POUR UNE BRÈVE HISTOIRE DE L'ISLAMO-GAUCHISME - Revue Des Deux ...

 
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POUR UNE BRÈVE
        HISTOIRE DE
        L’ISLAMO-GAUCHISME
        › Christophe Bourseiller

 L’                     islamo-gauchisme existe-t-il ? Au vrai, la question
                        mérite d’être posée, dans la mesure où aucune
                        organisation d’extrême gauche au monde n’assume
                        l’étiquette. Il s’agit plutôt d’une désignation hostile
                        et critique. Est-elle réelle ou fantasmatique ? Que
     recouvre-t-elle et que signifie-t-elle ?
         Comme le disait le président Mao, « le rebelle vit dans la popula-
     tion comme un poisson dans l’eau ». Depuis leur origine, les groupes
     révolutionnaires ont pour objectif principal de se fondre dans les
     masses pour mieux les orienter. Si celles-ci deviennent islamistes ou
     s’entichent de tel ou tel personnage religieux, les marxistes doivent
     leur apporter un « soutien critique ». Tel est dès 1920 l’enjeu du
     Congrès des peuples d’Orient, qui se tient à Bakou sous l’égide de
     l’Internationale communiste. La stratégie qui est définie est celle du
     soutien aux « luttes de libération nationale ». On épouse l’affect de la
     foule. Puis, dans un second temps, on tente de la faire évoluer dans
     une direction révolutionnaire.

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les racines de l’islamo-gauchisme

    En vérité, les différents groupements n’ont jamais cessé de suivre la
ligne du congrès de Bakou. À la fin des années soixante, on voit ainsi
de nombreux cénacles maoïstes appuyer la « théologie de la libéra-
tion », un courant catholique né au Brésil sous la houlette du théolo-
gien Leonardo Boff et du prêtre dom Hélder Câmara. Les ecclésias-
tiques qui défendent cette position tiennent le Christ pour le premier
de tous les guérilleros. Être fidèle à l’Évangile, c’est donc prendre les
armes aux côtés des mouvements prosoviétiques ou prochinois.
    Plus tard, en 1979, quand les mollahs s’emparent du pouvoir en
Iran, l’Organisation communiste internationaliste (OCI), trotskiste,
apporte son soutien à l’ayatollah Khomeiny : « La crise révolution-
naire est ouverte en Iran. La révolution est inévitable », s’écrie l’organe
du mouvement, La Vérité, en février 1979. Derrière la révolution isla-
miste se profile la révolution prolétarienne…
    Dans un même esprit, la Quatrième Internationale, mouvement
trotskiste présent dans plus de quatre-vingts pays, dont le parti frère
est aujourd’hui en France le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA),
a toujours évité de s’octroyer une section israélienne, pour ne pas
déplaire aux camarades arabes.
    C’est toutefois l’attentat du 11 septembre 2001 contre le World Trade
Center qui constitue un tournant décisif. Dans les mois qui suivent, la
plupart des groupes stigmatisent non les auteurs de l’attentat mais l’isla-
mophobie, qui, selon eux, grimpe avec force. Le Royaume-Uni se trouve
alors en pointe. Le principal mouvement Christophe Bourseiller est acteur,
trotskiste anglais se nomme le Socialist Wor- journaliste et écrivain. Dernier
kers Party (SWP). En 2004, cette puissante ouvrage publié : Mémoires d’un
                                                    inclassable (Albin Michel, 2017).
organisation, bien implantée dans les syndi- › www.christophebourseiller.fr/blog
cats, impulse une coalition électorale nom-
mée Respect Party, dont le porte-parole est un truculent travailliste, qui
n’est pas sans évoquer Jean-Luc Mélenchon : George Galloway. Galloway
avait rompu en 2003 avec le Parti travailliste car il refusait de soutenir
l’intervention en Irak.
    L’originalité du Parti du respect, c’est qu’il est essentiellement ver-
tébré par des membres du SWP, alliés à des adhérents de la Muslim
Association of Britain (MAB), qui sert de paravent aux Frères musul-

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les racines de l’islamo-gauchisme

     mans. L’invocation du « respect » est d’ailleurs directement liée à l’is-
     lam. Il s’agit en effet de « respecter » les femmes voilées et les coutumes
     musulmanes.
         Le SWP contrôle sur le plan international une coordination de mou-
     vements révolutionnaires, organisés dans la Tendance socialiste interna-
     tionale (International Socialist Tendancy, TSI). En 2004, la TSI passe
     un accord tactique avec la Quatrième Internationale : dans les pays où
     cette dernière est faible, ses partisans doivent rallier les sections de la
     TSI. Dans ceux où elle est forte, les membres de la TSI doivent rejoindre
     ses sections territoriales. Aussitôt, les militants anglais de la Quatrième
     Internationale rejoignent le SWP. En France, les membres de la TSI
     animent un petit groupe nommé Socialisme par en bas (SPEB), dont
     fait partie la future députée « insoumise » Danièle Obono. Immédiate-
     ment, SPEB rallie la section française de la Quatrième Internationale, à
     l’époque la Ligue communiste révolutionnaire (1).
         L’alliance entre la TSI et la Quatrième Internationale se concré-
     tise en octobre 2004 lors du Forum social européen de Londres, un
     rassemblement altermondialiste qui voit converger des militants de
     toute l’Europe. Ceux-ci observent avec circonspection une réunion
     de femmes voilées, protégées par un service d’ordre trotskiste. Mieux
     encore : la vedette du Forum social européen, qui prend la parole et
     recueille une ovation, est le théologien Tariq Ramadan.
         Le surgissement de Tariq Ramadan en 2004 mérite une explica-
     tion. Nous savons que dans l’esprit des militants d’extrême gauche, les
     islamistes sont les victimes d’une islamophobie injustifiée. Les soute-
     nir, c’est par ailleurs se mêler aux masses arabes. La TSI appelle ainsi
     à défendre « le droit des femmes à porter le voile ». L’ennui, c’est que
     les islamistes sont très divisés entre eux. Lesquels doit-on soutenir ?
     Le choix de la TSI se porte rapidement sur les Frères musulmans, et
     principalement sur Tariq Ramadan. Les révolutionnaires veulent en
     effet privilégier les islamistes qui leur semblent porteurs d’un message
     social. Or la stratégie des Frères musulmans est celle de l’islamisation
     progressive des sociétés laïques. Cette islamisation passe par l’ouver-
     ture d’écoles coraniques et par la mise en place de réseaux d’aide sociale
     (bureaux d’emploi, dispensaires). Dans la mouvance des Frères musul-

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mans, Tariq Ramadan passe justement pour un « gauchiste », car il
met en avant la stratégie des dispositifs d’aide. Si quelqu’un mérite le
qualificatif d’islamo-gauchiste, c’est alors sans doute lui. Il incarne aux
yeux des islamistes une « aile gauche ». Il constitue en tout cas dans
les années deux mille la principale passerelle entre l’extrême gauche
trotskiste et les Frères musulmans.
    En France, le mouvement le plus impliqué dans la nouvelle conver-
gence est donc la Ligue communiste révolutionnaire, qui devient en
2009 le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA). En mars 2010, le NPA
présente aux élections régionales en Provence-Alpes-Côte d’Azur
(Paca) une candidate voilée, Ilham Moussaïd. Karl Marx a pourtant
écrit : « La religion est l’opium du peuple. » Comment des marxistes
peuvent-ils soutenir le voile ? À la suite du scandale provoqué par cette
candidature, la jeune femme scissionne le NPA, avec une poignée de
militants issus des « quartiers ».

« Vous les juifs, je vous reconnaîtrais entre mille »

    L’initiative la plus importante est toutefois la création du Parti des
indigènes de la République (PIR) en 2010. Cette formation sans équi-
valent est l’aboutissement d’un processus commencé en 2005 avec
l’« Appel pour les assises de l’anticolonialisme postcolonial : “Nous
sommes les indigènes de la République !” » Dans ce manifeste qui
tient la France pour un pays demeuré intrinsèquement colonial, on
glane cette remarque : « Discriminatoire, sexiste, raciste, la loi antifou-
lard est une loi d’exception aux relents coloniaux. (2) »
    Non seulement la LCR signe immédiatement l’appel des Indi-
gènes, mais ses membres s’inscrivent activement dans la construction
du parti, qui regroupe plusieurs collectifs antiracistes et antisionistes.
Le PIR, dont la devise est « le PIR est à venir », se trouve ainsi princi-
palement structuré par des militants du NPA et par des membres du
Collectif des musulmans de France (CMF), un mouvement animé par
des Frères musulmans proches de Tariq Ramadan. Il se bâtit ainsi sur
un schéma qui rappelle celui du Respect Party.

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les racines de l’islamo-gauchisme

         Le PIR prétend rassembler les minorités coloniales, en oubliant
     toutefois à ce jour les populations asiatiques. Pour lui, la France ne
     s’est pas mentalement décolonisée. Il rencontre un écho dans une cer-
     taine gauche tiers-mondiste qui continue à vouloir expier la guerre
     d’Algérie. Intéressante est à ce propos l’évolution d’Annie Ernaux. En
     septembre 2012, l’écrivaine lance une pétition contre l’éditeur et écri-
     vain Richard Millet, dont elle ne partage pas les idées droitières. Elle
     obtient son licenciement du groupe Gallimard. Mais en juin 2017,
     elle signe une pétition de soutien à Houria Bouteldja, cofondatrice
     du PIR et auteure en 2016 du livre Les Blancs, les juifs et nous (3).
     Dans l’ouvrage figure entre autres cette phrase : « Vous les juifs, je vous
     reconnaîtrais entre mille, votre zèle est trahison. »
         Houria Bouteldja affectionne une posture provocatrice. On lui doit
     notamment la désignation des Français « de souche », comme étant
     des « souchiens »… Il est vrai que le PIR se place dans une démarche
     qui rappelle celle des séparatistes noirs américains, à l’exemple du
     New Black Panther Party prêchant la séparation entre les Noirs et
     les Blancs. Le PIR invoque sans cesse le thème de la « race ». Lors de
     l’épisode « Nuit debout » au printemps 2016, le PIR installe place de
     la République à Paris d’imposants tréteaux sur lesquels il étale sa pro-
     pagande sans être inquiété. Un tract intitulé « Nuit (blanche) debout :
     comment sortir de l’entre-soi ? » interpelle. On y lit en particulier :

        « Les nuits sont blanches. [...] Les classes moyennes
        blanches se sont massivement mobilisées et composent
        la majorité des assemblées présentes aux Nuits debout. »

         L’argument de la race est ainsi mis en avant. Il s’agit d’opposer
     les prolétaires blancs, vivant dans le confort, aux non-Blancs des
     quartiers :

        « Alors que les crimes policiers racistes, les contrôles au
        faciès, la chasse aux sans-papiers, la négrophobie, l’isla-
        mophobie et la romophobie d’État, les discriminations
        et plus récemment l’état d’urgence [...] ravagent la vie

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   quotidienne des habitants des quartiers sans provoquer
   un soulèvement massif de l’ensemble de la population,
   l’impressionnant succès de la mobilisation contre la loi El
   Khomri sonne à l’oreille comme l’expression d’un énième
   “deux poids deux mesures” jusqu’au sein des mouvements
   de contestation. (4) »

    « Nuit debout », une initiative blanche et donc raciste ? Le PIR
n’hésite pas à organiser de son côté des « réunions racisées », c’est-à-
dire interdites aux Blancs, au nom du droit d’expression des minori-
tés. On observe même des « réunions racisées non mixtes », réservées
aux femmes non blanches. Nous voici dans une logique clairement
séparatiste.
    Violemment antisioniste et opposant virulent à Charlie Hebdo, le
PIR se distingue à partir de 2015 par sa lutte contre l’état d’urgence
lié à la vague meurtrière des attentats islamistes. Il s’inscrit ainsi alors
dans une vaste campagne des organisations d’extrême gauche. Comme
le dit un tract anonyme diffusé en Bretagne en 2016 :

   « L’état d’urgence est décrété pour que rien ne bouge. Pour
   que les oligarchies puissent continuer leurs affaires. [...] Le
   verrouillage mental d’aujourd’hui préfigure l’asepsie des
   imaginaires et l’épuration idéologique de demain. (5) »

    Pas un mot sur les attentats, ni sur les victimes.
    Dans la période qui suit le massacre de Charlie Hebdo en janvier 2015,
une campagne conjointe contre l’islamophobie et l’état d’urgence se met
effectivement en place. Elle se voit relayée par le site Mediapart, fondé
en 2008 par Gérard Desportes, Laurent Mauduit, François Bonnet et
Edwy Plenel. Ce dernier est l’auteur en 2008 d’un livre qui vise déjà à
contrer « l’islamophobie » : Pour les musulmans (6). Aux yeux d’Edwy
Plenel, la communauté musulmane sert de bouc émissaire et fait l’objet
d’un ostracisme constant. La lutte contre l’islamisme n’est que le para-
vent d’une vieille haine antimusulmane. Il est certain que Mediapart
s’inscrit de manière décisive dans le combat anti-islamophobe.

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les racines de l’islamo-gauchisme

         Un premier rassemblement se tient le 18 janvier 2015 au Châ-
     telet, à Paris, sur le thème : « Contre le racisme et l’islamophobie,
     autodéfense populaire. » Sur l’affiche annonçant l’événement, une
     femme voilée se tient tout près d’une militante noire qui lève le
     poing. On observe au cours de la manifestation des jeunes brandis-
     sant des drapeaux algériens, turcs et marocains, des panneaux avec
     des sourates du Coran et surtout une grande banderole : « Touche
     pas à mon prophète ».
         Dès lors, les démonstrations de force s’enchaînent. Un nouveau
     meeting contre l’islamophobie a lieu le 6 mars 2015 à Saint-Denis.
     Une « Marche de la dignité et contre le racisme » est ensuite organisée
     par le PIR le 31 octobre 2015.
         Le 11 décembre 2015, une réunion contre l’état d’urgence « pour
     une politique de paix, de justice et de dignité », rassemble Tariq
     Ramadan, la « féministe pro-voile » Ismahane Chouder, et Marwan
     Muhammad, du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF).
     Ces islamistes se retrouvent à la même tribune qu’Omar Slaouti, du
     NPA, la politologue Myriam Benraad, Alain Gresh, du Monde diplo-
     matique, Laurence Blisson, du Syndicat de la magistrature, ou Michel
     Tubiana, de la Ligue des droits de l’homme, sans oublier une ancienne
     dirigeante du Respect Party, Salma Yaqoob.
         Et ce n’est pas fini… Sous le titre « Agir contre l’islamophobie et
     les racismes », un nouveau meeting se tient à Paris le 21 septembre
     2016 en présence de Yasser Louati, du CCIF, Nacira Guenif-Souila-
     mas, du PIR, Ismahane Chouder, sans omettre Saïd Bouamama, de
     la Coordination communiste, ainsi que les universitaires d’extrême
     gauche Pierre Tevanian et Sylvie Tissot. L’essayiste Rokhaya Diallo
     participe à l’événement. Il est vrai que cette militante « féministe »
     et « antiraciste » défend ouvertement les réunions « racisées » : « Les
     réunions afroféministes non mixtes n’ont en aucun cas vocation à
     proposer un projet de société ségrégationniste définitif puisqu’elles
     s’inscrivent dans la temporalité d’un événement ponctuel. Elles
     offrent à leurs participantes une échappatoire, une zone de respi-
     ration dans une société oppressive », explique-t-elle dans Slate le
     2 juillet 2017 (7).

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    On voit ainsi s’agréger toute une mouvance, dont les principales
composantes sont le Nouveau Parti anticapitaliste, le Parti des indi-
gènes de la République et les Frères musulmans proches de Tariq
Ramadan.
    Quel rôle joue précisément le Nouveau Parti anticapitaliste de
Philippe Poutou et Olivier Besancenot ? En août 2016, le parti trots-
kiste organise dans le cadre de son université d’été une réunion de
défense du burkini, durant laquelle les héritiers de Trotsky scandent :
« Trop couvertes ou pas assez, c’est aux femmes de décider. » Le
18 décembre 2016 se tient ensuite à la Bourse du travail de Saint-
Denis une « conférence internationale contre l’islamophobie et la
xénophobie », sous l’égide conjointe du Parti des indigènes de la
République et du NPA. Il s’agit d’une importante réunion, relayée en
vidéo dans plusieurs pays, qui rassemble un grand nombre d’interve-
nants : outre Lila Charef, Ismahane Chouder, Marwan Muhammad
et Saïd Bouamama, on remarque Philippe Marlière, Stathis Kouvé-
lakis, Christine Delphy, Omar Slaouti, Pierre Tartakowski, Thomas
Coutrot, Verveine Angeli de l’Union syndicale Solidaires et Olivier
Besancenot du NPA.
    Comment s’étonner de voir au printemps 2018 à la faculté de Tol-
biac à Paris se succéder durant une grève étudiante deux incidents
révélateurs : le saccage du local de l’Union des étudiants juifs de France
et la présence médiatique insistante d’une dirigeante voilée de l’Unef ?
    Toute l’extrême gauche n’est certes pas réceptive aux thèses d’un
Pierre Tevanian pour qui « l’athéisme est devenu l’opium du peuple
de gauche » (8). D’un côté, les trotskistes lambertistes participent
activement au réseau du Printemps républicain, qui fourbit un argu-
mentaire face au cléricalisme ; de l’autre Lutte ouvrière a pris claire-
ment ses distances en 2016 par un texte de dénonciation de l’islamo-­
gauchisme : « Le piège de la “lutte contre l’islamophobie” (9) ».
    La défense du voile est-elle compatible avec le féminisme ? L’anti-
racisme passe-t-il par l’organisation de « réunions racisées » excluant
les Blancs ? La lutte contre l’islamophobie implique-t-elle de s’allier
avec des forces cléricales islamistes ? Le combat contre l’homophobie
est-il compatible avec l’exaltation de la « virilité islamique » ? Peut-

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     on être antiraciste tout en clamant sa méfiance envers les juifs et sa
     haine d’Israël ? Les carnages de 2015 et 2016 peuvent-ils être biffés
     d’un simple trait de crayon ?
        L’islamo-gauchisme évolue finalement sur les mêmes terres que la
     Nouvelle Droite d’Alain de Benoist. Le think tank issu de l’extrême
     droite défend l’ethno-différentialisme, perçu comme la reconnais-
     sance des différences spécifiques liées aux origines ethniques. Il penche
     en faveur de la séparation. Il milite pour la défense des traditions des
     peuples du tiers-monde et s’élève contre l’occidentalisation générali-
     sée. Il défend des valeurs de virilité, s’oppose au féminisme, au nom
     des coutumes ancestrales.
        Islamo-gauchisme et droite radicale convergent. Mais doit-on s’en
     étonner ?
     1. En février 2009, la Ligue communiste révolutionnaire devient le Nouveau Parti anticapitaliste.
     2. Voir à ce propos Jérémy Robine, « Les “indigènes de la République” : nation et question postcoloniale»,
     Hérodote, no 120, mars 2006, https://www.cairn.info/revue-herodote-2006-1-page-118.html.
     3. Houria Bouteldja, Les Blancs, les juifs et nous. Vers une politique de l’amour révolutionnaire, La
     Fabrique, 2016.
     4. « Nuit (blanche) debout : Comment sortir de l’entre-soi ? », tract du PIR diffusé place de la République
     à Paris en mars 2016.
     5. « À la population bretonne, à la population mondiale, appel à rassemblement pour un état d’urgence
     climatique et un état d’urgence démocratique », tract diffusé en Bretagne en 2016.
     6. Edwy Plenel, Pour les musulmans, La Découverte, 2014.
     7. Rokhaya Diallo, « La non-mixité, un outil politique indispensable », dans Slate, 2 juin 2017 : http://
     www.slate.fr/story/146466/non-mixite-rokhaya-diallo.
     8. Pierre Tevanian, La Haine de la religion : comment l’athéisme est devenu l’opium du peuple de gauche,
     La Découverte, 2013.
     9. « Le piège de la “lutte contre l’islamophobie” », dans Lutte de classe, n°181, février 2017.

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