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La ville post-réseau
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via free accessAu-delà de la ville des réseaux
Olivier Coutard
Jonathan Rutherford
La ville des réseaux hégémonique
Pendant la période historique qui s’étend approximativement du
milieu du XIXe siècle au début du XXIe, dans les pays du Nord, le
développement de systèmes d’infrastructures en réseaux a été en même
temps un moteur, un instrument et une conséquence de l’avènement de
nouvelles formes de relations dans les territoires, dans les organisations
et dans les pratiques sociales, à toutes les échelles spatiales et entre
celles-ci. Il en est résulté la fourniture de services, et un accès à ceux-ci,
plus ou moins homogène sur un plan social et spatial. Ces services ont
été fournis à une échelle parfois locale, parfois plus large, par un vaste
système technologique à planification et à gestion centralisées, dans le
cadre d’une concession exclusive sur un territoire donné et qui se trouve
uni, à son tour, par ce système (voir, par exemple, Tarr, 1979 ; Hughes,
1983 ; Tarr et Dupuy, 1988 ; Dupuy, 1991 ; Offner, 2000).
Le développement généralisé d’infrastructures en réseaux,
notamment en Europe de l’Ouest, en Amérique du Nord et au Japon,
est allé de pair avec l’essor d’une idéologie des réseaux qui peut être
résumée à trois propositions essentielles : le réseau est le moyen le plus
efficace de fournir les services publics urbains ; la performance d’un
réseau est proportionnelle à sa taille (portée spatiale, nombre et diversité
d’utilisateurs connectés) ; la solution aux problèmes soulevés par les
réseaux réside dans les réseaux eux-mêmes (dans leur expansion, dans une
plus grande centralisation de leur gestion et dans l’accroissement de leur
sophistication technique) (Coutard, 2010). Le développement matériel
des réseaux dans les pays du Nord et l’idéologie des réseaux se sont
renforcés l’un l’autre, et les deux phénomènes réunis ont été le moteur
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via free access164 Les métamorphoses des infrastructures, entre béton et numérique
de la diffusion mondiale de la « ville des réseaux » comme modalité
sociotechnique hégémonique étayant des formes de territorialité urbaine
indissociablement aérolaires et réticulaires.
Au Nord, où s’est accompli de manière universelle « l’idéal
infrastructurel moderne » (Graham et Marvin, 2001), l’avènement, au
sens historique, de la ville des réseaux, à partir du milieu du XIXe siècle,
est apparu comme étant lié à différentes formes d’intégration ou de
solidarité :
–– intégration socio-économique par le biais de la fourniture
de services essentiels homogènes sur l’ensemble des espaces
urbanisés, cette fourniture bénéficiant de subventions croisées ;
–– intégration fonctionnelle, car les infrastructures en réseaux ont
facilité et étayé des pratiques spatiales à l’échelle d’espaces de
peuplement de plus en plus étendus ;
–– intégration politique, grâce à la coopération entre des
gouvernements locaux adjacents, encouragée par la volonté de
fournir des services homogènes à des régions urbaines entières ;
–– « intégration métabolique », car le développement de systèmes
d’infrastructures en réseaux vastes, monopolistiques et à gestion
centralisée a eu pour résultat, et aussi pour base d’appui,
l’appropriation de ressources (éventuellement distantes) au
bénéfice du développement de l’ensemble de la région urbaine.
Il est cependant essentiel de signaler que les « villes des réseaux » se
sont présentées et se présentent encore sous des formes très diverses et
que la diffusion universelle des systèmes d’infrastructures en réseaux a
facilité et a été facilitée en retour par les différents types, les différents
degrés et les différentes combinaisons d’agglomération/concentration
et d’expansion/dispersion qui ont marqué le développement urbain
contemporain dans les pays du Nord (Soja, 2000 ; Castells, 2010 ;
Brenner, 2013). Autrement dit, les configurations sociospatiales des
infrastructures ne déterminent pas automatiquement des modèles
urbains, mais elles y sont étroitement associées.
Dans les pays du Sud, ce sont des configurations infrastructurelles
très diverses qui ont prévalu, de manière différenciée avec les pays du
Nord dans lesquels cette image idéale de la ville des réseaux a été plus
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ou moins mise en œuvre aux plans matériel, territorial et politique.
Le modèle de la ville des réseaux a été activement mis en place dans
certains cas (par exemple en Amérique latine), quoiqu’avec des buts
parfois ambivalents, tandis que dans d’autres il est resté un objectif
très vague ou un slogan (voir les contributions à Coutard, 2008 ;
Lorrain, 2011). À Santiago, par exemple, le raccordement de toutes
les habitations aux réseaux essentiels, notamment depuis les années
1980, a facilité et même légitimé une politique résolue de ségrégation
spatiale et de fragmentation fonctionnelle, sociale, fiscale et politique au
niveau des autorités locales au sein de la région urbaine, et a également
stimulé des processus d’étalement urbain (Pflieger et Matthieussent,
2008). À Buenos Aires, une politique strictement conforme à l’idéal
infrastructurel moderne s’est traduite par la création d’un espace doté
de réseaux de première qualité (dans le secteur central de la capitale
fédérale) délimité par le périmètre des principales conduites d’eau, mais
excluant la moitié de la population de la région urbaine (Botton et De
Gouvello, 2008).
Ainsi donc, les recherches empiriques révèlent que des réseaux
d’infrastructures plus ou moins omniprésents ont coexisté, et ont même
été en corrélation, avec des disparités sociospatiales plus ou moins
graves. Fondamentalement, cela traduit le fait que des infrastructures
en réseau ne peuvent être mises en place, et ne peuvent produire
d’effets sociospatiaux principalement intégrateurs, qu’en présence de
conditions socio-économiques, institutionnelles et politiques plus
larges, comprenant notamment un accroissement des revenus et de
la richesse au fil du temps, l’existence à un certain degré d’un « État
providence » ou d’une redistribution socialement progressive des
revenus, la suppression de l’extrême pauvreté et un certain contrôle sur
l’urbanisation et sur les processus de peuplement des villes. Cependant,
même là où il n’a pas été accompli matériellement (dans la plupart des
contextes dans les pays du Sud), l’idéal de la ville des réseaux s’est avéré
politiquement et idéologiquement puissant. Les politiques promues par
les organismes de financement internationaux et par les gouvernements
nationaux et locaux s’en sont d’ailleurs largement inspirées et y ont
puisé leur orientation.
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via free access166 Les métamorphoses des infrastructures, entre béton et numérique
La ville des réseaux contestée
Dans des études récentes sur les infrastructures des villes du
Sud, surtout sur l’eau et l’assainissement, des chercheurs ont
exploré les implications urbaines importantes de l’absence ou de
dysfonctionnements des grands systèmes techniques assurant l’accès
aux services essentiels. Ils ont également étudié des alternatives à ces
systèmes existant de longue date. Ils ont souligné le fait que l’idéal
infrastructurel moderne a rarement été réalisé dans les villes du Sud
(Swyngedouw, 2004 ; Jaglin, 2005 ; Coutard, 2008 ; Gandy, 2008).
Ils ont aussi noté le caractère problématique de la transposition de
ce concept venu du Nord dans des contextes urbains très divers et
fragmentés en Afrique, en Asie et en Amérique latine (Bakker, 2003 ;
Simone, 2004 ; McFarlane, 2008). En même temps, des travaux
dans les domaines des changements environnementaux urbains et
de l’écologie politique urbaine ont fait apparaître les infrastructures
comme l’un des principaux points de controverse quant à l’accès aux
aménités environnementales et aux flux de ressources (Melosi, 2000 ;
Guy et al., 2001). La production des infrastructures se révèle comme un
processus politique urbain majeur de transformation environnementale
inégalitaire qui estompe totalement les distinctions, de fait artificielles,
entre la nature et la ville (Kaika et Swyngedouw, 2000 ; Gandy, 2002 ;
Keil, 2003 ; Heynen et al., 2006 ; McFarlane et Rutherford, 2008).
Ces études montrent largement que dans toutes les régions du monde,
quoique pour des raisons différentes selon les contextes nationaux,
régionaux et locaux, les systèmes d’infrastructures en réseaux classiques
sont de plus en plus mis en question comme forme hégémonique de
fourniture des services essentiels. Ce changement est en train d’avoir
des conséquences concrètes dans les politiques infrastructurelles, et
ce à l’échelle mondiale. Là où les réseaux classiques étaient devenus
historiquement hégémoniques, on favorise désormais le développement
de configurations systémiques diverses. Là où les systèmes en réseaux
n’ont pas été (entièrement) mis en place, on assiste au maintien durable
d’autres configurations préexistantes.
Il faut cependant souligner que les transformations infrastructurelles
ne prennent jamais la forme d’une transition massive et directe d’un
grand système technique à un autre. Les systèmes existants ne sont pas
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démantelés et retirés pour être remplacés par des systèmes alternatifs
flambant neufs considérés comme des remèdes technologiques absolus.
Des modifications incrémentales, des ajustements ou des réparations à
petite échelle, l’intégration de « technologies de médiation » (Furlong,
2011) ou de nouvelles couches de dispositifs apportant plus de flexibilité
et plus de retour d’information aux systèmes d’infrastructures existants
(qui comportent déjà plusieurs couches), peuvent aboutir à de petites
ou de grandes reconfigurations dans le fonctionnement et l’expérience
urbains (voir, par exemple, Moss, 2000). Cela s’applique également à
la remise sur pied de systèmes technologiques ayant auparavant existé,
qu’ils aient disparu ou aient été temporairement abandonnés, et qui
réémergent, car leurs qualités ou leurs composants paraissent retrouver
leur utilité (Shove, 2012).
Il est également évident que ces formes et ces degrés de changement
technologique très différenciés s’articulent étroitement, de diverses
manières (et au point d’en être indissociables), avec les rapports et les
processus sociaux évolutifs, de telle sorte que les infrastructures doivent
être considérées comme composées de co-configurations de divers
« hardwares » (matériels) et « softwares » (logiciels) (Walker et Cass,
2007). Comme le prouvent les travaux anciens et actuels en matière
de STS et de transitions, le changement sociotechnique est en fait un
mélange contingent de différents types et degrés de changement, lié à la
dynamique évolutive de l’innovation et de composants plus stables, que
sont l’inertie, la dépendance au sentier et la matérialité « obstinée » des
infrastructures (Bijker et al., 1987 ; Hommels, 2005 ; Geels et Schot,
2007).
Les changements dans les systèmes d’infrastructures ne se produisent
donc jamais d’un seul coup ; ils donnent toujours lieu à des frictions
et des tensions entre des dynamiques largement indépendantes.
Cependant, certaines caractéristiques générales peuvent être identifiées
dans les transformations en cours des infrastructures matérielles et/ou
de l’idéal infrastructurel :
–– un passage de l’homogénéité (effective ou recherchée) à la diversité
(reconnue) ‒ et à la sélectivité ciblée ‒ des espaces infrastructurels,
y compris sous des formes diverses de recomposition des services,
des pratiques, des technologies, des normes, des flux, des
fournisseurs de services, etc. ;
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via free access168 Les métamorphoses des infrastructures, entre béton et numérique
–– des reconfigurations et des changements d’échelle au sein
des « espaces de solidarité » liés à ces systèmes, les solidarités
à grande échelle se réarticulant avec des formes renouvelées
d’« autonomie » locale ;
–– une solidarité sociospatiale de plus en plus fondée sur la division
(impliquant l’appropriation) des ressources, qui se combine avec
les solidarités classiques fondées sur la fourniture de services
homogènes partagés ;
–– une évolution, en matière de services, de formes collectives
de pratiques, de normes et d’attentes vers des formes plus
individualisées ou plus diversifiées ; et en rapport avec celui-ci, un
passage d’infrastructures « à taille unique » à des infrastructures
personnalisées, « sur mesure » ;
–– l’apparition de nouvelles formes d’appropriation individuelle ou
collective des infrastructures et de nouvelles significations sociales
et politiques des infrastructures ;
–– la circulation internationale et interurbaine de modèles favorisant
ces changements.
Infrastructures effervescentes
Les infrastructures deviennent ainsi de plus en plus hétérogènes
quant aux éléments et aux significations qui les composent, quant à leurs
topologies, leurs échelles et leurs frontières, et quant à la multiplicité
des manières dont elles sont abordées et « vécues ». Les flux, mailles et
composants des systèmes de gestion des eaux, des énergies, des déchets
et autres subissent actuellement des formes multiples d’expansion, de
différenciation, de rénovation et des remodelage vers des configurations
diverses et contingentes qui redéfinissent les modalités d’inscription
des infrastructures dans les tissus urbains et la notion même
d’infrastructure (Coutard et Rutherford, 2016). De nouvelles écologies
infrastructurelles émergent, en même temps que les flux de ressources et
les techniques de contrôle et de gestion subissent des reconfigurations
« locales » particulières qui recomposent les frontières, les valeurs et le
fonctionnement des systèmes technologiques. Les infrastructures sont
constamment négociées, produites et reproduites par les techniciens
et les utilisateurs dans leur vie et leur travail quotidiens, et sont ainsi
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façonnées pour et par des appropriations, des expériences et des pratiques
individuelles et collectives. Suivre et cartographier cette sphère vibrante
et effervescente exige l’extension et le renouvellement incessants des
perspectives, des méthodes et des outils analytiques.
Soulignons enfin, pour conclure, que les significations sociopolitiques
des transitions infrastructurelles urbaines en cours sont par essence
ambivalentes. De même que l’intégration effective dans et à travers la
« ville des réseaux » a toujours dépendu de conditions sociopolitiques
plus larges, aucun effet urbain des configurations sociotechniques
« alternatives » n’est automatique : ces effets sont toujours façonnés par
les caractéristiques particulières des sociétés urbaines dans lesquelles
les infrastructures s’inscrivent et qu’elles façonnent à leur tour. Les
configurations infrastructurelles « décentralisées » ou distribuées,
émergentes ou existantes, n’apportent pas par elles-mêmes une plus
grande durabilité, environnementale ou autre, car elles peuvent s’avérer
au moins aussi gourmandes de ressources que les grands systèmes
techniques centralisés. Les nouveaux aménagements technologiques
pourraient très bien perpétuer le contrôle centralisé, et/ou être façonnés
par et pour des intérêts sociaux dominants existants et ainsi reproduire des
systèmes appuyant le statu quo. Néanmoins, en même temps, il existe un
potentiel pour que la diversification et la pluralisation des configurations
des infrastructures concourent à des objectifs plus progressistes, façonnés
par et pour des enjeux collectifs, et s’ouvrant plutôt que se fermant à la
diversité des futurs sociotechniques urbains possibles.
La compréhension et la conceptualisation du changement
sociotechnique doivent donc être au cœur même des analyses des
processus d’urbanisation contemporains à l’échelle mondiale, comme
elles sont au fondement des remaniements et des réarticulations
constants des formes de territorialité aréolaires et relationnelles qui
constituent ces processus.
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via free accessPolitiques d’infrastructures
en Afrique subsaharienne
Le réseau est-il soluble dans la transition urbaine ?
Sylvy Jaglin
Les villes africaines sont-elles une variante des configurations
infrastructurelles témoignant de l’émergence d’une ère urbaine « post-
réseau » (Coutard et Rutherford, 2013) ? En première approche, la
question a l’avantage de proposer une vision alternative aux analyses
dominantes du retard et des défaillances des infrastructures matérielles
dans les villes africaines (Banerjee et Morella, 2011 ; Foster et Briceño-
Garmendia, 2010 ; Eberhard et al., 2011 ; Lall et al., 2017), pour
lesquelles les espaces urbains africains incarnent divers stades de villes
pré-réseau. Elle permet aussi d’articuler entre eux de nombreux travaux
soulignant la diversité et la spécificité des modes de fourniture des
services essentiels urbains, dans un cadre largement hors-réseau (Botton
et Blanc, 2014 ; Berthélémy, 2016 ; Katusiimeh et al., 2013 ; Jaglin et
Zérah, 2010 ; Lorrain et Poupeau, 2014 ; Van Dijk et al., 2014). Illustrant
comment diverses avancées technologiques couplées à la décentralisation
croissante de la gestion urbaine permettent de contourner les blocages
de l’extension du réseau intégré, ces travaux semblent faire écho aux
évolutions qui résultent, au Nord, de la remise en cause du grand
réseau. Celle-ci est suscitée par des évolutions macrosociales (faibles
croissances économique, démographique et urbaine, ainsi que diverses
contestations des formes d’organisation centralisées et hiérarchisées)
et des préoccupations environnementales, qui s’accompagnent d’une
injonction à plus de sobriété dans la consommation des ressources,
laquelle peut aussi passer par une relocalisation des métabolismes
urbains, des infrastructures décentralisées et des symbioses réticulaires
(Coutard et Rutherford, 2013). Qu’apporte toutefois la notion de
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via free access174 Les métamorphoses des infrastructures, entre béton et numérique
post-réseau pour analyser et comprendre les situations africaines, qui
associent depuis longtemps réseau conventionnel et dispositifs hors-
réseau dans des configurations de fourniture composites (Jaglin, 2005,
2014) ? Au-delà d’une lecture des paysages infrastructurels, premier
palier de la compréhension, les analogies permettent-elles de rendre
compte des évolutions infrastructurelles les plus significatives ?
Dans une approche relationnelle des infrastructures, pensées comme
à la fois façonnées par et façonnant les contextes sociaux dans lesquels elles
sont insérées, ce chapitre défend le parti d’une analyse contextualisée des
coévolutions entre services urbains et transitions urbaines en Afrique. Il
considère ainsi les configurations de fourniture comme des assemblages
urbains constitués d’acteurs, d’objets techniques, d’institutions,
d’intérêts économiques, de pratiques et représentations sociales, mais
aussi d’espaces. Ces assemblages incorporent donc les caractéristiques
des contextes urbains africains : leur croissance démographique
soutenue parmi les plus fortes du monde (3,7 %/an de 2000 à 2010),
leur hétérogénéité socio-économique croissante (Hugon, 2014 ; Lautier,
2004), leur pluralité de normes et de règles (Chauveau et al., 2001), leurs
hybridations techniques. Peu propices à l’homogénéisation des cadres et
conditions de l’action collective, ces caractéristiques semblent favoriser
des assemblages durablement hétérogènes plutôt que des logiques de
substitution ou de transition d’une ville pré-réseau vers une ville d’après-
réseau.
Dans la recherche, ces assemblages – configurations de fourniture
(Olivier de Sardan, 2010), modernised mixtures (Vliet et al., 2014),
coproduction (Ahlers et al., 2014 ; Moretto et Allen, 2015) ‒ sont
analysés sous l’angle des théories du changement infrastructurel
(Furlong, 2014), des modes de gouvernance en contextes hétérogènes
et de pluralité normative (Baron et Bonnassieux, 2013), du rôle et de
la nature de l’« informel » (Ahlers et al., 2013 ; Ahlers et al., 2014 ;
Botton et Blanc, 2014). Apparaissant comme des « solutions de second
choix [qui] semblent offrir un heureux compromis » (Foster et Briceño-
Garmendia, 2010, p. 98), ils sont en outre à présent déclinés dans divers
formats opérationnels (Berthélémy et Béguérie, 2016 ; Botton et Blanc,
2014 ; Naulet et al., 2014 ; Tsitsikalis, 2011). Cette reconnaissance
témoigne d’une inflexion marquante de la manière de penser et produire
les services urbains dans ces villes, dont nous retenons ici qu’elle engage
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des processus de construction institutionnelle et de renégociation de
la manière dont les appareils d’État africains (à toutes les échelles)
interagissent avec les acteurs (notamment non conventionnels) des
services urbains. De quoi cette inflexion est-elle significative ? Est-elle
le moteur d’un nouveau régime sociotechnique urbain (Bulkeley et al.,
2014) dans les villes africaines ?
Le chapitre part de deux hypothèses constitutives de ce que nous
proposons d’appeler un « tournant pragmatique ». La première est que
la reconnaissance croissante des configurations de fourniture hybrides et
leur intégration actuelle dans la pensée urbanistique sont une réponse à
de nouvelles dynamiques urbaines : d’une part, l’étalement rapide sous
forme d’un continuum urbain-rural hétérogène rend vain tout espoir de
rattrapage à moyen terme par les réseaux ; d’autre part, l’émergence des
« classes moyennes », catégorie floue et discutée (Darbon et Toulabor,
2014), est associée, depuis les années 2000, à des transformations de
la demande et des pratiques de consommation des services urbains.
La seconde hypothèse est que la formalisation des configurations
de fourniture constitue un mode expérimental de régulation de la
transition urbaine. La notion de régulation renvoie ici à deux registres
d’action emboîtés : la régulation sectorielle des services, ensemble des
facteurs techniques, économiques, juridiques et organisationnels qui en
régissent le fonctionnement ; la régulation politique, entendue comme
l’ensemble des mécanismes auxquels recourent les pouvoirs publics pour
stabiliser les antagonismes et assurer la reproduction d’un système social
(Jaglin, 2007). Cet emboîtement étant précaire, le mode de régulation
reste lui-même instable et contingent.
La première partie analyse les configurations de fourniture et les
politiques de formalisation en interrogeant leur contribution à une
éventuelle transition infrastructurelle vers une ville post-réseau en
Afrique. La seconde partie resitue ces évolutions dans les contextes
sociospatiaux de la transition urbaine africaine et souligne les enjeux de
régulation des configurations de fourniture hybrides, d’abord pensées
comme une réponse pragmatique et marchande à l’hétérogénéité
urbaine.
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via free access176 Les métamorphoses des infrastructures, entre béton et numérique
De l’informalité à la régula(risa)tion des
configurations de desserte
Améliorer les conditions d’accès aux services essentiels dans les villes
africaines à forte croissance démographique et spatiale reste un défi
auquel les politiques et les projets mis en œuvre ces dernières décennies
ont répondu avec un succès très limité. Les opérateurs des réseaux
conventionnels ne sont pas parvenus à forger des offres adaptées aux
besoins comme au pouvoir d’achat de la majorité des citadins. Moins
de 40 % des ménages urbains africains ont l’eau courante à domicile,
une fosse septique ou des latrines améliorées et, dans près de la moitié
des pays africains, l’électricité atteint à peine 50 % des citadins, tandis
que la poussée démographique en zone urbaine a fait chuter les taux
de couverture de tous les services urbains (notamment la fourniture
d’eau potable) entre 1990 et 2005 (Foster et Briceño-Garmendia, 2010,
p. 126-127)24.
L’offre de services essentiels est aujourd’hui marquée par trois
données structurelles. D’abord, dans tous les secteurs, la demande est en
forte croissance, plus encore depuis que l’urbanisation est accompagnée
d’une consolidation des classes moyennes. Ensuite, l’accès aux ressources
et aux services demeure rationné : une importante demande latente
reste donc à combler, ce qui est à la fois une source d’opportunités
économiques, comme en attestent l’intérêt et les convoitises pour ces
nouveaux marchés (Damon 2014 ; Desjeux 2011), et un facteur de
risque pour les autorités urbaines et les États. Enfin, la question politique
d’une démocratisation de l’accès aux ressources urbaines (et du droit à
la ville) reste profondément marquée par une économie morale dans
laquelle le clientélisme et le patronage sont des formes contestées, mais
relativement efficaces, de partage des ressources au sein de sociétés
inégalitaires.
Du réseau aux configurations de fourniture
Les configurations de fourniture juxtaposent un réseau conventionnel,
en fonction duquel les politiques publiques pensent et organisent la
régulation, et un ensemble hétérogène d’offres informelles. La gestion
24
Voir aussi Lall et al. (2017).
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du réseau a d’abord été dominée par des acteurs publics et une régulation
étato-centrée puis, à partir des années 1990, les réorganisations
orchestrées dans le cadre de réformes néolibérales ont favorisé la
marchandisation, les contrats de partenariat avec des entreprises
privées et l’introduction de divers dispositifs de concurrence. Lente et
circonscrite, la diffusion de ces partenariats public/privé n’a apporté que
des réponses très partielles à la demande urbaine qui reste en partie
dépendante d’opérateurs publics inégalement modernisés et, surtout,
d’opérateurs informels. Les offres marchandes non conventionnelles,
individuelles ou collectives, formelles ou informelles, sont d’initiative
privée et illégales au regard des contrats d’exclusivité des opérateurs
officiels. Exploitant la diversité des demandes et des capacités à payer
comme celle des conditions citadines, elles pallient la déficience du
service conventionnel et s’adressent, selon les types d’espaces urbains,
à des clientèles aisées insatisfaites du service ou à des clientèles pauvres,
exclues en raison de leur faible pouvoir d’achat, de leur éloignement
géographique ou de l’illégalité de la tenure du sol (Jaglin, 2012, 2014).
Les exemples sont multiples dans tous les domaines : les marchés de
l’eau ont été abondamment décrits (voir le dossier de Water Alternatives
2014-7(1) ; Baron et Bonnassieux, 2013 ; Botton et Blanc, 2014 ; Jaglin
2005, 2013 ; Naulet et al., 2014) ainsi que les offres informelles de
transport (Godard, 2002 ; Lombard, 2006 ; Pradeilles et al., 1991 ;
Rizzo, 2011). L’inscription des solutions privées d’assainissement dans
des chaînes de valeur assurant leur financement durable est l’objet d’une
attention croissante (Trémolet et Evans, 2010 ; Van Dijk et al., 2014) ;
la collecte des déchets et les diverses filières de récupération et recyclage
sont également au cœur de nombreuses réflexions (Ginisty, 2014 ;
Katusiimeh et al., 2013 ; Ngambi, 2015 ; Pierrat, 2014 ; Sory, 2013).
Moins connus, les services énergétiques alternatifs sont en plein essor
(Africa Progress Panel, 2017 ; Berthélémy, 2016 ; Franks et Prasad, 2014 ;
Gaunt et al., 2012 ; Lawaetz et Smyser, 2011) tandis que l’inventivité
des services de télécommunication et le développement d’un véritable
écosystème mobile africain sont désormais attestés (Cheneau-Loquay,
2012 ; GSMA, 2016). Ces systèmes ne sont pas infinis en nombre et en
variété ; tous n’existent pas partout ni avec la même intensité, mais dans
toutes les villes, le pluralisme technique et gestionnaire des configurations
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via free access178 Les métamorphoses des infrastructures, entre béton et numérique
de fourniture est le résultat d’une co-construction circonstancielle
permettant d’étendre des fonctionnalités de service jusqu’à un usager
final non ou partiellement connecté au réseau conventionnel.
Ce sont ces configurations que les politiques actuelles tentent de
formaliser voire, lorsqu’elles n’existent pas, de susciter. Elles comportent
trois principaux volets : l’organisation, la professionnalisation et parfois
la concentration des petits opérateurs privés ; la coordination, dans
l’espace urbain et dans le temps, de l’ensemble des offres ; la régulation
des services (tarifs, qualité, concurrence) et des conflits éventuels. Plus
encore que la pertinence technique de leurs approches, ces politiques
dépendent, pour leur mise en œuvre, d’institutions publiques fragiles,
encore marquées par la prégnance des héritages coloniaux et des
processus de transferts institutionnels et cognitifs emblématiques des
« sociétés projetées » (Darbon, 2008). Si la capacité de régulation des
pouvoirs publics est ainsi souvent faible et la capacité à gouverner
l’informel plus encore, elle n’est pas nulle. Il s’agit donc d’analyser
l’évolution des rapports de force, en fonction des bénéfices attendus et
des risques encourus25.
Dans le service des déchets, les « schémas globaux » municipaux
associent une pré-collecte confiée à des opérateurs informels, parfois
couplée à des activités de tri et valorisation, un service municipal
d’enlèvement et de transport à partir des stations de transfert, des
centres d’enfouissement contrôlés, dont la gestion est de plus en plus
souvent déléguée à une entreprise privée sous contrat. De nombreux
travaux (Katusiimeh et al., 2013 ; Ngambi, 2015 ; Pierrat, 2014 ;
Sory, 2013) soulignent qu’un des enjeux de cette organisation tient à
la coordination, sur l’ensemble de la chaîne, d’acteurs hétérogènes dont
l’activité n’est unifiée ni par les pratiques et représentations, ni par les
25
La démarche s’inspire ici de Schon et Altrock qui, dans des contextes urbains chi-
nois, proposent le concept de « conceded informality » pour analyser « a flexible
management of diverse informal practices depending on their relevance, usefulness
and potential threat towards state authority » (Schon et Altrock, 2014, p. 216). À
travers cinq stratégies, décrites comme des « modes of governing “the informal” »,
les auteurs montrent comment l’État combine deux nécessités : trouver des solu-
tions pratiques et opératoires aux transformations urbaines et économiques rapi-
des ; gérer le passage d’un parti-État dominant à un parti-État en quête de légitima-
tion et de formes de coopération avec des acteurs non étatiques pour gouverner les
villes (ibid.).
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via free accessPolitiques d’infrastructures en Afrique subsaharienne 179
dispositifs techniques et réglementaires, ni par les résultats. Dans le
domaine de l’eau, où les marchés urbains sont à la fois anciens et très
divers, différentes expériences sont en quête d’arrangements adéquats.
Certaines privilégient la délégation à des opérateurs privés, à la fois
« clients grands comptes » de l’opérateur conventionnel et « détaillants »
pour les habitants (Botton et Blanc, 2014, p. 112), d’autres tentent
d’encadrer et de réguler des producteurs-distributeurs indépendants
(Ahlers et al., 2013 ; Botton et Blanc, 2014 ; Valfrey-Visser et al., 2006)
ou des mini-réseaux confiés en gestion à des associations d’usagers
(Bédécarrats et al., 2016 ; Naulet et Biteete, 2014). Dans celui de
l’assainissement, la réflexion est plus balbutiante et s’efforce d’identifier
les segments de l’activité sur lesquels l’action publique pourrait intervenir
avec efficacité (Trémolet et Evans 2010). À propos de l’assainissement
de deux quartiers irréguliers de Dar es-Salaam et Kampala, Van Dijk et
al. identifient ainsi trois segments fonctionnels ‒ construction, entretien
et vidange des latrines – et suggèrent que les principaux verrous du
développement d’un service satisfaisant pourraient être levés par une
politique pragmatique de reconnaissance des solutions existantes, de
développement technologique et de formation des artisans locaux (Van
Dijk et al., 2014).
Dans tous ces exemples, les politiques de formalisation visent à
encadrer les activités de service informelles et à les coordonner avec
celles de l’opérateur conventionnel, notamment à travers une nouvelle
ingénierie institutionnelle de délégation ou de micropartenariat. En
sécurisant les marchés de services, y compris au prix de « bricolages
sociotechniques » (Criqui, 2015), elles les ouvrent à de nouveaux
entrepreneurs et de nouveaux consommateurs, notamment des classes
moyennes, plus exigeants sur la qualité et la fiabilité des offres.
De la formalisation à la transition infrastructurelle ?
Formels ou informels, les services essentiels étudiés sont produits à
l’aide de dispositifs sociotechniques associant des artefacts techniques,
des organisations sociopolitiques, des savoirs, mais aussi des pratiques et
des représentations. Certains dépendent d’une infrastructure matérielle
en réseau « lourde » et capitalistique, d’autres s’appuient sur des réseaux
d’acteurs et de technologies dispersées mobilisant un faible capital
fixe. Considérés ensemble à l’échelle des configurations de fourniture,
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via free access180 Les métamorphoses des infrastructures, entre béton et numérique
ces dispositifs sociotechniques ne partagent en revanche ni une
infrastructure, au sens de Star et Ruhleder (2010)26, ni des conventions
propres à solidifier des communautés de pratiques. Les politiques et
projets de formalisation de ces configurations hybrides ont précisément
pour objectif de faire émerger l’une et les autres.
On peut dès lors interroger leur contribution à une transition
infrastructurelle urbaine (Bulkeley et al., 2014 ; Rutherford et Coutard,
2014) conduisant in fine à une ville post-réseau. Commençons par
trois constats inspirés par l’analyse des transitions sociotechniques, ici
adaptée aux contextes urbains des Suds (Furlong, 2014). D’abord, ce
n’est pas tant la critique des grands systèmes techniques que l’objectif
de « mise en réseau » des dispositifs de fourniture hétérogènes existants
qui domine. Ensuite, les changements examinés procèdent moins de
logiques de substitution que d’une série d’adaptations incrémentales,
facilitant l’intégration fonctionnelle, relative et inégale, d’acteurs
et de modalités de desserte longtemps encapsulés dans des mondes
sociotechniques étanches27. Enfin, ce mouvement ne s’accompagne
nullement d’une contestation du modèle, des valeurs et pratiques
dominantes. De nombreuses études montrent au contraire, en Afrique
(Kjellen et McGranahan, 2006 ; Ginisty 201428) et ailleurs dans
les Suds (Criqui, 2015), que le modèle du réseau n’est pas remis en
cause par les alternatives. Loin de l’éliminer, la somme des bricolages
le consolide comme référence autour de laquelle s’organisent les
autres dispositifs (Criqui, 2015 ; Jaglin, 2005). Pour réconcilier les
cadres conceptuels des études sociotechniques avec les conditions qui
26
Ces auteurs appréhendent l’infrastructure comme un concept fondamentalement
relationnel, renvoyant à des pratiques organisées : « une infrastructure est une pro-
priété relationnelle et non un objet sans usage » (Star et Ruhleder, 2010, p. 118).
27
Au moins dans le cadre des politiques sectorielles et dans l’exercice officiel des pra-
tiques professionnelles. Nombre d’études ont en revanche souligné que les « plomb-
iers du dimanche » et autres « braconneurs » d’électricité partagent leur temps entre
travail formel dans les entreprises de service et bricolage informel à la demande,
établissant ainsi entre ces deux mondes un pont très antérieur à sa prise en compte
dans les politiques.
28
À Maputo, les ménages interrogés par Ginisty (2014) choisissent les petits opé-
rateurs plutôt que les bornes-fontaines, mais ils témoignent aussi de la résistance
du modèle conventionnel du branchement particulier, horizon d’une citadinité
« aboutie », pour lequel ils consentent ou ont consenti d’importants efforts financi-
ers.
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prévalent dans les villes des Suds, Furlong suggère d’admettre qu’un
système sociotechnique stable peut être durablement hybride et que la
transition infrastructurelle peut consister en un processus continu de
diversification et d’hétérogénéisation (Furlong, 2014).
La notion de transition semble néanmoins imparfaite pour saisir
deux caractéristiques structurantes des dynamiques internes aux
configurations de fourniture : la « résilience » du modèle du grand réseau
et la capacité de son infrastructure réticulée à cohabiter avec une diversité
croissante de solutions « alternatives ». Ainsi, la diffusion de technologies
et de produits chinois à bas coût sur les marchés africains a transformé
les conditions techniques de fourniture de tous les services. Batteries
électriques, panneaux photovoltaïques, compteurs, cuves et tuyaux
en polyéthylène, mais aussi téléphones mobiles d’entrée de gamme
et d’occasion témoignent de l’introduction réussie de technologies
low-cost qui ont facilité, encouragé ou accéléré l’émergence de petits
opérateurs privés et diversifié les dispositifs d’accès (mini-réseaux d’eau,
kiosques énergétiques, installations individuelles comme les inverters au
Nigeria ou les chauffe-eau solaires en Afrique du Sud). Paradoxalement,
en compensant les dysfonctionnements récurrents des réseaux, ces
innovations les rendent aussi plus acceptables ou supportables et, dans
le contexte d’un marché croissant, contribuent à atténuer la pression
sur le réseau conventionnel plus qu’à en bouleverser ou en menacer le
fonctionnement.
En outre, les infrastructures du grand réseau technique conservent un
fort pouvoir d’attraction. Les discours des techniciens et des ingénieurs
l’illustrent, mais aussi ceux des ménages. Ces représentations sont
confortées par les faits, car les réseaux conventionnels poursuivent leur
lente conquête des territoires, au gré des opportunités d’investissement,
dans un mouvement continu d’infrastructuralisation (Chatzis, dans
cet ouvrage)29. Par extensions nouvelles ou par adjonction/intégration
de dispositifs locaux hétérogènes préexistants, ils accompagnent avec
29
Chatzis définit l’infrastructuralisation comme « le processus de transformation de
dispositifs locaux en infrastructures, via la stabilisation/pérennisation de leur fonc-
tionnement et leur extension/généralisation par la reproduction de la même unité
de base à des échelles spatiales et sociales toujours plus grandes et/ou par la com-
binaison/interconnexion de plusieurs systèmes différents » (Chatzis, Introduction
générale. Le nouveau monde des infrastructures).
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