Pratiques alternatives d'irrigation pour le Nord Mali - Avril 2014 Christophe Rigourd (IRAM)

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Pratiques alternatives d'irrigation pour le Nord Mali - Avril 2014 Christophe Rigourd (IRAM)
RAPPORT FINAL

                Pratiques alternatives
                d’irrigation pour le
                Nord Mali

                Christophe Rigourd (IRAM)
                Moussa Camara (IRAM / IER)

                Avril 2014
Pratiques alternatives d'irrigation pour le Nord Mali - Avril 2014 Christophe Rigourd (IRAM)
Ce document a été réalisé avec l’aide financière de Handicap International. Le contenu de ce
document relève de la seule responsabilité de ses auteurs et ne peut pas être considéré
comme reflétant la position de la République du Mali, du Conseil Régional de Tombouctou,
d’Handicap International ou d’Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières.

Ce rapport a été rédigé à l’issue d’un atelier de capitalisation de deux jours organisé les 4 et 5
mars 2014 au CRES de Bamako. Il valorise les travaux de l’atelier et les contributions des
participants suivants : Mohamed Ibrahim et Boucary A Bocoum (Conseil régional de
Tombouctou), Issiaka Maïga (CRA Tombouctou), Modibo Diarra (DRA Tombouctou),
Benoît Couturier et Birima Coulibaly (Handicap International), Marc Chapon (AVSF), Yéhia
Maïga (OP Irrigation DAYE), Zeinabou Abousef (OP Irrigation Nafagoumo), Djiré Darby
(OP Irrigation/maraîchage), , Garantigui Traoré (DGR), Dalino Coulibaly et Dizana Sanogo
(UNSO / TONKA), Mahamadou Guinkine (Projet Faguibine -OMVF), Fadiala Danioko,
Abdoulaye Coulibaly et Fadiala Kamissoko (PCDA), Matthias Klieve et Pierre Guirou
(IPRODI / Mali Nord), Sekou Salla GUINDO et Bréhima Tangara (IER), Amadou Keita
(2ie), Oumar Aboubacrine (Africare), Moussa Kalifa (UAVES), Amadou Abdoulaye CISSE
(AFAR), Cheickna Magassouba (AMADER), Souleymane Berthe et Maïga Alhousseini Issa
(CNESOLER), Bakary Diarra (Kickstart), Amadou Thiero (FODESA), Amadou Waïgalo
(Faranfasi so), Thomas Hertzog, (IPRO), Bernard André (BIT).

Un remerciement particulier à l’Association malienne de l’irrigation et du drainage (AMID)
qui a relayé l’appel à contribution dans son réseau et mobilisé trois experts pour l’atelier :
Paul Coulibaly (AMID / DGR), Mohamed Dicko (AMID / IER) et François Gadelle
(AMID).

Christophe Rigourd (IRAM) et Moussa Camara (IRAM/ IER) ont facilité l’atelier et rédigé
ce document.

• iram Paris (siège social)
49, rue de la Glacière 75013 Paris France
Tél. : 33 (0)1 44 08 67 67 • Fax : 33 (0)1 43 31 66 31
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• iram Montpellier
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34980 Montferrier sur Lez France
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Pratiques alternatives d'irrigation pour le Nord Mali - Avril 2014 Christophe Rigourd (IRAM)
Sommaire
SOMMAIRE                                                                          3

LISTE DES SIGLES                                                                  5

RESUME EXECUTIF                                                                   7

EXECUTIVE SUMMARY                                                                 9

1. METHODOLOGIE                                                                   11
   1.1. Une capitalisation des pratiques alternatives d’irrigation pour le Nord
   Mali                                                                           11
   1.2. Champ et nature du travail                                                11
   1.3. Démarche d’identification de pratiques alternatives d’irrigation pour
   le Nord Mali                                                                   14

2. CONTEXTE                                                                       18
   2.1. Bref historique des systèmes irrigués au Nord Mali                        18
   2.2. Typologie des systèmes irrigués au Nord Mali et multi-usage               19
   2.3. Les grands enjeux des systèmes irrigués au Nord Mali                      25

3. PROPOSITION DE PRATIQUES ALTERNATIVES POUR REPONDRE
AUX ENJEUX DES SYSTEMES IRRIGUES DU NORD MALI                                     32
   3.1. Exhaure et pompage de l’eau : peut-on réduire la dépendance
   énergétique ?                                                                  32
   3.2. Distribution de l’eau : Peut-on réduire les consommations en eau,
   donc en énergie, et faciliter le travail d’irrigation ?                        37
   3.3. Quelles alternatives de captage de l’eau pour les périmètres
   maraîchers ?                                                                   40
   3.4. Systèmes de cultures : quelles possibilités de systèmes de cultures
   moins dépendants des énergies fossiles, plus résilients et plus
   respectueux de l’environnement ?                                               42
Pratiques alternatives d'irrigation pour le Nord Mali - Avril 2014 Christophe Rigourd (IRAM)
3.5. Des pratiques pour renforcer la dimension multi usages des zones
  lacustres et ainsi renforcer la résilience des exploitations                   49
  3.6. Quels services et accompagnements pour les exploitants et leurs
  organisations ?                                                                53

4. SYNTHESE ET RECOMMANDATIONS                                                   58
  4.1. Quelles priorités de pratiques alternatives et quelles perspectives ?     58
  4.2. Des pratiques qui répondent différemment aux trois enjeux
  énergétiques, de résilience et environnementaux : plaidoyer pour l’agro-
  écologie                                                                       60
  4.3. Synthèse des pratiques alternatives selon les types de systèmes
  irrigués                                                                       63

5. ANNEXES                                                                       64
  5.1. Programme de l’atelier de capitalisation sur les pratiques d’irrigation
  pour les régions du Nord Mali, CRES, Bamako les 4 et 5 mars 2014               64
  5.2. Personnes ressources ayant participé à l’atelier de capitalisation        66
  5.3. Bibliographie                                                             68
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Liste des sigles
AFAR              Action pour la formation et l’autopromotion rurale
AMADER            Agence malienne pour le développement de l’énergie domestique et de
l’électrification rurale
AMID              Association malienne de l’irrigation et du drainage
ARID              Association régionale pour l’irrigation et le drainage en Afrique de l’Ouest et du
                  Centre
BM                Banque mondiale
CNESOLER Centre national de l’énergie solaire et des énergies renouvelables
CPS               Centre de prestation de services
CRA               Chambre régionale d’agriculture
DNGR              Direction nationale du génie rural
DRA               Direction régionale de l’agriculture
FAO               Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture
FIDA              Fonds international pour le développement agricole
FODESA            Programme fonds de développement en zone sahélienne
GMP               Groupe motopompe
IER               Institut d’économie rurale
IPTRID            Programme international pour la recherche et la technologie en irrigation et
                  drainage
IPRODI            Programme d’irrigation de proximité / Mali Nord
IWMI              International water management institute
MAE               Ministère des affaires étrangères (France)
MINUSMA Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au
Mali.
OPA               Organisation professionnelle agricole (ou OP)
OMVF              Office pour la mise en valeur du système Faguibine
PASSIP            Programme d’appui au sous-secteur de l’irrigation de proximité
PCDA              Programme compétitivité diversification agricoles
PIV               Périmètre irrigué villageois
PM                Périmètre maraîcher
PPIV              Petit périmètre irrigué villageois
SARI              Système agro-écologique de riziculture intensive
SRI               Système de riziculture intensive
UAVES             Union pour un avenir écologique et solidaire
2ie               Institut International d'Ingénierie de l’Eau et de l’Environnement

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Pratiques alternatives d'irrigation pour le Nord Mali - Avril 2014 Christophe Rigourd (IRAM)
«Le fleuve Niger est au Mali ce que
le Nil est à l’Egypte. » Intervention d’un participant à
l’atelier de capitalisation des pratiques alternatives d’irrigation pour le Nord Mali
tenu les 4 et 5 mars 2014 à Bamako.

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Pratiques alternatives d'irrigation pour le Nord Mali - Avril 2014 Christophe Rigourd (IRAM)
Résumé exécutif
Ce rapport décrit douze pratiques alternatives d’irrigation répondant aux enjeux actuels des
systèmes irrigués du Nord Mali, et en particulier, des pratiques moins dépendantes des énergies
fossiles, renforçant les capacités de résilience des exploitants agricoles et contribuant au respect
de l’environnement. Les fiches descriptives ainsi que de nombreux documents de références sont
également accessibles sur le site internet www.irrigation-nord-mali.org.
Ces douze pratiques réunies par thématiques sont :
     Concernant le pompage : le pompage solaire photovoltaïque et les pompes à pédales ;
     Des systèmes de distribution d’eau économes en eau et à faibles coûts ;
     Le forage à la tarière manuelle et à la moto-tarière ;
     Concernant les systèmes de cultures : les pratiques agro-écologiques sur les périmètres
      maraîchers, le système de riziculture intensive SRI et le jardin potager africain JPA sous
      irrigation goutte à goutte ;
     Des pratiques pour renforcer la dimension multi usages de ces zones : la bourgouculture
      améliorée et les schémas d’aménagements pastoraux ;
     Des pratiques concernant les services aux irrigants, l’accompagnement et les
      problématiques de gestion : des pratiques pour renforcer la place des femmes dans les
      périmètres irrigués villageois (PIV), ainsi que des pratiques pour résoudre les problèmes
      cruciaux de gestion au travers de centres de prestation de services (CPS) aux organisations
      professionnelles agricoles (OPA) et de conseil aux irrigants par un centre de prestation de
      services.
D’autres pratiques sont également listées mais non décrites en détail dans ce rapport.
Premièrement, afin de renforcer les capacités de résilience des exploitations agricoles et des
systèmes irrigués, une approche multi usages de ces zones est indispensable. Cela signifie qu’un
programme de relance de l’agriculture dans le Nord ne devrait pas se focaliser exclusivement sur
la riziculture de PIV (agriculture). En effet, une meilleure prise en compte de l’élevage, comme
élément du système, est indispensable : les pratiques de bourgouculture améliorée et de schémas
d’aménagements pastoraux peuvent y contribuer. Ensuite il ne faut pas se concentrer
exclusivement sur l’irrigation en maîtrise totale de l’eau, mais aussi soutenir les systèmes de crues
et de décrues, les systèmes de submersion contrôlée ainsi que les techniques de conservation des
eaux et des sols / restauration des eaux et des sols.
Deuxièmement, certaines pratiques alternatives « simples » sont prêtes à être diffuser largement
dans le Nord. Il s’agit du forage à la tarière manuelle et à la moto-tarière, des pompes à pédales de
troisième génération, du pompage solaire photovoltaïque pour les périmètres maraîchers et les
vergers, de l’agro-écologie et du renforcement de la place des femmes dans les PIV.

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Bien que le modèle PIV actuel ne constitue pas une nouveauté et est dépendant des énergies
fossiles, ce modèle reste malgré tout pertinent car bien connu et maîtrisé localement (par les
ONG et les agriculteurs) pour une relance rapide de l’agriculture au Nord.
D’autres pratiques sont intéressantes mais avec un champ de diffusion plus limité. Il s’agit des
technologies de distribution économes en eau et à faibles coûts ainsi que du jardin potager
africain (JPA) qui peuvent intéresser surtout les maraîchers individuels privés.
D’autres pratiques sont très pertinentes, répondent bien aux enjeux des systèmes irrigués du
Nord, mais seront plus complexes à diffuser. Il s’agit des systèmes de riziculture intensive SRI et
SARI (système agro-écologique rizicole intensif), ainsi que des centres de prestation de services
fournissant du conseil de gestion aux OPA et du conseil aux irrigants. Des programmes de
recherche action de plus grande ampleur seront donc nécessaires à leur diffusion. Améliorer la
gestion OPA est par ailleurs un impératif pour pérenniser les aménagements.
Le pompage solaire (photovoltaïque ou thermique) pour les PIV et les grands périmètres irrigués
est à priori intéressant mais exigera des processus d’innovations techniques et institutionnels
importants.
Parmi l’ensemble de ces pratiques, les pratiques d’agro-écologie (et par extension de SARI) et de
pompage solaire semblent le mieux articuler les trois enjeux énergétiques, de résilience et
environnementaux et devraient donc recevoir une attention particulière.

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Executive summary
This report presents twelve best practices for Northern Mali irrigation systems. These are
alternatives to existing practices: they are less dependent on fossil energy, they strengthen
farmers’ resilience and they contribute to the protection of the environment. Additional
information is also available on the following web-site: www.irrigation-nord-mali.org .
These twelve practices are:
    Regarding pumping: solar pumping and treadle pumps;
    Low cost water saving technologies;
    Manual drilling and simple motor-drilling;
    Regarding cropping systems: agro-ecology practices for gardening, system of rice
     intensification SRI and JPA (African garden practice);
    Practices enhancing the multi-purpose use of Northern areas such as bourgou cultivation
     and pastoral infrastructure planning;
    Practices tackling the important issue of collective management of irrigation scheme such
     as: NGO practices empowering women on irrigation schemes and the establishment of
     service centres for water users associations and farmers’ organisations.
Other practices are also mentioned but not described.
Firstly, to strengthen farmers’ resilience, adopting a multi-purpose approach of these areas is a
must. One shouldn’t therefore solely focus on rice cultivation on irrigation schemes (i.e.
agriculture), but should also favour pastoralism (i.e. livestock farming) through improved
bourgou cultivation and pastoral infrastructure planning. Then within the agricultural sector, one
should also consider the high value of flood recession agriculture and water and soil conservation
technics.
Secondly, some best practices are relatively simple and are ready for wide dissemination in
Northern Areas. These are manual and simple motor-drilling, treadle pumps, solar pumping for
small gardening, agro-ecology and practices empowering women on irrigation schemes.
Although the PIV model (village level irrigation scheme) relies heavily on fossil energy, one
should bear in mind that it is still a good option to ensure food security in the short run: it is
indeed well known by farmers and technicians / NGOs. It should therefore not be ruled out
although it depends on fossil energy.
Other practices are worth mentioning though their scope of dissemination is narrower. These are
low cost water saving technologies and the JPA (African garden) mainly suitable for individual
private irrigation on small gardens.
Thirdly, some practices are definitely very relevant but will be more complex to disseminate. This
is the case of the system of rice intensification (SRI), the agro-ecological system of rice
intensification (SARI) and the establishment of service centres for water users associations and
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Pratiques alternatives d'irrigation pour le Nord Mali - Avril 2014 Christophe Rigourd (IRAM)
farmers’ organisations. Service centres are direly needed to tackle collective management issues,
but this will require an action oriented program on its own.
Solar pumping for PIV (village level irrigation schemes) and large-scale irrigation schemes is also
interesting but will require significant technical and institutional changes.
Within all these practices agro-ecology (including SARI) and solar pumping (in priority for
gardening) are the most relevant to address simultaneously energy, resilience and environmental
issues, while the establishment of service centres is a must to ensure the sustainability of the
existing irrigation schemes.

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1. Méthodologie

    1.1. Une capitalisation des pratiques alternatives d’irrigation
    pour le Nord Mali
Depuis la crise politico-sécuritaire dans le Nord Mali, Handicap International en partenariat avec
Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières et le Conseil Régional de Tombouctou, soutient les
différentes campagnes agricoles dans les cinq cercles de la région de Tombouctou. Ces
interventions ont permis de constater que l’agriculture dans le Nord Mali en général, et dans la
région de Tombouctou en particulier, est confrontée aux aléas climatiques fréquents et est
tributaire des énergies fossiles. Cette situation fragilise de plus en plus la production et
vulnérabilise les exploitations agricoles.
Par conséquent, il est opportun de réfléchir à des alternatives d’irrigation plus respectueuses de
l’environnement, avec une capacité d’adaptation à l’évolution de celui-ci, moins dépendantes des
énergies fossiles et capables de renforcer la résilience des exploitants agricoles.
Le Conseil Régional de Tombouctou, la Direction Régionale de l’Agriculture de Tombouctou,
Handicap International et Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières ont donc pris l’initiative de
faire la capitalisation de pratiques alternatives d’irrigation pour le Nord Mali. Ces pratiques
alternatives d’irrigation doivent répondre aux enjeux actuels des systèmes irrigués du Nord Mali,
et en particulier, doivent contribuer au respect de l’environnement, doivent être moins
dépendantes des énergies fossiles et doivent renforcer les capacités de résilience des exploitants
agricoles des régions Nord Mali.
Ces pratiques alternatives, non exhaustives, sont présentées au travers de ce manuel ainsi que du
site internet www.irrigation-nord-mali.org

    1.2. Champ et nature du travail

1.2.1. De quel Nord Mali parle-t-on ?

L’étude ne concerne pas l’ensemble du Nord Mali. Elle concerne en particulier la zone du fleuve
dans la Région de Tombouctou et ses 5 cercles - Diré, Goundam, Gourma-Rharous, Niafunké,
Tombouctou - zone comprenant le delta central du Niger et la boucle du Niger. Par extension ces
pratiques sont aussi intéressantes pour la zone du fleuve autour de Gao. En revanche ce travail ne
concerne pas les zones beaucoup plus au Nord comme Kidal. Cependant certaines pratiques
pourraient aussi être valables pour les zones oasiennes.

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Carte de la boucle du Niger et du delta central du Niger (Source IGN)

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1.2.2. Intérêts et limites du concept de « bonnes pratiques »

Au cours de ce travail de capitalisation de pratiques alternatives d’irrigation, on a souvent eu
recours au concept de « bonnes pratiques ».
Selon la FAO (2004) le concept de « bonnes pratiques » est un raccourci facile, et utile, mais
dangereux. La FAO le définit ainsi : pratique individuelle ou collective dont la mise en œuvre
dans un contexte donné permet de meilleures performances agronomiques, hydrauliques,
économiques et financières ou organisationnelles. Une « bonne pratique » peut-être adoptée
largement sur un aménagement, seulement par quelques producteurs, ou encore être en test
(ndlr : en milieu paysan). Mais dans tous les cas il s’agit de pratiques réelles, et non de
recommandations théoriques.
Dans le cadre de ce travail de capitalisation les pratiques alternatives identifiées – les « bonnes
pratiques » – sont d’ordre hydraulique, agronomique, organisationnelle / institutionnelle et
répondent aux trois enjeux de respect de l’environnement, de moindre dépendance aux énergies
fossiles et de renforcement de la résilience des exploitations.
Cependant de travail de capitalisation présente certaines limites :
     D’abord il ne s’agit pas des priorités pour le Nord Mali. D’une part le Nord Mali est avant
      tout une grande zone d’élevage transhumant alors que ce travail concerne les zones
      irriguées et donc plutôt les agriculteurs. Cependant certaines pratiques présentées
      concernent aussi les éleveurs et ce travail milite notamment pour mieux prendre en
      compte les usages (et usagers) multiples de ces zones. D’autre part, étant donné le
      contexte actuel au Nord, une des priorités serait certainement de travailler sur les relations
      entre les différentes communautés, or cette problématique sort complètement du champ
      de cette capitalisation.
     Ensuite ce travail ne part pas exclusivement d’une priorisation des contraintes ou des
      enjeux des systèmes irrigués auxquels il faudrait faire face, mais plutôt d’une rencontre
      entre enjeux identifiés (énergie, vulnérabilité et environnement) et solutions possibles déjà
      existantes au Mali ou dans la sous-région. Les pratiques alternatives identifiées ne
      permettent donc malheureusement pas de répondre à toutes les contraintes de tous les
      systèmes irrigués du Nord. Elles répondent cependant bien à des contraintes essentielles.
      Elles peuvent donc venir alimenter un programme de relance agricole, mais ne
      constituent pas à elles seules ce programme de relance.
     Enfin ce travail de capitalisation ne constitue pas non plus une étude de faisabilité de ces
      pratiques alternatives dans le Nord Mali bien que la question de la pertinence de ces
      pratiques pour le Nord soit étudiée.
Pour autant cette capitalisation peut aider les décideurs politiques, les développeurs, les OPA à
améliorer leurs interventions actuelles, ou à formuler de nouvelles interventions notamment dans
le cadre de programmes de relance agricole en s’appuyant sur des pratiques alternatives qui ont
montré leur pertinence.

                                                                                                       13
1.3. Démarche d’identification de pratiques alternatives
        d’irrigation pour le Nord Mali

1.3.1. Processus d’identification de pratiques alternatives

Le travail, confié à l’IRAM qui a mobilisé deux consultants1, a impliqué les activités suivantes :
      La valorisation de nombreux travaux plus ou moins récents de capitalisation de « bonnes
       pratiques » en irrigation en Afrique de l’Ouest et au Mali : IPTRID 2001,
       FAO/IPTRID/MAE 2004 (cf. ci-après les bonnes pratiques identifiées), PCDA 2004,
       BM/FAO/FIDA/ARID/IWMI/Practica 2010 et 2011, IPRODI 2010, PASSIP 2013 (cf. ci-
       après les bonnes pratiques identifiées) ;

      La revue de la bibliographie générale sur le Nord Mali et notamment du programme Mali
       Nord ;

      La réalisation d’une courte mission de terrain à Tombouctou par l’expert national ;

      La réalisation de quelques entretiens complémentaires sur Bamako ;

      Le lancement d’un appel à contributions auprès de professionnels du secteur. Cet appel à
       contribution a notamment été relayé par l’AMID (Association Malienne des Irrigations et du
       Drainage) afin d’être diffusé plus largement.

      L’organisation d’un atelier de deux jours à Bamako les 4 et 5 mars 2014. Cet atelier a réuni
       environ 35 professionnels du secteur qui ont pu débattre d’une vingtaine de pratiques
       pendant deux jours. L’atelier a notamment permis d’apprécier la pertinence des pratiques
       proposées. Douze pratiques ont semblé particulièrement pertinentes pour le Nord Mali et
       sont donc présentées dans ce rapport.

1.3.2. Outils mobilisés pour identifier les pratiques alternatives

Deux outils principaux ont été utilisés pendant cette étude :
        D’une part une typologie des systèmes irrigués au Nord Mali a été élaborée. Cette
         typologie est présentée dans la section suivante. Cette typologie permet de cerner la
         diversité des systèmes irrigués au Nord et aussi de bien préciser pour quel type de système
         irrigué chaque pratique est pertinente.
        D’autre part pour chacune des pratiques alternatives il a fallu caractériser son stade
         d’avancement en termes d’innovation comme indiqué page suivante afin de distinguer les
         pratiques simples pouvant être diffusées rapidement des pratiques plus complexes devant
         faire l’objet de recherche action dans le Nord ou nécessitant davantage
         d’accompagnement.

1   Christophe Rigourd, agroéconomiste à l’Iram et Moussa Camara, hydraulicien à l’IER.
                                                                                                       14
Stade d’avancement de l’innovation
Bonnes pratiques éprouvées, qui ont fait largement leurs  Réponse immédiate de
preuves dans le Nord, même si elles peuvent présenter des  relance agricole =
limites. Il existe des référentiels, des évaluations, des  vulgarisation large assez
capitalisations et déjà une diffusion assez large.
                                                           simple

Bonnes pratiques qui ont été testées dans le Nord avec succès,  Réponse immédiate de
en milieu paysan, qui marchent dans certains contextes du        relance agricole nécessitant
Nord, ou dans des contextes agro-climatiques proches, mais       des ajustements éventuels
qui n’ont pas encore fait l’objet d’une vulgarisation large. Il
                                                                 et des accompagnements
n’existe pas encore de référentiel technique solide.
Bonnes pratiques prometteuses mais qui ne disposent pas de  Recherche action en milieu
référentiels techniques à jour. Des tests limités ont été       paysan nécessaire,
conduits, pas toujours évalués, pas capitalisés à ce jour, dans adaptations à faire
des contextes différents, ou en station (pas toujours en milieu
paysan).
Bonnes pratiques qui exigent des choix stratégiques majeurs,  Recherche, décision
des changements majeurs, une réflexion à long terme.           politique importante,
                                                               possiblement risqué

26 « bonnes pratiques » pour les périmètres irrigués par pompage en Afrique de l’Ouest
(Source FAO/IPTRID/MAE 2004) :
1. Contrôle des adventices par pré-irrigation et travail du sol.
2. Implication de la coopérative dans la production de semences de qualité.
3. Conduite des pépinières.
4. Technique peu intensive en main-d’œuvre de compostage des pailles de riz parcelle.
5. Mise en boue et planage à l'aide de la herse rotative.
6. Plantation d'eucalyptus sur les périmètres rizicoles.
7. Plantation de bananiers en bordure de parcelle.
8. Désherbage chimique des canaux avec un herbicide total.
9. Ouvrage automatique de régulation de la distribution de l'eau.
10. Délégation de la gestion hydraulique à une structure privée indépendante.
11. Contrat d'entretien des GMP (groupe motopompe): professionnalisation de l'entretien.
12. Les travaux collectifs d'entretien du réseau.
13. Contrôle de qualité des travaux d'entretien.
14. Pratiques organisationnelles de planification agricole.
15. CalCul: logiciel d'aide à la construction d'un calendrier cultural prévisionnel pour le riz irrigué.
16. Provision pour entretien exceptionnel (du GMP).
17. Constitution d'une réserve de trésorerie.
18. Convention crédit - approvisionnement - vente - provisions.
19. Redevance: transparence, coût réel et règles de recouvrement clairement définies.
20. Définition claire et application effective des règles et des sanctions.
21. Mesures d'accompagnement à l'autogestion: alphabétisation fonctionnelle.

                                                                                                           15
22. Pratique d'organisation et de gestion: partage des responsabilités et décentralisation vers les
OP de base, indépendantes financièrement.
23. Décorticage artisanal du paddy.
24. Prise en compte de l’aval de la filière par la coopérative: décorticage par mini-rizerie et
politique riz de qualité.
25. Organisation supra-périmètre en comité inter PIV.
26. Réhabilitation physique, organisationnelle et financière des aménagements hydroagricoles.

Bonnes pratiques proposées par le manuel des bonnes pratiques en irrigation de
proximité (PASSIP 2013)
Les bonnes pratiques par rapport à la planification
1. Approche participative dans l’irrigation de proximité
2. Concentration géographique des aménagements de l’IP
3. Identification et priorisation des sites d’aménagement dans une approche territoriale multi-
    acteurs
4. Coopération déléguée entre bailleurs de fonds
5. Elaboration des maquettes pour l’aménagement des bas-fonds et la participation paysanne
6. Application des technologies modernes dans la conception des aménagements hydroagricoles
    et leur suivi & Évaluation
Les bonnes pratiques par rapport à la réalisation des ouvrages
7. Le Revêtement des canaux d’irrigation
8. Périmètres irrigués villageois (PIV) type Mali-Nord / IPRODI
9. Grands barrages-digues enterrées
10. Petits barrages avec seuils d’épandage
11. Micro-barrage en pierres maçonnées
12. Micro-barrage en béton cyclopéen
13. Diversification des revenus des femmes par des jardins
14. Surcreusement des canaux d’alimentation en eau des lacs et des mares
15. Administration du processus de réalisation d’un aménagement
Les bonnes pratiques par rapport à la mise en valeur
16. Le système de riziculture intensif (SRI)
17. Mise en valeur de terres adjacentes à la petite irrigation
18. Apport de fumure organique dans les parcelles de petite
19. Gestion intégrée de la production et des déprédateurs (GIPD
20. Introduction des variétés de tomates d’un cycle cultural échelonné
21. Promotion de la Bourgou-culture
22. Combinaison de l’agroforesterie et du maraîchage pour réhabiliter des terres dénudées : Cas
    de la coopérative « benkadi » de Syn
23. Irrigation à partir d’un réseau californien
24. Pisciculture comme moyen de valorisation des barrages
25. Apprentissage participatif-recherche action pour la gestion intégrée du riz (APRA-GIR)
26. La délégation de gestion des équipements aux exploitants
27. Professionnalisation de la fourniture, maintenance et gestion des groupes motopompes
    (GMP)
28. Centre de démonstration et de diffusion des technologies (CDDT)
29. Convention locale pour la gestion des aménagements hydro-agricoles
30. Les audits publics comme moyen de contrôle citoyen sur la mise en œuvre des projets

                                                                                                      16
31. Processus de satisfaction des intérêts multiples des exploitants d’un bas-fond : accords et
    conventions au niveau local
32. Approche paysanne formateur endogène : Dispositif de personnes ressources paysannes
33. Sensibilisation aux MST (maladies sexuellement transmissibles)
34. Garantie de prêts des producteurs
35. Crédit agricole et fonds de démarrage pour les coopératives dans l’irrigation de proximité
Les bonnes pratiques par rapport à la conservation, transformation et commercialisation
36. Case aérée de conservation des produits maraichers facilement périssables
37. Utilisation du séchoir à gaz (type Atesta-Sikasso) pour traitement des produits d’origine
    végétale et animale
38. Pistes d’écoulement de la production
39. Mise en place et accompagnement des cadres de concertation entre la commune et le secteur
    privé
40. Plateformes technologiques pour l’appui économique aux producteurs
41. Système d’achat temporaire du riz
42. Crédit de stockage (warrantage)
43. Approche de commercialisation groupée par des organisations paysannes faitières (OPF)
44. Les bourses aux céréales

                                                                                                  17
2. Contexte

    2.1. Bref historique des systèmes irrigués au Nord Mali
Les pratiques de l’irrigation - par opposition
aux cultures strictement pluviales - sont très
anciennes au Nord Mali et il existe une
multitude de systèmes irrigués.
En premier le long du fleuve il s’est agi de
cultures de décrues et de crues, de riz
flottant ou de bourgoutières. La riziculture
est ainsi très ancienne dans la zone. Des
aménagements de prises très sommaires
étaient alors réalisés au niveau des mares.
                                                          Champs de riz en bordure du fleuve
Avec la période coloniale les premiers aménagements « modernes » ont été réalisés permettant
notamment la mise en place de systèmes de submersion contrôlée et de maîtrise totale de l’eau.
C’est notamment le cas du Lac Horo dont l’aménagement a d’abord relevé de l’Office du Niger
dans les années 1940.
A partir des années 1960, puis 1970, les systèmes irrigués ont grandement évolués. D’abord une
réforme foncière a été conduite en 1972 autour des lacs dont la portée sociale et en termes
d’aménagement de l’espace a été très importante. Puis après la grande sécheresse de 1972-74 les
premiers grands périmètres irrigués par pompage et en maîtrise totale de l’eau ont été réalisés à
Kouriomé (Ile de paix), Hamadja et Daye près de Tombouctou. Après la sècheresse de 1982-84
un nouveau type d’aménagement est développé avec le modèle des périmètres irrigués villageois
PIV. En parallèle des aménagements plus simples et moins coûteux de mares en submersion
contrôlée se développent également.
A partir des années 1990 les modalités de gestion des grands périmètres irrigués évoluent
puisqu’ils sont transférés aux usagers. L’irrigation privée individuelle se développe également
notamment pour le maraîchage, tandis-que les PIV continuent à se développer ainsi que les
aménagements de mares.
Aujourd’hui cohabitent donc une multiplicité de systèmes irrigués dans les régions Nord, d’où la
nécessité d’une typologie de ces systèmes comme préalable au travail de capitalisation de
pratiques alternatives d’irrigation.
La seule région de Tombouctou compte 59.133ha de submersion contrôlée de plus de 100ha,
9.919ha de bas-fonds aménagés, 6.664ha de grands périmètres irrigués (de plus de 100ha) et
33.909ha de petits périmètres irrigués (de moins de 100ha) (données de la DNGR au
31/12/2013).

                                                                                                    18
2.2. Typologie des systèmes irrigués au Nord Mali et multi-
    usage
La typologie présentée ici est très simplificatrice d’une réalité qui est beaucoup plus complexe.
Rappelons que l’objectif de ce travail n’est pas de réaliser une monographie détaillée et complète
des systèmes irrigués au Nord Mali et que la typologie sera surtout utilisée ici comme outil dans le
cadre d’un processus d’identification de pratiques alternatives d’irrigation.
Plusieurs exemples permettent d’illustrer cette complexité des réalités irriguées :
     Par exemple autour du Lac Horo une étude a identifié 13 sous-secteurs qui
       correspondraient à autant de sous-types de systèmes de productions très différents (A.
       Adamczewski et T. Hertzog, 2008).
     Un agriculteur exploitera rarement un seul espace correspondant à un seul système
      irrigué. En plus d’une parcelle sur un PIV il pourra par exemple avoir des cultures de
      décrues, des cultures pluviales et éventuellement pratiquer l’élevage ou d’autres activités
      (commerce, migration…).
     Les limites entre types de systèmes irrigués sont parfois poreuses. Par exemple la pré-
       irrigation de cultures de bourgou ou de riz flottant tend à se développer. Il ne s’agit alors
       plus seulement de submersion contrôlée, mais de submersion contrôlée avec pré-
       irrigation grâce à une petite motopompe.
     Enfin il existe des spécificités locales non décrites dans cette typologie. Par exemple telle
      zone sera connue pour ses cultures de tabac, tel PIV appartenant à telle communauté
      aura des modalités de gestion différentes de tels autres PIV d’une autre communauté.
Bien que cette typologie soit un outil utile dans le cadre de ce travail elle ne devrait donc pas
dispenser d’une analyse diagnostique fine de chaque situation locale avant toute intervention de
développement afin de reconnaître et prendre en compte la complexité de la réalité.
En soulignant la diversité des systèmes irrigués au Nord Mali cette typologie milite pour ne pas se
limiter seulement à la prise en compte des PIV rizicoles et pour dépasser un biais pro-PIV (ou
pro-maîtrise totale de l’eau) un peu trop marqué chez les aménagistes et les développeurs. En
effet si les PIV constituent un élément essentiel de la sécurité alimentaire des familles qui y ont
une parcelle, ils présentent aussi des limites : très faible surface par famille et donc faible intérêt
économique, forte dépendance énergétique (gazole et engrais) du modèle hydraulique et
agronomique, coût élevé de réalisation et difficultés de gestion collective. Les aménagements
rizicoles en maîtrise totale de l’eau (PIV, PPIV, grands périmètres) ne sont ni la solution miracle
pour garantir la sécurité alimentaire ni l’unique solution.
Si l’on souhaite réduire la dépendance énergétique et renforcer la résilience des exploitations, les
systèmes de décrues, de crues ou de submersion contrôlée sont alors très pertinents
conjointement aux PIV, d’où la nécessité d’aménagements de mares ou de lacs (surcreusement de
chenaux), ainsi que la combinaison de ces différents systèmes pour un même exploitant.
Enfin face au coût élevé des aménagements, aux problèmes de rentabilité, aux difficultés de
gestion collective, à l’augmentation du prix des énergies fossiles, la maîtrise de l’eau ne devrait
être vue seulement sous l’angle de l’irrigation et du drainage. Une meilleure maîtrise de l’eau en
agriculture pluviale permettrait aussi d’accroître et stabiliser la production tout en protégeant
l’environnement. Cela passe par des techniques de conservation des eaux et des sols (cordons

                                                                                                          19
pierreux, demies lunes2, etc), d’irrigation d’appoint de cultures pluviales avec du stockage local des
eaux de pluie, de pratiques d’agroforesterie et d’agro-écologie pour améliorer la qualité du sol.
Par ailleurs s’agissant d’une typologie des systèmes irrigués, on ne traduit pas ici l’ensemble des
usages possibles de espaces et des ressources du Nord Mali, ni l’ensemble des usagers. Or cette
zone est bien marquée par des usagers multiples appartenant à différentes communautés et des
usages multiples : agriculture, élevage, pêche…
Des pratiques favorisant le multi usages sont donc très pertinentes et sont décrites dans ce
rapport.

2 Réseau de dépressions en demi-cercle permettant de retenir l’eau et le sol et d’y concentrer la matière organique
http://www.fidafrique.net/IMG/pdf/Leaf5.pdf

                                                                                                                      20
Types de systèmes                                                                                        Descriptions
                                                              Décrue du fleuve, la diminution progressive de la côte du plan d’eau du fleuve libère des terres valorisées à l’aide de la recharge
                                                              superficielle et de l’humidité résiduelle. Ce système est plus présent dans la zone lacustre, ainsi que la zone riveraine du fleuve.
                   Cultures de décrues (exemple : maïs, riz,
                                                              Faible sécurisation de la production qui nécessite une bonne maîtrise du retrait temporel de la crue.
                                     etc.)
                                                              Les mares éloignées du fleuve, qui ne subissent pas forcement l’influence du fleuve dégagent d’énormes potentialités culturales
                                                              qui justifient d’ailleurs les projets et programmes d’aménagements dont elles font l’objet.
                                                             Rencontrée dans les zones de fortes lames d’eau. Le système consiste à faire végéter le riz avant l’arrivée de la crue.
                             Riziculture flottante           L’implantation de la culture est parfois facilitée par du pompage au regard de l’arrivée de plus en plus tardive de la saison des
Sans maîtrise de
                                                             pluies. Le riz continue sa végétation avec la crue.
      l’eau
                                                             En général pas d’aménagement spécifique et de contrôle de la crue. Elle est essentiellement une exploitation collective d’une
                                                             ressource naturelle, mais très rentable. De plus en plus il existe des bourgoutières individuelles ou privées. L’implantation de la
                               Bourgouculture
                                                             culture est parfois facilitée par du pompage qui éviterait des situations de noyade des aires naturelles de développement de la
                                                             culture. Les tests de pré irrigation du bourgou ont été effectués par AVSF avec des résultats assez prometteurs.
                                                             La submersion libre se pratique aussi sur les rives avec des aménagements simples sans ouvrage de prise ou d’admission de l’eau.
                         Cultures de submersion libre        Les superficies ne sont pas importantes. Ces parcelles sont dans une disposition favorable. La production souffre des risques
                                                             d’inondations énormes.
                                                              Dépression naturelle, elle collecte les eaux des lignes de ruissellement dominées par la ligne topographique de partage des
                                                              eaux. Sa potentialité se mesure à travers le volume, la superficie du plan d’eau, la disponibilité de terres agricoles adjacentes et
                                                              son aptitude à l’aménagement (disposition topographique pour l’abreuvement des animaux, les caractéristiques physiques des
                                                 Mares        sols de la cuvette comme la vitesse d’infiltration verticale, conditions d’accès à l’eau, le contexte hydrodynamique et
                                                              hydrogéologique, etc. …). De nombreuses mares aménagées permettent le développement de ce système. Améliorations
                                                              récentes du système traditionnel (prise moderne, grille à poisson…) bien maîtrisé par les populations. Les rendements moyens
                                                              paddy sont d’environ 1t/ha.
                                                              La submersion contrôlée sur les rives du Niger. A la différence des zones lacustres il n'y a pas de grandes étendues de plan
Maîtrise partielle                                            d'eau. Cependant il y a des biefs où le lit est calibré par endroit comme des biefs dominés par des chenaux divagants sur
                   Submersion contrôlée Zones riveraines
    de l’eau                                                  lesquels sont construits des ouvrages d'admission vers les plaines inondables. Certaines zones difficilement inondables sont
                                                              sécurisées par des endiguements et les producteurs ont la latitude de faire des remises en eau au besoin.
                                                              Le système fonctionne à travers les ouvrages d’admission d’eau sur des plaines inondables dont le contrôle se fait à travers des
                                                              côtes consignes qui sont fonction de la topographie de terrain. Les espaces sous cette dynamique de crue et de retrait de celle-
                                                              ci sont d’une grande aptitude culturale.
                                            Zones lacustres Les cultures de crues sont des spéculations adaptées aux fortes lames d’eau (variété de riz à forte lame d’eau), les cultures de
                                                              décrues sont des spéculations de cycle court (variété de maïs 110 jours, légumineuses 90-110 jours). Les cultures sont
                                                              alimentées en eau par la crue en période de crue et elles le sont en période décrue par l’humidité résiduelle, la remontée
                                                              capillaire et les reprises par pompage.

                                                                                                                                                                                            21
La riziculture de bas-fond est un système qui construit un réservoir d’eau à travers un petit barrage de retenu qui draine les
                                                              eaux de l’impluvium dont il est l’exutoire.
                                                              Les bas-fonds de la région sont dans un contexte assez différent de Sikasso (zone de forte concentration de bas-fonds au Sud
                                                              Mali) où les fonds topographiques sont plus encaissés avec des superficies plus grandes et une biodiversité plus importante. Les
                                   Bas-fonds
                                                              espaces oasiens présentent la plus part des bas-fonds avec des sols limono-argileux de faible vitesse d’infiltration (1 à 2
                                                              mm/jour). Le sol n’est pas gravillonnaire comme à Sikasso. Les bas-fonds aménagés font l’objet d’exploitation rizicole et
                                                              d’abreuvement des animaux. Un des objectifs non moins important est la recharge de la nappe favorable au maintien de
                                                              l’équilibre bioécologique.
                                                              Système de riziculture de plaines de grandes superficies aménagées (plusieurs centaines d’hectares) avec des ouvrages
                                                              modernes de contrôle du service de l’irrigation (régulateurs sur le réseau, partiteurs de débits et modules à masques, …). Il est
                                        Grands périmètres
                   Grands périmètres                          équipé de station de pompage fixe avec pompe hydrovis. 1 aménagement regroupe plusieurs villages, avec une gestion
                                       irrigué de riziculture
                      irrigués par                            complexe. Exemples des Périmètres irrigué près de Tombouctou de Korioumé (550ha aménagés plus 200ha de plantation
                       pompage                                d’eucalyptus ceinturant le Nord et l’Est du périmètre), d’Hamadja (environ 620 ha exploités), N’Day (environ 400ha exploités).
                                        Grands périmètres Système de production à base de blé sur grande plaine aménagée avec des ouvrages modernes de mobilisation de l’eau et de
                                           irrigués de blé    contrôle de l’irrigation. La station de pompage est fixe avec des hydrovis. Exemple à Diré.
                                                              Un système qui exploite des superficies allant de 15 à une cinquantaine d’hectares fonctionnant par pompage au groupe moto
                                                              pompe GMP. Le système regroupe un village ou un à quelques groupes homogènes dans un même village.
                                                                                                                                                                     ère
                                                              Plusieurs générations de PIV se sont succédées: Fort développement à partir des années 1980 (1 génération de PIV pour la
                                       PIV peu fonctionnels sécurité alimentaire), puis vers 90 2ème génération (pour le développement économique).
                                                              Typiquement de 15 à 40ha, pompage par GMP 10 à 30 cv, distribution par canaux ouverts le plus souvent non-revêtus (sauf
                                                              certaines parties et des primaires) et bassin de dissipation revêtu.
Maîtrise totale de
                                                              Foncier communautaire (existe souvent des conflits autour du foncier), 1 PIV = 1 village, de 0,25 à 0.3ha/famille. Un PIV
      l’eau
                                                              regroupe donc de 40 à 160 personnes. Gestion complexe par comité de gestion (redevance, entretien, tour d’eau). Certains PIV
                     Riziculture de
                                                              sont spécifiquement féminins (quelques rares cas qui souvent affichent de bonnes performances)
                   périmètre irrigué
                                          PIV fonctionnels    Surtout riziculture (le maraîchage sur PIV serait très limité à Tombouctou), Rendement de 5.5 à 6t/ha. Renouvellement de la
                        villageois
                                                              fertilité des sols : essentiellement basée sur engrais chimique (accès difficile), parfois fumier. Quand les rendements baissent en
                    1 PIV par village
                                                              dessous de 3,5t/ha les périmètres sont abandonnés.
                                                              Il faut sûrement différencier les PIV suivant : l’état des infrastructures (PIV réalisé dans les règles de l’art ou pas, ensablement
                                                              des canaux, vétusté des canaux et GMP, déplacement du PIV sur une autre terre, aménagement sommaire…), le niveau de
                                                              fonctionnalité du comité de gestion (redevance, confiance…), leur connexion au marché ou s’ils sont dans une zone de
                                                              concentration ou non, l’appartenance ethnique, etc.
                                            PIV féminins
                                                              On peut distinguer les PIV selon leur fonctionnalité, ou selon qu’ils sont mixtes, essentiellement masculins ou féminins, suivant
                                                              les communautés qui les exploitent, etc.

                     Riziculture de petit périmètre irrigué   Système similaire au périmètre irrigué villageois à la différence qu’il est plus petit (environ 5 ha). Moyens d’exhaure : Petit
                                                                                                                                                                                                22
3
                              villageois PPIV          GMP ; Distribution par réseau ouvert le plus souvent mais aussi quelques tests goutte à goutte / réseau californien . Foncier
                                                       villageois, quelques familles. Niveau de structuration moins forte que celui des PIV. Riziculture comme sur les PIV.
                                    Petits périmètres Aménagements de petites tailles, quelques hectares (5 maximum, souvent plus petits), sécurisés par une clôture grillagée, à
                Petit périmètres       maraîchers      haie vive ou haie morte. Puits maraîchers traditionnels ou modernes (busés), ou rarement des forages. Le plus souvent exhaure
                   maraîchers                          et distribution de l’eau manuelle (puisette, calebasse). Ils sont le plus souvent exploités par des femmes bien qu’on y trouve des
                                    Petits périmètres
                    collectifs                         périmètres exclusivement masculins et mixtes. Pour les périmètres féminins, souvent 30 à 70 femmes et donc de très petites
                                   maraîchers féminins
                                                       superficies par femme. Cultures maraîchères.
                                     Petits systèmes   Palmiers dattiers. Système présent dans l’extrême Nord (Kidal notamment).
                                         oasiens
                                       Très petits     Très petite taille, environ 500m². Exhaure et distribution manuelles. Une seule famille.
               Petits périmètres       périmètres      Maraîchage essentiellement : on distingue le maraîchage pour la famille (potager) et le maraîchage commercial.
              irrigués individuels     maraîchers      Bénéficient de peu d’appui conseil (peu d’appui de projets)
                                                       Vergers (agrumes et jujubier greffés), environ 1ha, eau souterraine avec pompage (électrompes immergées sur forage et puits)
                                     Vergers privés    et château d’eau, foncier privé.

3   Réseau d’irrigation enterré.
                                                                                                                                                                                     23
REPRESENTATIVITE DES DIFFERENTS TYPES (Superficies aménagées au 31/12/2013, Source DNGR) (nd : donnée non disponible)

Niveau de maîtrise de l’eau                                                                             Région de Tombouctou                            Région de gao
                                                     Types de systèmes
        croissant
                                        Cultures de décrues (exemple : maïs, riz, etc.)     Nd                                           Nd
                                                     Riziculture flottante                  Nd                                           Nd
   Sans maîtrise de l’eau
                                                       Bourgouculture                       Nd                                           Nd
                                              Cultures de submersion libre (Riz)            Nd                                           Nd
                                                                            Mares            Submersion contrôlée de plus de 100ha =     Submersion contrôlée de plus de 100ha =
                                 Riziculture en submersion                                   59.133ha. D’avantage d’aménagement des      16.306 ha
                                                                       Zones riveraines
 Maîtrise partielle de l’eau              contrôlée                                          mares en rive gauche du fleuve qu’en rive
                                                                       Zones lacustres       droite
                                                  Riziculture de Bas-fonds                     Bas fonds = 9.919 ha                      Bas fonds = 270 ha
                                                              Grands périmètres en riziculture Grands périmètres de plus de 100 ha =     Grands périmètres de plus de 100 ha = 0 ha
                                Grands périmètres irrigués
                                                                 Grands périmètres de blé      6.664 ha
                                                                                               Petits périmètres de moins de 100 ha =    Petits périmètres de moins de 100 ha = 1.344
                                                                   PIV peu fonctionnels
                                                                                               33.909 ha. Il y a des zones de            ha
                                                                                               concentration de PIV à Attara, Diré,
                                    Riziculture de PIV                PIV fonctionnels
                                                                                               Kessou.

                                                                        PIV féminins
  Maîtrise totale de l’eau
                                                      Riziculture de PPIV
                                Petit PM               Petits périmètres maraîchers
                                collectifs        Petits périmètres maraîchers féminins
                                                          Petits systèmes oasiens
                                  Petits
                                                    Très petits périmètres maraîchers
                               périmètres
                                 irrigués
                                                              Vergers privés
                               individuels

                                                                                                                                                                                24
2.3. Les grands enjeux des systèmes irrigués au Nord Mali
Le Nord Mali est marqué depuis plusieurs
décennies par des évènements de natures
diverses et qui se sont aggravés récemment :
évènements sociaux (tensions voir conflits
entre        communautés,          émergence
d’extrémisme        religieux),   évènements
politiques (mouvement de rébellion, tensions
avec le pouvoir central), évènements
économiques (manque chronique de
développement             économique       et
développement de trafics), évènements
militaires       (interventions      armées).         Périmètres maraîchers en bordure du fleuve
Autant d’enjeux complexes qui sont au cœur des problématiques de développement du Nord-
Mali mais vont bien au-delà du cadre de cette étude. On se limite donc ici à une revue des enjeux
concernant spécifiquement les systèmes irrigués.

2.3.1. Enjeux et problèmes principaux

Le « retard de crue ». Derrière cette formule présentée par les acteurs comme le problème
majeur se cachent plusieurs réalités d’origines diverses : Arrivée tardive de la crue, plus forte
variation quant à sa date d’arrivée, moindre ampleur de la crue, envasement du fleuve, érosion du
fleuve, etc. Cela traduit en fait des changements majeurs dans le fonctionnement du fleuve.
L’ensemble des systèmes sont affectés mais de façon différente : les systèmes de riz flottant et de
culture de décrue sont impactés par la moindre crue ; les grands périmètres irrigués par pompage
aux hydrovis par le fait que les cotes de fonctionnement des hydrovis sont caduques et qu’elles ne
fonctionnent plus à leur point optimal ; l’ensemble des systèmes irrigués par une durée parfois
plus courte de saison de culture ou par des coûts de pompage plus élevés en cas de moindre crue.
En fait on manque encore de compréhension sur le fonctionnement du fleuve (les eaux de
surface) malgré de nombreux travaux de recherche (de modélisation). On manque aussi de
connaissances actualisées sur les nappes (les eaux souterraines) et notamment de cartes
actualisées de la nappe et de points de suivis. Par ailleurs le fonctionnement du fleuve est amené à
évoluer encore d’avantage à l’avenir étant donné les projets de barrages à l’étude.
Ce problème de « retard de crue » rejoint le problème plus vaste des changements climatiques
avec en particulier une plus forte variation du climat, avec davantage d’épisodes extrêmes et une
plus forte récurrence des mauvaises années. Certains soulignent que « l’on n’a jamais vu deux
années de suite identiques en termes de crue et de pluie, et que les aléas climatiques
semblent arriver avec plus de fréquence maintenant ».
Le partage et la gestion des ressources naturelles entre usages multiples et entre
communautés multiples est complexe. Les systèmes agraires et les modes d’exploitation des
ressources naturelles sont très anciens, complexes, mais ont aussi été grandement modifiés au
cours des décennies passées, notamment suite à la réforme foncière autour des lacs et au
développement de l’irrigation qui empiète sur les zones pastorales (comme l’illustre l’exemple du
Lac Horo). Pour certains l’accès au foncier serait la première cause de conflits dans la région de
Tombouctou. La question est particulièrement sensible dans la zone lacustre et autour des lacs.
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