Le conflit en Ukraine se radicalise - Réseau International

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Le conflit en Ukraine se radicalise - Réseau International
Le conflit                  en       Ukraine             se
radicalise
par Erwan Castel.

Parallèlement à la deuxième phase opérationnelle des «
opérations militaires spéciales » russes en Ukraine engagée en
avril en donnant priorité au contrôle total du Donbass, les
pays de l’OTAN ont radicalement intensifié leurs aides
militaires lourdes aux forces ukrainiennes, obligeant Moscou a
lancé un avertissement diplomatique fort aux occidentaux et le
lieutenant-général Alexandre Dvornikov a intensifier également
les campagnes de bombardements des forces aérospatiales russes
contre les objectifs militaro-industriels et surtout à les
étendre aux réseaux ferroviaires et routiers logistiques par
où transitent ces armes et munitions occidentales. Pour ces
destructions des réseaux et dépôts logistiques ukro-
atlantistes, les forces russes utilisent principalement des
missiles ultra-modernes de hautes précisions et puissance
contre lesquels il n’existe pas encore de parade.

Dans la ville de Lvov (Ouest Ukraine), les VKS ont multiplié
leurs frappes sur les bases, usines utilisées par l’armée
ukrainienne ainsi que les dépôts utilisés des aides militaires
de l’OTAN venant par la Pologne

Certains dépôts logistiques détruits, à Lvov mais aussi à
Zaporodje, Dnipropetrovsk, Kiev et d’autres secteurs
interrogent car depuis la première phase opérationnelle russe,
les Ukrainiens ont dispersé et surtout camouflé leurs
logistiques et principalement celles provenant de l’OTAN qui
est acheminé chaque nuit de Pologne et Roumanie par des
milliers de véhicules civils vers des dépôts camouflés dans
des usines, des entrepôts, des supermarchés etc… Ces
destructions révèlent, soit une présence au sol d’Unités de
Recherche Humaine russes (GRU) soit d’informateurs pro-russes
parmi la population… probablement les deux.
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Principalement depuis cette dernière semaine d’avril on
observe des bombardements systématiques du réseau ferroviaire
ukrainien qui est le point faible de la logistique occidentale
pour deux raisons majeures :

     l’écartement standard des rails ukrainien est toujours
     celui de l’URSS (1520mm) lequel est plus important (tout
     comme le gabarit des trains) que celui des rails
     occidentaux (1435mm). Obligeant à une rupture de charge
     frontalière fastidieuse des marchandises ferroviaires.
     la majorité du réseau ferroviaire ukrainien est
     électrique et donc dépend de centrales qui sont en ce
     moment bombardées au même titre que les ponts, dépôts et
     gares de triages, Quant aux quelques locomotives diesel
     existantes elles seront bientôt soit          également
     détruites, soit à court de carburant.

Affirmer comme certains que l’Ukraine n’est pas du tout reliée
à la Pologne atlantiste par voie ferrée est incorrect car il
existe en fait 2 lignes qui relient leurs territoires :

1. Une ligne soviétique (normes russes qui va de Kharkov à
Sławków en Silésie polonaise créée à l’époque pour envoyer le
charbon polonais vers l’Est

2. Un premier tronçon ferroviaire (norme occidentale) réalisé
entre Lvov et la ville ferroviaire de Sknyliv sur la frontière
polonaise depuis 2020.

Et lorsqu’on observe certains bombardements actuels russes on
constate que certains suivent bien le tracé de ces 2 cordons
ombilicaux ferroviaires.

Cette intensification des destructions des réseaux logistiques
ukrainiens par les forces russes expliquent aussi pourquoi les
occidentaux de l’Est tentent de compenser la quasi disparation
total du parc aérien ukrainien avec leurs vieux Mig 29 par
exemple, mais surtout pourquoi Washington et Londres veulent
mettre en place une « saturation du champ de bataille » en
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moyens antiaériens légers et mobiles qui avec une assistance
des satellites et radars volants de l’OTAN pourraient
dissuader les raids aériens russes, au moins à l’Ouest du
Dniepr. Il reste cependant les missiles russes, notamment par
exemple avec les Kalibr et Kinjal, ces missiles de dernière
génération dont les hautes vitesses et précisions sont
imparables et selon une estimation basse un millier de
missiles russes ont déjà utilisés depuis le 24 février 2022.

Arrivée de missiles de croisière russes sur des objectifs au
centre de Kiev le 28 avril

Situation générale
Lors de sa première phase opérationnelle l’état-major russe,
engagée le 24 février 2022, en donnant priorité à la vitesse
a, malgré des succès indéniables, rencontré quelques
difficultés (voir article « C’est en forgeant que l’on devient
forgeron ») l’obligeant à varianter sa stratégie à partir de
la mi-mars dont les principales sont :

     Sièges urbains immobilisant trop de moyens offensifs et
     logistiques,
     Sous-évaluation d’une résistance ukrainienne avec
     techno-guérilla antichar d’attrition,
     Saturation antichar du champ de bataille par les aides
     logistiques de l’OTAN à Kiev,
     Problèmes logistiques dus à un archaïsme des moyens et
     un étirement du front,
     Insuffisance des unités d’infanterie pour sécuriser les
     opérations des blindés,
     Rigidité du commandement et lenteur de coordination
     dispersées sur 3 états-majors…

Afin de garder l’avantage des succès obtenus (destruction de
70% du potentiel stratégique ukrainien, contrôle des régions
de Koupiansk et Kherson, libération du Nord et du Sud
Donbass…) et s’adapter aux situations nouvelles et changeantes
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sans devoir puiser dans ses réserves stratégiques, l’état-
major russe, à engager une deuxième phase opérationnelle avec,
comme principaux changements :

     Retrait du corps de bataille russe du secteur Nord qui
     était militairement secondaire,
     Centralisation du commandement et de la coordination sur
     un seul état-major,
     Concentration des offensives dans le Donbass, le secteur
     militaro-politique prioritaire,
     Renforcement de la logistique et des unités d’infanterie
     dans les groupes tactiques,
     Ralentissement des progressions terrestres pour donner
     priorité à la sécurisation,
     Intensification et élargissement des bombardements sur
     les réseaux logistiques civils,

– Du côté russe, les résultats ont été immédiats :
renforcements des acquis stratégiques, poursuite des
destructions par les forces aérospatiales, libération de
Marioupol et engagements d’actions offensives dans le Donbass,
principalement dans le secteur Nord de Kramatorsk,
destructions des voies d’approvisionnement principales
utilisées pour les aides de l’OTAN etc…

– Du côté ukrainien, malgré quelques succès tactiques très
limités dans le temps et l’espace observés du côté de Kharkov
et Nikolaïev et des « coups militaro-médatiques » comme les
bombardements de Belgorod et Briansk et l’attaque du croiseur
« Moskva », on observe un affaiblissement des forces
ukrainiennes dû aux pertes importantes subis, aux destructions
de leur logistique stratégique, à la fatigue d’unités non
relevées depuis 2 mois de combats etc…

– Du côté de l’OTAN, les pays occidentaux qui ont
politiquement défini la Russie comme un ennemi à abattre
quitte à risquer une extension mondiale du conflit, ont décidé
de radicaliser eux aussi leurs aides militaires aux forces
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ukrainiennes, espérant naïvement qu’une saturation
technologique du champ de bataille (notamment avec des armes
antichars, antiaériennes et anti-navires notamment) suffira à
rééquilibrer le rapport de forces.

   Carte générale de la situation du conflit russo-
   ukrainien au 30 avril 2022.

Au total, plus de 40 000 soldats ukrainiens ont été mis hors
de combat (tués, blessés, prisonniers, disparus) et ces pertes
vont en augmentation (contrairement à celles des Russes qui
ont diminué de plus de moitié avec leur nouvelle stratégie).
Quant aux pertes des matériels de combats ukrainiens elles
sont irremplaçables à court et même moyen terme (contrairement
aux forces russes qui disposent d’une immense réserve de
remplacement en Russie) :

     142 avions et 112 hélicoptères,
     640 véhicules aériens sans pilote,
     279 systèmes de missiles anti-aériens,
     2646 chars et autres véhicules de combat blindés,
     305 systèmes de lance-roquettes multiples,
     1184 artillerie et mortiers de campagne, ainsi que
     2475 unités de véhicules militaires divers…
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De plus la chute de Marioupol, libérant des unités de choc, le
resserrement du dispositif offensif sur le Donbass, l’usure
des unités ukrainiennes ainsi que les prévisions
météorologiques pour le mois de mai à 10 jours, qui vont
diminuer la couverture nuageuse et assécher les zones boueuses
vont favoriser les opérations offensives russo-républicaines.

Je vais essayer maintenant de brosser l’évolution de la
situation des opérations terrestres du Nord au Sud, à savoir
les secteurs de Kharkov, de Kramatorsk, de Donetsk, de
Marioupol, de Kherson, de Tiraspol qui sont numérotés sur
cette carte générale

1- Secteur de Kharkov
Sur le front de Kharkov, si la ligne de contact est
stabilisée, on observe cependant des attaques ukrainiennes
limitées :

• Au Nord, dans le secteur de Dergachi, pour repousser les
forces russes vers la frontière afin de diminuer la pression
offensive sur les défenses extérieures de la ville,

• À l’Ouest, dans le secteur de Bazalivka, pour menacer les
voies d’approvisionnements alimentant les offensives russes du
front de Kramatorsk via Koupiansk.

La plupart de ces opérations offensives ukrainiennes sont
repoussées par des contre-attaques russes ou s’arrêtent faute
d’une logistique suffisante et de moyens d’assaut adaptés.
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Ce que nous révèle le front de Kharkov (comme précédemment
celui de Kiev, c’est que d’une part les forces ukrainiennes
font preuve d’une combativité qui a certainement été sous-
évaluée par l’état-major russe mais aussi montrent une
certaine maîtrise des procédures occidentales enseignées ainsi
que des armes livrées progressivement par l’OTAN depuis 2017
et en masse depuis le 17 janvier de cette année.

D’autre part, et en raison des effectifs trop faibles et de
l’étendue du front, il y a dans la défense russe…. « des trous
dans la raquette » qui permettent même aux ukrainiens de lacer
des raides aériens sur le territoire même de la Russie dans le
secteur de Belgorod frappé début avril et aujourd’hui 1er mai
par des raids d’hélicoptères d’attaque, et même jusqu’à
Briansk, à 150 kilomètres de la frontière ukrainienne où un
grand dépôt pétrolier a été détruit dans la nuit du 24 au 25
avril 2022.

Ces attaques ukrainiennes, même si elles infligent des dégâts
sur les sites logistiques russes visés, sont avant tout des
opérations de propagandes destinées à faire croire aux
populations que Kiev reprend le dessus sur Moscou.
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2- Secteur de Kramatorsk
Lorsque l’état-major russe a annoncé donné une priorité sur la
libération totale des régions administratives de Donetsk et
Lougansk toujours occupées par les forces ukrainiennes, les
regards qui depuis plus d’un mois étaient fixés sur Marioupol
se sont alors tournés vers le secteur de Kramatorsk, à 100 km
au Nord de Donetsk.

En effet ce secteur est un enjeu stratégique prioritaire pour
plusieurs raisons :

     C’est autour de Kramatorsk que se situe les plus
     importantes forces du corps de bataille ukrainien
     principal, jusqu’à ses forces de réserve et son état-
     major principal.
     C’est par cette région que transitent les
     approvisionnement en provenance de Dnipropetrovsk,
     Poltava, jusque dans la direction de Donetsk.
     À l’Est de Kramatorsk se trouvent les derniers
     territoires de la République populaire de Lougansk non
     libérés (autour de villes de Severodoetsk et
     Lissichiansk),

Après avoir marqué des pressions offensives au Sud d’Izioum et
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au Nord de Severodonetsk, et à l’Est de Pospana, les forces
russo-républicaines ont engagé des attaques sur leurs
positions ukrainiennes pour engager une rupture du front et
l’encerclement du corps de bataille ukrainien du Donbass.

Les priorités russes, avant de venir au contact des défenses
dures de Kramatorsk et Severoonetsk sont de contrôler dans ce
secteur les routes servant à la fois aux approvisionnements et
au mouvements des Ukrainiens : à l’Ouest (vers Barvinkove) les
routes venant de Dnipropetrovsk et Kiev, au Nord Est
(Kreminna) la route menant à Lyman, au Sud Est (Popasna) celle
menant vers Slaviansk.

Concentration de blindés russes de la 1ère Armée Blindée de la
Garde pour un assaut au Sud d’Izioum à la fin d’avril 2022

À l’issue de ces mouvements opératifs il est probable que les
forces russes poursuivent leurs contrôle des routes pour
également couper les communications entre Kramatorsk et le
secteur due Donetsk où des pressions offensives seront alors
déclenchées pour d’une part y fixer les forces ukrainiennes et
même y engager leurs réserves positionnées à Krasnoarmeïsk.
Ainsi les groupes tactiques ukrainiens de Donetsk et
Kramatorsk ne pourront plus opérer des retraites ni même
mutuellement se renforcer, s’approvisionner et se soutenir
avec leurs appuis feu.

Affirmer comme le pseudo analyste français de salon que les
forces russes vont encercler dans un premier temps les groupes
tactiques ukrainiens de Severodonetsk Lissitchansk relève une
fois de plus de l’imbécilité navrante d’un nuisible obsédé par
le pognon et ses fantasmes. En effet au vu des retours
d’expérience des 2 premiers mois il n’est pas besoin de sortir
de Sant-Cyr (pourtant comme cet affairiste) pour comprendre
que les forces contournant à l’Ouest Severodonetsk et
Lissichiansk se retrouveraient à la portée de leur feux et
surtout de ceux des bastions de Slaviansk et Kramatorsk
toujours approvisionnés par l’Ouest.
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Voici quelques courtes vidéos pour illustrer l’âpreté des
combats se déroulant dans ce secteur de Nord du Donbass,
autour des villes-clés de Severodonetsk et Kramatorsk :

Voici pour illustrer ma critique l’exemple d’un tir de barrage
de l’artillerie ukrainienne, avec l’appui d’un drone
d’observation et correction, sur une unité blindée russe
progressant vers le secteur de Lyman au Nord de Kramatorsk

Dans les combats pour le contrôle de Rubijnoe, au Nord de
Severodonetsk, les forces russes et celles de Lougansk
utilisent ici contre une position ukrainienne dans un bâtiment
un engin du Génie de combat UR77, initialement prévu pour
ouvrir à l’explosif des couloirs dans des champs de mines mais
détourné depuis la guerre en Syrie dans les combats en zone
urbaine
Au Sud de Lissichiansk sur la route du Sud Est vers
Kramatorsk, Novotoshkivske a été conquis de haute lutte par la
milice républicaine de Lougansk

Au Sud -Est de ce secteur Nord du Donbass, les combats font
toujours rage entre les forces républicaines de Lougansk et
les forces de Kiev pour le contrôle de Popasna, à l’Est
d’Artemovsk

3- Secteur de Donetsk
Dans le secteur centre du Donbass, le front n’a que très peu
changé, d’une part parce que les efforts opérationnels ont été
réalisés au Nord (Lugansk) et au Sud (Marioupol) pour engager
un encerclement large du corps de bataille ukrainien (le
meilleur de Kiev), et d’autre part par ce que cette région
fortement industrialisée dispose de nombreuses localités que
les ukrainiens ont transformé en bastions défensifs puissants.

Cette situation, fait qu’en périphérie des villes de Donetsk,
Makeevka, Yasinovataya et Gorlovka, les combats entre les
forces   ukrainiennes     et   les  forces    républicaines
s’intensifient, ainsi que les bombardements. À noter que les
Ukrainiens multiplient désormais les tirs sur les quartiers
résidentiels aux armes lourdes, obusiers, lance-roquettes
multiples et même missiles balistiques « Tochka U », faisant
parmi les civils de nombreuses victimes,

Heureusement que les forces armées russes sont maintenant
déployées, offrant un bouclier anti-aérien efficace et des
moyens de riposte immédiate, avec leur artillerie et leur
aviation d’attaque au sol.

Les Ukrainiens continuent leurs bombardements sur les villes
de la république, comme ici au-dessus de Donetsk où un missile
est abattu par la défense antiaérienne russe dans la nuit du
30 avril au 1er mai

Dans la nuit du 21 au 22 avril 2022, des positions
ukrainiennes du front de Donetsk pilonnées par des lance-
roquettes multiples

Parallèlement à cette guerre d’artillerie qui s’intensifie
depuis 2 mois, les forces russo-républicaines ont engagé des
opérations offensives visant les villes de Marinka (Sud-Ouest
Donetsk) et Avdeevka (Nord Donetsk) qui sont les deux points
d’appui principaux du front ukrainien devant Donetsk.

3 difficultés principales sont à prendre en compte les
batailles devant Donetsk :

     Marinka comme Avdeevka sont des positions solidement
     fortifiées et consolidées chaque jour depuis 2 mois par
     des aménagements de combat et des renforts,
     Les routes d’approvisionnement logistique du front
     ukrainien devant Donetsk sont toujours opérationnelles,
     venant de Dnipropetrovsk à l’Ouest ou Kramatorsk au
     Nord,
     Comme pour Marioupol une population civile importante
     est toujours dans ces villes, ainsi que des sites
     dangereux comme les usines chimiques de Avdeevka ou
Gorlovka,

Voilà pourquoi, comme pour le secteur de Kramatorsk, plutôt
que de se lancer dans des assauts frontaux et coûteux, une
stratégie d’encerclement large du front ukrainien entre
Avdeevka au Nord et Marinka au Sud a été engagé pour le couper
de ses bases d’approvisionnement, tandis que l’artillerie et
l’aviation ont intensifié leurs frappes de d’affaiblissement
des défenses périphériques.

Lance-Roquette Multiple russe TOS « Buraino » tirant ses
munitions thermobariques (24 x 220mm) sur les positions
ukrainiennes défendant la ville d’Avdeevka à 10 kilomètres au
Nord de Donetsk

À Marinka, dans un micro-district pavillonnaire (à l’Ouest de
Alexandrovka) qui avait été conquis par les forces
républicaines de la 100e brigade, les forces ukrainiennes ont
lancé des contre-attaques ponctuelles, reprenant un peu de
terrain perdu et installant au Sud-Ouest des combats urbains
violents.
Jour et nuit des batailles se déroulent entre les forces
ukrainiennes et républicaines aux abords des localités du
front ceinturant la ville de Donetsk

Aujourd’hui, une force d’appui significative pour les forces
républicaines engagées sur les fronts de Marinka et Avdeevka,
est la composante aérienne russe qui permet d’une part
d’intervenir très rapidement sur des objectifs repérés et de
réaliser des tirs de précision au milieu de zones toujours
habitées. Ainsi des batteries d’artillerie ukrainiennes
peuvent être la cible d’une riposte aérienne avant de
décrocher de leurs positions de tir.

Sur le front de Donetsk, l’aviation de combat russe est de
plus en plus active dans les bombardements des positions
ukrainiennes. Ici des hélicoptères KA52
4- Secteur de Marioupol
Au 30 avril il restait environ 1 millier de combattants
ukrainiens dont 500 blessés environ dans les dédales de la
Zone Industrielle d’Azovstal complétement encerclée par les
unités russo-républicaines restées sur place après la
libération de la ville (annoncée le 21 avril). Si l’assaut
direct a été annulé sur ordre du président Poutine pour
préserver la vie des soldats russes et miliciens républicains,
en revanche les bombardements des forces aérospatiales russes
continuent, fouillant avec des armes puissantes adaptées au
bunker enterrés, les zones où se terrent les derniers radicaux
nationalistes du régiment « Azov ».

Chaque jour cependant un cessez-le-feu est décrété jusqu’à
16h00 pour permettre l’évacuation des civils et des blessés et
la reddition éventuelle des derniers ukrainiens dont les
messages d’alertes envoyés à Kiev montrent bien qu’ils sont à
court de vivres, d’eau et médicaments. Malgré leur situation
désespérée, les Ukrainiens refusent de se rendre (même pas à
l’évidence) ou d’accepter l’évacuation des blessés. En
revanche, en les repoussant vers le centre de la zone
industrielle, les bombardements ont permis de libérer de leur
prise en bouclier humain des groupes de civils : une famille
puis une douzaine et ce 1er mai une quarantaine de civils dont
plusieurs enfants qui ont pu enfin sortir de l’enfer
d’Azovstal.

   Vue aérienne du Sud de la zone industrielle d’Azovstal
   où se sont réfugiés les derniers combattants
   principalement du régiment « Azov », de la 36e brigade
   d’infanterie de marine et de groupes éparses d’autres
   unités et des mercenaires.

Dans cette zone industrielle immense (près de 8 km2, les
derniers combats pour le contrôle total de Marioupol sont
toujours violents, les forces alliées devant grignoter la zone
industrielle d’Azovstal, bâtiment après bâtiment, étage après
étage, pièce pour y déloger les radicaux nationalistes d’Azov
et derniers soldats ukrainiens qui s’y accrochent avec
l’énergie du désespoir.

Reportage d’Andreï Filatov à Azivstal, dans un secteur de
contact entre les forces russo-républicaines et des militants
d’Azov s’accrochant aux derniers bâtiments périphériques aux
unités de production industrielle

La bataille de Marioupol, qui est après celle d’Alep en Syrie,
est devenu le laboratoire de la guerre moderne, préfigure les
prochaines batailles du Donbass et de l’Ukraine dont la
dimension urbaine s’impose désormais dans des stratégies qui,
pour rééquilibrer des forces en présence qui leur sont
défavorables, sacrifient des unités et des populations civiles
dans des combats urbains d’attrition.

Chaque jour gagné à Marioupol par les forces ukrainiennes est
un gain de temps et de moral pour les autres bastions urbains
ukrainiens qui attendent l’assaut des forces russo-
républicaines en renforçant chaque heure leurs défenses et
leurs stocks.

La seule solution pour enrayer cette stratégie d’attrition de
l’armée ukrainienne est selon moi, d’être sans pitié pour les
défenseurs de ces bastions qui, s’ils refusent de se rendre
après un ultimatum initial réglementaire et des corridors
d’évacuation organisés au début du siège, doivent être détruit
jusqu’au dernier. Toute mansuétude à l’égard des fanatiques
(reddition finale, évacuation des blessés, échange de
prisonniers etc…) ne ferait qu’encourager les défenseurs des
bastions urbains suivant à se battre jusqu’au bout grâce à cet
espoir de pouvoir toujours sortir vivants malgré les pertes
occasionnées et les civils sacrifiés.
La guerre doit se soumettre à ses lois, mais en aucun cas aux
dépens de la mission et de l’efficacité opérationnelles…

Pour conclure sur ce paragraphe consacré à Marioupol, voici un
nouveau reportage de Erik Tegner pour le « Livre Noir », qui
dans une construction et un narratif audacieux réalise un
nouveau compte rendu remarquable de la situation militaire à
Marioupol.

Lorsqu’on entend les critiques des ukro-atlantistes accusant
Livre Noir de n’être qu’un média d’extrême droite nationaliste
(mais qui montre l’efficacité des force spéciales tchétchènes
et reprend les analyses d’un séparatiste breton – :)) – dans
le Donbass) et que l’on regarde la qualité éthique et
esthétique du reportage, on ne peut que se demander jusqu’où
ira la mauvaise foi des mondialistes !

   Frappe d’un missile russe « Kalibr » sur Azovstal fin
   avril 2022.

5- Secteur de Kherson
Dans le secteur de Kherson, non seulement la situation
militaire s’est stabilisée mais des autorités civiles russes
ont commencé à être mises en place tandis qu’une « Pax
Russia » est organisée, avec un redémarrage de l’économie (en
roubles) mais aussi la préparation à un référendum de
rattachement à la Fédération de Russie, peut-être pour les
prochaines semaines.

Sur le plan militaire, de nombreux Groupements Tactiques
InterArmes russes (BTG) se concentrent sur les fronts, au Nord
et à l’Ouest de Kherson en direction de Krivoï Rog et
Nikolaëv/Odessa ou Nikolaïev/Tiraspol ou des attaques
terroristes ukrainiennes ont été lancées cette semaine contre
la petite République de Pridnestrovie (Transnistrie).

Il semble, au vu de l’évolution de la situation, que la Russie
cherche à réactiver le projet exprimé en 2014 par les
populations russes d’Ukraine (il était temps !) lequel est de
restaurer la « Novorossiya », cette entité géographique allant
de Odessa jusqu’à Kharkov et correspondant à cet État
mandataire créé par l’impératrice russe Catherine II eu XVIIIe
siècle sur les terres historiques de l’Empire bordant les
rives septentrionales de la mer Noire. En réalisant ce projet,
la Russie se doterait d’une profondeur stratégique face à
l’OTAN, prendrait le contrôle de tous les accès Nord à la mer
Noire (ce qui est l’objectif obsessionnel des occidentaux
depuis le XVIIIe siècle), et créerait un corridor terrestre
reliant la Transnistrie, la Crimée au Donbass et à la Russie.
Mais
entre Kherson et le grand port d’Odessa qui est sans nul doute
un des objectifs des futures opérations militaires russes se
trouve le Boug méridional un fleuve dont le point de passage
est tenu par Nikolaïev, une ville près de 500 000 habitants et
250 km2. Un verrou qui n’a pas cédé lors de la phase initiale
et s’est renforcé depuis grâce notamment aux aides de l’OTAN
transitant par la Roumanie.

En attendant d’organiser une nouvelle offensive terrestre
lourde dans cette direction, les forces russes poursuivent
leurs campagnes de bombardement sur les concentrations et
dépôts militaires, mais aussi depuis une semaine sur les
réseaux routiers et ferroviaires venant de Roumanie.

En plus des missiles « Iskander », « Kalibr », « Khinjal »,
les forces aérospatiales russes utilisent maintenant le
missile « Onyx », un missile dernière génération de défense
côtière Terre-Mer mais qui est utilisé pour détruire des
installations stratégiques terrestres comme ici à Odessa :

Tir d’un missile « Onyx » en direction d’Odessa depuis la
défense occidentale de la Crimée
Arrivée de plusieurs « Onyx » sur la ville d’Odessa

Après la campagne du Donbass, il est probable que le front   de
Kherson soit même prioritaire sur celui de Kharkov du fait   de
l’importance de la mer Noire et des menaces sur              la
Transnistrie. Cela détruirait les ambitions hégémoniques     de
l’OTAN sur la première et celles de Kiev sur la seconde.

Et ce sera aussi une manière de répondre à le naufrage du
Moskva le croiseur-amiral de la flotte russe de la mer Noire
le 13 avril dernier, suite à des tirs de missiles « Neptune »
ukrainiens, très vraisemblablement aidés par les ressources
aériennes du renseignement militaire de l’OTAN (un avion P8
« Poséidon » était dans ce secteur au même moment) qui ont
géolocalisé le navire, peut-être brouiller les radars de
défense, voire même illuminer la cible pour les missiles
ukrainiens.

   Le 13 mai, après avoir essuyé des tirs de missiles
   anti-navire ukrainiens, le navire-amiral de la flotte
   russe de la mer Noire sombrait lors de la tentative de
   remorquage vers Sébastopol.
À propos de cette perte du croiseur « Moskva », je suis là
aussi apitoyé d’écouter les inepties des 2 Xavier (Tyleman et
Moreau) qui prétendent du fond de leurs fantasmes de
courtisans que c’est une immense victoire pour Kiev où que
cela n’a même pas égratigné Moscou.

La réalité est que la perte du « Moskva » en dehors du revers
politico-médiatique infligé à la fierté russe (navire-amiral
de sa flotte de la mer Noire) sans inverser évidemment le
rapport de forces va handicaper les opérations militaires
russes à l’Ouest de la Crimée, car le « Moskva » par ses
capacités de combat était la clef de voûte de l’appui embarqué
russe dans le secteur de d’Odessa. En effet ses missiles
antinavires P1000 pouvaient traiter des cibles terrestres
(comme aujourd’hui les missiles Onyx) et surtout il assurait
la principale couverture antiaérienne de la flotte, notamment
avec ses missiles S300 dont il était le seul navire à en être
équipé en mer Noire. L’option d’une opération amphibie dans la
baie d’Odessa est toujours sur la table mais son efficacité
s’en trouve réduite par l’absence du Moskva, et la fermeture
du détroit de Bosphore empêche son remplacement.

Il reste donc l’option terrestre comme principale perspective
(avec des opérations aéroportées) pour lancer une offensive
russe vers l’Ouest.

6- Secteur de Tiraspol
Dans un article précédent je rendais compte de l’aggravation
observée en Transnistrie suite à une série d’attentats menés
par des commandos ukrainiens contre des sites militaires ou
ministériels de la petite république séparatiste pro-russe
apparue il y a 30 ans entre Moldavie et Ukraine et qui se
retrouve aujourd’hui menacée par le conflit voisin.

Une série d’attentats ukrainiens a visé des bâtiments de la
sécurité intérieure de la Transnistrie à Tiraspol mais aussi
plus au Nord un secteur où se trouve le plus grand dépôt de
munitions d’Europe (20 000 tonnes) et que doivent lorgner les
forces ukrainiennes dont les dépôts sont détruits les uns
après les auprès par les forces russes. À noter qu’un groupe
opérationnel russe de 1500 hommes est positionné dans cette
république pro-russe.

Comme le montre la vidéo de surveillance qui a capturé
l’attaque contre le ministère de l’Intérieur à Tiraspol les
terroristes ont utilisé un RPG 27 (lance-roquette jetable)
« soigneusement » abandonné sur place au moment de leur fuite
vers la frontière ukrainienne. Or d’aucuns pourraient désigner
logiquement la Russie qui est le seul pays à posséder cette
arme en dotation s’il n’y avait pas ces centaines d’armes
russes tombées au mois de mars aux mains des Ukrainiens dans
le secteur de Kiev.

Vidéo surveillance de l’attaque contre le ministère de
l’Intérieur à Tiraspol. Les assaillants tirent au RPG 27 puis
abandonnent le tube sur la route avant de s’enfuir

Pour celles et ceux qui suivent cette crise ukrainienne depuis
2014, son évolution vers une guerre locale puis une guerre
régionale (j’avais pronostiqué cette logique le 15 avril
2014), il apparait évident comme le nez au milieu d’un visage
que l’Ukraine n’est pour Washington que la mendiante utile
payée pour provoquer la Russie dans sa zone d’influence
sécuritaire et que maintenant que l’Ours a lancé sa patte en
avant, l’étape suivante après l’internationalisation de la
logistique de guerre pour Kiev, est de faire sortir le conflit
des frontières de l’Ukraine pour amorcer son étape mondiale.

Pour cela, la petite République de Pridnietrovie (Transnistrie
étant son nom roumain) est le point d’entrée idéal pour mettre
en application la stratégie étasunienne… en accusant bien sûr
la Russie d’être responsable de l’escalade : Tout comme Kiev
n’a eu de cesse de provoquer Moscou dans le conflit du
Donbass, de nouvelles provocations cette fois dans cette
région pro-russe obligeront la Russie à y intervenir
également.

En conclusion
En observant les opérations militaires dans ce secteur on peut
observer l’évolution tactique adoptée par les forces russes
pour s’adapter aux nouvelles situations apparues dans ce
conflit qui est un laboratoire de la guerre moderne dont
seules existaient des théories incertaines car développées à
partir des conflits asymétriques aux rapports, qualité,
effectif, ressources et entrainements très déséquilibrés.
Char du bataillon républicain « Somali » revenant de la
   victoire de Marioupol.

L’organisation des Groupements Tactiques InterArmes russes (en
russe BTG « Groupe Tactique de Bataillon ») s’est adaptée aux
problèmes rencontrés lors de la première phase opérationnelle
du mois de mars.

Initialement le BTG russe pour augmenter la vitesse d’action
et l’autonomie opérationnelle est formé autour d’une force
d’infanterie mécanisée (généralement 3 compagnies et une
section de reconnaissance, soit environ 200 hommes et) à
laquelle sont rajoutés une force d’appui (2 batterie
d’obusiers et 1 de Lance-Roquettes Multiples), une force de
choc (avec 1 escadron blindé soit 10 chars), une force de
protection (1 batterie antiaérienne, 1 section de guerre
électronique, 1 section de défense chimique, 1 section de
sapeurs de combat), ainsi des services (sections de
transmission, de ravitaillement, de réparations, section
médicale…). Selon le type de division d’où vient le BTG, il
peut avoir des spécialités (parachutiste, tireurs d’élite…).

Mais parfois,
• Il faut plus de chars de combat et d’artillerie, comme sur
les terrains ouverts où les unités sont obligées de revenir à
des configurations « de masse », avec des concentrations de
blindés et des préparations d’artillerie importantes
nécessaires pour casser des défenses solidement organisées
pendant des années,

Ou alors,

• Il faut plus d’unités ‘infanterie spécialisées, comme dans
les zones urbaines et boisées où des unités ennemies légères
et mobiles avec un armement antichar performant peuvent se
lancer dans une « techno-guerilla » avec l’appui du
renseignement stratégique et des drones qui permettent une
maîtrise du champ de bataille.

Et toujours,

• Il faut s’adapter aux nouvelles armes et moyens pour
augmenter la protection des personnels et matériels et
anticiper sur les tactiques d’emploi nouvelles que la qualité
et/ou la quantité de ces nouvelles technologies génèrent.

Colonne de véhicules blindés dans le secteur de Pospana où on
peut observer un char de combat T80 BV muni à d’un chalut de
déminage permettant de forcer les champs de mines et sur le
toit d’une grille destinée à faire exploser prématurément les
charges creuses des missiles de l’OTAN livrés aux forces
armées ukrainiennes (« Javelin » et « NLAW »)

Aujourd’hui, les forces russes pourraient balayer les forces
ukrainiennes malgré leur résistance honorable, soit en
appliquant les bombardements de massasse infernaux avec leur
artillerie, soit en injectant des dizaines des centaines de
groupes tactiques interarmes supplémentaires pour submerger
des forces de Kiev. Or il n’en est rien, Moscou a opté pour
une stratégie plus lente, un élargissement des objectifs
stratégiques bombardés et une tactique d’attrition visant à
épuiser les forces ennemies…
… sans puiser dans ses forces les plus importantes et ses
meilleures unités terrestres qui, de l’autre derrière les
frontières russes se préparent à riposter à un engagement
direct de l’OTAN dans le conflit et vers lequel se dirigent
chaque jour un peu plus les ir-responsables occidentaux.

Sans vouloir paraître pessimiste, tous les ingrédients
occidentaux (aides militaires, propagande de guerre,
diabolisation russophobe, guerre économique…) sont réunis pour
que ce conflit local, devenu régional par nécessité, continue
à évoluer vers un conflit mondial provoqué et préparé depuis
des années par la stratégie du chaos de la ploutocratie
mondialiste.

source : Alawata Rebellion
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