Infection à Chlamydia trachomatis : quoi de neuf ?
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BACTÉRIOLOGIE Chlamydia trachomatis
Infection à Chlamydia trachomatis :
quoi de neuf ?
B. DE BARBEYRAC1, O. PEUCHANT1, C. LE ROY1,
M. CLERC1, L. IMOUNGA1, C. BÉBÉAR1
résumé
Ces dernières années ont connu un certain nombre de changements importants concernant l’épidémiologie et le diag-
nostic des infections à Chlamydia trachomatis. Récemment modifiée, la nomenclature des actes de biologie médicale
n’autorise le remboursement de la détection de C. trachomatis que par la recherche d’ADN ou d’ARN par amplification
génique. Aujourd’hui, la plupart des techniques moléculaires détectent en « duplex » C. trachomatis et Neisseria gonor-
rhoeae, voire d’autres pathogènes responsables d’infections sexuellement transmissibles comme Mycoplasma genitalium.
Mots clés : Chlamydia trachomatis, LGV, biologie moléculaire, épidémiologie.
I. - INTRODUCTION C. trachomatis comprend 19 sérovars groupés en 2 biovars,
trachoma et LGV. Le biovar trachoma comprend 15 séro-
Ces dix dernières années ont été marquées par une
vars : A, B, Ba et C (impliqués dans le trachome), D, Da, E,
progression régulière du nombre de diagnostics positifs
F, G, Ga, H, I, Ia, J et K (impliqués dans les infections ocu-
d’infections à Chlamydia trachomatis aussi bien en Europe
laires et urogénitales). Le biovar LGV comprend 4 sérovars,
qu’en Amérique du Nord et par l’arrivée d’une épidémie
L1, L2, L2a et L3.
de lymphogranulomatose vénérienne (LGV) rectale en
Europe. Dans le même temps, les techniques de biologie C. pneumoniae est isolé chez l’homme mais aussi le koala,
moléculaire se sont généralisées, améliorant sensiblement la grenouille et le cheval. Suivant la spécificité d’hôte, les
les performances de sensibilité et spécificité de la détection. souches sont regroupées en trois biovars, TWAR, Koala et
La nomenclature des actes de biologie médicale a été Equine. Le biovar TWAR est responsable d’infections res-
récemment modifiée pour s’adapter en partie à ces chan- piratoires chez l’homme.
gements. Désormais, elle n’autorise le remboursement de
Chlamydia psittaci, qui regroupe uniquement les souches
la détection de C. trachomatis que par la recherche d’ADN
aviaires, peut occasionnellement provoquer des pneumo-
ou d’ARN par amplification génique. La plupart des tech-
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pathies sévères chez l’homme, en particulier chez les per-
niques d’amplification génique actuelles détectent en
sonnes travaillant dans la filière des canards mulards.
duplex C. trachomatis et Neisseria gonorrhoeae, voire d’autres
pathogènes responsables d’infections sexuellement trans- Les autres espèces sont d’intérêt vétérinaire. C. muridarum
missibles (IST) comme Mycoplasma genitalium. comprend les souches isolées chez la souris et le hamster
(ancien C. trachomatis biovar pneumonie de la souris).
C. suis comprend les souches isolées du porc chez lequel
II. - TAXONOMIE elles sont responsables de conjonctivites, d’entérites et de
Dans la famille des Chlamydiaceae, la proposition d’Everett
en 1999 de diviser le genre Chlamydia en deux genres,
1
Chlamydia et Chlamydophila, est à l’heure actuelle abandon- Centre National de Référence des Infections à chlamydiae,
née (1). La nouvelle taxonomie ne reconnaît qu’un seul USC Infections humaines à mycoplasmes et chlamydiae,
genre, Chlamydia, et 9 espèces. INRA et Univ. Bordeaux, France.
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feuillets de Biologie
VOL LIII N° 306 - MAI 2012pneumopathies. C. pecorum est isolé des mammifères sans cation et d'éducation familiale CPEF et les centres d’ortho-
spécificité d’hôte (ruminants, marsupiaux, et porcs). Les génie (4) chez les femmes de moins de 25 ans et les hommes
souches responsables d’avortements, les souches de chats et de moins de 30 ans. En effet, les taux de prévalence dans
de cochon d’inde appartiennent respectivement à 3 espèces, ces centres sont de l’ordre de 10 %.
C. abortus, C. felis et C. caviae.
Concernant les femmes enceintes, il n’existe aucune
recommandation en France. Récemment, en 2011, nous
III. - ÉPIDÉMIOLOGIE ACTUELLE avons fait une étude de prévalence des IST bactériennes
DES INFECTIONS À C. TRACHOMATIS chez les femmes enceintes, au moment de la recherche du
streptocoque B en fin de grossesse. Nos résultats montrent
L’infection à C. trachomatis est la plus fréquente des IST une prévalence globale de 2,5 % sur plus de 1 000 femmes
bactériennes rapportées en Europe et aux États-Unis. En testées et de 7,9 % chez les femmes de 18 à 24 ans (résultats
2009, 343 958 cas ont été rapportés dans 23 pays de l’Union personnels). Cette prévalence élevée chez les femmes en-
européenne, correspondant à 185 cas/100 000 habitants, ceintes de moins de 25 ans plaide en faveur d’un dépistage
plus fréquemment chez la femme (217 cas/100 000) que dans cette population.
chez l’homme (152/100 000) (http://www.ecdc.europa.eu).
La véritable incidence de l’infection est probablement plus Selon les recommandations, le diagnostic doit se faire par
élevée. Les trois quarts sont rapportés chez les jeunes entre biologie moléculaire sur des auto-prélèvements, urine du
15 et 24 ans. La tendance est à l’augmentation, reflétant 1er jet chez l’homme et auto-écouvillonnage vaginal (5, 6).
une amélioration de la surveillance, des dépistages et des Les écouvillons « flockés » sont à recommander car ils pré-
outils de détection. Aux États-Unis, entre 1997 et 2009, le lèvent et « déchargent » mieux que les écouvillons dacron
nombre de cas est passé de 537 904 à 1 244 180 alors que le ou alginate (7).
nombre d’infections à N. gonorrhoeae diminuait légèrement L’objectif des programmes de dépistage est de réduire
de 327 665 à 301 174. Comme en Europe, le taux d’infec- le risque de complications en identifiant les femmes infec-
tions à C. trachomatis en 2009 était plus élevé chez la femme tées et en les traitant avant l’apparition des complications
(592,2/100 000) que chez l’homme (219,3/100 000) (prévention secondaire) et/ou en réduisant la transmission
(http://www.avert.org/std-statistics-america.htm). dans la population afin de diminuer le nombre de nou-
En France, les résultats de l’enquête Natchla montrent veaux cas (prévention primaire). L’efficacité du dépistage
que la prévalence chez les personnes âgées de 18 à 44 ans dépend en partie de la durée de l’infection au moment du
est de 1,4 % chez l’homme et de 1,6 % chez la femme. Cette dépistage et du nombre d’infections répétées. Les questions
prévalence est plus élevée chez les 18-29 ans (hommes : de savoir si le risque de complications est plus élevé après
2,5 % [IC 95 % : 1,2-5,0], femmes : 3,2 % [IC 95 % : 2,0 - des infections répétées ou avec une infection persistante, et
5,3]) (2). Le facteur de risque commun à tous les 18-29 ans si le traitement précoce empêche le développement d’une
est le fait d’avoir eu récemment un partenaire occasionnel. immunité protectrice, restent posées. En effet, dans les pays
Les autres facteurs de risque identifiés pour les hommes qui ont organisé des programmes de dépistage dans les
sont le fait de résider en Île-de-France ou d’avoir eu récem- années 1980, on observe depuis le milieu des années 1990,
ment un nouveau partenaire ou des partenaires du même une augmentation du nombre de cas. Brunham et al. ont
sexe, et pour les femmes d’avoir eu plus de 2 partenaires fait l’hypothèse que le dépistage de l’infection, en raccour-
dans l’année et d’être non diplômée. Un fait notable est cissant la durée de l’infection, diminue la durée de l’immu-
que la prévalence chez les femmes âgées de 25 à 29 ans ne nité et augmente le risque d’infections répétées (8). Cette
diffère pas notablement de celle des femmes de 18 à 24 ans. question de « l’immunité arrêtée » est débattue, d’autant
De plus, dans le réseau de surveillance Rénachla, 20 % des que d’autres raisons peuvent expliquer cette augmentation
cas sont identifiés chez des femmes entre 25 et 29 ans (3). du nombre de cas comme l’amélioration de la sensibilité
Or, les recommandations de dépistage intéressent les des techniques de détection et l’augmentation du nombre
femmes de moins de 25 ans, laissant de côté les femmes plus de dépistage. Le rôle des infections répétées ou d’une in-
âgées. Ces résultats devraient inciter à revoir les recomman- fection persistante dans la survenue des complications n’est
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dations de manière à inclure les femmes jusqu’à 30 ans. pas élucidé. Il est certain que les infections répétées sont
fréquentes. Une étude récente chez des adolescentes mon-
tre que les infections répétées sont des recontaminations
IV. - STRATÉGIES DE DÉPISTAGE dans 84,2 % des cas, un échec de traitement dans 13,7 %
des cas et une infection persistante sans traitement docu-
Vu la gravité des complications de l’infection à C. tracho-
menté dans seulement 2,2 % des cas (9). Cela pose les ques-
matis, des recommandations de dépistage chez les sujets
tions du suivi des partenaires (dépistage, traitement), et de
asymptomatiques existent dans plusieurs pays. En France,
l’efficacité du traitement recommandé.
l’Agence nationale d’accréditation et d’évaluation en santé
(ANAES) considère qu’un dépistage systématique des Une question critique est celle de la proportion de femmes
infections uro-génitales à C. trachomatis est justifié dans les infectées qui développent des complications. Aucune étude
lieux de consultation à vocation de dépistage (centres de prospective ne permet de savoir combien d’infections ont
dépistage anonyme et gratuit, CDAG ; centres de dépistage entraîné une stérilité ou une GEU. Dans l’étude POPI, l’in-
et d’information des IST, CIDDIST), les centres de planifi- cidence des maladies inflammatoires pelviennes ou PID (pel-
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vic inflammatory disease) était de 1,3 % dans le groupe recontamination éventuelle à 3 ou 6 mois. À défaut de pou-
dépisté-traité et 1,9 % dans le groupe contrôle. Parmi les voir retester les personnes infectées dans ce délai court, il
femmes ayant un test positif à C. trachomatis, 9,7 % (7/74) est recommandé de les suivre dans les 12 mois suivant le
des femmes du groupe contrôle ont présenté une PID traitement initial (http://www.cdc.gov/std/treatment/2010)
contre seulement 1,6 % (1/63) dans le groupe traité (10). dans le but de dépister et de traiter les recontaminations
Ceci tend à démontrer l’importance du dépistage. Cepen- éventuelles.
dant, la majorité des PID était survenue chez des patientes
négatives lors du dépistage (30/38), traduisant une inci- VI. - LE POINT SUR LES ANO-RECTITES
dence élevée d’infections dans l’intervalle de temps séparant À C. TRACHOMATIS
le dépistage de l’apparition de la PID, d’où l’importance de
la répétition des dépistages. Les considérations éthiques Depuis les premiers cas rapportés fin 2003 à Rotterdam,
limitent la durée de ces études. De plus, les complications l’épidémie de LGV rectale à C. trachomatis s’est répandue
sont jugées sur l’apparition d’une PID, cliniquement mal dans toute l’Europe. La mise en place de la surveillance a
définie, et ne prennent pas en compte les complications à commencé en France dès 2004 à Paris et s’est progressive-
distance que sont la stérilité et les GEU. ment étendue sur toute la France. La création d’un réseau
de surveillance des ano-rectites à C. trachomatis depuis 2010
permet de recueillir des données cliniques, comportemen-
tales et biologiques. Les laboratoires envoient au CNR des
V. - RECOMMANDATIONS DE TRAITEMENT
infections à chlamydiae leurs échantillons ano-rectaux po-
ET DE SUIVI
sitifs dès le jour de leur identification, accompagnés d’une
Seuls les antibiotiques à forte pénétration cellulaire fiche de résultats de laboratoire documentant les IST asso-
(tétracyclines, macrolides, fluoroquinolones, rifampicine) ciées. Dès réception, le CNR effectue le typage par une mé-
sont actifs sur C. trachomatis. L’étude de la sensibilité des thode rapide de PCR en temps réel spécifique du sérovar L
souches isolées ne se fait pas en routine étant donné la lour- (13). Le résultat est faxé le jour même au laboratoire. Le
deur des techniques, le peu d’isolats cliniques et l’absence clinicien reçoit le résultat par courrier avec une fiche de
de résistance acquise sous traitement clairement identifiée. renseignements cliniques à renvoyer au CNR ainsi qu’une
Cependant, la sélection de souches résistantes en présence note d’information et une demande de consentement de
d’antibiotiques in vitro a été décrite. recueil de données à faire signer par le patient. Les docu-
Suivant les recommandations françaises (11) et euro- ments nécessaires au fonctionnement du réseau peuvent
péennes (12), le traitement de première intention des être consultés et imprimés à partir du site web du CNR,
infections urogénitales non compliquées fait appel à l’azi- http://www.cnrchlamydiae.u-bordeaux2.fr/.
thromycine à la dose de 1g per os en une seule prise ou à la De 2004 à juin 2011, le CNR a réalisé le typage de 1 781
doxycycline 100 mg per os, 2 fois par jour, pendant 7 jours. échantillons ano-rectaux positifs à C. trachomatis, identifiant
L’azithromycine en dose unique, de par sa grande pénétra- ainsi 1 145 cas de LGV (64,3 %), 550 cas d’ano-rectites à
tion tissulaire, ses taux sériques bas et sa longue durée de souches non-L (30,8 %) et 86 cas à souches qui n’ont pu être
vie, constitue l’antibiotique de choix en générant moins typées (4,8 %). La courbe épidémiologique des cas de LGV
d’effets indésirables que la doxycycline, et en assurant une montre une nette progression entre 2004 et 2010, avec
meilleure observance. Les alternatives thérapeutiques repo- cependant une inflexion en 2009 (2004 : 102 cas, 2005 : 117,
sent sur l’érythromycine base (500 mg, 4 fois par jour pen- 2006 : 140, 2007 : 170, 2008 : 191, 2009 : 160, 2010 : 185).
dant 7 jours), l’éthylsuccinate d’érythromycine (800 mg, Les cas de LGV sont plus souvent identifiés à Paris (81 %)
4 fois par jour pendant 7 jours), l’ofloxacine (300 mg, qu’en province (p < 10-5). Les ano-rectites à C. trachomatis
2 fois par jour pendant 7 jours) ou la lévofloxacine (500 mg, touchent les hommes ayant des rapports avec les hommes
une fois par jour pendant 7 jours). Pour les anorectites à (HSH) et ayant des partenaires occasionnels. Un seul cas
C. trachomatis, un traitement à base de doxycyline est recom- féminin a été rapporté (14). Le caractère épidémique de
mandé, d'une durée de 21 jours en cas de LGV et de 7 jours l’infection semble être confirmé par le typage MLST des
pour les souches non L. souches circulant en Europe et aux États-Unis. Il s’agit bien
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d’une souche clonale de type L2b, déjà présente dans les
Il est indispensable de traiter parallèlement le(s) parte-
années 1980 à San Francisco et qui s’est répandue ces dix
naire(s) et de conseiller d’avoir des relations sexuelles
dernières années en Europe (15). En France, toutes les
protégées pendant le traitement. Il est impératif de réaliser
souches séquencées sont de type L2b. La LGV se distingue
la recherche d’IST associées et de revoir le patient au 7ème
de l’ano-rectite à souche non-L par son caractère sympto-
jour (ou plus tôt en cas d’échec thérapeutique). Il n’y pas
matique (p < 10-7) et son association avec le VIH (p < 10-8).
de recommandations particulières pour les patients infectés
L’association avec d’autres IST, syphilis et gonocoque, est
par le VIH.
fréquente, respectivement 44 % et 24 %, mais non statisti-
La description d’une persistance de l’infection après trai- quement différente entre les deux populations infectées à
tement dans 10 à 15 % des cas, et la possibilité de sélection souche L ou non-L. On observe également une augmenta-
in vitro de mutants résistants doit inciter à la vigilance. Deux tion du nombre de cas d’ano-rectites à souches non-L entre
types de contrôles sont préconisés, le contrôle post-traite- 2004 (26 cas) et 2010 (103 cas). L’étude de la répartition
ment, à 5 semaines de la fin de celui-ci, et le contrôle de la des sérovars montre que les sérovars D (35,2 %), G (29,5 %)
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feuillets de Biologie
VOL LIII N° 306 - MAI 2012et J (17,3 %) sont les plus fréquents alors que le sérovar E, docervicaux ou vaginaux. Tous ces automates sont équipés
majoritaire dans les prélèvements génitaux, ne représente d’un extracteur et d’un amplificateur permettant de
que 10,3 % des ano-rectites (16). Le typage régulier de réaliser des séries plus ou moins importantes avec une par-
souches génitales montre que la LGV ne s’est pas, pour l’ins- faite robustesse et traçabilité. Ils présentent tous l’avantage
tant, disséminée dans la population générale. La LGV reste de détecter simultanément C. trachomatis et N. gonorrhoeae.
essentiellement ano-rectale, seulement 32 cas de LGV géni-
Le CNR effectue les tests en duplex depuis 6 mois et le
tales avec ulcération et adénopathie inguinale dont un cas
taux de positivité global de N. gonorrhoeae est de 2 % et
d’arthrite réactionnelle (17), ont été identifiés.
celui de C. trachomatis de 9.2 % (résultats personnels). Les
La surveillance des ano-rectites à C. trachomatis a permis taux de positivité de C. trachomatis et N. gonorrhoeae sont,
d’identifier plusieurs cas de récidive sur 5 à 6 mois, montrant respectivement, de 9,7 % et 8,4 % chez les hommes symp-
que cette infection ne protège pas des recontaminations. tomatiques consultant un CIDDIST, et de 5,4 % et 0,7 %
De plus, une amorce de changement dans le profil des chez les hommes asymptomatiques consultant un CDAG.
individus semble se dessiner en 2010 en France. En effet, le Dans ces mêmes centres, les taux de positivité sont, respec-
nombre d’individus présentant une LGV et qui sont séro- tivement, de 11,6 % et 2,9 % chez les femmes symptoma-
positifs pour le VIH diminue et n’est plus que de 82 %. Ceci tiques, et de 11 % et 0,7 % chez les femmes asymptomatiques.
pose la question de la prise de risque des HSH séronégatifs Une nette différence de taux de positivité de N. gonorrhoeae
pour le VIH. est observée entre les personnes symptomatiques et asymp-
tomatiques. D’une manière intéressante, nous observons
des taux de positivité de N. gonorrhoeae beaucoup plus élevés
VII. - ACTUALITÉS SUR LES MÉTHODES chez les femmes asymptomatiques consultant au centre
DE DIAGNOSTIC d’orthogénie et au planning familial (respectivement,
A) Diagnostic direct 2,8 % et 3,8 %), avec des taux de positivité de C. trachomatis
similaires voire moindres (respectivement, 10,7 % et 6,1 %).
Les tests de biologie moléculaire avec amplification Ces résultats montrent bien l’intérêt de rechercher ces
génique ont nettement amélioré la qualité des résultats en deux pathogènes dans tous les échantillons génitaux, que
termes de sensibilité et de spécificité, et doivent remplacer les patients soient symptomatiques ou non, surtout chez
toutes les autres techniques (culture cellulaire, tests anti- les personnes consultant les centres de planning familial
géniques, hybridation moléculaire sans amplification). La et d’orthogénie.
nomenclature des actes de biologie médicale vient d’être
modifiée en ce sens et n’autorise le remboursement de la L’avenir est à la détection multiplex associant les prin-
détection de C. trachomatis que par la recherche d’ADN ou cipaux agents bactériens responsables d’IST, C. trachomatis,
d’ARN par amplification génique in vitro sur tout type N. gonorrhoeae et M. genitalium, mais également parasitaire,
d’échantillon à partir de sites possiblement infectés (JO Trichomonas vaginalis, et viraux comme l’Herpes simplex.
Décret du 5 octobre 2011). La société Bio-Rad vient de commercialiser un système de
PCR en temps réel triplex permettant de détecter simul-
Toutes ces techniques d’amplification ont une excel- tanément, C. trachomatis, N. gonorrhoeae et M. genitalium,
lente spécificité et sensibilité, ce qui les autorise, à la diffé- dont les performances se sont révélées excellentes (résultats
rence des autres techniques (excepté la culture) à être en cours de publication). Ce système ne dispose pas pour
utilisées dans les échantillons pluri-microbiens (rectum, l’instant d’extracteur. Dans la population de CDAG/CID-
vagin, pharynx) et dans des échantillons pauci-microbiens DIST incluse dans cette évaluation, la prévalence de
comme peuvent l’être les auto-prélèvements. Les échan- C. trachomatis était de 9 %, celle de M. genitalium de 1,9 %,
tillons prélevés en milieu de transport spécifique peuvent et celle de N. gonorrhoeae de 1,8 %. La proportion de co-
être conservés à +4°C, voire à température ambiante infection était de 8,7 %. M. genitalium et N. gonorrhoeae
pendant moins d'une semaine. Pour un délai supérieur, étaient associés à C. trachomatis dans respectivement 30 %
ils doivent être maintenus à -20°C. (3/9) et 28 % (2/7) des cas. L’utilisation croissante de ces
De nombreux systèmes de détection de C. trachomatis outils devrait permettre un meilleur dépistage des IST
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par amplification génique sont disponibles sur le marché bactériennes, et donc une meilleure prise en charge des
français. Les techniques diffèrent par leur principe (PCR personnes infectées, et rompre la chaîne de transmission.
[polymerase chain reaction], TMA [transcription mediated Dans le décret du JO du 5 octobre 2011, il est bien pré-
amplification], SDA [strand displacement amplification]), par cisé qu’en cas de rapport sexuel anal et/ou pharyngé, il
leur cible d’hybridation (ADN plasmidique et/ou chro- est important de rechercher C. trachomatis dans les deux
mosomique, ARN ribosomique), leur technicité (manuelle ou trois sites, génital, rectal et/ou pharyngé. Sur les six
ou automatisée). La plateforme Cobas 4800 (Roche) pré- derniers mois, sur les 134 échantillons pharyngés que nous
sente d’excellentes performances, notamment sur les avons testés, cinq étaient positifs à C. trachomatis (3,7 %)
urines. Des essais comparatifs avec les systèmes Abbott et cinq à N. gonorrhoeae (3,7 %). Aucune infection mixte
m2000, Gen-Probe AC2 et BD ProbeTec Viper, montrent n’a été détectée. Signalons, à ce sujet, que la technique
un taux global de concordance supérieur à 98 %, aussi que nous utilisons est bien spécifique de N. gonorrhoeae
bien sur les urines masculines que sur les écouvillons en- et ne détecte pas N. meningitidis, ce qui est primordial dans
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VOL LIII N° 306 - MAI 2012Chlamydia trachomatis
le cas de recherche dans la gorge. Ce taux de positivité l’inverse, leur présence n’est pas un marqueur d’infection
est donc non négligeable et pourtant la nomenclature récente. Après traitement, les anticorps peuvent persister
n’autorise qu’une seule cotation par patient, ce qui n’est à un taux élevé pendant plusieurs mois et la sérologie ne
guère incitatif. Tout patient porteur de ces pathogènes permet donc pas de surveiller l’évolution de la maladie.
dans la gorge est contagieux et doit être traité. La nomenclature a limité les indications du sérodiagnostic
de C. trachomatis aux infections hautes, à la LGV, au bilan
B) Le sérodiagnostic d’hypofertilité et d’arthrite réactionnelle en utilisant des
trousses Elisa spécifiques d’espèce. La recherche des IgA
D’une manière générale, la recherche d’anticorps anti-
a été supprimée.
C. trachomatis n’a pas la valeur diagnostique de la mise en
évidence de la bactérie, notamment en raison de la persis-
tance des anticorps des mois voire des années après l’in-
fection. Cela rend difficile la distinction entre cicatrice VIII. - CONCLUSION
sérologique et réelle infection en évolution. Dans les Les infections uro-génitales à C. trachomatis sont en
infections génitales basses et dans le trachome, le sérodia- recrudescence et sont le plus souvent asymptomatiques. Il
gnostic n’a aucun intérêt, car l’infection restant superfi- est donc nécessaire de les dépister pour éviter les complica-
cielle, le taux d’anticorps est faible. En revanche, dans les tions, d’autant que nous disposons d’outils de détection
infections profondes à C. trachomatis, le sérodiagnostic performants sur des auto-prélèvements non invasifs et d’un
prend tout son intérêt étant donné l’accessibilité difficile traitement antibiotique minute efficace. Il est nécessaire de
du site infectieux. Un taux élevé d’IgG ou d’Ig totales est contrôler régulièrement les patients infectés. Enfin, il ne
significatif d’une infection passée ou en cours. La mise en faut pas oublier qu’une IST peut en cacher une autre et
évidence d’une séroconversion, ce qui est extrêmement l’utilisation des techniques de détection de plusieurs micro-
rare, ou d’une augmentation significative d’anticorps (x4) organismes simultanément devrait permettre une meilleure
entre deux sérums prélevés à 15 jours d’intervalle permet connaissance de l’épidémiologie des ces infections et une
le diagnostic d’infection en évolution. Si le titre reste en meilleure prise en charge des patients.
plateau, certains préconisent la recherche d’IgM, dont l’in-
térêt n’a été démontré que dans les pneumopathies du
nouveau-né, ou d’IgA en raison de leur demi-vie courte. Conflits d’intérêt
Sur ce dernier point, les opinions divergent, d’autant que B. de B., C. B. Essais de plateformes de détection et
la détection d’IgA dépend beaucoup de la technique uti- rédaction de rapports d'expertise (rémunération sur le
lisée. L’étude des profils sérologiques des personnes dont budget du laboratoire), invitations dans des congrès natio-
l’infection est documentée par PCR montre que l’absence naux ou internationaux pour présentation des résultats,
d’IgA sériques n’est pas un marqueur de guérison, et qu’à pour les entreprises Roche Diagnostics et Bio-Rad.
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feuillets de Biologie
VOL LIII N° 306 - MAI 2012Vous pouvez aussi lire