Lorsque l'enfant est en surpoids - SSMG
←
→
Transcription du contenu de la page
Si votre navigateur ne rend pas la page correctement, lisez s'il vous plaît le contenu de la page ci-dessous
MG & ENFANT
Lorsque l’enfant est en surpoids…
par le Dr Elide Montesi*
P
our parodier une chanson célèbre, cet article pourrait s’intituler : « Ils sont foutus, ils
mangent trop, ils sont foutus, ils ne bougent plus ». La malbouffe et la sédentarité sont
* Médecin généraliste responsables d’une véritable épidémie d’obésité chez les enfants. La surcharge pondé-
5060 Sambreville rale fait courir à ces enfants un risque important de complications à court mais aussi à long
terme et seule une prise en charge précoce et adaptée est susceptible de limiter les dégâts. Cet
article a pour unique prétention de rappeler les éléments à prendre en considération pour
dépister, prévenir et tenter de soigner la surcharge pondérale infantile.
PRÉTEST
ABSTRACT Vrai Faux
The prevalence of obesity in 1. Un enfant est considéré comme obèse si son BMI évolue ❑ ❑
children is clearly growing in au-delà du 97e percentile.
our western countries. This 2. Les dosages hormonaux s’imposent d’emblée ❑ ❑
pathologic condition is defi- devant tout enfant obèse.
ned in the child as a BMI over 3. 40 % des enfants obèses le restent à l’âge adulte. ❑ ❑
the 97th percentile of the cor-
pulence curves. The risk fac- Réponses en page 66.
tors must be considered as
soon as possible. The child is
at risk of short and long term
complications. The manage- Si les chiffres observés chez nous ne sont pas obèse lorsque son BMI est supérieur au 97e per-
ment of obesity is mainly encore comparables à ceux des USA, les centile. On parle de surpoids pour un percentile
based on changing the dietary courbes de prévalence de l’obésité dans nos de BMI supérieur à 90 (cf. figures 1 et 2) (1, 4).
habits and reduction of seden- régions suivent une évolution parallèle avec un À la naissance, la masse grasse représente 12 à
tarity for regular exercise. décalage de 10 à 15 ans (1). 15 % de la masse corporelle totale pour atteindre
En province de Hainaut, un enfant sur quatre a 21 à 23 % à l’âge de 1 an, d’où l’aspect potelé
Keywords : un problème de surpoids ; en 5 ans, on a pu des enfants à cet âge. Cette masse grasse dimi-
Obsesity, growth, constater dans la tranche d’âge de 13 ans une nue jusqu’à l’âge de 5 à 6 ans. L’aspect
pediatrics. augmentation de 1 % par an. En 2003-2004 pour « maigre » des enfants en fin d’école maternelle
la province de Luxembourg, une étude révélait est normal. Il convient donc de rassurer les
15 % d’enfants à 4 ans en surpoids ou obèses, parents à ce sujet. La masse grasse augmente
25 % des garçons et 27 % des filles à 10 ans. On ensuite (rebond d’adiposité) et atteint en fin de
peut dire qu’un enfant sur cinq en moyenne a un croissance 11 à 17 % chez les garçons et 23 à
RÉSUMÉ problème de surpoids (2, 3). Au vu des complica- 26 % chez les filles. Plus le rebond d’adiposité
La prévalence de l’obésité tions à court et à moyen terme, il s’agit d’un réel est avancé, plus le risque de devenir obèse à
chez les enfants est en nette problème de santé publique à dépister et à pré- l’âge adulte est élevé (cf. figure 3) (4, 5, 6).
augmentation dans nos pays venir le plus rapidement possible. Pour évaluer l’importance de l’excès pondéral,
occidentaux. Cet état patho- on utilise le rapport du poids mesuré sur le poids
logique se définit chez l’en- QU’EST-CE QU’UN ENFANT attendu par rapport à la taille et non par rapport
fant par un BMI évoluant au à l’âge.
delà du 97e percentile des OBÈSE ?
courbes de corpulence. Les
facteurs de risque sont à
L’obésité se définit comme un excès de masse C’EST HORMONAL, DOCTEUR ?
prendre en considération le grasse. Mais cet excès n’est pas reflété par le
seul poids qui est la somme de la masse grasse, Dans 99 % des cas, l’enfant obèse n’a aucune
plus tôt possible. L’enfant pathologie endocrinienne sous-jacente. Les
court un risque de complica- musculaire et osseuse.
On utilise trois éléments basés sur le poids, la dosages hormonaux, glycémiques, les détermi-
tions à court et à long terme.
taille et l’âge : nations d’âge osseux sont inutiles dans la prise
La prise en charge passe
• l’indice de masse corporelle (IMC ou BMI : en charge d’un surpoids infantile (1, 6).
essentiellement par une
modification des habitudes P/T2) L’élément à considérer est la courbe staturale.
alimentaires et la diminution • la notion de vitesse de croissance Un problème endocrinien peut être envisagé
d e la sédentarité au profit • les courbes de percentile du BMI. lorsqu’on constate une anomalie de la vitesse
d’une activité régulière. Par ailleurs, la définition de l’obésité chez de croissance staturale dès le début du sur-
l’adulte ne vaut pas chez l’enfant. poids (cassure de la courbe staturale en cas de
Mots clefs : Un BMI ponctuel ne signifie rien chez l’enfant : tumeur cérébrale ou de maladie de Cushing).
Obésité, croissance, on doit suivre l’évolution des courbes de per- L’enfant normal voit sa courbe de taille évo-
pédiatrie. centile de ce BMI. Un changement de couloir de luer dans le même couloir de percentile. Toute
percentile n’est jamais normal. Un enfant est modification de percentile de la courbe statu-
La Revue de la Médecine Générale n° 220 février 2005 60MG & ENFANT
Figure 1* Figure 2*
rale dès le début du surpoids peut faire suspec- L’obésité familiale : le risque d’être obèse est
ter une pathologie endocrinienne. multiplié par 3 si un des deux parents est obèse
N’oublions pas l’obésité associée aux syn- et par 6 si les deux parents le sont.
dromes polymalformatifs en repérant des Les autres facteurs de risque sont moins
signes tels que : notion d’hypotonie néonatale, constamment associés à l’obésité infantile.
anomalies du faciès, anomalies squelettiques Le diabète gestationnel.
(syndactylie, polydactylie, cyphoscoliose), Un poids de naissance trop élevé ou trop bas.
arriération mentale… (7) Des apports protidiques trop élevés : l’apport
protidique est 4 fois supérieur aux besoins réels
chez le jeune enfant. On constate qu’une dimi-
C’EST HÉRÉDITAIRE, DANS LA nution de l’apport protidique chez le jeune
FAMILLE, ON EST TOUS GROS ! enfant tend à diminuer l’obésité. Un excès de
protéines dans l’alimentation du nourrisson sti-
Il existe en effet une inégalité des individus face à mulerait une prolifération cellulaire dont les adi-
l’obésité. Les études de comparaison de corpu-
lence de vrais et faux jumeaux ainsi que les études
de comparaison de corpulence chez des sujets
adoptés comparativement à celle des familles Figure 3 : Plus le rebond d’adiposité est avancé, plus le risque de
devenir obèse à l’âge adulte est élevé. Un enfant gros à l’âge d’un
naturelles et des familles adoptives plaident en an restera gros après un rebond précoce (courbe rouge) ou rejoin-
faveur de l’existence de facteurs génétiques (5). dra la moyenne après un rebond tardif (courbe verte). Un enfant
mince à un an pourra développer une obésité après un rebond pré-
Cette prédisposition s’exprime selon un mode vrai- coce (courbe orange) ou rester mince s’il a un rebond tardif
semblablement polygénique et multivariant. Mais (courbe bleue). L’évolution vers l’obésité peut être visible sur la
on ignore le nombre de gènes responsables et les courbe alors que l’enfant est encore mince (courbe orange).
variants de chaque gène. Par ailleurs, des effets res-
pectifs et interactifs de ces gènes avec l’environne-
ment jouent un rôle non négligeable dans le déve-
loppement de l’obésité. L’effet génétique contribue
pour 30% de la variance du phénotype obèse (1, 4, 6).
FACTEURS DE RISQUE
D’OBÉSITÉ
Deux facteurs de risque sont associés de façon
constante à l’obésité de l’enfant.
Le rebond d’adiposité précoce : Un enfant
dont les courbes de vitesse de croissance mon-
trent un rebond d’adiposité précoce (dès l’âge de
2 ou 3 ans) est à risque d’obésité et doit être pris
en charge à ce moment même si son poids et sa
taille sont encore normaux. L’obésité ne sera en
effet manifeste que vers 10-12 ans, âge auquel la
prise en charge sera moins efficace. * Courbes disponibles sur le site de la SSMG
…
61 La Revue de la Médecine Générale n° 220 février 2005MG & ENFANT
pocytes. Ces adipocytes se développent au cours • morphologiques : la gynécomastie et l’en-
des deux premières années de vie. Une étude a fouissement de la verge (motifs fréquents de
par ailleurs démontré un lien entre une ration consultation chez les garçons), les vergetures ;
protéique trop élevée et un rebond d’adiposité • psycho sociales : mauvaise estime de soi,
précoce. Une étude européenne multicentrique troubles anxieux et dépressifs, insatisfaction
(CHOPIN) (a) est actuellement en cours en par rapport à l’image de soi, « retrait » social.
Belgique, Allemagne, Espagne, Italie et Pologne La complication la plus grave à long terme est
pour vérifier si la teneur protéique de l’alimen- la persistance de l’obésité à l’âge adulte avec
tation au cours des deux premières années de la tout son cortège de complications vasculaires et
vie a un impact sur l’indice de Quetelet (BMI) à métaboliques. On estime que 40 % des enfants
l’âge de 8 ans. Cette étude vise à essayer de obèses le seront encore à l’âge adulte. L’obésité
diminuer la teneur en protéine des laits infantiles a un effet plus délétère sur la santé et la qualité
et à promouvoir l’allaitement maternel. de vie que le tabac, l’alcool ou la pauvreté (b). Les
Le niveau socio économique bas : Une étude risques vasculaires d’un obèse adulte sont par
belgo-luxembourgeoise a montré que le BMI est ailleurs fonction du nombre d’années vécues en
corrélé négativement au niveau d’éducation du surcharge pondérale. Et d’après une étude
père. En France, une étude a montré une préva- récente, les enfants obèses auraient un risque
lence plus importante d’obésité chez les enfants accru de cancer à l’âge adulte (c).
d’ouvriers que chez ceux des cadres.
L’enfant unique.
Les familles monoparentales.
À QUI ADRESSER ?
La vie en zone urbaine. Si le dépistage est fait de façon systématique par
Le degré de sédentarité et le comportement des structures comme l’ONE et l’IMS, le méde-
alimentaire sont quant à eux les risques à consi- cin généraliste est le plus approprié pour jouer
dérer pour la prise en charge. un rôle central dans cette prise en charge. Il
connaît en effet l’enfant, sa famille, leurs anté-
FACTEUR PROTECTEUR cédents et leur mode de vie.
On demandera l’aide d’un(e) diététicien (ne) ou
L’allaitement maternel a un effet protecteur nutritionniste pour les conseils alimentaires.
contre l’obésité pour autant qu’il soit pratiqué de Une consultation spécialisée en milieu hospitalier
manière exclusive pendant au moins les quatre est utile pour expertise lorsqu’on suspecte une obé-
premiers mois de vie. (relation dose effet ?). La sité endocrinienne, pour la mise au point des obé-
composition du lait maternel est bien adaptée sités les plus sévères, s’il y a déjà des complica-
aux besoins élevés en énergie des enfants au tions ou une morbidité associées et en cas d’échec
début de la vie (1, 4, 6). après six mois d’une prise en charge correcte.
Un centre multidisciplinaire sera utile pour les
obésités sévères et les prises en charge difficiles
MAIS EST-CE DONC SI GRAVE ? à mettre en œuvre (d).
L’obésité chez l’enfant doit être prévenue et trai- La presse médicale belge a fait état de la néces-
tée parce qu’elle est associée à une morbidité sité de créer des réseaux interhospitaliers pour
importante à court et à long terme. prévenir l’obésité de l’enfant. En fait, l’expé-
Les complications à court terme sont d’ordre : rience française (ex : réseau REPOP (e)) montre
• orthopédiques : épiphysiolyse de la hanche, que des réseaux dont le médecin généraliste est
entorses, pieds plats, genu valgum, tibia vara, le centre sont efficaces.
Osgood-Schlatter, … ; Une prise en charge psychologique plus spéci-
• respiratoires : syndrome asthmatique et syn- fique devra être envisagée dans certains cas :
drome d’apnées du sommeil ; n’oublions pas toute la symbolique de l’alimen-
• endocrinologiques : les ovaires polykystiques tation dans les relations mère enfant.
(conséquence et non cause d’obésité), l’hypo- Il faut aussi que les pouvoirs publics, les écoles
fertilité, l’androgénie, les cycles longs, la et l’industrie alimentaire s’impliquent par des
puberté précoce (surtout chez les filles), une actions concrètes en prévention primaire.
accélération de la maturation osseuse, un arrêt Sans oublier les médias…
précoce de la croissance. La taille finale, mal-
gré l’accélération de la vitesse de croissance, PISTES STRATÉGIQUES
est égale à la taille prévisible : il n’y a aucun
gain statural ; Les consultations pour ce problème se doivent
• métaboliques : élévation des triglycérides, d’être longues, surtout au début. Mais comme
intolérance au glucose, hyperinsulinisme et pour le tabac ou l’alcool, des interventions brèves
insulinorésistance ; et répétées à chaque autre contact sont utiles.
• vasculaires : hypertension artérielle (on
constate des chiffres tensionnels élevés à l’ef-
fort chez l’enfant obèse) ; (b) Public Health 2001 ; 115 : 229-235.
(c) Int J Cancer 2004 ; 112 : 348-351.
(d) ZEEPREVENTORIUM Koninklijke baan 5, 8420 De Haan 059 23 39 11
Centre médical pédiatrique Clairs Vallons, rue de Mont Saint Guibert 24,
1340 Ottignies 010480211
Le domaine rue Jean Lanneau 39, 1420 Braine L’alleud 023842593
(a) Childhood Obesity Early Programming by Infant Nutrition
http://www.childhood-obesity.org
(e) Réseau REPOP Ile de France : réseau de prise en charge de l’obésité en
pédiatrie en Ile de France –Hôpital Necker-Enfants malades Paris.
…
La Revue de la Médecine Générale n° 220 février 2005 62MG & ENFANT
Cette prise en charge est difficile car une fois le sur- enfants minces. D’après les experts de
poids installé, l’organisme réagit comme s’il avait l’Agence française de sécurité sanitaire des ali-
un «pondérostat» pour conserver cet équilibre. ments (Afssa), la collation de dix heures pro-
L’anamnèse doit porter non seulement sur les posée aux enfants dès la maternelle apparaît
antécédents personnels et familiaux mais aussi “non justifiée et ne constituant pas une réponse
sur le contexte socio-familial, les habitudes ali- adaptée à l’absence de petit déjeuner” (9). Des
mentaires (évaluation des apports alimentaires, études montrent que seulement 7% des enfants
recherche des erreurs diététiques, troubles de de 3 à 5 ans arrivent à jeun en classe. Pour tous
comportement alimentaire, culture familiale ali- les autres, cette pause entraîne une multiplica-
mentaire), l’activité physique et la sédentarité tion inutile du nombre de prises alimentaires
(nombres d’heures d’écrans par jour), le compor- qui encourage le grignotage. L’Afssa estime
tement psychologique et l’évolution de l’enfant. donc que la prise alimentaire de 10 heures dans
Le poids, la taille et le BMI seront systémati- le cadre scolaire n’est pas fondée “de par sa
quement notés sur les courbes de croissance et composition, son horaire, son caractère systé-
de corpulence, principal outil de dépistage et de matique et indifférencié”. La “pause goûter”
suivi d’un enfant obèse. L’examen clinique matinale entraîne une augmentation de l’apport
recherchera les complications décrites plus haut. calorique journalier d’environ 4%.
On verra l’enfant une fois par mois pendant les six Le grignotage est évidemment à proscrire et
premiers mois. La fréquence sera adaptée ensuite sa suppression suffit parfois à faire rentrer
en fonction des résultats sur une période minimale une situation à risque dans l’ordre.
de deux ans. Au cours des consultations, on fixera 2) La qualité des aliments : il faut respecter la
des objectifs raisonnables à atteindre et on jouera pyramide alimentaire.
notre rôle d’information et d’éducation… Les lipides sont à réduire car ils sont d’office
Notre prise en charge ciblera trois facteurs moins rassasiants et induisent une sensation de
environnementaux dès le repérage de l’existence faim ultérieurement. La consommation exces-
de facteurs de risque : modifier les comporte- sive en matière grasse est plus déterminante
ments alimentaires, diminuer la sédentarité et sur la masse grasse que l’excès énergétique
augmenter l’exercice physique. global. Cette restriction lipidique n’est cepen-
Si la prise en charge n’implique pas la dant pas justifiée au cours des deux premières
famille, elle est vouée à l’échec. Lorsqu’un années de la vie, lorsque les besoins en énergie
enfant est obèse ou à risque de le devenir, il pour la croissance sont élevés et pendant la
convient d’insister sur le fait que tous les période de myélinisation rapide du système
membres de la famille doivent participer au nerveux. Or, paradoxalement le pourcentage
combat. Il ne suffit pas de conduire l’enfant une de lipides dans l’alimentation est faible au
fois par semaine chez le (la) diététicien (ne) ! début de la vie (28 % à 1 an, alors que le lait
Les traitements médicamenteux et chirurgicaux maternel en contient 50 %) tandis qu’il aug-
ne sont pas recommandés pour l’obésité com- mente avec l’âge.
mune de l’enfant et de l’adolescent. La chirurgie Les sucres « lents » sont plus satiogènes. La
bariatrique est impraticable chez l’enfant. séparation ancienne entre sucres lents et sucres
rapides est cependant à nuancer (10). La rapidité
MODE D’ALIMENTATION de l’ascension glycémique après l’ingestion
de glucides dépend essentiellement de deux
Nos interventions doivent être guidées par des
propriétés : le temps de transit gastrique, et
règles de bon sens. Chez un enfant, il n’est pas
l’accessibilité aux enzymes digestifs.
question de régime au sens habituel (1). Il est très
L’index glycémique détermine l’importance
difficile en effet de déterminer le besoin réel en
de l’hyperglycémie provoquée par un ali-
calorie d’un enfant au-delà d’un an : ce besoin
ment, relativement à un aliment de référence
varie fortement d’un individu à l’autre en fonc-
(glucose ou pain). Ce concept d’index glycé-
tion de l’âge, du sexe et de l’activité physique
mique, qui ne remplace pas la classification
mais aussi des caractères génétiques et des fac-
habituelle des aliments, n’est défini cepen-
teurs environnementaux. Un régime restrictif est
dant que pour un aliment isolé et non pour un
inutile et nocif : les apports nutritionnels chez les
repas complet et ne tient pas compte de l’in-
enfants doivent non seulement assurer l’intégrité
dex de biodisponibilité totale d’un repas (11).
physique comme chez l’adulte mais aussi per-
La seule boisson valable est l’eau. Toutes les
mettre la croissance et le développement. Le but
autres boissons sont à considérer comme ali-
n’est pas tant de faire maigrir l’enfant que de
ments liquides. Boire un litre par jour de bois-
ramener ses paramètres de croissance en des-
sons sucrées (sodas) entraîne une prise de
sous du 97e percentile et de maintenir leur évo-
poids de 50 g/jour et de 8 kg par an. Les bois-
lution sur une même courbe.
sons à l’aspartame ne sont pas recommandées
Trois critères sont à prendre en considération
chez les enfants. Même s’il apporte moins de
pour un bon équilibre alimentaire (1, 4, 6, 8).
calories que le sucre, l’aspartame habitue
1) Le rythme alimentaire valable consiste en l’enfant au goût sucré alors qu’il vaut mieux
quatre repas par jour (comprenant un petit l’habituer à s’en passer et à boire de l’eau.
déjeuner) à intervalles de quatre heures par L’apport en fruits et légumes doit être pluri-
jour. Pour une même ration alimentaire, les quotidien, varié et régulier.
enfants obèses mangent moins au petit déjeu- 3) La quantité des aliments est à adapter à
ner et davantage au repas du soir que les l’âge et avec bon sens par rapport aux autres …
65 La Revue de la Médecine Générale n° 220 février 2005MG & ENFANT
membres de la famille. Un enfant ne doit pas L’action et le mouvement font partie du déve-
manger la même quantité que ses parents. On loppement psychomoteur normal. Un enfant est
peut jouer sur la taille des assiettes et éviter spontanément enclin à bouger : cette disposi-
de resservir. tion doit être maintenue et encouragée. Il
D’autres conseils préventifs méritent d’être convient de développer le goût pour l’exercice
rappelés (surtout de 0 à 3 ans) : physique dès l’âge de la marche.
• ne pas utiliser la nourriture comme Là encore, la solidarité familiale doit jouer : faire
récompense ; participer l’enfant aux tâches ménagères, partager
• ne jamais insister pour que l’enfant finisse ses activités en jouant avec lui, se promener avec
un repas mais respecter son appétit ; lui régulièrement à pied ou à vélo, le laisser cou-
• ne pas enrichir l’alimentation sous prétexte de rir ou pratiquer patins à roulettes ou roller…
mieux nourrir un enfant qui mange «mal» (12). D’autres comportement sont à encourager :
prendre l’escalier plutôt que l’ascenseur, laisser
LUTTER CONTRE LA SÉDENTARITÉ l’enfant marcher dès qu’il a appris à le faire plu-
tôt que le promener en buggy jusqu’à un âge tar-
La prévalence de l’obésité est liée à l’augmentation dif, aller à l’école à pied si possible…
de la sédentarité. Une demi-heure de télévision par La pratique d’une activité sportive structurée
jour a le même résultat qu’un excès de 100 kcals deux fois par semaine est recommandée. Elle
par jour: une prise de poids de 4 kg par an. doit être choisie et/ou acceptée par l’enfant, elle
Il existe une relation directe et nette entre l’évolu- devrait être le plus ludique possible et idéale-
tion de l’obésité et le nombre d’heures passées ment pratiquée en famille. Mais insister sur le
devant un écran. La télévision n’est plus le seul fait que cela ne suffit pas surtout si l’enfant au
écran coupable: n’oublions pas les jeux vidéo, l’or- retour de cette activité s’affale devant son écran
dinateur et internet. La même relation existe par en grignotant des « crasses » (1, 4, 6) !
rapport aux nombres de voiture par foyer (1, 2, 4, 6, 7).
Le mode de vie occidental caractérisé par une
mentalité de plus en plus casanière est le facteur CONCLUSION
numéro un de cette épidémie d’obésité.
Pendant des dizaines de milliers d’années, les L’augmentation de la prévalence de l’obésité
gènes de l’homme ont favorisé ceux qui stoc- chez l’enfant est un sujet d’inquiétude tout à
kaient en période d’abondance, afin de survivre fait justifié. Prendre un enfant obèse en charge
pendant les périodes de disette. Or, nous nous est cependant peu gratifiant car chronophage
trouvons, dans les pays développés, face à un et répétitif. Pourtant, les médecins généralistes
excès d’aliments riches et appétissants (d’où un ne devraient pas craindre d’oser s’y investir.
changement dans les comportements alimen- En effet, les interventions dans ce domaine,
taires) alors qu’il n’y a plus guère de nécessité à même si elles nécessitent parfois l’aide de
dépenser son énergie. structures multidisciplinaires, font surtout
Avec notre type d’alimentation actuelle, il fau- appel au bon sens, au suivi de paramètres
drait réduire la sédentarité à moins de deux simples et à des mesures de prévention qui
heures par jour ! négocient, par des conseils adaptés, une ali-
mentation équilibrée et la lutte contre la séden-
PROMOUVOIR L’ACTIVITÉ PHYSIQUE tarité par l’activité physique. Par leurs rapports
privilégiés avec les familles, les généralistes
Il s’agit d’insister sur l’exercice physique en sont tout à fait aptes à dépister et à gérer ce
général et de donner des conseils simples adap- problème de santé publique. ❚
tés à l’âge de l’enfant.
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
1. Dabbas-Tyan M, Lyon G : « Prise en charge de l’enfant obèse » Atelier des 3e
DANS LA PRATIQUE, NOUS RETIENDRONS journées nationales de la médecine générale, Paris, octobre 2004
2. Journée d’information sur l’obésité infantile, Huderf, Bruxelles
1er octobre 2004
1. La prévention primaire de l’obésité chez l’enfant passe par la prise de 3. Guillaume M, Burniat W : Excès pondéral et obésité chez l’enfant : un réel
problème de santé publique RMG 1999 ; 163 : 213-7
conscience et la sensibilisation de tous les acteurs au contact de l’enfant 4. Dabbas-Tyan M, Lyon G : Obésité de l’enfant comment la dépister et la
prendre en charge Rev Prat Méd Gén 2004 ; (18) 664/665 : 1139-40
et de sa famille. La prévention secondaire doit cibler les facteurs de 5. Prévention et petite enfance (fiches techniques ONE) 2004
risque (rebond d’adiposité précoce, obésité familiale). 6. Recommandations de l’ANAES. Prise en charge de l’obésité de l’enfant et
de l’adolescent, sept 2003
2. Les mises au point complémentaires sont inutiles au diagnostic car les 7. Guillaume M, Burniat W : Excès pondéral et obésité chez l’enfant : quelles
étiologies ? RMG 1999 ; 164 : 276-285
obésités endocriniennes sont rares. 8. Hubert C : Excès pondéral et obésité chez l’enfant : traitement diététique
RMG 1999 ; 167 : 420-7
3. Le suivi se fait au moyen des courbes de percentile du poids, de la taille 9. Avis de l’Afssa relatif à la collation matinale du 23 janvier 2004
10. http://www.chups.jussieu.fr/polys/diabeto/POLY.Chp.14.2.html
et du BMI. On évaluera aussi les complications à court terme : orthopé- 11. Marsaudon E Index glycémique : pourquoi et pour qui ? Rev Prat Med Gen
diques, endocriniennes, respiratoires, métaboliques, cardiovasculaires 2001 ; 15 (530) : 511-4
12. Chevallier B, Chantal Stheneur, Sznadjer M : Les grands messages de pré-
et psychologiques. vention de 0 à 3 ans. La Revue du Prat 2004 (54) 18 : 1999-2001
4. La prise en charge doit impliquer la famille pour modifier le mode
d’alimentation, diminuer la sédentarité et préconiser l’exercice phy-
sique. Cette prise en charge implique un suivi régulier avec un contenu
d’information et d’éducation. RÉPONSES AU PRÉTEST
La Rédaction 1. Vrai – 2. Faux – 3. Vrai
La Revue de la Médecine Générale n° 220 février 2005 66Vous pouvez aussi lire