et 14). Ces
poternes, ménagées au niveau du sol natu-
rel intérieur, et donc du sol extérieur pri-
mitif avant creusement du fossé, ont été
Fig. 3 - Plan de la Césarée médiévale (J. Mesqui). murées et bouchées lorsque le talus a étéCØsarØe.qxd 18/04/2006 16:34 Page 87
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Saint Louis à son frère Alphonse, comte de vantaux ; la porte donnant vers l’inté-
de Poitiers : « …Et comme les travaux des rieur, ménagée à la perpendiculaire, était
murs sont désormais achevés pour l’essen- protégée par un assommoir et une paire de
tiel, nous faisons maintenant travailler à vantaux (fig. 5).
l’achèvement du chantier par un travail
Cette tour-porte possédait au moins
assidu et sans discontinuer, tant aux murs
deux niveaux. Le passage d’entrée, après le
qu’aux fossés… » 28.
passage de la première porte regardant
Un autre détail remarqué par Negev l’ouest, pénétrait dans une salle carrée,
ne manque pas d’attirer l’attention : au voûtée sur ogives retombant sur des piliers
moins une base de courtine située à l’ouest aux chapiteaux richement sculptés – sans
de la tour-porte nord, présente une struc- qu’il puisse y avoir le moindre doute sur
ture « feuilletée » composée de trois voiles l’attribution à Saint-Louis. Un escalier
verticaux d’épaisseur collés les uns aux ménagé dans l’épaisseur du mur ouest,
autres, en allant de l’intérieur vers l’exté- coudé pour suivre l’angle, permettait
rieur, de 99, 127 et 158 cm 29. Ceci nous d’accéder depuis la salle voûtée à une
apprend, de façon anecdotique, que le galerie d’entresol ou gaine, qui surveillait
pied utilisé pour la construction mesurait l’extérieur par des archères à niches ; la
environ 31,5 cm ; mais, au-delà, pourquoi galerie était également accessible par un
avoir choisi cette méthode constructive ? escalier extérieur situé à l’ouest, desservant
Ne doit-on pas voir, ici encore, un mode aussi le chemin de ronde de la courtine
d’organisation du chantier privilégiant la est.
rapidité d’exécution de la ceinture exté-
Par analogie aux dispositions de la
rieure ?
tour-porte est, on peut estimer que cette
galerie à archères pouvait aussi surveiller la
salle basse de la tour par des baies prati-
Les portes d’entrée de la ville
quées dans le mur de séparation.
Les trois portes d’entrée de la ville sont
La porte est
conservées – plus ou moins ; deux d’entre
elles sont pratiquées dans des tours-portes. Elle était située sur l’ancien decumanus
Fig. 4 - Césarée, restitution du système La moins défendue, percée en flanc droit maximus de la cité Hérodienne et byzanti-
constructif de l’enceinte (J. Mesqui). d’une tour, est celle qui donnait au sud ; ne, et constituait l’accès majeur à ce qui
mais ceci s’explique par sa position très restait de la ville au temps de Saint Louis.
collé contre la muraille. On ne peut les protégée dans un rentrant de l’enceinte, Nul étonnement si ses dimensions l’em-
expliquer qu’en les mettant en relation sous la protection de la citadelle située à portent largement sur la précédente, puis-
avec une phase constructive antérieure à l’ouest, et surtout derrière le masque d’une qu’elle ne mesurait pas moins de 22 m
cette création des fossés et collage du grande tour rectangulaire qui l’abritait vers de longueur pour plus de 14 de large.
talus : il se serait agi de poternes utilisées l’est et le sud-est. Cette porte est sur- Comme la précédente, elle était basée sur
justement lors du creusement des fossés, montée d’un arc brisé reconstruit à l’épo- l’usage d’un passage coudé deux fois : de 87
pour permettre aux équipes d’ouvriers que moderne ; son passage est défendu par l’extérieur, on franchissait un pont mo-
d’accéder au chantier, et de rentrer en ville un assommoir et une paire de vantaux bile, on passait sur un pont médiéval à
facilement. dont subsistent les crapaudines de pierre. tablier de bois sur quatre arcs de pierre
(reconstruits sur les fondations mises au
On peut, à ce stade, faire l’hypothèse
jour lors des fouilles), pour aboutir sur
de deux chantiers indépendants structu-
La porte nord une plate-forme de près de 4 m de large
rellement. Dans le premier aurait été
longeant le flanc gauche de la tour (fig. 6).
élevée l’enceinte avec ses tours, ses cour- Cette porte en chicane est ménagée
tines et ses portes, au moins sur leur pre- dans une tour dont les dimensions, à Cette plate-forme était protégée vers
mier niveau, de la façon la plus rapide l’intérieur du talus, sont de 15 m par 15 le nord et l’est par un mur bas qui évitait
possible pour mettre à l’abri les popula- extérieurement ; elle prenait place sur une que la porte, située dans le flanc nord,
tions ; dans le second, on aurait creusé plate-forme plus large de 3,3 m vers puisse être prise pour cible de machines
les fossés au-devant de ces ouvrages, de l’ouest servant d’accès par un pont dont la implantées dans ce secteur. On devait
façon indépendante, et on en aurait revê- pile demeure, à l’état de substruction, alors tourner à angle droit vers la gauche,
tu l’escarpe par ce talus exceptionnel par dans le fossé. Au niveau inférieur, le passa- passer sous un assommoir, franchir une
son élévation. Ceci confirme les termes ge coudé était protégé vers l’ouest par la herse et des vantaux, pour déboucher dans
d’une lettre écrite le 11 août 1251 par succession d’un assommoir, d’une herse et une longue et étroite salle voûtée, d’uneCØsarØe.qxd 18/04/2006 16:34 Page 88
Jean MESQUI
Fig. 5 - Césarée, plan de la porte nord, d’après A. Negev. Fig. 6 - Césarée, plan de la porte est, d’après A. Negev.
quinzaine de mètres de longueur pour Les trois poternes jouxtant la tour 8 au sud ; enfin la troisième
moins de cinq en largeur ; puis, à nou- se situe au sud, jouxtant la tour d’angle 12
On a vu plus haut qu’il a existé deux
veau, il fallait tourner, cette fois sur la à l’est.
poternes « hautes » bouchées lors de la
droite, passer sous un nouvel assommoir
construction du glacis. Mais il demeure Chacune d’entre elles est constituée
et franchir une nouvelle paire de vantaux également trois autres poternes cohérentes par un tunnel voûté en pente, dans lequel
– on était enfin dans la ville. avec celui-ci, qui permettaient une circu- prend place un escalier ; elles débouchent
La salle intérieure, voûtée de trois lation de l’intérieur de la place vers le dans le fossé par des portes dont les seules
travées d’ogives retombant sur des fossé, et réciproquement. La première se défenses étaient constituées par un van-
consoles aux chapiteaux feuillagés, était situe au nord, jouxtant la tour d’angle 3 tail de bois. Pour autant, Avraham Negev
placée sous surveillance d’une galerie à l’est (fig. 8) ; la seconde se trouve à l’est, a constaté, lors des dégagements et des
haute à archères, servant tant à la défense
externe qu’au contrôle interne, grâce à
quatre baies couvertes d’arcs brisés. Ces
trois travées ont été remontées depuis les
dégagements des années 1950-1960.
Cette galerie voûtée n’était pas directe-
ment accessible depuis l’intérieur de la
88
salle, contrairement à la porte nord (fig. 7) ;
de plus, elle ne ceinturait pas totalement
la salle, son niveau ne lui permettant pas
de passer au-dessus du passage nord. On y
accédait, en fait, depuis une plate-forme
située au sud-ouest, en communication
avec la courtine voisine au sud.
Sans doute existait-il un, voire deux
niveaux défensifs au-dessus de cette salle ;
l’un d’entre eux au moins était nécessaire
pour desservir herse et assommoirs au-des-
sus des deux passages successifs, et on peut
faire l’hypothèse d’un niveau de chemin de
ronde au-dessus – comme il s’en pratiquait
de façon courante dans la fortification
franque ou musulmane de l’époque 30. Fig. 7 - Césarée, axonométrie en écorché de la porte est (J. Mesqui).CØsarØe.qxd 18/04/2006 16:34 Page 89
L’ENCEINTE MÉDIÉVALE DE CÉSARÉE
(poternes des tours de l’enceinte
Théodosienne à Byzance, de l’enceinte de
Nicée). Il reste à faire une étude exhaus-
tive de ce genre de dispositifs : étaient-ils
déterminés par une théorie de la défense
des places, ou plus prosaïquement par une
nécessité de desservir et d’entretenir les
fossés ? Il est probable que les deux moti-
vations purent exister, de façon concur-
rente ou de façon conjointe 33.
Tours et courtines
Il est curieux, dans une enceinte qui
paraît aussi homogène, et qui fut construi-
te en un espace de temps exceptionnelle-
ment bref, de constater que les treize tours
rectangulaires flanquant les courtines
n’ont pas des dimensions normalisées. Si
la tour moyenne se caractérise par une
largeur en capitale d’environ 10 m, en fait
cette largeur peut aller jusqu’à 17 m
comme à la tour nord-est, la plus impor-
tante de tout l’ensemble par ses dimen-
sions. Leur saillie par rapport aux cour-
tines était tout aussi variable, cependant,
elle se situe entre 4 et 5 m en moyenne.
La structuration intérieure de ces tours
est, comme dans les deux portes, com-
Fig. 8 - Césarée, plan de la tour nord-est et de la poterne attenante, avec coupe de cette dernière, mandée par l’élévation du talus extérieur
d’après A. Negev. dont la crête était, on l’a vu, plus haute
que le sol intérieur de la ville de trois à
fouilles, que chacune de ces poternes avait postérieurement à la construction de la quatre mètres. Dès lors, le premier niveau
été fermée dès le Moyen Âge, préalable- base des murs en première phase, telle de défense pourvu d’archères ne pouvait
ment au siège final, par un bouchage de qu’imaginée plus haut ; elle serait cohé- se trouver qu’en forte surélévation par rap-
maçonnerie ; la poterne nord a conservé rente avec la réalisation du glacis de façon port au sol intérieur. Ces archères étaient
ce bouchage, réalisé dans le même type légèrement postérieure aux tours et cour- ménagées au fond de niches en arc brisé ;
d’appareil que les courtines 31. L’archéo- tines. les fentes étaient pourvues d’une plongée 89
logue interprétait ce bouchage comme dont la base, souvent plus basse que la
L’existence de telles poternes desser-
une fermeture préalable au siège de 1265 crête du talus, obligea à réserver au som-
vant le fond des fossés n’a rien que d’assez
– c’est extrêmement probable ; l’intervalle met de celui-ci des échancrures pour ne
habituel dans la fortification. On rappelle-
d’une dizaine d’années entre la construc- pas les boucher (fig. 10).
ra ainsi qu’on trouve de telles poternes à
tion de l’enceinte et le siège explique la
Belvoir (Kokhav Ha-Yarden, Israël) dans Les dispositions intérieures de ce
similitude des maçonneries. Pour Nicolas
les années 1170-1180, ménagées dans les niveau de défense semblent, dans la majo-
Faucherre, qui les a étudiées de près, le
flancs de certaines tours d’angle de l’en- rité des cas, avoir reposé sur de simples
murage est même contemporain de leur
ceinte principale 32. De la même façon, les salles rectangulaires pourvues sur leurs
percement.
tours de flanquement du château de flancs d’une archère prenant la courtine
Le débouché de la poterne est côté Giblet (Jbail, Liban) étaient munies de voisine en enfilade, et de deux archères en
ville, en partie conservé, semble prouver telles poternes de fond de fossé ; au Crac capitale. Suivant les dimensions, ces
que la porte couverte d’un arc brisé a été des Chevaliers, une des tours semi- nombres purent être ajustés : ainsi, à la
insérée dans la maçonnerie préexistante ; circulaires de l’enceinte externe possédait tour nord-est, on comptait quatre archères
ceci demande cependant à être vérifié atten- également une poterne. Plus généra- frontales au nord et trois autres, également
tivement. Cet indice pourrait accréditer lement, on en trouve dans la fortification frontales, à l’est. À la tour sud-est exis-
l’hypothèse d’un percement de ces tunnels antique de façon quasi systématique taient trois archères sur les deux faces.CØsarØe.qxd 18/04/2006 16:34 Page 90
Jean MESQUI
Cl. N. Faucherre-G. Séraphin. Cl. N. Faucherre-G. Séraphin.
Fig. 9 - Césarée, vue des tours de l’enceinte dans la section située au sud Fig. 10 - Césarée, vue d’une salle et de l’archère latérale d’une tour
de la porte est. flanquant une courtine. Au fond, une autre tour de flanquement.
La tour nord-est présente, en outre, de courtine. Elle montre, en partie supé- hauteur, contenant en son niveau infé-
une disposition particulière – peut-être rieure, le talus appuyé sur la muraille rieur des salles voûtées en cours de
utilisée dans d’autres cas, mais la ruine verticale, séparé d’elle par un vide déblayement 35.
empêche de le savoir précisément (fig. 8). constructif qui devait être, primitivement,
Les ruines actuelles présentent des élé-
Une galerie délimitée intérieurement par empli de terre (fig. 11). Dans le parement
ments de courtines aux parements à bos-
un mur mince desservait les archères – du talus est percée une fente d’archère qui
une gaine, pour reprendre le terme consa- sages tabulaires (fig. 12), qui ne sauraient
était desservie depuis la courtine elle-
cré : on retrouve ici une caractéristique être assimilés aux parements de « kurkar »
même ; ceci prouve qu’en certaines zones,
déjà rencontrée dans les deux portes nord tout juste dressés des courtines et tours de
il a existé un niveau défensif à archères au
et est. Selon toute vraisemblance, il a l’enceinte. Les colonnes de marbre vert
niveau de la crête du talus.
existé dans cette tour une salle dont le sol prises dans les anciens bâtiments antiques,
était au niveau du sol intérieur ; elle était qui donnèrent leur nom arabe à la cita-
ceinturée à mi-hauteur par cette gaine à delle (« al Khadra », c’est-à-dire « la Verte »)
LA CITADELLE
archères. continuent d’assurer une armature indes-
tructible pour ces murailles, malgré les
On ne sait rien de l’élévation de ces assauts de la mer, après ceux des sapeurs
tours. On peut faire la supposition La citadelle se présente aujourd’hui
de Baybars.
qu’était prévu un autre niveau de défense, comme un énorme « pâté » approxima-
éventuellement avec un double chemin de tivement trapézoïdal, constitué de maçon- On ne peut exclure, à la suite de
ronde. neries d’épaisseurs considérables, pour la Meron Benvenisti, que les restes visibles
90 plupart ruinées, supportant des bâti- actuellement soient ceux de la forteresse
Concernant les courtines, la grande ments modernes, le tout établi sur le bâtie en 1218 par Jean de Brienne et les
majorité d’entre elles est totalement arasée départ rocheux de la jetée sud du port pèlerins qui l’assistaient, et qu’elle ait été
au niveau de la crête du talus, voire légè- Hérodien. Les archéologues israéliens ont renforcée en 1228 par les pèlerins qui
rement plus bas, de telle sorte qu’il est reconnu le tracé de l’ancien fossé, large avaient bâti le château de mer de Sagette.
impossible d’en connaître les dispositions de 20 m, qui séparait cette citadelle de la Cependant, il convient de conserver la
primitives. Seul un fragment de courtine ville, fossé autrefois en eau ; on a vu qu’il plus grande prudence, sans l’appui de
demeure en élévation à l’angle nord-ouest posa des problèmes considérables aux relevés idoines.
de la tour-porte orientale, faisant peut- sapeurs de Baybars. Le front d’attaque,
être partie d’une construction accolée. On côté est, c’est-à-dire côté ville, était
y voit encore une belle archère ménagée flanqué par deux tours carrées renforcées UNE ENCEINTE DÉCALÉE
au fond d’une profonde niche, à un de colonnes de marbre et de porphyre
niveau plus haut que les archères de la couchées en boutisse ; A. Negev a reconnu
porte voisine ; cette courtine possédait un
l’accès primitif, qui se pratiquait par un Le premier bilan que l’on peut tirer
niveau supplémentaire.
escalier de marbre débouchant sur une de cette étude, encore superficielle, de
À l’angle sud-est de la tour 15 demeure, porte au nord-est 34. La citadelle aurait l’enceinte de Césarée, est son caractère
par ailleurs, une très intéressante section possédé en outre une tour de grande absolument atypique par rapport à ceCØsarØe.qxd 18/04/2006 16:34 Page 91
L’ENCEINTE MÉDIÉVALE DE CÉSARÉE
Cl. N. Faucherre-G. Séraphin. Cl. N. Faucherre-G. Séraphin.
Fig. 11 - Césarée, vue du sommet du talus à l’angle de la tour 15. Fig. 12 - Césarée, vue du parement d’un élément de courtine de la
citadelle.
que l’on connaît de la fortification de concept du « sas » qui fut introduit par les peuvent être mises en avant, la première
Saint Louis en Occident. Que l’on exa- architectes royaux, en revanche le principe d’entre elles étant très certainement les
mine les travaux réalisés par l’adminis- de la double herse est absent. délais extrêmement courts que le roi
tration royale à Aigues-Mortes, Angers, avait imposés au chantier ; elle explique
- les talus sont indépendants des cour-
Carcassonne, Peyrepertuse, Monségur, la au moins la curiosité constructive résul-
tines, et leur hauteur est quasi équivalente
symbolique dominante est celle de la tour tant des deux systèmes indépendants des
à celle des tours et des courtines.
circulaire, et plus précisément encore de tours et des talus. Elle explique, peut-être,
la tour circulaire à archères flanquante, - les archères sont ménagées de façon le recours exclusif au plan rectangulaire, si
disposée à intervalles réguliers sur le tracé systématique dans des niches – solution l’on admet que la taille de pierres à pare-
d’enceintes géométriques. Ce type de connue par les architectes de Saint Louis, ment plat permettait de gagner en pro-
tour résulte du modèle « philippien » : mais extrêmement peu pratiquée dans ductivité sur celle de pierres à parement
tour à murs épais percé d’archères à ébra- leurs réalisations. incurvé.
sements simples (sans niches) reposant
À vrai dire, en définitive, si les deux Mais ce ne saurait être la seule explica-
sur un glacis subvertical. Les portes sont
tours-portes n’avaient pas conservé leurs tion : l’usage du plan coudé pour les
universellement dessinées sur le modèle
superbes chapiteaux gothiques feuillagés, portes, celui d’archères à niches, indique
« philippien », constitué par un passage
œuvre de sculpteurs accoutumés au sans grand risque de se tromper que la
frontal entre deux tours ; les architectes
gothique d’Île-de-France du milieu du conception générale fut réalisée par des
de Saint Louis y ont apporté leur
XIIIe siècle, ainsi que les restes de leurs maîtres d’œuvre locaux, habitués aux
touche d’innovation, en développant des
voûtes d’ogives, on en viendrait à douter usages architecturaux de la région. On ne
formules à deux herses, sans pour autant 91
que l’enceinte de Césarée soit une œuvre peut, de ce point de vue, exclure totale-
bouleverser le schéma de base.
du roi de France (fig. 13). ment que le système constructif ait répon-
À Césarée, rien de tout cela ; mieux, du, lui aussi, à une exigence ou à une
Comment peut-on expliquer ce
tout est différent de ce qui fut réalisé outre volonté d’innovation pour augmenter la
décalage extraordinaire ? Plusieurs raisons
Méditerranée. Seul, peut-être, le concept capacité de résistance à la mine – redou-
d’ensemble d’une enceinte régulièrement table dans les armées musulmanes.
flanquée régulière et homogène vient-il
rappeler, de très loin, le concept de l’en-
ceinte d’Angers. Tentons de recenser ces L’ensemble de ces traits fait de Césarée
différences : un monument très atypique et décon-
certant, représentatif d’un croisement de
- les tours sont systématiquement
cultures tout à fait intéressant.
rectangulaires, contrairement à tous les
usages ;
- les portes sont ménagées dans des
tours-portes rectangulaires, sur le principe Cl. N. Faucherre-G. Séraphin.
du passage coudé. Si l’on retrouve le Fig. 13 - Césarée, porte nord, chapiteau.CØsarØe.qxd 18/04/2006 16:34 Page 92
Jean MESQUI
BIBLIOGRAPHIE
Cette bibliographie ne vise pas à Eydoux 1982 Lyons 1971
fournir l’ensemble des sources concernant H.-P. Eydoux, Les châteaux du Soleil, Paris, U. Lyons, M.-C. Lyons, Ayyubids,
Césarée, mais seulement les plus impor- 1982. Mamlukes and Crusaders. Selections from
tantes au stade de cette étude prélimi- the Tarikh al-Duwal wa’l Muluk of Ibn Al-
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Historiens des Croisades, Historiens Historiens des Croisades, Historiens G. de Saint-Pathus, Vie de Saint Louis,
Occidentaux, t. II, Paris, 1875. Occidentaux, t. III, Paris, 1876. publiée par H.-F. Delaborde, Paris, 1899.
NOTES
1. Je remercie Benjamin Z. Kedar d’avoir bien voulu Cette mission va conduire à une première mission gratitude à Hervé Barbé, archéologue français
m’apporter toute sa connaissance de l’historiographie archéologique à Césarée dans l’été 2006. détaché à l’Office des Antiquités d’Israël, d’avoir
de la Terre sainte, en corrigeant cet article ; celui-ci bien voulu nous faciliter considérablement cette
demeure cependant imparfait, tant au plan archéo- 4. Negev 1989. Nous remercions ici, en premier lieu, recherche. Voir aussi Negev 1993.
logique qu’historique, et méritera d’être corrigé et à titre posthume, Abraham Negev lui-même, qui
amélioré dans le futur. avait bien voulu donner accès à ses archives à Nicolas 5. Eydoux 1982, p. 207-209.
Faucherre. Nos remerciements vont aussi à l’Office 6. Sur un plan documentaire général, voir l’excel-
2. Rey 1871, p. 221-226.
des Antiquités d’Israël, qui a accepté la consultation lente synthèse en langue française donnée dans
3. Mission Faucherre-Séraphin en novembre 2003, et la reproduction de certaines pièces de ces archives. Le monde de la Bible 1988. Voir également l’incon-
financée par le Ministère des Affaires Étrangères. Qu’il nous soit permis également d’adresser notre tournable encyclopédie des fouilles archéologiquesCØsarØe.qxd 18/04/2006 16:34 Page 93
L’ENCEINTE MÉDIÉVALE DE CÉSARÉE
en Terre sainte, publiée en 1993, articles « Caesarea » au fermer, distrent à Garnier l’Alemant que si il le Palestine, avec l’armée des Chrétiens, poursuivant la
et « Caesarea Maritima » : New Encyclopedia 1993. lor voloit livrer que il le garniroient et le deffen- construction de l’enceinte de cette ville. Et comme
Il convient de consulter aussi, parmi d’autres droient ; il le lor bailla. Il y envoièrent gens et les travaux des murs sont désormais achevés pour
sites internet passionnants : « Combined Caesarea armeures et viandes et autres choses, qui mestier y l’essentiel, nous faisons maintenant travailler à
Expeditions », http://www.digcaeasarea.org, site avoient. Quant il furent là venus, ils reçurent le l’achèvement du chantier par un travail assidu et sans
officiel des fouilles de Césarée, et, pour l’amuse- chastel, et en firent partir touz ceauz qui y estoient, discontinuer, tant aux murs qu’aux fossés (… Donné
ment, « Virtual Caesarea Maritima », http://autra- et i furent IIII jorz ; et au quint mandèrent à Acre que au camp près de Césarée de Palestine, l’an 1251 du
lis.www2.50megs.com/caesarea/caesarea.html. l’en les en venist oster, car il ne le poeent plus rete- seigneur, le lendemain de la Saint-Laurent martyr.
nir, que li ronpeor des Turs estoient dedens le [11 août 1251] ».
7. Sur l’histoire de Césarée au Moyen Âge, voir l’ex- mur.Lor gens lor envoièrent vaisseauz et les en firent
cellent chapitre consacré à la ville par Benvenisti oster une nuit. Lendemain li Turc orent faussé le 21. « Résumé de l’Histoire des Croisades », publié
1970 ; voir aussi la synthèse de Pringle 1985. Negev mur, et entrèrent enz et n’i trovrent nului. Le soutan dans Recueil des Historiens des Croisades, Historiens
1989, I, donne de nombreux extraits des textes, mais fist abatre le chastel ». orientaux, t. I, Paris, 1872, p. 150.
commet de nombreuses erreurs dans la chronologie
et dans l’interprétation. Le mieux est encore de reve- La chronologie fournie par le chroniqueur semblerait 22. Benvenisti 1970, p. 139-140. Description
nir aux sources, publiées dans les Historiens des indiquer l’année 1218, mais l’ensemble des histo- détaillée du siège, à partir du récit de Ibn al-Furat,
Croisades. riens place cet événement à la fin 1220, après la prise dans Prawer 1975, II, p. 463-464. Il est intéressant
de Damiette par les Francs. Voir Grousset 1936, III de donner ici une traduction française de celle
8. Historia Belli Sacri Fuclherii Carnotensis, p. 388- p. 212 ; Pringle 1985, p. 171 ; Prawer 1975, II, qu’a faite Lyons 1971, t. II, p. 70-71 à partir du
390. Alberti Aquensis Historia Hyerosolimitana, p. 162-164. texte de Ibn al-Furat. « Cette citadelle était appelée
p. 543-544. Cafari Genuensis, p. 62-65. al-Khadra’ (la Verte) ; elle était parmi ses paires la
16. L’Estoire de Éracles Empereur, I, p. 365 : mieux fortifiée, et la plus achevée, car le roi de
9. Negev 1989, I, p. 5-6, se livre à une étude des « Quant li pèlerin orent parfait celui labor, si se par- France y avait fait apporter des colonnes de granit
sources pour tenter de comprendre l’état de la défense tirent et retornèrent à Acre, et d’iluec s’en alèrent assemblées avec talent. Il n’existait pas de plus beau
de Césarée à l’époque, dans le but de montrer que les herberger en la Paumerée de lez Cayfas, por doner monument dans le pays d’al-Sahil, aucun n’était plus
défenseurs se retranchèrent dans la citadelle du herbe à lor chevaux. Et furent tres que après la puissant ni mieux aménagé, car il était encerclé par
théâtre. Il néglige, en cela, le récit tout à fait limpide Pasque un mois, et d’ilec s’en alèrent à Césaire et la mer qui emplissait ses fossés. Il ne pouvait être
de Caffaro, qui mentionne l’enceinte intermédiaire refermèrent le chastel que Coradin avoit abatu (...) ». détruit par la mine, car les colonnes de granit for-
« Civitas enim per medium murata erat, et Sarraceni maient une armature orthogonale qui ne pouvait
omnes ad medium murum fugiebant, et intus se recol- 17. Joinville 1874, p. 256-259, n° 470 : « À l’entrée s’effondrer. Cependant, les Musulmans poursuivi-
ligebant. » ; « Illico namque omnes unanimiter super de quaresme, s’atira li roys, atout ce qu’il ot de gent, rent l’attaque, la bombardant avec leurs mangon-
murum ascenderunt, et Sarracenos ad murum medium pour aler fermer Sezaire, que li Sarrazin avoient aba- neaux. On pouvait voir le Sultan, tantôt tirant des
fugientes sequendo, eos interfecerunt multos. Alii vero tue, qui estoit à douze lieues d’Acre par devers flèches du haut d’une église située en face de la cita-
Sarraceni postquam intra alium murum civitates recol- Jérusalem. Mes sires Raous de Soissons, qui estoit delle, tantôt à cheval, se lançant dans les vagues pour
lecti fuerunt, Macometum vocando in eorum auxilio, demourez en Acre malades, fu avec le roy fermer combattre. Des engins de siège et des tours furent
ne civitatem introirent, ensibus et telis christianis resis- Cesaire. Je ne sai comment ce fu, ne mais que par la construits ; on apporta de la citadelle d’Ajlun une
tere coeperunt» (Cafari Genuensis, p. 62-65). volontei de Dieu, que onques ne nous firent li livraison de flèches pour les troupes, chaque chef
Sarrazin nul doumaige toute l’année. Tandis que li d’escadron de cent hommes à cheval en reçut quatre
10. La destruction par Saladin est mentionnée dans roys femoit Cesaire, nous revindrent li messagier des
les sources arabes ; elle fut considérée, comme celle milliers.(…). Le Sultan demeurait de pied ferme sur
Taratarins (...) ». le front d’attaque. Il ne le quitta pas pour son dihliz,
des autres villes côtières, comme une véritable catas-
trophe. 18. Saint-Pathus 1899, p. 109 : « Et en son premier mais resta dans l’église avec une compagnie d’arbalé-
passage, puis que il fu delivrez de la prison des triers, décochant des carreaux et empêchant les
11. Parmi d’autres, voir Anecdotes et baux traits de Sarrasins, il fist pour la défense des Crestiens et pour Francs de monter au sommet de la citadelle. De
la vie du Sultan Youssof, p. 34. la garde et pour l’enneur de la foi crestienne, fermer temps en temps il se faisait tirer sur des engins de
à ses propres despens une cité qui a non Césaire, à siège équipés de roues le long des murs, afin d’exa-
12. Julienne se maria en premières noces avec Guy
murs si hauz et si lez que l’en peust par desus mener miner les travaux de sape par lui-même. Un jour, il
de Brisebarre, seigneur de Beyrouth, qui décéda en
un char ; et fist fère les murs à tors et à bretèches, alla même au combat avec un bouclier en main, et
1193 (la seigneurie de Beyrouth fut donnée, en
défenses mout espesses ». lorsqu’il revint, le bouclier était constellé de flèches
1197, à Jean d’Ibelin par Henri de Champagne). Elle
décochées par les défenseurs. »
en eut un fils, Gauthier III, époux de Marguerite 19. Continuation de Guillaume de Tyr, p. 627-628 :
d’Ibelin, qui décéda en 1223 ; lui succéda Jean Ier, « Aprez ces choses, quant li yverz fu passez, et ce vint 23. Voir Guérin 1884, Rey 1871.
comte de Césarée, puis sa fille Marguerite, épouse de 93
aus marz, li roiz assembla ses genz, et s’en vint à tout 24. Voir B. Morris, The Birth of the Palestinian
Jean l’Allemand. Le dernier seigneur connu fut leur son ost à Césaire en Palestine, qui siet seur mer, et se
fils Nicolas l’Allemand, mais on chercherait en vain Refugee Problem Revisited, Cambridge, 2004, p. 77,
loja et fist fermer le forborc de murz et de fossez et 130. Référence aimablement fournie par Benjamin
la moindre trace de leur activité à Césarée. de XVI torz ». Z. Kedar.
13. L’Estoire de Éracles Empereur, I, p. 331. 20. Arch. nat., Layettes du Trésor des Chartes, J303, 25. Programme de fouilles dirigé par Yosef Porath, se
14. Prawer 1975, p. 145. n° I, pièce 17, publié par J. de Laborde, Layettes du concentrant sur l’amphithéâtre, l’urbanisme romain
Trésor des Chartes, t. III, Paris, 1875, p. 139b-140b, et byzantin. Voir « The Caesarea Excavation
15. L’Estoire de Éracles Empereur, I, p. 331-334 : n° 3956 : « De statu nostro nosse vos volumus, per Dei Project », Excavations and Survey In Israel, vol. 17,
« En celui esté, ainz que li Crestien passassent le gratiam, sanos et incolumes apud Cesaream Palestine 1998, p. 39-79.
flum, li Coradins, por voir se il porroit doner enten- morari in castris, una cum exercitu christiano, circa fir-
te as Crestienz, ala asséger le chastel de Césaire, et maturam fortericie civitatis ejusdem insistentes. Et cum 26. Cette interprétation de la « jetée des colonnes »
fist drecer devant III perrières, qui getoient de jor jam pro magna parte processum sit in operibus muro- comme jetée construite par les Francs pour délimiter
et de nuit. Li chasteauz estoit petit et mau garni, rum, nunc etiam ad confirmacionem operis, assidue le port médiéval, bien que présente dans la majorité
su fu moult gregé en poi de tens. Garnier l’Alemant, laborando, de die in diem operari facimus ad muros des articles concernant la ville, a été remise en cause
qui estoit à Acre en lue dou roi, assembla et les pariter et fossata (...). Datum in castris juxta Cesaream par Negev 1989, II, p. 9. L’auteur estimait que ces
comunes et les autres gens et lor requist aye por aider Palestine, anno domini MCC quinquagesimo primo, in colonnes ont été placées à cet endroit au XIXe siècle
le chastel. Li Genoeis, qui moult amoient Gautier crastino Sancti Laurenti martyris ». Traduction Jean seulement, dans le but d’être emportées par des
le seignor de Césaire, et qui savoient que il avoit Mesqui : « Quant à notre situation, nous voulons bateaux vers des villes telles que Jaffa ou Acre, pour
requis au roi que il li rendist, et li rois ne li voloit que vous sachiez que, par la grâce de Dieu, nous rési- servir dans la construction de maisons ou d’édifices
rendre, se il ne li paeit ce que il y avoit despendu dons sain et sauf au camp près de Césarée de ottomans.Vous pouvez aussi lire