Le raid de Qoneitera : pendule de Newton et action réciproque

 
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Le raid de Qoneitera : pendule de Newton et action réciproque
TRIBUNE n° 608
Le raid de Qoneitera :
pendule de Newton
et action réciproque
Bouchra Belguellil    Chercheure spécialiste du Moyen-Orient.

L
       es principes de la riposte sont régis par l’intensité de l’attaque et le poids de
       l’assaillant. Ainsi, plus l’absence de symétrie entre les belligérants est corrigée,
       plus l’espérance mathématique d’une riposte à intensité égale s’éloigne de
zéro. Ce postulat tout à fait logique, a mis Israël dans un état d’alerte, depuis le raid
lancé par le Tsahal sur une cellule opérationnelle du Hezbollah, à Qoneitera, le
18 janvier 2015.
         Certes, il ne s’agit pas de la première opération israélienne menée contre des
cibles situées en territoire syrien, puisqu’en l’espace de 11 ans, on compte près de
12 raids israéliens dont l’opération Orchard en 2007, sur le site d’al-Kibar, près de
Dîr ez-Zôr ou encore le raid effectué contre un camion transportant des missiles
antimissiles russes SA-17, dans le Rif Dimashq, près de Damas en janvier 2013.
        Toutefois, avec l’entrée du Hezbollah dans le conflit syrien, un jeu de
« ping-pong » plus ou moins décomplexé, s’est ouvert entre les protagonistes
concernés. Ainsi, en octobre 2014, la milice chiite a revendiqué une attaque contre
les Forces israéliennes dans les fermes de Chebaa, quelques mois après une opéra-
tion similaire menée dans le Golan, en réponse aux violations répétitives par Tsahal
de l’espace aérien syrien. Mais de toutes ces opérations, celle-ci semble être la plus
dangereuse, car intervenant dans un contexte géopolitique ad hoc, qui peut aisé-
ment nous inviter à parler d’un avant et d’un après Qoneitera.
         Cette opération a suscité beaucoup de spéculations sur le « quand » et le
« quid » de la riposte, à partir de l’étude des interactions, de l’éventail des possibles
s’offrant à la chaîne (Israël, Front al-Nosra essentiellement, Hezbollah, Régime syrien,
Iran) et de son environnement ambiant. De prime abord, les cinq éléments de cette
chaîne n’ont pas la même masse en termes de puissance et de poids stratégique, mais
approximativement, on pourrait penser que les combinaisons (Israël, rebelles
syriens) / (Iran, régime syrien, Hezbollah) pourraient se neutraliser. Cette « presque
symétrie » fait que lorsque la collision passe par des points centraux (lieu stratégique,
personnalités importantes, instant T précis), elle génère ipso facto une réaction réci-
proque. Cependant, contrairement au pendule de Newton, le tac au tac n’est pas une
option envisageable, notamment pour les raisons que nous allons évoquer.

                               www.defnat.fr - 03 février 2015
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Qoneitera et les fermes de Chebaa

           Cette opération se distingue par :
             Son moment : L’opération intervient quelques jours après l’attentat
    terroriste contre Charlie Hebdo (7 janvier) et le discours (9 janvier) du secrétaire
    général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, dans lequel il a déclaré, sur un ton mena-
    çant, déployer ses troupes à la frontière, dans la Galilée en représailles aux viola-
    tions israéliennes de l’espace aérien de la Syrie. À deux mois des élections antici-
    pées en Israël prévues pour le 17 mars prochain et au début d’un nouveau cycle de
    négociations sur le nucléaire iranien (UE3+3+Iran).

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        Sa cible : Parmi les morts, figurent des cadres du Hezbollah dont le fils
de Emâd Mughnyeh (ancien dirigeant du Hezbollah, assassiné en 2008), pour
qui Hassan Nasrallah avait une affection particulière, et un général des Pasdarans
iraniens (Mohammad Ali Allahdadi).

         Son lieu : Sur les hauteurs de Qoneitera, qui surplombe le point triple de
frontière Syrie-Israël-Liban, à 1 000 mètres d’altitude, juste à la frontière du Golan
occupé par Israël, et la zone démilitarisée, sous le contrôle du Front al-Nosra depuis
le retrait forcé de la FNUOD (Force des Nations unies chargée d'observer le déga-
gement), le 15 septembre 2014. Il s’agit d’une zone hautement stratégique située à
seulement 60 km de Damas et à quelques dizaines de kilomètres de Deraa (point
de départ de la révolte syrienne). L’opposition armée syrienne prétend contrôler
80 % de la province, en particulier ses quartiers Sud. Ce lieu est, en quelque sorte,
le point de jonction de l’armée syrienne et ses alliés/de l’opposition armée/et
d’Israël.

Questions sur la qualification des faits

         Cette attaque soulève des interrogations au sujet de sa qualification :
s’inscrit-elle dans les opérations tactiques routinières de l’armée israélienne ? S’agit-il
d’une attaque préventive s’appuyant sur des renseignements précis ? Est-ce un
message adressé à Téhéran et au Hezbollah ? Peut-on la voir comme un soutien
indirect à l’opposition armée en Syrie, une volonté de créer une zone tampon le
long de la frontière avec Israël, de laquelle les groupes de « l’opposition armée »
pourraient mener des actions contre le régime syrien ? Ici l’adage populaire
« L’ennemi de mon ennemi est mon ami » pourrait trouver pleinement sa réalisation.

Batailles de Qoneitera / batailles de Qossayr :
interventions préventives et profondeur stratégique

        Afin de mieux comprendre les enjeux pour lesquels le Hezbollah intervient
en Syrie, il faudrait se rapporter à sa participation lors des batailles de Qossayr
(10 février 2012 au 20 avril 2012 et mai 2013). Son entrée dans le conflit vise
essentiellement deux objectifs :

       - Le premier consiste à empêcher que la Syrie tombe sous la domination
d’une puissance occidentale ou d’un régime pro-occidental car il considère ce pays
comme la pierre angulaire de la résistance ; il ne peut de ce fait tolérer que sa main
soit amputée ou qu’il se retrouve piégé dans un goulot fermé.

        - Le second consiste à contrôler et à protéger les frontières libano-syriennes,
afin de garantir la protection de ses bases logistiques (réserves d’armes, etc.).

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Ainsi, lors de ses interventions à Qossayr, le secrétaire général, Hassan
    Nasrallah, a considéré cet acte comme le point de départ d’une nouvelle phase qu’il
    a nommé « Phase de fortification de la résistance » (Marhalat tahçîn al-muqâwama).
            Il est cependant nécessaire de comprendre la nature qui lie le parti au régime
    syrien. Leur coopération effective commence dès le début des années 1990, au
    moment où la Syrie est devenue le couloir stratégique par lequel transitent les
    armes en provenance de l’Iran.
            Le Hezbollah se sent redevable à l’égard de Damas, pour ce soutien à la fois
    logistique et politique. À l’automne 2012, le chef d’Al-Qaïda en Syrie a proféré des
    menaces explicites à l’encontre du Hezbollah, annonçant ses plans pour mener
    des attaques au Liban. Par ailleurs, la direction de l’Armée syrienne libre (ASL) a
    promis de conduire la guerre jusqu’au bastion de la milice chiite dans la banlieue
    Sud de Beyrouth si ce dernier continuait à soutenir « Assad ».
             L’intervention du Hezbollah aux côtés du régime syrien résulte ainsi de la
    convergence de leurs intérêts respectifs. Il faut toutefois rappeler deux éléments
    non négligeables, à savoir l’importance de Qossayr d’un point de vue stratégique
    et l’intention des factions islamistes en Syrie de se ramifier jusqu’au Liban pour y
    étendre leur Califat. Ce projet avait en réalité pour objectif de toucher les nerfs
    vitaux du Hezbollah et de l’affaiblir.
             De même, à Qoneitera, le Hezbollah et l’Iran (indirectement ou directement)
    par leurs interventionnismes tentent de garantir le contrôle d’une zone où se recou-
    pent à la fois l’intérêt géostratégique (zones frontalières permettant l’envoi d’appro-
    visionnements/verrou stratégique, le chemin vers Damas passe par Qoneitera) et
    l’intérêt « symbolique » (réintégrer la question de l’occupation israélienne dans le
    conflit, ce qui permet en quelque sorte de justifier leur présence sur le terrain).

    Conséquences immédiates du raid
             Le raid a replacé l’axe Hezbollah–Damas–Téhéran dans sa fonction « origi-
    nelle », celle de « résister face à Israël », puisqu’il a remis la question de la menace
    israélienne dans le débat arabe. Il a par ailleurs corrigé la baisse de son capital sym-
    bolique en raison de son interventionnisme en Syrie et de ses positions au Liban.
    Nous pouvons, du moins sur le plan « symbolique », le considérer comme une
    victoire (de cet axe), car cet événement a opéré un ré-étiquetage qui sera exploité
    au profit du Hezbollah et de l’Iran. En outre, un front de solidarité militaire
    « irano-hezbollaho-syro-palestinien » semble avoir été créé, ce qui laisse à supposer
    qu’en cas de guerre, Israël aura à gérer aussi un front « interne ».
            Parallèlement, cette affaire aura des retombées certaines sur le cours des pro-
    chaines élections, au profit du parti au pouvoir (Likoud). Nous pouvons la consi-
    dérer comme une victoire qui relèverait de la pure politique politicienne en Israël.

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         Le raid de Qoneitera peut ainsi être considéré à la fois comme un exploit
israélien sur le plan tactique (et celui des renseignements si l’on ne tient pas
compte des déclarations israéliennes) et une erreur sur le plan stratégique. Il s’agit
également d’un indice de la fin de l’ordre Sykes-Picot, les frontières n’existent plus
dans le triangle Galilée/Sud Liban/Golan, et d’un indicateur d’une probable fuite
de renseignements soit chez le Hezbollah, soit chez ses alliés. !

Riposte de Chebaa et rééquilibrage stratégique

         Pour l’Iran, et le Hezbollah, la riposte est non seulement une nécessité stra-
tégique mais également un droit de légitime défense. L’hypothèse de représailles
n’était donc absolument pas à exclure autrement cela aurait présenté le risque d’une
rupture au niveau de l’équilibre de dissuasion. Or il est tout à fait hors de propos
pour la « triple alliance chiite » d’accepter une telle situation « attaque/pas de ripos-
te » auquel cas, il s’agirait d’un aveu implicite de faiblesse.
        La riposte intervient le 28 janvier, à un intervalle de temps (10 jours) à la
fois suffisamment long pour une préparation minimale, et suffisamment court
pour caractériser la vengeance. L’attaque est exécutée dans les fermes de Chebaa, à
11 h 25 (GMT+2), et au moyen de missiles antichars, qui aurait fait deux morts et
plusieurs blessés côté israélien, provoquant des raids de représailles sur le Sud
Liban. Un casque bleu de la Finul (Force intérimaire des Nations unies au Liban)
est également tué lors des échanges de tirs entre les partis, l’Espagne accusant Israël,
et le Conseil de sécurité réuni le soir même à la demande de la France décide de
nommer une commission pour enquêter sur la mort du soldat espagnole.
        En dépit de l’absence de proportionnalité entre les bilans attaque/riposte,
on pourrait cependant situer cette opération, au-dessus de la simple riposte tactique,
et en dessous de la guerre, bien qu’il ne s’agisse pas d’une donnée facilement abjec-
tivable. En effet, qui décide des limites objectives entre guerre et infraguerre ? À
partir de quels critères, quels paradigmes ou quel référentiel peut-on l’affirmer ?
D’autant plus que les conflits se chevauchent et que la guerre prend des formes de
plus en plus hybrides et transversales.
         Toutefois, il est nécessaire de comprendre que, dans ce contexte si parti-
culier, le calcul du Hezbollah et ses alliés devait s’éloigner du réactionnisme
primaire car l’action décisionnelle d’une riposte devait se plier à l’environnement
ambiant et à son champ d’interaction. Elle est donc étroitement liée à la négocia-
tion et à l’idée d’une construction d’un intérêt « collectif ». Elle doit de ce fait enga-
ger au minimum une décision tripartite (Syrie, Hezbollah et Iran), avec la prise en
compte des fronts déjà ouverts en Syrie et au Liban contre les mouvements takfi-
ristes, du dossier nucléaire iranien, de la baisse du prix du pétrole et ses répercus-
sions sur le budget militaire iranien et par voie de conséquence sur ses aides finan-
cières et logistiques au Hezbollah et au régime syrien, etc.

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Théoriquement quatre à cinq terrains d’opération plausibles s’offraient au
    Hezbollah, qui pouvait riposter soit : directement du Sud Liban, à partir de la Syrie,
    à partir d’Israël/Palestine, des fermes de Chebaa, ou de n’importe quel lieu « extra-
    régional » (Afrique, Amérique latine, etc.). Toutefois, dans les faits, l’espace des
    possibles est plus restreint, car le choix du « lieu » dépend largement de plusieurs
    variables relatives aux ressources mobilisées et mobilisables, notamment tech-
    niques. La question du lieu est de ce fait multifactorielle, qui suppose le croisement
    de plusieurs éléments.

    Les fermes de Chebaa : un levier de règlements de comptes régionaux
              Au-delà de l’ambiguïté que pose la quantification des pertes matérielles et
    humaines entourant ce genre d’opérations – en raison de la guerre psychologique
    à laquelle se livrent les parties – il existe des enjeux sous-jacents qui nécessitent de
    déplacer le regard vers le choix des fermes de Chebaa qui n’est pas du tout anodin.
    Il s’agit d’un espace renfermant 18 fermes, et s’étalant sur une superficie d’environ
    40 km2 qui concentre un avantage géostratégique (situé à 1 800 mètres d’altitude,
    richesse hydraulique, et au point triple frontière Syrie-Liban-Israël) et un obstacle
    géo-historique (contentieux lié au tracé des frontières).
             Cette zone est d’abord considérée comme une propriété libanaise, à
    l’époque du mandat français. Elle est ensuite occupée par l’armée syrienne durant
    les années 1950 et 1960, pour finalement tomber sous la domination de l’armée
    israélienne à l’issue de l’opération Litani (avril 1978) puis à la suite de l’opération
    Boule de neige (juin 1982). En 2000, Israël se retire du Sud Liban, en application
    de la résolution 425 adoptée par le Conseil de sécurité de l’ONU le 19 mars 1978.
             Ce retrait a été considéré comme partiel par le Liban qui depuis lors, ne
    cesse d’appeler à l’intégration des fermes de Chebaa dans le domaine d’application
    de la résolution 425 dont il se prévaut pour exiger le retrait complet d’Israël du ter-
    ritoire libanais. L’ONU, a débouté les demandes libanaises au motif que le traite-
    ment de ce litige territorial n’est recevable qu’à l’aune des résolutions 242 et 338
    relatives au conflit israélo-syrien. Pour Israël, il s’agit d’une extension du Golan
    occupé en 1967. Damas quant à elle, s’incline dans le sens des prétentions liba-
    naises, sans pour autant apporter des preuves concrètes permettant de consolider
    sa position.

    Ambiguïté juridique et ubiquité militaire
            Le Hezbollah est dans la position du funambule qui doit se garder de pro-
    voquer des réactions hostiles au Liban et, par là, accentuer les scissions politiques
    déjà visibles au niveau interne. De même sur le plan externe, il se devait de mener
    une action non susceptible de déclencher une guerre. Par ailleurs, étant lié par la
    résolution 1701 du Conseil de sécurité, qui a mis fin à la guerre de 2006, il devait

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ajuster la nécessité d’une riposte, avec l’obligation de respecter cette résolution. En
outre, il devait agir sans engager la responsabilité directe de Damas ou de Téhéran.
         C’est là, que transparaît l’utilité du flou entretenu par Damas entourant
Chebaa. En effet, cette zone n’est pas concernée par la ligne bleue tracée par
l’ONU. Reconnaître la violation de la Résolution 1701, serait une reconnaissance
de la « libanité » des fermes de Chebaa.
         Parallèlement, sur le plan interne, le Hezbollah peut se prévaloir de son
droit de résister à une occupation étrangère. Il faut noter que cette question,
constitue un puissant vecteur de mobilisation pour le Hezbollah, c’est même la jus-
tification de sa raison d’être, qui lui permet de se placer sur l’échiquier politique
libanais, en invoquant le danger d’une altérité prédatrice. Ce choix, permet au
Hezbollah de gérer sa double casquette, de parti politique libanais, et de milice
transnationale.

Éviter à tout prix une nouvelle guerre
       S’engager dans une guerre, n’est souhaitable ni pour Israël, ni pour le
Hezbollah, ni pour leurs alliés respectifs.
         En effet, le Hezbollah est déjà suffisamment affaibli sur le plan interne à
cause des scissions politiques et des tensions communautaires, avec un front interne
déjà ouvert pour contrer l’avancée des djihadistes. Au Liban somnole constamment
la guerre civile, non seulement à cause des crispations identitaires mais également
en raison de la présence de deux millions de réfugiés syriens, d’obédience sunnite
dans leur majorité. Cet effectif est doublement pesant pour le Liban : d’une part,
à cause des insuffisances capacitaires d’un pays aussi « petit » et « fragile » à conte-
nir un nombre de réfugiés de presque la moitié de sa population totale et, d’autre
part, en raison des conséquences du point de vue des équilibres communautaires
déjà existants. En effet, les chiites majoritaires se sentent en danger de se retrouver
minoritaires, et les chrétiens déjà minoritaires, craignent de l’être encore plus, avec
tout ce que cela peut engendrer en termes de conséquences sur la cohésion sociale
dans ce pays (pro-Assad/anti-Assad). Cet environnement socioculturel possède en
lui les germes de sa propre destruction. En cas de guerre avec Israël, une grande
crise humanitaire explosera et mettra le monde devant une tragédie funeste et
implacable. Par ailleurs, la dispersion du Hezbollah au Liban, en Syrie et en Irak,
voire même au Yémen, dont il peut « s’en enorgueillir », faisant de lui une « puis-
sance régionale », risque considérablement de l’affaiblir (plusieurs fronts concomi-
tants, pertes humaines et de matériels, etc.).
        L’Iran, quant à lui, n’est pas non plus enclin à s’engager pas dans une
guerre classique directe avec Israël, mais continuera d’opérer par procuration,
notamment pour des raisons liées au jeu politique interne (pétrole, etc.), et à sa
politique externe (dossier nucléaire).

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La Syrie, n’a pas non plus intérêt à ouvrir un nouveau front, le régime est dans
    une position de lutte « existentielle », qui ne supportera pas le fardeau d’une guerre
    supplémentaire, de surcroît avec une puissance militaire telle que l’État hébreu.
            Du côté israélien, la déclaration de Tsahal, niant avoir été au courant de la
    présence d’un officier de haut rang iranien dans le cortège visé à Qoneitera, res-
    semble presque à un mea culpa dissimulé. Il s’agit en réalité d’un puissant indice
    d’une prise de conscience a posteriori de la portée d’un tel acte. Nous sommes
    presque tentés de voir dans l’installation de ses batteries « Dôme d’acier » dans le
    Nord, le déploiement de ses soldats le long de ses frontières avec la Syrie et le Liban
    et ses représailles de petite envergure, en se contentant de quelques bombarde-
    ments dans le Sud Liban une sorte de proposition stratégique : frappe contre frappe.
    À ces calculs, il faut ajouter le nouvel accord militaire irano-russe et l’opinion
    publique israélienne. Il faut en outre prendre en compte le fait que le Hezbollah a,
    depuis ses interventions en Syrie notamment à Qossayr, considérablement gagné
    en termes d’expériences, il est désormais capable d’occuper et de libérer des vil-
    lages, de mener des actions de guérillas urbaines, de gérer plusieurs fronts à la fois
    et d’après ses sources, il aurait renforcé ses capacités offensives grâce aux missiles
    balistiques Fateh-110 fournis par l’Iran en 2006.

                                              
             L’opération a été qualifiée de dangereuse par Israël qui a par ailleurs,
    dénoncé la coresponsabilité du Liban, du régime syrien et de l’Iran. Il y a dans cette
    rhétorique l’identification d’un axe, qui va au-delà de la simple milice qui agit à
    titre « personnel » uniquement. Cette prise de conscience change la donne dans le
    conflit qui opposait jusque-là le Hezbollah et Tel Aviv.
             Le bras de fer qui oppose les parties, concerne également les enjeux qui pro-
    cèdent de la domination du jeu et l’enjeu de dissuasion. En effet, nous remarquons
    des similarités flagrantes entre le raid et la riposte (en plein jour, au moyen de mis-
    siles, et contre un convoi militaire, malgré le niveau d’alerte maximale de Tsahal).
    Cette « symétrie », renferme deux signifiés essentiels, à savoir : d’une part le souci
    de la juste mesure, pour éviter tout débordement pouvant conduire à une guerre
    et d’autre part un message que l’équilibre de la terreur n’a pas été rompu.
            En outre, le Hezbollah annonce l’adoption d’une nouvelle doctrine cette
    fois-ci militaro-sécuritaire (cf. le discours de Hassan Nasrallah). Désormais il se
    considère affranchit des règles d’engagement (ROE), s’attribuant ainsi le droit de
    riposter de n’importe quel lieu, n’important quand et de la manière qu’il jugera
    adéquate. La dissuasion ne se jouera plus uniquement sur le terrain militaire via
    des attaques-ripostes tactiques : elle pourrait de ce fait prendre la forme d’assassi-
    nats ciblés en cas de liquidation de ses cadres, qu’il imputera systématiquement à
    Israël. C’est le fameux principe « œil pour œil, dent pour dent ». Cette annonce
    est d’autant plus intéressante qu’elle dévoile le rôle de plus en plus grandissant des

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renseignements et le chevauchement des questions de sécurité et de défense, non
seulement pour les États, mais également pour des entités infra-étatiques et trans-
nationales comme le Hezbollah.

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 David Schenker : « Hezbollah’s Limited Options After Israëli Strike » in The Washington Institute, 2 janvier 2015
 (www.washingtoninstitute.org/).
 Nicholas A. Heras : « The battle for al-Quneitra, the Gateway to Damascus » in Terrorism Monitor, vol. 12, n° 5
 (www.jamestown.org/).
 Yoav Limor : « Attacks in the Golan Heights are a matter or time » in Israël Hayom, 1er janvier 2015
 (www.Israëlhayom.com/).
 Néjî al-Bostânî: « Fuites de renseignements sur les déplacements du Hezbollah » in Al-Neshra, en langue arabe
 (www.elnashra.com/news/show/832068).
 Néjî al-Bostânî: « Ce que le Hezbollah et l’Iran préparaient à Qoneitera » in Al-Neshra, en langue arabe
 (www.elnashra.com/news/show/832843).
 Résolution 1701, 11 août 2006 (www.diplomatie.gouv.fr/fr/IMG/pdf/N0646504-2.pdf ).
 Cosima Flateau: « Le contentieux des fermes de Chebaa » in Les clefs du Moyen-Orient, 6 juin 2013
 (www.lesclesdumoyenorient.com/Le-contentieux-des-fermes-de.html).

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