LA DIVERGENCE DES ÉCONOMIES EUROPÉENNES - BEYOND MAINSTREAM - Roland Berger

 
LA DIVERGENCE DES ÉCONOMIES EUROPÉENNES - BEYOND MAINSTREAM - Roland Berger
BEYOND MAINSTREAM

LA DIVERGENCE
DES ÉCONOMIES EUROPÉENNES
Comment en faire une opportunité ?

MAI 2014
LA DIVERGENCE DES ÉCONOMIES EUROPÉENNES - BEYOND MAINSTREAM - Roland Berger
THINK ACT
                LA DIVERGENCE DES ÉCONOMIES EUROPÉENNES : COMMENT EN FAIRE UNE OPPORTUNITÉ ?

                                     THE BIG 3
1
    52% vs. 27%
    Part des exportations dans le PIB en 2012 en Allemagne vs. France
    p. 8

2
    42 points
    Ecart d’endettement public en points de PIB entre le Nord et le Sud
    de la zone euro d’ici 2020 dans un scénario « fil de l’eau »
    p. 18

3
    90%
    Augmentation de la contribution nette de l’Allemagne au budget européen
    nécessaire au financement d’une assurance chômage et d’un fonds
    pour l’innovation européens
    p. 23

    2                                   ROLAND BERGER STRATEGY CONSULTANTS
THINK ACT
                   LA DIVERGENCE DES ÉCONOMIES EUROPÉENNES : COMMENT EN FAIRE UNE OPPORTUNITÉ ?

L’année écoulée a été riche en débats
sur les difficultés de la zone euro.
Les appels à « l’intégration » et la
« coordination économique » ont émaillé
les nombreux rapports ou tribunes parus
sur le sujet.

En cette année d’élections européennes les économies            budgétaires et une stabilisation financière de la zone
du Nord et du Sud de l’Europe continuent cependant à            euro. Mais la divergence économique a aussi une
diverger. L’Europe n’a pas seulement un problème                cause, naturelle : celle de la spécialisation productive
d’intégration politique. Alors que l’on se concentre sur        inhérente à toute zone monétaire. En France, comme
l’harmonisation des politiques économiques depuis le            aux Etats-Unis ou au Japon, cette spécialisation existe,
début de la crise, l’Europe bute sur un problème de             avec des territoires qui produisent plus que d’autres,
modèle économique commun qui semble introuvable.                ou produisent autre chose.
     La mise en place de l’Euro avait pour objectif de              La divergence économique est normale, elle est
favoriser les échanges entre les pays et de faire               même consubstantielle à la monnaie unique. En re-
converger les économies européennes. Cette conver-              vanche le risque de décrochage de certains pays de la
gence a eu lieu pour partie : le bilan de l’Euro est posi-      zone euro est, lui, problématique, et doit faire l’objet
tif en termes de consolidation du marché unique, de             de politiques permettant à tous les pays de retrouver
maîtrise de l’inflation et de baisse des taux d’intérêt.        leur compétitivité.
Reste que, en 2014, l’hétérogénéité des économies                   C’est pourquoi l’horizon actuel de l’Europe consis-
européennes est un fait.                                        terait davantage à assumer une spécialisation produc-
     Cette divergence économique a deux causes.                 tive pertinente lui permettant d’être compétitive sur
La première touche aux politiques économiques me-               les marchés mondiaux. Mais alors elle doit s’interroger
nées depuis la création de l’euro. Tandis que le Nord           sur ce qu’impliquerait véritablement d’assumer une
améliorait sa compétitivité, maîtrisait ses coûts sala-         telle spécialisation. Un fédéralisme qui organiserait la
riaux et investissait dans l’innovation, le Sud a soutenu       circulation des richesses et des hommes entre des
sa demande intérieure en recourant à l’endettement              zones économiques profondément différentes serait
public et privé, rendu bon marché grâce à la monnaie            une manière de parachever l’union monétaire. Mais
unique. Sur ce plan, les réformes récentes de la gou-           cette option a un coût que les différents pays euro-
vernance économique européenne (mise en place du                péens ne sont pas prêts à assumer à ce jour. C’est
semestre européen, du Mécanisme Européen de Sta-                pourquoi l’Europe a avant tout besoin de refonder une
bilité, de l’Union bancaire) doivent permettre de ren-          vision de son intérêt commun.
forcer la coordination des politiques économiques et

                                             ROLAND BERGER STRATEGY CONSULTANTS                                       3
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Une convergence économique espérée,
mais introuvable.

L’Union Européenne est la première puissance écono-                    1. La convergence réelle
mique avec 23% du PIB mondial en 2012. Elle est éga-                   des économies pour projet politique
lement la première puissance commerciale en termes
d’importations et d’exportations, devant la Chine et les               Initialement, la création de l’Union Economique et
Etats-Unis. Sa monnaie est la deuxième monnaie du                      Monétaire avait pour objectif de poursuivre l’intégration
monde. Elle est enfin la troisième puissance démogra-                  et la convergence des économies européennes, et de
phique mondiale avec 506 millions d’habitants.                         parachever ainsi la réalisation du marché unique
    Pourtant, elle connaît aujourd’hui un déclin relatif               amorcée en 1985. La création de l’Euro reposait donc
par rapport aux autres zones du monde. L’Union Euro-                   sur les effets positifs attendus de la convergence
péenne se caractérise par une faible croissance éco-                   nominale des économies.
nomique, à 1,0% en 2013 contre 2,7% pour les Etats-                            L’idée qui prévaut alors est que c’est par la conver-
Unis, un chômage élevé, à 10,6% en février 2014                        gence nominale des économies qu’adviendra progres-
contre 6,7% aux Etats-Unis. L’inflation y est particuliè-              sivement leur convergence réelle. Le traité de
rement faible, à 0,5% en mars 2014 et menace de se                     Maastricht définit ces critères de convergence nomi-
transformer en phénomène déflationniste. Enfin, sur le                 nale censés garantir la convergence réelle 1) :
plan géopolitique l’actualité récente a encore montré                  ­> le taux d’inflation, ne devant pas dépasser de plus
les difficultés persistantes de l’Europe à définir une                  de 1,5 point celui des trois Etats membres dont les
position commune en politique étrangère dans sa                         prix sont les plus stables;
zone d’influence tel que pour l’Ukraine.                                ­> la maîtrise des taux d’intérêt à long terme, ne devant
    Or l’avènement d’un monde multipolaire est une                       pas dépasser de plus de 2% ceux des trois Etats
opportunité pour l’Europe, qui lui permet de prendre                     membres présentant les meilleurs résultats;
toute sa place dans le concert des nations. Mais la                      ­> la bonne gestion des finances publiques, avec un
voix européenne ne pourra compter dans le monde                           déficit public inférieur à 3% du PIB et une dette
que si l’Union Européenne recouvre sa puissance                           publique inférieure à 60% du PIB;
économique. A cet égard, la nécessité d’harmoniser                        ­> la fixité des taux de change, qui exclut les
les économies de la zone euro, fait figure de priorité.                    dévaluations
    Mais la convergence des économies européennes                          Les années 1990 sont néanmoins marquées par de
ne peut se décréter. En effet le débat sur les modes de                    vifs débats sur la pertinence de cette approche. Le
coordination et d’harmonisation d’économies                                rapport du Comité Delors (1989) puis le rapport
nationales fondamentalement diverses est au cœur du                        Emerson (1990), préparé par la Direction Générale
processus de la construction européenne, et de ses                         des Affaires économiques et financières de la
ambigüités. A                                                              Commission européenne, procèdent à des analyses
                                                                           coûts-bénéfices de la mise en place de l’Union
1) « Convergence des économies européennes : vingt ans après », nota d’analyse du CAS, n°286, septembre 2012

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économique et monétaire. Ils concluent en faveur de                    Cependant, quelques voix for tes s’élèveront
cette dernière, en tablant notamment sur l’abaissement                 rapidement pour contester cette vision optimiste de la
des primes de risque (risque inflationniste, risque de                 mise en place de l’Union monétaire. C’est le cas de
change) entraînant la convergence des taux d’intérêt                   Paul Krugman, dans un article de 1993 2), en réponse
réels vers les niveaux les plus bas, et engageant un                   au rapport Emerson. Ces travaux fondent leur
cercle vertueux de croissance des investissements                      démonstration sur la faiblesse d’un dispositif
productifs dans les pays jusqu’alors peu dotés en                      budgétaire et fiscal à même de répondre aux
capital. Devait s’en suivre une hausse de la productivité              conséquences de chocs asymétriques dans la zone. Ils
et des salaires dans les pays où ces derniers étaient                  questionnent également le caractère optimal de la
encore peu élevés. Parallèlement, le rapport Winkler                   zone euro, condition nécessaire au bon fonctionnement
(1995) fait valoir l’engagement en faveur de politiques                d’une monnaie unique. Ils s’interrogent enfin sur
économiques et budgétaires saines que garantirait la                   l’aspect endogène de la convergence au sein des
convergence nominale, gage de stabilité pour la future                 zones monétaires. Les deux décennies suivantes leur
monnaie unique.                                                        ont donné raison.

 A
LA CONSTRUCTION EUROPÉENNE VISAIT À ACCROÎTRE LA CONVERGENCE
DES ÉCONOMIES EUROPÉENNES PAR LEUR COOPÉRATION

       1951                        1957                         1979                           1986                   1990

Traité de Paris             Traité de Rome                                               Acte Unique européen   Traité de Maastricht

Création de la Commu-       Création de la Commu-                                                               Création de l’Union
nauté Economique du         nauté Economique                                                                    Européenne
Charbon et de l’Acier       Européenne

Création d’un marché        Mise en place du            Création du Système              Décision d’achever     Décision d’adoption
commun du charbon           marché commun et            Monétaire Européen               le marché intérieur    de l’Union Econo-
et de l’acier               de l’union douanière                                         en 1993                mique et Monétaire
                                                                                                                (monnaie unique)

Nombre de pays membres

         6                            6                          9                          12 12
2) P. Krugman, « Lessons from Massachussets for EMU », dans Torres F. & Giavazzi F. (Editors),
Adjustment and Growth in the European Monetary Union, Londres, CEPR and Cambridge University Press

Source : CAS, Commission Européenne, recherche documentaire, analyse Roland Berger

                                                    ROLAND BERGER STRATEGY CONSULTANTS                                                5
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2. Dans les faits, une divergence                                 B

économique croissante                                            VALEUR DES IMPORTATIONS ET EXPORTATIONS
                                                                 AU SEIN DE LA ZONE EURO
Plusieurs effets positifs sont à mettre au crédit de             [en % du PIB]
l’Euro. L’Union Economique et Monétaire a d’abord
favorisé l’intégration de l’économie et des marchés de
biens et de services. 67% des exportations des pays
de la zone euro étaient à destination de la zone euro
en 2010, et 63% des importations de la zone euro
                                                                                      +7points
étaient en provenance des pays de la zone euro.
Il s’agit bien d’un effet lié à la suppression du risque de                              33%
change et à la diminution du coût des transactions
transfrontalières. B
     On outre, les années 1990 ont vu converger les
taux d’inflation, les taux d’intérêt et des taux de change
dans tous les pays concernés. Les taux d’intérêt réels
ont convergé rapidement vers les taux allemands,                              26%
alors les plus bas. Le bilan de l’Euro en matière de
maîtrise de l’inflation est également positif, avec un
ancrage des prévisions d’inflation à long terme proche
de la définition de la stabilité des prix établie par la
BCE (2%). On assiste dans les années 2000 à une
stabilisation de l’inflation par rapport aux années
1990 et 1980. C
     Mais si l’on a pu constater dans les années 1990
un début de convergence réelle des économies, avec
notamment, un rattrapage des pays de la périphérie
de la zone euro, on constate en 2014 que les éco-
nomies européennes sont restées particulièrement
divergentes, et que l’ambition d’une convergence
réelle portée par la convergence nominale n’a pas
                                                                                                            +2
                                                                                                             points

fonctionné.
     L’analyse de l’évolution des principaux indicateurs                                                       7%
macroéconomiques de 18 pays membres de la zone
                                                                                                      5%
euro fait nettement apparaître deux groupe de pays,
opposant le Nord de l’Europe (Allemagne, Autriche,
Belgique, Estonie, Lettonie, Luxembourg, Finlande,
Pays-Bas) au Sud (France, Italie, Espagne, Portugal,
Grèce, Irlande, Chypre, Malte, Slovénie, Slovaquie).
                                                                              1998      2010         1998     2010

                                                                      Biens        Services
                                                                 Source : Banque de France, Sénat, analyse Roland Berger

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L’hétérogénéité des situations européennes s’apprécie                      A cette hétérogénéité des taux de croissance, des ni-
d’abord à travers la croissance (réelle et potentielle 3)).                veaux de vie et des situations du marché de l’emploi,
Si la crise de 2008 se traduit par une baisse générali-                    s’ajoute une hétérogénéité des structures productives
sée de la croissance, on observe à partir de 2010 un                       elles-mêmes. En matière de balance commerciale
net décrochage de la croissance des pays du Sud, tan-                      d’abord, avec un Nord exportateur, et un Sud consom-
dis que les perspectives s’améliorent rapidement au                        mateur. En 2012, la part des exportations dans le PIB
Nord. La croissance potentielle, dont le principal dé-                     représentait 57% en Autriche, 52% en Allemagne contre
terminant dans les économies développées est la pro-                       33% en Espagne et 27% en France et en Grèce. E
ductivité globale des facteurs, est encore plus nette-                         Ce différentiel dans les capacités d’exportation re-
ment différenciée. Elle décroit au Sud de l’Europe                         couvre une hétérogénéité de la compétitivité coût des
depuis la fin des années 1990. D                                           économies européennes. En effet, le développement
    Les écart des niveaux de vie sont, eux aussi, restés                   des exportations a été permis grâce à une modération
persistants. Si les années 1990 ont vu les pays péri-                      des salaires dans les pays du Nord, tandis que les
phériques de la zone euro opérer un rattrapage, les                        coûts du travail s’envolaient au Sud. Entre 2000 et
écarts des PIB par habitant ont recommencé à se creu-                      2013, ils ont progressé de 30% en Allemagne, contre
ser à partir de 2008. Les taux de chômage ont quant à                      43% en France et 50% en Italie. F
eux suivi une évolution encore plus contrastée. Ils se
sont envolés à partir de 2008 dans les pays du Sud.

 C
TAUX D’INFLATION                                                           TAUX D’INTÉRÊT RÉEL LONG TERME
en zone Euro [en %]                                                        en zone Euro [en %]

5%                                                                         12%

4%                                                                         10%
                       Création                                                                      Création
                       de l’euro                                                                     de l’euro
3%                                                                          8%

2%                                                                          6%

1%                                                                           4%
        Moyenne 91-98          Moyenne 99-07                                          Moyenne 91-98          Moyenne 99-13
            2,6%                   2,0%                                                   8,2%                   4,2%
0%                                                                           2%

-1%                                                                         0%
             Jan. 95       Jan. 00       Jan. 05       Jan. 10                    90 92 94 96 98 00 02 04 06 08 10 12

3) Taux de croissance théorique d’une économie au regard de ses facteurs de production (dotation en capital, quantité de travail fournie,
productivité globale des facteurs)
Source : Banque de France, OCDE, analyse Roland Berger

                                                       ROLAND BERGER STRATEGY CONSULTANTS                                                   7
THINK ACT
                       LA DIVERGENCE DES ÉCONOMIES EUROPÉENNES : COMMENT EN FAIRE UNE OPPORTUNITÉ ?

                                                        NORD/SUD
                 HÉTÉROGÉNÉITÉ DES MODÈLES ÉCONOMIQUES EN EUROPE
 D
CROISSANCE RÉELLE                                                                  CROISSANCE POTENTIELLE 1)
PIB en volume [base 100 en 1999]                                                   Productivité globale des facteurs [base 100 en 1999]
125                                                                               108

120                                                                               106
                                                                                  104
115
                                                                                  102
110
                                                                                  100
105                                                                                 98
100                                                                                 96
      99      01     03           05   07        09     11         13    15              99       01      03     05     07    09      11       13
      Nord de la zone euro   2)
                                       Sud de la zone euro    3)

1) Taux de croissance théorique d’une économie au regard de ses facteurs de production (dotation en capital, quantité de travail fournie,
productivité globale des facteurs)   2) Allemagne, Autriche, Pays-Bas, Belgique   3) France, Espagne, Italie, Finlande, Irlande, Portugal, Grèce
Source : Natixis, analyse Roland Berger

 E
EXPORTATIONS 1
[en milliards d’euros]
                                                                                                                                       52%
1 400

1 200
                                                                                                                                       27%

1 000
                                                                                                                                       30%
    800

    600                                                                                                                                33%

    400
                                                                                                                                       57%
    200

      0                                                                                                                                27%
          2000     2001       2002     2003          2004     2005      2006      2007        2008     2009    2010   2011   2012

      Allemagne           France            Italie          Espagne           Autriche         Grèce
Source : Eurostat, analyse Roland Berger

8                                                             ROLAND BERGER STRATEGY CONSULTANTS
THINK ACT
                       LA DIVERGENCE DES ÉCONOMIES EUROPÉENNES : COMMENT EN FAIRE UNE OPPORTUNITÉ ?

Le différentiel de balance commerciale s’explique aus-                         G
si par une hétérogénéité des niveaux d’endettement,                           DEMANDE INTÉRIEURE
publics comme privés. La croissance des pays du Sud                           [en volume – base 100 en 1999]
de la zone euro a été soutenue par la demande inté-                           130
rieure des pays, permise par une hausse de l’endette-
                                                                              120
ment, et cause d’un fort niveau d’importation. L’endet-
                                                                              110
tement privé est à cet égard nettement corrélé avec
l’augmentation du prix des actifs, qui a augmenté de                          100
130% entre 1999 et 2012 dans le Sud, contre seule-                             90
ment 30% dans le nord. L’endettement fut également                                     99 00        02        04    06            08     10           12
public, conduisant dans de nombreux pays au non-res-                                   Nord de la zone euro        Sud de la zone euro
pect des règles du Pacte de Stabilité et de Croissance.
On parle généralement de « déficits jumeaux » pour                            ENDET TEMENT PRIVÉ
désigner la corrélation entre le déficit de la balance                        Dette du secteur privé [en % du PIB en valeur]
commerciale et le déficit public des pays du Sud de la                        250
zone euro. G
                                                                              200
                                                                              150
 F                                                                            100
COÛT SALARIAL UNITAIRE                                                         50
[base 100 en 1999]                                                                     99 00       02         04   06            08     10       12

140                                                                                    Allemagne         France         Italie         Espagne

130
                                                                              ENDET TEMENT PUBLIC
120
                                                                              Déficit public [en % du PIB en valeur]
110
                                                                                   2
100                                                                                0
 90                                                                             -2
      99 00 01 02 03 04 05 06 07 08 09 10                                       -4
                                                                                -6
                                                                                -8
PRODUCTIVITÉ PAR TÊTE                                                                  99 00        02        04   06            08    10        12
[base 100 en 1999]
110                                                                           Dette publique [en % du PIB en valeur]
                                                                              110
105
                                                                              100
100
                                                                               90
 95                                                                            80

 90                                                                            70
      99   00     01    02    03    04      05      06    07       08   09             99 00       02         04   06            08     10       12

      Allemagne         France           Italie          Espagne                       Nord de la zone euro        Sud de la zone euro
Source : Natixis, Eurostat, analyse Roland Berger

                                                           ROLAND BERGER STRATEGY CONSULTANTS                                                          9
THINK ACT
                  LA DIVERGENCE DES ÉCONOMIES EUROPÉENNES : COMMENT EN FAIRE UNE OPPORTUNITÉ ?

La double cause de l’hétérogénéité
des économies européennes.

L’hétérogénéité de la zone euro a deux causes.                 Cette stratégie consistait à accepter la faiblesse de la
La première relève d’une non coordination des poli-            demande intérieure et à assumer la déformation du
tiques et, pour certains pays, d’une mauvaise gestion          partage des revenus en faveur des entreprises.
macroéconomique. Cette première cause de diver-                    A l’inverse, la croissance des pays du Sud de la
gence peut être corrigée. Mais il en est une seconde,          zone euro a été soutenue par la demande intérieure,
structurelle, qui tient à la spécialisation productive         permise par une hausse de l’endettement public et pri-
inhérente à toute zone monétaire. Contrairement à ce           vé. L’euro a ainsi permis à l’Europe du Sud de s’endet-
qui était attendu, l’Euro n’a pas permis la convergence        ter à des taux artificiellement bas, grâce à la conver-
des économies européennes, mais a au contraire                 gence des taux d’intérêt permise par la mise en place
accru leur divergence.                                         de l’Union Economique et Monétaire, avec pour consé-
    Si la première cause appelle des réponses en               quence une sous-évaluation de la prime de risque de
termes de coordination des politiques économiques,             certains pays (Grèce, Espagne, etc.). H
qui doivent permettre de la corriger, la seconde en                Entre 2000 et 2007, la Grèce a connu une crois-
revanche, ne peut être résolue que par des méca-               sance moyenne de 4,2 %, grâce notamment à l’apport
nismes de transferts entre les régions de la zone Euro.        de capitaux venus du Nord de l’Europe. En 2009, les
                                                               montants prêtés par le Nord au Sud ont atteint 2000
1. Des politiques économiques                                  Mds€, soit 7 fois plus qu’en 1999 (300 milliards).
non coordonnées                                                L’accroissement de l’endettement a eu comme coro-
                                                               laire l’accroissement du prix des actifs et par consé-
Pays du Nord et du Sud ont poursuivi ces dernières             quent la formation de différentes « bulles » dans les
années des politiques économiques diamétralement               pays du Sud : bulle de la construction en Espagne en
opposées. Particulièrement représentative de la                2008, avec une explosion puis un recul brutal des
dynamique du Nord, qui concentra ses efforts sur le            mises en chantier (indice 100 en 1995, 250 en 2007,
soutien à la compétitivité des entreprises dans les            50 en 2011), ou encore la bulle de l’immobilier en
années 20000-2010, l’Allemagne a lancé l’Agenda                France, avec une hausse du prix de l’immobilier rési-
2010, avec les réformes Hartz portant notamment sur            dentiel entre 1995-2013 de 80% supérieure à celle
la réduction du coût du travail et la flexibilisation du       des prix de consommation et de 55% supérieure au
marché du travail. Des politiques budgétaires                  salaire par tête.
rigoureuses ont été conduites au Nord, pour maintenir              En France, si la gestion budgétaire a été plus
la compétitivité, associées au développement d’une             consciencieuse que dans d’autres pays du Sud, peu
fiscalité favorable à l’offre (avec une baisse du poids        de réformes de structure ont été menées sur les sys-
de la fiscalité indirecte), qui ont favorisé le maintien       tèmes de protection sociale et les services publics,
d’une industrie de grande taille.                              et la politique économique est restée fondée sur la

10                                          ROLAND BERGER STRATEGY CONSULTANTS
THINK ACT
                      LA DIVERGENCE DES ÉCONOMIES EUROPÉENNES : COMMENT EN FAIRE UNE OPPORTUNITÉ ?

relance de la demande intérieure : hausse contrôlée                I  Dès 1993, Krugman, en réponse au rapport Emer-
des salaires et charges sociales, réduction du temps              son, met en évidence les mécanismes à travers les-
de travail.                                                       quels la mise en place d’une monnaie unique accentue
     Cette divergence des politiques économiques en               la tendance des pays à se spécialiser en fonction de
zone euro a produit une partie des hétérogénéités au-             leurs avantages comparatifs. L’élimination des bar-
jourd’hui observables, que l’on peut qualifier d’anor-            rières commerciales devient facteur de concentration
males. Au Sud, la hausse trop rapide des salaires et              de la production dans le centre de la zone concernée,
l’insuffisant effort d’innovation ont participé à la dé-          afin de tirer avantage des économies d’échelle et de
sindustrialisation, aux pertes de parts de marché et à            l’accès aux marchés, avec pour effet induit des dispa-
la polarisation de l’activité sur des services peu so-            rités entre les régions. C’est ce mécanisme qui a no-
phistiqués (services aux particuliers, construction,              tamment accéléré la concentration de l’industrie dans
tourisme…). Au Nord, les excédents commerciaux alle-              un petit nombre de pays, et contribué à la désindus-
mands récemment critiqués par le Fonds Monétaire                  trialisation des autres. Les politiques régionales, via
International et la Commission européenne résultent               les Fonds structurels, avaient pour objectif de contre-
d’un excès d’épargne, attribuable à la déformation du             balancer cet effet et d’assurer le processus de conver-
partage des revenus au détriment des salariés dans                gence en Europe. Mais la dynamique de spécialisation
le Nord.                                                          l’emporta largement.
                                                                      Or la théorie de la nouvelle économie géographique
2. Une spécialisation productive                                  montre également que, si la spécialisation productive
inhérente à toute union monétaire                                 est normale, elle n’est tenable que dans une Zone Mo-
                                                                  nétaire Optimale (ZMO). En effet la spécialisation pro-
Mais indépendamment de la non coordination des po-                ductive peut générer un risque de chocs asymétriques
litiques économiques, les modèles économiques des                 en cas de crise économique. Si une zone monétaire
différents pays européens ont divergé sous l’effet                est optimale, l’asymétrie est limitée par des méca-
d’une spécialisation productive des pays qui est, elle,           nismes d’ajustement au sein de la zone, et notamment
inhérente à toute zone monétaire.                                 la mobilité du facteur travail, et des transferts publics

 H
SPREAD DU TAUX DINTÉRÊT À 10 ANS PAR RAPPORT À L’ALLEMAGNE
 75

 50

 25

     0

-25

-50

-75
          01            02            03               04                 05            06              07              08

         Grèce        Espagne       Portugal

Source : analyse Roland Berger

                                               ROLAND BERGER STRATEGY CONSULTANTS                                       11
THINK ACT
                   LA DIVERGENCE DES ÉCONOMIES EUROPÉENNES : COMMENT EN FAIRE UNE OPPORTUNITÉ ?

entre les régions de la zone monétaire (investisse-              I
ment, pensions de retraite, assurance chômage, etc.)            THÉORIE DE LA NOUVELLE ÉCONOMIE GÉOGRAPHIQUE
A l’échelle nationale, ces mécanismes fonctionnent.             (P. Krugman, Prix Nobel d’économie, 1990)
Ainsi en France, 31% du PIB est concentré en Île de
France ( qui ne représente que 2,2% du territoire ).
Mais différentes régions bénéficient de transferts pu-
blics massifs, notamment la région PACA grâce à la                   Elimination                     Faibles coûts
                                                                     des barrières                   de transport
forte présence de retraités.                                         commerciales et
    Cependant, l’Union européenne n’est pas devenue                  monétaires au
une zone monétaire optimale. La mobilité des travail-                sein d'une zone
leurs au sein de la zone euro est restée faible, et les              monétaire
transferts entre les pays y sont demeurés insuffisants
pour compenser la spécialisation productive. Si les
Fonds structurels européens et les Fonds de cohésion
ont représenté un transfert de 347 Mds€ sur la pé-
riode 2007-2013, la faiblesse du budget de l’Union
                                                                     Economies                       Concentration
Européenne, à environ 1% du PIB, ne permet pas de                    d’échelle pour les              des activités
déployer des mécanismes de véritable redistribution.                 entreprises                     productives plutôt
    Dès lors, l’hétérogénéité naturelle de la zone euro                                              que localisation
n’a cessé de s’accentuer, encore aggravée par la crise                                               près des consom-
                                                                                                     mateurs dans des
économique à partir de 2008. Du fait de salaires et de                                               zones à grande
gains de productivité plus élevés dans l’industrie, la di-                                           économie d’échelle
vergence des niveaux de revenu et de croissance entre
Nord industriel et Sud désindustrialisé s’est accrue. J

De même, la croissance est devenue plus forte dans
                                                                        Concentration des activités productives
les pays industriels, renforçant l’hétérogénéité des ni-              dans certaines régions d’une zone monétaire
veaux de vie. L’équilibre de la balance commerciale est
également plus difficile en l’absence d’industrie.
Les pays déficitaires en commerce extérieur n’ont
alors pour seule possibilité que de réduire leur de-                       SPÉCIALISATION PRODUCTIVE
mande intérieure. Ce phénomène s’observe déjà dans                        AU SEIN D’UNE ZONE MONÉTAIRE
plusieurs pays du Sud de la zone euro.

                                                                Source : CAS, Commission Européenne, analyse Roland Berger

12                                           ROLAND BERGER STRATEGY CONSULTANTS
THINK ACT
                       LA DIVERGENCE DES ÉCONOMIES EUROPÉENNES : COMMENT EN FAIRE UNE OPPORTUNITÉ ?

                                                                             J

                                                   L’INDUSTRIE
                     AU CŒUR DE LA DIVERGENCE ÉCONOMIQUE EN EUROPE

EVOLUTION DE LA PART DE LA VALEUR AJOUTÉE DE L’INDUSTRIE DANS LE PIB
[2000 - 2012 ; %]                                                 ∆ 2000-2012
                                                                                                                [pt]

24%
         22,3                                                         22,2                           22,4
22%
                                     21,9                                                                    +0,1         Concentration
                                                                                                                          industrielle dans
         20,1                                                                                                             les pays du Nord
20%                                  19,0
                                                                                                     18,5
18%
         17,9                                                         17,9                                    -1,6
                                     18,1
                                                                      17,6                           15,6
                                     15,7
16%      15,2                                                                                                 -4,5        Désindustrialisation
                                                                                                                          des pays du Sud
                                                                      13,8
14%                                                                                                  13,3
                                     13,0                                                                     -4,6
12%                                                                   11,3
                                                                                                     10,0
10%                                                                                                           -5,2
       00       01    02      03     04       05    06       07       08         09      10     11     12

       Allemagne       Autriche           Italie     Espagne            France

Source : CAS, Commission Européenne, analyse Roland Berger

EMPLOIS INDUSTRIELS
[2003-2012 ; millions d’emplois]                                                            TCAM               TCAM        Main d’œuvre ayant
                                                                                         [2003-2012]        [2009-2012]    terminé des études
                                                                                                                           secondaires [2012; %]

                                                                           11,3
11,5     11,3                 11,0                  11,1                                  +0,1               +0,7                  57,8
11,0
         5,9                  6,0                   5,8
                                                                             5,6
 5,5     5,3                  5,8                                                             -0,6            -1,1                 43,6
 5,0                                                4,7
 4,5
 4,0
                                                                                              -4,3            -8,4                 23,6
                                                                             3,6

 1,0
         1,1                  1,1                   1,0
                                                                                          +0,1                -2,4                 41,2
                                                                             1,1
         1,0                  1,0                   1,0
 0,5                                                                         0,6              -4,7          -13,1                  64,1
 0,0
       03       04    05      06     07       08    09       10       11         12

       Allemagne           France         Espagne          Autriche              Grèce

Source : OIT, Banque Mondiale, analyse Roland Berger

                                                          ROLAND BERGER STRATEGY CONSULTANTS                                                     13
THINK ACT
                  LA DIVERGENCE DES ÉCONOMIES EUROPÉENNES : COMMENT EN FAIRE UNE OPPORTUNITÉ ?

3. Des politiques de coordination                              La surveillance budgétaire a également été complétée
et d’harmonisation nécessaires,                                par une surveillance des déséquilibres macroécono-
mais qui ne résoudront pas la                                  miques, mise en place janvier 2012, avec pour objectif
problématique de la divergence                                 de lutter contre les déséquilibres au sein de la zone
                                                               euro. Elle consiste en un suivi d’une dizaine d’indica-
Plusieurs réformes récentes de la gouvernance écono-           teurs macroéconomiques (endettement public et pri-
mique européenne ont cherché à mieux coordonner                vé, évolution du marché de l’immobilier, balance cou-
les politiques économiques des pays de l’Union Euro-           rante, taux de change réels effectifs, parts de marchés
péenne et à renforcer sa stabilité économique et               à l’exportation, évolutions des prix, etc.) Un bilan ap-
financière :                                                   profondi est mené par la Commission en cas d’un
­> la mise en place du semestre européen doit                  éventuel déséquilibre d’un Etat Membre. Des mesures
 permettre de contrer le dérapage des politiques               correctives et sanctions financières peuvent être pré-
 budgétaires et le manque de coordination économique;          vues en cas de non-respect des recommandations de
 > le Mécanisme européen de stabilité (MES) doit               la Commission.
 permettre de gérer collectivement une crise des                   Parallèlement, la crise de la zone euro a mis en lu-
 finances publiques menaçant la stabilité d’un Etat et         mière la nécessité d’institutionnaliser le principe d’une
 par extension de la zone Euro;                                solidarité entre pays de la zone euro, et donc de doter
 > enfin, l’Union bancaire vise à contrer le risque sys-       la zone euro d’un mécanisme d’intervention d’urgence
 témique lié à une faillite bancaire au sein de l’Union        permanent (en remplacement du Fonds Européen de
 Européenne.                                                   Stabilité Financière, temporaire). C’est l’ambition du
                                                               Mécanisme européen de stabilité (MES). K
Avec la crise, le Pacte de Stabilité et de Croissance
(PSC) s’est révélé insuffisant pour assurer le contrôle        Enfin, la mise en place de l’Union bancaire a pour ob-
budgétaire. Adopté au Conseil européen d’Amsterdam             jectif de mieux contrôler le secteur bancaire afin de li-
de 1997, le Pacte instaurait des règles fixant la limite       miter le risque systémique lié à une faillite bancaire eu
du déficit public à 3% du PIB et celui de l’endettement        sein de l’Union Européenne, la crise de la zone euro
public à 60% du PIB. Il a été peu respecté par les             ayant révélé l’existence d’un cercle vicieux pouvant lier
Etats. L’accord franco-allemand en 2003 a ainsi                les banques aux dettes souveraines. L
permis d’éviter les sanctions prévues par la procédure             Ces mesures ont permis à la zone euro de com-
pour déficit excessifs engagée suite au non-respect            mencer à retrouver le chemin de la croissance, qui de-
des règles du Pacte.                                           meure néanmoins fragile. La reprise économique est
     La surveillance budgétaire a donc été renforcée           là, et se confirme. Le taux de croissance attendu de la
avec le « semestre européen », mis en place en 2011.           zone au premier trimestre de 2014 est de +0,4 %,
Il s’agit d’un cycle de coordination des politiques éco-       après avoir été de +0,3% au dernier trimestre de 2013
nomiques et budgétaires entre les Etats Membres et             et de +0,1% au troisième. Ce retour de la croissance
les institutions de l’Union Européenne, avec pour ob-          concerne l’ensemble des pays et des secteurs, à l’ex-
jectifs de garantir des finances publiques saines et de        ception de la construction. Il est tiré par une améliora-
favoriser la croissance économique. Coordination et            tion progressive de la demande intérieure et une
surveillance budgétaire ont été renforcées par les rè-         contribution légèrement positive du commerce exté-
glements et directives du « two-pack » et du « six-pack »      rieure. L’année 2014 marque également le retour de la
en 2011-2012, qui prévoient des sanctions accen-               Grèce sur les marchés financiers, tandis que le déficit
tuées en cas de non-respect des règles.                        de la zone euro redescendait à 3% du PIB fin 2013. M

14                                          ROLAND BERGER STRATEGY CONSULTANTS
THINK ACT
                                LE DÉFI DE LA DIVERGENCE DES ÉCONOMIES EUROPÉENNES

                                                           K

                   MÉCANISME EUROPÉEN
                       DE STABILITÉ
MISSION                                STATUTS                                  MOYENS

Garantir la mobilisation de fonds      Institution financière                   Capacité initiale de prêt
pour faire face à une éventuelle                                                de 500 milliards d’euros sur la
défaillance d’un de ses membres        États membres de la zone euro            base d’un capital de 700 milliards
et éviter la propagation de la crise   membres de fait                          d’euros
à toute la zone euro
                                       Dirigé par le conseil des gouver-        En cas de difficulté d’un État
Contrepartie : engagement              neurs composé des ministres des          membre de la zone euro,
des États bénéficiaires à prendre      finances des Etats membres               80 milliards d’euros disponibles
des mesures conditionnant                                                       immédiatement, le reste devant
l’octroi du prêt                       Droits de vote proportionnels            être appelé par les contributeurs
                                       à la contribution au capital
                                                                                Possibilité pour lever cet argent de
                                                                                faire appel aux marchés financiers
                                                                                afin de le prêter à des taux
                                                                                bonifiés aux États en difficulté

                                                           L

                              UNION BANCAIRE
SUPERVISION BANCAIRE                   RÉSOLUTION DES CRISES                    GARANTIE DES DÉPÔTS

Supervision unique du secteur          Mise à contribution des acteurs          Protection des dépôts des
bancaire dans la zone euro             privés en cas de crise                   épargnants en cas de faillite
assurée par la Banque centrale                                                  bancaire jusqu’à 100 000 euros
européenne                             Mécanisme unique de résolution :
                                       conseil de résolution unique pour        Récupération de l’épargne
130 banques concernées                 gérer la liquidation et fonds de         en 7 jours ouvrés
                                       résolution abondé par le secteur
                                       bancaire (EUR 55 Mds à 2025)

                                           ROLAND BERGER STRATEGY CONSULTANTS                                    15
THINK ACT
                        LA DIVERGENCE DES ÉCONOMIES EUROPÉENNES : COMMENT EN FAIRE UNE OPPORTUNITÉ ?

Toutefois, le risque de déflation demeure. Le taux                           L’Europe doit aujourd’hui assumer sa spécialisation
d’inflation annuel de la zone euro est en baisse                             productive, pour maintenir la cohésion de la zone et
continue et a atteint +0,5% en mars 2014 contre 1,7%                         prévenir les chocs asymétriques. La solution théorique
en mars 2013. Il baisse notamment en Allemagne et                            serait de faire en sorte que la zone euro devienne une
en Espagne.                                                                  zone monétaire optimale. Mais cela passe par des
    En réalité la coordination économique et budgé-                          évolutions culturelles qui ne se décrètent pas, tels que
taire, la solidarité en cas de crise financière et l’union                   l’accroissement de la mobilité des travailleurs et des
bancaire, qui sont chacune des progrès majeurs, ne                           retraités, ou des mécanismes qui présentent un coût
suffiront pas à résoudre la problématique de l’hétéro-                       économique et politique élevé, comme l’accroisse-
généité des économies européennes, dont la cause ne                          ment massif des transferts publics entre pays du Nord
se réduit pas au trop peu de gouvernement écono-                             et pays du Sud. A ce jour les différents pays n’y sont
mique européen.                                                              pas prêts.

M
TAUX DE CROISSANCE DE LA ZONE EURO
[glissement annuel]

4%

2%

0%

-2%

-4%

-6%
      01        02        03        04        05        06        07        08        09        10        11        12        13   14

INDICE COMPOSITE D’ACTIVITÉ PMI DE LA ZONE EURO1)

 70

 60
                                                                                                                                        54
 50

 40

 30
      01        02        03        04        05        06        07        08        09        10        11        12        13   14

1) Cabinet Markit – indice composite mesurant l’activité dans les services et l’industrie productivité globale des facteurs
Source : Eurostat, Insee, cabinet Markit, analyse Roland Berger

16                                                       ROLAND BERGER STRATEGY CONSULTANTS
THINK ACT
                  LA DIVERGENCE DES ÉCONOMIES EUROPÉENNES : COMMENT EN FAIRE UNE OPPORTUNITÉ ?

Trois scénarios pour repenser l’avenir
économique de l’Europe.
AUJOURD’HUI, TROIS SCÉNARIOS                                   1. Un scénario tendanciel intenable
SONT ENVISAGEABLES.                                            économiquement
LE PREMIER peut être qualifié de « tendanciel ».               Le scenario « tendanciel » N repose sur le prolonge-
Il consiste à poursuivre les politiques budgétaires            ment des tendances actuelles et prend donc les hypo-
d’encouragement à la convergence sans accroisse-               thèses suivantes :
ment significatif des transferts entre le Nord et le Sud       ­> une croissance faible, de 1,6 % pour le Nord entre
de la zone euro. Cela devrait permettre d’éviter que la         2014 et 2020 et de 1,2% pour le Sud entre 2014 et
poursuite de la spécialisation productive n’aboutisse à         2020. un écart de taux de croissance entre le Nord et
des conséquences intenables, qui pourraient menacer             le Sud persistant mais en baisse : 1,1 point en 2014,
la zone d’éclatement. Il réduit les risques sans réduire        contre 0,4 en 2020
le probléme.                                                    > une réduction lente du déficit public : -0,4 points
UN DEUXIÈME SCÉNARIO peut être qualifié de scé-                 pour le Nord entre 2013 et 2020 et - 3 points pour le
nario des « contrats ». C’est notamment l’approche dé-          Sud entre 2013 et 2020
fendue par Mme Merkel, qui consiste à mettre en                 ­> l’absence de transfert significatif entre pays du Nord
place des mécanismes « donnant-donnant » entre pays              et pays du Sud.
du Nord et pays du Sud, où les Etats qui engageraient                Cette option semble difficilement tenable à moyen
des réformes structurelles bénéficieraient de trans-             terme. Elle ne parait pas à la mesure de l’ampleur du
ferts substantiels. La mise en place de contrats de              différentiel d’endettement entre Nord et Sud de la
réformes structurelles entre les Etats et l’Eurogroupe,          zone euro. O
et le soutien macro-économique à ces réformes                        En effet selon un scénario «fil de l’eau» l’accroisse-
(investissements européens, etc.), permettraient de              ment de l’écart d’endettement public en point de PIB
procéder aux ajustement structurels nécessaires,                 pourrait atteindre 42 points entre le Nord et le Sud de
notamment au Sud, mais également de procéder à                   la zone euro d’ici 2020. Cela se traduirait par la pour-
des transferts nécessaires pour assumer une spéciali-            suite de politiques d’austérité et donc un appauvrisse-
sation productive pertinente en Europe.                          ment durable du Sud de la zone euro, et l’acceptation
UN TROISIÈME SCÉNARIO, largement défendu par                     d’une divergence importante des niveaux de vie sur le
les tenants d’une intégration renforcée, peut être qua-          continent. Par ailleurs la Banque Centrale Européenne
lifié d’intégrateur. Il consiste achever la construction         rencontrerait des difficultés croissantes à mener une
de l’Union Economique et Monétaire par l’accroisse-              politique monétaire adaptée à des situations
ment des transferts au sein de la zone euro, via un              macro-économiques toujours plus divergentes. Les li-
budget commun qui pourrait par exemple financer l’as-            mites de ce scénario sont l’argument essentiel de ceux
surance chômage européenne ou un fonds européen                  qui nourrissent des doutes sur la sortie à terme de
pour l’innovation. Mais le coût d’une telle option est           certains pays de la zone euro.
rarement évoqué, et à ce jour les différents pays euro-
péens ne paraissent pas prêts à l’assumer.

                                            ROLAND BERGER STRATEGY CONSULTANTS                                         17
THINK ACT
                           LA DIVERGENCE DES ÉCONOMIES EUROPÉENNES : COMMENT EN FAIRE UNE OPPORTUNITÉ ?

 N
TAUX DE CROISSANCE DU PIB                                                        RÉDUCTION DU DÉFICIT PUBLIC
[en volume]                                                                      [en %]

 4%                                                                              2%

                                                                           1,9
 2%                                                                              0%
                                      0,3                                  1,6                                                       -0,5
                                                                                                           -0,8
0%                                                                               -2%
                                                                                                                                     -1,9
                                      -0,9
-2%                                                                              -4%

                                                                                                           -4,9
-4%                                                                              -6%

-6%                                                                              -8%
            08        10         12          14     16           18        20            08      10   12          14   16    18      20

 O
ENDET TEMENT PUBLIC 2
[en % du PIB courant] - Voir note méthodologique                      a

120%

                                                                          109                                                109
110%

100%
                                                                      32
 90%
                                                                      points
                                                                                                                            42
                                                                                                                            points

 80%                                                                      77

 70%                                                                                                                         67

 60%
       07        08         09          10        11        12            13     14     15       16   17          18   19    20

      Nord de la zone euro 1)           Sud de la zone euro 2)

1) Allemagne, Autriche, Belgique, Estonie, Lettonie, Luxembourg, Finlande, Pays-Bas
2) France, Italie, Espagne, Portugal, Grèce, Irlande, Chypre, Malte, Slovénie, Slovaquie,
Sources :
Taux de croissance : Commission européenne, The Economist. Inflation et endettement : Commission européenne. Analyse Roland Berger

18                                                          ROLAND BERGER STRATEGY CONSULTANTS
THINK ACT
                   LA DIVERGENCE DES ÉCONOMIES EUROPÉENNES : COMMENT EN FAIRE UNE OPPORTUNITÉ ?

2. Un scénario « des contrats » pour                             3. Un scénario intégrateur
assumer a minima la spécialisation                               difficilement tenable politiquement
productive
Une voie consiste à encourager bilatéralement les ré-            Enfin , un scénario fédéraliste consisterait à aller au
formes structurelles nécessaires au Sud, tout en assu-           bout de la logique de la monnaie unique en faisant de
mant la spécialisation productive inhérente à toute              la zone euro une zone monétaire optimale .
zone monétaire. Ce scénario dit «des contrats», porté                   Cela passe d’abord par l’accroissement de la soli-
notamment par Mme Merkel, a pour objectif de réali-              darité dans la zone euro par le développement de
ser des réformes structurelles en échange d’un soutien           transferts de type fédéral, et notamment :
macroéconomique.                                                 ­> la mise en place d’un budget spécifique à la zone
     Il repose sur un engagement contractuel des Etats            euro (entre 0,5% et 2% du PIB selon la plupart des
à mener des réformes structurelles, qui prendrait la              propositions existantes);
forme de contrats entre les Etats membres de la zone              ­> l’harmonisation de la fiscalité des pays de la zone
euro et la Commission Européenne, où les premiers                  euro;
s’engageraient à des réformes pour réaliser les rééqui-            ­> le financement de projets européens permettant des
librages jugés nécessaires collectivement, tels que la              transferts du Nord vers le Sud : mise en place d’une
flexibilisation du marché du travail, la réforme des re-            assurance chômage européenne, investissements en
traites afin de diminuer le déficit public, la réforme de           R&D, mobilité des travailleurs, mobilité des retraités,
la fiscalité afin de transférer la pression fiscale des en-         investissement dans des secteurs stratégiques tels que
treprises vers les ménages ou la réforme des politiques             l’environnement, l’éducation, les infrastructures, etc.
sociales pour en diminuer les coûts. Ces réformes                       La poursuite des efforts de discipline budgétaire et
visent à accroître la croissance potentielle des Etats.             de coordination des politiques économiques est la se-
     En échange de cet engagement, l’Union euro-                    conde ligne de force de ce scénario fédéral, avec la
péenne mettrait en place un soutien macroécono-                     poursuite de l’assainissement des finances publiques,
mique aux réformes structurelles, avec pour objectif                et la simplification des mécanismes de contrôle et de
de compenser leur effet négatif à court terme. Plu-                 coordination des politiques économiques.
sieurs formes de soutien sont possibles, sous forme                     Enfin, le scénario fédéral implique une réforme ins-
d’investissements européens, de crédits bonifiés, de                titutionnelle de la zone visant à améliorer sa gouver-
tolérance au maintien des déficits publics, etc.                    nance, passant par le renforcement de l’exécutif de la
     Ce scénario met l’accent sur la coopération entre              zone euro, et la création d’un parlement spécifique à la
des économies hétérogènes mais potentiellement                      zone euro.
complémentaires, tout en explicitant l’importance de                    La conséquence d’une telle dynamique serait en
la discipline budgétaire et des réformes structurelles.             définitive de faire de la zone euro une zone monétaire
Il permet d’affirmer que l’économie européenne a be-                optimale, où les transferts du Nord vers le Sud com-
soin de producteurs et de consommateurs, et que les                 penseraient la spécialisation productive. P
destins de la zone Nord et celui de la zone Sud de
l’Europe sont liés. Si le Sud de l’Europe doit faire effort
pour retrouver des marges de manœuvre, le Nord doit
assumer un rôle de fer de lance de la reprise. Il permet
de montrer aux marchés que la possibilité d’un défaut
souverain européen non souhaité n’est pas une pers-
pective crédible.

                                              ROLAND BERGER STRATEGY CONSULTANTS                                        19
THINK ACT
                      LA DIVERGENCE DES ÉCONOMIES EUROPÉENNES : COMMENT EN FAIRE UNE OPPORTUNITÉ ?

 P
TRANSFERTS DU NORD VERS LE SUD

                                                INDUSTRIE

           SPÉCIALISATION
           PRODUCTIVE

                                                                                   TRANSFERTS
                                                                                   DE TYPE FÉDÉRAL

                                                CONSOM-
                                                MATION +
                                                SERVICES

Source : analyse Roland Berger

Cela se traduirait par un certain nombre d’effets ver-           > ­un renforcement de la DISCIPLINE ET DE LA COOR-
tueux sur le plan économique, et notamment une sta-              DINATION DES POLITIQUES ÉCONOMIQUES
bilisation macroéconomique de la zone euro, une                  > ­une réforme de la GOUVERNANCE
amélioration de la croissance potentielle des pays du
Sud de la zone euro, une réduction des chocs asymé-              L’évaluation du coût d’une dynamique intégratrice de
triques et une convergence des cycles économiques.               ce type est rarement évoqué. Il serait pourtant très
    Ce scénario a les faveurs des cercles pro-euro-              élevé pour les pays contributeurs nets à un futur bud-
péens pour lesquels le parachèvement de l’édifice de             get commun susceptible de porter des politiques véri-
l’Union économique et monétaire est nécessaire pour              tablement redistributives. Dans l’état actuel des opi-
retrouver des perspectives de croissance en Europe.              nions et des équilibres en Europel il apparait
Ces différents cercles de réflexion ont tous en com-             aujourd’hui comme peu acceptable politiquement et
mun de faire des propositions sur trois plans Q :                d’abord de la part des pays contributeurs qui verraient
> ­un accroissement de la SOLIDARITÉ à l’échelle                 leur effort augmenter de façon massive.
de la zone euro

20                                            ROLAND BERGER STRATEGY CONSULTANTS
THINK ACT
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 Q
PLUSIEURS RAPPORTS ONT DÉTAILLÉ LES DIFFÉRENTES MODALITÉS
DU SCÉNARIO « FÉDÉRALISTE »

                         Groupe de              Rapport                 Groupe                Manifeste4)           France
                         Glienecke1)            Synopia2)               Eiffel3)                                    Ministère
                                                                                                                    des Finances

  SOLIDARITÉ
  Financement            Budget propre          nd                      Budget propre         Budget propre de      Budget propre
                         de 0,5% du PIB                                 Financé par une       0,5% à 1% du PIB      de 2% du PIB
                                                                        ressource fiscale     Financé par un IS
                         Financé par une                                propre (IS ou taxe    harmonisé
                         contribution des                               carbone)
                         Etats

  Projets de             Assurance              Etude de la             Assurance             Investissements       Projets d’in-
  transferts             Chômage                faisabilité d’une       chômage               de l’environne-       frastructure
                         complémentaire         mutualisation des                             ment, la formation    (énergie, TIC,
                         des systèmes           dettes                  Politique             et les infrastruc-    transports),
                         nationaux                                      favorisant la         tures                 investissements
                                                Création à terme        mobilité                                    d’avenir (capital
                         Politique              d’un « Trésor                                 Mutualisation des     humaine, R&D,
                         favorisant la          européen »              Lutte contre les      dettes dépassant
                                                                        inégalités, pour                            innovation)
                         mobilité                                                             60% du PIB
                                                                        l’éducation,
                                                                        l’innovation,
                                                                        la formation
                                                                        Transition
                                                                        énergétique,
                                                                        infrastructure

  DISCIPLINE POLITIQUES ÉCONOMIQUES
                         Renforcement du        Simplification des      Poursuite de          nd                    Renforcement
                         mécanisme de           instruments de          l’assainissement                            du gouvernement
                         sanctions              contrôle                des finances                                économique
                                                                        publiques

  GOUVERNANCE
  Exécutif               Union de l’Euro        Président dédié         Exécutif propre à     Ministre des          nd
                         avec un gouverne-      à la zone euro          la « Communauté       finances de la
                         ment économique                                de l’euro »,respon-   zone euro /
                                                Gouvernement :          sable devant          gouvernement
                                                Eurogroupe              l’Assemblée           à terme

  Législatif             « Parlement de         « Parlement de          « Assemblée           « Chambre             nd
                         l’euro » composé       la zone euro »          parlementaire »       européenne »
                         soit des               composé de              composée de           composé de
                         parlementaires         membres des             députés du            membres des
                         européens, soit        18 parlements           Parlement             Parlements
                         de parlementaires      nationaux               Européen              nationaux
                         nationaux

1) Groupe de 11 économistes, juristes et politiques allemands 2) Groupe emmené par Pierre de Boissieu
3) Groupe emmené par Sylvie Goulard, Agnès Bénassy-Quéré et Jean-Louis Bianco 4) Groupe emmené par Pierre Rosanvallon et Thomas Piketty
Source : Presse, Direction Générale du Trésor

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