Thème : les obstacles au développement local - Jean de Dieu Somda
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Conférence donnée lors de l’inauguration, par la CIDI, d’infrastructures de formations :
EPN ET ATELIERS
Thème
Thème: :les
lesobstacles
obstaclesau
audéveloppement
développementlocal
local
Jean de Dieu Somda
Les obstacles au développement local 1Avant-propos
En préalable, j’adresse mes remerciements aux initiateurs de cette
conférence. Ils m’ont fait confiance et honneur, en souhaitant que j’intervienne
sur un sujet qui préoccupe certainement tout le monde.
En effet, de plus en plus, chacun se demande ce qui se passe au sud-
ouest ; ça bouge partout au Burkina Faso. On constate que quelque chose est
entrain de changer. Mais chez nous on a l’impression que le temps s’est arrêté
au-dessus de nos têtes.
C’est une excellente chose que de commencer à réfléchir, à se poser des
questions. Cette interrogation, pour moi, est le premier temps du développement.
Le « quartier latin » du Burkina Faso est en voie de devenir un
éteignoir d’idées, voire un cimetière d’initiatives. Pourquoi ?
J’observe que le développement ne survient pas par hasard. Il ne se
décrète pas non plus ; le développement a une logique. Quand on n’a pas
compris cette logique, ou quand on flirte avec les exigences de cette logique, on
se met, soi-même, logiquement hors-jeu.
Je ne me contenterai pas d’égrener un chapelet d’obstacles au
développement local ; cette rencontre n’aurait pas grand intérêt. C’est pourquoi
je m’efforcerai d’aller chercher les causes, celles qui expliquent. Pour vaincre un
mal il faut supprimer la cause.
Pour soigner une fièvre, on ne casse pas le thermomètre qui ne
renseigne que sur le niveau de la température du patient. On s’attaque au mal à
l’origine de la hausse de température.
Le développement requiert, d’abord, une transformation de l’homme, la
transformation de ses habitudes, de ses croyances, de ses comportements ; la
modification de son système de valeurs.
Le développement requiert aussi une transformation des structures
internes de la société, et un réaménagement des relations diverses permettant de
favoriser l’accumulation du capital local.
L’exigence de la transformation de l’homme et de son milieu permet
d’affirmer que le processus de développement est le produit d’une culture. La
culture fournit aux individus un cadre d’apprentissage et d’adaptation. Ce qui
Les obstacles au développement local 2nous enseigne que les conditions du développement économique sont, d’abord,
d’ordre interne, et liées à l’existence de ressources naturelles et d’une
organisation sociale favorable et acceptée. Pour aboutir, une initiative de
développement doit partir des bénéficiaires :
- de ce qu’ils sont,
- de ce qu’ils savent,
- de ce qu’ils veulent faire,
- et de ce qu’ils veulent devenir.
Les conditions de développement sont, ensuite, d’ordre externe ; car en raison de
la capacité insuffisante de financement par l’épargne locale, par l’impôt ou par
l’emprûnt, l’apport du capital étranger est nécessaire.
Ce préalable formulé, ce que je vais dire ne fera, peut-être ,pas plaisir à tout
le monde. Mais je n’ai reçu aucune recommandation pour nous auto-caresser
dans le sens du poil.
Après ce petit avertissement gratuit je m’en vais introduire mon sujet
INTRODUCTION
Les obstacles au développement local 3Mmes et Mrs, l’équation du développement est de nature complexe et
difficile à résoudre. De même la réalité qui recouvre le mot « développement »
est redoutable, alors qu’on l’utilise à tout vent. C’est pourquoi je voudrais porter
des gants pour la manipulation de ce concept, en évitant les considérations trop
théoriques pour lesquelles, d’ailleurs, je ne pense pas avoir les compétences
requises.
Ma préoccupation sera la suivante : en gérant la pénurie, comment assurer,
dans le présent, la satisfaction de nos besoins essentiels (matériels, et spirituels),
sans hypothéquer les possibilités pour les générations futures, de pouvoir
satisfaire leurs besoins propres ? C’est un casse-tête qui n’est pas seulement
chinois,il est universel !
Pour les spécialistes, « se développer, c’est produire et se reproduire » se
développer, implique qu’on invente des stratégies soi-même, à partir de son
patrimoine culturel propre (dans le patrimoine culturel de toutes les sociétés il
existe des valeurs, des outils et des concepts appropriés). Dans le même temps il
faut adapter les apports extérieurs,et partager, avec les autres, ce que l’on peut
leur apporter.
Le développement n’est pas fermé, il est ouvert. Mais il ne s’agit pas de
copier ,ou de photocopier.
Le singe est considéré comme le champion de la grimace.Il est inutile de
chercher à lui faire la concurrence.Celui qui essaie,sera toujours en retard d’une
grimace
Pour reproduire ce que les autres( lespays développés) ont déjà fait, il faut
être exactement dans les mêmes conditions historiques : pas possible ! Alors,
mieux vaut faire confiance en soi-même, profiter de l’expérience des autres,
renforcer sa propre volonté de construire l’avenir, avec son entourage, à partir
des leçons du passé et du présent.
Ce sont là des fondamentaux d’un processus de développement, des
impératifs qui obligent au respect de normes sociales de solidarité, de justice et
d’équité qui n’excluent personne.
A défaut de cela on ne fera qu’allonger la liste des expériences ratées.
Local ou national le développement n’intervient pas dans le vide ; c’est
une réalité qui se manifeste dans un cadre donné avec des facteurs donnés.
Les obstacles au développement local 4Cet environnement est une réalité concrète, saisissable à travers des milieux
physique et humain, des activités socio-économiques …
Il s’agit d’un existant visible, voire tangible que j’appellerai : « le contexte. » Le
contexte local sera la première partie de mon exposé.
Selon Jacques Austruy, (professeur à la Faculté de Droit et des Sciences
Economiques de Paris-Ouest), « le développement est un mouvement qui
bouleverse, fondamentalement, une société pour permettre l’apparition, la
poursuite et l’orientation de la croissance vers une signification humaine »
Si tel est le cas nous allons rapprocher notre situation locale, ce que nous
avons fait depuis l’indépendance, de la logique du développement. Ce sera la
deuxième partie de mon exposé ; pour voir si nous tenons la route.
Cette approche nous conduira à appréhender, de manière spécifique, les
obstacles au développement local, liés au contexte, à la manière dont nous
mettons en œuvre les actions, à nos pratiques socio-culturelles.
Ce sera la troisième partie de mon exposé.
Tel est le fil conducteur que je voudrais suivre, avec vous, vers une conclusion
ouverte . Pour vous permettre de me suivre, voici le plan de mon exposé.
PLAN DE L’EXPOSE
Avant-propos
Introduction
Les obstacles au développement local 5I-Contexte local
1-Caractéristiques naturelles
a) Relief
b) Climat
c) Population
2- Données socio-économiques
a) Principales activités
b) Secteurs sociaux
c) Phénomène de la pauvreté
3-« Dynamique locale »
a) Action des élites
b) Action des OCB
c) Intervention des Partenaires Techniques et Financiers
d) Action de l’Etat
II- Dynamique locale et logique de développement
1- Nature du développement
a) Définition de concepts
b) Rencontre entre deux logiques
c) Echec de la dynamique locale
2- Origines des obstacles au développement local
a) La connaissance imparfaite du milieu local
b) Les « cercles vicieux »
c) L’investissement étranger
3- Justification économique du non-développement local
a) mauvaise vision de l’avenir
b) Forte dépréciation du futur
c) Pouvoir de transformation du milieu
III- Problématique de l’unité d’action
1- Quelques traits de personnalité des peuples du sud-ouest.
2- Rapports sociaux traditionnels et pratiques politiques
3- Influence des pratiques politiques sur le développement
Les obstacles au développement local 6CONCLUSION
I- Le contexte
Les obstacles au développement local 7Notre environnement physique et humain occupe une position
géographique stratégique, à la frontière de deux états voisins, le Ghana et la
Côte d’Ivoire, deux économies fortes de la sous-région ouest africaine.
Nous allons appréhender ce cadre de vie, ainsi que les données socio-
économiques à travers la dynamique interne développée.
1- Les caractéristiques naturelles : relief, climat, population
1-1. Le relief (sols, végétation, hydrographie)
La région du sud-ouest couvre une superficie d’environ 16500km², soit 6%
du territoire national. Le relief est relativement accidenté, majoritairement
constitué de plateaux d’altitude variant entre 250 et 450 mètres. Le territoire
régional est sillonné de petits cours d’eau saisonniers qui sont les affluents du
fleuve Mouhoun.
On note l’existence d’autres unités topographiques plus vastes : des plaines
et des bas-fonds constitués d’une grande diversité de sols.
*Les sols
On distingue 4 familles de sols dans notre région :
- Les sols dits bruns eutrophes tropicaux sur matériaux argileux. Leur
potentiel chimique est élevé. Ce sont les meilleurs sols du Burkina.
- Les sols ferrugineux tropicaux lessivés sur matériaux sableux , sablo-
argileux et argilo-sableux : sols gravillonaires, riches en graviers, faibles en
valeur agronomique.
- Les sols ferrallitiques sur matériaux sablo-argileux, caractérisés par un
matériau sédimentaire qui contient du quartz, de l’argile kaolinique et du fer,
parfois de l’alumine. Ils sont acides, perméables avec une faible potentialité
chimique
- Les sols hydromorphes à potentialité chimique moyenne. Ils sont favorables
à de nombreuses cultures.
*La végétation
Relativement dense, la végétation appartient au domaine phyto-géographique
soudanien, principalement de savane avec des sous-types, depuis la savane
boisée à la savane herbeuse, des forêts claires, des forêts galeries le long des
cours d’eau. Les ères à vocation faunique sont estimées à 271.000 hectares :
important capital.
Les obstacles au développement local 8*L’hydrographie
Le réseau hydrographique appartient au bassin du mouhoun avec un
important potentiel de sites de barrages (Bougouriba, Noumbiel…)
Il existe d’autres cours d’eau non moins importants : Bougouriba,
Bambassou, Poni,Deko, Kamba, Pouené, Koulbi…
1-2. Le climat (précipitations, température, vents)
Notre région est l’une des mieux arrosées au Burkina : zone climatique de
type soudano-guinéen (ou pré-guinéen), caractérisée par deux saisons
(humide et sèche) de durée à peu près égale. Mais le déséquilibre s’agrandit
au profit de la saison sèche.
*Les précipitations
La région connait une pluviométrie relativement importante par rapport à la
partie nord du pays, puisqu’elle reçoit du nord vers le sud 900 à 1200 mm de
pluie par an.
*Température
La température est, généralement, plus douce qu’ailleurs dans le pays : 27°c
de moyenne.
Elle oscille entre 21°c et 32°c ,donc une amplitude thermique de 11°c. Le
temps d’insolation annuelle varie entre 6et 8 heures par jour.
L’humidité de l’air est relativement importante.
*Les vents
Deux principaux vents soufflent sur notre région
- L’harmattan : masse d’air continental provenant de l’anticyclone saharien
(nord-est / sud-ouest). Il s’agit de l’air chaud et sec, avec des suspensions
poussiéreuses (il souffle d’octobre à avril)
- La mousson : masse d’air maritime (qui vient de l’océan atlantique)
Il s’agit de l’air chaud et humide, provenant de l’anticyclone austral (dit de
sainte Hélène) et souffle du sud-ouest vers le nord-est. Il est à l’origine des
précipitions
Les obstacles au développement local 9En effet la rencontre des deux masses d’air constitue le Front Intertropical
(FIT) ou Convergence Intertropicale (CIT) dont le mouvement au-dessus du
pays (donc de la région) engendre les variations climatiques, avec les
différences de niveaux de pluie croissant du nord vers le sud (C'est-à-dire
vers notre région)
1-3.La population (effectifs, structure, caractéristiques socio- culturelles)
*Les effectifs
- Estimation 2006 : 620.767 habitants dont 299264 hommes et 321.503
femmes, soit 93 hommes pour 100 femmes (ou 48% d’hommes et 52% de
femmes).
- Projection à l’horizon 2010 : 687.826 habitants .
- Projection à l’horizon 2015 : 795.549 habitants .
De 1985 à 1996 le taux d’accroissement de la population était de 0,81%. Il
est passé à 2,5% entre 1996 et 2006. Il se promène au-delà de 3%
aujourd’hui.
*La structure de la population
Cette population, qui s’accroit de façon vertigineuse, est à 88,7% rurale
dont 56,65% de jeunes de moins de 20 ans.
Sa densité au km2 est de 59 habitants dans le IOBA, 35 habitants dans la
Bougouriba, 34 habitants dans le Poni et 24 habitants dans le Noumbiel.
*Les caractéristiques socio-culturelles
La population du sud-ouest est composée de plusieurs groupes ethniques :
Lobi, Dagara, Djan, Birifor, Pougouli, Mossi, Bwaba, Dioula, Vigué, Tiefo,
Dogsè.
Chez les ethnies autochtones (Lobi, Dagara, Birifor, Pougouli et Djan) la
structuration sociale est marquée par des clans et des lignages.
Dans notre région les indicateurs de performances sont tout à fait
modestes dans les différents secteurs sociaux et économiques
2- Données socio-économiques
2-1 Les principales activités économiques
Les obstacles au développement local 10L’agriculture et l’élevage constituent les principales activés économiques.
Ils fournissent l’essentiel des revenus des ménages.
Selon les études du schéma National d’Aménagement du Territoire (SNAT) la
part de la région, en 2005, dans le produit intérieur brut (PIB) global du pays
était de 3,26%
Notre économie locale repose sur le secteur primaire : agriculture,
élevage, pêche, faune, forêts qui apporte 57,2% au PIB local.
*L’agriculture
C’est la principale activité avec un peu moins de 40% du PIB local,
suivie de l’élevage (environ 15%), de la pêche et de la forêt (ensemble 3,5%)
Aucune autre branche, soit du secteur secondaire, soit du tertiaire n’atteint 10%
L’agriculture occupe la quasi-totalité de la population (95%) : élément
essentiel dans la vision de l’avenir, dans l’élaboration des perspectives de
croissance, dans la répartition des fruits de cette croissance.
Pour l’instant, de grands défis sont à relever : valorisation des
ressources en eau pour pratiquer la production intensive dans les nombreux bas-
fonds inexploités ; accès difficile aux zones à fortes potentialités de production,
aux marchés d’exportations ; approvisionnement durable des entreprises, des
services, des populations, en énergie à moindre coût.
Notre région occupe le 1er rang des régions à potentialités irrigables. Elle
abrite, sur 233500 ha irrigables au Burkina, 96100 ha, soit 41,16 %. La mise en
valeur des bas-fonds aménageables, pour la pratique de l’irrigation, en vue de
réduire la dépendance vis-à-vis des caprices pluviométriques est un complément
indispensable à la production pluviale, de plus en plus confrontée aux effets
néfastes de la variabilité et du changement climatiques.
*L’élevage
C’est le second pilier de l’économie locale :
- Plus de 300.000 bovins
Les obstacles au développement local 11- Plus de 230.000 ovins
- Plus de 530.000 caprins
- Plus de 276.000 porcins
- Près de 1.900.000 volailles
qui procurent d’importants revenus aux populations
Mais dans la plupart du temps il s’agit d’un élevage traditionnel, extensif, voire
contemplatif, qui se pratique, dans la plupart des familles, à partir d’espèces
locales de faible productivité.
Le fait que tout le monde est agriculteur et éleveur est un atout
considérable, insuffisamment exploité. En effet les animaux sont partie
intégrante de l’exploitation familiale.
*La pêche, la faune
La pêche et la faune font l’objet d’exploitation traditionnelle. Elles sont peu
organisées. Dans ce domaine les statistiques sont peu faibles.
*L’artisanat
Activité secondaire, ce secteur comprend :
-l’artisanat d’art, expression de la culture passée et présente (poterie, sculpture,
vannerie…)
- l’artisanat de production ou de service : toute activité qui fournit un service
d’entretien et de réparation (mécanique, maçonnerie, menuiserie…) Ce secteur,
qui est informel, manque de qualification professionnelle.
*Le tourisme
Dans une étude réalisée en 2004, par la CIDI, avec l’appui d’un expert
canadien il a été identifié, dans notre région, 24 sites à potentiel touristique
susceptibles d’avoir un rayonnement international.
Mieux valorisés certains pourraient présenter un atout important de
développement.Le potentiel touristique est important et diversifié.
*L’hôtellerie
Les obstacles au développement local 12Les infrastructures hôtelières sont de qualité passable dans l’ensemble. Leur
qualité et celle de l’accueil sont en deçà de ce qu’il faut pour valoriser le
potentiel touristique local : unités d’hébergement à capacité faible.
*Les secteurs industriel et minier
- L’activité industrielle est embryonnaire et réduite :
* à l’usine d’égrenage de coton (SOFITEX) à Diébougou dans la province
de la Bougouriba.
*à 3 unités de production d’énergie électrique thermique (Gaoua, Diébougou,
Batié)
* à 2 unités de production d’eau (Gaoua, Diébougou).
-La carte géologique du Burkina nous indique que notre région a des zones à fort
potentiel minier : Bondigui (or), Batié (or), Gaoua (Cuivre)…
L’exploitation est une activité essentiellement artisanale exercée par des
orpailleurs (54 sites aurifères en 2009) qui causent d’importants dommages aux
populations dans les domaines de l’environnement, de la santé et des activités
agro-sylvo-pastorales.
*Le commerce
Le commerce (34,78% du PIB dans le secteur tertiaire) est la source
essentielle de revenus des ménages tirés des principales activités (agriculture et
élevage). Les ventes de produits agricoles et des animaux ont lieu dans les
marchés villageois principalement, parce que les infrastructures marchandes
modernes sont dans les chefs-lieux des communes, urbaines et rurales ; et la
plupart du temps dépassées. Le commerce reste dominé par le secteur informel
et les ventes de détail. Ouagadougou et Bobo-Dioulasso sont les principaux
centres d’approvisionnement en articles agro-alimentaires, ménagers, électro-
ménagers et d’habillements.
*Transports et communication
-Transport routier essentiellement par des compagnies privées. Le bitumage
de la « croix du sud » (Pâ-Frontière de la Côte d’Ivoire en passant par Dano-
Djikolo-Diébougou-Gaoua et Bobo-Diébougou-Djikolo-Dissin-Hamelé-
frontière du Ghana) est un atout majeur .
Les obstacles au développement local 13Les pistes rurales (3590 km) toutes classes confondues sont généralement
en mauvais état
- Notre région est couverte par cinq bureaux de services postaux et financiers
localisés à : Gaoua, Batié, Diébougou, Dano et Dissin.
Le réseau téléphonique est articulé autour d’un central téléphonique
automatique installé à Diébougou et appuyé par la téléphonie mobile
exploitée par deux opérateurs privés ( Telecel et Airtel) et un opérateur
historique( Telmob)
-Les medias (presse écrite, radio, télévision) :
.presse écrite : pas d’organe local ; les quotidiens et hebdomadaires
d’information sont fournis par des distributeurs privés.
. il existe une station régionale de la Radio Télévision du Burkina (RTB) à
Gaoua chef-lieu de la région et deux radios confessionnelles (Unitas, à
Diébougou, et RESO à Gaoua).
*Les banques et institutions de micro-finance
Les institutions bancaires et de micro-finance sont représentées dans la
région par :
-les agences de la BACB, de la BIB, d’ECOBANK
-l’union Régionale des caisses populaires du sud-ouest
Ces structures sont installées à Diébougou et Gaoua pour les Banques. Seize
(16) caisses sont reparties dans les 4 provinces de la région
(Poni,Noumbiel,Bougouriba,Ioba)
Mmes et Mrs, a cette étape de nos observations je note que notre région
est essentiellement agricole et culturelle : deux aspects qui peuvent constituer
des moteurs de l’activité économique. C’est la première région (au plan
national) dans la production de l’igname. Pourtant la fête de l’igname est
célébrée ailleurs !
Sur un potentiel de production annuelle estimée à près de 600.000 tonnes
de noix de karité au Burkina, nous sommes au 1er rang des régions à fort
potentiel avec 142500 tonnes, devant le Centre-Ouest/Koudougou (135500
Les obstacles au développement local 14tonnes), Cascades/ Banfora (132.000 tonnes) et les Hauts-Bassins (60000
tonnes). Pourtant le beurre de karité est plus renommé ailleurs !
La collecte, la transformation, et la commercialisation, restent au stade
artisanal, sans professionnalisme.
Le potentiel touristique et culturel , qui peut constituer un pôle porteur de
croissance, est peu valorisé. Pourtant c’est chez nous que se trouve le seul
site national classé au patrimoine mondial de l’UNESCO (Ruines de
Loropéni)
Le potentiel minier reste dans une phase d’exploitation artisanale aux
mains d’orpailleurs venus, majoritairement, d’ailleurs !
Le premier enseignement que l’on peut tirer est une dépendance forte par
rapport au seul secteur agro-sylvo-pastoral, qui est très vulnérable parce que
confronté aux difficultés d’adaptation au changement climatique, pendant
que de nombreux jeunes grossissent les rangs de l’émigration intérieure.
2-2. Les secteurs sociaux
*L’éducation
De matière générale les performances du « quartier latin » d’hier sont en-
dessous des moyennes nationales dans le système formel.
- Enseignement pré-scolaire peu développé avec seulement cinq (5) structures
pour toute la région
- Enseignement primaire : taux brut de scolarisation (TBS) envviron 50%
contre une moyenne nationale de 72,5% .
- Enseignement secondaire : TBS au 1er cycle 25% (moyenne nationale :30%)
- Enseignement supérieur : moins de 1% : TBS au seconde cycle 7,1% contre
une moyenne nationale : 10,1%
-Formation professionnelle : 7 centres d’apprentissage et écoles nationales de
formation professionnelle
Dans le système non formel : 18% de taux d’alphabétisation contre 28%
au plan national.
*La santé
Dans le Cadre Stratégique Régional de Lutte Contre la Pauvreté
(CSRLC) je lis ceci : « dans la région du sud-ouest l’état des lieux n’est
Les obstacles au développement local 15pas des meilleurs ». En 2003, on comptait 65 formations. Les CSPS
étaient situés à plus de 20 km .
En 2009 on enregistre une centaine (97) de formations sanitaires. Le
taux de fréquentation serait de 50% et le taux d’accouchement assisté :
56,61%
Les choses se seraient améliorées apparemment, améliorant du coup le
taux de croissance démographique qui passe à plus de 3%
*Eau et assainissement
Il semble qu’en 2009 la région comptait 2330 forages dont 511 en
panne. Il était recensé aussi 782 puits dits permanents et 9 postes d’eau
autonomes, On l’a vu plus haut, l’ONEA est présent seulement à
Diébougou et à Gaoua.
Cette situation cache un besoin réel en points d’eau potable.Quand on
compare l’existant avec le nombre de villages de la région (1100 environ)
dispersés dans un système d’habitat extensif ,le taux de couverture en eau
potable est loin de la proportion de 500 habitants pour un point
d’eau,assurant une consommation journalière de 20l par personne, avec
une réduction significative de la distance de portage à 500 mètres.
Une enquête de 2007 révèle que 78% des ménages utilisent la nature
comme lieu d’évacuation des eaux usées ; que 78,7% utilisent la nature
comme lieu d’aisance. Quant aux ordures ménagères elles s’amoncellent
en tas d’immondices devant les cases, chez 44,3% des ménages.
Ainsi donc l’assainissement demeure un défi à relever notament dans les
volets gestion des ordures, des eaux usées et de l’utilisation des fosses
d’aisance.
*Energie électrique
Nous l’avons signalé plus haut : deux centres de production thermique
et une coopérative (COOPEL) approvisionnent la région en électricité.
On dénombre 4068 abonnés sur 103854 ménages soit un taux d’accès
à l’énergie électrique d’environ 4%. Dans les centres urbains (chefs-lieux
des communes) ce taux est d’environ 29%.
*Promotion et protection sociales
Phénomènes sociaux perceptibles :
‐ exode rural précoce des jeunes, et même des enfants ;
Les obstacles au développement local 16‐ enfants de plus en plus nombreux dans la rue ;
‐ faiblesse de l’accès des femmes aux moyens de production ;
‐ Mariages précoces et procréation accélérée, sans planning familial .
*Emploi
Le recensement général de la population en 2006 donne les résultats
suivants pour la population de 15 ans et plus/
‐ 57,33% d’indépendants
- 16,72% d’artisans et ouvriers
‐ 17,19% personnel de services et vendeurs
‐ 2,99% de salariés
‐ 4,58% représentant tous les autres groupes (cadres supérieurs et
subalternes de l’administration, ouvriers et employés non qualifiés, armée
et agents de sécurité)
‐ 0,68% d’apprentis
‐ 0,51% d’employeurs
2-3. Le phénomène de la pauvreté
L’examen du contexte local ne peut pas faire l’impasse sur le
phénomène de la pauvreté . La pauvreté est la richesse de notre région. « La
région du sud-ouest est une région à paradoxes :potentialités énormes en
ressourses naturelles et pauvreté croissante » ; une pauvreté progressive et
accélérée.
Voyons son évolution, et son approfondissement, dans la littérature
de l’Institut National de la Statistique et de la Démographie (INSD). L’indice
de la pauvreté, proportion de la population vivant en-dessous du seuil de
pauvreté évolue comme suit , avec des disparités selon les provinces.
1994 : 44,8%, avec un seuil de pauvreté absolu estimé à 41,099F
1998 : 47,2%, avec un seuil de pauvreté absolu estimé à 72.690F
Les obstacles au développement local 172003 : 56,6%, avec un seuil de pauvreté absolu estimé à 82.762F
C'est-à-dire que plus d’une personne sur 100 rejoint le rang des pauvres chaque
année
Si nous considérons les indices de pauvreté humaine provincialisée (IPHP) la
situation actuelle s’aggrave :
Noumbiel : 65,4%
Poni : 64 ,8%
Bougouriba : 59 ,9%
IOBA : 58,7%
La moyenne de ces indices nous révèle que 62,2% des individus de notre
région vivent dans la faim, la soif, la misère, l’analphabétisme et la pénurie
des services essentiels de base .
La précarité des conditions de vie observée, quotidiennement, vient
corroborer la réalité de ces chiffres.
Mmes et Mrs, voici le contexte local dans lequel nous évoluons.Il
est peint à gros traits. Mon intention est de voir rapidement, si ce qui
se passe dans le panorama présenté, peut être, ou non, en cohérence
avec un processus de développement réel. C’est pourquoi nous
allons examiner maintenant la dynamique locale qu’un certain
nombre d’acteurs ont essayé d’imprimer à ce contexte.
3- La dynamique locale
Depuis les années 60, le sud-ouest est une région saturée
d’animation. L’engagement dans la lutte contre la pauvreté s’est exprimé dans
un activisme permanent de divers acteurs au profit des populations.
Mon propos va s’intéresser à l’action des éléments que je
considère les plus représentatifs :
‐ les élites (locale et de la diaspora)
‐ les organisations communautaires de base
‐ les PTF
‐ l’Etat
*L’action des élites
Il a existé une tradition de lutte dans le sud-ouest contre
l’adversité, l’injustice, et pour la liberté, au point que la région demeure
Les obstacles au développement local 18encore stigmatisée, et traitée, à travers des préjugés défavorables, de zone
rebelle, peuplée « d’indiens ». Nous serions les « indiens du Burkina » !
Jadis immergés dans le milieu social, les organisations des élèves et
étudiants et des intellectuels de manière générale, ont accompli un travail
remarquable de sensibilisation pour élever le niveau de conscience des
populations. Mais, peu à peu, elles se sont diluées, liquéfiées, dans des
contradictions idéologiques, puis politiciennes, qui ont rendu les individus
inefficaces dans leur rôle de leaders, de catalyseurs et d’animateurs de la
vie socio-culturelle de leur milieu d’origine.
La mobilisation, au cours des années 60, qui avait suscité beaucoup
d’espoir pour le changement, a disparu, créant un vide, rapidement occupé
par une passivité généralisée, et la recherche effrénée de la facilité.
En matière de développement, la couche privilégiée des élites,
locales et de la diaspora, est sans dynamisme économique. Elle est
presqu’ uniquement de type administratif, dont la prospérité, et le pouvoir,
dépendent de l’Etat et du capital étranger. Elle trouve une activité
rémunératrice à ses revenus excédentaires, dans la spéculation
immobilière, sans jouer de rôle significatif dans le développement de la
région.
Elle a contribué à alimenter une croissance nationale dominée par le
capital étranger. Ce type de croissance ne débouche pas,
automatiquement, sur le démarrage économique, mais plutôt sur une
dépendance extérieure accrue qui peut, à terme, conduire à des goulots
d’étranglements.
Qu’avons-nous fait? Des investissements ostentatoires dans le béton, dans
l’acquisition de véhicules de luxe, sans le renforcement des capacités
productives. Ainsi le développement de notre région est entravé par des
distorsions économiques et sociales : les effets d’imitation dans les styles de
consommation et l’attraction des maigres ressources locales disponibles par le
secteur des services, particulièrement le commerce informel.
*Les organisations communautaires de base
Depuis 50 ans on assiste à un foisonnement de ces organisations
dans les villages, les départements, qui laissent espérer des changements
dans les comportements. Elles sont créées par les jeunes, les femmes, les
hommes, et structurées selon un modèle étranger aux habitudes locales
d’organisation : Président, secrétaire, trésorier… dans une société
analphabète qui ne connait pas l’élection.
Les obstacles au développement local 19Ces structures se superposent aux structures traditionnelles
restées intactes. Or l’organisation sociale locale a tendance à se perpétuer
à travers le culte des ancêtres, à travers des références obsessionnelles aux
pratiques des ancêtres, parfois inhibitrices de l’activité productive.
L’action de toutes ces organisations, civiles ou religieuses, est caractérisée
par la recherche de l’intérêt immédiat et la pratique d’une économie de
subsistance, sans modification des habitudes de production et de
commercialisation, dans un marché local restreint et peu porteur. Leurs
actions sont aussi caractérisées par l’esprit de compétition dans les mêmes
secteurs d’activités, dans les mêmes zones d’intervention, dans l’accès
aux ressources de financement, provoquant des gaspillages d’énergie et
l’affaiblissement des impacts qui seraient mieux accrus dans une
complémentarité guidée par une vision concertée.
*Les Partenaires Techniques et Financiers
Pendant longtemps l’action des PTF a tenu compte de priorités
liées, souvent, à leurs propres intérêts, dans le choix des domaines
d’intervention, dans la répartition des zones d’intervention.
Ainsi a-t-on vu des investissements perdus : des écoles sans
écoliers pendant que les enfants trainent à la maison, parce qu’implantées
sans concertation avec les villages censés être les bénéficiaires ; des ponts
dans la nature ,dès après la première saison des pluies, à cause des études
de tracés de routes mal faites ou pas faites du tout ; des aménagements
inexploités, parce que l’on a sous-estimé ,ou ignoré, la force de la
tradition, ou les suites dramatiques de querelles inter- villageoises etc…
Beaucoup de générosité a été ainsi gaspillée, par l’ignorance des
auteurs, ou par l’application d’une logique inadaptée qui a voulu faire le
bonheur des populations malgré elles. On ne peut pas coiffer une tête en
son absence !
De façon générale le sud-ouest a été pénalisé par l’absence
d’activités structurantes des ONG, et des autres associations de
développements parce que longtemps considéré comme une région
privilégiée
Elle est aujourd’hui 10ème/13 régions, en matière de pauvreté ;
12ème/13 en matière d’enseignement de base, d’enseignement secondaire
et de centres de santé. C’est l’une des régions les moins couvertes en
matière d’électricité. Le taux d’alphabétisation est de 18%.
Les obstacles au développement local 20L’aide au développement mobilisée par les associations est
surtout venue de l’extérieur, à travers des jumelages, à travers la
collaboration entre associations amies. Son efficacité n’a pas été toujours
évidente pour imprimer une dynamique significative, capable de produire
le changement.
*Les interventions de l’Etat
Le développement repose, avant tout, sur une participation
consciente et responsable des acteurs-clés que sont les populations. Il
requiert une bonne gouvernance décentralisée qui incombe à l’Etat, c'est-
à-dire la mise en place d’une politique impliquant tous les acteurs
concernés, à l’échelle de l’analyse et des interventions.
Or, jusqu’à un passé récent les stratégies et les programmes
développés en direction de nos populations rurales, n’ont jamais atteint les
résultats escomptés. Ils n’ont pas pris en compte la démarche par laquelle
les populations perçoivent le changement comme une réponse à des
problèmes identifiés par elles-mêmes.
Les grandes orientations, en matière de développement rural, ont été, les
20 dernières années, marquées par des mutations significatives ayant le
souci d’appréhender les problèmes de développement dans leur globalité.
Ce n’était pas le cas dans les expériences antérieures.
Exemples : -l’approche ORD les années 60/70 (Organisme Régional de
développement) était fondée sur une stratégie de vulgarisation des paquets
technologiques et la notion de direction. L’idée était de développer le
monde rural. Alors, l’agent de développement était vu comme un donneur
de leçons (l’encadreur) qui indique ce qu’il faut faire.
Le villageois doit accepter ce qu’on lui présente, ce qu’on lui
impose. C’était un élément passif dans son propre développement.
Malgré les moyens importants déployés par l’ORD, sur
financement de la Banque Mondiale, l’évaluation a montré un échec de la
formule et une régression du niveau de vie des populations. Il n’y a pas eu
appropriation de processus. Il y avait eu, pourtant, des velléités de
spécialisation régionale.
Sur les cendres de l’ORD naitra l’approche CRPA (Centre Régional
de promotion Agro-pastorale).
- La stratégie du CRPA est basée sur l’organisation des populations
pour la valorisation des potentialités locales, par la création de
Les obstacles au développement local 21groupements, pour faire passer les messages techniques au sein des
villages. Cette expérience n’a pas vécu longtemps. Ce fut une opération
de regroupements plutôt qu’une organisation paysanne fondée sur la libre
adhésion. Il n’y a pas eu aussi appropriation.
Ces expériences sont caractérisées par des approches sectorielles
avec une grande diversité de principes et méthodes. Elles ont, néanmoins
permis de clarifier les concepts, de mieux appréhender le contexte,
d’affiner les démarches opérationnelles sur le terrain et de définir de
nouvelles orientations (dans les années 90) dans un document important
du gouvernement : « la Lettre de Politique de Développement Rural
Décentralisé » (LPDRD) dont l’objectif est de mieux maîtriser les
stratégies, globales et sectorielles, à mettre en œuvre, pour un
développement local durable et soutenu. Mais, concrètement, on avait
déjà perdu 30 ans !
La 3ème expérience, qui en découle, fait appel au slogan : « on ne
développe pas, on se développe » formule célèbre du non moins célèbre
Professeur Joseph Ki-Zerbo dans la « Natte des autres ». Elle est fondée
sur la notion de participation et de responsabilisation des populations
rurales dans leur propre développement. Cette nouvelle vision exige
d’adopter les principes suivants :
-La participation des populations rurales à toutes les étapes des stratégies de
développement (diagnostic conjoint, élaboration de plans, exécution,
suivi/évaluation) ;
-La responsabilisation des populations dans le choix des priorités dont elles
assument la maîtrise d’ouvrage au niveau local.
-le recentrage du rôle de l’Etat, l’implication du secteur privé et de la
société civile dans le processus de développement. Ce qui avait toujours
manqué.
Il faut attendre de voir ce que le temps nous réserve.
En attendant, les populations sont restées pauvres et considérées
comme les cibles des actions entreprises. Au contraire ces populations
rurales et leurs organisations sont des atouts et des partenaires dans le
processus de développement.
Nous le constatons, quotidiennement ; si les règles du jeu sont
claires, ainsi que l’accès à l’information et aux supports appropriés, nos
populations sont capables d’organiser la disponibilité des biens et des
services qui répondent à leurs priorités.
Les obstacles au développement local 22Nous avons examiné nos ressources disponibles et potentielles
mises en mouvement par une « dynamique locale ».
Cependant l’analyse du développement ne peut se réduire à celle du
mouvement engendré par le contexte structurel.
A mon humble avis, l’analyse du développement local nous
impose de rechercher quelle finalité explique et justifie le changement de
structures que constitue le développement.
C’est pourquoi nous allons comparer la dynamique observée,
avec la logique du développement.
II- Dynamique locale et logique de développement
Le développement n’est pas un processus seulement économique. Il est
surtout un processus social et politique.
1-Nature du développement
Il ne faut pas confondre le développement avec un certain nombre de
concepts comme : expansion, croissance, progrès…
Pour la compréhension de notre sujet nous allons préciser ces notions
a)Définition de concepts
-L’expansion d’abord, est «l’accroissement temporaire et
réversible de quantités économiques lié aux mouvements courts de
la conjoncture ».
-La croissance se définit comme « l’augmentation, poursuivie sur
une longue période, de quantités significatives et dont la poursuite
implique, absolument, des modifications des structures
économiques. La croissance lie, de façon indissoluble,
accroissement de dimension et changement de structures. »
-Le développement se définit comme l’ensemble des changements
dans les structures mentales et les habitudes sociales d’une
population. « Ces transformations mettent la population en état
d’augmenter, de façon durable le produit réel global. »
Le progrès, « c’est ce qui donne un sens à la naissance, à la
poursuite et à la propagation du processus de développement ».
Ainsi donc le développement n’est pas réduit à des chiffres,
à des accroissements d’indices. Il induit de nouveaux équilibres qui
s’améliorent en se perpétuant.
Les obstacles au développement local 23Est-ce ce mouvement qui s’est développé, ou qui se
développe localement, chez nous ?
b)Rencontre entre deux logiques
En comparant ce que nous avons vécu et observé avec la
« logique locale du développement », nous tenterons de mieux
cerner la nature du développement ; car cette connaissance permet
de comprendre les conditions réelles de l’apparition du phénomène.
Le développement dont il s’agit est un concept de lutte pour
créer et entretenir un processus de transformation durable des
structures mentales et socio-culturelles, en vue de permettre au plus
grand nombre de mieux satisfaire ses besoins, en jouissant d’une
meilleure qualité de vie.
Pour un développement véritable, les populations devaient
s’approprier un processus endogène, c'est-à-dire pensé, élaboré et
mis en œuvre, principalement, par elles-mêmes, en conformité avec
leur projet de société.
Ainsi donc la nature profonde du développement est d’être le
passage des structures traditionnelles, qui ont tendance à se
perpétuer, à des structures nouvelles qui s’enchainent,
progressivement, favorisant la production et la reproduction c'est-à-
dire le renouvellement, pour ne pas compromettre notre existence et
celle des générations à venir.
Ce type de développement implique la mise en œuvre de
plan intégré qui constitue un outil opérationnel de maîtrise des
actions.
Notre Plan Régional de Développement (PRD) arrive,
maintenant, après 50 ans d’indépendance, et avec la politique de
décentralisation intégrale. Puisse-t-il faciliter le contrôle et
l’exécution des actions qui le soutendent !
Le développement local a besoin d’une base reposant sur la démocratie.
La réduction de la pauvreté passe par :
- Le renforcement des moyens d’action des communautés et des collectivités
locales ;
- Un processus d’apprentissage par la pratique et le renforcement des capacités
locales.
Les obstacles au développement local 24A y voir de près nous avons beaucoup de chemin à parcourir !
c)Echec de la « dynamique locale »
Selon les éléments de notre diagnostic ,notre région abrite des sociétés
traditionnelles confrontées à :
-la non valorisation des potentialités naturelles, à un faible niveau de
productivité des facteurs de production
- une agriculture de subsistance, aux moyens rudimentaires, qui absorbe, avec
un élevage extensif, 95% de la population active. Loin de contribuer à
infléchir les effets négatifs du changement climatique elle participe à leur
aggravation. Cette activité est peu ouverte sur l’économie de marché.
- une faible épargne disponible consacrée à des dépenses non productives.
- une structuration sociale figée par des pesanteurs socio-culturelles fortes qui
freinent l’évolution des mentalités
- la faiblesse du pouvoir politique détenu par des cadres de l’administration
publique incapables d’influencer les décisions, au plan national, au profit de
la région.
Nous avons observé l’inexistence de la valeur ajoutée par l’industrie, mais
plutôt l’exercice de petit commerce informel de produits agricoles et d’élevage .
Pour que le processus de croissance économique puisse apparaître, et
s’entretenir de lui-même, il faut un accroissement significatif du taux
d’investissement. Cela exige une attitude positive de la société à l’égard des
connaissances, des innovations et de la technologie, l’acceptation d’une
remise en cause par la transformation des mentalités.
Malheureusement que s’est-il passé ?
2-Origines des obstacles au développement local
a) Connaissance imparfaite de l’environnement local
L’apparition tardive des spécificités de notre région est dûe à la connaissance
imparfaite des facteurs de production. Par exemple, c’est tardivenant que la
recherche s’intéresse, réellement, au sous-sol, que l’on parle de culture
Les obstacles au développement local 25intensive, d’élevage intensif, d’irrigation, de protection de l’environnement,
d’adaptation au changement climatique. Cette région a été longtemps considérée
comme priviliée par la nature, donc non prioritaire dans la mise en valeur. Les
règles qui conduisent à l’allocation adéquate des ressources n’ont pas pu
s’appliquer, malgré les milliards de la Banque Mondiale, parce quelles exigent
au préalable, des modifications structurelles, qui n’ont pas eu lieu (structures de
production, l’organisation sociale, l’appropriation des innovations …).
b) Les « cercles vicieux »
Les « cercles vicieux » résultent d’une faible accumulation de capital
local empêchant l’accroissement de la production, par la valorisation des
ressources potentielles, essentiellement primaires ; obstacles majeurs qui
empêchent le renforcement des capacités locales.
c-L’investissement étranger
L’investissement étranger (financements bilatéraux et multilatéraux), à
lui tout seul, ne suffit pas pour promouvoir le développement, parce qu’il
est, essentiellement, d’orientation centrifuge. Il a conduit à l’accroissement
des quantités mais sans effet d’entrainement sur l’économie
interne .L’argent gagné dans ces conditions a servi à rembourser les dettes,
pas pour réinvestir.
En 1994, à la suite de la dévaluation du FCFA, il y a eu un afflux de
capitaux dans le pays, sous prétexte de profiter des mesures d’accompagnement
des Programmes d’Ajustement Structurels. Ils n’ont pas empêché la
paupérisation progressive et accélérée des populations, et le classement du
Burkina Faso à la tête des pays les plus pauvres au monde.
Le résultat de tout cela conduit au non-développement de la région.
3 Justification économique du non-développement local
a) Mauvaise vision de l’avenir
Si l’on jette un coup d’œil sur notre manière de produire, de consommer,
de penser à demain, on a l’impression que le développement économique est un
mouvement uniforme et paisible, vers un état meilleur, en singeant les autres.
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