Fondation Carrefour - SOLAAL

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Observatoire du Management Alternatif Alternative Management Observatory __ Projet Opérationnel Projet Opérationnel Fondation Carrefour – SOLAAL Marine d'Allancé, Antoine Desjonquères, Morgane Guilhe La Combe de Villers, François Petitjean Janvier 2014 Majeure Alternative Management – HEC Paris – 2013-2014 D'Allancé M, Desjonquères A, Guilhe La Combe de Villers M, Petitjean F – Projet Opérationnel : « Fondation Carrefour - SOLAAL » – Janvier 2014 1

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Fondation Carrefour – SOLAAL Ce projet a été réalisé sous la supervision de Nathalie Lugagne, co-directrice de la Majeure Alternative Management, dans le cadre de la formation reçue au sein de la Majeure Alternative Management, spécialité de 3ème année du programme Grande Ecole d’HEC Paris. Résumé : Alors que l'année 2014 a été déclarée année de lutte contre le gaspillage aimentaire au niveau européen, la crise économique actuelle se traduit par une augmentation significative des populations concernées par les dns alimentaires. Dans ce contexte, ce projet opérationnel doit permettre de fournir à la Fondation Carrefour des pistes d'amélioration pour la gestion des invendus Carrefour au niveau de la ville de Paris.

Mots clés : Don, Gaspillage alimentaire, Grande distribution. Carrefour-SOLAAL Foundation This project was realized under the supervision of Nathalie Lugagne, co-director of the Alternative Management specialization program ; it is part of the “Alternative Management” specialization of the third-year HEC Paris business school program. Abstract: While the current deep economic crisis has direct and significant consequences on the number of people who depend on food aid to live, the year 2014 has been declared the European year against food waste. In this cotext, this operational project aims at suggesting the Carrefour Foundation improvement possibilities for the management of unsold goods in Parisian Carrefour supermarkets.

Key words: Food Waste, Gift, Retail, Supermarkets Charte Ethique de l'Observatoire du Management Alternatif Les documents de l'Observatoire du Management Alternatif sont publiés sous licence Creative Commons http://creativecommons.org/licenses/by/2.0/fr/ pour promouvoir l'égalité de partage des ressources intellectuelles et le libre accès aux connaissances. L'exactitude, la fiabilité et la validité des renseignements ou opinions diffusés par l'Observatoire du Management Alternatif relèvent de la responsabilité exclusive de leurs auteurs. D'Allancé M, Desjonquères A, Guilhe La Combe de Villers M, Petitjean F – Projet Opérationnel : « Fondation Carrefour - SOLAAL » – Janvier 2014 2

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Table des matières Introduction . . 5 La majeure Alternative Management d'HEC Paris et le Projet Opérationnel . . 5 Les mandataires : la Fondation Carrefour et SOLAAL . . 5 Contexte et objectifs de l'étude . . 6 Partie 1. État des lieux . . 8 1.1. Panorama du gaspillage alimentaire en France . . 8 1.1.1. Définition du gaspillage alimentaire . . 8 1.1.2. Quelques chiffres sur le gaspillage alimentaire . . 8 1.2. Le rôle des distributeurs . . 10 1.2.1. La distribution, un secteur concentré, des acteurs puissants . . 10 1.2.2. Un secteur dense et en croissance . . 11 1.2.3. Commerces de proximité . . 12 1.2.4. Le rôle clé des distributeurs . . 14 1.3. Le don alimentaire en France, état des lieux et enjeux . . 14 1.3.1. Une importance accrue des acteurs privés due à la diminution de l’aide des acteurs institutionnels . . 15 1.3.2. Une aide alimentaire de plus en plus nécessaire . . 16 1.3.3. Le don alimentaire pour les enseignes de distribution : entre avantages et contraintes . . 20 1.4. Les acteurs de la chaîne du don alimentaire . . 21 1.5. Analyse d’un exemple de « bonne pratique » du don entre grande distribution et associations : la Croix Rouge et des Monoprix dans le 15ème arrondissement de Paris . . 29 Partie 2. Analyse du don alimentaire chez Carrefour . . 31 2.1. Étude du don alimentaire en magasin . . 31 2.1.1. La gestion de la casse . . 31 2.1.2. Sollicitations et partenariats . . 32 2.2. Enquête sur le don dans les magasins franchisés Carrefour de Paris . . 33 2.2.1. Résultats de l’enquête menée auprès des franchisés dans Paris . . 33 D'Allancé M, Desjonquères A, Guilhe La Combe de Villers M, Petitjean F – Projet Opérationnel : « Fondation Carrefour - SOLAAL » – Janvier 2014 3

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2.3. Exemple détaillé d'un magasin franchisé Carrefour City . . 36 2.3.1. La casse . . 36 2.3.2. Pratiques et perception du don dans le magasin . . 37 2.3.3. Le trajet d'un produit vendu dans ce magasin . . 37 Partie 3. Recommandations . . 39 3.1. Étude des initiatives locales et internationales . . 39 3.1.1. La Tente des Glaneurs (France) - “Donner, c’est mieux que jeter . . 39 3.1.2. Eqosphère (France . . 40 “La technologie Eqosphere simplifie la revalorisation . . 40 3.1.3. City Harvest . . 41 “Rescuing food for New York’s hungry . . 41 3.2. Proposition de pistes d’action possibles sur le don alimentaire . . 42 3.2.1. Propositions de partenariats pour la Fondation Carrefour avec des acteurs qui collectent et distribuent des denrées dans Paris intra-muros . . 42 3.2.2. Actions de la Fondation Carrefour auprès des franchisés Carrefour . . 43 Annexes . . 47 Annexe 1 - Guide d’entretien utilisé lors de l’enquête téléphonique effectuée auprès des Carrefour City de Paris . . 47 Annexe 2 - Compte-rendu d'entretien 1 . . 48 Annexe 3 - Compte-rendu d'entretien 2 . . 52 Annexe 4 - Compte-rendu d'entretien 3 . . 55 Bibliographie . . 58 Rapports et études . . 58 Articles . . 59 Sites internet . . 59 INSEE . . 59 Autres . . 59 D'Allancé M, Desjonquères A, Guilhe La Combe de Villers M, Petitjean F – Projet Opérationnel : « Fondation Carrefour - SOLAAL » – Janvier 2014 4

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Introduction La majeure Alternative Management d'HEC Paris et le Projet Opérationnel La majeure Alternative Management proposée depuis 2005 par HEC offre aux étudiants la possibilité d’une prise de recul par rapport aux théories managériales apprises dans leur cursus ainsi qu’une sensibilisation aux enjeux du développement durable en lien avec la réalité de l’entreprise. La formation de 4 mois qui réunit chaque année une vingtaine d’étudiants de dernière année propose d’une part un enseignement théorique, composé de cours et de séminaires, et d’autre part une réalisation pratique : le projet opérationnel à vocation pédagogique. Ce dernier, le plus souvent mandaté par une fondation ou une entreprise, a pour objectif d’amener un groupe d’étudiants à réfléchir sur une problématique concrète porteuse de changement social. Il prend la forme d’une mission de conseil ou d’une étude documentée. Encadré par un tuteur enseignant dans la majeure, il se construit tout au long des 4 mois, au moyen de rencontres régulières entre les mandataires du projet et les étudiants. C’est dans ce contexte que s’inscrit cette étude, mandatée par la Fondation Carrefour et l’association SOLAAL (Solidarité des producteurs Agricoles et des acteurs des filières Alimentaires), et encadrée par Nathalie Lugagne, co-directrice de la Majeure Alternative Management.

Les mandataires : la Fondation Carrefour et SOLAAL Les deux mandataires de l’étude sont parties prenantes de la chaîne de distribution des filières alimentaires et agricoles, et travaillent sur la problématique de revalorisation des invendus alimentaires et la gestion du don alimentaire. La Fondation Carrefour, qui dispose d’un budget annuel de 4,5 millions d’euros, apporte son soutien depuis 2000 à des projets de solidarité en lien avec l’alimentation, dans 11 pays différents. Créée en 2012, l’association SOLAAL a pour objectif la facilitation du don entre les acteurs des D'Allancé M, Desjonquères A, Guilhe La Combe de Villers M, Petitjean F – Projet Opérationnel : « Fondation Carrefour - SOLAAL » – Janvier 2014 5

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filières agricoles et alimentaires, et rassemble en son sein de nombreuses organisations représentant les intérêts des différents acteurs des filières. Contexte et objectifs de l'étude 2014 a été décrétée année de lutte contre le gaspillage alimentaire au niveau européen. En France, on affiche l’objectif d’une réduction de 50% du gaspillage alimentaire en deux ans. Associations, pouvoirs publics, ou acteurs de l’industrie agroalimentaire ont déjà montré une mobilisation importante autour des évènements ou initiatives qui ont marqué la fin de l’année 2013, à l’instar de la journée « anti gaspi ». Dans ce contexte Carrefour et la Fondation Carrefour se sont engagés de manière ferme à travailler à la réduction du gaspillage alimentaire en considérant l’ensemble de la chaîne de valeur des magasins Carrefours, depuis les producteurs jusqu’au client final, avec la volonté affichée d’être des acteurs pionniers. L’objectif initial de cette mission est d’apporter à la Fondation Carrefour un regard sur la gestion des invendus de Carrefour et de proposer des pistes d’amélioration.

Dans son Toolkit for reducing the foodwaste footprint1 , la FAO classe les quatre moyens de traiter les invendus ou résidus alimentaires du plus écologique au plus déplorable : réduire, réutiliser, recycler, jeter. La réduction des résidus ou invendus suppose un travail de chacun des acteurs de la chaîne sur sa manière de produire ou de vendre, avec des dimensions techniques importantes, ce qui place un tel objectif hors de notre portée. Nous nous sommes donc intéressés à la deuxième dimension qui est la réutilisation des résidus de la chaîne agroalimentaire. L’idée initiale proposée par la Fondation Carrefour en partenariat avec SOLAAL était la mise en place dans les magasins Carrefour de corners de sensibilisation des consommateurs au gaspillage alimentaire par des démonstrations culinaires réalisées à partir de produits invendus ou abîmés. Une telle initiative présente l’avantage de combiner une réutilisation de déchets issue de la chaîne de production pour alimenter les stands, et une réduction du gaspillage domestique grâce à la sensibilisation. Toutefois, deux obstacles majeurs sont apparus dès le début de l’étude : • Les normes et règles sanitaires rendent particulièrement complexe la mise en place de tels stands en magasins ; • Carrefour a mis en place un système efficace de don des invendus qui limite 1FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture), Toolkit, Reducing the Food Wastage Footprint, 2013, 119 pages. http://www.fao.org/docrep/018/i3342e/i3342e.pdf D'Allancé M, Desjonquères A, Guilhe La Combe de Villers M, Petitjean F – Projet Opérationnel : « Fondation Carrefour - SOLAAL » – Janvier 2014 6

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considérablement les quantités de produits potentiellement récupérables. Il semblait alors inconcevable de détourner des produits destinés à être données aux personnes démunies. Nous avons donc recentré notre étude sur ce don alimentaire dans l’optique d’y apporter des pistes d’améliorations. Un constat s’est rapidement imposé : à l’inverse des hypermarchés et supermarchés Carrefour, les nombreuses enseignes franchisées Carrefour qui se développent dans les villes sont dépourvues de système de don centralisé et efficace. Or, d’après Pierre Ruban, président de la Banque Alimentaire de Paris et d’Ile de France (BAPIF), les enseignes parisiennes qui essaiment depuis quelques années représenteraient un potentiel d’environ 14 000 tonnes de nourriture à récupérer chaque année. En parallèle, la situation économique de ces dernières années entraîne une augmentation de la pauvreté et des besoins d’aide alimentaire et une fragilisation de l’aide institutionnelle. Les besoins de dons privés sont donc croissants.

La présente étude vise à souligner les enjeux du don alimentaire réalisé par les magasins distributeurs, à dresser le constat des pratiques et des obstacles rencontrés, et à proposer des recommandations, en partie inspirées par des initiatives d’autres acteurs innovants du don alimentaire. Le périmètre d’étude est la ville de Paris et le constat des pratiques des magasins circonscrit aux magasins de proximité de l’enseigne Carrefour, premier acteur de la distribution sur le territoire.

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Partie 1. État des lieux 1.1. Panorama du gaspillage alimentaire en France 1.1.1. Définition du gaspillage alimentaire Le terme de déchets alimentaires englobe à la fois les « pertes », c’est-à-dire la production végétale non exploitée après la production agricole, et le « gaspillage alimentaire » qui comptabilise les denrées alimentaires comestibles jetées lors de la distribution et la consommation. L’absence de définition normalisée du gaspillage alimentaire a longtemps été un frein dans la compréhension de ce phénomène. Dans un rapport de mai 2011 intitulé « Global Food Losses and Food Waste », la FAO définit les déchets alimentaires comme étant « des produits potentiellement destinés à l’alimentation humaines qui sont perdus ou jetés tout au long de la chaîne alimentaire ». Cette chaîne comporte plusieurs maillons : la production agricole, les opérations après récolte et le stockage, la transformation, la distribution et enfin la consommation. Le gaspillage alimentaire concerne donc des métiers divers, ce qui explique la difficulté à endiguer le phénomène, intimement lié aux modes de production et de consommation. 1.1.2. Quelques chiffres sur le gaspillage alimentaire Au niveau mondial, la FAO estime qu’un tiers de la production alimentaire est soit perdue ou jetée, ce qui représente un volume de 1,3 milliards de tonnes. Les disparités entre pays sont très fortes puisqu’en Europe et en Amérique du Nord, les déchets alimentaires s’élèvent en moyenne autour de 115 kilos par personne et par an alors que les pays d’Asie et d’Afrique jettent en moyenne entre 6 et 11 kilos.

De plus, les déchets alimentaires dans les pays en développement sont principalement générés par la production et la distribution alors que dans les pays développés la principale source de déchets alimentaires n’est autre que les foyers. Une enquête demandée par la Commission Européenne a révélé qu’à l’échelle européenne, les ménages sont responsables de 43% des déchets D'Allancé M, Desjonquères A, Guilhe La Combe de Villers M, Petitjean F – Projet Opérationnel : « Fondation Carrefour - SOLAAL » – Janvier 2014 8

alimentaires (76kg/hab/an), l’industrie agro-alimentaire de 39%, la distribution de 4% et la restauration hors foyers de 14%. Au total, le gaspillage alimentaire en France représente près de 10 millions de tonne par an, soit l’équivalent de 155 kilos par personne2 , un chiffre qui cache d’importants écarts entre les différentes régions. Selon les estimations, les ménages génèrent chaque année entre 80 et 100 kilos de déchets alimentaires par habitant, soit près de 6 millions de tonnes. Sur ce volume par individu, environ 60 kilos sont difficilement évitables (os, épluchures) mais les 20 kilos de nourriture restants sont liés aux habitudes de consommation. La preuve en est que les produits encore emballés et non consommés représentent à eux seuls 7 kilos par personne et par an. Figure 1 : Carte de France du gaspillage alimentaire Source : Consoglobe, 2011 En 2011, les fruits et légumes représentaient environ un quart du gaspillage alimentaire en France, les restes de repas représentant un autre quart tout comme les aliments emballés (ouverts ou non) puis viennent le pain et les liquides.

2Urban Food Lab pour le Ministère de l’Agriculture, 2012. Pertes et gaspillages alimentaires : Marges de manœuvre et verrous au stade de la remise directe au consommateur (distribution et restauration) et en restauration collective, 35 pages. http://urbanfoodlab.eu/wp-content/uploads/2012/03/Pertes-gaspillages_RAPPOR T_FINAL.pdf D'Allancé M, Desjonquères A, Guilhe La Combe de Villers M, Petitjean F – Projet Opérationnel : « Fondation Carrefour - SOLAAL » – Janvier 2014 9

Figure 2 : Répartition du gaspillage alimentaire en France en 2011 Source : France Nature Environnement, 2011 1.2. Le rôle des distributeurs Le gaspillage alimentaire concerne tous les maillons de la chaîne agroalimentaire, notamment les distributeurs, qui sont l'interface entre les producteurs et les consommateurs. 1.2.1. La distribution, un secteur concentré, des acteurs puissants En France, le marché de la grande distribution est caractérisé3 par une concentration des acteurs.

Quelques grands groupes, au nombre de 6 – Carrefour, Auchan, Leclerc, Casino, Intermarché (Groupe les Mousquetaires) et Système U – dominent le marché en passant par quelques centrales d’achats, qu’ils détiennent pour la majeure partie. Ainsi, la plateforme intermédiaire entre les producteurs et Carrefour s’appelle Interdits, Galec est celle de Leclerc, et ITM celle d’Intermarché, etc. Les six grands groupes représentent 90% du marché, auxquels viennent s’ajouter d’autres plus petits distributeurs comme Match et Cora.

3Tarteret O., Hanne H., « Grande distribution et croissance économique en France », DGCCRF éco, n°11 décembre 2012, Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes, 15 pages, http://www.economie.gouv.fr/files/directions_services/dgccrf/documentation/ dgccrf_eco/dgccrf_eco11.pdf D'Allancé M, Desjonquères A, Guilhe La Combe de Villers M, Petitjean F – Projet Opérationnel : « Fondation Carrefour - SOLAAL » – Janvier 2014 10

Leurs magasins, définis par l’INSEE4 comme des entités qui « qui exercent une activité de commerce de détail non spécialisé à prédominance alimentaire » sont catégorisés en fonction de leur pourcentage de chiffre d’affaires dans la vente de produits alimentaires et en fonction de leur surface de vente comprise. Figure 3 : Catégorisation des magasins de distribution % CA de produits alimentaires surface de ventes Hypermarchés au minimum 1/3 supérieure ou égale à 2500m2 Supermarchés au minimum 2/3 de 400 et à moins de 2500m2 Supérettes au minimum 1/3 de 120 à 400 m2 Source : INSEE 2008 1.2.2. Un secteur dense et en croissance Une proposition de loi actuelle (janvier 2014), qui vise à garantir l'équilibre entre les différentes formes de commerce, dresse un constat important de la situation des commerces en France5 . On y relève notamment la forte densité de distribution de la France, qui se place en tête des ses homologues européens, notamment au regard de la densité de ses hypermarchés. 4INSEE, « Fiche thématique : le commerce de détail » , Le commerce en France, édition 2008, http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/ref/COMFRA08h.PDF 5Sénat, Proposition de loi tendant à garantir l'équilibre entre les différentes formes de commerce. 2014, http://www.senat.fr/rap/l04-382/l04-3823.html#toc38 D'Allancé M, Desjonquères A, Guilhe La Combe de Villers M, Petitjean F – Projet Opérationnel : « Fondation Carrefour - SOLAAL » – Janvier 2014 11

Figure 4 : Densité de grandes surfaces par habitant en Europe Source : DCAS/INSEE Par ailleurs, le rapport sur lequel s’appuie cette proposition de loi fait état de l’accélération du développement des grandes surfaces, en relevant notamment la hausse considérable des demandes de mètres carrés pour l’implantation de grandes surfaces (1,7 millions de mètres carrés demandés en 1997 contre plus de 4 millions en 2004). Cette accélération est confirmée par les autorisations de mètres carrés accordés, qui ont triplé sur la même période. 1.2.3. Commerces de proximité Dans son enquête sur les commerces de proximité6 , l’INSEE calcule une hausse 0,6 % par an en moyenne entre 2002 et 2008 des commerces de proximité sur le territoire français, hausse largement portée par les zones urbaines. Ces commerces, au nombre de 600 000 au 1er janvier 2008, représentent deux tiers des commerces en France et connaissent une hausse moyenne de leur chiffre d’affaires de 1,1% par an.

A Paris, périmètre de notre étude, le nombre global de magasins alimentaires (toutes catégories confondues) entre 2000 et 2010 demeurait stable (environ 7000) tandis que celui des supérettes bondissait, en passant de 205 en 2000 à 364 en 2010 (+77% en 10 ans)7 . 6S o l a r d G , Le commerce de proximité, INSEE, 2010. http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp? reg_id=0&ref_id=ip1292 7Atelier Parisien d’Urbanisme (APUR). La grande distribution alimentaire à Paris: états des lieux, évolutions et s t r a t é g i e s d e d é v e l o p p e m e n t , J a n v i e r 2 0 1 1 , 2 0 p a g e s http://www.apur.org/sites/default/files/documents/APBROAPU516.pdf D'Allancé M, Desjonquères A, Guilhe La Combe de Villers M, Petitjean F – Projet Opérationnel : « Fondation Carrefour - SOLAAL » – Janvier 2014 12

Figure 5 : Évolution du nombre de magasins de la grande distribution à Paris de 2000 à 2010 Figure 6 : Évolution du nombre de magasins de la grande distribution à Paris de 2007 à 2010 Source : enquête BDCOM Une étude réalisée par le CSA pour Monoprix8 souligne la forte fréquentation des supermarchés de quartiers. Ainsi, un citoyen français sur deux (49%) se rend dans un supermarchés de quartiers au moins une fois par semaine, un sur quatre (24%) s’y rendant même plusieurs fois. A Paris, cette pratique est bien plus répandue, ce sont 75% des habitants qui s’y rendent de façon hebdomadaire, 45% y allant même plusieurs fois par semaine.

8CSA, Sondage de l’Institut CSA pour Monoprix. Les citadins, leur vie en ville et le commerce de proximité. Octobre 2012. http://www.csa.eu/multimedia/data/sondages/data2012/opi20120612-les-citadin s-leur-vie-en-ville-et-le- commerce-de-proximite.pdf D'Allancé M, Desjonquères A, Guilhe La Combe de Villers M, Petitjean F – Projet Opérationnel : « Fondation Carrefour - SOLAAL » – Janvier 2014 13

1.2.4. Le rôle clé des distributeurs Incontestablement, les enseignes de distribution jouent un rôle majeur dans la chaîne agroalimentaire française, et notamment les commerces de proximité des grands groupes qui connaissent la plus forte croissance. La concentration des distributeurs en France confère aux quelques acteurs les plus puissants un grand pouvoir de négociation vis-à-vis des producteurs et les responsabilise quant aux externalités positives et négatives de leurs activités. Les distributeurs ont une part de responsabilité importante dans la gestion des pertes (gaspillage alimentaire inclus) et dans les choix des débouchés finaux (et notamment du don alimentaire).

1.3. Le don alimentaire en France, état des lieux et enjeux En France, 2 600 000 personnes vivent du don alimentaire9 fourni par les grandes associations (Croix-Rouge, Secours Populaire, Restos du cœur etc.) Le principe de la Banque alimentaire s’est imposé dans les pays développés comme un des vecteurs principaux de cette aide. L’ouverture de la Food Bank en 1960 à Phoenix pose les fondements de ce système et donnera lieu au réseau américain Second Harvest. C’est sur ce modèle qu’apparaît en 1984 la Banque alimentaire de Paris, première entité de la fédération nationale des banques alimentaires. Les banques alimentaires ont pour objectif la récupération des dons alimentaires pour les redistribuer aux associations. Elles se fournissent auprès de deux sources principales : • Les acteurs institutionnels : il s’agit de subsides délivrées aux niveaux européen avec le PEAD10 , national avec le ministère de l’Agriculture, et par les collectivités ; • Les acteurs de la chaînes alimentaire : il s’agit d’acteurs privés qui, par divers biais, mettent à disposition leurs invendus.

9Fédération des Banques Alimentaires, Rapport annuel des banques alimentaires, 2010, 36 pages, http://www.banquealimentaire.org/sites/default/files/10_rapannuelba_2010_bd .pdf 10Programme européen d’aide aux plus démunis, créé en 1987. Son objectif est la redistribution des invendus de la PAC aux associations caritatives. D'Allancé M, Desjonquères A, Guilhe La Combe de Villers M, Petitjean F – Projet Opérationnel : « Fondation Carrefour - SOLAAL » – Janvier 2014 14

L’activité des banques alimentaires consiste avant tout en un métier de logistique. Les dons centralisés sont redistribués en France par deux voies : d’une part, par les 5 200 associations partenaires qui viennent récupérer les aliments qu’elles redistribuent directement aux personnes accueillies ; d’autre part, par les épiceries solidaires qui permettent aux plus démunis de s’approvisionner à moindre coût.

Figure 7 : Quantités de denrées distribuées en 2012 aux grands réseaux associatifs partenaires des banques alimentaires Source : Banques Alimentaires 1.3.1. Une importance accrue des acteurs privés due à la diminution de l’aide des acteurs institutionnels Les dons des acteurs institutionnels sont soumis à plusieurs variables macroéconomiques ainsi qu’aux volontés politiques. Dans un contexte de crise européenne prolongée, le Parlement a annoncé une réduction de l’aide européenne qui passera de 3,5 milliards d’euros pour la période allant de 2007 à 2013 à 2,4 milliards pour la période allant de 2014 à 2020, soit une réduction de 142 millions par an. En 2014, cela pourrait représenter 130 millions de repas en moins et mettre les associations face à la difficulté de devoir diminuer le nombre de personnes aidées ou la qualité de l’aide. Face à la menace d’une telle situation, Guillaume Garrot, ministre délégué à l'agroalimentaire a annoncé une compensation totale de ce manque par l’État en France afin de maintenir le niveau de l’aide. Il appelle toutefois un renforcement maximum de l’aide privée afin de soulager autant que possible l’effort de l’État en grande difficulté budgétaire. D'Allancé M, Desjonquères A, Guilhe La Combe de Villers M, Petitjean F – Projet Opérationnel : « Fondation Carrefour - SOLAAL » – Janvier 2014 15

Les associations peuvent donc être rassurées quant à leurs sources d’approvisionnement pour les années à venir. Cependant, une tendance se dessine assez nettement : l’importance croissante de l’aide des acteurs privés pour pallier la faiblesse d’États européens dont les difficultés budgétaires ne font qu’augmenter. 1.3.2. Une aide alimentaire de plus en plus nécessaire La pauvreté augmente en France Les rapports d’activités des principales associations caritatives d’assistance aux démunis font toutes état d’un renforcement de la pauvreté qui devient plus durable et plus importante. « La pauvreté s’est ancrée. Sournoisement au fil du temps et parfois de façon plus spectaculaire suite aux récentes crises financières et économiques » peut–on lire dans le rapport statistique 2012, intitulé Regard sur 10 ans de pauvreté, du Secours Catholique11 . La pauvreté progresse en nombre de personnes touchées. Entre 2008 et 2013, on estime à 700 000 le nombre de personnes supplémentaires vivant sous le seuil de pauvreté à 50% du revenu médian12 . En effet, dans une société où le travail ne protège plus des diverses formes de précarité, familles, jeunes ou travailleurs pauvres viennent grossir le rang des personnes accueillies par les associations. Ainsi, la fédération des banques alimentaires signale une augmentation de 10% du nombre de personnes accueillies dans les associations partenaires en 2012. Par ailleurs, cette pauvreté se fait plus profonde : si le revenu moyen des ménages des personnes accueillies par le Secours Catholique s’élève à 863 euros par mois, 16% des ménages en situation de pauvreté n’ont aucune ressource. 11Secours catholique, Regard sur dix ans de pauvreté, Rapport Statistiques d'accueil 2011, novembre 2012, 20 pages, http://www.secours-catholique.org/IMG/pdf/DPSTAT_2012_-_sans_mention.pdf 12Observatoire des inégalités, Etat de la pauvreté en France 2013, http://www.inegalites.fr/spip.php? page=analyse&id_article=1856&id_rubrique=28&id_mot=30&id_groupe=9 D'Allancé M, Desjonquères A, Guilhe La Combe de Villers M, Petitjean F – Projet Opérationnel : « Fondation Carrefour - SOLAAL » – Janvier 2014 16

Figure 8 : Évolution du nombre de ménages pauvres en France. Source : État de la pauvreté en France, Observatoire des inégalités Le poste alimentaire de plus en plus fragilisé Les personnes vivant sous le seuil de pauvreté consacrent une part toujours plus faible de leur loyer à l’alimentation. C’est ce que constate Gaëtan Lassale, de la Fédération des banques alimentaires, dans un article intitulé « L’insécurité alimentaire, une conséquence de la pauvreté en France », dans le Panorama de la faim publié par la Croix-Rouge. Les dépenses incompressibles, à l’instar des dépenses de logement ou de télécommunication, augmentent au détriment de l’alimentaire qui sert le plus souvent de variable d’ajustement. Les personnes les plus démunies « sont obligées de faire des choix arbitraires de consommation qui jouent en défaveur des dépenses alimentaires » constate le Rapport du Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale sur le « reste à vivre » de juin 201213 . Il s’agit en fait d’un mouvement de fond : l’INSEE souligne dans une étude sur la consommation des Français en 2011 (juin 2013) qu’entre 1979 et 2005, le poids de l’alimentation a baissé de 9 points chez les 20% de ménages les plus modestes. Ce sont aujourd’hui 3,5 millions de Français qui subissent l’insécurité alimentaire. 13Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale, « Pour une mise en œuvre du droit à des moyens convenables d'existence – analyse établie autour du concept de ''reste à vivre , juin 2012, 151 pages, http://www.cnle.gouv.fr/IMG/pdf/CNLE_RAV_avec_sommaire_interactif.pdf D'Allancé M, Desjonquères A, Guilhe La Combe de Villers M, Petitjean F – Projet Opérationnel : « Fondation Carrefour - SOLAAL » – Janvier 2014 17

…et une évolution des prix des produits alimentaires et de première nécessité défavorables aux ménages les plus modestes. L’Observatoire des prix de Familles Rurales fait ressortir très nettement une double pénalité de la pauvreté sur les produits alimentaires et de première consommation. Le collectif opère une veille des prix à partir d’un panier de 35 produits dans trois types de magasins – les hypermarchés, les supermarchés et les commerces de hard discount – et trois types de marques – marques nationales, marques de distributeur et premier prix. Le constat est très clair : les hausses du prix moyen du panier de 1,37% entre 2011 et 2012 et 3,5% au cours de l’année 2012 sont portées essentiellement par la hausse des « marques de distributeurs » et « produits premiers prix ». Or, il s’agit des produits les moins chers et par conséquent les plus consommés par les ménages les plus modestes. Figure 9 : Évolution des prix moyens des produits alimentaires en 2012 Source : Familles Rurales Entre la hausse des prix des produits alimentaires et la diminution conséquente du niveau de vie e t a fortiori du reste à vivre des ménages les plus modestes, il apparaît clair que se nourrir de manière correcte devient de plus en plus difficile.

Les statistiques du Secours Catholique illustrent cette tendance de manière forte, comme l'illustre le graphique suivant. D'Allancé M, Desjonquères A, Guilhe La Combe de Villers M, Petitjean F – Projet Opérationnel : « Fondation Carrefour - SOLAAL » – Janvier 2014 18

Figure 10 : Part des demandes d'assistance liées à l'alimentation Source : Secours Catholique, 2011 Ainsi, on note un double phénomène quant à l’insécurité alimentaire en France : une recrudescence du nombre de personnes touchées, en lien avec l’augmentation globale de la précarité observée dans la société, et un renforcement des difficultés de ces personnes qui ont moins d’argent à consacrer à des produits toujours plus chers. Les effets de la malnutrition sur la santé sont bien connus, dont le premier dans les pays développés, l’obésité, est avéré inversement proportionnel au niveau de revenu.

Les filières de dons alimentaires ont donc un rôle primordial à jouer pour assurer une nutrition suffisante et de qualité. Il semble aujourd’hui clair que l’initiative privée, que ce soit dans le domaine associatif traditionnel ou le secteur marchand, avec des modèles économiques innovants pour lutter contre la malnutrition, prend une importance croissante, notamment face à une certaine impuissance des pouvoirs publics. La grande distribution a déjà su s’imposer comme un acteur majeur du don alimentaire en partenariat avec le secteur associatif. Toutefois, le système est loin d’être optimal. En effet, le dialogue entre association non-lucratives et entreprises privées peut se heurter à des incompréhensions structurelles. D’autre part, un nombre important d’enseignes demeurent, pour diverses raisons, en dehors des systèmes de don. Il y a donc lieu de s’interroger sur les voies d’amélioration de ce système.

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1.3.3. Le don alimentaire pour les enseignes de distribution : entre avantages et contraintes Avantages Le don alimentaire intervient lorsque les produits sont proches de la Date Limite de Consommation (DLC) ou de la Date d’Utilisation Optimale (DLUO). Il présente plusieurs avantages pour les enseignes : • Le don alimentaire permet une optimisation des stocks par un écoulement des surplus invendables. Dans la plupart des cas, la gestion des stocks sera moins coûteuse par le don que par la destruction. En effet, les entreprises doivent payer une taxe de destruction au poids de volume détruit. En revanche, les dons alimentaires donnent droit à une défiscalisation à hauteur de 60% de la valeur de don à concurrence de 5/1000 du chiffre d’affaires, et avec possibilité de reports sur 5 exercices ; • Le don alimentaire régulier suppose une participation de divers acteurs au niveau du magasin. Il peut être un projet fédérateur et porteur de sens pour les salariés concernés ; • Le don alimentaire prévient contre les problèmes liés au glanage, c’est à dire la récupération par des particuliers ou associations de produits jetés, donc potentiellement mauvais, voire dangereux pour la santé.

Contraintes • Le don alimentaire est contraignant dans la mesure où il suppose la mise en place d’une certaine organisation en lien avec l’association récipiendaire. La grande distribution est caractérisée par des rythmes de travail élevés ; • Les aliments donnés doivent répondre à certaines normes de qualité, d'étiquetage et de dates. Il est toutefois important de noter que la vérification et la responsabilité est largement portée par l’association récipiendaire qui vérifie que le produit peut être remis à ses bénéficiaires. D'Allancé M, Desjonquères A, Guilhe La Combe de Villers M, Petitjean F – Projet Opérationnel : « Fondation Carrefour - SOLAAL » – Janvier 2014 20

La mise en place de partenariats durables entre enseignes et entreprises peut se heurter à des difficultés importantes La BAPIF s’approvisionne à partir d’un certain nombre de magasins conventionnés, dans lesquels s’effectue quotidiennement la ramasse. Cet ensemble de partenariats leur permet de récupérer et de redistribuer d’importantes quantités de produits alimentaires. Cependant, le partenariat est loin d’être aisé. Comme le souligne Pierre Ruban, président de la BAPIF, entreprises et associations fonctionnent sur des logiques extrêmement différentes : • Les entreprises fonctionnent sur des logiques de recherche de performance. Elles travaillent donc à rechercher l’excellence dans la gestion des ressources, ce qui est extrêmement coûteux ; • Les associations travaillent en permanence en saturation. De fait, fondées sur le travail bénévole et les dons, elles fonctionnent avec des ressources irrégulières et un manque de moyen récurrent. La plupart des associations ne peuvent s’offrir cette culture de la performance et sont obligées de « faire avec les moyens du bord ». Ainsi, l’un peut avoir des attentes auxquelles l’autre n’est pas en mesure de répondre. Dans le cas de la ramasse de la casse dans les enseignes de distribution, les associations attendent un effort de tri et d’organisation qui implique d’investir un temps précieux pour l’entreprise. Les entreprises vont quant à elles attendre régularité et professionnalisme de la part des associations. Même avec de la bonne volonté de la part des deux parties, le travail peut-être compliqué. 1.4. Les acteurs de la chaîne du don alimentaire L'ensemble des acteurs de la chaîne de l'agro-alimentaire est concernée par la question du don alimentaire, dans la mesure où, à chaque segment de cette chaîne, des produits alimentaires transitent, sont réceptionnés, triés, ou encore transformés. Toutes ces actions conduisent à différentes formes de gaspillage, que ce soit au moment de la récolte, chez les producteurs, du transport, du tri dans les plateformes ou les magasins, ou de la gestion du frigo des consommateurs. Les fiches de présentation ci-dessous permettent de mieux comprendre l'identité et les besoins de chacun, et plus globalement les enjeux du don alimentaire en France.

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Nous avons choisi de nous focaliser sur les acteurs suivants : producteurs, plateformes de distribution, magasins, consommateurs et associations d'aide alimentaire. Nous laissons par conséquent de côté un acteur de la chaîne agro-alimentaire : les industries qui transforment les produits issus de l'agriculture avant de les revendre aux magasins. Comme précisé plus haut, notre étude est en effet focalisée sur la grande distribution, qui est l'élément charnière entre l'ensemble des acteurs de la chaîne agro-alimentaire, et qui est l'objet plus précis de notre analyse, puisque celle-ci est produite à l'intention de la Fondation Carrefour. Si les industriels sont laissés en arrière-plan, les producteurs sont en revanche analysés plus en détail dans la mesure où notre projet a également été suivi par l'association SOLAAL, ce qui nous a amenés à rencontrer plusieurs acteurs clés du monde agricole. Pour ces mêmes raisons, nous avons également choisi de ne pas nous focaliser sur un des acteurs clés du gaspillage alimentaire, à savoir la restauration collective.

Figure 11 : Schéma de la chaîne agro-alimentaire D'Allancé M, Desjonquères A, Guilhe La Combe de Villers M, Petitjean F – Projet Opérationnel : « Fondation Carrefour - SOLAAL » – Janvier 2014 22

Fiches de présentation des acteurs PRODUCTEURS Présentation Présents sur l'ensemble du territoire français. La majorité des productions sont vendues à la grande distribution. Ne peuvent vendre que des produits correspondant au calibrage exigé par la grande distribution. Cultures réparties de manière variée sur le territoire, ce qui nécessite une logistique particulière puisque chaque magasin vend les mêmes produits alimentaires, indépendamment de leur situation géographique. Rôle dans la chaîne agro- alimentaire Semaison Récolte Tri Vente Besoins Besoin d'optimiser la production. Besoin de vendre le plus possible. Gaspillage Au moment de la récolte : si les produits ne correspondent pas au calibre, une récolte entière peut ne pas être ramassée. Au moment du tri : les produits non calibrés sont mis à part et sont soit jetés soit utilisés pour l'épandage.

Actions de don Don de certains producteurs à des associations qui viennent effectuer des ramasses sur le lieu de production. Chiffres clés 20,6 milliards d'euros de valeur ajoutée nette pour l'agriculture française en 2012. 515 000 agriculteurs exploitants en France en 2012, soit 2% de la population14 . 14INSEE, 2010. Exploitants agricoles. http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?ref_id=T13F172 D'Allancé M, Desjonquères A, Guilhe La Combe de Villers M, Petitjean F – Projet Opérationnel : « Fondation Carrefour - SOLAAL » – Janvier 2014 23

PLATEFORMES DE DISTRIBUTION Présentation Plusieurs plateformes pour un même magasin (produits frais, produits secs, notamment). Différentes plateformes en fonction de la taille du magasin (certaines plateformes ne desservent que les hyper ou les super, par exemple). Rôle dans la chaîne agro- alimentaire Réception des produits Tri Livraison aux magasins Besoins Besoin d'optimiser le temps de transport et de gestion des produits. Gaspillage Au moment de la réception : les produits reçus ont parfois été abîmés durant leur transport jusqu'à la plateforme.

Au cours des différentes étapes de manutention pendant le temps de passage des produits sur la plateforme. Dans ces deux cas, les produits abîmés sont détruits par les plateformes ou renvoyés aux fournisseurs qui les revendent sur d'autres marchés ou en font de l'engrais par exemple. Actions de don Des associations viennent parfois récupérer les produits abîmés sur les plateformes, lorsque celles-ci les préviennent qu'il y a un certain volume à donner. Lorsque les produits sont abîmés, les fournisseurs demandent parfois aux plateformes de donner ces produits à des associations plutôt que de les détruire ou de leur les renvoyer.

Chiffres clés Les plateformes de fruits et légumes de Carrefour ont un taux de refus des produits d'environ 2% par an, soit environ 20 000 tonnes de fruits et légumes. D'Allancé M, Desjonquères A, Guilhe La Combe de Villers M, Petitjean F – Projet Opérationnel : « Fondation Carrefour - SOLAAL » – Janvier 2014 24

MAGASINS Présentation Variété de superficies qui suppose des questions logistiques différentes (moins de place pour le stock dans les petites surfaces, plus de « potentiel » de casse dans les grandes surfaces, etc.) Deux réseaux : les magasins intégrés et les magasins franchisés (ces derniers bénéficient d'une plus grande autonomie, notamment dans la gestion des DLC et dans les pratiques de don alimentaire). Rôle dans la chaîne agro- alimentaire Achat aux producteurs Réception des produits Tri Mise en rayon Vente Besoins Besoin de vendre le plus possible pour augmenter ses revenus. Besoin d'éviter la casse pour ne pas affecter les résultats du magasin. Besoin de gérer les commandes et les stocks de la manière la plus optimale possible.

Besoin de proposer des rayons pleins tout en écoulant rapidement les produits à DLC courte. Gaspillage Au moment de la réception des marchandises : certaines ont été abîmées durant le transport depuis les plateformes. Durant le passage des produits sur les rayons : produits abîmés par les clients, produits atteignant leur DLC avant d'avoir été vendus. Actions de don Dons à des associations d'aide alimentaire qui viennent faire des ramasses certains matins avant l'ouverture des magasins.

Participation de certains magasins à des collectes telles que la collecte nationale des Banques alimentaires. Dons de certains magasins franchisés à leurs propres salariés. Chiffres clés Plus de 30 000 points de vente en France : D'Allancé M, Desjonquères A, Guilhe La Combe de Villers M, Petitjean F – Projet Opérationnel : « Fondation Carrefour - SOLAAL » – Janvier 2014 25

· 1 750 hypermarchés, · 5 400 supermarchés, · 4 700 maxidiscomptes, · 17 950 supérettes ou magasins de proximité, · 1 500 drives. 750 000 emplois 10 millions de clients par jour15 CONSOMMATEURS Présentation Acteur non rationnel : consomme en fonction de ses envies, des promotions qu'on lui propose ou encore du temps dont il dispose. Diversité des profils. Saisonnalité de ses achats : les achats sont plus concentrés sur certains moments de la journée (soirées), jours de la semaine (vendredi, samedi) ou périodes de l'année (périodes de Noël).

Rôle dans la chaîne agro- alimentaire Achat Stockage Consommation Besoins Besoin d'avoir des produits avec des DLC les plus longues possibles pour pouvoir stocker les aliments plus longtemps et ne pas faire des courses trop fréquentes. Besoin de dépenser le moins d'argent possible. Gaspillage Au moment des achats : certains clients achètent sans regarder les DLC, certains achètent en proportions trop importantes. Chez le consommateur : oubli de certains aliments dans le frigo qui sont ensuite jetés car les DLC sont dépassées, ou encore aliments qui s'abîment car le format n'est pas adapté aux personnes seules.

15Fédération des entreprises du commerce et de la distribution, 2013, http://www.fcd.asso.fr/ D'Allancé M, Desjonquères A, Guilhe La Combe de Villers M, Petitjean F – Projet Opérationnel : « Fondation Carrefour - SOLAAL » – Janvier 2014 26

Actions de don Dons directs à des associations. Participation à des collectes alimentaires telles que la collecte annuelle des Banques alimentaires. Chiffres clés 98 % des Français fréquentent les supermarchés et hypermarchés. 53 % de ces Français passe plus d'une heure par semaine dans ces magasins16 . ASSOCIATIONS D'AIDE ALIMENTAIRE Présentation Diversité des tailles : associations locales et associations nationales, donc diversité des ressources, des capacités logistiques et des besoins. Un nombre important d'associations connues : Croix-Rouge, Restos du Cœur, Secours populaire, Banques alimentaires, etc.

Nombre de bénéficiaires des associations variable selon les zones géographiques : concentration de personnes dans le besoin plus ou moins élevée. Rôle dans la chaîne agro- alimentaire Récupération de produits alimentaires auprès de tous les acteurs de la chaîne Tri Don aux personnes en difficulté Besoins Besoin de volumes d'aliments correspondant au nombre de bénéficiaires de l'association. Besoin de quantités correspondant aux capacités logistiques des associations : taille des lieux de stockage, nombre de bénévoles pouvant gérer la collecte, la distribution, etc.

Besoin de dons alimentaires équilibrés : besoin notamment de viandes, poissons, laitages, fruits et légumes. Besoin de réduire au maximum les coûts de gestion des dons : frais de transports, nombre de bénévoles nécessaires, communication avec les donateurs, etc. Besoin d'optimiser le temps de gestion des dons pour éviter le gaspillage et proposer les aliments aux bénéficiaires le plus tôt possible avant qu'ils ne s'abîment : besoin notamment d'être informé très rapidement de potentiels dons et 16Etude IFOP, Les Français et les points de vente connectés, 2012, http://www.ifop.com/? option=com_publication&type=poll&id=2011 D'Allancé M, Desjonquères A, Guilhe La Combe de Villers M, Petitjean F – Projet Opérationnel : « Fondation Carrefour - SOLAAL » – Janvier 2014 27

de pouvoir enclencher la logistique de récupération et de distribution de ces dons dans un temps très court. Gaspillage Certains dons sont trop importants et ne peuvent être écoulés à temps : volumes importants d'un même produit. Actions de don Dons ou vente à prix très réduits de repas ou produits alimentaires aux personnes dans le besoin. Chiffres clés 12 associations habilitées en 2013 à recevoir des contributions publiques dans le cadre de leur participation à l'aide alimentaire : · Association nationale de développement des épiceries solidaires ; · Croix-Rouge française ; · Fédération de l’entraide protestante ; · Fédération française des banques alimentaires ; · Fédération nationale des paniers de la mer ; · Fondation de l’Armée du Salut ; · Imagine 84 ; · Les Restaurants du cœur - Les Relais du cœur ; · Réseau Cocagne ; · Revivre dans le monde ; · Secours populaire français ; · Société de Saint-Vincent-de-Paul. 3,5 millions de bénéficiaires de l'aide alimentaire en France en 201017 .

8,7 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté en France en 2011 (seuil de 60% du niveau de vie médian)18 . 17Conseil National de l'Alimentation, http://www.cna-alimentation.fr/ 18 Observatoire des Inégalités, http://www.inegalites.fr/ D'Allancé M, Desjonquères A, Guilhe La Combe de Villers M, Petitjean F – Projet Opérationnel : « Fondation Carrefour - SOLAAL » – Janvier 2014 28

1.5. Analyse d’un exemple de « bonne pratique » du don entre grande distribution et associations : la Croix Rouge et des Monoprix dans le 15ème arrondissement de Paris Prenons comme exemple de pratique du don alimentaire entre un acteur de la grande distribution et une association, celui de la Croix-Rouge du 15ème arrondissement de Paris avec deux magasins Monoprix de ce même arrondissement. L'unité de la Croix-Rouge du 15ème arrondissement est une des 18 unités de la Croix-Rouge dans Paris et compte 180 membres. Cette unité gère une épicerie sociale, qui est destinée aux personnes dans le besoin. Elle est ouverte deux après-midis par semaine – le mercredi et le jeudi – et mobilise pour chaque journée d'ouverture 20 bénévoles. Environ 300 bénéficiaires se rendent chaque semaine dans cette épicerie, qui leur propose d'acheter des produits à un prix correspondant à 20% de leur valeur marchande.

L'épicerie est approvisionnée par deux sources. La première est la collecte de denrées alimentaires achetées puis données par les clients des magasins. Ce type de collecte est similaire aux collectes bien connues des Banques alimentaires. Des bénévoles de la Croix-Rouge se postent au niveau des caisses des magasins participant à l'opération et demandent aux clients d'acheter puis de donner certains produits à l'association. Des listes des produits dont les bénéficiaires ont le plus besoin sont données aux clients afin qu'ils puissent orienter leurs achats. Une semaine avant la date choisie, la Croix-Rouge envoie cette liste aux magasins participants qui gonflent alors leurs stocks des produits demandés par l'association. Ces collectes ont lieu tous les trois mois et sont destinées à alimenter aussi bien l'épicerie solidaire que les maraudes de la Croix-Rouge. Une collecte réussie permet généralement de récupérer 3 tonnes de denrées alimentaires. La seconde source d'approvisionnement est la ramasse en magasin. Des bénévoles de l'association se rendent le matin en magasin pour récupérer les produits qui ne seront pas vendus car ils sont abîmés (mais non périmés) ou car leur date limite de consommation est proche mais toujours inférieure à 48 heures, afin de laisser à l'association le temps de transporter et distribuer ces produits. Les ramasses ont lieu le mercredi et le jeudi matin dans deux magasins Monoprix avec lesquels la Croix-Rouge a noué un partenariat. Ces magasins sont les seuls à avoir répondu favorablement aux sollicitations de l'association. Les volumes récupérés sont de l'ordre de cinq grandes glacières par jour, qui sont ensuite stockées dans les armoires réfrigérées de l'association, D'Allancé M, Desjonquères A, Guilhe La Combe de Villers M, Petitjean F – Projet Opérationnel : « Fondation Carrefour - SOLAAL » – Janvier 2014 29

avant d'être vendues le jour même dans l'épicerie, qui ouvre à 14 heures. Les bénévoles de l'épicerie scannent et enregistrent les produits donnés dans la base de données de la Croix-Rouge afin de pouvoir suivre la traçabilité des produits et de pouvoir fournir à chaque fin de mois un reçu fiscal aux magasins donateurs. Deux bonnes idées à partir de l'exemple de la Croix-Rouge · Contreparties : Dans le cadre des ramasses aussi bien que des collectes, la Croix- Rouge propose des contreparties à leurs partenaires afin de créer une relation gagnant/gagnant. Ainsi, l'association dispense par exemple aux deux Monoprix une formation gratuite du personnel des magasins aux gestes de premiers secours. Des partenariats avec contreparties sont également créés pour les collectes alimentaires. La Croix-Rouge s'est par exemple associée aux Eclaireurs unionistes de France, afin que ceux- ci organisent un « marathon de la collecte alimentaire ». En échange, l'association leur offre du matériel de scouts, par exemple des sacs d'intervention ou des lampes torches de la Croix-Rouge ; · Challenge : Une forme d'émulation s'est créée entre les deux magasins Monoprix partenaires de la Croix-Rouge. Cette idée de challenge pour savoir qui donnera le plus est vue positivement par l'association qui explique qu'il s'agit d'une bonne manière de motiver les salariés des magasins à collaborer aux ramasses de la Croix-Rouge et à être sensibilisés à la question du don alimentaire.

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Partie 2. Analyse du don alimentaire chez Carrefour 2.1. Étude du don alimentaire en magasin 2.1.1. La gestion de la casse La « casse » est le terme générique utilisé pour désigner à la fois les produits retirés de la vente, par exemple parce que l’emballage ou le produit lui-même est endommagé, ainsi que les produits dont la date limite de consommation est proche. C’est notamment le cas des produits frais (laitages, fruits et légumes, viandes) que le consommateur refuse souvent d’acheter à quelques jours de la date limite, quand bien même le produit est tout à fait propre à la consommation. Pour proposer des rayonnages remplis de produits frais tous les jours, les magasins alimentaires (hypermarchés, supermarchés, superettes) doivent nécessairement gérer au mieux leur stock. Pour les conserves et autres produits dont la date limite de consommation est longue, la casse représente une part infime des produits et est principalement due à un emballage endommagé, ou plus rarement à un rappel de produits.

Les magasins de proximité dans Paris contactés pendant notre enquête nous ont donné une estimation du taux de casse global tournant autour de 1% en volume. Le biais déclaratif peut exister puisque un important de taux de casse est assimilé à une mauvaise gestion de stock. Ce taux de casse correspond bien à ceux que l’on peut retrouver dans la communication de certains directeurs de magasins dans la presse19 . Le suivi du stock en flux tendu grâce aux systèmes de gestion permet aux magasins de proximité de limiter la quantité de déchets alimentaires. A l’échelle d’un magasin de proximité en Ile-de-France, la casse journalière de produits alimentaire peut donc représenter une à deux caisses, avec une forte variabilité à la fois sur le volume mais aussi sur le type de produits donnés.

L’usage de la casse est différent d’un magasin à l’autre selon son gérant, notamment dans le cas 19Urbajtel S, « Le grand gâchis de la grande distribution » , Charente Libre, 26 janvier 2014, http://www.charentelibre.fr/2012/01/26/le-grand-gachis-de-la-grande-distrib ution,1076639.php D'Allancé M, Desjonquères A, Guilhe La Combe de Villers M, Petitjean F – Projet Opérationnel : « Fondation Carrefour - SOLAAL » – Janvier 2014 31

des magasins franchisés. En effet, quand les directeurs de magasins connaissent bien leurs salariés et leur font confiance, ces derniers obtiennent l’autorisation de récupérer la casse. C’est alors une sorte de rémunération complémentaire. Pour de plus grandes surfaces nécessitant un nombre de salariés plus important, une casse plus conséquente en volume, les produits sont la plupart du temps détruits. La principale raison évoquée est le respect des normes sanitaires, les magasins étant en effet responsable de leur stock, y compris si celui-ci est récupéré dans les poubelles. C’est cette pratique de répandre de la javel sur les produits pour empêcher toute récupération qui a suscité l’attention des médias, rendant le sujet encore plus tabou pour toute la chaîne agro-alimentaire. 2.1.2. Sollicitations et partenariats En plus de solliciter les consommateurs lors de grandes campagnes de don (collecte alimentaire), certaines associations ont besoin de récupérer des denrées alimentaires pour couvrir leurs besoins, soit en les achetant grâce aux subventions et aux donations, soit en recevant des dons en nature de la part des acteurs de la chaîne agro-alimentaire. En effet, les associations caritatives contactent les magasins alimentaires pour tenter de répondre aux divers besoins de leurs bénéficiaires, allant du simple café en poudre pour les maraudes de la Croix-Rouge à l’alimentation d’une épicerie solidaire.

Si les volumes de casse sont faibles à l’échelle d’un magasin, la structuration d’un réseau de ramasse peut permettre de récupérer une quantité significative de produits. C’est par exemple le cas de la Banque Alimentaire d’Ile-de-France qui gère un entrepôt à Arcueil et collecte quotidiennement plusieurs palettes de denrées dans des magasins situés principalement dans le Val de Marne. Ces produits sont ensuite revendus aux associations d’aide alimentaire à un prix unique tournant au tour de 0,15€ le kilo.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la connexion se fait peu entre les magasins ayant un surplus de produits faible, irrégulier mais bien réel et les associations en manque de denrées alimentaires. Réaliser une ramasse dans plusieurs magasins mobilise plusieurs bénévoles toute une matinée, sans compter les salariés qui travaillent à plein temps dans un entrepôt comme celui d’Arcueil pour gérer le stock et enregistrer le don aux associations caritatives. Ainsi certains partenariats entre associations et magasins sont vécus comme faciles, voire stimulants quand d’autres sont stériles. Il arrive donc que les bénévoles arrêtent de se rendre dans un magasin quand les volumes donnés sont trop faibles ou les conditions de ramasse ne sont pas bonnes (produits non- D'Allancé M, Desjonquères A, Guilhe La Combe de Villers M, Petitjean F – Projet Opérationnel : « Fondation Carrefour - SOLAAL » – Janvier 2014 32

scannés, non triés). Certains magasins de petite taille ne sont tout simplement pas sollicités par les associations parce qu’elles ne sont pas implantées dans les environs. C’est pourquoi Pierre Ruban, président de la Banque Alimentaire d’Ile-de-France nous a expliqué toute l’importance pour son association de développer de nouveaux entrepôts en raison du rayon d’action limitée de la ramasse et de la difficulté pour les associations bénéficiaires de se déplacer chaque jour jusqu’à Arcueil. Il est vrai que les partenariats entre associations et magasins sont décidés localement entre des responsables de fédération et des directeurs de magasins qui jouissent souvent d’une certaine liberté d’action. Cependant, l’optimisation du don alimentaire des magasins de proximité aux associations ne peut se faire qu’en structurant un réseau de plusieurs magasins désireux de contribuer à la ramasse d’une association.

2.2. Enquête sur le don dans les magasins franchisés Carrefour de Paris 2.2.1. Résultats de l’enquête menée auprès des franchisés dans Paris Pour mieux comprendre les motivations et les freins au don alimentaire, nous avons mené une étude auprès des directeurs des magasins franchisés Carrefour City. Sur une quarantaine de magasins identifiés nous avons obtenu des réponses de quinze d’entre eux, ce qui nous a permis de tirer des premières conclusions.

Il ressort de notre enquête que les magasins de proximité n’ont pas de partenariat avec des associations pour permettre la ramasse. La première raison qui ressort est le volume relativement faible de la casse (environ un panier par jour) dans ces magasins qui déclarent entre 0,5 et 4% de produits invendus. Certains magasins ne sont pas sollicités par les associations car celles-ci n’ont pas les moyens humains et matériels de récolter les dons en magasin. Il existe également une certaine défiance reposant principalement sur deux risques, le premier étant d’ordre sanitaire et le deuxième d’ordre commercial. Certains gérants craignent en effet que cela ne fasse baisser les D'Allancé M, Desjonquères A, Guilhe La Combe de Villers M, Petitjean F – Projet Opérationnel : « Fondation Carrefour - SOLAAL » – Janvier 2014 33

ventes et surtout de ne pas pouvoir gérer ce partenariat au quotidien. Figure 12 : Magasins interrogés donnant aux associations d'aide alimentaire Sur les quinze magasins contactés, une majorité déclare participer aux collectes nationales de la Banque alimentaire, parfois dans des proportions importantes. Cette opération ponctuelle suscite même l’enthousiasme de certains gérants. Elles présentent pour eux l’avantage d’être bien encadrées.

Figure 13 : Magasins interrogés participant à la collecte des banques alimentaires Alors que certains magasins disent ne « pas avoir le droit » de donner à leurs salariés, d’autres assument cette pratique qui repose sur la confiance. En l’absence de don alimentaire aux associations, c’est un moyen d’éviter le gaspillage tout en accordant une forme de revenu D'Allancé M, Desjonquères A, Guilhe La Combe de Villers M, Petitjean F – Projet Opérationnel : « Fondation Carrefour - SOLAAL » – Janvier 2014 34

complémentaire aux salariés. Figure 14 : Magasins interrogés donnant la casse à leurs salariés Globalement, il ressort de ces entretiens que chaque directeur de magasin a sa position sur le don alimentaire. La plupart sont réticents à des ramasses régulières et certains n’ont jamais été contactés par une association. Des directeurs de magasins se disent cependant ouverts à l’établissement d’un partenariat même s’ils identifient plusieurs obstacles, à savoir le faible volume de casse et parfois l’agencement du magasin dont la capacité de stockage est réduite ou dont les caisses sont à l’entrée.

Sans écarter le problème de la faisabilité du don qui passerait sûrement par la structuration d’un réseau de ramasse, les magasins de proximité contactés présentent une réelle opportunité d’optimiser le don alimentaire. Figure 15 : Magasins interrogés se disant « ouverts » à un partenariat avec une association Parmi les directeurs de magasins contactés, certains se sont montrés « ouverts », selon notre D'Allancé M, Desjonquères A, Guilhe La Combe de Villers M, Petitjean F – Projet Opérationnel : « Fondation Carrefour - SOLAAL » – Janvier 2014 35

appréciation, à un partenariat avec une association. Malgré les contraintes existantes, il serait donc possible de développer des initiatives ponctuelles ou régulières avec ces magasins si leur intérêt devait être confirmé. Cette liste n’est pas exhaustive et repose sur notre interprétation de la position du gérant. Figure 16 : Liste des magasins Carrefour City se disant « ouverts » à un partenariat avec une association Nom du magasin Arrondissement Paris Balard XVe Paris Chauvelot IVe Paris Saint-Charles XVe Paris Faubourg Saint-Antoine XIe Paris Frémicourt XVe 2.3. Exemple détaillé d'un magasin franchisé Carrefour City Nous avons rencontré la gérante du Carrefour City Lacépède ainsi que du conseiller franchisé en charge de ce magasin, afin d'analyser leurs pratiques et leur perception de la question du don alimentaire.

2.3.1. La casse Ce magasin observe un taux de casse relativement faible, généralement inférieur à 1% du chiffre d'affaires. La casse est constituée en général de produits frais mais aussi de produits abîmés (couches déchirées, bidons de lessive percés, etc.). Lorsque des marchandises doivent être retirées des rayons, sauf dans le cas des aliments pourris, D'Allancé M, Desjonquères A, Guilhe La Combe de Villers M, Petitjean F – Projet Opérationnel : « Fondation Carrefour - SOLAAL » – Janvier 2014 36

la gérante choisit de les proposer aux salariés, afin d'éviter le gaspillage. Les produits frais sont retirés des rayons 2 jours avant leur date de péremption, hormis le snacking, qui est retiré 1 jour avant, car il est généralement consommé immédiatement après sa vente, ce qui présente moins de risques. Le choix du nombre de jours avant la DLC auquel les produits sont retirés dépend du magasin ; la gérante de ce Carrefour City estime que si les produits sont laissés plus longtemps que 2 jours avant la DLC, il y a un risque de mauvaise image du magasin vis-à-vis du client. Le volume de la casse est régulier sur l'année. Si les commandes étaient mal gérées, il y aurait probablement plus de casse durant les vacances scolaires et notamment l'été, mais ces évolutions de la fréquentation sont anticipées. Les produits sont retirés le matin et scannés en fin de journée. La destruction a lieu à la fin de la journée, au moment où les produits sont jetés à la poubelle. La casse est donc constituée uniquement de ce qui est pourri et de ce que les salariés du magasin ne récupèrent pas.

2.3.2. Pratiques et perception du don dans le magasin Ce Carrefour City n'a pas été sollicité par des associations pour donner, ni par les banques alimentaires pour la collecte annuelle. Cette gérante estime qu'il est utile de donner la casse à ses salariés car ce sont généralement des personnes qui ont des revenus modestes et qu'elle estime juste d'aider. Elle ne souhaiterait pas cesser de leur donner pour donner à une association à la place. Donner aux salariés est cependant un peu compliqué, car il faut bien les connaître et leur faire confiance. En effet, le risque existe qu'un salarié augmente légèrement les commandes afin de produire un peu plus de casse et donc de pouvoir en profiter.

Par ailleurs, étant donné le faible taux de casse, il serait compliqué de faire des dons à des associations, car en général, la casse d'une journée représente au maximum un panier. La gérante estime que ce n'est donc pas intéressant pour les associations de se déplacer pour si peu. 2.3.3. Le trajet d'un produit vendu dans ce magasin Le magasin fait ses commandes tous les jours pour le frais et tous les deux jours pour le sec. Ce magasin dispose d'une grande réserve composée d'une chambre froide, d'une chambre négative et D'Allancé M, Desjonquères A, Guilhe La Combe de Villers M, Petitjean F – Projet Opérationnel : « Fondation Carrefour - SOLAAL » – Janvier 2014 37

d'une réserve pour le sec. Ces marchandises arrivent par camion de livraison tous les matins et sont ensuite triées puis mises en rayon dans le magasin. Les camions de livraison ont des tailles différentes, et en fonction de leur taille, ils desservent un ou plusieurs magasins. Parfois, la casse retourne directement aux entrepôts sans être mise en rayon, lorsque les produits sont abîmés à la réception. Cela peut concerner des légumes qui ont été écrasés, des pots de confiture dont l'étiquette a été en partie effacée, des conserves qui ont pris un coup, etc. Dans ces cas, le magasin envoie une réclamation et reçoit un bon de retour, puis ces marchandises repartent dans le camion de livraison du lendemain matin. Les camions n'ont pas le droit de reprendre leur marchandise sans bon de retour. Ces marchandises restent donc une journée en général dans le magasin. Parfois, au lieu d'un bon de retour, on demande au magasin de jeter directement à la poubelle les produits abîmés.

Figure 17 : Schéma du trajet d'un produit vendu dans ce magasin Carrefour City D'Allancé M, Desjonquères A, Guilhe La Combe de Villers M, Petitjean F – Projet Opérationnel : « Fondation Carrefour - SOLAAL » – Janvier 2014 38

Partie 3. Recommandations 3.1. Étude des initiatives locales et internationales Ici et ailleurs, des acteurs se mobilisent et développent des moyens pour réduire en quantité et valoriser la marchandise destinée à être jetée. Trois acteurs innovants du don alimentaire sont présentés ici comme inspirateurs de bonnes pratiques et potentiels partenaires pour Carrefour. 3.1.1. La Tente des Glaneurs (France) - “Donner, c’est mieux que jeter” Fondée à Lille en 2010 par Latifa Labbas et Jean-Loup Lemaire (actuel président), La Tente des Glaneurs est une association de loi 1901 dont l’objectif est la redistribution hebdomadaire gratuite d’aliments invendus sur le marché à des bénéficiaires dans le besoin. Installés en stand à la fin du marché de Wazemmes de Lille, les bénévoles de la Tente des Glaneurs “glanent” les invendus alimentaires des autres étals du marché et redistribuent ainsi chaque semaine entre 300 kilos et 1 tonne de fruits, légumes, pains, viandes et poissons aux chômeurs, SDF, familles monoparentales, étudiants, et retraités qui se présentent. Le concept est efficace : il limite les déchets, ne nécessite pas d’entreposage, et ne crée pas lui- même de gaspillage. A Lille, plus de 80 tonnes ont été redistribuées à plus de 1800 familles depuis 2011. Plus qu’un service de redistribution, l’association est aussi créatrice de lien social car elle propose un espace d’écoute et de conseil en nutrition. En offrant un choix varié de produits aux bénéficiaires et en étant ouverte à tous les profils de personnes démunies, l’association promeut le don alimentaire dans la dignité et l’équité.

Fort de sa simplicité opérationnelle et de sa dimension sociale, le concept connaît un important développement et a essaimé à Armentières, Roubaix, Boulogne sur Mer, Caen, Paris (19ème) et Grenoble. Cette initiative présente une pratique de don alimentaire qui se réalise directement sur le lieu de D'Allancé M, Desjonquères A, Guilhe La Combe de Villers M, Petitjean F – Projet Opérationnel : « Fondation Carrefour - SOLAAL » – Janvier 2014 39

distribution, qui exige des distributeurs de seulement laisser à la charge de l’association la nourriture invendue et qui demande aux bénéficiaires de se rendre eux-mêmes sur le lieu de distribution initial (le marché). Cette pratique est économiquement intéressante pour les parties prenantes car elle épargne aux émetteurs de denrées des coûts de destruction, et réduit les coûts de nettoyage pour la ville. Le recours aux bénévoles et la simplicité de mise en pratique (simple stand sur le marché) donne à cette organisation peu coûteuse un potentiel d’essaimage important. Le succès de la Tente des Glaneurs repose par ailleurs sur une forte proximité avec les bénéficiaires et un solide ancrage local: la redistribution alimentaire s’adresse en premier lieu aux bénéficiaires locaux, et fait travailler main dans la main les associations locales, les distributeurs locaux et les bénévoles. 3.1.2. Eqosphère (France) “La technologie Eqosphere simplifie la revalorisation” Fondée en juillet 2012 par Xavier Corval et Jean Moreau, la société Eqosphère est une plate- forme web collaborative qui met en relation des émetteurs de déchets et surplus alimentaires et non alimentaires (distributeurs, producteurs, destockeurs, collectivités publiques, entreprises) et des récepteurs (associations, organismes caritatifs, etc.) pour simplifier et optimiser la revalorisation des surplus, stocks et des invendus. L'organisation redistribue aux récepteurs les produits collectés, en flux tendus dans la mesure du possible, et sinon fait recours à son entrepôt. Eqosphère a développé un logiciel qui scanne les produits ainsi que des algorithmes puissants qui traitent l’information et une application qui la diffuse en temps réel (Eqo Don). Elle s’est construit une véritable expertise sur les circuits de revalorisation des déchets et leur implémentation (process de sortie de rayon, tri en magasin, sensibilisation du personnel) et permet aux entreprises de réduire leurs coûts de destruction de la marchandise et de bénéficier d’avantages fiscaux liés au don. La société tire ses revenus de l’abonnement qu’elle fait payer aux émetteurs, de la commission qu’elle prend sur les flux ou encore par les prestations de conseil qu’elle facture. Basée à Paris, l’entreprise en pleine croissance emploie 10 personnes, anticipe un chiffre d’affaires de 500 000€ en 2014, et travaille aujourd’hui au développement de partenariats avec des grands émetteurs (Auchan, D'Allancé M, Desjonquères A, Guilhe La Combe de Villers M, Petitjean F – Projet Opérationnel : « Fondation Carrefour - SOLAAL » – Janvier 2014 40

Leclerc…). L’idée forte de cette initiative est l’utilisation de la technologie pour optimiser la gestion des flux et simplifier le partage d’information. La géolocalisation et la simplicité de l’outil sont deux enjeux clés pour la réussite du projet. Il peut être tout à fait intéressant pour un réseau de distribution de proximité de nouer un partenariat avec Eqosphère, car la géolocalisation donnée par le système Eqoshère assure la mise en contact d’émetteurs et de récepteurs à proximité, et donc réduit les coûts de logistiques rédhibitoires pour la revalorisation des petits volumes.

3.1.3. City Harvest “Rescuing food for New York’s hungry” Fondée en 1982 à New York City, City Harvest est une organisation dont la vocation est de résoudre le problème de la faim dans dans la ville de New York. La mission de City Harvest est double : elle prend en charge la collecte et la redistribution de denrées alimentaires données, et mène une mission pédagogique après de ses organisations partenaires. En 2013, City Harvest redistribuait aux bénéficiaires dans le besoin plus de 21 000 tonnes d’aliments données par les restaurants, commerces, distributeurs, hôpitaux, et autres donateurs de la ville, à travers ses organisations sociales partenaires (écoles, banques alimentaires, plannings familiaux, églises, garderies, refuge). Cette même année, elle dispensait à ses 500 organisations partenaires des cours de nutrition, des démonstrations de cuisine, ou des ateliers « shopping » pour orienter intelligemment les consommateurs dans leurs choix d’achats. Aujourd’hui, l’organisation emploie 150 salariés et recense 4000 bénévoles à son actif, elle possède une flotte de 19 camions, 3 vélos, et gère un entrepôt de plus de 3500 m2 où elle stocke les denrées alimentaires. Au delà de ses tournées quotidiennes de distribution d’aliments pour les bénéficiaires à travers les programmes communautaires, City Harvest met aussi en place des marchés mobiles gratuits dans les zones les plus défavorisées. Elle met par ailleurs à disposition des New Yorkais une hotline qui lui permet d’intervenir dans les situations d’urgence. L’organisation est financée par les dons d’entreprises, de particuliers, et via des subventions publiques, sans cesse augmentés grâce à ses nombreuses campagnes de dons (depuis 2012, elle a déjà collecté 19 millions de dollars de D'Allancé M, Desjonquères A, Guilhe La Combe de Villers M, Petitjean F – Projet Opérationnel : « Fondation Carrefour - SOLAAL » – Janvier 2014 41

dons sur son objectif de 30 millions de dollars d’ici 2016). Au delà de ses importants donateurs, de ses équipements et de l’engagement de ses nombreux bénévoles, la capacité de City Harvest à intervenir sur un territoire vaste et complexe tel que New York City tient du fait qu’elle adapte ses modes d’actions et traite avec une grande diversité de partenaires (émetteurs et récepteurs de denrées alimentaires).

L’organisation travaille de manière géolocalisée et organise ses tournées de collecte et distribution en fonction du quartier où elle se trouve, en utilisant notamment des vélos équipés quand les quantités sont faibles et les distances entre donateurs et organismes communautaires courtes. 3.2. Proposition de pistes d’action possibles sur le don alimentaire 3.2.1. Propositions de partenariats pour la Fondation Carrefour avec des acteurs qui collectent et distribuent des denrées dans Paris intra-muros Carrefour pourrait déléguer la pratique du don alimentaire à des acteurs parisiens autres que les grandes associations, qui interviennent déjà dans la revalorisation des denrées alimentaires et dans le don aux plus démunis. Ces partenariats auraient l’avantage de décharger Carrefour des coûts logistiques et opérationnels du don, tout en lui permettant de bénéficier de ses avantages fiscaux et économiques.

Avec la Tente des Glaneurs Certains magasins Carrefour de proximité de Paris Nord-Est pourraient établir un partenariat avec l’association la Tente des Glaneurs, qui opère dans le 19ème arrondissement. Les magasins Carrefour donneraient ainsi les jours de marché les fruits et légumes invendus à l’association, qui D'Allancé M, Desjonquères A, Guilhe La Combe de Villers M, Petitjean F – Projet Opérationnel : « Fondation Carrefour - SOLAAL » – Janvier 2014 42

pourraient alors directement les redistribuer sur le marché le plus proche, en installant sa tente. L’association, depuis peu implantée dans le 19ème, va être amenée à se développer dans les différents arrondissements de Paris, ce qui permettrait la reproduction de ce partenariat gagnant- gagnant dans tous les arrondissements de la capitale. Ce partenariat avec la Tente des Glaneurs donnerait un ancrage local au don, en connectant des acteurs émetteurs et récepteurs de denrées alimentaires selon leur proximité, tout en renforçant le lien social. Avec Eqosphère Carrefour pourrait nouer un partenariat avec Eqoshpère en souscrivant à un abonnement « émetteur ». Grâce à l’utilisation de l’application EqoDon, Carrefour pourrait communiquer en temps réel les quantités de denrées alimentaires à donner, laisserait Eqosphère prendre en charge toute la logistique de la collecte et de la distribution, et percevrait les avantages fiscaux du don tout en réduisant ses couts de destruction. Ce partenariat serait sans doute le plus simple et rapide à mettre en place car Eqosphère travaille déjà sur un projet de revalorisation des invendus des magasins de proximité dans la capitale. En confiant sa pratique du don alimentaire à un acteur privé technologiquement puissant, don la revalorisation est le cœur de métier, Carrefour s’assurerait une pratique du don optimisée et adaptée.

3.2.2. Actions de la Fondation Carrefour auprès des franchisés Carrefour Sensibilisation des magasins franchisés Ces actions de sensibilisation pourraient se faire par l'intermédiaire des conseillers franchisés, qui sont salariés de Carrefour et ont pour rôle d'accompagner les franchisés et de suivre leurs résultats. Ils disposent donc de tableaux de bord mensuels recensant les données de gestion de chaque magasin franchisé. 3 ou 4 fois par an ont lieu des plénières qui rassemblent l'ensemble des franchisés de Carrefour. A ces occasions, des actions de communication pourraient avoir lieu, afin de sensibiliser les gérants des franchisés Carrefour à la question du don alimentaire. Les avantages du don, notamment la défiscalisation, pourraient être mis en avant.

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Une documentation expliquant de manière claire la marche à suivre pour participer à des actions de don alimentaire pourrait être proposée à chaque gérant. La Direction Régionale de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt de Rhône-Alpes a par exemple édité un guide du don alimentaire à destination des entreprises du secteur alimentaire qui pourrait être utilisé à cette occasion. D'autres guides pratiques ont également été publiés à destination des entreprises, agriculteurs ou supermarchés. Ce guide expose les arguments en faveur du don alimentaire, précise les éléments de réglementation qui s'appliquent (défiscalisation et normes sanitaires), et insiste enfin sur les conditions nécessaires à la réussite d'une action de don alimentaire. Par ailleurs, l'exemple d'un magasin Carrefour, qu'il soit franchisé ou intégré, qui donne de manière régulière à une association pourrait être donné, avec témoignage à l'appui, afin de proposer une illustration concrète d'un partenariat réussi de don alimentaire.

Enfin, une liste des associations d'aide alimentaire de la capitale, répertoriées par zone géographique, pourrait être rédigée par la Fondation Carrefour et donnée aux magasins franchisés afin que ceux-ci puissent avoir connaissance de l'existence des associations installées à proximité de leur magasin. Des conventions de partenariat standards pourraient être également mises à disposition des magasins franchisés afin de faciliter la démarche du don. Incitations positives au don des magasins franchisés Certaines opérations pourraient également être mises en place par la Fondation Carrefour afin d'inciter de manière positive les magasins franchisés à participer à des actions de don alimentaire. Par exemple, la Fondation pourrait créer un trophée du don alimentaire qui récompenserait le magasin franchisé ayant le plus donné à une association ou ayant établi le plus de partenariats à l'échelle d'un semestre ou d'un an.

Don dans les entrepôts On pourrait également envisager que les produits ramenés par les camions de livraison dans les entrepôts soient donnés à des associations au moment de leur retour à l'entrepôt. Il s'agit du cas des produits que les magasins constatent comme étant abîmés au moment de la livraison et qu'ils mettent de côté avant de les renvoyer à l'entrepôt avec un bon de retour, dans les camions de D'Allancé M, Desjonquères A, Guilhe La Combe de Villers M, Petitjean F – Projet Opérationnel : « Fondation Carrefour - SOLAAL » – Janvier 2014 44

livraison du lendemain matin. Les camions de livraison qui récupèrent ainsi une partie de la casse de plusieurs magasins (les grands camions ont un parcours qui leur permet de livrer plusieurs magasins) la ramènent à l'entrepôt. Dans ce lieu pourrait être rassemblé l'ensemble des produits récupérés, qui pourrait alors être proposé à des associations d'aide alimentaire. Ce procédé permettrait de donner quand même la casse des magasins franchisés, en dépit des faibles volumes, puisque l'accumulation des produits cassés de plusieurs magasins permettrait de totaliser un volume global suffisamment important pour que cela soit intéressant que des associations se déplacent pour les récupérer. Cette solution pourra être discutée avec les magasins franchisés, les différents entrepôts de Carrefour et les entreprises de transport concernées. La Fondation Carrefour pourrait soumettre ce concept à l'étude et jouer le rôle d'intermédiaire entre ces différents acteurs.

Don aux particuliers Une autre piste envisageable est celle de relier les magasins franchisés directement avec les bénéficiaires finaux. On observe en effet que la pratique du glanage, qui consiste pour des personnes dans le besoin à se servir dans les poubelles des supermarchés, se développe de plus en plus. Or, il s'agit d'une pratique dangereuse à plusieurs égards : risque que les produits aient été aspergés d'un produit toxique par les magasins et qu'ils soient donc dangereux pour la santé, mais aussi risque de création d'un marché parallèle.

Une des solutions qui permettrait de répondre aux besoins des glaneurs tout en réduisant les risques serait d'encadrer cette pratique. On peut imaginer un système dans lequel les associations d'aide alimentaire seraient mises au courant du volume de casse des magasins et pourraient en informer un certain nombre de bénéficiaires de l'association. En fonction du volume de casse, l'association déterminerait entre combien de personnes les produits pourraient être répartis, et informerait les personnes en fonction de leur proximité géographique avec le magasin proposant des dons.

La Fondation Carrefour pourrait être l'intermédiaire entre les magasins franchisés et les associations volontaires. Il conviendrait dans ce cas d'évaluer les avantages et inconvénients du concept avec les différentes parties prenantes. Le tableau ci-dessous recense ces principaux avantages et inconvénients. D'Allancé M, Desjonquères A, Guilhe La Combe de Villers M, Petitjean F – Projet Opérationnel : « Fondation Carrefour - SOLAAL » – Janvier 2014 45

Figure 18 : Principaux avantages et inconvénients du système mettant directement en relation les magasins et les bénéficiaires finaux Avantages Inconvénients Suppression des difficultés logistiques des situations dans lesquelles les coûts mis en œuvre pour le transport et la récupération de produits donnés sont trop élevés par rapport au volume donné, problème spécifique aux magasins franchisés. Nécessité de mettre en œuvre un système d'information permettant de connecter les associations, les magasins et les bénéficiaires, donc coûts potentiellement importants. Réduction des risques liés au glanage. Risque de développement d'un marché parallèle.

Possibilité pour les magasins de donner même de faibles quantités de denrées alimentaires. Responsabilité des magasins en cas d'intoxication alimentaire par exemple, suite à leur don. Les deux derniers inconvénients présentés pourraient être résolus de plusieurs manières, par une collaboration réfléchie et encadrée entre les magasins et les associations. En effet, pour éviter la création d'un marché parallèle, les associations pourraient attribuer aux personnes bénéficiaires un code ou un bon qui leur permettrait de retirer les produits dans le magasin concerné, et qui assurerait en même temps à ce magasin que ces bénéficiaires sont bien des personnes envoyées par les associations partenaires.

D'autre part, on pourrait imaginer que les associations soient juridiquement les bénéficiaires des dons des entreprises, afin que la responsabilité en cas de problème suite à la consommation des produits donnés soit celle de l'association et non du magasin. Cette forme de partenariat serait donc relativement similaire à celle qui existe déjà entre les magasins et les associations qui redistribuent ensuite les dons à des bénéficiaires finaux, à la différence que dans notre cas, les bénéficiaires se rendraient directement auprès des magasins pour récupérer les produits donnés. D'Allancé M, Desjonquères A, Guilhe La Combe de Villers M, Petitjean F – Projet Opérationnel : « Fondation Carrefour - SOLAAL » – Janvier 2014 46

Annexes Annexe 1 - Guide d’entretien utilisé lors de l’enquête téléphonique effectuée auprès des Carrefour City de Paris 1. Participez-vous aux collectes nationales des Banques Alimentaires ? • Si oui, savez-vous quels sont les volumes donnés par votre magasin ? • Si non, pour quelles raisons ne participez-vous pas ? 2. Faites-vous des dons alimentaires à des associations ? • Si non : ◦ Pour quelles raisons ? ◦ Seriez-vous prêt à donner à une association qui vous solliciterait ? ◦ Avez-vous déjà été sollicité par des associations ? • Si oui : ◦ A quelle fréquence ? ◦ Quels volumes donnez-vous à cette association ? ◦ Comment est organisée la ramasse ? ◦ Avez-vous été sollicité par d’autres associations ? 3. Donnez-vous à vos employés et pour quelles raisons ? 4. Que représente la casse dans votre magasin ? D'Allancé M, Desjonquères A, Guilhe La Combe de Villers M, Petitjean F – Projet Opérationnel : « Fondation Carrefour - SOLAAL » – Janvier 2014 47

Annexe 2 - Compte-rendu d'entretien 1 Date Interlocuteur Fonction 11/09/13 Franck Monteuuis Responsable national sourcing fruits et légumes, Carrefour Le gaspillage des fruits et légumes (F&L) Le gisement à exploiter ne se situe pas au niveau des producteurs, ceux-ci sont déjà organisés de manière à optimiser leur production : • la partie de la production calibrée de catégorie I est commercialisée ; • les catégories II et III sont vendus à prix bas à Rungis, partent vers les spécialistes ou l'industrie. Seul le bio peut être commercialisé en catégorie II. Le seul écart pour les producteurs est donc ce qui est impropre à la vente. Quelques exceptions parfois, dans les périodes où le marché de certains F&L est bas, les écarts peuvent être plus importants. Ces écarts là sont imprévisibles (donc problème logistique) mais pourraient être utilisés de manière ponctuelle.

Parfois, les producteurs préfèrent détruire leur production car cela leur revient moins cher que de récolter puis vendre, lorsque les cours sont trop bas. Autour de Paris, il n'y a quasiment pas d'exploitations de F&L. Différents types de producteurs : • le gros producteur qui possède sa flotte de camions et peut livrer les centrales d'achat de Carrefour ; • les AOP : regroupements de producteurs qui détiennent des parts de l'association. Les AOP amènent tout ce qui est ramassé dans une station de conditionnement puis envoient vers les plateformes d'achat de Carrefour ; • les coopératives. Les AOP et les coopératives représentent environ 90% des producteurs. Carrefour traite avec environ 500 à 600 producteurs.

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Logistique Carrefour gère 950 000 tonnes de F&L par an. Un premier tri est effectué au moment de la ramasse puis en station de conditionnement. Les F&L sont ensuite orientés vers un conditionnement déterminé par le client : barquette, filet, etc. Carrefour ne conditionne pas. Hormis quelques exceptions comme la pomme ou les pommes de terre, peu de F&L peuvent être stockés. Deux types de plateformes d'achat de Carrefour : • plateforme en flux tendus : les F&L arrivent le lundi et sont en rayon dès le mardi matin ; • plateforme en flux stockés : les F&L arrivent le lundi et repartent le lundi ou le mardi soir Les prix Les prix sont optimisés en fonction des volumes et du nombre de magasins par région. Ils sont déterminés par les cours et la négociation. L'objectif de Carrefour est d'acheter la meilleure qualité au meilleur prix.

Les fluctuations du marché des F&L sont difficiles à comprendre. Par exemple, une surproduction de tomates aux Pays-Bas va faire diminuer les cours de la tomate, même si les tomates des Pays-Bas ne sont pas vendues en France. Les producteurs de F&L reçoivent très peu de subventions. Les prix en magasin sont indexés en fonction du prix d'achat et des objectifs de chaque magasin en termes de marge. D'Allancé M, Desjonquères A, Guilhe La Combe de Villers M, Petitjean F – Projet Opérationnel : « Fondation Carrefour - SOLAAL » – Janvier 2014 49

La marge est calculée à partir du prix d'arrivée en magasin. Une station de conditionnement coûte très cher. Le transport du sud au nord de la France coûte environ 13ct/kg à Carrefour. Le projet Les limites du projet : • très peu d'écarts au niveau des producteurs car ceux-ci sont déjà organisés ; • impossibilité de stocker les F&L. Donc possibilité d'actions de vente ponctuelles et non prévues à l'avance. Franck Monteuuis a contacté quelques producteurs pour évoquer ce projet et ceux-ci ne se sont pas montrés très intéressés.

Le marché de la tomate est en ce moment au plus bas, il pourrait donc être intéressant de s'appuyer sur ce produit pour l'action de sensibilisation, car des écarts existent. Chaque magasin Carrefour a une association qui vient tous les jours enlever les marchandises que Carrefour est autorisé à donner : F&L un peu mous par exemple, mais obligatoirement sains. Le pourri est jeté. Ce qui est refusé sur une plateforme repart chez le producteur qui doit venir les chercher. S'il n'est pas venu au bout de 24h (car trop éloigné, notamment, donc coûts de transports trop élevés), les produits sont détruits ou récupérés par des associations. => peut-être est-il possible de récupérer un peu de marchandise à ce niveau-là.

Les relations entre Carrefour et les producteurs sont bonnes, les tensions existent surtout au niveau des médias. La casse représente peut-être 1% du volume des producteurs et environ 4% pour Carrefour, mais une partie de ces 4% est renvoyée aux associations. Les questions d'hygiène et de sécurité sont primordiales, il ne s'agit pas de donner aux clients ce qu'on ne mangerait pas soi-même. Le projet pose des questions logistiques car les producteurs sont répartis dans toute la France et parfois éloignés des magasins. Il serait peut-être intéressant de passer par les plateformes, mais cela suppose que les producteurs ne reprennent pas leur marchandise qui est mise de côté. Les petits producteurs ne conditionnent pas, donc ne gèrent pas les écarts : ce sont alors les plateformes.

Franck Monteuuis a contacté Saveol (importante coopérative de la région de Brest). Pour eux, la D'Allancé M, Desjonquères A, Guilhe La Combe de Villers M, Petitjean F – Projet Opérationnel : « Fondation Carrefour - SOLAAL » – Janvier 2014 50

marchandise déclassée correspond à environ 0,7% de leur volume. Ces 0,7% repartent vers : • les marchés ou les grossistes ; • les industriels ; • les banques alimentaires. Deux autres coopératives ont été contactées : Solarenn (Rennes) et Océane (Nantes), qui ont répondu « pourquoi pas », mais n'envisagent ce genre d'action que de manière ponctuelle. La part la plus importante du gaspillage a en réalité lieu chez le consommateur final. La sensibilisation à ce sujet est donc importante. Les entreprises sont déjà organisées pour ne pas gaspiller car jeter leur coûte cher. Les MIN (Marchés d'Intérêt National), comme Rungis, sont peut- être plus concernés par le gaspillage car ils jettent beaucoup.

Le rapport de la Commission Européenne de 2009 sur le gaspillage alimentaire a permis de normaliser un certain nombre de variétés de F&L qui étaient auparavant considérés hors calibre. Cependant, une partie des producteurs et de la grande distribution n'étaient pas favorables à ce changement car il incite à une baisse du prix de vente des F&L. D'Allancé M, Desjonquères A, Guilhe La Combe de Villers M, Petitjean F – Projet Opérationnel : « Fondation Carrefour - SOLAAL » – Janvier 2014 51

Annexe 3 - Compte-rendu d'entretien 2 Date Interlocuteur Fonction 13/11/13 Patrice Ventura Responsable de l'unité de la Croix Rouge dans le 15e arrondissement de Paris Quelques informations sur la Croix Rouge La Croix Rouge compte 2300 bénévoles dans Paris, répartis en 18 unités au sein de Paris (une par arrondissement, avec des regroupements 1er/2e et 3e/10e). Les différentes structures sont indépendantes tant au niveau du recrutement des membres que dans la recherche de financement. Les principales actions se divisent en deux axes : • l'aide d'urgence (en renfort du Samu de Paris et des pompiers) ; • les actions sociales (maraudes pour les sans domicile, cours de français, atelier d'aide au devoir, épicerie sociale, soutien psychologique etc.).

Les actions de l'unité du 15e arrondissement L'unité du 15e arrondissement compte environ 180 membres. Elle fait fonctionner une épicerie sociale ce qui est une spécificité unique dans Paris. Celle-ci est ouvert les mercredis et jeudis après- midi. Une journée d'ouverture mobilise 20 bénévoles toute la journée. La superficie du local est de 120 m² pour environ 70 m² d'accueil, le reste étant utilisé pour le stockage. L'épicerie est fréquentée par environ 300 personnes par semaine. Les bénéficiaires sont des personnes suivies par les services sociaux ayant besoin d'une « pause financière » dans un des postes de leur budget, à savoir l'alimentation. L'épicerie sociale leur permet d'acheter des denrées à 20% de leur valeur marchande.

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Les deux formes d'approvisionnement : don et collecte alimentaires. La première forme d'approvisionnement est la ramasse en magasin. Elle se fait le mercredi et le jeudi matin dans deux magasins « Monoprix » du quartier : Vaugirard et Beaugrenelle. L'enseigne est en effet la seule à avoir répondu à la sollicitation de la Croix Rouge. Les produits donnés sont essentiellement des produits frais où à DLC (date limite de consommation) courte. Celle-ci ne doit cependant jamais expirer dans les 48 heures suivant la ramasse pour avoir laisser le temps à la Croix Rouge de distribuer le produit. Le volume donné remplit cinq grandes glacières par jour qui sont rapidement placées dans quatre armoires réfrigérées (deux positives, deux négatives). Le rangement des produits dure de 11h à 14h, heure à laquelle ouvre l'épicerie.

Les produits sont scannés pour entrer dans la base de donnée de la Croix Rouge répondant au doux nom d'Aïda. Ceci permet de s'assurer de la traçabilité des produits et d'évaluer les volumes. A chaque fin de chaque mois, la Croix Rouge fait parvenir aux magasins une facture résumant les quantités données. Les magasins défiscalisent le don chaque année. La seconde source d'approvisionnement est la collecte. La Croix Rouge établit une liste de produits dont elle a besoin pour l'ensemble de ses actions (allant des maraudes à l'épicerie sociale). Après une campagne de communication, les bénévoles se rendent le jour J devant un magasin et récupèrent ce que les gens donnent après leur avoir fourni la liste des produits. La collecte de la Croix Rouge est trimestrielle. Elle permet de récolter près de 3 tonnes de denrées.

Collaborations, obstacles et perspectives Pour l'épicerie sociale, l'objectif à terme est d'ouvrir une troisième demi-journée aux étudiants en privilégiant le snacking, toujours en partenariat avec la Fondation Monoprix. En contrepartie des nombreux partenariats de l'unité de la Croix Rouge, l'association a proposé de former gratuitement le personnel des magasins aux gestes de premier secours dans le but d'établir des partenariats « gagnant-gagnant » et de « fidéliser » les magasins. C'est également le cas avec les scouts protestants qui organisent un marathon de la collecte alimentaire de décembre à mai et reçoivent du matériel en contrepartie (sac, trousses, lampes torche etc.). Ces partenariats durables sont importants puisque la Croix Rouge est l'une des seules associations à réaliser des ramasses et collectes toute l'année (les maraudes se poursuivent en dehors de la période hivernale). Plusieurs enseignes de la grande distribution ont répondu que l'épicerie sociale était trop petite D'Allancé M, Desjonquères A, Guilhe La Combe de Villers M, Petitjean F – Projet Opérationnel : « Fondation Carrefour - SOLAAL » – Janvier 2014 53

en terme de volume pour écouler les dons. L'épicerie manque de produits en conserve (légumes) puisque les dates de consommation permettent aux magasins de gérer leur stock sans jamais avoir d'excédents approchant la date limite. L e nombre restreint d'épiceries sociales à Paris s'explique par la cherté des loyers et la difficulté à trouver des locaux assez grands. Il a fallu deux ans de recherche active pour trouver le local de l'épicerie du quinzième.

Les directeurs de magasins sont très sollicités par les associations. En autorisant la Croix Rouge a organiser une collecte alimentaire, ces derniers peuvent augmenter leur chiffre d'affaires du moment que la clientèle n'est pas gênée par des collectes trop régulières. D'Allancé M, Desjonquères A, Guilhe La Combe de Villers M, Petitjean F – Projet Opérationnel : « Fondation Carrefour - SOLAAL » – Janvier 2014 54

Annexe 4 - Compte-rendu d'entretien 3 Date Interlocuteur Fonction 04/12/13 Pierre Ruban Directeur de la Banque Alimentaire Paris et d'Île de France La Banque Alimentaire d’Ile-de-France est un grossiste alimentaire situé à Créteil. L’association dispose de 4 camions pour effectuer ses « ramasses » et d’un magasin pour entreposer les denrées non périssables (pour le reste, fonctionne en flux tendu). Elle remet ensuite ces denrées à des associations avec qui elle établit des contrats de partenariats, selon les conditions suivantes : L’association récipiendaire doit être : • Non confessionnelle (dans le public assisté) • Apolitique • Egalitaire • Conforme aux règles d’hygiène 1. La ramasse : • 2 camions sur 2 parcours différents (fixes) en banlieue. • Une quantité de nourriture très irrégulière. • Semble dépendre plus de la bonne volonté des préparateurs • Conditions de dons très variables : certains responsables préparent bien les produits (mise en caisse, état). D’autres les négligent.

• Mêmes pour les magasins intégrés, cela dépend bien plus de la volonté des gérants que des directives des enseignes (notamment chez Carrefour). • La relation personnelle entre chauffeurs et le personnel des magasins joue un rôle D'Allancé M, Desjonquères A, Guilhe La Combe de Villers M, Petitjean F – Projet Opérationnel : « Fondation Carrefour - SOLAAL » – Janvier 2014 55

primordial. • Certains magasins font des offres de ramasse qui ne sont pas acceptés par manque de moyens humains de la BAIF, et ce malgré un potentiel important. • Les effectifs pour la ramasse et la gestion dépendent essentiellement de bénévoles et sont donc très irréguliers. 2. Gestion des denrées • Les camions sont déchargés • Les caisses sont pesées par type de produit et par magasin afin de pouvoir remettre des reçus aux magasins (pour la défiscalisation).

• Les produits sont ensuite exposés dans la cour. • Les associations agréées peuvent venir se servir toute la journée sans limite de quantité (en général remplissent leur camionnettes autant que possible). • Les associations payent environ 7 centimes par kilo de nourriture récupérés (quelque soit la nourriture). • Ce qui n’est pas vendu est stocké jusqu’au lendemain si la date le permet. 3. Rencontre avec Pierre Ruban, directeur de la BAPIF Les entreprises et associations fonctionnent de manière fondamentalement différente : • Les entreprises sont dans la recherche d’excellence, ce qui est extrêmement couteux ; • Les associations travaillent en permanence en saturation : manques de moyens, irrégularité des ressources financières et humaines etcà Fonctionnent à l’à peu près. Cette différence implique une difficulté à communiquer entre la grande distribution et les associations. Chacun poursuit des objectifs différents et légitimes, avec des moyens différents. Les entreprises peuvent attendre des associations ce qu’elles ne sont pas en mesure de donner. Les associations sont très différentes les unes des autres et ont des besoins très différents. D'Allancé M, Desjonquères A, Guilhe La Combe de Villers M, Petitjean F – Projet Opérationnel : « Fondation Carrefour - SOLAAL » – Janvier 2014 56

Elles sont très peu élastiques à la variation des quantités de donsà en cas de grandes quantités, souvent difficile d’écouler. Or, la pauvreté et les besoins augmentent ; comment y répondre ? • Hausse du nombre d’associations ; • Augmentation de leur volume d’activité (très compliqué). Idem pour la BA. (Ne peut déployer des moyens supplémentaires pour assumer des quantités supérieures).

Les banques alimentaires se fournissent par plusieurs moyens : • Dons des particuliers (collectes nationales) • Dotations françaises et européennes • Secteur agroalimentaire (mais de plus en plus pauvre en IDF) ◦ Sauf GMS La Banque alimentaire a du mal à fonctionner avec un magasin unique pour toute l’IDF « scandaleux », mais ne trouve pas d’autre entrepôtà foncier. Pourtant, poursuit des objectifs de développement et le potentiel de la grande distribution est réel (les nouvelles enseignes parisiennes représenteraient 14 000 tonnes par an à récupérer: la BAPIF a besoin de points de proximité.

Pour créer les conditions d’une collaboration durable et efficace, les associations ne doivent attendre aucune « charité » des enseignes ou entreprises mais s’aligner sur leurs intérêts. Le partenariat doit être uniquement économique (gestion des déchets etc.). D'Allancé M, Desjonquères A, Guilhe La Combe de Villers M, Petitjean F – Projet Opérationnel : « Fondation Carrefour - SOLAAL » – Janvier 2014 57

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