Carrefour des acteurs de la solidarité internationale - Nantes - 8 novembre 2012

 
Carrefour des acteurs de la solidarité internationale - Nantes - 8 novembre 2012
Carrefour des acteurs
de la solidarité internationale

     Nantes - 8 novembre 2012
Carrefour des acteurs de la solidarité internationale - Nantes - 8 novembre 2012
Présentation

Après une première édition en 2011, la Région des Pays de la Loire organisait le 8 novembre 2012 un Carrefour
des acteurs de la solidarité internationale en ouverture de la 15e Semaine de la solidarité internationale.
La Région souhaite ainsi favoriser la rencontre entre acteurs de la coopération internationale, l’échange
d’expériences et l’amélioration des pratiques.
Il s’adresse également à l’ensemble des citoyens ligériens, désireux de mieux connaître la coopération
internationale et de participer aux débats la concernant.
Les conférences plénières ont été animées par David Eloy, rédacteur en chef de la revue Altermondes.
Autour des échanges formels, d’autres temps et formes d’expression ont contribué à la richesse de la journée :
scénographie du lieu d’accueil, expositions, stands d’associations et animation musicale. Découvrez le reportage
photographique de la journée.
Le reportage écrit et photo du Carrefour a été assuré par L’Oeil à la Page.

                                                               Sommaire

Conférence d'ouverture
Les objectifs du Carrefour des acteurs de la solidarité internationale ..................................................................... 3
Présentation de trois associations soutenues par la région Pays de la Loire ......................................................... 6
Les « groupes pays », partage d’expériences sur les territoires
Burundi – Pays post-conflit : quels modes d’intervention ? ..................................................................................... 7
Madagascar – Comment favoriser le partenariat entre les acteurs de la solidarité internationale portant des
projets de codéveloppement et les acteurs de la vie publique malgache ? ........................................................... 10
Palestine – La complémentarité entre associations et collectivités ligériennes investies en Palestine ................. 13
Guinée – Définir une action d'éducation au développement en Pays de la Loire, quels enjeux ? ......................... 16
Tables rondes
Les nouvelles formes d’engagement pour le droit à l’éducation dans les pays du Sud ......................................... 19
Insertion et formation professionnelle des jeunes déscolarisés dans les pays du Sud ......................................... 22
Renforcement et reconnaissance des capacités au cœur des projets de solidarité internationale ....................... 25
Engagement des jeunes dans la solidarité internationale : état des lieux et conseils pratiques ............................ 28
Conférence
Actualité de la solidarité internationale : la situation saharo-sahélienne ..................................................................... 31
Carrefour des acteurs de la solidarité internationale - Nantes - 8 novembre 2012
Ouverture
Les objectifs du Carrefour des acteurs de la solidarité internationale
Jean-Noël Gaultier, Conseiller régional, Président de la Commission Stratégie européenne et internationale, et
coopérations interrégionales

Évènement annuel majeur pour les Pays de la Loire, ce Carrefour
vient rappeler que la solidarité internationale constitue un axe fort
de la politique du conseil régional. « Les partenariats de coopération
décentralisée témoignent de la volonté du conseil régional
d'immerger le territoire et les habitants dans la mêlée du monde,
rappelle Jean-Noël Gaultier en introduction des échanges, afin que
les Ligériens, notamment les plus jeunes, prennent conscience des
enjeux internationaux et soient partie prenante d'une mondialisation
composée de femmes et d’hommes solidaires et pas seulement de
flux économiques. »

L’objectif majeur de ce Carrefour consiste à réunir les opinions,
rassembler les expertises et confronter les expériences pour
produire des temps d’échanges fructueux. Tous les acteurs
ressentent en effet le besoin d’échanger sur leurs pratiques et sur
les difficultés rencontrées. Pour écouter ceux qui sont à même
d’exprimer leurs priorités, d’afficher leurs besoins et d’émettre des
critiques constructives, des partenaires du Sud sont venus participer
à cette journée pour livrer leurs visions et leurs points de vue. Ces
échanges ont tout leur sens afin de consolider le sens des actions
menées à l’international.                                                          Jean-Noël Gaultier a présenté l'engagement
                                                                                   de la Région dans le développement des
                                                                                   pays du Sud.
Cette dynamique ne doit pas être celle d’une seule journée. Il faut
l’entretenir à l’aide d’outils tels que le réseau Alcid. Les associations sont invitées à se familiariser avec le site
www.alcid.org, conçu pour répondre à leurs besoins. Interactif et collaboratif, cet outil en ligne permet d’annoncer
des évènements, de se faire connaître, de partager des projets et des bonnes pratiques, d’échanger autour
d’expériences ou de financements. À travers cette mutualisation, la région espère créer des synergies, favoriser
des partenariats et encourager les projets collectifs.

Étoffer le réseau favorisera le partage de l’enjeu de la solidarité internationale avec une majeure partie des
concitoyens. Les CASI (Coordination des Associations de Solidarité Internationale) fournissent un travail
essentiel sur le terrain/ Il s’agit de la Maison des citoyens du monde en Loire-Atlantique, le Collectif pour une
terre plus humaine en Sarthe, les CASI de Mayenne, de Maine-et-Loire et de Vendée. Ils ont collaboré
activement à l’organisation de ce Carrefour, avec la collaboration du CRAJEP ((Comité Régional des
Associations de Jeunesse et d’Éducation Populaire) et de l’association étudiante Kouakilariv.

La région Pays de la Loire est forte d’un réseau militant et solidaire, capable de se mobiliser et partageant des
objectifs communs. Parce que le bien-être de notre territoire repose aussi sur d’autres régions du monde, il faut
relever ensemble des défis globaux : préservation de la planète et de sa biodiversité, régulation économique et
financière, résolution des conflits et des crises humanitaires, lutte contre toutes les formes d’extrémisme et
d’obscurantisme, promotion des droits de l’homme et de la démocratie.

A travers des actions et des pratiques communes, les acteurs locaux défendent aussi des principes
incontournables : pérennité des projets, réciprocité des échanges, renforcement de la capacité des acteurs. La
coopération récente de la région Pays de la Loire avec la Tunisie, pays précurseur des révolutions arabes, illustre

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Carrefour des acteurs de la solidarité internationale - Nantes - 8 novembre 2012
une volonté forte d’impliquer les habitants ligériens au cœur des enjeux mondiaux. Chacun doit prendre
conscience de sa responsabilité citoyenne.

Le thème choisi par les acteurs régionaux pour ce Carrefour « droit à l’éducation et à la formation pour tous »
répond à une priorité nationale et régionale. Cet enjeu doit également être une priorité de l’ensemble de la
collectivité mondiale. Satisfaire aux besoins éducatifs fondamentaux est une responsabilité commune et
universelle, dépendant du juste échange économique.

Droit à l’éducation et à la formation pour tous, un droit essentiel
Roland Biache, Délégué général de Solidarité Laïque

Le thème de l’éducation, rarement choisi pour ce type d’assises, fait écho à l’actualité, avec notamment la
conférence générale de l’UNESCO consacrée à l’éducation pour tous et la réunion préparatoire du Partenariat
mondial pour l’éducation (ancienne initiative Fast Track). L’objectif, mieux articuler les actions de l’UNESCO, le
Partenariat mondial pour l’éducation et les organisations de la société civile. Le ministre du Développement a
également lancé les Assises nationales du développement et de la solidarité internationale.

                                                                                                                De gauche à droite : Rémi
                                                                                                                Thierry, Danielle Moreau,
                                                                                                                Joseph Roulleau, David
                                                                                                                Eloy, Jean-Noël Gaultier,
                                                                                                                Marjorie L’Hostis et Roland
                                                                                                                Biache

Aujourd’hui, 67 à 72 millions de personnes ne sont pas scolarisées. De nombreux textes officiels mentionnent le
droit à l’éducation mais sont dépourvus de valeur contraignante pour les États.1 Ce droit culturel est pourtant la
clé d’exercice de tous les autres droits inhérents à la personne humaine. « Le droit à l’éducation concerne tous
les êtres humains sans discrimination, rappelle Roland Biache. Il touche la capacité du sujet à lier ensemble les
différentes composantes de son identité, à faire le lien entre son individualité et les communautés (famille,
lignage, école, corporation) auxquelles il se reconnaît appartenir, à gérer les interdépendances entre lui-même et
son milieu. »

L’éducation est essentielle pour reconnaître l’autre, avec sa différence, comme indispensable à son propre
développement. Aucun itinéraire personnel, aucun enrichissement de connaissances ne peuvent se faire sans
rencontrer autrui. L’éducation doit aussi s’inscrire dans la singularité des individus et des peuples. Cette
singularité n’est pas leur identité mais son origine. Chaque peuple doit suivre son propre chemin éducatif, celui
qui lui permet d’accéder à l’universalité à laquelle il aspire. Il ne faut pas confondre le droit universel à l’éducation
avec la tentation d’un droit à une éducation universelle.

1            Déclaration universelle des droits de l’homme, articles 26 et 27.
            Pacte international relatif aux droits socio-économiques et culturels, article 13 (1966).
            Convention internationale des droits de l’enfant, articles 28 et 29 (1989).
            Convention relative internationale sur la protection des travailleurs migrants et de leurs familles (1990 - non ratifiée par la
France).
            Convention de l’Organisation Internationale du Travail (1990).

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Carrefour des acteurs de la solidarité internationale - Nantes - 8 novembre 2012
À Jomtien (Thaïlande) en 1990, lors de la Conférence mondiale sur l'éducation pour tous, la communauté
internationale a commencé à intégrer des paramètres distincts de ceux du modèle postcolonial. En 1999, le
Pacte international des droits socio-économiques et culturels a élaboré une grille de lecture du droit comportant
quatre capacités :
     o Acceptabilité Le système éducatif est-il acceptable par les populations ?
     o Adaptabilité Le système est-il adaptable aux différents besoins et au contexte des apprenants ?
     o Dotation adéquate Le système est-il doté en personnes et en équipements conformément aux besoins
          réels des jeunes, et plus largement des populations ?
     o Accessibilité Le système est-il accessible à la totalité des bénéficiaires supposés ?

Ce texte reconnaît implicitement la conception d’une éducation intégrée : diversité des acteurs, articulation du
formel et du non-formel, responsabilité partagée de la mise en œuvre du droit. Ces éléments sont repris dans les
six recommandations du Forum de Dakar en 2000. La même année, le Millénaire du Développement consacre
deux de ses huit objectifs au droit à l’éducation :
     o Assurer une scolarisation primaire pour tous (jusqu’à quinze ans)
     o Promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes

Depuis 2000, l’éducation est donc reconnue comme un levier du développement. Elle est placée au centre des
stratégies de lutte contre la pauvreté, mais aussi contre les inégalités. Ces textes représentent une légère
avancée sur la route d’une éducation généralisée. Ils limitent cependant le rôle des États à l’éducation de base.
Au-delà de l’âge de quinze ans, ce rôle est attribué au secteur privé, donc aux entreprises.

La région Pays de la Loire est forte d’un réseau militant et                       La relation entre dépenses d’éducation et scolarisation
solidaire, capable de se                                                           est complexe. L’accroissement des financements
mobiliser.                                                                         publics n’est pas mécaniquement proportionnel à
                                                                                   l’amélioration du système éducatif. Il reste pourtant une
                                                                                   condition nécessaire, même si les moyens financiers
                                                                                   consacrés à l’éducation n’ont jamais été à la hauteur
                                                                                   des enjeux. De plus, la crise économique les remet
                                                                                   aujourd’hui en cause et favorise la voie de la
                                                                                   dérégulation. Or la régulation est indispensable pour
                                                                                   sortir de cette crise et rendre effectif le droit à
                                                                                   l’éducation.

                                                                                   Pour atteindre la seule éducation primaire universelle, il
                                                                                   faudrait recruter deux millions d’enseignants d’ici 2015
                                                                                   et augmenter le financement actuel annuel de la
                                                                                   communauté internationale de 4,1 Md$, soit 3,2 Md€.
                                                                                   Les fonds existent mais il faut les chercher, avec par
                                                                                   exemple l’éradication de l’évasion fiscale (1 000 Md$ par
                                                                                   an), une taxe sur les transactions financières
                                                                                   internationales, etc.

                                                                                   Perspectives
                                                                                   Les huit objectifs du Millénaire du Développement ne
                                                                                   seront pas atteints. Pour imaginer déjà la poursuite des
                                                                                   actions après 2015, la communauté internationale, les
                                                                                   sociétés civiles et le réseau de la campagne mondiale
                                                                                   pour l’éducation doivent réaliser un diagnostic exact de
                                                                                   la situation. À ce titre, Rio+20 devient source d’espoir en

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Carrefour des acteurs de la solidarité internationale - Nantes - 8 novembre 2012
reprenant et en élargissant sensiblement les deux objectifs du Millénaire du Développement relatifs à l’éducation.
Le droit à l’éducation et sa mise en œuvre y sont articulés, ainsi qu’aux recommandations du Forum de Dakar.2
Exploité de plus en plus fréquemment, le système pluri-acteurs (représentants de l’État, associations, régions,
organisations syndicales et paysannes, etc.) est un format intéressant pour mener des actions. Pour y parvenir,
l’association Solidarité Laïque s’attache à cinq formes de solidarité :

      o     Sociale (autour d’une solidarité universelle du genre humain)
      o     Cosmopolitique (condition de paix et de justice)
      o     Laïque (coexistence des croyants et des athées)
      o     Écologique (sauvegarde de la nature et des ressources humaines)
      o     Culturelle (inter-culturalité pour sortir de nos enfermements)

Présentation de trois associations soutenues par la région Pays de la Loire

L’accompagnement des associations et collectivités ligériennes par la Région a été illustré par la projection d’un
film présentant les actions de trois associations :
     o Association Morgane
         Installation d’un centre de formation à la pédagogie Freinet pour enseignants sénégalais
         et construction d’écoles spécialisées.
     o Association AFDI Pays de la Loire, Agriculteurs Français et Développement International
         Aide au renforcement institutionnel de l’agriculture du Burkina-Faso. Accompagnement au
         développement des services, des outils de gestion et soutien des agriculteurs pour une meilleure
         autonomie financière.
     o Mairie d’Estival-Lés-Le-Mans, en association avec la mairie de Fouilly-sur-Sarthe
         Développement du micro-crédit au Burkina Faso pour permettre aux groupements d’agriculteurs
         de financer des activités génératrices de revenus.
La Région soutient l’engagement de ces acteurs, le renforcement de leurs capacités et le développement de leur
réseau. Ces témoignages se révèlent riches d’expériences et de savoir-faire, expliquant concrètement les actions
menées, qu’elles soient projets de développement dans les pays du Sud ou actions de sensibilisation au Nord, et
la manière dont la Région accompagne ces initiatives.

2            Texte de la résolution de l’ONU sur les conclusions de Rio+20, articles 229 à 244.

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Carrefour des acteurs de la solidarité internationale - Nantes - 8 novembre 2012
Les « groupes pays », partage d’expériences sur les
                            territoires
Dédiée aux acteurs agissant sur quatre territoires (Burundi, Madagascar, Palestine, Guinée), la matinée a
             permis un temps de partage d’expériences et de mutualisation des pratiques.

                                                                        BURUNDI

                                  Pays post-conflit : quels modes d’intervention ?
La région des Grands Lacs est, depuis plus de 15 ans, un foyer de tensions déstabilisatrices pour
l’ensemble de l’Afrique centrale. Elle a été le théâtre d’un des conflits armés les plus meurtriers depuis
la fin de la seconde guerre mondiale. La mobilisation de la communauté internationale pour parvenir à
une sortie de crise est aujourd’hui sans précédent. « En montant un partenariat avec une région plutôt
délaissée par la coopération internationale, explique Jean-Noël Gaultier en introduction, la Région
cherche à intervenir de façon la plus utile possible, sur un territoire sortant de difficultés, avec des
perspectives fortes et un horizon à dégager. »
Animation
Julie Gardé, Chef de pôle Coopération, diplomatie et solidarité – Région des Pays de la Loire.
Shabanna Ferga Le Marchand, Directrice du bureau de représentation de la Région des Pays de la Loire à
Bujumbura
Intervenants
Jean-Noël Gaultier, Conseiller régional, Président de la Commission Stratégie européenne et internationale, et
coopérations interrégionales.
Philippe Mayol, responsable Afrique du CCFD (Comité catholique contre la Faim et pour le Développement) –
Terre Solidaire

                                                                                      De gauche à droite : Julie
                                                                                      Gardé, Philippe Mayol, Jean-
                                                                                      Noël Gaultier et Shabanna
                                                                                      Ferga Le Marchand.

Présentation de la situation au Burundi
Par Philippe Mayol

Le pays est une région de conflits, territoriaux, de castes et ethniques. Ces tensions internes ont été développées
par le pouvoir colonial et s’interconnectent avec les pays voisins, d’autant que les migrations ont toujours été

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Carrefour des acteurs de la solidarité internationale - Nantes - 8 novembre 2012
habituelles dans la région. La sécurisation des frontières et la maîtrise des mouvements de population restent
des enjeux majeurs et des sources de conflits dans la région, en particulier depuis le génocide au Rwanda en
1993 qui a amené les pays frontaliers à accueillir des réfugiés. La région des Grands Lacs, zone de jonction
entre les sphères d’influence de plusieurs pays, est soumise à un enjeu de leadership régional. C'est ici que de
1998 à 2003 a eu lieu la « première guerre mondiale africaine », mettant aux prises les armées de six pays
différents (Rwanda, Ouganda, Burundi, Zimbabwe, Namibie, Angola). La découverte récente de champs
pétroliers génère de nouvelles sources de conflits transfrontaliers. La course perpétuelle au pillage des
ressources, notamment des terres rares, est alimentée par le mode de vie des pays du Nord.

Après le coup d'État de 1993, le Burundi a donc vécu une période de 15 ans de conflits dont résulte un désastre
humanitaire. Les déplacements massifs de population constituent un motif supplémentaire de conflit. Aujourd'hui,
la paix demeure fragile. Les groupes armés persistent, d'ailleurs alimentés par l'intégration des mouvements
rebelles dans l’armée régulière. Sur le plan politique, les élections de 2010 ont alimenté une méfiance envers le
pouvoir. Le gouvernement actuel est inquiétant sur sa conception de la démocratie : exactions, emprisonnements
extrajudiciaires, restrictions subtiles de la liberté d’expression et d'association… L’enjeu concerne maintenant les
élections de 2015 : comment les organiser sans espace de dialogue entre les partis politiques ? Comment éviter
l'instrumentalisation de la jeunesse ? Après 15 ans de conflit, la justice transitionnelle constitue aussi un enjeu
majeur. Dans un pays où le viol et la transmission du sida étaient des armes de guerre, la perte de repères est
générale dans la population. Le traumatisme et la culpabilité vis-à-vis du Rwanda lui permettent de bénéficier
d'une aide internationale accrue. « On espère maintenant que les engagements pris à Genève pour aider le
Burundi seront tenus » souhaite Philippe Mayol.

La densité démographique du pays et la pression foncière sont fortes. Malgré la fertilité des terres, la population,
à 80 % rurale, est en situation de souffrance alimentaire. Les surfaces agricoles sont limitées en moyenne à
0,5 hectare par famille. Les conditions ne sont pas réunies pour développer des secteurs économiques capables
de fournir de l'emploi aux populations rurales.

Les axes d'intervention de CCFD-Terre du Monde

CCFD-Terre du Monde est une ONG de développement d'inspiration catholique. Ses trois leviers d'action sont le
soutien aux dynamiques locales de développement, l'éducation à la paix et le plaidoyer pour amener des prises
de conscience dans les pays du Nord.
En terme de soutien au développement du Burundi, le CCFD travaille sur la structuration de filières agricoles
(café, thé…) et de mouvements paysans, premiers espaces de vie démocratique pour la population rurale. Les
projets soutenus ont une utilité sociale à court terme mais ont aussi pour but d’ouvrir des espaces de dialogue et
d’apprentissage de la prise de responsabilité. Le foncier est un élément structurant de la société, levier de
développement et de transformation sociale.
Un participant s'interroge sur la possibilité d'agir sur le foncier avec une telle pression démographique. Philippe
Mayol explique que le rapport à la terre est caractérisé par une insécurisation foncière (contestation des droits de
propriété), la confrontation des modèles d’exploitation agricole, des conflits d’intérêt (paysannerie, agrobusiness,
exploitation minière ou forestière...), mais aussi une science agroécologique traditionnelle très poussée. Une
coopération décentralisée a toute légitimité pour apporter sa compétence en matière d'aménagement de
territoire, en travaillant sur les mécanismes fonciers liés à la chefferie traditionnelle et à toute l’organisation de la
société.
Après 15 ans de conflits et d'errance pour certains, l’éducation à la paix touche aux relations de peur et de
haine des personnes. Le CCFD travaille principalement autour de la jeunesse dans une perspective d’éducation
populaire, de cohésion, de mise en responsabilité, de débat collectif. Pour les élections de 2010, le projet d'un
groupe de jeunes était d’aller rencontrer d'autres jeunes engagés dans un parti politique. Ils ont témoigné que
cela leur avait permis de surmonter leur peur. Les macro-conflits sont liés aux micro-conflits de la société, d’où
l’importance d’ancrer les actions de développement sur du long terme. « Je vous appelle à la patience et la
persévérance. Une société se construit sur plusieurs générations et non au cours d’un projet de trois ans » insiste
Philippe Mayol, qui conclut ce tableau sombre par une note positive : « On voit aussi la volonté des gens de s’en
sortir, d’avancer. Il y a de la joie ! »

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Quels principes et quels moyens pour la coopération décentralisée ?

Shabanna Ferga Le Marchand présente les grandes lignes de l'actualité de la coopération Burundi-Pays de la
Loire, en place depuis 2008. En 2012, le Président du Conseil régional a conduit une mission institutionnelle à
l’occasion du cinquantenaire de l’indépendance du Burundi. Les quatre volets de coopération (santé,
environnement, agroalimentaire, sport) ont pris de nouvelles orientations. Deux volontaires sont arrivés pour
coordonner les volets santé et agroalimentaire à Bujumbura. Un volet d'appui à la décentralisation a été défini. La
visibilité de la coopération s'est accrue au Burundi (réseaux, cofinancements).

Un participant s'interroge sur la posture de l'intervenant du Nord et les pièges à éviter. « En tant qu’Occidentaux,
on ne peut pénétrer dans toutes les sphères et il faut être vigilant pour ne pas se faire instrumentaliser, rappelle
Shabanna Ferga Le Marchand, d'où la nécessité de bien connaître nos partenaires. »

Un participant interpelle la collectivité sur la question du temps donné au projet. Malgré leur bien-fondé, malgré le
processus participatif, les actions ont du mal à se mettre en place. On demande aux acteurs des retours sur
investissement rapides, car il y a aussi des enjeux politiques locaux au Nord. Dans ces conditions, comment
maintenir des actions sur le long terme ?

Jean-Noël Gaultier souligne que tout projet de coopération est voué à cesser à plus ou moins longue échéance.
Les services de la Région instruisent aujourd'hui les dossiers en amenant les porteurs de projet à réfléchir sur la
pérennité, la réciprocité, la transversalité, la gouvernance et le passage de relais de l'action. Il faut mettre en
place des actions concrètes, mais aussi travailler sur les comportements et renforcer les capacités. « Nous avons
l’espoir de voir la société civile et les citoyens s’organiser. L’objectif de la coopération décentralisée est de
renforcer la gouvernance locale et la démocratie. »

L’enveloppe de la coopération avec le Burundi est la plus importante pour la Région, qui s'est déplacée à Genève
pour trouver de nouveaux leviers de financement. Certains projets d'acteurs ligériens sont assez mûrs pour
répondre à des appels à projet sur fonds européens, d'autres pourraient entrer dans le cadre de partenariats
public-privé. « La pérennité des actions et le maintien des ambitions pour le pays nécessite de chercher des
financements » souligne Shabanna Ferga Le Marchand.

Parmi les projets engagés ou soutenus par la Région pour 2012-2013

- « Santé sexuelle et reproductive des pêcheurs et mareyeuses de Rumonge », projet pilote mené avec
l’association burundaise de bien être familial et l'association Essentiel. La coopération est basée sur les principes
de réciprocité (complémentarité sud-sud et sud-nord) et de transversalité (lien entre santé et situation
socioprofessionnelle).
- « Appui au handisport de haut niveau », partenariat entre le comité paralympique du Burundi et le comité
régional qui s'est traduit par la participation d'un athlète aux jeux paralympiques de Londres en 2012.
- « Développement du handball burundais » en partenariat avec la ligue de handball des Pays de la Loire et la
fédération burundaise de handball. Ce projet inclut la scolarisation de deux jeunes Burundais au lycée de Segré.
- « Appui à l’Institut d'éducation physique et sportive (IEPS) pour la mise en œuvre de la réforme LMD ». Trois
enseignants burundais sont formés à l’UFR STAPS de Nantes pour mettre en place la licence et le master à
l'IEPS de Bujumbura.
- Appui au gouvernement burundais et à l’autorité du lac Tanganyika en vue de l’inscription du lac au patrimoine
mondial de l’humanité UNESCO. La Région apporte son expérience de l’inscription du Val de Loire en 2000.
- Projet d’appui au développement de la filière miel, mené par le Centre de formation rural de Cibitoke en
partenariat avec l’Union des apiculteurs de Loire Atlantique.

Les intervenants concluent sur la nécessité de travailler avec la population pour construire des objectifs partagés,
au-delà des accords de coopération officiels.

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MADAGASCAR
   Comment favoriser le partenariat entre les acteurs de la solidarité internationale
     portant des projets de codéveloppement et les acteurs de la vie publique
                                     malgache ?

Toujours en attente d’élections présidentielles, Madagascar vit une situation difficile. Face à l’absence de
politiques publiques réellement définies, l’apport de la société civile malgache dans les projets de développement
est aujourd’hui indispensable. Mais il semble nécessaire de réfléchir à de nouvelles pratiques de coopération,
afin que les projets prennent en compte la contribution des organisations du Sud à la définition des politiques
publiques, actuellement défaillantes sur leur territoire. Les projets menés par les acteurs ligériens doivent
permettre la reconquête par les autorités de leurs missions de service public trop souvent transférées au secteur
privé.

Animation
Vonjy Andrianatoandro, Président de l’association Hetsika et porte-parole du Collectif Mada, regroupant
9 associations de Loire-Atlantique pour promouvoir le développement du peuple malgache
Intervenants
Ina Sy, Conseillère régionale, membre de la Commission Stratégie européenne et internationale, et coopérations
interrégionales.
Jean-Claude Rabeherifara, enseignant-chercheur en sociologie et anthropologie, Directeur adjoint du Centre
international des industries de la langue et du développement pour l'Afrique, l'Asie, et les Amériques (CILDA), à
Nanterre.
Astrid Frey, Chargée de mission pole Afrique subsaharienne Education au développement - Cités Unies France
(CUF)

En introduction, Ina Sy rappelle la
proximité historique entre la France et
Madagascar.
Richesses inexploitées et crise
politique détériorent les conditions de
vie du pays. Il faut définir de nouvelles
formes de solidarité, coordonnées
avec la société civile malgache et les
institutions.

A son tour, Vonjy Andrianatoandro
présente le collectif Mada, fondé
en 2011,        et        rassemblant 9
associations ligériennes autour de
                                           Vonjy Andrianatoandro explique qu'il existe 40 à 50 associations en lien avec
piliers communs : la culture et le Madagascar en région Pays de la Loire.
développement de l'autonomie des
habitants.    Des      actions     inter-
associations sont déjà en œuvre, le but est de les développer en France comme à Madagascar, pour faire
connaître le pays et les actions des associations.

Les racines de la société civile

Afin de comprendre le fonctionnement de la société malgache, Jean-Claude Rabeherifara propose une
présentation intitulée « Madagascar revisitée, continuités et ruptures ». Pour décrypter le rapport du « Mada d'en
bas » au fanjakàna (l'État, l'exercice du pouvoir), il faut revenir aux structures ancestrales malgaches : le raza
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(lignage), dont les membres possédaient en commun des troupeaux et des tombeaux, aujourd’hui détruits par
l'accaparement des terres ; le foko (clan), fonctionnant sur le principe de l'exogamie pour éviter toute
consanguinité ; le fihavanana (parenté très élargie, jusqu'à la communauté nationale). Au-delà de ces trois
niveaux de proximité se situe le vazaha, une vision spécifiquement malgache de l'étranger.
Au XIXe siècle, le pouvoir unificateur de Madagascar s'appuie sur le fokonolona (communauté, basé sur le foko),
mais son système de délibération et de contrat social est remplacé par l'autorité des seigneurs de guerre. Ces
derniers cultivent un certain paternalisme qui inspire le terme ray aman-dreny : « pouvoir père-mère ». Depuis
150 ans, de nombreux mouvements se sont dressés contre le fanjakàna : soulèvement populaire de 1863 qui
mène à l'abolition de la peine de mort, résistances anti-coloniales, luttes pour les droits syndicaux et citoyens,
etc. En 1947, la répression d'une insurrection nationaliste fait 100 000 morts et marque durablement les
consciences.

De gauche à droite : Jean-Claude Rabeherifara, Astrid Frey, Astrid Frey et
                                                                                   Dans les années 1970, sous la période
Vonjy Andrianatoandro
                                                                                   de malgachisation, les fokonolona font
                                                                                   l'objet d'une récupération à des fins de
                                                                                   contrôle de la population. Les
                                                                                   ajustements structurels mis en œuvre
                                                                                   par le pouvoir soi-disant socialiste
                                                                                   aggravent la pauvreté. A partir de
                                                                                   l'élection de Marc Ravalomanana
                                                                                   en 2002, s'étendent le libéralisme et la
                                                                                   confusion entre intérêt du peuple et
                                                                                   intérêts privés. La crise politique qui
                                                                                   sévit depuis 2009 a un impact socio-
                                                                                   économique énorme. Des contrats de
                                                                                   pillage du sous-sol national sont
                                                                                   entérinés, et des villages sont brûlés
                                                                                   dans le sud pour faire fuir la
                                                                                   population.

La société civile malgache s'est mobilisée successivement pour les droits humains, la démocratie, le
développement économique puis les questions de genre. La conférence des associations et ONG de
Madagascar regroupe environ 5 000 structures à ce jour. Et fin 2009 s'est créé le Collectif des citoyens et
organisations citoyennes (CCOC), pour proposer une sortie de crise pacifique.

Leviers de la coopération décentralisée avec Madagascar

Astrid Frey présente Cités unies France (CUF), structure créée en 1975 pour rassembler tous les comités de
jumelage avec des territoires étrangers. À Madagascar, les communes ont été mises en place en 1980, suivies
des régions qui ont été redécoupées en 2007 et sont désormais au nombre de 22. L'idée de jumeler chaque
région métropolitaine de France avec une région malgache a été lancée, et une dizaine de partenariats sont déjà
engagés. La région Pays de la Loire n'en fait pas encore partie. Les conventions signées laissent aux collectivités
la liberté d'agir sur les compétences de leur choix, tant qu'elles ne contreviennent pas aux intérêts nationaux.

Depuis le début de la crise politique, le Ministère de l'Aménagement du territoire et de la Décentralisation, qui
devait former les fonctionnaires territoriaux, a été démantelé. De nombreux maires et autres interlocuteurs ont été
remplacés par des personnes nommées par l'État, ce qui complique parfois les relations de jumelage, mais n'a
remis en cause aucune coopération décentralisée. Les régions Aquitaine et Nord-Pas-de-Calais réorientent leur
soutien vers les communes, jugées plus stables que les régions. Quand la société civile est forte, et qu'il existe
des relais malgaches dans chaque secteur, les actions fonctionnent !

Mais Cités Unies France manque d'un interlocuteur privilégié à Madagascar tel qu'une association d'élus, comme
il en existe dans la plupart des autres pays. Les institutions françaises sont gênées à l'idée de travailler avec un
pouvoir instable, et un pays aux problèmes sécuritaires ; elles craignent de se voir reprocher une collusion. CUF

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encourage à constituer des centres d'appui dans une logique intercommunale, pour pérenniser les projets sans
en laisser tout le poids à une seule commune, ni passer par le Trésor public.
Astrid Frey remarque que malgré l'arrivée des ONG dans le pays, les indicateurs d'éducation et de santé
empirent. Rien ne remplace la volonté politique pour mettre en place une action cohérente.

Débat

Une personne du public note que les associations sont considérées comme des acteurs de la société civile sur le
territoire ligérien, mais comme des bailleurs de fonds à Madagascar. Vu la profusion d'associations, et la baisse
des financements, le rôle des acteurs de la solidarité internationale n'est-il pas d'aider les structures locales à
chercher les financements qui s'ouvrent sur place ? Vonjy Andrianatoandro donne l'exemple de l'opéra Carmen
récemment monté à Antananarivo grâce à l'investissement d'acteurs économiques locaux.

Jean-Claude Rabeherifara constate également une confusion entre la multitude d'associations autonomes et une
société civile plus coordonnée. La plateforme societecivilemalgache.com propose son expertise pour vérifier la
pertinence des partenariats. Il faut aussi valoriser les politiques publiques, la confiance de la population étant
« ravagée par des décennies de politiques à l'encontre de leurs intérêts ».

Astrid Frey ajoute qu'au début de la crise, il était déconseillé aux élus d'aller à Madagascar, car ils auraient été
vus comme portant la voix de la France. Mais CUF incitait à maintenir la coopération décentralisée au plus près
du peuple, quelle que soit l'évolution de l'État. La France a été un des rares pays à maintenir son aide.

Un chercheur nantais interpelle les intervenants sur les partenariats qui ne sont à l'initiative ni des institutions ni
des associations. Par exemple, un projet de recherche sur l'hypertension artérielle (importante cause de mortalité
à Madagascar) a été mené en partenariat avec l'institut Pasteur de Madagascar. Quelle place la Région réserve-
t-elle à ce genre de projets scientifiques, sociétaux et universitaires ? Ina Sy répond qu'il existe des partenariats
entre établissements d'enseignement supérieur. Le Conseil universitaire des relations internationales (CURI)
accompagne les échanges entre laboratoires, universités, et la mobilité des étudiants et des chercheurs.

Jean-Claude Rabeherifara signale que les Malgaches ont de plus en plus la sensation de perdre leur
souveraineté nationale. La coopération décentralisée doit l'intégrer dans ses réflexions, tout comme le lien social,
qui est une composante fondamentale du peuple malgache.

Ina Sy conclut que pour toute action de solidarité internationale, il faut prendre en compte le poids de la culture,
et s'appuyer sur la société civile et les communes pour plus d'efficacité. Au nom de la Région, elle propose une
aide à la coordination, à la communication et au relais des actions de coopération avec Madagascar. La Région
peut aussi soutenir des associations via le dispositif Frasicod, ou apporter une aide directe dans certains cas
comme au Burundi.

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PALESTINE
Quelle complémentarité entre associations et collectivités ligériennes investies en
                                  Palestine ?

Animation
Simone GIOVETTI, Chargé de mission pôle méditerranée – Cités Unies France
Intervenant
Philippe PAPIN, Conseiller régional, Vice-Président de la Commission Stratégie européenne et internationale, et
coopérations interrégionale

                                                                                   Philippe Papin rappelle que le
                                                                                   Carrefour 2011 a déjà rassemblé les
                                                                                   acteurs ligériens investis en Palestine.
                                                                                   Conçue comme un groupe informel, la
                                                                                   plateforme initiée à cette occasion a
                                                                                   permis aux associations et aux
                                                                                   collectivités territoriales de se
                                                                                   rencontrer à diverses reprises. Le
                                                                                   Carrefour offre à nouveau l’occasion
                                                                                   d’échanger sur les liens entre les
                                                                                   coopérations décentralisées et le
                                                                                   travail des associations, ainsi que
                                                                                   d’évoquer les difficultés.

                                                                          Représentant l’organisation Cités
                                                                          Unies France, Simone Giovetti
Simone Giovetti et Philippe Papin ont expliqué les enjeux de la coopération
décentralisée en Palestine.                                               participe à l’animation du Réseau des
                                                                          Coopérations Décentralisées en
                                                                          faveur de la Palestine (RCDP). Il
souligne l’intérêt pour la France d’engager des actions courageuses en faveur de la Palestine auprès des Nations
Unies, et aussi de réunir les forces des acteurs engagés pour agir avec plus d’efficacité. À ce titre, l’engagement
récent des Régions en faveur de la Palestine est lourd de signification.

Tour de table des collectivités territoriales et associations ligériennes investies en Palestine

Présente sur les différents départements de la région Pays de la Loire, l’association France Palestine
solidarité (AFPS) travaille sur trois axes : information des citoyens sur la situation vécue par les Palestiniens,
engagement de campagnes, parrainage des prisonniers, projets de coopération. Il est important de cadrer l’aide
décentralisée comme l’aide menée sur le terrain. Il ne s’agit pas de tendre vers une normalisation de la situation
mais de soutenir les Palestiniens dans leur combat pour vivre sur leurs terres dignement. Une meilleure
connaissance des coopérations menées par les acteurs ligériens permettrait sans doute à l’association d’élargir
sa propre action.
L’association Artisans du monde Nantes assure la commercialisation équitable des produits
palestiniens (artisanat, alimentation). La fédération nationale est actuellement sollicitée pour la création d’une
filière équitable de dattes.
Sollicitée par l’AFPS et des élus du canton, l’Institut d'éducation motrice (IEM) de La Buissonnière a entamé
une collaboration avec un centre pour personnes handicapées. Trois éducateurs palestiniens sont venus s’y
former à la prise en charge du handicap des enfants. L’IEM souhaite désormais une officialisation de cette
collaboration pour en assurer un meilleur fonctionnement.

Carrefour 2012 de la solidarité internationale - Alcid / région Pays de la Loire                                         13
La Ligue de l’enseignement, fédération des amicales laïques 44 (FAL44), porte avec les CEMEA (Centres
d'entrainement aux méthodes d'éducation active) un projet du réseau France Volontaire pour la promotion du
volontariat à l’international. Le départ de jeunes, dans le cadre du service civique, est en programmation pour
l’année 2013. Ces jeunes seraient accueillis notamment par l’association Human Supporters pour y accompagner
la mise en place de projets pédagogiques.
Wajdi Yaeesh, directeur de l’ONG palestinienne Human Supporters Association, travaille au développement
d’un programme psycho-éducatif à destination de femmes et d’enfants, en organisant des activités sportives et
culturelles. Il séjourne actuellement un an en France avec les CEMEA des Pays de la Loire pour développer des
projets en faveur de la Palestine.
Les CEMEA des Pays de la Loire forment un mouvement d’éducation nouvelle et populaire, complémentaire de
l’école publique. Investis en Palestine depuis 1993, les CEMEA animent des projets articulés autour de centres
de formation et de ressources, destinés à multiplier les capacités de formation sur le territoire palestinien (travail
social, petite enfance, handicap, santé mentale, etc.). Ils accompagnent également des coopérations
                                                                           décentralisées, comme celle de Rezé
                                                                           avec Abu Dis.

                                                                           Portant un soutien politique fort en
                                                                           faveur de la cause palestinienne, la
                                                                           municipalité de Rezé coopère avec
                                                                           la ville d’Abu Dis sur la construction
                                                                           d’un centre socio-culturel et d’une
                                                                           maison des arts. La ville accueille
                                                                           deux Palestiniennes dans le cadre
                                                                           d’une formation administrative. Bayan
                                                                           Abu Hilal, coordonnatrice du centre
                                                                           culturel d’Abu Dis, précise que les
                                                                           principaux bénéficiaires des actions
                                                                           menées avec les bénévoles rezéens
                                                                           sont les jeunes et les enfants à
Nisreen Abu Hilal défend l'idée que les femmes doivent s'investir dans des travers des activités culturelles :
projets de la sphère publique.                                             danse       folklorique,   mosaïque,
                                                                           dessin… Nisreen Abu Hilal,
                                                                           assistante à la mairie d’Abu Dis, est
également membre d’un comité consacré à la femme palestinienne. Le service dédié au conseil des femmes
d’Abu Dis les encourage à développer leurs compétences pour mener à bien des projets familiaux comme des
projets politiques.

La municipalité de Bouguenais entretient depuis plusieurs années un partenariat avec la commune d’Anabta
en Cisjordanie. Axé sur le sport, il a permis la construction d’un stade de football et prévoit en 2013 la formation
en France de deux éducateurs palestiniens à l’encadrement sportif, avec la Ligue Atlantique de Football.
La ville de Saint-Herblain entretient un pacte d’amitié et de coopération avec la ville de Bethléem depuis
20 ans. Elle participe notamment à la formation de cadres administratifs et de techniciens. Une action de
sensibilisation des élèves de CM1-CM2 est en cours. Par ailleurs, la récente projection du film « Une bouteille à
la mer » a été suivie d’échanges avec une jeune habitante de Jérusalem-est. L’association herblinoise Avenir
Jeunes Bethléem mène également des actions d’accompagnement scolaire, en organisant notamment des
séjours de jeunes Palestiniens sur la commune.

La Compagnie des Gens Debout se produit dans les écoles de l’agglomération nantaise avec un conte musical,
poétique et burlesque, sur la guerre. Des échanges avec les enfants suivent la représentation. Toujours sur le
sujet de la guerre, une nouvelle création tout public est prévue en 2013.
Le Comité Palestine du Pays de Châteaubriant participe à l’information du public sur l’actualité palestinienne,
et soutient la campagne de reconnaissance de la Palestine à l’ONU. L’association a également participé à la
réalisation de chemins ruraux dans la commune de Beit Oumar en Cisjordanie.
L’association Bouguenais Jumelage Coopération collabore avec des associations d’Anabta et sensibilise les
citoyens aux projets de solidarité internationale. A Hébron, l’association mène un projet consacré à la libération
Carrefour 2012 de la solidarité internationale - Alcid / région Pays de la Loire                                    14
psychologique des femmes. Un projet de tourisme social est également en cours de construction pour
sensibiliser les Bouguenaisiens à la situation palestinienne.
La municipalité de la Roche-sur-Yon coopère avec la ville d’Al Yamoun en Cisjordanie sur un projet de zone
dédiée à l’éducation à l’environnement. Soutenu par le Ministère de l’Agriculture, ce projet vise également à
éviter la réquisition de ces terres par Israël. Un volontaire travaille depuis plusieurs mois en Palestine avec de
jeunes habitants d’Al Yamoun. Un volontaire palestinien sera également accueilli en 2013 à La Roche-sur-Yon.

Projet : l’envoi d’un volontaire de solidarité internationale

La Région a décidé l’envoi prochain d'un (ou d’une) volontaire de solidarité internationale pour un séjour d’un an
(reconductible) en Palestine. Le temps de ce volontariat sera partagé entre différentes missions :
    o Soutien des actions menées par les CEMEA, qui accueilleront le volontaire dans leurs structures locales
         partenaires, dans le cadre de leur projet « Jeunesses volontaires en Palestine ».
    o Animation du réseau des acteurs ligériens en Palestine. Le volontaire se mettra au service des
         associations pour soutenir leurs actions. Il réalisera dans ce cadre une cartographie des actions
         ligériennes sur le terrain.
    o Veille régionale, afin d’informer la Région sur la situation palestinienne et d’infléchir la formulation
         éventuelle de futurs projets portés par la Région.
Une formation préalable est indispensable afin d’appréhender la situation dans sa globalité. Ce volontaire devra
déjà avoir l’expérience du territoire et une connaissance des différents réseaux et partenaires investis en
Palestine. Réciproquement, l’accueil de jeunes volontaires palestiniens en France doit être encouragé.

La complémentarité entre collectivités et associations

Philippe Papin rappelle que le vote unanime des élus régionaux pour la reconnaissance de la Palestine à l’ONU
a encouragé les élus à s’impliquer et à soutenir les projets associatifs ligériens. Incluant un répertoire des
coopérations décentralisées, le réseau Alcid est un outil conçu pour favoriser les coopérations locales et montrer
l’avancée globale de chaque coopération.

Les actions menées en Palestine doivent articuler soutien institutionnel et apport de compétences techniques.
L’Association France Palestine Solidarité souligne également l’importance d’une pression politique. Même si
les associations ne se substituent pas à la parole des collectivités, elles revendiquent leur rôle militant. Philippe
Papin confirme la reconnaissance par les collectivités de ce rôle militant. Les associations doivent cependant
considérer l’articulation indispensable entre expression politique et parole diplomatique. Les liens créés entre les
collectivités doivent rester pérennes en dépit des évolutions électorales.

L’association des CEMEA souligne l’intérêt de la complémentarité entre associations et collectivités, au regard
de leur expérience. Les associations ont souvent un lien très fort avec le terrain, avec une connaissance du tissu
associatif et social sur place. Cette connaissance peut souvent être bénéfique pour la conduite de la coopération
décentralisée des collectivités.

Simone Giovetti estime que les collectivités, souvent considérées comme des bailleurs de fond, ont su évoluer
positivement sur ce terrain. Le soutien de la Région est aussi politique.
Se pose également la question de la complémentarité entre associations : tout en conservant leur autonomie,
chaque association doit chercher les moyens de coopérer avec les autres acteurs, ici et là-bas, afin de renforcer
le sens et l’impact de sa propre action.

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