Regards sur la chinoiserie au milieu du XVIIIe siècle à Québec : les décors de papier peint de la maison Estèbe
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Artefact
Techniques, histoire et sciences humaines
6 | 2017
Histoire et archéologie
Regards sur la chinoiserie au milieu du XVIIIe siècle
à Québec : les décors de papier peint de la maison
Estèbe
A look on chinoiserie in the mid 18th century in Quebec: the wallpaper designs of
the Estèbe house
Nathalie Hamel
Édition électronique
URL : http://journals.openedition.org/artefact/801
DOI : 10.4000/artefact.801
ISSN : 2606-9245
Éditeur :
Association Artefact. Techniques histoire et sciences humaines, Presses universitaires du Midi
Édition imprimée
Pagination : 45-60
ISBN : 978-2-7535-7305-5
ISSN : 2273-0753
Référence électronique
Nathalie Hamel, « Regards sur la chinoiserie au milieu du XVIIIe siècle à Québec : les décors de papier
peint de la maison Estèbe », Artefact [En ligne], 6 | 2017, mis en ligne le 31 mai 2018, consulté le 05
mars 2020. URL : http://journals.openedition.org/artefact/801 ; DOI : https://doi.org/10.4000/artefact.
801
Artefact. Techniques, histoire et sciences humainesRegards sur la chinoiserie au milieu du
xviiie siècle à Québec :
les décors de papier peint de la maison
Estèbe
Nathalie Hamel*
Résumé
Cet article se construit autour d’un papier peint à motifs de chinoiserie, mis au jour
en 1946 dans une maison du quartier ancien de la ville de Québec (Canada). Il exa-
mine ses techniques de fabrication, ses motifs ainsi que son mode d’installation. Ce
papier peint est analysé en fonction du contexte de sa découverte et mis en relation
avec les collections archéologiques retrouvées dans le sous-sol de la résidence. Se ren-
contrent ainsi ethnologie, histoire et archéologie afin d’ouvrir une fenêtre sur l’univers 45
domestique du milieu du xviiie siècle à Québec.
Mots-clés : archéologie, boiseries, chinoiserie, maison Estèbe, papier peint, porcelaine,
Québec, xviiie siècle.
Abstract. A look on chinoiserie in the mid 18th century in
Quebec : the wallpaper designs of the Estèbe house
This paper is built around a chinoiserie wallpaper discovered in 1946 in a house of Quebec
City old quarter. The analysis of the context of this discovery, of manufacturing techniques,
patterns and mode of installation of this wallpaper, and its linking with archaeological collec-
tions found in the basement of this residence, offer a meeting point for ethnology, history and
archeology. It opens a window on the domestic decor of the mid-18th century in Quebec City.
*. Nathalie Hamel est adjointe au renouvellement de la politique culturelle au ministère de la Culture
et des Communications du Québec. Titulaire d’un doctorat en ethnologie de l’Université Laval, elle est
l’auteure de plusieurs articles scientifiques et de deux ouvrages : La collection Coverdale : la construction
d’un patrimoine national, Québec, Presses de l’Université Laval, 2009, 390 p. ; « Notre maître le passé, notre
maître l’avenir » : Paul Gouin et la conservation de l’héritage culturel du Québec, Québec, Presses de l’Université
Laval, 2008, 204 p. Ses recherches portent principalement sur l’étude de la culture matérielle, l’histoire des
collections et du patrimoine ainsi que la notion de collection nationale. Contact : [hamelnat@gmail.com].Nathalie Hamel
Keywords : archaeology, chinoiserie, Estèbe house, porcelain, Quebec City, wallpaper,
wood paneling, 18th century.
Dans les réserves du Musée des orientale, ainsi que son mode d’instal-
beaux-arts de Montréal (Canada), se lation. L’objet est analysé en fonction du
trouve un remarquable papier peint à contexte de sa découverte dans la maison
motifs de chinoiserie1. D’une hauteur Estèbe à Québec et mis en relation avec
de 226,90 centimètres, il se compose de les informations disponibles dans les
quatre panneaux couvrant, lorsqu’ils documents d’archives, ainsi qu’avec les
sont mis bout à bout, une longueur de artefacts à décor de chinoiserie décou-
878 cm. Ce papier peint exceptionnel à verts lors des fouilles archéologiques sur
plus d’un titre, notamment par la dimen- le site même. La variété des sources uti-
sion et l’ancienneté de l’objet conservé, lisées permet de cerner la présence de la
est au cœur de cet article. chinoiserie dans l’art décoratif à Québec
Ce texte se penche sur les caracté- vers le milieu du xviiie siècle2.
ristiques de l’artefact : sa technique de
fabrication, ses thèmes d’inspiration
46 La maison Estèbe et ses boiseries
Dès le début des années 1930, la repose sur une cave voûtée et comporte
maison Estèbe attire l’attention de vingt et une pièces chauffées par huit
Ramsay Traquair, professeur d’archi- foyers. Il s’agit d’une des rares maisons
tecture à l’université McGill (Montréal), de la ville à avoir été épargnée par les
qui met en évidence les qualités archi- bombardements lors de la guerre de
tecturales du bâtiment et l’aspect remar- Sept Ans entre les métropoles française
quable de ses boiseries intérieures3. Avec et anglaise. Marchands ou hauts fonc-
l’aide de ses étudiants, il trace les plans tionnaires, tous les propriétaires de la
de la maison et fait le relevé des boiseries maison au cours de la période allant de
(fig. 1). Traquair affirme que cette maison 1752 à 1790 font partie des classes les
constitue un parfait exemple de « cana- plus aisées de la ville et sont susceptibles
dianisation » de l’architecture dans la d’avoir fait installer les lambris. Pour sa
colonie française, éveillant dès lors l’in- part, Ramsay Traquair qui attribuait la
térêt des collectionneurs d’objets anciens construction de la maison à la veuve de
pour les lambris parant les murs de cet Pierre Fargues entre 1781 et 1784, affir-
hôtel particulier de deux étages. mait que les caractéristiques des lambris
Connue sous le nom de maison laissaient croire qu’ils avaient pu être
Fargues jusqu’aux années 1960, la installés entre 1770 et 1790. Il associait
maison a été construite pour Guillaume alors les motifs sculptés se trouvant
Estèbe en 1751-1752. Bâtie en pierre, elle sur les panneaux les plus ouvragés à laRegards sur la chinoiserie au milieu du xviiie siècle à Québec
47
Figure 1. - Plans et élévations de la maison Estèbe, vers 1929. Le papier peint se trouvait sur trois des
quatre murs de la pièce D, à l’exception du mur donnant sur l’extérieur. John Bland Canadian Architecture
Collection, Rare Books and Special Collections, McGill University (108067).Nathalie Hamel
production tardive des sculpteurs de dater avec certitude la pose des boise-
la famille Levasseur, par comparaison ries dans la maison, les interprétations
avec d’autres productions mieux docu- quant au moment de leur installation
mentées de ces artisans pour la même et à l’identification des artisans qui les
période. La parenté avec la production auraient fabriquées varient, mais toutes
des Levasseur est indéniable et la plu- les situent au cours de la période allant
part des chercheurs ont adhéré à cette de 1757 à 1810. La plupart des chercheurs
attribution4 (fig. 2). Toutefois, aucun croient par ailleurs que les travaux ont
document n’ayant permis jusqu’ici de été réalisés en différentes étapes.
48
Figure 2. - Mur de la maison Estèbe donnant sur l’extérieur, dans la pièce où fut retrouvé le papier peint ;
il est probablement contemporain du papier peint. John Bland Canadian Architecture Collection, Rare
Books and Special Collections, McGill University (104456).
La découverte
En 1946, William H. Coverdale (1871- française, achète les boiseries intérieures
1949), président de Canada Steamship de la maison Estèbe5. Il embauche alors
Lines et collectionneur passionné d’ob- une équipe spécialisée pour démonter
jets témoignant de la culture canadienne- les boiseries. Les ouvriers mettent alorsRegards sur la chinoiserie au milieu du xviiie siècle à Québec
au jour, derrière les lambris, un papier au restaurateur new-yorkais Rudolph
peint comportant divers motifs représen- Guertler pour nettoyage et restaura-
tant des fleurs, des oiseaux et des person- tion. Les coûts de la restauration sont
nages inspirés de l’Orient. Le 23 février d’environ 625 $. Le papier récupéré est
1946, la conservatrice employée par remonté sous un nouveau format, sur
Canada Steamship Lines, May Cole écrit à un nouvel endos de canevas, de façon
William H. Coverdale à New York pour à pouvoir l’exposer. D’après les calculs
lui signaler la découverte, qu’elle décrit de William H. Coverdale, le papier
en détail, en plus de joindre un échan- reçu mesurait environ 400 pieds carrés.
tillon à sa lettre : En remontant les morceaux de façon à
obtenir des sections de huit pieds de hau-
« Il y a deux motifs. Un comme teur, il estime que la perte sera de 40 %
représenté avec le tronc de saule de la surface totale. Le collectionneur
bizarre et le personnage assis dans prévoit qu’après les travaux de restaura-
la chaise Chippendale – un deu- tion, il disposera d’environ trente pieds
xième personnage apparaît à la linéaires de ce papier peint qui fera, selon
gauche du personnage assis. L’autre lui, « un très bel objet d’exposition un
motif est une branche plus dentelée, jour, quelque part7 ». Après restauration,
une femme debout à sa gauche, la le papier peint est évalué à près de 2 500 $.
main droite et le bras élevés tenant Dès la réception de l’échantillon
un gracieux fanion rouge flottant. expédié par May Cole à New York,
Le rouge est encore assez brillant. William H. Coverdale le montre à 49
Entre ces deux motifs apparaissent Marshall B. Davidson, conservateur à
les urnes et les cerisiers en fleurs, l’American Wing du Metropolitan Museum
comme montré sur le fragment. Les of Art, qui le date de 1805. May Cole
motifs ne sont pas en continu sur un affirme, quant à elle, que les lambris qui
long rouleau comme sur du papier recouvrent le papier peint datent de 1820,
peint moderne6. » selon les archives de la Ville de Québec.
Le papier peint se trouvant derrière est
Le papier peint est en mauvais état forcément plus ancien, ce que tendent à
et montre des traces de décoloration. confirmer les ouvrages consacrés à l’his-
Cinq rouleaux sont néanmoins expédiés toire du papier peint et la consultation de
à William H. Coverdale qui les confie spécialistes du sujet8.
Des motifs inspirés des « Indes »
May Cole précise que ce papier les motifs. Deux scènes principales, alter-
peint se compose de feuilles mesurant nées horizontalement, ornent le papier
approximativement 22 pouces de largeur peint, chacune occupant la dimension
par 36 pouces de hauteur (environ 55 x d’une feuille.
90 cm), sur lesquelles ont été imprimésNathalie Hamel
La première représente trois person- blanches ? Enfin, l’espace vertical entre
nages dans un pavillon au côté duquel se les deux scènes principales est comblé
trouve un saule au tronc noueux (fig. 8, par deux autres ensembles de motifs.
cahier couleur). Près du saule, une Ces feuilles représentent des oiseaux,
femme est assise sur une chaise mon- des fleurs et des branches d’arbre, ces
trant l’influence du style Chippendale, dessins étant en continuité avec ceux des
donnant ainsi un indice de datation rat- scènes principales.
tachant l’objet au milieu du xviiie siècle Les motifs du papier peint de la
environ9. Devant la femme, se trouve maison Estèbe ont été imprimés puis
une petite table sur laquelle un enfant colorés à la main. La gravure est d’une
dépose une corbeille de fruits. Aux pieds grande délicatesse, les lignes fines créant
de celui-ci, un petit chien se tient sur ses tour à tour des textures de fibres entre-
pattes de derrière. Une deuxième femme croisées ou des ombres, donnant ainsi
est debout, derrière une table sur laquelle de la profondeur aux fleurs, accentuant
repose un bol. À l’avant-plan, un muret et la courbure de la toiture ou dessinant le
trois vases bleu et blanc contiennent des détail des plumes des oiseaux. Un effet
fleurs ou des branches avec du feuillage. de perspective est créé par la disposition
Le vase du centre est lui-même décoré de de vases à l’avant-plan, par la présence
fleurs et d’oiseaux. du bateau en arrière-plan et par la pro-
La seconde scène montre elle aussi fondeur de la pagode.
trois personnages qui semblent échanger Ces motifs reprennent l’essentiel des
50 des marchandises (fig. 9, cahier couleur). éléments caractéristiques de la chinoi-
L’un d’eux, au centre de la scène, porte serie : personnages, animaux exotiques
une robe à motifs, un turban et un man- (singes, oiseaux), îles garnies de rochers,
teau aux manches bordées de fourrure. À d’arbres et de fleurs, ponceaux, clôtures,
sa droite, un petit singe est assis sur une pavillons et pagodes. Dès le xviiie siècle,
caisse. Le second personnage est vêtu une production orientale conçue pour les
plus modestement. Il a le crâne chauve, marchés européens se développe pour
à l’exception d’une petite natte de che- répondre à l’attrait croissant de la chinoi-
veux à l’arrière de la tête. Il tient dans ses serie. Rapidement, les marchandises
mains un rouleau de tissu à motifs (ou orientales rapportées par les diverses
de papier peint ?) qui se déroule sur l’un compagnies des Indes influencent les
des tonneaux se trouvant entre les deux techniques de production européennes,
hommes. Deux autres rouleaux reposent particulièrement dans le cas de la por-
sur le sol. Un enfant tenant sous le bras un celaine et de la laque, que les Européens
objet (un autre rouleau ?) se tient derrière tentent d’imiter. La présence de ces mar-
l’homme chauve. À l’arrière-plan, der- chandises et la diffusion de récits de
rière une petite colline, un voilier semble voyage stimulent la création de motifs
attendre, un long fanion rayé rouge et inspirés de l’Orient.
blanc flottant à son mât. Faut-il voir dans
ce fanion un clin d’œil à la Compagnie
des Indes orientales (anglaise), dont le
drapeau comporte des rayures rouges etRegards sur la chinoiserie au milieu du xviiie siècle à Québec La fabrication et l’installation du papier peint Les papiers peints chinois, appelés du papier peint, allant de la découpe « papiers des Indes » parce qu’ils des marges des feuilles et l’indication de étaient transportés par les bateaux des points de repères, jusqu’aux techniques Compagnies des Indes hollandaise, de pose des bordures de finition ou le anglaise et française, étaient destinés tapissage d’un plafond en coupole. Un à orner les paravents ou les écrans, ou paysage « dans le goût chinois » illustre encore à être assemblés sur les murs10. la dernière section de la planche V. Les premiers papiers chinois peints à la Bien que les illustrations montrent la main seraient arrivés en Angleterre à la pose du papier peint directement sur le fin du xvie siècle. Peu d’entre eux auraient mur, la septième planche représente un atteint les colonies nord-américaines, ouvrier tendant une grande toile sur le puisqu’ils devaient d’abord transiter par mur, sur laquelle des ouvriers collent les les métropoles où ils étaient recherchés. feuilles de papier peint, qui est par la Très coûteux, ils servent rapidement de suite roulée, avant d’être montée sur des modèle pour une production plus acces- châssis de bois. sible qui se développe en France et en Cette technique s’apparente forte- Angleterre. Les papiers peints européens ment à celle utilisée pour l’installation se couvrent de motifs de fleurs et d’oi- du papier peint de la maison Estèbe. Des seaux et présentent des décors plus éla- feuilles de petits formats ont été mon- borés que ceux de la production chinoise. tées sur des bandes de toile assemblées 51 Vers 1759, l’artiste et graveur français manuellement, ces bandes étant ensuite Jean-Michel Papillon (1698-1776) dessine fixées par des broquettes forgées à la une série de sept planches, destinées à main à un châssis de bois de la grandeur être gravées pour illustrer l’article sur le de la surface couverte12. Ensuite, une papier de tapisserie dans l’Encyclopédie bordure présentant un motif différent de Diderot et d’Alembert. Il y repré- vient recouvrir les bords du papier peint. sente de façon détaillée la fabrication et Cette façon de faire offre l’avantage de l’installation du papier peint en France ne pas nécessiter une finition impeccable à cette époque11. Papillon représente les de la surface des murs et de permettre de ouvriers imprimant les motifs sur des déplacer aisément un papier peint dis- feuilles de papier en les déposant sur une pendieux vers un autre endroit. Quant planche de bois gravée. Ceux-ci pressent aux bordures, en plus d’être décoratives, ensuite la feuille à l’aide d’un rouleau. elles recouvrent les rebords grossiers du Après séchage, des femmes appliquent papier peint et cachent les broquettes, les couleurs avec un patron. La troisième simplifiant ainsi grandement le travail planche montre le travail de préparation de l’installateur. Bien que le papier peint des murs avant la pose du papier : les soit relativement coûteux au xviiie siècle, surfaces sont grattées au couteau puis les la préparation des murs d’une nouvelle fissures sont bouchées à l’aide de bande- maison pour recevoir du papier peint lettes de papier. Les planches IV et VII est, semble-t-il, moins chère que son présentent différents détails de la pose apprêt pour de la peinture13.
Nathalie Hamel
Selon Robert Kelly, le papier peint c’est-à-dire selon une alternance entre
de la maison Estèbe est une installation les motifs principaux et les motifs secon-
bâclée, puisque l’alternance des motifs daires. La forme actuelle place les motifs
principaux dans une ligne horizontale principaux au même plan et donne une
aurait plutôt dû être en raccord sauté, impression de surcharge14.
La simultanéité du papier peint et du lambris
En plus d’une description des motifs peint sous les boiseries. Il s’agit du mur
et du mode d’installation, May Cole extérieur de la maison. Son lambrissage
fournit dans sa lettre de précieuses infor- pouvait donc avoir une fonction isolante.
mations quant à la disposition du papier La contemporanéité du papier peint
peint dans la pièce : et des lambris à motifs rocaille dans la
maison Estèbe paraît tout à fait possible.
« Le mur ouest, à droite de la porte May Cole mentionne d’ailleurs que le
d’origine, est tapissé. […] La porte papier peint a été trouvé sur les autres
a été peinte pour se marier avec le murs, entre le mur de plâtre d’origine et
rose des fleurs de cerisier, je pense. les boiseries. Elle précise qu’il n’y avait
[…] Pas de papier sur le mur du pas de papier peint au-dessus du foyer et
52 côté du fleuve, où étaient les grands que des traces de colonnes de plâtre, qui
panneaux lisses comportant les auraient été enlevées pour pouvoir ins-
sculptures complexes sur les côtés. taller les lambris, y sont toujours visibles.
Je pense maintenant que l’ensemble Elle présume que le papier peint est resté
de ce panneau, qui est façonné dif- intact depuis son installation qui est anté-
féremment du reste, a été créé pour rieure au lambris. Doit-on conclure que
porter le thème du papier15. » le papier peint a été installé très tôt après
la construction de la maison, à l’époque
May Cole suggère que les motifs des de Guillaume Estèbe ? Pourrait-il s’agir
lambris auraient été conçus pour s’har- du premier recouvrement mural de
moniser au papier peint et que la porte la pièce ? Nous ne pouvons l’affirmer,
aurait été peinte pour s’agencer à la puisque ce mode d’installation permet-
couleur des fleurs de cerisier qui y sont tait d’enlever aisément un papier peint
illustrées. Cette hypothèse d’une pré- lors d’un déménagement. Il ne serait
sence simultanée du papier peint et des d’ailleurs pas impossible que ce papier
boiseries de style rococo est tout à fait peint en ait remplacé un précédent, ins-
probable selon ce qu’affirment les his- tallé de la même façon.
toriens des arts décoratifs16. Notons que
le mur où se trouvaient les boiseries à
motifs rocaille qui ont largement fait la
renommée de l’ensemble (fig. 1 et 2), est
le seul qui ne comportait pas de papierRegards sur la chinoiserie au milieu du xviiie siècle à Québec La provenance et la datation du papier peint de la maison Estèbe L’ensemble des données recueillies, de Londres, représentant un homme à commencer par les informations rela- à dos de chameau et un second per- tives au contexte de la récupération du sonnage avec un chien, montre d’im- papier peint et sa relation aux boise- portantes similitudes avec celui de la ries, nous ramène à la période 1760- maison Estèbe. De même, quatre papiers 1770. Cela nous situe tout juste après la peints des collections du Whitworth à guerre de Sept Ans, au moment où la Manchester et un autre du Museum of Nouvelle-France devient le Bas-Canada London ont une parenté évidente avec et où les principales sources d’appro- celui de la maison Estèbe (fig. 10, cahier visionnements de la colonie passent de couleur). Le type de scènes, le dessin des la France à l’Angleterre, rendant diffi- fleurs, la gravure des lignes de façon à cile l’attribution d’une provenance au créer du relief, l’application de la couleur papier peint de la maison Estèbe autre- sur les fleurs et les vêtements, tous ces ment que par comparaison à d’autres éléments présentent de grandes ressem- spécimens de l’époque. Selon Friederike blances avec le papier peint de la maison Wappenschmidt, spécialiste des papiers Estèbe. Tous ces papiers peints sont datés peints à motifs de chinoiserie en Europe, des environs de 1770. Ils sont particuliè- le papier peint de la maison Estèbe est rement intéressants en tant qu’exemples 53 tout à fait caractéristique de la produc- d’interprétation européenne résultant tion vendue à Londres au cours des des influences orientales. années 1750 et 176017. Les divers éléments Pour sa part, le papier peint de la illustrés sont typiques de la chinoiserie : maison Estèbe présente l’avantage de personnage, fleurs, papillons, pagodes, pouvoir être mis en relation avec les paravent, rochers, arbres, etc. Les oiseaux archives coloniales et les collections sont peints à la manière de ceux que l’on archéologiques retrouvées sur le site. trouve sur les étoffes de soie appelées « péquin » vers 1750, particulièrement la pie sur une branche de pivoines qui aurait été, selon Wappenschmidt, copiée sur une soie chinoise. La présence d’une chaise Chippendale dans les motifs est un autre élément pouvant être associé à la même période. Les caractéristiques stylistiques de l’objet le rapprochent de certains exem- plaires de la production anglaise de la même époque conservée dans les musées d’Angleterre. Un papier peint se trouvant au Victoria & Albert Museum
Nathalie Hamel
La présence de papiers peints et de tapissiers à
Québec dans la seconde moitié du x viii e siècle
Quelques documents attestent la pré- production comme celle de la tapisserie
sence de papier peint dans les résidences soit présente en Nouvelle-France. Quant
de la ville de Québec au xviiie siècle. Ainsi, à la fabrication de tapisserie de papier à
un document mentionne clairement une Québec, elle est tout aussi improbable.
« tapisserie de papiers veloutés » dans La première imprimerie de la ville a
un logis de la rue Saint-Jean en 177018. été créée sous le Régime anglais par les
Ce papier imitant le velours, ou ton- Américains William Brown et Thomas
tisse, était fabriqué en Angleterre dès le Gilmore, afin d’imprimer leur journal
début du xviiie siècle. Il fut introduit en bilingue, la Gazette de Québec en 1764, et
France vers 1753 et y connut une grande il faut attendre 1843 avant qu’une pre-
popularité. Une autre mention, datée mière production canadienne de papier
de 1788, concerne la maison Landron- peint apparaisse, dans une usine de
Descheneaux, située sur la place Royale pâte à papier de la région de Portneuf22.
à Québec. Il y est mentionné « dans la En conséquence, le papier peint de la
chambre rue notre-Dame […] une tapis- maison Estèbe est forcément un produit
serie de papier en bon ordre au bas de d’importation.
laquelle est une boisure à hauteur des Dans la première édition de la Gazette
54 chaises […] l’appartement tapissé de de Québec, le 21 juin 1764, le marchand
papier colle […] un cabinet […] cloi- d’origine anglaise John Baird annonce,
sonné et tapissé de papiers19 ». en français et en anglais, la mise en vente
Les archives révèlent aussi que « au plus juste prix », d’« un assortiment
des tapissiers vivaient à Québec au de marchandises convenable à ce pays,
xviiie siècle20. Néanmoins, la fabrication qui ne font qu’arriver de Londres ».
de tapisseries tissées ou de papiers peints Parmi les marchandises énumérées, on
dans la colonie sous le Régime français note entre autre des « cottons imprimés
est tout à fait improbable. Tout d’abord et de l’Indienne », des « nankins » et du
parce que la production de textiles en « papier de tapisserie », appelé dans la
Nouvelle-France est restée marginale et version anglaise « Paper Hangings ».
ne suffisait pas à répondre aux besoins de
base (toiles, vêtements). Malgré quelques
tentatives, l’établissement de manufac-
tures était peu encouragé, voire même
interdit, sous le Régime français. Les
politiques mercantilistes considéraient
les colonies comme des espaces d’appro-
visionnement en matières premières et
des marchés pour les produits manu-
facturés en France21. En conséquence,
il est d’autant moins probable qu’uneRegards sur la chinoiserie au milieu du xviiie siècle à Québec Les marchandises étrangères dans la colonie La popularité des marchandises être identifiés, témoignant ainsi de la orientales en Europe s’est rapidement popularité de ce type de céramique et transportée dans les colonies nord-amé- des thèmes chinois qui y sont illustrés. ricaines. Les toiles peintes, introduites Les utilisateurs de porcelaine vivant en Europe au xvie siècle par les navi- dans le secteur de la place Royale étaient gateurs portugais, sont l’objet de nom- des gens relativement fortunés. Il s’agit breuses interdictions en France23. Vers d’un groupe restreint d’individus aisés, le milieu du xviie siècle, les Compagnies actifs dans le commerce international ou des Indes envoyèrent à leurs agents des occupant des fonctions importantes au échantillons et des dessins à reproduire sein du gouvernement, ce qui fait qu’ils ou à interpréter sur toile par les peintres, étaient bien placés pour connaître rapi- de façon à les adapter à la mode euro- dement et adopter les goûts et les habi- péenne, mélangeant alors traditions tudes des classes nobles ou bourgeoises décoratives indiennes, chinoises, japo- des pays européens. Dans la plupart des naises et même européennes. Quant aux cas, les propriétaires des maisons où papiers peints ou « papiers des Indes », furent retrouvés ces objets étaient des des droits doivent être payés lors de marchands et négociants qui tenaient leur entrée en France, mesure visant à un magasin sur les lieux même de leur limiter leur importation. L’interdiction résidence25. des étoffes et toiles peintes venant de L’étude des objets retrouvés révèle que 55 l’Inde, de la Chine et du Moyen-Orient la porcelaine était avant tout destinée à atteste la popularité de ces marchandises la consommation des boissons telles que en Nouvelle-France. Les autorités colo- le thé, le café ou le chocolat. La présence niales émettent quelques arrêts, édits ou de théière et de bols à thé témoigne du ordonnances visant à contrôler ou inter- développement de la coutume du service dire ces marchandises. Ainsi, en 1733, un du thé, plante d’origine chinoise, dont arrêt « interdit à tous les armateurs et la consommation se répand après 1760, négociants faisant le commerce des colo- soit au moment où la colonie devient nies d’Amérique d’y envoyer des étoffes anglaise. Tout comme le thé, la porce- et toiles peintes de l’Inde, de Perse, de la laine est un produit de luxe et tous deux Chine et du Levant24 ». ne deviendront plus accessibles que vers Bien que l’on ne possède pas de traces la fin du xviiie siècle. Ainsi, on relève de ces étoffes, une grande variété d’objets dans les inventaires plusieurs mentions de porcelaine orientale a été mise au jour de tasses à thé ou à café, de théières en par les recherches archéologiques réali- porcelaine, de cafetières en cuivre, de sées à Québec, précisément dans le sec- chocolatières et même de quelques ser- teur environnant la maison Estèbe. Au vices à thé déposés sur un cabaret en bois total, plus de deux cent soixante artefacts verni et, en 1778, la mention d’une table provenant de vingt et un sites archéolo- de Chine26. Néanmoins, les recherches giques et datant majoritairement de la effectuées dans les inventaires après seconde moitié du xviiie siècle ont pu décès par les archéologues n’ont permis
Nathalie Hamel
de repérer que seize documents conte- ce qui témoigne de la relative rareté de
nant des mentions de porcelaines, sur un ces objets.
total de cent seize inventaires dépouillés,
Les marchandises étrangères sur le site de la
maison Estèbe
La fouille des latrines de la maison L’inventaire des biens d’Henriette
Estèbe a permis la mise au jour de l’une Guichaud, veuve de Pierre Fargues, en
des plus importantes collections de por- novembre 1783, témoigne du niveau
celaines orientales du secteur de la place de confort régnant dans la maison à ce
Royale, pour la période allant approxi- moment. Elle possède de nombreux
mativement de 1755 à 181027. Cent seize meubles en acajou, répartis dans plu-
objets de porcelaine orientale ont été sieurs pièces : un bureau, six chaises, un
identifiés : 61 bols (dont 13 bols à thé et écran, des tables de divers formats, un
plusieurs bols moyens ayant pu servir fauteuil. Dans la chambre à l’avant de
comme vide-tasse, sucrier ou pour l’in- la maison, les meubles et objets divers
fusion du thé) ; 40 soucoupes ; 9 assiettes sont nombreux : lit, lits d’enfant, tables,
56 dépareillées ; 2 tasses ; un gobelet, une malles, fauteuil, armoires, fusils, épées,
soucoupe, une théière, un plateau à cuil- etc. On note la présence d’« une garni-
lères et un couvercle pour sucrier ou bol ture de cheminée en porcelaine prisée et
à infuser. L’influence européenne sur la estimée à 6 livres » et « un lot de tasses,
création d’éléments décoratifs d’inspira- assiettes de porcelaine et verres le tout
tion orientale est ici aussi visible par la ensemble prisé et estimé une livre »31.
présence de décors peints en bleu sur le cru Il semble qu’il soit habituel que les
qui présentent des motifs typiques de la ensembles à thé et autres belles vais-
tradition chinoise28. Outre les porcelaines selles soient rangés dans la chambre
orientales trouvées dans les latrines, on des maîtres ou dans la salle qui ser-
remarque aussi quelques fragments de vaient à l’époque de lieux de séjour et de
céramique anglaise (pearlware) présen- rencontres32.
tant des motifs de chinoiserie, ainsi que Une autre pièce de la maison retient
quatre pièces de porcelaine anglaise à l’attention : « une Chambre à Coucher
décor bleu d’inspiration orientale29. En sur le derrière de la maison donnant sur
outre, cent dix-sept objets en faïence, le bord de l’eau ». Il s’agit sans doute de
dont plusieurs comportent des décors la pièce où se trouvaient le papier peint
dans le style de la chinoiserie, ont été et les boiseries attribuées à l’atelier des
identifiés dans les latrines de la maison Levasseur, la seule autre pièce du rez-de-
Estèbe. La majorité des faïences retrou- chaussée donnant sur le fleuve à l’époque
vées est d’origine anglaise30. étant la cuisine33. On trouve dans cette
chambre un lit, « Un bureau de maho-Regards sur la chinoiserie au milieu du xviiie siècle à Québec
gany […] Six chaises de Mahogany et Gentleman and Cabinet-makers’Director,
deux fauteuilles […] Un fauteuille cou- que ses meubles « conviennent parfai-
vert de mocate […] Une Chaize longue tement pour la chambre à parer d’une
garnie de Ses oreillettes […] Une petite femme de qualité, surtout si les murs en
table de mahogany avec une boîte à thé sont tendus de papier des Indes35 ». Sans
[…] Vingt petits tableaux […] Un écran présumer que la chambre d’Henriette
de mahogany […] Un miroir doré […] Guichaud est dans le style de la chinoi-
Une table avec son Tapis […] Un poêle serie, on peut tout au moins affirmer que
double garni de son tuyau ». Le style le mobilier et les objets présents dans
des meubles n’est malheureusement sa résidence sont caractéristiques des
pas précisé dans l’inventaire. L’acajou modes favorites chez les classes privilé-
(« mahogany »), qui se prête particu- giées à cette époque : meubles d’acajou,
lièrement bien au décor sculpté, est vaisselle et garniture de cheminée en
cependant le bois le plus utilisé pour le porcelaine, boîtes à thé. Et, peut-être, un
mobilier fait dans le « goût chinois »34. papier peint à motifs de chinoiserie.
Thomas Chippendale affirme lui-même,
dans l’édition de 1762 de son ouvrage
Conclusion
57
Cette étude du papier peint de la sa pose se faisant fréquemment directe-
maison Estèbe a puisé aux méthodes ment sur les murs et la fragilité même
de l’ethnologie, de l’histoire et de l’ar- du matériau rendant sa conservation
chéologie historique, élargissant ainsi rarissime. En conséquence, les papiers
le spectre des connaissances en situant peints du xviiie siècle sont assez rares
l’objet dans une variété de contextes. dans les collections et généralement de
Ainsi, la correspondance des années 1940 petit format, ce qui s’explique aisément
nous renseigne sur le mode d’installation par la fragilité du matériau et la difficulté
du papier peint, son interrelation avec les de récupérer les papiers peints anciens.
boiseries de la maison Estèbe, sa décou- L’ensemble des informations recueil-
verte par un collectionneur, sa restaura- lies tend à confirmer que le papier peint
tion et les projets de mise en valeur qui retrouvé en 1946 dans la maison Estèbe
s’ensuivirent. Pour leur part, les archives date des environs de 1760-1770. La pré-
du xviiie siècle et les collections archéo- sence d’une chaise Chippendale dans les
logiques éclairent l’environnement dans motifs, les rares exemplaires de papier
lequel cet objet était utilisé à l’origine. peints datés du xviiie conservés dans les
Elles attestent la popularité de la chinoi- musées, l’illustration de la technique de
serie chez une classe aisée des habi- pose du papier peint par Jean-Michel
tants de la ville de Québec au milieu du Papillon en 1759, tous ces éléments nous
xviiie siècle. La présence de papier peint ramènent à la même période Le contexte
a pour sa part laissé bien peu de traces, de la découverte et les recherches archéo-Nathalie Hamel
logiques faites sur le site de la maison 5. À ce sujet, Nathalie Hamel, « Controverses
autour d’un objet : les boiseries de la maison Estèbe
tendent à confirmer une datation du troi-
à Québec », in Martin Drouin (dir.), Patrimoine et
sième quart du xviiie siècle. patrimonialisation du Québec et d’ailleurs, Québec,
L’illustration d’une scène de commerce Éditions MultiMondes, 2006. Pour plus d’infor-
en Orient sur le papier peint de la maison mations sur la collection rassemblée par William
H. Coverdale, Nathalie Hamel, La collection
Estèbe offre un clin d’œil intéressant Coverdale : la construction d’un patrimoine national,
puisque tous les occupants susceptibles Québec, Presses de l’Université Laval, 2009.
de l’avoir fait installer étaient eux-mêmes 6. Toutes les traductions de la correspondance
d’époque sont de l’auteure. « There are two motifs.
commerçants et que la maison est située One as shown with the weird willow trunk and the
dans le quartier portuaire, sa cour arrière figure seated in the Chippendale chair - a second
se terminant par un quai donnant direc- figure appears in the complete motif - to the left of
the seated figure. The other motif is a more lacey
tement sur le fleuve Saint-Laurent, porte
bough, a standing woman to the left, right hand
d’entrée importante du commerce colo- and arm elevated holding a graceful fluttering, red
nial. Objet rare et exceptionnel, le papier pennant. The red is still quite brilliant. In between
peint de la maison Estèbe témoigne de these two motifs the urns and cherry blossoms
appear, as shown on the fragment. The patterns do
techniques de fabrication anciennes, de not run in a long roll as modern wallpaper », lettre
réseaux commerciaux internationaux et de May Cole à William H. Coverdale, 23 février
d’un imaginaire de l’Orient jusque dans 1946, Bibliothèque et Archives nationales du
Québec, centre d’archives de Québec, fonds minis-
une ville coloniale d’Amérique. tère des Affaires culturelles, E6, 1980-00-025/2,
dossier « Correspondance-Coverdale&Colpitts–
1943-1949 ».
7. « a very nice showing somewhere some
58 Notes day », William H. Coverdale à May Cole, 17 mai
1946, Bibliothèque et Archives nationales du
1. Cet artefact a été offert au musée par la com- Québec, centre d’archives de Québec, fonds
pagnie Canada Steamship Lines en 1951. La com- ministère des Affaires culturelles, E6, 1980-00-
pagnie a alors conservé une petite partie pour sa 025/2, dossier « Correspondance-Coverdale &
collection et en a offert une autre au Royal Ontario Colpitts - 1943-1949 ».
Museum. On ne sait ce qu’est devenu le morceau 8. Nous remercions toutes les personnes
conservé par la compagnie, mais les deux institu- consultées : le musée des Beaux-Arts de Montréal ;
tions muséales possèdent toujours les parties qui Raynald Bilodeau (Parcs Canada) ; Ross Fox (Royal
leur furent offertes. Ontario Museum) ; Katherine Hunt (Winterthur
2. Notre façon d’aborder l’étude de la culture Museum) ; Bernard Jacqué (musée du Papier peint,
matérielle a été fortement influencée par l’ap- Rixheim) ; Dr Friederike Wappenschmidt.
proche multidisciplinaire utilisée par Marcel 9. Thomas Chippendale a publié un premier
Moussette, par exemple dans ses articles recueil de dessin de mobilier en 1754, Gentleman
« L’épingle et son double », Les Cahiers des Dix, and cabinet-makers’Director. Il a donné son nom à un
n° 60, 2007, p. 103-128, et « Les médailles reli- style anglais de meubles en acajou dans lequel se
gieuses, une forme de l’imagerie baroque en retrouvent éléments rococo, gothiques et chinois.
Nouvelle-France », Les Cahiers des Dix, n° 55, 2001, Il n’est toutefois pas à l’origine des styles rococo
p. 295-329. et chinoiserie en Angleterre (Oliver R. Impey,
3. Ramsay Traquair, No. 92 St. Peter Chinoiserie : the impact of oriental styles on Western
Street Quebec : A Quebec merchant’s house of the art and decoration, London, Oxford University
xviiie Century, Toronto, Brigdens Ltd, 1930. Press, 1977 ; Madeleine Jarry, Chinoiseries : le
4. Béatrice Chassé, « Maison Estèbe », in rayonnement du goût chinois sur les arts décoratifs des
Commission des biens culturels du Québec, Les xviie et xviiie siècles, Fribourg, Office du livre, Paris,
chemins de la mémoire, Québec, Les publications Vilo, 1981).
du Québec, t. 1, 1990 ; Marius Barbeau, « Les 10. Au sujet de l’histoire du papier peint,
Levasseur : maîtres menuisiers, sculpteurs et sta- voir entre autres Robert Kelly, The backstory
tuaires », Les archives de folklore, vol. 3, 1948. of wallpaper : Paper-Hangings 1650-1750, Lee,Regards sur la chinoiserie au milieu du xviiie siècle à Québec
Massachussetts, 2013 ; Felicity L. Leung, Wallpaper very charming. It is a mixture of various Asian
in Canada 1600s-1930s, [Ottawa], Parcs Canada, elements from China, India and the Near East.
2 vol., 1983 ; Bibliothèque Forney, Le bon motif : Chinoiserie wallpapers like this were produced
papiers peints et tissus des collections, 1760-1960 : in London during the 1750ties and 1760ties. [… ]
Paris, 21 septembre-31 décembre, Bibliothèque Forney, The wallpaper from Estebe House is a character-
Paris, Fédération française pour la coopéra- istic example of eighteenth century Chinoiserie in
tion des bibliothèques des métiers du livre et de England, which were sold at paper-makers in the
la documentation, 2004 ; Lesley Hoskins, The city of London like Bromwich & Leigh », courriel
papered wall : the history, patterns and techniques de Friederike Wappenschmidt à Nathalie Hamel,
of wallpaper, London, Thames & Hudson, 2005 ; 10 janvier 2004.
Catherine Lynn et Cooper-Hewitt Museum, 18. Archives nationales du Québec à Québec,
Wallpaper in America : from the seventeenth century Greffe du notaire Antoine-Jean Saillant, 26 avril
to World War I, New York, W. W. Norton, 1980 ; Gill 1770, inventaire, cité in George W. Leahy,
Saunders, Wallpaper in interior decoration, London, L’ornementation dans la maison québécoise aux xviie et
Victoria & Albert Publications, 2002 ; Victoria xviiie siècles, Sillery, Septentrion, 1994, p. 59.
and Albert Museum, Jean Hamilton et Charles 19 G. W. Leahy, L’ornementation dans la maison
Chichele Oman, Wallpapers : a history and illus- québécoise, op. cit., p. 58-59.
trated catalogue of the collection of the Victoria and 20. Nathalie Hamel, « Un papier peint inspiré
Albert Museum, London, Sotheby Publications in de l’Orient dans une ville coloniale d’Amérique.
assoc. with the Victoria and Albert Museum, 1982. Présence de la chinoiserie dans la maison Estèbe
11. Toutes ces planches sont reproduites dans à Québec au milieu du xviiie siècle », Revue de la
Françoise Teynac, Pierre Nolot et Jean-Denis culture matérielle, vol. 68, automne 2008, p. 26-27.
Vivien, Le monde du papier peint, Paris, Berger- 21. Joseph-Noël Fauteux, Essai sur l’industrie
Levrault, 1981. au Canada sous le régime français, [S.l. : s.n.], 1927,
12. « Each surface covered by the paper is on a chapitre X.
stretcher the size of that area, laid down on strips 22. Marcel Trudel, Histoire de la Nouvelle-
of canvas, joined by hand and overlapping the France : le régime militaire et la disparition de la
frame, secured by the hand forged tacks. With the Nouvelle-France 1759-1764, vol. 10, Montréal,
59
exception of the bottom and where modern doors Fides, 1999, p. 290-291 ; Felicity L. Leung, Marques
have been introduced and around the windows, d’identification des papiers peints et noms des fabri-
the paper is bordered by the pattern sent to you. », cants vendant des papiers peints au Canada, [Ottawa],
lettre de May Cole à W. H. Coverdale, 23 février Parcs Canada, 1980, p. 5.
1946, op. cit. 23. M. Jarry, Chinoiseries : le rayonnement du
13. Hugh Honour, Chinoiserie : the vision of goût chinois sur les arts décoratifs, op. cit., p. 50.
Cathay, London, John Murray, 1961, p. 132-135. 24. Odile Krakovitch, Arrêts, déclarations, édits
14. R. Kelly, The backstory of wallpaper : Paper- et ordonnances concernant les colonies, 1666-1779 :
Hangings 1650-1750, op. cit., p. 84-85. inventaire analytique de la série Colonies A, Paris,
15. « The west wall to the right of the original Archives nationales, 1993, p. 385.
door is papered. […] The door has been painted 25. Nicole Genêt et Camille Lapointe, La porce-
to blend with the pink of the cherry blossoms, I laine chinoise de Place-Royale, Québec, ministère de
think. […] No paper is on the reveal of the river la Culture et des Communications, 1994, p. 34-35.
wall, where the plain large panels were with the 26. Ibid., p. 36.
intricate carvings on the sides. I now think that 27. Monique La Grenade-Meunier avance
this whole panel which is fashioned differently l’hypothèse que les latrines de la maison Estèbe
to the rest, was created to carry the theme of the auraient été peu utilisées comme dépotoir après
paper. » 1790, raccourcissant ainsi de vingt ans leur période
16. Peter Thornton, Authentic décor : the d’utilisation ; Monique La Grenade-Meunier,
domestic interior, 1620-1920, New York, Viking, Vivre à Place-Royale entre 1760 et 1820 : Annexes 1 à
1984, p. 99, et M. Jarry, Chinoiseries : le rayonne- 6, vol. 3, [Québec], ministère de la Culture, 1993,
ment du goût chinois sur les arts décoratifs des xviie et p. 276.
xviiie siècles, op. cit., p. 13. 28. N. Genêt et C. Lapointe, La porcelaine
17. « The wallpaper from the Estebe House chinoise de Place-Royale, op. cit., p. 28 et 41.
(built in 1752), Quebec City, now in the Musée des 29. M. La Grenade-Meunier, Vivre à Place-
beaux arts de Montréal is a very nice and as far Royale entre 1760 et 1820, op. cit., p. 289.
as I know a rare example of a Chinoiserie wall- 30. Nicole Genêt, Les collections archéologiques
paper. Motives, technique, colouring and style are de la place Royale : la faïence, Québec, ministère desNathalie Hamel
Affaires culturelles, direction générale du patri-
moine (Dossier no 45), 1980.
31. P.L. Panet, (Greffe du notaire). « Inventaire
des biens d’Henriette Guichaux, veuve de
Pierre Fargues négociant de la rue Saint-Pierre
à Québec », 24 novembre 1783, Bibliothèque et
Archives nationales du Québec, centre d’archives
de Québec.
32. N. Genêt et C. Lapointe, La porcelaine
chinoise de Place-Royale, op. cit., p. 37.
33. Rappelons que les divisions de la maison ont
changé entre le moment de l’inventaire des biens
d’Henriette Guichaud, en 1783, et les relevés faits
par Ramsay Traquairen, en 1929 ; Béatrice Chassé,
L’hôtel de monsieur Estèbe à Québec, Québec, minis-
tère des Affaires culturelles, 1978.
34. Dawn Jacobson, Chinoiserie, London,
Phaidon Press, 1993, p. 138.
35. Françoise Teynac, Pierre Nolot et Jean-
Denis Vivien, Le monde du papier peint, Paris,
Berger-Levrault, 1981, p. 45.
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