Programme de rétablissement du ginseng à cinq folioles (Panax quinquefolius) au Canada Ginseng à cinq folioles - Loi sur les espèces en péril

 
Programme de rétablissement du ginseng à cinq folioles (Panax quinquefolius) au Canada Ginseng à cinq folioles - Loi sur les espèces en péril
PROPOSITION                  Loi sur les espèces en péril
                       Série de Programmes de rétablissement

Programme de rétablissement du ginseng à
cinq folioles (Panax quinquefolius) au Canada

 Ginseng à cinq folioles

                                                       2015
Programme de rétablissement du ginseng à cinq folioles (Panax quinquefolius) au Canada Ginseng à cinq folioles - Loi sur les espèces en péril
Référence recommandée :

Environnement Canada. 2015. Programme de rétablissement du ginseng à cinq folioles
(Panax quinquefolius) au Canada [Proposition], Série de Programmes de
rétablissement de la Loi sur les espèces en péril, Environnement Canada, Ottawa,
vii + 32 p.

Pour télécharger le présent programme de rétablissement ou pour obtenir un
complément d’information sur les espèces en péril, incluant les rapports de situation du
COSEPAC, les descriptions de la résidence, les plans d’action et d’autres documents
connexes sur le rétablissement, veuillez consulter le Registre public des espèces en
péril 1.

Illustration de la couverture : Andrée Nault, Biodôme de Montréal ©

Also available in English under the title
“Recovery Strategy for the American Ginseng (Panax quinquefolius) in Canada
[Proposed]”

© Sa Majesté la Reine du chef du Canada, représentée par la ministre de
l’Environnement, 2015. Tous droits réservés.
ISBN
N° de catalogue

Le contenu du présent document (à l’exception des illustrations) peut être utilisé sans
permission, mais en prenant soin d’indiquer la source.

1
    http://sararegistry.gc.ca/default.asp?lang=Fr&n=24F7211B-1
Programme de rétablissement du ginseng à cinq folioles                            2015

Préface
En vertu de l'Accord pour la protection des espèces en péril (1996) 2, les gouvernements
fédéral, provinciaux et territoriaux signataires ont convenu d'établir une législation et
des programmes complémentaires qui assureront la protection efficace des espèces en
péril partout au Canada. En vertu de la Loi sur les espèces en péril (L.C. 2002, ch. 29)
(LEP), les ministres fédéraux compétents sont responsables de l'élaboration des
programmes de rétablissement pour les espèces inscrites comme étant disparues du
pays, en voie de disparition ou menacées et sont tenus de rendre compte des progrès
réalisés dans les cinq ans après la publication du document final dans le Registre public
des espèces en péril.

La ministre de l’Environnement du Canada et ministre responsable de l’Agence Parcs
Canada est la ministre compétente en vertu de la LEP pour le rétablissement du
ginseng à cinq folioles et ont élaboré ce programme conformément à l’article 37 de la
LEP. Dans la mesure du possible, le programme de rétablissement a été préparé en
collaboration avec les gouvernements de l’Ontario (Ministère des Richesses naturelles
et de la Foresterie) et du Québec (Ministère du Développement durable, de
l’Environnement et de la Lutte contre les Changements Climatiques), en vertu du
paragraphe 39(1) de la LEP.

La réussite du rétablissement de l’espèce dépendra de l’engagement et de la
collaboration d’un grand nombre de parties concernées qui participeront à la mise en
œuvre des directives formulées dans le présent programme. Cette réussite ne pourra
reposer seulement sur Environnement Canada et l'Agence Parcs Canada, ou sur toute
autre compétence. Tous les Canadiens et les Canadiennes sont invités à appuyer ce
programme et à contribuer à sa mise en œuvre pour le bien du ginseng à cinq folioles
et de l’ensemble de la société canadienne.

Le présent programme de rétablissement sera suivi d’un ou de plusieurs plans d’action
qui présenteront de l’information sur les mesures de rétablissement qui doivent être
prises par Environnement Canada et l’Agence Parcs Canada et d’autres compétences
et/ou organisations participant à la conservation de l’espèce. La mise en œuvre du
présent programme est assujettie aux crédits, aux priorités et aux contraintes
budgétaires des compétences et organisations participantes.

2
    http://registrelep-sararegistry.gc.ca/default.asp?lang=Fr&n=6B319869-1%20

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Remerciements
Le présent programme de rétablissement a été élaboré par Vincent Carignan et
Alain Branchaud (Environnement Canada, Service canadien de la faune [EC-SCF] –
région du Québec) à partir d’une ébauche rédigée par Andrée Nault (Biodôme de
Montréal) et en collaboration avec :

EC-SCF – région de l’Ontario : Angela McConnell, Lee Voisin, Marie Archambault,
Krista Holmes et Madeline Austen.

EC-SCF – région du Québec : Karine Picard, Geneviève Langlois et Matthew Wild.

EC-SCF – région de la Capitale Nationale : Paul Johanson et Manon Dubé.

Ministère des Richesses naturelles et de la Foresterie de l’Ontario (MRNF) :
Jay Fitzsimmons, Eric Snyder, Aileen Wheeldon, Shaun Thompson,
Roxanne St. Martin, Tom Croswell, Dr. Brian Naylor, Jim Saunders, Daryl Coulson,
Corina Brdar, Ron Gould, Amanda Fracz, Vivian Brownell et Jim Mackenzie.

Ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les
Changements Climatiques (MDDELCC) : Patricia Désilets, Évelyne Barrette,
Guy Jolicoeur, Line Couillard et Vincent Piché.

Agence Parcs Canada (APC) : Vicki Leck, Beth McEachern, Josh Van Wieren,
Hillary Knack, Leonardo Cabrera et Gary Allen.

Les personnes suivantes ont également contribué au présent document ou fourni des
informations afin d’en améliorer le contenu : Caroline Tanguay (Conservation de la
nature Canada – région du Québec), Robert Werbiski et autres membres du personnel
du Ministère de la Défense Nationale; Jean-François Dubois, Jacinthe Bélec,
Lonny Coote (EC-Direction de l’application de la loi sur la faune); Adrianne Sinclair et
Andrea White (EC-SCF – CITES), ainsi que Marie-José Ribeyron (consultante),
Don Cuddy et Marjorie Mercure 3.

3
    Anciennement d’EC-SCF – région du Québec.

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Sommaire
Le ginseng à cinq folioles (Panax quinquefolius) est une plante vivace longévive qui est
associée aux forêts matures. L’espèce a été désignée « en voie de disparition » par le
Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) en 2000 et est
inscrite selon le même statut à l’annexe 1 de la Loi sur les espèces en péril (LEP)
depuis 2003.

Moins de 1 % de la population mondiale du ginseng à cinq folioles se trouve au
Canada. Bien qu’il y ait consensus à l’effet que l’espèce soit en déclin prononcé, les
imprécisions concernant le nombre de populations existantes et l’absence de données
d’abondance pour plusieurs d’entre elles ne permet pas le calcul des tendances.

Les principales menaces pour le ginseng à cinq folioles sont la récolte illégale de
racines, la déforestation (expansion industrielle, urbaine et agricole); le broutage, la
prédation et les maladies (mortalité); les espèces introduites et envahissantes; la
récolte forestière; la culture commerciale ainsi que les changements climatiques. La
petite taille des populations, le long temps nécessaire avant de pouvoir se reproduire et
les contraintes climatiques sont considérés comme des facteurs limitatifs.

Le caractère réalisable du rétablissement du ginseng à cinq folioles comporte certaines
inconnues. Néanmoins, conformément au principe de précaution, un programme de
rétablissement a été élaboré en vertu du paragraphe 41(1) de la LEP, comme cela est
fait lorsque le rétablissement est jugé réalisable.

Les objectifs en matière de population et de répartition du ginseng à cinq folioles au
Canada sont :
   • à court terme (2015-2025) : maintenir ou augmenter l’abondance des plants de
      ginseng à cinq folioles ainsi que la superficie d’habitats convenables occupés à
      chaque site existant;
   • à long terme (2015-2035) : assurer la viabilité des occurrences existantes et,
      lorsque techniquement et biologiquement réalisable, restaurer les occurrences
      historiques et disparues.

Les stratégies et approches générales pour l’atteinte de ces objectifs sont présentées
dans la section Orientation stratégique pour le rétablissement.

L’habitat essentiel du ginseng à cinq folioles est partiellement désigné dans le présent
programme de rétablissement. Il correspond à l’habitat convenable situé à l’intérieur
d’une zone de fonctions essentielles de 150 m autour de chaque plant existant de
ginseng à cinq folioles. Au total, 2 590 unités d’habitat essentiel contenant 7 921 ha à
l’intérieur de la zone de fonctions essentielles sont désignées au Canada, soit 334 en
Ontario (3 635 ha) et 2256 au Québec (4 286 ha). En raison de la susceptibilité de
l’espèce (p. ex. à la récolte illégale), le Ministre de l’Environnement du Canada, suivant
l’avis du COSEPAC, a restreint la diffusion d’information relative à la localisation des
plants de ginseng à cinq folioles ou son habitat (LEP art. 124). Un calendrier des études

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décrit les principales activités nécessaires pour compléter la désignation de l’habitat
essentiel.

Un ou plusieurs plans d’action seront publiés dans le Registre public des espèces en
péril avant la fin de 2020.

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Résumé du caractère réalisable du rétablissement
D’après les quatre critères suivants, énoncés par le Gouvernement du Canada (2009),
le caractère réalisable du rétablissement du ginseng à cinq folioles comporte des
inconnues. Néanmoins, conformément au principe de précaution, un programme de
rétablissement a été élaboré en vertu du paragraphe 41(1) de la LEP, comme cela
serait fait lorsque le rétablissement est jugé réalisable. Le présent programme de
rétablissement tient compte des inconnues entourant le caractère réalisable du
rétablissement.

1. Des individus de l’espèce sauvage capables de se reproduire sont disponibles
maintenant ou le seront dans un avenir prévisible pour maintenir la population ou
augmenter son abondance.

Oui. Des plants matures se trouvent dans plusieurs secteurs de l’aire de répartition de
l’espèce, y compris au sein de populations viables. Cependant, l’espèce demeure rare
ou peu fréquente, et ce même aux États-Unis où elle est plus largement répandue. La
probabilité d’un effet de rescousse en provenance de populations des États-Unis est
donc considérée faible. Des individus cultivés ex situ à partir de graines pourraient être
utilisés pour augmenter les populations appauvries ainsi qu’à des fins de réintroduction.

2. De l’habitat convenable suffisant est disponible pour soutenir l’espèce, ou
pourrait être rendu disponible par des activités de gestion ou de remise en état
de l’habitat.

Oui. Il existe des forêts matures convenables dans l’ensemble de l’aire de répartition du
ginseng à cinq folioles, et des inventaires récents menés dans ces habitats ont permis
d’y découvrir de nouvelles populations. L’aménagement forestier et la restauration
seront nécessaires pour plusieurs populations de ginseng à cinq folioles qui se trouvent
dans un état appauvri.

3. Les principales menaces pesant sur l’espèce ou son habitat (y compris les
menaces à l’extérieur du Canada) peuvent être évitées ou atténuées.

Inconnu. La plupart des menaces (p. ex. déforestation, mortalité des plantes et graines)
peuvent être atténuées grâce à des mesures d’intendance ou l’aménagement adapté
des forêts. L’atténuation des effets de la récolte illégale sur les populations sauvages
demeurera le principal défi et nécessitera la collaboration des différents intervenants de
façon à promouvoir l’application efficace des lois et règlements existants.

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4. Des techniques de rétablissement existent pour atteindre les objectifs en
matière de population et de répartition, ou leur élaboration peut être prévue dans
un délai raisonnable.

Inconnu. Il faudra déployer beaucoup d’efforts pour rétablir pleinement l’espèce, car
il est improbable que les menaces puissent être entièrement éliminées. La gestion
active et les mesures d’application de la loi seront toujours nécessaires pour lutter
contre la récolte illégale de racines sauvages et faire contrepoids à la pression
constante du développement et de l’exploitation forestière dans les habitats naturels.
Cependant, les activités de rétablissement pourront être soutenues à l’aide de
techniques relativement simples et abordables, telles que la transplantation d’individus
ou de graines.

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Table des matières
Préface ............................................................................................................................. i
Remerciements ................................................................................................................ii
Sommaire ........................................................................................................................ iii
Résumé du caractère réalisable du rétablissement ........................................................ v
1. Évaluation de l’espèce par le COSEPAC ................................................................. 1
2. Information sur la situation de l’espèce .................................................................... 1
3. Information sur l’espèce ........................................................................................... 2
  3.1 Description de l’espèce ...................................................................................... 2
  3.2 Population et répartition ..................................................................................... 2
  3.3 Besoins du ginseng à cinq folioles ..................................................................... 4
4. Menaces .................................................................................................................. 6
  4.1 Évaluation des menaces .................................................................................... 6
  4.2 Description des menaces ................................................................................... 7
5. Objectifs en matière de population et de répartition ............................................... 11
6. Stratégies et approches générales pour l’atteinte des objectifs ............................. 11
  6.1 Mesures déjà achevées ou en cours................................................................ 11
  6.2 Orientation stratégique pour le rétablissement ................................................. 14
7. Habitat essentiel..................................................................................................... 15
  7.1 Désignation de l’habitat essentiel de l’espèce .................................................. 15
  7.2 Calendrier des études visant à désigner l’habitat essentiel .............................. 18
  7.3 Activités susceptibles d’entraîner la destruction de l’habitat essentiel ............. 19
8. Mesure des progrès ............................................................................................... 22
9. Énoncé sur les plans d’action ................................................................................ 22
10. Références .......................................................................................................... 23
Annexe A : Habitat essentiel du ginseng à cinq folioles au Canada .............................. 30
Annexe B : Effets sur l’environnement et sur les espèces non ciblées ......................... 32

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1.       Évaluation de l’espèce par le COSEPAC*
    Date de l’évaluation : Mai 2000

    Nom commun : Ginseng à cinq folioles

    Nom scientifique : Panax quinquefolius

    Statut selon le COSEPAC : Espèce en voie de disparition

    Justification de la désignation : En dépit des restrictions reliées au commerce
    international, des taux élevés de collecte se poursuivent, et il y a eu des pertes
    importantes de populations au cours de la dernière décennie.

    Présence au Canada : Ontario et Québec

    Historique du statut selon le COSEPAC : Espèce désignée « menacée » en avril
    1988. Réexamen du statut : l’espèce a été désignée « en voie de disparition » en
    avril 1999. Réexamen et confirmation du statut en mai 2000.

     * COSEPAC : Comité sur la situation des espèces en péril au canada. Un rapport de situation à jour
     a été produit, mais n’a pas encore été publié (COSEPAC 2011 – rapport inédit).

2.       Information sur la situation de l’espèce
Moins de 1% de la population mondiale du ginseng à cinq folioles se trouve au Canada.
En 2003, l’espèce a été inscrite comme espèce en voie de disparition à l’annexe 1 de la
Loi sur les espèces en péril (LEP) (L.C. 2002, ch. 29). En Ontario, le ginseng à
cinq folioles est inscrit comme espèce en voie de disparition en vertu de la Loi de 2007
sur les espèces en voie de disparition (L.O. 2007, ch. 6) depuis 2008. Au Québec, il est
inscrit comme espèce menacée 4 en vertu de la Loi sur les espèces menacées ou
vulnérables (L.R.Q., ch. E-12.01) depuis 2001. Ces deux lois interdisent de récolter,
posséder ou exporter le ginseng à cinq folioles.

NatureServe (2014) a attribué à l’espèce un rang global (mondial) de G3G4 (vulnérable/
apparemment non en péril – dernier examen effectué en 2005) et un rang national de
N2N3 (en péril/vulnérable – dernier examen effectué en 2011) au Canada. L’espèce a
un rang de S2 (en péril) au Québec et en Ontario 5.

4
  Les statuts « espèce en voie de disparition » (Ontario) et « espèce menacée » (Québec) sont similaires
et désignent les espèces qui risquent, de façon imminente, de disparaître du territoire ou de la planète.
5
  Consultez http://explorer.natureserve.org/servlet/NatureServe?searchName=Panax+quinquefolius pour
les rangs supranationaux (par État) aux États-Unis.

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Le ginseng à cinq folioles est également inscrit à l’annexe II 6 de la Convention sur le
commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées
d’extinction (CITES) depuis 1973. C’est par la Loi sur la protection d’espèces animales
ou végétales sauvages et la réglementation de leur commerce international et
interprovincial (L.C. 1992, ch. 52) et son Règlement sur le commerce d’espèces
animales et végétales sauvages que le Canada met en œuvre la CITES et réglemente
ainsi l’importation et l’exportation du ginseng à cinq folioles.

3.     Information sur l’espèce
3.1    Description de l’espèce
Le contenu de la présente section a été simplifié afin de limiter la diffusion
d’informations sensibles.
White (1988) décrit le ginseng à cinq folioles comme une plante forestière herbacée
vivace, tolérante à l’ombre. La plante se compose d’une racine pivotante 7 allongée,
portant un rhizome mince et surmonté d’une tige aérienne se terminant par un verticille
de feuilles composées-palmées (une à quatre – rarement jusqu’à sept). Les individus
peuvent vivre jusqu’à environ 50 ans (A. Nault, communication personnelle) et mesurer
de 20 à 70 cm 8 de hauteur. L’inflorescence est une ombelle terminale prenant
naissance au centre du verticille de feuilles composées et pouvant comporter plusieurs
fleurs.
3.2    Population et répartition
Le ginseng à cinq folioles est présent uniquement en Amérique du Nord, dans une
vaste partie de l’est des États-Unis, depuis la Nouvelle-Angleterre et le Minnesota
jusqu’en Louisiane et en Géorgie (Argus et White, 1984; figure 1). Au Canada, l’espèce
est présente en Ontario et au Québec. Le ginseng à cinq folioles est considéré comme
rare ou peu commun dans la plus grande partie de son aire de répartition (White, 1988;
Nault, 1998; McGraw et al., 2003).
L’abondance du ginseng à cinq folioles à l’intérieur des populations canadiennes est
estimée entre 50 000 et 100 000 plantes 9. Cela représenterait moins de 1% des
populations nord-américaines qui comporteraient de « plusieurs millions à quelques
milliards » d’individus (NatureServe, 2014). En Ontario, le Centre d’information sur le
patrimoine naturel (CIPN, 2014) rapporte 287 occurrences de l’espèce, dont 89 sont
historiques (l’observation la plus récente remontant à 20 ans ou plus) et 38 sont

6
  L’annexe II comprend des espèces qui, bien qu’elles ne soient pas actuellement menacées de
disparition (à l’échelle mondiale), pourraient disparaître en l’absence de réglementation du commerce.
L’annexe II comprend également des espèces qui ressemblent à d’autres espèces inscrites et doivent
être réglementées afin que le commerce de ces autres espèces puisse être contrôlé de manière efficace.
7
  Racine pivotante : racine relativement large, fuselée à pratiquement cylindrique, qui s’enfonce
verticalement dans le sol et produit des racines latérales.
8
  La vigueur des individus peut être réduite dans certains secteurs de l’Ontario, les plantes matures
atteignant parfois seulement 10 cm de hauteur (C. Brdar, données inédites).
9
  Cette estimation provient de la multiplication par deux de l’abondance connue au Québec.

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considérées comme disparues 10. Aucune estimation de l’abondance n’est disponible
dans cette province. Au Québec, le Centre de données sur le patrimoine naturel du
Québec (CDPNQ, 2014) rapporte plus de 35 000 individus dans 168 occurrences, dont
14 sont historiques et 11 sont disparues. En raison de l’absence de données
d’abondance pour la plupart des occurrences en Ontario, les analyses de tendance des
populations ne sont pas possibles. Les spécialistes du ginseng à cinq folioles au
Canada rapportent cependant des déclins prononcés dans la plupart des secteurs.

                    Figure 1. Répartition globale du ginseng à cinq folioles
                                   (Argus et White, 1984)

La taille minimale d’une population viable a été étudiée en Amérique du Nord.
En Ontario et au Québec, Nantel et al. (1996) 11 considèrent qu’une population viable
comporte au moins 172 individus, a un bon taux de recrutement annuel (graines
survivant pour produire la génération suivante) et compte une bonne proportion de
plants matures (au moins 100 individus comportant 3 ou 4 feuilles). En utilisant ce seuil,
seulement 9 populations en Ontario et 54 au Québec seraient considérées viables
(CDPNQ, 2014; NHIC, 2014). Cependant, dans le centre des Appalaches (États-Unis),
il a été estimé que les populations viables doivent comprendre plus de 55 individus
(Souther 2011) ou entre 780 et 820 plantes ou plus (McGraw et Furedi, 2005). Les
impacts des menaces comme le broutage par les cervidés pourraient expliquer une

10
   Ces données ont été fournies en avril 2014 par le CIPN. Le nombre d’occurrences est probablement
plus élevé que 287 puisque de nouvelles données sont régulièrement transmises mais que l’ensemble de
celles-ci n’avait pas été entièrement évalué par le CIPN au moment d’élaborer le présent programme de
rétablissement. EC-SCF a utilisé l’information du CIPN ainsi que celle disponible auprès d’autres sources
afin de désigner l’habitat essentiel et élaborer les stratégies et approches de rétablissement.
11
   Étant donné les intervalles de confiance larges utilisés pour calculer les probabilités d’extinction dans
les modèles mathématiques, P. Nantel (communication personnelle) suggère que la taille minimale d’une
population viable pourrait se situer entre 50 et 300 plants.

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bonne partie de ces chiffres hautement variables selon le secteur et suggèrent qu’il
n’existe pas un seuil unique de viabilité des populations de ginseng à cinq folioles.

3.3     Besoins du ginseng à cinq folioles
Le contenu de la présente section a été simplifié afin de limiter la diffusion
d’informations sensibles.
Le ginseng à cinq folioles est une espèce tolérante à l’ombre qui croît typiquement dans
les grandes forêts relativement peu perturbées (Charron et Gagnon, 1991; Nault et al.,
1998). Ainsi, l’espèce est considérée comme étant sensible aux effets de lisière 12 qui
sont reconnus comme ayant un impact sur la structure et la composition des forêts
matures de l’est de l’Amérique du Nord jusqu’à une distance d’environ 90 m 13 (Harper
et al., 2005). En particulier, les changements dans le niveau de luminosité (et des
températures au niveau du sol) près des lisières peuvent affecter les plants de ginseng
à cinq folioles puisque l’espèce est physiologiquement adaptée aux conditions de faible
luminosité (10 à 30%; Proctor, 1980; Westerveld, 2010). Au-delà de ces niveaux, les
plants montrent des signes de chlorose (jaunissement des tissues de la feuille en raison
du manque de chlorophylle), de sénescence prématurée et de croissance réduite
(Gagnon, 1999; Jochum et al. 2007).

Les arbres qui composent la futaie des forêts occupées par le ginseng à cinq folioles
sont généralement l’érable à sucre (Acer saccharum), le frêne blanc (Fraxinus
americana), le caryer cordiforme (Carya cordiformis), le tilleul d’Amérique (Tilia
americana), le chêne rouge (Quercus rubra) et le noyer cendré (Juglans cinerea), bien
que certaines occurrences se situent dans des forêts ayant une composante importante
de cèdre blanc (Thuja occidentalis) et de pruche du Canada (Tsuga canadensis)
(Agence Parcs Canada, communication personnelle). Le couvert arbustif y est
généralement clairsemé, mais les plantes du sous-étage sont diversifiées (White, 1988;
Burkhart 2013).

Les sols sont d’origine glaciaire, épais (50 à 100 cm), bien drainés et possèdent un pH
relativement neutre (6.5-7.5) (White, 1988; Couillard et al. 2012).

Il y a deux pollinisateurs connus du ginseng à cinq folioles: les diptères de la famille des
syrphidés et les abeilles de la famille des halictidés. Les deux sont des pollinisateurs
généralistes (Duke 1980). Lorsque les graines sont produites, leur dispersion repose
principalement sur la gravité (Lewis et Zenger, 1982; van der Voort, 2005) mais les
oiseaux, en particulier les grives, semblent jouer un rôle important dans la dispersion à
plus grande distance (Hruska et al., sous press).

12
   Les effets de lisière réfèrent aux changements dans la structure d’une population ou d’une
communauté qui correspond à l’interface entre deux habitats (Levine, 2009).
13
   Ce chiffre a été obtenu pour les lisières franches (habitats adjacents contrastés).

                                                                                                       4
Programme de rétablissement du ginseng à cinq folioles                               2015

Facteurs limitatifs

Les facteurs limitatifs ont une influence sur la survie et la reproduction de l’espèce en
plus de jouer un rôle important dans sa capacité à atteindre certains niveaux de
population (se rétablir après un déclin). Pour le ginseng à cinq folioles, ils incluent :

   -   une longue période avant d’atteindre la maturité et pouvoir produire des graines
       (7 à 10 ans; White, 1988).
   -   la production de graines est généralement plus faible dans les populations du
       nord (Charron et Gagnon, 1991) et les taux de germination sont faibles car les
       graines doivent demeurer en dormance pendant une période d’au moins
       18 mois, durant laquelle elles sont très vulnérables à la sécheresse et à la
       prédation (Lewis et Zenger, 1982).
   -   la mortalité des jeunes plants, par la sécheresse et la prédation notamment, peut
       atteindre 70 à 90 % (Charron et Gagnon, 1991; Nault, 1998). La prédation des
       graines réduit également le potentiel de recrutement naturel du ginseng à
       cinq folioles.
   -   Dans les petites populations, les taux d’auto-fertilisation peuvent être plus
       élevés, ce qui réduit la valeur adaptative comparativement à ce qui est observé
       dans les populations ayant un plus haut taux de fertilisation croisée (Mooney et
       McGraw, 2007b).
   -   Un effet de Allee (c.-à-d. problèmes associés à se retrouver dans des petites
       populations isolées; Hackney et McGraw, 2001).
   -   La plupart des oiseaux de la famille des grives sont en déclin depuis la fin des
       années 1960 et la Grive des bois (Hylocichla mustelina) a récemment été
       évaluée comme étant menacée par le COSEPAC (2012).

                                                                                            5
Programme de rétablissement du ginseng à cinq folioles                                                 2015

4.      Menaces
4.1     Évaluation des menaces
Tableau 1. Tableau d’évaluation des menaces
                          Niveau de                                                                                         Certitude
      Menace                              Étendue                      Occurrence        Fréquence         Gravitéb
                        préoccupationa                                                                                      causalec
Utilisation des ressources biologiques
Récolte illégale des                                                                                                          Élevée
                                    Élevé            Généralisée         Courante         Récurrente          Élevée
racines
Culture commerciale                 Moyen             Localisée          Courante         Récurrente       Inconnue          Inconnue
Changements dans la dynamique écologique ou dans les processus naturels
Broutage, prédation et
                                    Élevé            Généralisée         Courante        Saisonnière          Élevée          Élevée
maladies (mortalité)
Espèces introduites et                                                                                     Modérée/          Moyenne/
                                    Élevé             Inconnue           Courante         Récurrente
envahissantes                                                                                               Élevée            Élevée
Perte ou dégradation de l’habitat
Déforestation (expansion                                                                                   Modérée/
industrielle, urbaine et            Élevé            Généralisée         Courante         Récurrente                          Élevée
agricole)                                                                                                   Élevée

                                                                                                           Modérée/          Moyenne/
Récolte forestière              Moyen/Élevé          Généralisée         Courante         Récurrente
                                                                                                            Élevée            Élevée
Climat et catastrophes naturelles
Changements climatiques             Faible            Anticipée         Saisonnière        Inconnue        Modérée           Moyenne
a
   Niveau de préoccupation : signifie que la gestion de la menace représente une préoccupation (élevée, moyenne ou faible) pour le
rétablissement de l’espèce, conforme aux objectifs en matière de population et de répartition. Ce critère tient compte de l’évaluation de toute
l’information figurant dans le tableau.
b
   Gravité : indique l’effet à l’échelle de la population (élevée : très grand effet à l’échelle de la population, modérée, faible, inconnue).
c
   Certitude causale : indique le degré de preuve connu de la menace (élevée : la preuve disponible établit un lien fort entre la menace et les
pressions sur la viabilité de la population; moyenne : il existe une corrélation entre la menace et la viabilité de la population, p. ex. une opinion
d’expert; faible : la menace est présumée ou plausible).

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Programme de rétablissement du ginseng à cinq folioles                                 2015

4.2    Description des menaces
Les menaces sont décrites selon un en ordre décroissant de niveau de préoccupation.

Récolte illégale des racines

La valeur médicinale des racines de ginseng, incluant le ginseng à cinq folioles, est
reconnue en Asie depuis plus de 2 000 ans (Small et al., 1994). Malgré les interdictions
visant la récolte, la possession et l’exportation de ginseng à cinq folioles sauvage qui
ont été imposées au Québec (2001), en Ontario (2008) et sur l’ensemble des terres
fédérales (via la LEP; 2003), le COSEPAC (2011- rapport inédit) suggère que plus de
50 % des populations étudiées en Ontario et 15 % des populations au Québec, y
compris plusieurs se trouvant dans des aires protégées (Nault et al., 1998, 2002), ont
fait l’objet de braconnage.

Bien que tout type de récolte illégale soit au détriment de l’espèce par l’entremise d’une
réduction de l’abondance, de leur potentiel de reproduction, de la diversité génétique et
de leur viabilité (Nault et Tanguay, 2011), certaines pratiques sont plus destructrices
que d’autres. La taille des individus récoltés et les dates de la saison de récolte
(permettre aux individus de produire leurs graines) constituent les deux aspects
principaux qui déterminent l’impact et la durée des effets (McGraw et Ferudi, 2005;
Van der Voort et McGraw, 2006; McGraw et al., 2010). Il existe des indications que les
plants de ginseng à cinq folioles sont plus petits maintenant qu’historiquement
(McGraw, 2001). Cela pourrait être le résultat de la sélection artificielle imposée par la
récolte des plus gros plants, ce qui réduit la valeur adaptative des plants qui sont
laissés sur place ainsi que la production de graines à l’intérieur des populations
sauvages (Charron et Gagnon, 1991; McGraw, 2001; Cruse-Sanders et Hamrick 2004;
Mooney et McGraw 2007a, 2009). Bien que le ginseng à cinq folioles puisse croître à
nouveau après la récolte si les racines et rhizomes demeurent présents, ce processus
prend beaucoup de temps (van der Voort et al., 2003). De plus, comme le ginseng à
cinq folioles a besoin de beaucoup de temps pour atteindre la maturité, une récolte
annuelle de seulement 5 % des racines d’une population initialement viable peut mener
à sa disparition (Nantel et al., 1996; McGraw et al., 2013).

Déforestation (expansion industrielle, urbaine et agricole)

Le ginseng à cinq folioles pousse dans le sud de l’Ontario et du Québec, là où les
activités industrielles, urbaines et agricoles ont causé de hauts niveaux de perte
d’habitats et continuent d’exercer de la pression pour le développement des forêts
matures qui persistent dans le paysage. Bien que les pertes dues à l’expansion agricole
semblent s’être stabilisées sur la plus grande partie de l’aire de répartition du ginseng à
cinq folioles, ayant même reculé dans les secteurs situés sur des sols de moindre
qualité (p. ex. Jobin et al. 2014), l’urbanisation, elle, s’est accélérée au point où elle est
considérée comme la principale cause de déforestation en Amérique du Nord (Radeloff
et al., 2005; Masek et al., 2011) et constitue un important facteur contributif au Canada
(Elliott 1998; Jobin et al. 2014).

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Programme de rétablissement du ginseng à cinq folioles                                 2015

L’exploitation des sources d’énergie (p. ex. pétrole, gaz) et de minéraux (incluant les
agrégats) ainsi que leur transport (ex. oléoducs, lignes de transport d’électricité, routes)
continuent d’entraîner des pertes d’habitats ainsi qu’une dégradation et une
fragmentation de la plupart des secteurs de l’aire de répartition du ginseng à
cinq folioles (Drummond et Loveland, 2010; Masek et al., 2011).

Outre la perte d’habitat, les installations et les infrastructures récréatives (p. ex. sentiers
pour la randonnée ou les véhicules tout-terrain, pentes de ski, terrains de golf) causent
la dégradation de l’habitat (p. ex. érosion et compaction du sol, fragmentation, vecteurs
d’espèces envahissantes, effets de lisière telle l’augmentation de la densité de la
végétation adjacente qui engendre une augmentation du broutage par les cerfs). Il a
également été observé que ces infrastructures augmentent substantiellement la récolte
illégale de plantes - les braconniers utilisent les réseaux de sentiers pour repérer
l’espèce et pour la récolte et il a été démontré que les impacts sont plus lourds le long
des sentiers dans les aires protégées provinciales comparativement aux impacts sur les
populations situées plus loin des sentiers (Young et al., 2011).

Broutage, prédation et maladies (mortalité)

Au Canada et aux États-Unis, on a constaté que le broutage par le cerf de Virginie
(Odocoileus virginianus) avait d’importants effets sur la survie des populations de
ginseng à cinq folioles, notamment en raison de la réduction de la vigueur des plantes
(les feuilles et les fleurs broutées ne sont pas remplacées durant la saison de
végétation) et d’une diminution importante de la production de graines (Brdar, 2003;
Furedi et McGraw, 2004; McGraw et Furedi, 2005; McGraw et al., 2013; Nault, 2013).
L’interdiction de chasse dans les aires protégées a mené à des populations de cerfs qui
ne sont pas soutenables relativement aux efforts de conservation des plantes (Nugent
et al., 2011). La récolte forestière entraîne également une augmentation de la densité
des cerfs en augmentant la végétation du sous-étage qui est utilisée pour le broutage
(Côté et al., 2004). Même si le ginseng à cinq folioles a la capacité de se rétablir après
le broutage, le broutage répété peut modifier de façon substantielle la végétation du
sous-étage et les effets produits peuvent être difficiles, voire impossibles, à renverser
(Stromayer et Warren, 1997).

De petits rongeurs se nourrissent également des fruits et graines du ginseng à
cinq folioles tel que révélé par les enveloppes vides qui sont souvent trouvées à la
base des plantes (Nault et Tanguay, 2011; McGraw et al., 2013). L’impact de ces
prédateurs sur l’espèce reste à clarifier mais il a été démontré que les impacts sont
importants dans plusieurs populations au Québec où l’ensemble de la production
annuelle de graines a été retirée (A. Nault, communication personnelle).

Des champignons pathogènes naturellement présents dans l’environnement affectent
communément les racines et feuilles du ginseng à cinq folioles (Westerveld, 2010).

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Programme de rétablissement du ginseng à cinq folioles                                 2015

Espèces introduites et envahissantes

Les espèces envahissantes représentent l’une des cinq principales causes du déclin de
la biodiversité (Millenium Ecosystem Assessment, 2005). En Amérique du Nord, on
trouve de plus en plus souvent des limaces envahissantes (p. ex. Arion rufus,
A. fasciatus, A. fuscus) dans les populations de ginseng à cinq folioles et celles-ci ont
un impact particulièrement prononcé lorsqu’elles se nourrissent des plantes dès leur
émergence au printemps (Nadeau, 2002; Westerveld, 2010; McGraw et al., 2013;
Nault, 2013, 2014; Marineau et al., 2014). Les plantes affectées à ce stade ne peuvent
produire de feuilles ou de graines durant la saison de végétation, ni accumuler de
réserves dans leurs racines, ce qui réduit leur vigueur et leur taux de survie. Les vers
de terres introduits constituent également un risque en raison de leur capacité
d’apporter des changements aux sols forestiers (Addison, 2009) et de favoriser les
plantes envahissantes (Nuzzo et al., 2009).

Les espèces végétales envahissantes, comme le rosier multiflore (Rosa multiflora),
l’épine-vinette de Thunberg (Berberis thunbergii), l’alliaire officinale (Alliaria petiolata),
le nerprun cathartique (Rhamnus cathartica) et le dompte-venin de Russie (Cynanchum
rossicum) sont fréquemment observées dans les occurrences de ginseng à cinq
folioles et sont problématiques car elles livrent une compétition intense pour les
ressources disponibles mais également parce qu’elles peuvent produire des produits
chimiques capables de causer du tort aux autres plantes (Wixted et McGraw, 2009,
2010; Klionsky et al., 2011). La croissance des espèces envahissantes est favorisée
par des perturbations (p. ex. abattage d’arbres, travaux de construction, exploitation de
carrières, activités récréatives) dans les forêts occupées par l’espèce ou à proximité et
peuvent rapidement devenir l’espèce dominante, affectant ainsi l’habitat convenable
pour le ginseng à cinq folioles.

La progression de l’agrile du frêne (Agrilus planipennis), un insecte
envahisseur attaquant les frênes, et du chancre du noyer cendré (Sirococcus
clavigignenti-juglandacearum), un champignon introduit qui attaque le noyer cendré,
pourraient représenter des facteurs significatifs dans les forêts où ces espèces
constituent une composante importante. La mortalité des arbres pourrait rendre les
conditions de croissance du ginseng à cinq folioles moins convenables en provoquant
l’ouverture de la futaie, ce qui augmenterait la pénétration de la lumière et la
compétition par les arbustes et les herbacées.

Récolte forestière

Le ginseng à cinq folioles est considéré comme intolérant aux plus grandes ouvertures
dans la futaie (McConnell et Bjorgan, 2004; Couillard et al., 2012). La récolte forestière
engendrant l’extraction de grands volumes de bois (p. ex. coupe à blanc, coupe par
bandes) affecte directement l’habitat du ginseng à cinq folioles en modifiant les
paramètres écologiques, notamment en provoquant l’accroissement de l’intensité
lumineuse (ouverture de la futaie), la diminution de l’humidité du sol, l’augmentation des

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Programme de rétablissement du ginseng à cinq folioles                            2015

fluctuations quotidiennes de la température au niveau du sol et une augmentation
marquée de la compétition exercée par les semis et les gaulis d’arbres ainsi que par les
arbustes et plantes herbacées (White, 1988; Nault et al., 1998). La machinerie peut
également engendrer l’érosion du sol, la compaction ainsi que déraciner ou écraser les
individus. Dans les secteurs plus éloignés, la construction de routes forestières peut
également faciliter l’accès pour les braconniers.

La récolte forestière engendrant l’extraction de faibles volumes de bois et visant à
promouvoir la croissance d’espèces tolérantes à l’ombre peut être compatible avec le
maintien du ginseng à cinq folioles (Chamberlain et al. 2013; McGraw et al. 2013).
La production acéricole plus intensive, par contre, peut mener à une simplification trop
prononcée de la végétation, particulièrement des strates arbustives et au niveau du sol.

Culture commerciale du ginseng à cinq folioles

La culture commerciale du ginseng à cinq folioles (en milieu boisé ou agricole)
progresse au Canada, les exportations ayant augmenté de 4,7 % au cours de la
période 2007-2011 14 (AAC, 2011). La culture commerciale du ginseng en milieu boisé
risque d’affecter les populations de ginseng sauvage en raison des perturbations liées à
la préparation des sites (défrichage du sous-bois) et à leur entretien (engrais et
fongicides), de l’introduction de pathogènes (Reeleder et Fisher, 1995) et de
l’introduction de matériel génétique étranger résultant de l’utilisation de semences
d’origine inconnue (Nault, 1998; Grubbs et Case, 2004; McGraw et al., 2013).
Les impacts de cette menace ont fait l’objet de peu d’études (voir Mooney et
McGraw, 2007b), particulièrement pour les populations nordiques au sein desquelles
les individus pourraient être adaptés aux conditions climatiques plus froides ou
d’autres variables environnementales (Souther et McGraw, 2011a).

Changements climatiques

Les effets des changements climatiques incluent l’augmentation du nombre
d’événements climatiques extrêmes (ex. coups de froid, verglas, ouragans, tempêtes de
vents; Huber et Gulledge 2011; Kirtman et al. 2013) qui sont reconnus comme ayant
des effets sur les individus et les populations de ginseng à cinq folioles (Souther et
McGraw, 2011b; Souther et McGraw, 2014), incluant des effets à long terme lorsque
des composantes de l’habitat sont affectées. En janvier 1998, dans la partie de l’aire de
répartition du ginseng à cinq folioles située dans l’est de l’Ontario et au Québec, une
grande tempête de verglas a provoqué des dégâts importants dans le couvert forestier,
dégâts qui ont été comparés aux effets d’une coupe sélective intensive (COSEPAC,
2000). À la suite de cette tempête, la troisième population en importance au Québec
(plus de 1 000 individus) a été réduite à environ 300 individus.

14
     www.marquecanadabrand.agr.gc.ca/fact-fiche/pdf/5270-fra.pdf

                                                                                         10
Programme de rétablissement du ginseng à cinq folioles                                          2015

5.       Objectifs en matière de population et de répartition
Les objectifs en matière de population et de répartition du ginseng à cinq folioles sont :

     •   à court terme (2015-2025) : maintenir ou augmenter l’abondance des plants de
         ginseng à cinq folioles ainsi que la superficie d’habitats convenables occupés à
         chaque site existant 15.
     •   à long terme (2015-2035) : assurer la viabilité des occurrences existantes et,
         lorsque techniquement et biologiquement réalisable, restaurer les occurrences
         historiques et disparues.

Ces objectifs adressent le déclin à long terme des populations qui a mené à la
désignation de l’espèce comme étant en voie de disparition (COSEPAC, 2000).
L’horizon de 10 ans pour les objectifs à court terme correspond à l’intervalle entre les
évaluations successives du status d’une espèce par le COSEPAC et est considérée
raisonnable étant donné le défi que représente le rétablissement d’un nombre élevé de
sites existants. En ce qui concerne les objectifs à long terme, s’assurer que l’ensemble
des occurrences existantes soient viables est nécessaire étant donné les pressions
intenses affectant l’espèce et son habitat. Pour le moment, il n’est pas possible de
quantifier le seuil de viabilité puisqu’il pourrait être variable dans les différents secteurs
de l’aire de répartition de l’espèce en fonction des menaces locales et de leur intensité.

Les objectifs pourraient être revus lors de l’élaboration du rapport d’évaluation de la
mise en oeuvre du programme de rétablissement et du progrès vers l’atteinte des
objectifs qui est requis 5 ans après l’affichage du programme de rétablissement
(LEP art. 46).

6.       Stratégies et approches générales pour l’atteinte des
         objectifs
6.1      Mesures déjà achevées ou en cours

     •   De nombreuses occurrences se trouvant dans des aires protégées (provinciales,
         fédérales, privées), ou sur d’autres sites abritant des populations importantes
         sont gérées en vue d’assurer leur viabilité (p.ex. plans de conservation;
         Nault et al. 2002; Nault 2013, 2014) à travers des partenariats entre des
         propriétaires privés, des organisations de conservation (p. ex. Corridor
         Appalachien, Conservation de la nature Canada) et des partenaires fédéraux.
     •   Efforts d’application de la loi afin de protéger les populations contre la récolte
         illégale, incluant par le marquage à l’encre permettant d’augmenter la traçabilité
         et réduire le potentiel de mise en marché à l’intérieur des réseaux de
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  Dans le présent programme de rétablissement, un site correspond à une localisation connue, qu’il soit
incorporé ou non au sein d’une occurrence dans les centres de données sur la conservation. Le terme
« existant » réfère à la présence d’au minimum un plant de ginseng à cinq folioles.

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