Le management de la performance en Patinage Artistique et en Danse sur Glace de haut niveau
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Institut d'Etudes Politiques de Lyon
Le management de la performance en
Patinage Artistique et en Danse sur Glace
de haut niveau
Charlotte Poulat
Séminaire « Management des Organisations »
Président du juryAnne BLANC-BOGE: Maître de conférences
en sciences de gestion à l'IEP de Lyon, Directeur de mémoire
Mémoire de quatrième année soutenu le 30 juin 2009
Membres du jury: David PIOVESAN: Maître de conférences en sciences de gestion à l'IEP de Lyon,Table des matières
Remerciements . . 5
Epigraphe . . 6
Introduction . . 7
I. La necessaire mise en place d'un pilotage rationnel de l'entrainement , dirigé vers la
qualité et l'efficacité de la prestation de l'entrainé . . 14
A. : La performance sportive résulte d'une action collective nécessitant la gestion de
l'humain par l'entraîneur . . 15
1. l'organisation sportive, source de performance . . 15
2. la division des tâches et la spécialisation à la recherche de l'efficacité . . 16
3. la professionnalisation de l'entraîneur et de l'entraîné . . 18
B. La planification stratégique de l'entraînement produit la qualité et la stabilité de la
prestation . . 21
1. le management par les objectifs, objet d'un calcul rationnel pour la stabilité de la
prestation . . 22
2. la conduite du changement pour plus d'efficacité: . . 24
3. des stratégies reposant sur la qualité décisionnelle de l'entraîneur . . 27
II. Le management relationnel entrainé-entraineur, orienté vers la stabilité et la régularité de
la prestation . . 31
A. motiver les patineurs, pour enrayer les pressions et obtenir la qualité de la prestation . . 32
1. la gestion motivationnelle pour optimiser la motivation et la performance de
l'athlète . . 32
2. La préparation mentale comme outil managérial . . 36
3. Le management positif . . 39
B. Les compétences de l'entraîneur, à l'origine de la stabilité de la prestation du sportif . . 41
1. Les compétences techniques de l'entraîneur comme légitimation d'un
management de leadership . . 42
2. l'entraîneur comme manager des jeux de pouvoir . . 43
3. l'entraineur véhicule une idéologie et une culture de la performance au sportif . . 45
III. L'innovation, une dynamique collective orientée vers l'optimalité de la performance . . 48
A. L'innovation pour optimiser la performance . . 48
1. l'innovation comme processus de création . . 49
2. l'innovation comme avantage concurrentiel . . 50
3. l'innovation confrontée au système règlementaire . . 51
B. l'innovation comme produit d'une interaction dynamique . . 55
1. la recherche d'efficacité par le facteur humain . . 55
2. l'entraîneur doit favoriser la créativité des athlètes en leur laissant un espace
d'autonomie . . 56
Conclusion . . 60
Bibliographie . . 64
-Ouvrages généraux . . 64
-Ouvrages sur le sport et la compétition: . . 64
-Ouvrages sur le patinage artistique et la danse sur glace . . 65
-Rapports et documents . . 65Annexes . . 66
Annexe 1 : Guide d'entretien . . 66
Annexe 2 : Guide d'entretien des patineurs . . 67
Annexe 3 : Guide d'entretien des juges . . 68
Annexe 4 : Tableau des compte rendu d'entretiens - « La relation entraineur-
entrainé» . . 69
Annexe 5 : Tableau n°2 de compte rendu d'entretiens - « La performance » . . 71
Annexe 6 : Tableau n°3 de compte rendu d'entretiens - « Le pilotage stratégique de
l'entrainement » . . 73
Annexe 7 : Se différencier par l'innovation : porte inverse, Marina Anissina et
Gwendal Al Peizerat. - Jeux aux olympiques de Salt Lake City en 2002 - Programme
liberta . . 75
Annexe 8 : Les prouesses athlétiques de Surya Bonaly : source de débat entre
technicistes et partisans de l'interprétation artistique . . 75
Résumé . . 77Remerciements
Remerciements
Je tiens tout d'abord à remercier mon directeur de mémoire, Mme Anne Blanc-Boge, ainsi que M.
David Piovesan, qui m'ont dirigée dans mon étude et m'ont encouragée dans le réalisation de ce
mémoire quelque peu « exotique ».
Je remercie Mme Françoise Guttin-Moine qui a fait preuve d'une grande gentillesse à mon
égard, s'est rendue entièrement disponible et s'est inquiétée régulièrement de l'évolution de mes
travaux.
J'adresse ensuite tous mes remerciements aux entraîneurs qui m'ont apporté leur aide et
ont bien voulu m'ouvrir les portes de leur métier, Mme Muriel Boucher-Zazoui, M. Romain
Haguenauer, ainsi que Mme Florence Dube-Damioli.
Je tiens d'autre part à remercier M. Benoît Richaud, qui a partagé avec moi sa passion pour
la Danse sur Glace, et a été le témoin de certains instants de panique dans la dernière ligne droite
de mon mémoire.
Je remercie M. Alain-Daniel Hostache, qui m'a permis de découvrir le patinage synchronisé
et s'est entretenu avec moi sur les particularités du métier d'entraîneur dans cette discipline qui
m'était complètement inconnue.
Je tiens enfin à remercier mes proches, qui m'ont encouragée au cours de la réalisation de ce
mémoire, et ont joué les lecteurs.
POULAT Charlotte_2009 5Le management de la performance en Patinage Artistique et en Danse sur Glace de haut niveau Epigraphe « A l'entraînement « rien ne résiste », ai-je écrit. Mystère du corps, en voici en effet, les séquences: Je ne peux pas; je m'entraîne; je fini par pouvoir Je ne sais pas; je m'entraîne; je sais. Je ne saisis pas; je m'entraîne; je comprends Jusqu'à maintenant, rien de nouveau. Mais ces suites diverses s'achèvent par une autre, plus étrange: Je ne connais pas de solution à ce problème; Je m'entraîne; alors, parfois, me vient l'invention. Je viens de le dire en un mot: Inattendu, le corps invente. Apparaît quelque chose comme une création. Comment avez-vous trouvé la loi d'attraction universelle? Demandait-on à Newton. En y pensant toujours, répondait-il volontiers. Nul découvreur ne dit autre chose. Je ne cesse de placer mon corps devant l'inconnu: Soudain il se présente: il se fait connaître. Oui, l'entraînement invente. » Michel Serres, Hominescence Ed. Le Livre de Poche, 2003 6 POULAT Charlotte_2009
Introduction
Introduction
Dans l'ouvrage D'Or et de Feu, Marina Anissina et Gwendal Peizerat nous communiquent
leur expérience aux Jeux Olympiques de Salt Lake City en 2001, après avoir été médaillés
1
d'or . Au travers de leurs mots, justes et simples, sans le filtre qu'un auteur extérieur
aurait put imposer, il nous est possible de percevoir clairement la relation privilégiée qui lie
l'entraîneur sportif à ses athlètes. Nous ressentons l'ambiance qui anime les entraînements,
et sommes plongés dans l'atmosphère de la compétition, but ultime après des mois de
travail. Tensions, osmose, stress, déceptions, frustrations, douleurs, plaisir ou joie intense.
Autant de sensations complexes et contradictoires, qui emplissent le quotidien de ses
personnes au métier hors du commun, et que nous tenterons de restituer et de comprendre
avec justesse.
Si nous avons choisi d'étudier le patinage sur glace plutôt qu'un autre sport, c'est
parce qu'il s'agit d'une discipline à la croisée du sport et du spectacle, mêlant la technique
et l'artistique. Par conséquent, l'effort et la douleur physique doivent être dissimulés,
contrairement aux autres sports comme le cross. Il ne s'agit pas non plus d'un sport de
confrontation directe, comme le tennis. Et enfin, la performance n'est pas scientifique, mais
plutôt subjective en raison de l'aspect artistique, contrairement à la natation où celui qui a
réalisé le meilleur temps l'emporte.
Il nous faut avant tout distinguer les quatre catégories existantes dans ce sport. Les
moins connues sont le ballet sur glace et le patinage synchronisé. Nous nous consacrerons
dans cette étude aux deux formes les plus connues, le patinage artistique, qui se base
essentiellement sur les sauts tels que l'axel, le flip ou les pirouettes, et la danse sur glace,
qui correspond, sur une musique donnée, à un enchaînement de pas de danse, d'attitudes
et de portés. Dans cette catégorie, l'athlète aura l'obligation de patiner en couple, alors qu'en
patinage artistique, il aura la possibilité de choisir entre une carrière en solo, ou en couple.
Nous évoquerons les deux temps du calendrier sportif: l'entraînement, en d'autres
termes les coulisses de la performance, et la compétition, lieu de la réalisation effective
de cette performance. Ces deux périodes reposent sur un même socle: un management
performant de l'entraîné par l'entraîneur, condition de la qualité et de l'efficacité de la
prestation. Ne pas se restreindre uniquement au moment de l'entraînement permet de
mesurer de façon concrète la performance de l'athlète. C'est là que les juges attribueront
une valeur à la prestation. L'entraînement peut être assimilé au moment où la machinerie
se met en place, et la compétition à celui du résultat final et de la mesure du succès sportif.
Nous nous concentrerons uniquement sur le haut niveau. En d'autres termes, sur les
catégories Junior, Senior et Elite, destinées aux compétitions nationales et internationales
(dépendantes pour ses dernières de l'ISU: International Skating Union). Si les compétitions
à une échelle plus restreinte sont certes intéressantes, la relation privilégiée qui règne
entre entraîneur et entraîné y est moins forte. Le haut niveau propose aussi une dimension
différente, celle de la médiatisation, par conséquent de la starisation des athlètes, et celle
où les enjeux et la pression sont plus forts, car un réel choix de vie à été réalisé.
1
Marina Anissina et Gwendal Peizerat, Le Vrai regard sur Salt Lake, D'Or et de Feu, Pléiades, éditions de la Voûte, 2002
POULAT Charlotte_2009 7Le management de la performance en Patinage Artistique et en Danse sur Glace de haut niveau
Enfin, la performance de l'athlète est mesurée par la notation attribuée par les juges.
La remise en cause de l'ancien système « 6.0 », notamment aux Jeux Olympiques de 2002,
a bouleversé la façon de travailler des juges, mais aussi des patineurs, et des entraîneurs.
Deux notes étaient attribuées, une pour le mérite technique, une pour la présentation, allant
de 0.0 à 6.0. Le total des deux notes classait les athlètes selon leur moyenne. Chaque juge
attribuait une note, et pouvait être identifié selon sa nationalité. En 2004/2005, ce système
est abandonné suite au scandale de Salt Lake City lors de la compétition de patinage
artistique en couple. La juge française a avoué avoir voté sous influence en faveur du couple
russe. Fait historique, deux médailles d'or seront alors attribuées, aux couples canadiens,
Jamie Salé et David Pelletier, et au couple russe, Elena Berezhnaya et Anton Sikharulidze.
D'autre part, Muriel Zazoui, entraîneuse du couple français Marina Anissina et Gwendal
Peizerat considère leur victoire aux Jeux Olympiques de Salt Lake comme une revanche
2
méritée, après les Mondiaux de 2001 où ils ont été classés injustement deuxièmes .
Le nouveau système de notation, CoP, est composé d'une notation technique, pour
les sauts, les pirouettes, selon des niveaux de un à quatre, et pour les pas, de un à trois.
Une note est attribuée aux composantes du programme, pour l'habileté de patinage, les
transitions, la performance et la qualité d'exécution, la chorégraphie et la composition, et
enfin pour l'interprétation. Des déductions peuvent être attribuées, en cas d'une faute de
temps, de musique, de réalisation d'un élément interdit, d'une faute de costume ou d'une
chute. Les deux notes sont additionnées, et après soustraction des déductions, une note
totale permet de classer les patineurs. Il est donc impossible de savoir quel note chaque
juge a attribué, et le patineur est extrêmement encadré lors de son programme.
Le tableau suivant détermine les éléments à maîtriser selon les âges:
Acquisitions techniques et Age
artistiques
4ème stade Chorégraphie expressive et A partir de 17 ans environ (junior et
originale -quadruples sauts? -haute sénior)
fiabilité technique
3ème stade Chorégraphie expressive - De 13 à 17 ans environ
combinaisons de triples sauts -
triples sauts -combinaison doubles
sauts et triples sauts
2ème stade Chorégraphie complexe -doubles De 10 à 13 ans environ
sauts -combinaisons de doubles
sauts -combinaisons de sauts
simples
1er stade Chorégraphie basique -sauts De 7 à 10 ans en
simples
Stade des Découverte gestuelle -se diriger - De 4 à 7 ans environ
fondamentaux s'équilibrer -s'arrêter -se retourner -
tourner -sauter -se propulser
Figure 1: La construction de l'apprentissage chez le patineur
Le quatrième stade, correspondant au haut niveau, réclame des sportifs des
compétences aussi bien techniques qu'artistiques. Les juges tiendront compte de ses deux
notions dans leur notation.
2
Marina Anissina et Gwendal Peizerat, in Le Vrai regard sur Salt Lake, D'Or et de Feu, Pléiades, éditions de la Voûte, 2002
8 POULAT Charlotte_2009Introduction
Au sens large, la performance signifie « obtenir des résultats ». Elle renvoie par
conséquent à un potentiel. Philippe Lorino définit celle d'une entreprise comme tout ce qui
contribue à améliorer le couple valeur-coût, et tout ce qui permet d'atteindre les objectifs
3
stratégiques .
Il en va de même en patinage. Une prestation performante consiste à atteindre les
objectifs stratégiques qui ont été fixés en amont, par exemple monter sur le podium, et à
optimiser le rapport entre le travail, l'effort physique, fournis, et le résultat obtenu. Dans cette
étude, nous nous consacrerons uniquement à la performance sportive, pouvant être définie
comme la capacité à développer et à exercer ses possibilités maximales dans une activité
sportive. La performance d'un athlète se mesure lors de la compétition, par rapport à son
potentiel du moment. Nous éviterons l'erreur classique qui consiste à la confondre avec le
résultat.
D'autre part, Parsons détermine quatre dimensions de la performance en entreprise,
que nous pouvons appliquer au patinage :
-la satisfaction des parties prenantes: la performance dépend tout d'abord de la
satisfaction des juges qui attribuent la note. Mais les spectateurs doivent eux-aussi être
satisfaits puisque ce sont eux qui créent de la valeur. En effet, plus le spectacle est attrayant,
en raison de la performance sportive et artistique, plus des supporters seront attirés,
augmentant ainsi les recettes par la vente de billets pour les galas ou les compétitions.
Enfin, le patineur et son entraîneur doivent être satisfaits par la prestation car la frustration
et l'échec peuvent démotiver, et empêcher la performance future.
-l'adaptation: le patineur et son entraîneur doivent s'adapter à leur environnement et
à leurs adversaires. Ainsi, dans la mesure où en haut niveau, les athlètes sont égaux
devant la règle et possèdent le même talent, la différenciation va jouer un rôle primordial.
Le programme et ses composantes doivent surprendre les juges, mais aussi le public,
artistiquement et techniquement. Marina Anissina et Gwendal Peizerat sont célèbres pour
leur porté inversé de leur programme Liberta, aux Jeux Olympiques de Salt Lake City en
2002, où la jeune femme porte son partenaire. Ce porté impressionnant nécessite la mise
en place d'un jeu d'équilibre difficile, et est exécuté avec une rapidité impressionnante.
-l'atteinte des buts: La prestation est efficiente car elle produit un résultat. On s'accorde
ici à relever le rapport entre moyens engagés et résultats obtenus. Et une action est efficace
lorsque c'est le résultat attendu qui est atteint. L'athlète est donc efficient s'il a travaillé dur
et obtient un bon classement, et il est efficace si ce classement obtenu est au moins celui
qu'il espérait, s'il atteint l'objectif qu'il s'était fixé.
-la production: la prestation de l'entraîné doit être de qualité. En d'autres termes, les
éléments techniques et artistiques demandés doivent être réalisés de façon à obtenir la
note maximale, sans déductions. Les indicateurs sont définis par le système de notation
CoP. Mme Guttin-Moine, juge en patinage, explique que la qualité d'un programme est jugée
dés l'entrée sur la Glace, selon la tenue du dos, des bras, du corps, selon les émotions
exprimées par le visage. Les indicateurs sont donc techniques et artistiques. Le second
élément est la stabilité de la prestation. La prestation en patinage artistique est performante
lorsqu'elle se répète, non seulement de l'entraînement à la compétition, mais aussi d'une
compétition à l'autre. Un athlète performant reproduit les mêmes pas, les mêmes sauts,
les mêmes portés, avec perfection, à chacun de ses passages. Chaque geste en devient
automatique, permettant ainsi de se consacrer à l'artistique, à la théâtralité.
3
Philippe Lorino, Méthodes et pratiques de la performance, 3e Edition, Editions d'Organisation, 2008
POULAT Charlotte_2009 9Le management de la performance en Patinage Artistique et en Danse sur Glace de haut niveau
Nous n'évoquerons que très peu dans notre étude la dimension économique, liée aux
éventuels revenus des athlètes et des entraîneurs, à la commercialisation des galas et
compétitions, ainsi qu'à la capacité à obtenir des sponsors. De telles données étant difficiles
à obtenir.
Les facteurs de la performance sportive en patinage sont multiples. Il s'agit des
compétences techniques, artistiques, et physiques, de la souplesse, de l'endurance, mais
aussi de la force mentale et des capacités sociales. Ces éléments doivent être intégrés dans
le management de l'entraînement, afin de maximiser la performance. Manager consistera
par conséquent à mettre en place différents leviers d'actions. Le premier se rapproche du
monde de l'entreprise, puisqu'il s'agit du pilotage rationnel. Pour produire une prestation
efficace et de qualité, l'entraîneur doit procéder à une gestion des ressources humaines
et à une planification stratégique des entraînements. Le second levier est l'innovation,
elle aussi présente dans l'entreprise, permettant la différenciation. La création artistique
produit en effet un avantage concurrentiel permettant d'accroître la performance sportive.
Enfin, le dernier levier est la relation entraîneur-entraîné. Cette dimension fait défaut dans
l'entreprise. Le patineur va être très proche de son coach, qui va le motiver et lui permettre
de progresser.
Néanmoins, si ces leviers d'action s'apparentent à ceux du monde de l'entreprise, leur
visée est quelque peu différente. Le sport se différencie par son aspect émotionnel, par
sa gestion des ressources humaines, qui n'est pas la même que pour les salariés puisqu'il
s'agit de bénévoles et d'athlètes amateurs; par sa culture et ses valeurs particulières, qui
lui imposent notamment de respecter ses concurrent et d'admettre la règle, sans quoi la
compétition n'a pas de sens. Mais surtout, le sport est en proie à ce que l'on nomme
la Glorieuse Incertitude du sport, qui rend ses résultats beaucoup plus aléatoires qu'en
entreprise.
L'entreprise va en effet tenter de réduire le risque d'investissement par la rationalisation,
alors que l'univers sportif doit accepter l'aléatoire et l'intégrer dans sa gestion. Une bonne
gestion n'induit pas forcément le succès sportif. On peut recruter les meilleurs entraîneurs
et patineurs, et obtenir des résultats médiocres. Il n'est pas possible de fixer des normes de
production permettant de renouveler les performances passées. Cette non-reproductibilité
est accentuée par la ponctualité des rencontres sportives. D'autre part, la performance
repose sur des éléments difficiles à normaliser: l'esprit de groupe, la force mentale, les
qualités physiques, affectives et psychologiques, les performances des adversaires, ou
encore le bon entraîneur.
L'idée qu'un management performant de l'entraînement repose sur le bon entraîneur
est primordiale. L'incertitude est encore plus forte en patinage que dans les autres sports,
puisque l'aspect artistique donne un aspect subjectif à la notation, ce qui n'est pas le cas
de la natation par exemple, où la performance est scientifique. La production est difficile à
mesurer en raison de la dimension émotionnelle. Ainsi, le haut niveau réclame de réduire au
maximum cette zone d'incertitude, et seul un entraîneur extrêmement compétent permettra
à l'athlète de produire une performance optimale. Les leviers d'action que nous avons
identifiés servent par conséquent à maximiser la performance et à minimiser l'incertitude.
Le bon entraîneur va donc devenir le pilote stratégique de l'entraînement, le coach physique
et psychologique de son sportif, et enfin l'artiste qui lui permettra de se différencier.
Néanmoins, si nous pouvons affirmer que les leviers d'action identifiés permettent
d'optimiser la performance en réduisant l'incertitude qui caractérise ce sport, nous verrons
que des améliorations peuvent être apportées.
10 POULAT Charlotte_2009Introduction
Le patinage artistique et la danse sur glace sont souvent assimilés à un monde de
paillettes, de jupes et de volants. La starisation des athlètes contribue à cette image.
L'apparente facilité à enchaîner les gestes, les pas et les sauts, la théâtralité des
émotions, nous font souvent oublier la technique, les douleurs physiques, pour nous
concentrer uniquement sur les aspects artistiques. Nous avons tendance à négliger les
mois d'entraînement qui ont permis la réalisation de cette performance, et les personnes
de l'ombre, celles qui ont fait corps avec les athlètes pour les mener au plus haut. Le
management de l'entraînement, par un pilotage stratégique, permet de rendre la prestation
plus efficace, en réduisant la zone d'incertitude. Cependant, la question du statut d'amateur
des patineurs et de la formation en management des entraîneurs se pose, afin de maximiser
la performance.
Le patinage artistique et la danse sur glace sont des disciplines exigeantes,
physiquement et psychologiquement. La performance est réalisée sur une courte durée.
Les mois d'entraînement se résument à 4 minutes de programme. Mais ce sont pour ces
4 minutes que les athlètes et leurs entraîneurs se lèvent tous les jours à quatre ou cinq
heures, été comme hiver, qu'ils répètent leurs pas, leurs mouvements encore et encore,
jusqu'à atteindre la perfection. La relation entraîneur-entraîné est par conséquent primordial.
L'entraîneur motive et permet la stabilité et la régularité de la prestation du sportif. Le
mental constitue le moteur de la performance. Néanmoins, il semblerait qu'une place plus
important pourrait lui être accordée, afin d'optimiser davantage la performance et de rendre
la prestation plus efficace.
D'autre part, L'excellence est le résultat d'un travail acharné. A chaque compétition, il
faut réaffirmer sa performance mais aussi faire la différence. Ce sport requière des qualités
artistiques, physiques, intellectuelles, techniques, et exige un renouvellement constant, pour
chaque saison. C'est la condition de la progression et de la performance. Cependant, le
système de notation Cop semble freiner la prise de risque. Des transformations pourraient
alors être apportées pour optimiser la performance.
Partant du principe que l'entraîneur, acteur de l'ombre, conduit son athlète à la
performance sportive lors de la compétition, comme le démontre le schéma qui suit, nous
allons développer la problématique suivante:
Dans quelle mesure le management de l'entraînement sportif en danse sur glace et
en patinage artistique permet-il la réalisation de la performance de l'entraîné lors de la
compétition?
Management de l'entraînement en patinage artistique
et en danse sur glace de haut niveau
Performance du sportif
-qualité
-stabilité
-efficacité
-différenciation
-satisfaction des acteurs en présence
Figure 2: Le management de l'entraînement permet la performance du patineur
POULAT Charlotte_2009 11Le management de la performance en Patinage Artistique et en Danse sur Glace de haut niveau
L'hypothèse que nous développerons sera que seul un management efficace et
rigoureux de l'entraînement par un bon entraîneur, permettra de s'approcher au plus prêt de
la performance lors de la compétition, en réduisant au maximum la zone d'incertitude liée
à la discipline. Le patinage artistique et la danse sur glace constituent un environnement
instable. L'entraîneur sportif le sait pertinemment. Cyril Baqué définit « celui qui réussit »
comme un entraîneur qui accompagne ses athlètes, cherche à améliorer l'efficacité de la
prestation par un pilotage performant, à développer les capacités de chacun, à s'adapter
4
à chaque situation, à appréhender le changement ou encore réduire le stress . Nous
ajouterons à ces caractéristiques la capacité à innover, et à faire preuve de créativité afin de
se différencier. Ainsi, l'entraîneur doit s'appuyer sur des outils de management pour mener
son athlète à la performance.
Dans une première partie, nous montrerons que le management de la performance
passe par un pilotage rationnel de l'entraînement par l'entraîneur, permettant ainsi l'efficacité
et la qualité de la prestation. Notre seconde partie étudiera le management relationnel
entraîneur/entraîné, propice à la stabilité et à la régularité de la prestation. Enfin, dans une
dernière partie, nous analyserons le travail d'innovation, produit d'une dynamique collective,
permettant l'optimalité de la performance.
L'étude empirique est constituée de cinq entretiens de quarante-cinq minutes chacun,
menés selon la méthode semi-directive. L'échantillon représente les différents acteurs qui
feront l'objet de notre étude: les entraîneurs, les patineurs et les juges de haut niveau:
-Mme Muriel Boucher-Zazoui:
Depuis trente ans, Madame Boucher-Zazoui entraîne ses couples de patineurs à la
Patinoire Charlemagne de Lyon, au sein du CSGL (Club des Sports de Glace de Lyon).
Spécialisée en Danse sur Glace, elle entraîne les jeunes patineurs en National et en
International. Extrêmement connue dans le milieu pour l'originalité de ses programmes, son
palmarès est impressionnant. Mme Boucher-Zazoui a en effet obtenu des titres Olympiques,
Mondiaux et Européens. Parmi les différents couples qu'elle a menés au sommet: Marina
Anissina et Gwendal Peizerat, ainsi qu' Isabel Delobel et Olivier Schoenfelder. Mais ce
travail s'est fait en équipe, notamment avec son principal collaborateur, l'entraîneur Romain
Haguenauer. (cf. annexe 1)
-M. Romain Haguenauer:
Monsieur Haguenauer a été sportif de haut niveau en Equipe de France jusqu'à ses
vingt ans. Il a ensuite obtenu son diplôme d'entraîneur national et de professeur d'EPS.
Tout comme sa partenaire de travail Muriel Zazoui, c'est la passion du sport qui l'anime. Il
est aujourd'hui entraîneur en National et en International en Danse sur Glace à la Patinoire
Charlemagne de Lyon.(cf. annexes 1)
-Mme Dube-Damioli:
Madame Dube-Damioli a elle aussi pratiqué ce sport en Championnats de France,
jusqu'à ses dix-huit ans, avant de devenir entraîneuse en patinage artistique. Après
l'obtention de son diplôme d'état, elle décide en effet de se dédier à l'entraînement des
plus jeunes, du niveau débutant au niveau national. Madame Dube-Damioli s'occupe de la
« détection » de nouveaux talents, à la Patinoire Baraban de Lyon. (cf. annexes 1)
-M. Benoît Richaud:
4
Cyril Baqué, Esprit d'équipe, motivation et performance, Pertinence et impertinence de l'usage de la métaphore sportive dans
le monde de l'entreprise, Un pour tous, tous pour un, Ed. Chiron, 2007
12 POULAT Charlotte_2009Introduction
Né le 16 janvier 1988 à Avignon, Benoît Richaud commence la danse sur glace à
l'âge de 14 ans, après avoir pratiqué l'artistique de 7 à 11ans. On le retrouve en catégorie
Espoir avec Scarlett Rouzet, puis en Junior aux côtés d'Elodie Brouiller, avec qui il participe
à la finale du Grand Prix Junior et aux Championnats du monde Junior en 2007, où ils
terminent à la 7ème place. Après avoir obtenu son bac, il passe désormais son brevet d'Etat
pour devenir entraîneur de danse sur glace, et entraîne déjà en plus de ses entraînements
personnels quotidiens. Avec sa nouvelle partenaire Terra Findlay, il obtient pour la saison
2008-2009 la 19ème place en Championnats d'Europe, la 3ème place en Championnats de
France Elite et au Grand Prix Junior de Gomel, et enfin la 4ème place au Grand Prix Junior
de Courchevel. (cf. annexes 2)
-Mme Françoise Guttin-Moine:
Madame Guttin-Moine, médaillée de bronze dans la discipline pirouettes et figures
imposées, se tourne vers le jugement en patinage artistique dans les années 1980. Dans le
même temps, elle assure le secrétariat du Comité de Patinage artistique, regroupant trente
à trente-cinq clubs au sein de la Ligue Rhônes-Alpes, Provence, Côte d'Azur des Sports
de Glace. Puis dans les années 1990, une nouvelle discipline arrive en France, venue des
Etats-Unis: le patinage synchronisé. Mme Guttin-Moine décide alors de se tourner vers ce
sport très spectaculaire, alliant esthétisme et technique. Lorsqu'on lui demande ce qui la
pousse à continuer, Mme Guttin-Moine affirme que c'est la Passion du sport et l'intérêt des
enfants. (cf. annexes 3)
Le compte-rendu d'entretiens s'organise sous forme de trois tableaux, correspondant
aux trois thèmes principaux qui nous semblent importants, au sein desquels sont classés
les différents entretiens des acteurs.
-Thème 1: La relation entraîneur-entraîné: (cf annexe 4)
*type d'entraîneur
*le bon entraîneur
*ce qu'un entraîneur attend de son sportif
-Thème 2: La performance: (cf annexe 5)
*la performance du sportif
*les pressions qui entrent en jeu
*gérer le facteur psychologique
-Thème trois: Le pilotage stratégique: (cf annexe 6)
*la planification de l'entraînement
*la mise en place de la stratégie
POULAT Charlotte_2009 13Le management de la performance en Patinage Artistique et en Danse sur Glace de haut niveau
I. La necessaire mise en place d'un
pilotage rationnel de l'entrainement ,
dirigé vers la qualité et l'efficacité de la
prestation de l'entrainé
Le pilotage d'une organisation revient à mettre en œuvre des méthodes, qui permettront
d'apprendre à agir ensemble de manière performante, mais aussi de manière de plus en
plus performante. L'entraîneur possède deux missions:
-déployer la stratégie en règles d'action opérationnelles
-capitaliser les enseignements de l'action, afin d'enrichir la réflexion sur les objectifs.
5
C'est le retour d'expérience .
Nous allons montrer que le pilotage rationnel de l'entraînement est la clef d'une
prestation performante du sportif lors de la compétition. En effet, la performance sportive
résulte d'une action collective, au sein de l'organisation sportive de patinage, entre
entraîneur, sportif, et spécialistes, tels que les médecins, ou les chorégraphes. L’entraîneur
étant la figure centrale de la production de la performance, il se doit à la fois d'être le
6
gestionnaire des ressources humaines, et d'insérer son activité au sein d'un collectif . La
division et la spécialisation des tâches mettent en question son rôle et contribuent au
processus de rationalisation du sport, optimisant ainsi la performance sportive.
D'autre part, la rationalisation de l’entraînement est indissociable du professionnalisme
de l'entraîneur, combiné a celui de l'entraîné. La stabilité, la qualité et l'efficacité de la
performance dépendent du degré d'investissement et de compétence des ces acteurs.
Le patinage artistique est un sport exigeant physiquement, par les horaires et le volume
d'entraînements mais aussi par la difficulté des programmes, et psychologiquement.
Comme tout sport de haut niveau, il faut être animé par la passion, mais aussi posséder une
grande volonté de réussir, ne pas renoncer après l'échec ou devant les difficultés, que peut
représenter par exemple une blessure. Le patinage de haut niveau rejette l'amateurisme.
Seul un comportement professionnel, lors des entraînements et de la compétition, donnera
toutes les chances au sportif de performer.
Enfin, l’entraînement est le lieu de construction de la performance, grâce à sa
planification stratégique. L’entraînement constitue un processus, que Philippe Lorino définit
comme « un ensemble d'activités, reliées entre elles par des flux d'information, ou de
matière, significatifs, et qui se combinent pour fournir un produit matériel ou immatériel,
important et bien défini, élément précis de valeur, contribution spécifique aux objectifs
5
Philippe Lorino, Méthodes et pratiques de la performance, 3e Edition, Editions d'Organisation, 2008
6
Etude Nationale sur les activités rémunérées ou indemnisées autour des sportifs de Haut-Niveau, Qu'est-ce que travailler dans
l'environnement du sport de haut niveau et produire ensemble de la performance?, Observatoire National des Métiers de l'Animation
et du Sport, sous la coordination de Philippe Fleurance, 30 septembre 2004
14 POULAT Charlotte_2009I. La necessaire mise en place d'un pilotage rationnel de l'entrainement , dirigé vers la qualité et
l'efficacité de la prestation de l'entrainé
7
stratégiques » . Tous les acteurs impliqués dans le processus possèdent des objectifs
stratégiques à atteindre. L'entraîneur est au centre de ce système. Il décide, organise,
contrôle, et conduit le changement.
Nous verrons dans un premier temps que la performance sportive résulte d'une action
collective nécessitant la gestion de l'humain par l’entraîneur. Dans un deuxième temps, nous
montrerons de quelle façon la planification stratégique de l'entraînement conduit à la qualité
et à la stabilité de la prestation de l'entraîné.
A. : La performance sportive résulte d'une action
collective nécessitant la gestion de l'humain par
l'entraîneur
Nous montrerons dans cette partie que travailler sur l'efficacité de l'organisation sportive
est source de performance. Il s'agit pour l’entraîneur d'optimiser son fonctionnement
en vue d'atteindre le succès sportif. Nous verrons aussi que la division des tâches et
la spécialisation lors de l’entraînement contribuent à la recherche de la performance.
Enfin, la professionnalisation de l’entraîneur et de l'entraîné conditionne la réalisation de
la performance. Sans implication sportive, l'athlète se cantonnera à des performances
médiocres, sans atteindre la performance optimale, par la mobilisation de l'intégralité de
son potentiel.
1. l'organisation sportive, source de performance
D'après Cyril Baqué, la structure organisationnelle peut être considérée comme un
ensemble de mécanismes d'influence, ayant pour objectif d'orienter, d'encadrer, et de
canaliser les décisions des différents membres de l'organisation. Elle possède un cadre
de référence, composé des individus, des tâches, des technologies et des moyens, des
objectifs, des normes, des valeurs, ou encore des pratiques managériales. Au centre de
cette structure, l’entraîneur. Son rôle est d'optimiser le fonctionnement de l'équipe et de
8
l'organisation .
Si l'on se réfère aux grilles d'organisation d’Henri Mintzberg, l'organisation sportive
serait une structure adhocratique missionnaire: « les travailleurs travaillent en groupes
9
de projet, pour répondre aux besoins spécifiques des clients » . En d'autres termes,
l'organisation sportive possèderait une large liberté de manœuvre afin d'atteindre les
objectifs définis, une taille modeste permettant aux différents membres d'entretenir des
7
Philippe Lorino, Méthodes et pratiques de la performance, 3e Edition, Editions d'Organisation, 2008
8
Cyril Baqué, Esprit d'équipe, motivation et performance, Pertinence et impertinence de l'usage de la métaphore sportive dans le
monde de l'entreprise, Un pour tous, tous pour un, Ed. Chiron, 2007
9
Henri Mintzberg, Le Management voyage au centre des organisations, Paris, Editions d'Organisations, 1994
POULAT Charlotte_2009 15Le management de la performance en Patinage Artistique et en Danse sur Glace de haut niveau
relations personnelles, la volonté de relever un défi, et enfin, un charisme fort de
10
l'entraineur .
Ainsi, si l'on applique ces théories au patinage artistique, l'organisation se résumerait
au club et au noyau dur, soit entraîneur et l'entraîné, et aux acteurs qui les entourent, soit les
spécialistes que sont les médecins ou encore les chorégraphes. A titre d'exemple, le CSGL
(club des sports de glace de Lyon), constitue une organisation sportive où les entraîneurs
Mme Zazoui, et Mr Haguenauer, ainsi que leurs patineurs, et entourés des spécialistes
de leur choix, entretiennent une relation de proximité, travaillent autour d'un projet et vers
la réalisation d'objectifs communs. Mme Zazoui le dit elle même, la fédération la laisse
prendre ses décisions seule. M. Haguenauer ajoute que travailler en équipe restreinte est
plus efficace, car il est impossible de mettre tout le monde d'accord. La décision finale
reviendra donc à l’entraîneur
Par conséquent, l'organisation sportive relève d'un travail en équipe autour d'un projet commun.
On est bien dans un système rationalisé, recherchant les meilleurs moyens pour assurer la
production ainsi que la reproduction de la performance. Rassembler tous les individus participants
dans une organisation, autour du pilier central qu'est l'entraîneur, mais aussi restreindre la prise
de décision au noyau dur, permet d'obtenir une unité d'action et plus d'efficacité. L'organisation
sportive est source de performance.
2. la division des tâches et la spécialisation à la recherche de
l'efficacité
a.- la division et la spécialisation des tâches sur le modèle entrepreneurial
Le sport de haut niveau est en proie depuis quelques années à une division et à une
spécialisation du travail sur le modèle entrepreneurial. Cela concerne tous les moments de
préparation de l'athlète lors de l'entraînement.
Le sport possède ses règles propres, ses intérêts spécifiques ainsi que ses institutions
particulières pour faire respecter les règles. Le postulat de rationalisation en sport, selon
l'Etude Nationale sur les activités rémunérées ou indemnisées autour des sportifs de haut
niveau, serait l'idée que chaque intervenant, afin de réaliser ses objectifs, va tendre à
agir selon le calcul des relations entre fin poursuivie et moyens à mettre en œuvre pour
y parvenir, de la façon la plus économique, la plus rapide et la plus efficace possible.
La rationalisation serait ainsi une bureaucratisation, c'est à dire la mise en place d'une
organisation, orientée vers un but unique et fonctionnel: obtenir le meilleur rendement lors
11
de la compétition.
Ainsi, lors de l'entraînement en patinage artistique, une organisation hiérarchique est
mise en place afin d'obtenir la performance sportive. Elle permet la transmission des ordres
entre les différentes parties. Par la division du travail et la spécialisation des tâches, chacun
10
Cyril Baqué, Esprit d'équipe, motivation et performance, Pertinence et impertinence de l'usage de la métaphore sportive
dans le monde de l'entreprise, Un pour tous, tous pour un, Ed. Chiron, 2007
11
Etude Nationale sur les activités rémunérées ou indemnisées autour des sportifs de Haut-Niveau, Qu'est-ce que travailler
dans l'environnement du sport de haut niveau et produire ensemble de la performance?, Observatoire National des Métiers de
l'Animation et du Sport, sous la coordination de Philippe Fleurance, 30 septembre 2004
16 POULAT Charlotte_2009I. La necessaire mise en place d'un pilotage rationnel de l'entrainement , dirigé vers la qualité et
l'efficacité de la prestation de l'entrainé
occupe un place et obéit à des règles. L'entraîneur apporte essentiellement les aspects
techniques au sportif. Il va par exemple lui enseigner les techniques de placement du corps
avant et après un saut. Les spécialistes quand à eux vont se cantonner à leur domaine
d'attribution. Benoît Richaud explique qu'il collabore avec un préparateur physique pour
travailler les faiblesses physiques ressenties sur glace, avec un chorégraphe pour monter
les programmes et enfin avec une sophrologue pour l'aspect psychologique.
Le patineur est au centre du processus de production de la performance, comme le
démontre le schéma suivant:
Figure 3: système productif de performance en patinage artistique: ligne hiérarchique
dans la division et la spécialisation des tâches
Nous avons choisi de représenter sous forme pyramidale la hiérarchie qui règne au
bord de la glace lors des entraînements. L'entraîneur se situe au sommet de cette ligne
hiérarchique, les décisions finales lui appartiennent, bien qu'il doive insérer son activité à
l'intérieur d'un collectif et mobiliser de nouvelles compétences. Selon M. Haguenauer, il est
difficile d'être le meilleur en haut niveau, il faut donc être le plus original, d'où la nécessité
POULAT Charlotte_2009 17Le management de la performance en Patinage Artistique et en Danse sur Glace de haut niveau
de s'entourer d'acteurs venus de mondes très différents, comme le théâtre ou la danse,
afin de proposer quelque chose de différent et donc de plus performant. Le patineur est
jugé aussi bien sur sa capacité à effectuer certains sauts que sur son expression scénique.
L'aspect artistique qui différencie cette discipline d'autres sports, comme le cyclisme, justifie
l'importance de s'entourer d'acteurs de milieux variés. Lors de l’entraînement, le patineur se
situe au centre du processus de production de la performance, et collabore étroitement avec
l'entraîneur. Comme l'explique Mme Zazoui, l'entraîneur est libre de prendre sa décision
seule mais doit toujours l'expliquer.
b. spécialisation des tâches et formation professionnelle
La spécialisation des tâches permet de former de façon formelle ceux qui participent à le
production de la performance, en créant notamment des diplômes spécifiques. L'accès à
12
une activité est contrôlé, et les compétences requises sont clairement définies. N'importe
qui ne peut pas s'improviser entraîneur. Il est en effet nécessaire de posséder son diplôme
d'Etat. Ainsi, Mme Zazoui, M. Haguenauer ainsi que Mme Dube-Damioli n'ont pas eu la
possibilité de s'appuyer uniquement sur leur expérience d'ancien patineur pour entraîner,
mais ont préalablement passé leur diplôme d'Etat. Ainsi, la spécialisation des tâches
entraîne indirectement une concentration de compétences spécifiques autour du patineur,
aussi bien artistiques que techniques, ou médicinales. M. Haguenauer spécifie qu'en haut
niveau, il est nécessaire de s'entourer de personnes elles aussi de haut niveau, donc très
qualifiées dans leur domaine, afin d'obtenir une performance maximale de l'entraînement,
et donc de la compétition.
Ainsi, la division et la spécialisation des tâches en patinage artistique permettent une chaîne de
coordination de compétences spécifiques au bord de la glace. La performance du patineur étant
à la fois technique et artistique, la multiplication de compétences et d'expériences y contribuent
activement en associant des acteurs et des métiers différents. La spécialisation est aussi la
garantie d'un personnel formé dans son domaine d'intervention et par conséquent extrêmement
compétent. La performance sportive va à l'encontre de l'amateurisme. Néanmoins, l’entraîneur
reste au sommet de la ligne hiérarchique et procède à un choix politique, en intégrant ou non dans
sa prise de décision ce qui lui a été suggéré par les différentes parties prenantes.
3. la professionnalisation de l'entraîneur et de l'entraîné
a. le professionnalisme de l'entraîné
Un pilotage rationnel de l’entraînement nécessite un grand professionnalisme de la part de
l'entraîneur et de l'entraîné. Comme l'explique patinage de haut niveau engendre un mode
de vie particulier et difficile: levé à 4h30, premier entraînement sur la glace à 6h, et ce
été comme hiver. Le sportif peut donc être doué pour cette discipline, mais rechigner à se
rendre à ses trois entraînements par jour, ou ne pas chercher en permanence à dépasser
ses limites.
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Etude Nationale sur les activités rémunérées ou indemnisées autour des sportifs de Haut-niveau, Qu'est-ce que travailler dans
l'environnement du sport de haut niveau et produire ensemble de la performance?, Observatoire National des Métiers de l'Animation
et du Sport, sous la coordination de Philippe Fleurance, 30 septembre 2004
18 POULAT Charlotte_2009I. La necessaire mise en place d'un pilotage rationnel de l'entrainement , dirigé vers la qualité et
l'efficacité de la prestation de l'entrainé
D'autre part, l'athlète n'a pas forcément toujours la bonne attitude lors de l'entraînement
ou de la compétition. Pour Cyril Baqué, les critères qui déterminent le degré de
professionnalisme de l'athlète sont la prise de risques, l'initiative, la remise en cause en
13
permanence, le dépassement de soi et l'humilité face à ses adversaires . A titre d'exemple,
déçu par sa deuxième place aux Championnats du Monde de Goteborg en 2008, Brian
Joubert s'énerve devant les caméras françaises: « je m'incline contre quelqu'un qui ne fait
pas de quadruple, qui ne tente pas de difficultés, donc je vais vous dire clairement, ça me
fait chier ».
La pression exercée sur les athlètes est énorme, et la gérer n'est pas toujours aisé.
Le sportif doit se comporter comme un professionnel, accepter la règle, et par conséquent
l'injustice et l'arbitraire. Mme Zazoui le dit clairement « les règles, c'est ma bible. Elles
sont là, il faut faire avec ». D'autant plus que le patinage possède cette particularité de
combiner technique et artistique dans la notation. D'où une grande part de subjectivité
pouvant accentuer ce sentiment d'injustice et conduire à certaines attitudes peu fair play,
mais souvent compréhensibles.
L'implication sportive du patineur est déterminante. Elle peut se mesurer par les efforts
produits pour revenir au plus haut niveau après une blessure. Suite à une chute au Jeux
Olympiques de Salt Lake City, Sarah Abitbol se rompt le tendon d'achille. Opérée d'urgence,
elle doit abandonner la compétition, avec son partenaire Stéphane Bernadis. Après six
mois d'absence sur la glace, la patineuse retrouve néanmoins, à force de volonté, son
plus haut niveau et termine avec son partenaire sur la première marche du podium aux
Championnats de France, et sur la seconde aux Championnats d'Europe et au Trophée
Lalique. C'est le rôle de l'entraîneur de veiller à ce que ses athlètes se préparent et se
14
conduisent professionnellement, afin d'optimiser leur performance .
b. le professionnalisme de l'entraîneur
L'entraîneur doit lui aussi être un professionnel. Il tire en effet sa légitimité de ses
compétences spécifiques élevées. L'acquisition de diplômes, mais aussi d'un savoir-faire
issu de l'expérience, ainsi que l'implication dans les tâches et dans les performances
15
demandées induisent le comportement professionnel de l'entraineur . C'est uniquement s'il
est compétent qu'il pourra mener son athlète à la victoire.
Les entretiens menés montrent bien que l'expérience est primordiale. Les entraîneurs
sont tous d'anciens patineurs. Ils possèdent l'expérience du terrain, de l'entraînement et
de la compétition. Tous s'accordent sur le fait que la légitimité d'un entraîneur repose sur
sa capacité à instaurer une relation de confiance avec son patineur. Relation qui elle-
même repose sur les compétences techniques de l'entraîneur. Mme Haguenauer parle
d'une autorité naturelle sur ses sportifs, justifiée par ses compétences techniques. Mme
Zazoui précise qu'un bon entraîneur est un entraîneur responsable. Pour bien manager
ses patineurs, il doit s'impliquer et faire le maximum pour les mener au plus haut. Un
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Cyril Baqué, Esprit d'équipe, motivation et performance, Pertinence et impertinence de l'usage de la métaphore sportive
dans le monde de l'entreprise, Un pour tous, tous pour un, Ed. Chiron, 2007
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Cyril Baqué, Esprit d'équipe, motivation et performance, Pertinence et impertinence de l'usage de la métaphore sportive
dans le monde de l'entreprise, Un pour tous, tous pour un, Ed. Chiron, 2007
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Etude Nationale sur les activités rémunérées ou indemnisées autour des sportifs de Haut-niveau, Qu'est-ce que travailler dans
l'environnement du sport de haut niveau et produire ensemble de la performance?, Observatoire National des Métiers de l'Animation
et du Sport, sous la coordination de Philippe Fleurance, 30 septembre 2004
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