Analyse rapide des impacts socio-économiques du COVID-19 au Mali - 21 Mai 2020 - UNDP

 
Analyse rapide des impacts socio-économiques du COVID-19 au Mali - 21 Mai 2020 - UNDP
Analyse rapide des impacts socio-économiques
              du COVID-19 au Mali

21 Mai 2020

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Analyse rapide des impacts socio-économiques du COVID-19 au Mali - 21 Mai 2020 - UNDP
Contents
Executive summary ...................................................................................................................... 3
Introduction ................................................................................................................................... 4
Partie I : L’impact sur l’économie .................................................................................................. 5
   1.     Vue d’ensemble ................................................................................................................. 5
   2.     Finances publiques ............................................................................................................ 6
   3.     Commerce international ................................................................................................... 10
   4.     Transferts de fonds provenant des migrants ................................................................... 11
   5.     Emploi et moyens de subsistance ................................................................................... 12
Partie II : L’impact sur le Capital Humain .................................................................................... 15
   1.     Santé ................................................................................................................................ 17
   2.     Sécurité Alimentaire et la Nutrition ................................................................................... 22
   3.     Education ......................................................................................................................... 27
   4.     Protection Sociale ............................................................................................................ 29
Partie III : Conclusions et voie à suivre ....................................................................................... 35

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Analyse rapide des impacts socio-économiques du COVID-19 au Mali - 21 Mai 2020 - UNDP
Executive summary
Lourde chute de la croissance et augmentation de la pauvreté. La pandémie du COVID-19
affecte profondément le Mali. Ces effets indirects sont potentiellement beaucoup plus
dévastateurs que ses effets directs. La récession économique globale et ses conséquences sur
l’économie nationale vont entraîner une chute anticipée de la croissance du Produit Intérieur Brut
de plus de 80%. Celle-ci va passer de 5% à 0,9% en 2020. Pour la première fois depuis six ans,
la croissance du PIB va être bien en-deçà de la croissance démographique. Cette chute va jeter
800 000 Maliens dans la pauvreté. A ce jour, moins de 50 décès dus au COVID-19 ont été
rapportés.

Endettement des générations futures et retardement des progrès pour le
développement durable. La contraction économique va affecter la capacité de l’Etat à mobiliser
les ressources domestiques nécessaires à son développement. Ceci compromettra plus encore
les progrès vers les Objectifs de Développement Durables. Le taux de pression fiscale, qui était
prévu à 15,5%, et qui était sur une pente favorable, va chuter à 13,3%, soit un manque à gagner
de plus de 230 milliards de FCFA pour l’Etat en 2020. La crise aura de lourdes conséquences
pour les générations futures : la dette va passer de 39% à 45% du PIB.

Transparence dans la gestion des finances publiques et les financements extérieurs. La
rapidité avec laquelle les Institutions Financières Internationales ont répondu à la demande du
Mali pour des crédits additionnels, ainsi que la nécessité de mettre en œuvre la réponse
urgemment, sollicitera une attention particulière sur la bonne gestion des finances publiques. Cela
demandera aussi aux partenaires de développement plus de transparence et de coordination afin
que tous les fonds extérieurs mobilisés pour répondre à la crise soient enregistrés dans le Budget
de L’Etat.

L’emploi est lourdement affecté. Une augmentation brutale des pertes d’emploi est observée,
en particulier dans les secteurs tertiaire et secondaire. Les mesures d’appui à l’économie,
particulièrement pour les petites entreprises, risquent d’être insuffisantes pour mitiger l’impact de
la crise.

Détérioration du capital humain. Le Capital Humain, un des piliers essentiels du Cadre
stratégique pour la relance économique et le développement durable (CREDD) du
Gouvernement, est très négativement affecté. La pandémie arrive dans un contexte de
développement fragile, où les indicateurs socio-économiques n’arrivent pas à suivre le rythme de
l’expansion démographique. A cela s’ajoute une crise sécuritaire et humanitaire, ainsi que de
graves inégalités liées au genre. Le COVID-19 fragilise encore plus les perspectives de
développement du capital humain: (i) près de 4 millions d’enfants ne vont plus à l’école ; (ii) la
mobilisation entière du secteur de la santé a des conséquences négatives sur des programmes
essentiels comme la vaccination ; et (iii) la crise économique va augmenter la pauvreté à un
moment où la période soudure va accroître le nombre de personnes en besoin d’assistance
alimentaire de plus de 70%, pour atteindre 1,3 million dans les prochains mois. Le COVID-19
approfondie la vulnérabilité des populations et fragilise encore plus leur résilience.

La protection sociale joue un rôle essentiel dans la réponse du Gouvernement. Les
réponses de protection sociale annoncées correspondent à 1,3% du PIB. La capacité à
concrétiser ces mesures efficacement, de façon coordonnée, transparente et en temps voulu,
sera essentielle pour le succès de la réponse auprès des populations les plus vulnérables.

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Analyse rapide des impacts socio-économiques du COVID-19 au Mali - 21 Mai 2020 - UNDP
Introduction

Ce rapport du Système des Nations Unies, mené par le PNUD et l’UNICEF en étroite collaboration
avec toutes les agences des Nations Unies, fournit une analyse rapide de l'impact de la crise du
COVID-19 au Mali. L’analyse se concentre sur deux aspects essentiels :
       1. L'impact sur l'économie en général, avec un accent particulier sur les aspects
          macro-économiques, la gestion des finances publiques, et l’emploi et les moyens de
          subsistance;
       2. L’impact sur le développement du capital humain, notamment sur la santé, la
          nutrition et la sécurité alimentaire, l'éducation et la protection sociale. La résilience et
          le genre sont inclus de façon transversale.

Ce rapport met l’accent sur le capital humain, en raison de son importance pour le développement
du pays, et de sa vulnérabilité face à la crise sanitaire et économique actuelle.
Cette étude rapide est fondée sur la revue de nombreux rapports nationaux, régionaux et
internationaux, ainsi que sur des entretiens avec des acteurs clés au sein du système des Nations
Unies, Gouvernement, patronat, et des jeunes. Les statistiques nationales utilisées viennent
principalement de l’Institut National de la Statistique (INSTAT).
Des observations indépendantes faites sur le terrain par les Nations Unies ont aussi été utilisées.
Afin d'évaluer la perception des jeunes sur le COVID-19 et son impact, une enquête à laquelle
plus de 1 600 jeunes ont répondu a été réalisée à l'aide de la plateforme U-Report. Dans la
mesure du possible, toutes les sources d'informations ont été référencées à l'aide de liens internet
pour faciliter l'accès des lecteurs aux sources d’informations utilisées pour l’analyse.
Cette analyse rapide a pour objectif de compléter les analyses faites par le FMI et la Banque
Mondiale. Cette analyse marque la première phase d’une évaluation plus approfondie que le
système des Nations Unies conduira dans les mois à venir. Cette seconde phase inclura des
collectes de données parmi les ménages et ira au-delà du capital humain, pour se concentrer sur
tous les secteurs principaux du Cadre stratégique pour la relance économique et le
développement durable (CREDD) du Mali, ainsi que le suivi de l’impact du COVID-19 sur les
Objectifs de Développement Durable.

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Analyse rapide des impacts socio-économiques du COVID-19 au Mali - 21 Mai 2020 - UNDP
Partie I : L’impact sur l’économie

          1. Vue d’ensemble

L’impact économique du COVID est désastreux pour le Mali avec une croissance très en
baisse attendue en 2020. La croissance économique pour 2020 va chuter de 5% à 0,9% (FMI,
Staff Report May 2020). Cela signifie que la croissance annuelle tombera bien en dessous du
taux de croissance moyen de la population nationale de 3%, ce qui poussera encore plus de
Maliens dans la pauvreté. Cette chute de la croissance va augmenter le taux de pauvreté de
2,7%, ce qui correspond à presque 800 000 nouveaux pauvres1.
Le montant de la chute du PIB nominal projeté après deux mois de crise correspond à ce
qui aurait été nécessaire pour éradiquer la pauvreté au Mali. En terme nominal, la chute du
PIB correspond à une perte de 490 milliards de FCFA (PIB nominal 10 917 milliards pré-crise
versus une nouvelle estimation du PIB post-crise 10 427 milliards). Ce montant est équivalent à
ce que le Gouvernement estime comme l’effort d’investissement nécessaire pour éradiquer la
pauvreté, mesuré par sa profondeur, c'est-à-dire le déficit collectif moyen des dépenses des
pauvres par rapport au seuil de pauvreté pour l'ensemble de la population. En 2018, ce montant
était estimé à 480,9 milliards de FCFA.

                                Croissance du PIB (prix constant)
    8.0

    7.0

    6.0

    5.0

    4.0

    3.0

    2.0

    1.0

    0.0
             2013     2014            2015    2016        2017      2018     2019        2020

                                             Mali COVID      Mali

Source : FMI Staff Report, May 2020

1
 Voir section Capital Humain – données Banque Mondiale bureau pays. Le seuil national de pauvreté est
estimé à 181 000 FCFA.

                                                                                                    5
La combination de plusieurs facteurs affecte l'activité économique du Mali :
(i)        la perturbation des échanges et des chaînes de valeur affecte les exportateurs de produits
           de base et les importations;
(ii)       la réduction des flux de financement étranger (baisse des investissements directs
           étrangers, aide étrangère, envois de fonds des migrants, revenus du tourisme) ;
(iii)      l'impact sanitaire direct de la propagation du virus (le nombre de personnes infectées et
           le nombre de décès) ; et
(iv)       les perturbations causées par les mesures de confinement et d'atténuation imposées par
           le gouvernement et la réponse des citoyens (voir encadré page suivante).
Ces facteurs ont un impact direct sur : (i) les finances publiques ; (ii) le commerce international ;
(iii) les transferts des migrants ; et (iv) l’emploi et les moyens de subsistances des ménages.

        2. Finances publiques

Décrochage par rapport aux critères de convergence de l'Union économique et monétaire
ouest-africaine (UEMOA). Le 27 avril, les chefs d'État de l’UEMOA ont adopté une déclaration
suspendant temporairement l'application du Pacte de l'Union pour la convergence, la stabilité, la
croissance et la solidarité entre ses pays membres. Cette suspension permet aux pays membres
d'augmenter temporairement leur déficit budgétaire global et d'accéder à un soutien extérieur
supplémentaire de la part des donateurs en réponse à la crise du COVID-19.
Sur les cinq critères de convergence de l’UEMOA, le Mali ne respectera plus que 2 critères :
(i) le taux d’inflation annuel (inférieur à 3%) ; et (ii) le ratio de l’encours de la dette publique
rapporté au PIB (inférieur à 70%). La situation par rapport aux trois autres critères va se
dégrader :
        Ø Le ratio du solde budgétaire global, dons inclus, va chuter de -3% à -6,2% du PIB (critère
          UEMOA : supérieur ou égal à -3%)
        Ø Le ratio de la masse salariale sur recettes fiscales va augmenter de 37% à 47% (critère
          UEMOA : ne pas excéder 35%)
        Ø Le taux de pression fiscale va chuter de 15,5% à 13,3% (critère UEMOA : supérieur ou
          égal à 20%).

                                                                                                   6
Impact du COVID
                         Tauxsur
                              de les indicateurs
                                 pression  fiscaleéconomiques
                                                   (% du PIB) clés (% du PIB)
  50
 18
 16
  40
 14
 12
  30
 10
  8
  20
  6
  4
  10
  2
  00
             2016
          Dette publique          2017
                            Balance                  2018 des taxes
                                    des paiements Mobilisation              2019 publiques
                                                                          Depenses      2020 (projected with
                                                                                               Service de la dette
                                                                                              COVID)
 -10
                                                 COVID      No COVID
                                      2020 (projected)   2020 (projected with COVID)

Source : FMI Staff Report, May 2020

La contraction économique représente une lourde perte de revenus pour l’Etat, ce qui
retardera encore plus les progrès vers les Objectifs de Développement Durable. Bien que
le taux de pression fiscale au Mali soit encore loin d’atteindre l'objectif de 20% du PIB fixé par
l'UEMOA, le Mali était sur une tendance positive encourageante avec un taux de pression fiscale
passant de 11,9% en 2018 à 14,7% en 2019. Une nouvelle amélioration à 15,5% était attendue
en 2020 (équivalent à 1 694 milliards de FCFA). Avec la baisse de l’activité économique et les
mesures d’allègement et d’exonération fiscales, le taux de pression fiscale est désormais estimé
à 13,3% (équivalent à 1 389 milliards de FCFA, soit un manque à gagner de 305 milliards de
FCFA). A ceci s’ajoutent des recettes non fiscales qui devraient également baisser, passant de
1,3% du PIB à 0,8% du PIB, engendrant une autre perte estimée à plus de 50 milliards de FCFA.
Au total, la perte de recettes fiscales et non fiscales correspond à 2,7% du PIB.

                                                                                                                7
Taux de pression fiscale (% du PIB)
 18
 16
 14
 12
 10
  8
  6
  4
  2
  0
             2016                 2017                2018              2019   2020 (projected with
                                                                                     COVID)

                                             COVID           No COVID

Source : FMI Staff Report, May 2020

Augmentation de la dette pour les générations futures. La suspension du paiement de la
dette accordée par le G20 au Mali se traduit par une liquidité supplémentaire estimée à 10 millions
de dollars américains pour les 6 prochains mois (avril-septembre 2020). Cette mesure a donc eu
un impact positif immédiat sur les liquidités disponibles pour le gouvernement pour faire face à la
crise. Cependant, cette suspension n’est qu’un report. Une des conséquences de la crise est
l’augmentation de la dette publique, qui va passer de 39% du PIB à 45% du PIB cette année.
Cette augmentation de la dette est un des impacts majeurs de la crise du COVID sur le
moyen et long terme.

                        Impact du COVID sur la dette publique (% PIB)
 50.0
 45.0
 40.0
 35.0
 30.0
 25.0
 20.0
 15.0
 10.0
  5.0
  0.0
           2017         2018          2019     2020            2021     2022   2023         2024

                                             COVID           No COVID

Source : FMI Staff Report, May 2020

                                                                                                      8
La bonne gestion des finances publiques va être essentielle. Le FMI a répondu très
rapidement à la demande d’appui du gouvernement malien. Il n'a fallu que 30 jours entre la
demande de facilité de crédit de la part du gouvernement (31 mars 2020) et l'approbation par le
Conseil du FMI d'un crédit de 200 millions de dollars au titre de la facilité de crédit rapide (30 avril
2020). Le FMI avait également approuvé un allégement de la dette de 6 mois à 25 pays à faible
revenu (dont le Mali) le 13 avril 2020.
Le suivi de la transparence et de l'opérationnalisation de la réponse est nécessaire. La
rapidité et l'ampleur exceptionnelles de la réponse du FMI (équivalente à 5% du budget de l'État),
ainsi que la levée des critères de convergence de l'UEMOA, vont bousculer l'approche
traditionnelle pour garantir la transparence, la participation du public et le contrôle budgétaire.
Les nouveaux résultats de l’Enquête sur le Budget Ouvert 2019 indiquent des problèmes
persistants de transparence, de participation et de contrôle budgétaire au Mali.
À la lumière de ces préoccupations, le gouvernement s'est engagé dans sa lettre d'intention au
FMI à présenter trimestriellement un rapport sur les dépenses de ces fonds, à commander une
vérification indépendante et rigoureuse de ces dépenses dans un an et à publier ses résultats.
Le gouvernement adoptera également un budget supplémentaire 2020 intégrant toutes les
dépenses liées au COVID et publiera régulièrement sur son site Web de la documentation sur les
grands projets de marchés publics, ainsi qu'une validation ex post de la livraison de même que
le nom des entreprises récompensées et le nom de leur propriétaire(s) bénéficiaire(s).
En complément de cette mesure, il est nécessaire de suivre l'utilisation et l'impact réel des
mesures politiques. Ceci est particulièrement important car ces mesures visent à atténuer
l'impact sur les plus vulnérables. Au niveau du contrôle budgétaire, cela impose un comité dédié
dans le Parlement nouvellement élu pour exercer un contrôle de la réponse. Au niveau
opérationnel, cela signifie suivre l'impact de la crise à travers :
(i)    des enquêtes de suivi à haute fréquence ; et
(ii)   tirer parti de la présence des Nations Unies sur le terrain et des mécanismes de
       cluster (Groupes de Coordination Humanitaire) de manière coordonnée pour être les
       «yeux et les oreilles» sur le terrain et compléter la réponse du gouvernement malien avec
       des informations en temps réel pour répondre de manière agile.
Enregistrer dans le budget de l’Etat tous les soutiens financiers extérieurs mobilisés :
Actuellement, la majorité de l'aide au développement ainsi que de l'aide humanitaire n'est pas
enregistrée dans le budget de l’Etat. En plus des crédits du FMI, une grande quantité de fonds
supplémentaires devrait être mobilisée pour soutenir la réponse du Mali (par exemple via le
Humanitarian Response Plan -HRP- des Nations Unies). Il est essentiel d’appuyer le Secrétariat
à l’Harmonisation de l’Aide (SHA) à mettre en place un mécanisme efficace pour enregistrer toute
l'aide extérieure annoncée et décaissée afin de soutenir le contrôle budgétaire par le Parlement
et l'institution supérieure de contrôle. Le gouvernement s'est déjà engagé à adopter un budget
supplémentaire 2020 pour intégrer tous les fonds et dépenses liés au COVID. La coordination
des partenaires pour garantir l'exhaustivité de ce budget supplémentaire sera essentielle.

                                                                                                      9
Le Gouvernement a réagi très rapidement à l'émergence de la pandémie par des
 mesures de confinement préventif. Celles-ci ont été misent en place depuis mi-mars 2020
 et incluent : (i) la suspension des vols commerciaux (sauf les vols de fret), (ii) la fermeture
 des frontières terrestres, (iii) un couvre-feu de 21h00 à 5h00, (iv) la suspension de tous les
 rassemblements publics, (iv) l'interdiction des rassemblements sociaux, sportifs, culturels et
 politiques de plus de 50 personnes, (v) la fermeture des discothèques et des bars, et (vi) la
 fermeture des écoles (initialement prévue jusqu'au 9 mai). Les horaires de travail dans
 l'administration publique ont été réorganisés pour se terminer plus tôt (à 14h30), afin de
 protéger les fonctionnaires. Les marchés restent ouverts de 6h00 à 16h00, pour éviter des
 perturbations dans l'approvisionnement de la population en produits de base.

 Après une évaluation de ces mesures et de l’évolution de l’épidémie, le Gouvernement a
 annoncé le 8 mai 2020 les mesures suivantes : (i) le port obligatoire du masque dans les
 espaces publics ; (ii) la prorogation jusqu’au 2 juin de la fermeture des écoles primaires,
 secondaires et supérieures ; et (iii) la levée du couvre-feu sur l’étendue du territoire national.

 Source : Enquête U-Report sur la perception des jeunes sur le COVID-19 réalisée 1-3 Mai 2020

   3. Commerce international

Le Mali est tributaire de la fluctuation du prix de l‘or et du coton sur les marchés
internationaux qui sont clés pour son économie : au niveau mondial, l’or s’apprécie, mais
le coton est en chute libre. La valeur totale des exportations et des importations de biens et
services pour l’économie du Mali représente 57% du PIB. Les exportations représentent 23% du
PIB du Mali. Les principales exportations et leur part respective sont l'or (62%), le coton (11%) et
le bétail (8%). Les principales destinations d'exportation du Mali sont l'Afrique du Sud (780 M $),
la Suisse (578 M $), l'Inde (137 M $), le Burkina Faso (116 M $) et le Bangladesh (111 M $).
L’ampleur des conséquences du COVID-19 chez les partenaires commerciaux du Mali devrait
perturber les circuits d’approvisionnement et entraîner des retards dans la mise à disposition des
entrants aux producteurs céréaliers et cotonniers, les quantités disponibles des marchandises

                                                                                                      10
qui rentrent dans la composition des produits finis étant jugées insuffisantes. La disruption du
commerce international a donc un impact majeur sur l’économie du pays.
Depuis janvier 2020, le prix de l'or a augmenté de près de 15%, montrant sa valeur refuge.
Cependant les prix sont très volatils. Les mesures vigoureuses prises par les banques centrales
au niveau international pourraient soutenir le cours dans les mois à venir, ce qui peut être en
faveur du Mali. Cependant la perturbation du transport aérien et l’arrêt de l’activité de certaines
raffineries vont très certainement limiter les exportations d’or. Il est donc difficile de prévoir dans
quelle mesure le Mali bénéficiera de l'appréciation de l'or.
Quant au prix du coton, il s’est effondré de près de 25% depuis janvier 2020. Les cours du coton
à l'international sont fortement impactés par la chute brutale de la demande entraînée par la
fermeture des magasins de vêtements et de textile, ainsi que des industries intervenant dans ce
secteur. Ce contexte est renforcé par un stock déjà important au niveau mondial, aggravant ainsi
la tendance baissière des cours.
On ne sait pas encore dans quelle mesure l'appréciation du prix de l'or compensera la perte des
exportations de coton. Ce qui est certain, c’est que les prévisions de recettes dans le budget de
l’Etat ont été directement impactées en raison de la part importante de l’or et du coton dans les
recettes fiscales.

      4. Transferts de fonds provenant des migrants

Les envois de fonds des migrants maliens, particulièrement ceux vivant en France et Italie, jouent
un rôle majeur dans les moyens de subsistance des ménages. Les envois de fonds représentent
6% du PIB malien (2018). Ceci correspond à plus 565 milliards de FCFA2. Les envois de fonds
des migrants aident les familles à assurer leurs dépenses alimentaires et de santé et à subvenir
à leurs besoins essentiels. Dans une moindre mesure, ils contribuent aussi à faciliter
l’investissement, l'accès au crédit, et le remboursement des dettes.
L’augmentation massive du chômage en Europe risque d’affecter particulièrement les
migrants maliens et faire chuter les envois de fonds. Ce déclin aura un impact économique
majeur pour les familles les plus vulnérables. Pendant une crise économique, les travailleurs
migrants sont plus vulnérables au risque de perte d’emploi que les travailleurs nationaux. Par
exemple, pendant la crise financière mondiale de 2008, le taux de chômage moyen des
travailleurs nés à l'étranger dans les 28 pays de l'Union Européenne est passé de 11,1% en 2007
à 16,4% en 2009, ce qui était nettement supérieur à l'augmentation constatée chez les travailleurs
nationaux. La crise économique actuelle en Europe est beaucoup plus importante que celle de
2008. C’est la raison pour laquelle il est très probable que les transferts de fonds des migrants
maliens vont diminuer. La Banque Mondiale estime que les envois de fonds vers l’Afrique
subsaharienne vont diminuer de plus de 20% en 2020.

2
    2018 PIB nominal = 9.426 milliards de FCFA

                                                                                                    11
5. Emploi et moyens de subsistance

Multiplication du chômage technique et perte massive d’emplois dans les activités
économiques et dans les couches sociales les plus affectées. La contraction de la demande
mondiale, la perturbation consécutive des approvisionnements en marchandises qui rentrent
dans la composition des produits finis et en biens intermédiaires, les mesures barrières et le
couvre-feu qui ont suivi, ont accentué le ralentissement économique, voire l’arrêt sans précédent
de nombreuses activités économiques obligeant les entreprises à recourir au mieux à du
chômage partiel et au pire à des licenciements massifs.
Les résultats d’une enquête préliminaire commanditée par le Conseil national du patronat du Mali
(CNPM) font notamment état d’une augmentation brutale des pertes d’emploi, en particulier dans
les secteurs tertiaire et secondaire. Sur environ 200 entreprises/groupements interrogés dans les
services     assurance-banque,        hôtellerie-tourisme-billetterie-restauration, industrie  de
transformation, énergie/distribution, le CNPM a reporté une perte de 4 296 emplois sur 8 476
enregistrés (50%). Les pertes de chiffre d’affaires subies sont évaluées pour l’instant à 21%.
Effet particulièrement négatif sur l’emploi dans le secteur tertiaire avec des conséquences
disproportionnée pour les femmes. Bien qu’il n’y ait pas encore de données sur l’impact réel
de la crise, les statistiques sur l’emploi permettent de faire des projections sur l’impact différencié
en termes de secteur affecté et selon les sexes, les âges et les milieux géographiques. Au Mali,
la vaste majorité des emplois est dans le secteur informel. En zone rural, plus de 80% de la
population travaille dans le secteur primaire. En zone urbaine, particulièrement à Bamako, le
secteur tertiaire est la source principale d’emplois avec 83% des personnes travaillant dans le
commerce et les services.

                 Repartition de la population en emploi par secteur/branche
                                      d'activités (en %)
 90
                        81.5
 80
 70
 60
 50                                                                                    45.5
                                                                  37.8
 40              33.7
                                                                         28.8
 30                                                                                            24.1
 20                              15.4 13.4

 10                                              5.3                             6.7                    7.2
          1.3
  0
                Primaire             Industrie                         Commerce               Service

                                     Bamako            Autres villes     Rural

Source : INSTAT, EMOP, mars 2020, tableau II.4

                                                                                                              12
Ce secteur a été particulièrement affecté par les mesures de restriction de mouvement, en
particulier parmi les toutes petites entreprises (TPE) et les petites et moyennes entreprises
(PME).
L’impact du couvre-feu a été immédiat sur les activités nocturnes dans lesquelles de nombreux
emplois sont rémunérés à la nuit ou à la semaine : les agents de sécurité et le personnel de
service dans les bars, boîtes de nuit et restaurants. La complémentarité avec d’autres activités
de jour a aussi entraîné un effet négatif de grande ampleur. En effet, l’arrêt d’activité dans les
boîtes de nuit/hôtels/restaurants a dû affecter directement les activités de jour dans le secteur
des brasseries et des sociétés de nettoyage qui emploient principalement les femmes.
L’impact sur l’emploi des femmes est très disproportionné, dans la mesure où les femmes
sont beaucoup plus représentées dans les activités d’hébergement et de restauration (71% des
travailleurs) et les activités de commerce de détail (63%). Ces deux secteurs d’activité,
particulièrement en zone urbaine, ont été lourdement affectées par la crise. Les jeunes de 15 à
35 ans qui occupent un emploi informel sont aussi disproportionnellement plus affectés car ils
représentent 69% des emplois informels du secteur hôtels- restaurants. L’impact sur les moyens
de subsistance des femmes sera aussi plus lourd dans la mesure où le salaire moyen des femmes
est deux fois moins élevé que celui des hommes.
Des entretiens individuels conduit par ONU Femmes parmi des femmes dans le secteur
économique au Mali indique que presque toutes les femmes interviewées ont perdu leurs revenus
à cause de la pandémie. Ces entretiens montrent que 20% des femmes ont dû arrêter leurs
activités économiques parce qu’elles ne pouvaient plus transformer les matières premières,
exporter, faire les activités qui nécessitent le regroupement comme la teinture. Par ailleurs, à
cause de la limitation des voyages entre les différents pays limitrophes du Mali, la demande a
considérablement diminué étant donné qu’une partie importante du chiffre d’affaires des femmes
proviennent de ces pays.
Il est peu probable que la levée du couvre-feu à partir du 9 mai se traduise systématiquement par
le rétablissement complet des activités affectées et le retour des personnes à leurs emplois
perdus.
Difficultés financières avec les banques. La très forte contraction de l’activité économique a
conduit les entreprises à une perte de 21% de leur chiffre d’affaires, selon les premiers résultats
de l’enquête commanditée par le CNPM citée plus haut. En l’absence de reprise et d’amélioration
de la demande, le seul rééchelonnement des dettes pourra difficilement régler les difficultés
financières des entreprises. Les banques deviennent plus frileuses pour de nouveaux prêts,
même face à des clients plus crédibles dont les motivations paraîtront suspicieuses au regard de
la conjoncture.
Analyse des mesures d’accompagnement prises par le gouvernement. Pour l’instant, les
mesures prises par l’’Etat malien sont essentiellement d’ordre social. Selon le patronat, il y a un
risque que les mesures prises par le gouvernement pour relancer l’activité économique et
l’emploi soient insuffisantes. Ceci risque de pénaliser le Mali face à d’autres pays africains
comme le Cameroun et le Sénégal qui, ont adopté des mesures beaucoup plus importantes pour
soutenir l’emploi et l’économie.

                                                                                                13
Les trois mesures principales prises pour soutenir l’économie sont les suivantes :

   1. Le Fonds de Garantie du Secteur Privé sera doté d'un montant de 20 milliards de FCFA
      destiné à garantir les besoins de financement des PME/PMI, des industries et de certaines
      grandes entreprises affectées par la pandémie.
   2. Des remises d'impôts, au cas par cas et secteur par secteur, bénéficiant aux entreprises
      privées impactées par les mesures de prévention du COVID-19, en l’occurrence les
      secteurs les plus sinistrés comme les filières touristiques (hôtellerie, voyages et
      restauration), culturelles et les transports, afin de protéger les emplois.
   3. Les crédits de toutes les entreprises sinistrées seront restructurés et des orientations
      seront données aux banques, afin que les entreprises maliennes puissent bénéficier des
      concessions accordées par la Banque Centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest.
Mais le faible volume d’activités qui caractérise les TPE et PME ne leur assure pas un accès
effectif aux bénéfices de ces mesures. En effet, si l’Etat renonce pour un temps à l’impôt sur
le bénéfice industriel et commercial, l’entreprise, pour en bénéficier doit vendre et avoir un profit.
Actuellement, l’ampleur de la contraction de l’activité économique est loin de permettre aux TPE
et PME les plus affectées de remplir cette condition.
Pour des questions d’efficacité, de transparence et la nécessité de rendre des comptes sur
l’usage de l’argent donné, les représentants des différentes organisations du secteur privé
expriment fortement le besoin d’être associés dans la gestion du Fonds de Garantie du Secteur
Privé.

                                                                                                   14
Partie II : L’impact sur le Capital Humain

La pandémie du COVID-19 arrive dans un contexte de développement fragile, où les
indicateurs socio-économiques ne suivent pas le rythme de l'explosion démographique.
Dans les 30 prochaine années, la population va doubler, passant de 20 millions aujourd'hui à plus
de 40 millions d'ici 2050. Dans un contexte de situation sécuritaire fragile, de pauvreté élevée,
d'extrême vulnérabilité aux chocs et de ressources limitées pour financer le développement, les
indicateurs socio-économiques avant la crise du COVID-19 ne suivaient déjà pas le rythme de
l'expansion démographique. Par exemple, en chiffres absolus, il y a aujourd'hui plus d'enfants
mal nourris et non vaccinés qu'il y a 30 ans. L'explosion démographique signifie également que
le nombre d'emplois créés chaque année (moins de 50 000 emplois) ne peut pas absorber l'offre
de main-d'œuvre (300 000).
C’est dans ce contexte qu’il faut apprécier l’impact du COVID-19 sur le capital humain. La
crise fragilise encore plus les perspectives de développement du pays. L’indice du capital
humain montre que le Mali a l'un des plus faibles indices au monde, se classant 154ème sur 157
pays. Les carences en matière de santé et d’éducation sont des facteurs clés de la sous-
performance du pays dans l’indice du capital humain. A cela s’ajoutent de graves inégalités
entre les sexes. L’indice d'inégalité entre les sexes au Mali est un des plus élevé au monde,
avec une valeur de 0,676, ce qui le classe le Mali 158 sur 162 pays.
Les effets directs et indirects de l’épidémie compromettent encore davantage le développement
de ce capital et les progrès vers les Objectifs de Développement Durable, en particulier sur
(i) les maladies transmissibles, l’espérance de vie et le renforcement du système de santé (ODD
3.1 et 3.2; 3.3, 3.4, 3.7, 3.8,3.c. and 3.d), (ii) l’éducation (ODD 4), (iii) la faim, l’extrême pauvreté
et la sécurité alimentaire (ODD1, ODD2), (iv) le travail décent et la croissance économique (ODD
8), (v) l’égalité des sexes (ODD 5), (vi) la réduction des inégalités (ODD 10), et (vii) la paix, la
justice et les institutions efficaces (ODD 16) .
La crise va pousser 800 000 personnes de plus dans la pauvreté. Le niveau de pauvreté
dans le pays est très élevé : 44 % de la population vit sous le seuil de pauvreté national (soit 8,5
millions de personnes) avec d’importantes variations entre les zones rurales (54%) et les zones
urbaines (4% à Bamako et 25% dans les autres villes). La pauvreté non-monétaire, ou multi-
dimensionnelle (privation de biens non monétaires comme éducation, eau, santé...), est encore
plus élevée. Parmi les enfants (0-17 ans) la pauvreté non-monétaire est en moyenne de 54% - et
plus de 80% dans les régions de Mopti, Tombouctou, Gao et Meneka3. Les disruptions causées
par le COVID-19, notamment dans le domaine de l’éducation, vont accroître encore plus la
pauvreté non-monétaire.

3
    Privations Multidimensionnelles et Pauvreté des Enfants au Mali – UNICEF – Octobre 2018

                                                                                                      15
Sur la base de l’Enquête Harmonisée des Conditions de Vie des Ménages4, et en utilisant le seuil
de pauvreté national, les projections faites par la Banque Mondiale5 montrent que la chute du PIB
à 0,9% va entraîner une augmentation de la pauvreté de 2.7%, soit presque 800 000 pauvres
additionnels. En utilisant le seuil international de pauvreté de 1,90US$, le taux de pauvreté
subira une augmentation estimée de 2,3%.
La crise accroit les risques de protections et de violences liés au genre. Le Mali compte 240
000 personnes déplacées internes, dont la majorité vit dans les communautés d’accueil, sur des
sites spontanés. Le pays accueille également 29 800 réfugiés et demandeurs d’asiles vivant dans
les communautés villageoises et dans les centres urbains. L’émergence de la pandémie du
coronavirus vient exacerber la vulnérabilité de ces populations aux besoins humanitaires
multiples et crée d’importants risques de protection. Ceux-ci sont liés à la protection des civils et
à la réduction des mouvements des forces de maintien de la paix, la perturbation des services
publics et de l’accès à l’assistance humanitaire, la restriction de la liberté de mouvement et le
déplacement forcé, l’augmentation des stigmatisations et des tensions communautaires,
l’augmentation des violences liées au genre, les abus et exploitations contre les enfants et la
réduction de l’accès aux autres services de santé essentiels à la protection de la population.
La violence basée sur le genre (VBG) est très répandue au Mali. Selon le DHS 2018, la moitié
des femmes (49 %) de 15-49 ans en union ou en rupture d’union ont subi à n’importe quel moment
des actes de violence émotionnelle, physique et/ou sexuelle. Les dispositions prises par le
Gouvernement malien pour riposter au COVID-19 risquent d’accroitre les inégalités de Genre et
VBG. Bien qu'il soit trop tôt pour disposer de données complètes, il existe déjà de nombreuses

4
 EHCVM – 2019 – non publié
5
 L’équipe des Nations Unies est très reconnaissante à l’équipe pays de la Banque Mondiale pour avoir partagé leur
analyse préliminaire sur l’impact de la crise sur la pauvreté au Mali.

                                                                                                                16
informations très préoccupantes concernant une augmentation de la violence à l'égard des
femmes dans le monde en conséquence aux impacts socioéconomique du COVID 19.
Les restrictions à la liberté de mouvement, combinées à la peur, à la tension et au stress liés à la
maladie, et aux impacts négatifs sur les revenus des ménages, font que les risques de violence
augmentent. Les femmes sont également plus vulnérables à la fragilité économique pendant les
contraintes de confinement et de déplacement, pour des raisons qui incluent leur représentation
beaucoup plus importante dans les emplois du secteur informel au Mali. L’impact sur les femmes
veuves mérite aussi une attention particulière.

    Source : Enquête U-Report sur la perception des jeunes sur le COVID-19 réalisée 1-3 Mai 2020

      1. Santé

Le Mali fait partie des cinq pays au monde où la « charge » de morbidité/ mortalité est la
plus importante. Le COVID-19 risque d’aggraver encore plus cette situation. Environ 70 000
années de vie ajustées sur l'incapacité6 (AVAI) pour 100 000 habitants sont perdues chaque
année. Les maladies transmissibles, néonatales, maternelles et nutritionnelles représentent plus
de 70% de la « charge » globale. En moyenne, environ 160 000 femmes et enfants de moins de
5 ans meurent chaque année (soit environ 400 décès par jour). La mortalité due au COVID est
encore très faible, avec moins de 30 décès signalés depuis le premier décès enregistré fin mars
(données au 6 mai 2020). Cependant, la mortalité est probablement sous-déclarée en raison de
la sous-détection des cas et de la capacité limitée de tests. Il est probable que la crise entraînera
une augmentation des AVAI si la transmission communautaire et la propagation du COVID-19 ne
sont pas contrôlées en temps opportun et si la continuité des services de sauvetage pour les
mères et les enfants est compromise.

6
  Les années de vie ajustées sur l'incapacité (AVAI) est un indicateur utilisé en économie de la santé. Cet indicateur
intègre les notions de mortalité et de morbidité. Il permet d’estimer le nombre d’années de vie en bonne santé, perdues
à cause d’une incapacité ou d’un décès prématuré. Il représente donc la « charge » d'une maladie exprimée en tant
que nombre d'années perdues dû à une mauvaise santé, incapacité ou décès prématuré.

                                                                                                                    17
La crise du COVID-19 doit se mesurer dans le contexte du système de santé au Mali. Avant
que le coronavirus n’affecte le pays, le secteur de la santé souffrait (i) d’une insuffisance de
ressources financières et humaines ; (ii) de capacités institutionnelles et d'infrastructures
limitées ; et (iii) de systèmes d'information sanitaire faibles. Les dépenses du secteur public pour
la santé ont été historiquement très basses. Dans le budget de l'État de 2020, le secteur était
doté de 5,2% du budget global, comme dans les années précédentes (loin de l’objectif d'Abuja
de garantir que 15% des dépenses publiques soient allouées à la santé). En moyenne, le pays
compte 0,6 personnel de santé (infirmières, médecins) pour 1 000 habitants, vs 2,3 pour 1 000
selon la norme de l’OMS. En outre, la distribution géographique du personnel est très inégale :
Bamako a près de 2 personnels pour 1 000 contre moins de 0,3 à Taoudénit, Gao, Sikasso and
Mopti. L'évaluation externe conjointe (EEC) du Mali a aussi relevé des lacunes en termes de
surveillance des maladies infectieuses et de résistance aux antimicrobiens, de préparation aux
épidémies et de riposte.
La crise du COVID a eu l’effet d’une vague de fonds sur le système de la santé. Depuis que
le virus a frappé le pays en mars 2020, l'ensemble du système de santé et du personnel a été
mobilisé pour répondre à la crise, perturbant ainsi la continuation des activités sanitaires de base.
En réponse à l’épidémie, le Ministère de la Santé et des Affaires Sociales (MSAS) est en train de
mettre en œuvre un plan d'action national autour de cinq stratégies : (1) prévention ; (2) gestion
des cas et rupture de la chaîne de transmission ; (3) réponse multisectorielle ; (4) santé ; et (5)
communication. Ce rapport n’entre pas dans les détails de la situation car des mises à jour
quotidiennes sont données par le MSAS. Les points saillants des défis posés par l’épidémie sont
les suivants :
    §   Capacité de testage limitée (à peu près 100 tests par jour sont réalisés et centralisés à
        Bamako) ;
    §   Manque de matériels, équipements de protection, kits et équipements de prise en
        charge du COVID-19 dans les centres de santé à travers le pays (par exemple, le pays
        dispose pour le moment de moins de 60 ventilateurs) ; et
    §   Insuffisance dans l’identification des contacts des personnes infectées.

L’accès aux services et prestations de santé publique se sont considérablement dégradés
pour les Maliens :
    §   Interruption des services de base. Ceci est particulièrement notoire dans le domaine de
        la vaccination, qui est un bon indicateur indirect pour les autres programmes essentiels de
        santé publique. Les nombreuses rumeurs et la peur des utilisateurs des services de santé
        d’être contaminés lors de la fréquentation des structures sanitaires, ont entraîné une
        certaine méfiance de la population vis-à-vis de l’utilisation des services de santé de façon
        générale et des services de vaccination en particulier.
    §   Les observations faites par les équipes des Nations Unies dans les régions et à
        Bamako7 ont fait l’état d’interruptions/disruptions importantes. Certaines de ces

7
 Observations réalisées par les équipes conjointes de l’UNICEF, OMS et du PEV dans 4 régions et 6 communes de
Bamako durant la période 10 avril au 1er mai 2020.

                                                                                                          18
observations incluent :
              Ø Fermeture pendant 2 semaines du Centre de Santé de référence (Hôpital de
                District) de Kayes, une des régions les plus pauvres ;
              Ø Une baisse marquée du nombre des enfants vaccinés dans les Centres de Santé
                Communautaires (CSCom) des grandes agglomérations de Kayes, Sikasso et
                Bamako ou certains CSCom sont passés de 100 enfants vaccinés par séance à
                50, toutes vaccinations confondues ;
              Ø L’augmentation des paiements directs par les patients (par exemple, le matériel de
                protection n’étant pas suffisamment disponible, il a été observé que la mère devait
                acheter la paire des gants pour faire vacciner son enfant) ;
              Ø L’arrêt des visites à domicile par les relais communautaires et la réduction du
                nombre de prestataires dans les formations sanitaires (travail par alternance) ;
Ces observations ont été confirmées par une nette baisse du nombre d’enfants ayant reçu
leur dose de Penta 38 dans les structures sanitaires en mars 2020. Une réduction notable du
nombre d’enfants vaccinés au cours du 1er trimestre de 2020 comparés au 1er trimestre des deux
années précédentes a été enregistrée, très remarquable pour les mois de février et mars 2020.
La comparaison en incluant le mois d’avril pourrait être encore plus édifiante (données pas encore
disponibles).

                   Comparaison entre enfants vaccinés au penta 3 au 1er trimestre des
                                      années 2018, 2019 et 2020

                                         71292
        72000
                                                                         69008
        70000
                              67576
        68000
                    65421                                      65022                 64931   65190
        66000                                                                                        63659
        64000                                       61710
        62000
        60000
        58000
        56000
                   2018       2019       2020      2018       2019       2020        2018    2019    2020
                             Janvier                         Fevrier                         Mars

Source : DVD-MT 2018-2019 et DIHS2 2020

L’arrêt des campagnes de vaccination de masse risque de faire resurgir des épidémies.
Depuis janvier 2020, le pays a signalé des flambées/épidémies de maladies infectieuses
majeures, notamment la fièvre jaune, la fièvre de la vallée du Rift (RVF), la fièvre hémorragique
de Crimée-Congo (CCHF), la dengue et la rougeole. En plus des disruptions/interruptions
enregistrées dans les services de routine, plusieurs campagnes de vaccination essentielles pour

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    Diphtérie, coqueluche, tétanos, hépatite B et Haemophilus influenza de type B.

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réduire la morbidité et la mortalité chez les femmes et les enfants n’ont pas pu avoir lieu. Par
exemple, plus de 3 millions d’enfants de moins de 5 ans n’ont pas pu être vaccinés contre
la polio durant une campagne qui était prévue en avril 2020. Cette campagne est pour le moment
reportée à juin, mais elle sera peut-être encore repoussée suivant l’évolution de l’épidémie de
COVID-19. Ces retards font courir un risque majeur de la résurgence de la polio pour le Mali
(qui est déjà un pays à grand risque de polio), ainsi qu’un risque sur les efforts globaux pour
éradiquer cette maladie sur le continent et dans le monde9. En plus de la polio, d’autres
campagnes de vaccinations ont été retardées10.
L’approvisionnement en vaccins au niveau national est aussi affecté à cause de l‘arrêt des
vols commerciaux internationaux. Le Mali est actuellement en rupture de Vaccin Anti Amaril
(fièvre jaune) au niveau central alors que 363 800 doses couvrant 5 mois de consommation
devraient dans les conditions normales êtres déjà disponibles pour le pays.
La réduction du nombre des prestataires dans les formations sanitaires et l’arrêt des visites à
domicile des relais communautaires ont aussi négativement affecté la capacité de surveillance
des maladies à déclaration obligatoires.
Bien qu’il n’y ait pas de données actualisées sur les autres programmes sanitaires essentiels,
comme l’accès à la planification familiale ou les soins VIH, il est probable que ces
programmes vitaux souffrent des mêmes disruptions constatées que pour la vaccination.
La sévérité de l’impact de la crise sanitaire sur le système de la santé demande une
réflexion politique sur la réponse à la pandémie. En l’espace de 40 jours, l’épidémie du
COVID-19 a mis à jour la capacité limitée du système de santé à faire face à la crise et assurer
la continuité de la santé publique pour la population. Ceci soulève d’importantes questions quant
à la balance et la meilleure réponse sanitaire possible à apporter. Une réflexion sur les coûts et
bénéfices constatés jusqu’à présent mérite d’être menée pour déterminer comment aller de
l’avant.
Dans l’immédiat, toutes les actions en rapport avec le COVID devront prendre en compte
trois dimensions : (1) Prévenir la transmission et assurer une prise en charge de qualité ; (2)
Assurer la continuité des services de santé et de nutrition pour réduire la morbidité et mortalité
des groupes de population les plus vulnérables (e.g. assurer la disponibilité des marchandises

                 Les ménages disposent d’installation limitée pour le lavage des mains

    Le lavage des mains est une action hygiénique importante qui permet d’éviter la transmission du
    coronavirus. Le DHS 2008 indique que 61 % de la population ne disposent que d’une installation limitée
    pour le lavage des mains, c’est-à-dire sans disponibilité de savon ou de l’eau et 14 % disposent d’une
    installation qualifiée d’élémentaire, c’est-à-dire avec de l’eau et du savon.

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  Ceci est particulièrement inquiétant dans un contexte ou l’immunité collective demeure encore faible (en témoigne
le cas de PVDVc actuellement en investigation dans la région de Menaka). L’analyse de risque de polio faite au 1er
trimestre 2020 fait apparaître 45 districts à risque élevé (échelle de 1-3) sur les 75 districts que compte le Mali, soit
environ 60%. Il s’agit des districts de région du Nord (Ségou, Mopti, Tombouctou, Taoudeni, Gao, Kidal, Menaka) et
Bamako.
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   La campagne de vaccination néonatale contre le tétanos qui ciblait 80 000 femmes en âge de procréer devait avoir
lieu du 29 mars au 7 avril 2020 et a été retardée. La campagne de vaccination de 20 000 enfants contre la rougeole
dans la Commune 4 du District de Bamako planifiée en mars a été annulée.

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