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MALI
Analyse des images satellitaires sur la dynamique
des surfaces agricoles dans les zones difficiles
d'accès (insécurité) en 2021
Messages clés
o L’insécurité a fortement perturbé en 2021 la saison agricole dans les cercles du plateau Dogon, de
Djenne et de Douentza (région de Mopti) et quelques communes des cercles de Niono, Ségou, San
et Tominian (Région de Ségou).
o 5% des localités de la zone d’étude est touché par des diminutions moyennes à importantes de
surfaces agricoles en 2021. Les régions les plus affectées sont celles de Mopti avec 12% des localités
et de Ségou avec 3%.
o Une stabilité est constatée au niveau régional à Mopti de la situation agricole. 12% des localités ont
connu des diminutions moyennes à importantes en 2021, autant qu'en 2020. En 2019, ce nombre
montait à 16%.
o L'insécurité sévit dans certains cercles du Mali, mais on ne note pas d'impact majeur sur les surfaces
agricoles dans ces zones en 2021.
o La dynamique des superficies agricoles est affectée par le changement climatique notamment dans
les cercles de Diéma, Nioro et Nara ou les tendances sont à l’augmentation des superficies.
o De multiples signes visibles depuis l’espace traduisent des situations de forte vulnérabilité sur le
terrain, y compris des ménages confinés dans ou déplacés depuis leurs villages.
o Environ 254 000 personnes sont affectées par les diminutions moyennes à importantes de surfaces
agricoles dans les régions de Ségou et Mopti en 2021.
1. CONTEXTE ET JUSTIFICATION :
Le Mali traverse une crise sécuritaire profonde due aux conflits des groupes armés et aux tensions
inter et intra-communautaires dans le nord depuis les années 2012. Cette instabilité sécuritaire a
gagné le centre du pays en 2018 et progressivement les autres régions. L’insécurité n’a cessé
d’augmenter surtout dans les régions de Ségou, Mopti, Tombouctou, Kidal et Gao puis s’est
étendue sur le reste du pays notamment le nord des régions de Kayes, Koulikoro et Sikasso.
Les populations civiles continuent de payer la plus lourde tribu, à travers les attaques de villages,
des tueries, des incendies, la pose d’engins explosifs, des enlèvements, de la destruction des
champs et des greniers et du vol de bétail…. Ces différentes formes de violence ont un impact
négatif sur la sécurité alimentaire à travers la dégradation des moyens d’existence des ménages,
les déplacements de populations et la forte perturbation des activités socio-économiques. La
perturbation des mouvements des personnes et des biens allant jusqu’à l’impossibilité d’accéder
aux exploitations agricoles et aux marchés.
En plus de l’insécurité persistante, les ménages ont connu et trainent encore les séquelles de la
crise sanitaire marquée par l’avènement de la pandémie de la COVID 19 et une crise socio politique
qui secoue le pays depuis mars 2020.
Pour mieux comprendre l’impact de cette situation sur la dynamique des surfaces agricoles,
l’utilisation d’images satellitaires s’avère un moyen efficace et innovant pour acquérir des données
dans ces zones difficilement accessibles.
Octobre 2021 | Rapport sur l’analyse satellitaire au MaliLes images satellitaires acquises pendant la période du 15 juin au 10 octobre pour les années
2016, 2017, 2018, 2019, 2020 et 2021, ont été utilisées pour détecter et apprécier la dynamique
des surfaces agricoles dans les zones concernées. La période couverte concerne en théorie la
préparation des terres, les semis, les pousses des cultures et une partie de la récolte. L’analyse a
concerné de 9 350 localités dans les 7 régions. Elle est basée sur l’analyse NDVI des images
satellitaires des localités, une par une, afin d’apprécier la dynamique des surfaces agricoles ainsi,
une appréciation qualitative est fournie, sans une quantification des superficies perdues ni le type
de culture[1]. Elle permet de classer les localités selon 5 variables (Augmentation, pas de
changement, diminution légère, diminution moyenne et diminution importante. Une carte ainsi
produite permet d’identifier les villages ayant connu des difficultés à cultiver cette année. Ce travail
est le résultat d’une analyse conduite en octobre 2021 par le Ministère du Développement Rural
(MDR) en collaboration avec le Programme Alimentaire Mondial (PAM) et l’implication des services
techniques et certains partenaires : Cellule AGIR, CPS/SDR, DNA, DRA (Gao, Tombouctou, Mopti et
Ségou), INSTAT, IGM, DNGR, Mali-Météo, USSGB, IER, GIZ, IPRODI.
La corrélation de ces résultats avec des données secondaires (Système Expert, population,
proportion de ménages agricoles, données sur l’évaluation de la campagne agricole, incidents
sécuritaires), permet de mettre en évidence le lien entre la dynamique des surfaces cultivées et le
contexte sécuritaire de ces zones. Globalement, il ressort de cette analyse que l’agriculture a été
impactée différemment dans les zones concernées à des degrés divers et selon la localité,
l’ampleur des perturbations de mouvement, la présence de groupes armés, les rapports
intercommunautaires, la situation pluviométrique de ces dernières années (changement
climatique), la crise sanitaire et socio politique, etc. Ces différents facteurs combinés ou non
recommandent une utilisation nuancée des dynamiques agricoles au sein des zones concernées.
2. ZONES ANALYSÉES :
Les 27, 28 et 29 juillet 2021, le
Ministère du Développement
Rural (MDR) en collaboration
avec le Programme
Alimentaire Mondial a
organisé un atelier de
formation sur l’utilisation des
Produits d’Observation de la
Terre (POT) pour le suivi de la
campagne agricole. Cet
atelier a abouti à un plan
d’action et a procédé à
l’identification des cercles
confrontés à l’insécurité au
Mali qui feront l’objet de suivi
de la campagne agricole 2021
– 2022, sur lesquels l’analyse
de la dynamique des surfaces
agricoles et dont ce rapport
présente les résultats.
[1]
La méthodologie est discutée en Annexe 1
Octobre 2021 | Rapport sur l’analyse satellitaire au Mali3. RÉSULTATS DE L’ANALYSE :
La carte ci-après montre en jaune, en orange et en rouge les localités pour lesquelles a été
détectée, respectivement, une diminution légère, moyenne et importante en 2021 par rapport aux
années 2016 et 2017. Les points gris représentent les villages où il n’y a pas eu de changement
détecté, alors que les points verts montrent les localités où des augmentations de surfaces
agricoles ont été observées.
• Les régions de Mopti et Ségou sont les plus affectées par les diminutions moyennes à
importantes de surfaces agricoles1 et dans une moindre mesure, les régions de Tombouctou,
Kayes et Koulikoro et très peu dans les régions de Gao et Sikasso (les pourcentages exacts de
villages concernés sont fournis dans le Tableau 1 ci-dessous). On note que les zones où les
diminutions de superficies cultivées les plus importantes ont été détectées sont aussi celles qui sont
les plus affectées par l'insécurité (fortes tensions intercommunautaires, des conflits entre
groupes armés, des attaques des terroristes…) ;
• Les localités qui ont connu des augmentations sont localisées dans toutes les régions, elles
sont en nombre important surtout dans les régions de Kayes, Koulikoro, Sikasso et
Tombouctou. Cette situation peut s’expliquer par les aménagements hydro-agricoles réalisés
par l’Etat, des conditions climatiques plus ou moins favorables lors de cette saison agricole
malgré le retard des pluies, retour/arrivée de populations déplacées dans certaines zones, les
1
Des exemples d’images satellitaires sont donnés en Annexe 2 pour illustrer ces diminutions et augmentations de surfaces cultivées entre 2021 et une année
passée
Octobre 2021 | Rapport sur l’analyse satellitaire au Malipartenaires et ???privés ces dernières années, la mécanisation de l’agriculture dans certaines
régions et aussi l’engouement pour certaines cultures... ;
• Au Nord du pays, les augmentations constatées sont principalement au long du fleuve et tout
autour des lacs et mares qui sont les zones principales de cultures (périmètre irrigués, culture
de décrue, submersion libre et contrôlée.) ;
• Par ailleurs, au cours de l’interprétation visuelle des images satellitaires, deux types de
changement sur le paysage ont été détectés, tout particulièrement dans la région de Mopti
(plateau dogon et Douentza) et dans une moindre mesure dans celle de Ségou (cercles de
Ségou et Niono) :
o Pour plus d’une centaine de villages touchés par des diminutions de surfaces agricoles,
les images satellitaires montrent que les champs, qui en 2016 et en 2017 s’étendaient
parfois jusqu’à 10 km autour des localités, ne sont plus cultivés en 2021 que dans un
périmètre restreint à proximité des habitations (dans un rayon allant de 500 m à 2 km
autour du village) et parfois même un ??? abandon total des surfaces agricoles est
détecté. Ce phénomène est probablement lié aux restrictions de libre circulation
imposées aux populations dans certaines localités, aux attaques et menaces.
Les tableaux ci-dessous présentent les résultats de l’analyse de la dynamique des surfaces
agricoles par cercle dans les zones qui ont fait l’objet d’analyse :
Le nombre et pourcentage de localités affectées par les types de dynamiques ;
L’estimation de la population qui est fournie à titre indicatif avec la population projetée de
20192 pour les régions de Ségou et Mopti, la population projetée 2021 n’est pas
disponible ;
Comparaison des analyses de dynamiques de surfaces agricoles et de l’estimation des
populations affectées pour la région de Mopti.
2
Source : Direction nationale de la population (DNP)
Octobre 2021 | Rapport sur l’analyse satellitaire au Mali3.1. Tableau récapitulatif de l’analyse de la dynamique des surfaces agricoles par cercle :
L’analyse satellitaire est basée sur la liste de localités ayant servi au recensement de 2009 3, quelques localités ont été rajoutées et d’autres ayant été
mal géoréférencées ont été supprimées. À chaque localité des régions de Ségou et Mopti analysée, est associée la population projetée de 2019. Pour
les autres régions l’information n’a pas pu être collectée.
Tableau 1 : nombre et pourcentage par cercle de localités affectées par les différents types de dynamiques de surfaces agricoles en 2021
Diminution Diminution
Nbre de Augmentation Pas de changement Diminution légère
Régions Cercles moyenne importante
localités
Nbre % Nbre % Nbre % Nbre % Nbre %
Diema 285 170 60% 69 24% 38 13% 6 2% 2 1%
Kayes Nioro 262 158 60% 51 19% 52 20% 0 0% 1 0%
Total cercle 547 328 60% 120 22% 90 16% 6 1% 3 1%
Banamba 305 187 61% 89 29% 29 10% 0 0% 0 0%
Kolokani 616 238 39% 375 61% 3 0% 0 0% 0 0%
Koulikoro
Nara 460 259 56% 71 15% 121 26% 9 2% 0 0%
Total cercle 1381 684 50% 535 39% 153 11% 9 1% 0 0%
Yorosso 204 51 25% 151 74% 2 1% 0 0% 0 0%
Sikasso
Total cercle 204 51 25% 151 74% 2 1% 0 0% 0 0%
Macina 496 33 7% 454 92% 4 1% 3 1% 2 0%
Niono 350 55 16% 231 66% 47 13% 14 4% 3 1%
San 582 60 10% 498 86% 8 1% 2 0% 14 2%
Segou
Segou 736 87 12% 595 81% 23 3% 8 1% 23 3%
Tominian 382 46 12% 306 80% 23 6% 2 1% 5 1%
Total cercle 2546 281 11% 2084 82% 105 4% 29 1% 47 2%
Bandiagara 553 10 2% 446 81% 37 7% 51 9% 9 2%
Bankass 437 15 3% 290 66% 26 6% 55 13% 51 12%
Mopti
Djenne 284 38 13% 20 7% 189 67% 37 13% 0 0%
Douentza 416 15 4% 329 79% 34 8% 22 5% 16 4%
3
Source : Institut national de la statistique (INSTAT)Koro 505 8 2% 362 72% 35 7% 67 13% 33 7%
Mopti 383 37 10% 325 85% 13 3% 8 2% 0 0%
Tenenkou 346 50 14% 278 80% 7 2% 9 3% 2 1%
Youwarou 226 53 23% 136 60% 37 16% 0 0% 0 0%
Total région 3150 226 7% 2186 69% 378 12% 249 8% 111 4%
Dire 119 99 83% 16 13% 4 3% 0 0% 0 0%
Goundam 179 46 26% 132 74% 1 1% 0 0% 0 0%
G. Rharous 172 33 19% 139 81% 0 0% 0 0% 0 0%
Tombouctou
Niafunke 347 248 71% 85 24% 7 2% 4 1% 3 1%
Tombouctou 126 46 37% 76 60% 4 3% 0 0% 0 0%
Total région 943 472 50% 448 48% 16 2% 4 0% 3 0%
Ansongo 146 0 0% 146 100% 0 0% 0 0% 0 0%
Bourem 178 0 0% 178 100% 0 0% 0 0% 0 0%
Gao Gao 204 2 1% 202 99% 0 0% 0 0% 0 0%
Menaka 49 0 0% 49 100% 0 0% 0 0% 0 0%
Total région 577 2 0% 575 100% 0 0% 0 0% 0 0%
Grand total ensemble 9348 2044 22% 6099 65% 744 8% 297 3% 164 2%• Environ 5% des localités des cercles analysés est touché par des diminutions
moyennes à importantes de surfaces agricoles. Cette diminution affecte
différemment les régions, les plus touchées sont les régions de Mopti avec 12%
des localités suivi de Ségou (3%) ;
• Les régions de Kayes, Koulikoro et Tombouctou sont constituées
majoritairement avec des localités qui ont connu des augmentations en 2021
(respectivement 60%, 50% et 50% de localités concernées) ;
• « Pas de changement visible » est majoritaire dans les régions de Gao 100%,
Ségou 82%, Sikasso 74% et Mopti 69%.
Les commentaires ci-dessous présentent les interprétations détaillées de l’analyse par
région selon les différentes dynamiques détectées par suite à l’analyse des images
satellitaires et le rapprochement des résultats au diagnostic actuel sur le terrain par
l’appui des agents d’encadrement des Directions Régionales de l’Agriculture (DRA), les
chefs secteurs de l’agriculture (SA) et les coordinateurs régionaux du Système d’Alerte
Précoce (SAP) :
La région de Kayes :
L'analyse a porté sur deux des sept cercles de la région de Kayes : Diéma et Nioro. Les
diminutions moyennes à importantes sont constatées dans le cercle de Diéma à hauteur
de 3% des localités du cercle. Les deux cercles ont connu majoritairement des
augmentations de surface agricole (60% des localités pour chacun).
Les localités ayant connu des augmentations de superficies s’expliquent par :
- La régularité de la situation pluviométrique ces dernières années qui s’est beaucoup améliorée ;
- L’engouement des producteurs pour la culture de la pastèque ;
- La mécanisation des opérations culturales à travers l’utilisation des tracteurs dont le nombre
s’accroit d’année en année avec l’appui des expatriés de la zone.
Les localités ayant connu des diminutions de superficies s’expliquent par :
- La pression des déprédateurs notamment les oiseaux et les sautereaux qui poussent les
producteurs à abandonner certaines zones de cultures ;
- La migration des bras valides de la région qui aggrave l’insuffisance de main d’œuvre dans
certaines localités ;
- La confiscation de parcelles de certains producteurs à cause de conflits liés à la pratique de
l’esclavage par ascendance ou des conflits intercommunautaires.
La région de Koulikoro :
Sur un total de sept (7) cercles, trois ont fait l’objet d’analyse. Aucun cercle analysé n’a mis en
exergue des localités qui ont subi des diminutions moyennes à importantes dans la région. Les
cercles de Banamba et de Nara présentent en majorité des augmentations (respectivement 61%
et 56% des localités); quant au cercle de Kolokani, la majorité des localités (61%) ne présente pas
de changement visible.
Les localités ayant connu des augmentations de superficies s’expliquent par :
- L’augmentation des superficies de sorgho du fait de la régularité des pluies de ces
dernières années et l’existence des variétés adaptées ;
Octobre 2021 | Rapport sur l’analyse satellitaire au Mali- L’introduction de la culture de maïs ;
- La vulgarisation des variétés hâtives et ;
- Les nouveaux aménagements hydroagricoles.
Les localités ayant connu des diminutions de superficies s’expliquent par :
- Les cas d’inondations qui poussent les producteurs à quitter certaines terres de cultures
et à l’exode rural entrainant l’insuffisance de main d’œuvre ;
- Les conflits intercommunautaires et la pratique de l’esclavage par ascendance conduisant
à des cas d’expropriation de terres agricoles dans certaines communes notamment les
communes de Ouagadou et Nara (village de Kéibane) dans le cercle de Nara ;
- L’irrégularité pluviométrique et l’insuffisance d’équipements agricoles qui poussent les
producteurs à abandonner certaines terres de cultures.
La région de Sikasso :
La région de Sikasso compte sept (7) cercles dont, un seul (Yorosso) a fait l’objet d’analyse. Dans
le cercle de Yorosso, l’analyse des images satellitaires n’a pas révélé de localités en diminutions
moyennes et importantes. Les diminutions légères (1%) observées des localités ne sont pas liées
au contexte sécuritaire que connait le cercle.
La région de Ségou :
L’analyse a couvert cinq (5) cercles (Ségou, Macina, Niono, San et Tominian) sur sept (7) que compte
la région. Les cercles concernés par l’analyse dans cette région ont été différemment impactés par
les diminutions moyennes à importantes dont Niono 5%, Ségou 4% et Tominian 3%. Pour tous les
cercles, la majorité des localités (plus de 65%) ne présente pas de changement visible en 2021. Par
ailleurs, les augmentations de surfaces agricoles ont été constatées dans tous les cercles avec un
taux qui varie entre 7% à 16% de localités selon les cercles.
D’après des informations fournies par la DRA-Ségou : 84 localités/hameaux de cultures dans le
cercle de Niono ont été déplacés cette année, suite à des menaces/attaques, 11 465 hectares de
terres cultivées sont estimés avoir été abandonnées en 2021.
Toujours selon la DRA, les opérations de récolte sont entravées par l’insécurité persistante avec la
destruction des gerbiers de riz et l’interdiction d’accès aux parcelles en maturité. Ainsi les 115 471
hectares mis en valeur ne seraient pas entièrement récoltés et battus dans la zone office. Cette
situation d’entrave à l’accès aux parcelles est présentement accentuée dans les zones de
production de Molodo, N’Débougou et Kouroumari.
Selon une enquête en cours de la DRA-Ségou qui couvre toute la région, 45 352 hectares sont
identifiés comme abandonnés et 18 070 producteurs touchés sont recensés.
Les localités ayant connu des augmentations de superficies s’expliquent par :
- Des efforts consentis pour l’aménagement hydro-agricole de plusieurs dizaines de milliers
d’hectares dans les cercles de Niono, Macina, Ségou et San ;
- L’installation/arrivée de déplacés dans les zones qui sont moins exposées à l’insécurité et
leurs accès aux terres agricoles/jachères.
Octobre 2021 | Rapport sur l’analyse satellitaire au MaliLes localités ayant connu des diminutions de superficies s’expliquent par :
- L’insécurité récurrente qui a entrainé l’abandon des localités face à la menace/attaques et
la présence des groupes radicaux ;
- Le déplacement massif des populations vers des zones plus sécurisées à la recherche de
protection laissant derrière eux les terres qu’elles cultivent depuis des années.
La région de Mopti :
Tous les cercles de la région de Mopti sont couverts par les analyses de 2021. Moins d’un quart
(23%) des localités de la région est touché par des diminutions de surfaces agricoles dont 12%
constitue des diminutions importantes à moyennes. Les cercles les plus affectés par ces
diminutions en 2021 sont Bankass (24% des localités), Koro (20%), Djenne (13%) et Bandiagara
(11%). La majorité des localités des cercles de Mopti, Bandiagara, Tenenkou, Douentza et Koro ne
présente pas de changement visible en 2021. Une augmentation des surfaces agricoles allant de
10 à 23% a été constatée dans les cercles de Djenne, Mopti, Tenenkou et Youwarou.
Les diminutions peuvent s’expliquer d’une part au retard dans les opérations de semis à travers
une installation tardive de la pluviométrie et sa mauvaise répartition dans le temps et dans
l’espace au niveau de tous les cercles de la région occasionnant un retard dans le développement
des différentes cultures et d’autres part à l’insécurité grandissante au centre empêchant la mise
en valeur des parcelles un peu distant des localités et à l’inondation de certaines parcelles.
La région de Tombouctou :
Les analyses ont été effectuées pour les cinq (5) cercles que comptent la région. Les cercles de
Dire et Niafunke sont majoritairement dominés par les augmentations (respectivement 83% et
71% des localités) tandis que les cercles de G. Rharouss 81%, Goundam 74% et Tombouctou 60%
de « Pas de changement visible ». Les localités où, il a été constaté une augmentation des
surfaces agricoles sont celles le long du fleuve Niger, des cours d’eau, les alentours des lacs et
mares. Des diminutions moyennes à importantes ont été constatées dans le cercle de Niafunke
qui sont de l’ordre de 3% des localités du cercle.
Les augmentations observées dans cette région s’expliquent par les aménagements hydro-
agricoles réalisés par l’Etat, les projets/programmes et les initiatives privées. Pour les diminutions,
elles s’expliquent par les menaces/attaques des groupes radicaux.
La région de Gao :
Les résultats dans le tableau représentent la situation de l’analyse des cercles de Bourem,
Ansongo, Gao et Ménaka dans la région de Gao. Le constat est que sur 577 localités analysées.
3.2. Estimation de la population affectée par les diminutions de surfaces agricoles
en 2021 dans les régions de Ségou et Mopti ;
Définir une méthodologie consensuelle d’estimation de la population affectée par les diminutions
de superficies agricoles constitue une phase importante de cette analyse. Elle a été basée sur :
1. L’identification de toutes les localités qui ont connu une diminution moyenne à
importante de surfaces agricoles ;
2. Sur la base de ces localités retenues, un deuxième filtre est appliqué pour retenir dans
cette liste, les localités des communes dont les producteurs arrivent à couvrir au moins
leurs besoins alimentaires au moins pour neuf (9) mois dans l’année, c’est-à-dire
« largement excédentaire », « excédentaire », « autosuffisant » et « déficitaire ». Cette
Octobre 2021 | Rapport sur l’analyse satellitaire au Maliinformation vient du Système d’Alerte Précoce (SAP) - Système Expert qui catégorise
les communes en huit (8) classes : largement excédentaire, excédentaire,
autosuffisant, déficitaire, très déficitaire, secondaire, appoint et négligeable ;
3. Enfin, la proportion de ménage pratiquant habituellement l’agriculture (ENSAN-
Sept2019) est appliquée à la population projetée 2019 (DNPop) pour chaque localité
faisant partir de la liste définitive des localités ayant subi une diminution moyenne à
importante et pouvant couvrir les besoins alimentaires au moins pour 9 à 12 mois.
Cette méthodologie nous a permis d’aboutir à l’estimation de la population affectée par les
diminutions (moyenne à importante) de surfaces agricoles par cercle (voir tableau ci-dessous)
Tableau 2. Dynamique des surfaces agricoles, population affectée par les diminutions moyennes
à importante : nombre et % par cercle.
Population Population affectée
Régions Cercles
2019 Nombre %
Bandiagara 430896 2 675 1%
Bankass 363978 74 396 20%
Djenne 286497 32 526 11%
Douentza 339026 843 0%
Mopti Koro 498435 90 834 18%
Mopti 507120 3 485 1%
Tenenkou 223965 4 430 2%
Youwarou 149182 0 0%
Total région 2799099 209 188 7%
Macina 324 526 859 0%
Niono 501 574 15 075 3%
San 458 605 6 117 1%
Segou
Segou 956 923 14 541 2%
Tominian 303 978 8 040 3%
Total région 2 545 606 44 633 2%
Total ensemble 5 344 705 253 821 5%
A défaut de la population de projetée 2021, nous avons utilisée celle de 2019. Elle n’est disponible que pour les régions de Ségou et Mopti
Les cercles les plus affectés par les diminutions (moyenne à importante) en termes de population
sur la base de la projection de la population de 2019 (DNP) sont les cercles de la région de Mopti
avec 20% à Bankass, Koro 18% et 11% à Djenne. Pour la région de Ségou, il y’a les cercles de Niono
3%, Tominian 3% et Ségou 2%. La population touchée dans les deux régions (Mopti et Ségou) est
estimée à 253 821 personnes, représentant 7% de la population totale de la région de Mopti et
5% pour celle de Ségou4.
4
De la population totale des cinq cercles (Ségou, Macina, Niono, San et Tominian) de la région analysée sur les huit.
Octobre 2021 | Rapport sur l’analyse satellitaire au MaliCarte 3. Dynamique des surfaces agricoles : Population affectée en 2021 par localité, régions de
Mopti et Ségou.
Les autres régions n’ont pas fait l’objet d’estimation de population affectées par faute de données
sur la population.
3.3. Comparaison des analyses (dynamique surface agricole et estimation de
population) octobre 19, octobre 20 et octobre 21 de la région de Mopti :
En faisant une comparaison des analyses d’octobre 2019, octobre 2020 et celles d’octobre
2021 nous constatons, une augmentation des surfaces agricole dans la région de Mopti. Les
diminutions moyennes et diminutions importantes passent de 16% des localités en 2019 à 12%
en 2020 et 2021. Cette tendance se confirme pour les cercles de Bandiagara (35% en 2019, 23%
en 2020 et 11% en 2021), Koro (25% en 2019, 24% en 2020 et 20% en 2021) qui connaissent une
relative amélioration. La stabilité est constatée pour les cercles de Youwarou, Tenenkou et Mopti
avec 1% de différence entre les différentes analyses. Les cercles qui ont connu une dégradation
en 2021 sont Djenne 7% des localités significativement affectées en 2019, 4% en 2020 et 13% en
2021), Douentza (10% en 2019, 5% en 2020, 9% en 2021) et Bankass (22% en 2019, 22% et 24%),
voir Graphique 1.
Les différences d'interprétation par les analyses d'une année sur l'autre peuvent avoir un impact
également, cela peut s’expliquer par plusieurs facteurs dont :
➢ L’arrivée/le retour de populations déplacées dans ces zones ;
➢ L’organisation des populations en groupe de travail champêtre pour des raisons d’ordre
sécuritaire ;
➢ Les efforts consentis par le gouvernement et ses partenaires dans le cadre de la
sécurisation de ces zones.
➢ Les accords signés entre les communautés et groupes armés ;
➢ La réduction de la fréquence des attaques par rapport à 2019 et 2020 ;
Octobre 2021 | Rapport sur l’analyse satellitaire au Mali➢ Les conditions climatiques relativement favorables en début de campagne dans certaines
zones ;
➢ La réalisation d’aménagement/réhabilitation hydro agricoles au niveau de certains cercles.
40%
35%
35%
30%
25%
24%
24%
23%
22%
22%
25%
20%
20%
16%
13%
12%
12%
15%
11%
10%
9%
10%
7%
5%
4%
3%
3%
5%
2%
2%
1%
1%
0%
0%
0%
0%
Bandiagara Bankass Djenne Douentza Koro Mopti Tenenkou Youwarou Région
Analyse 2019/référence Analyse 2020/référence Analyse 2021/référence
Graphe 1. Dynamique des surfaces agricoles : comparaison des analyses octobre 2019, 2020 et 2021 en termes de proportion de localités ayant connu de diminution
moyenne à importante par cercle
Par rapport à la comparaison des populations affectées en 2020 et 2021, une stabilité est
constatée dans la région mais, au
Population Population
niveau cercle, il faut noter que les Population
Cercles affectée en 2020 affectée en 2021
cercles de Djenne, Bankass et 2019
Nbre % Nbre %
Tenenkou ont connu une
Bandiagara 430 896 19 181 4% 2 675 1%
augmentation de la population
Bankass 363 978 57 318 16% 74 396 20%
affectée par les diminutions qui sont
Djenne 286 497 4 932 2% 32 526 11%
passées respectivement de 2% en
Douentza 339 026 2 048 1% 843 0%
2020 à 11% en 2021, 16% en 2020 à
Koro 498 435 102 762 21% 90 834 18%
20% en 2021 et 0% en 2020 à 2% en
Mopti 507 120 2 407 0% 3 485 1%
2021. Les diminutions du nombre de
Tenenkou 223 965 517 0% 4 430 2%
population affectée ont été
Youwarou 149 182 2 315 2% 0 0%
enregistrées dans les cercle de
Région 2 799 099 191 481 7% 209 188 7%
Bandiagara (4% en 2020 à 1% en
Tableau 3. Comparaison des populations affectées pour les analyses d’octobre 2020 et
2021) et Youwarou (2% en 2020 à 0% 2021.
en 2021).
3.4. Corrélation avec l’insécurité au Mali et les données de la campagne agricole
(SAP et DNA) ;
Les résultats ont été triangulés avec des données d’insécurité.
Octobre 2021 | Rapport sur l’analyse satellitaire au MaliLe projet « Armed Conflict Location & Nbre d'incidents Nbre de
Régions Cercles
Event Data » (ACLED) collecte des sécuritaires morts
Ansongo 193 489
données géoréférencées
Bourem 33 6
d’évènements de conflit armé et les
Gao Gao 120 130
morts liés à ces incidents, permettant Menaka 85 198
de cartographier les zones de crise. La Total 431 823
carte ci-dessous (Carte 4) montre la Diema 8 18
dynamique des surfaces agricoles par Kayes Nioro 7 2
localité superposée avec les données Total 15 20
Banamba 1 0
d’incidents sécuritaires recensés pour
Kolokani 2 4
la période du 01 janvier au 10 octobre Koulikoro
Nara 22 8
2021. Total 25 12
Le tableau ci-contre (Tableau 4) Bandiagara 167 222
montre les nombres d’incidents Bankass 81 34
sécuritaires et nombres de morts par Djenne 90 162
Douentza 246 534
cercle signalés par ACLED entre
Mopti Koro 74 84
janvier et octobre 2021, pour notre
Mopti 103 150
zone d’analyse. Les types Tenenkou 30 102
d’évènements qui ont été pris en Youwarou 20 8
compte sont les suivants : Battles Total 811 1296
(batailles), Explosions / Remote violence Macina 35 62
(explosions / violence actionnée à Niono 173 176
San 12 20
distance) et Violence against civilians Segou
Segou 47 72
(violence dirigée contre les civils).
Tominian 18 36
Sur cette période, 1 757 incidents Total 285 366
sécuritaires sur les 2 000 signalés au Sikasso
Yorosso 36 14
Total 36 14
Mali se sont déroulés dans la zone
Dire 9 0
d'analyse (soit 88%) et a enregistré 2
Goundam 19 2
639 morts, 93% de l’ensemble des 73 82
G. Rharous
morts au niveau national. Tombouctou
Niafunke 16 14
Les régions les plus affectées pendant Tombouctou 37 10
cette période, sont Mopti avec 811 Total 154 108
Grand Total 1757 2639
incidents sécuritaires pour (1 296
morts), suivi de Gao 431 incidents Tableau 4 nombre d’incidents sécuritaires et nombre de morts par cercle
entre 01 janvier et 10 octobre 2021 (ACLED)
contre (823 morts), Ségou 285
incidents pour (366 morts) et Tombouctou 154 incidents contre (108 morts).
Sur la carte ci-dessous, nous pouvons observer :
• Les localités affectées par des diminutions moyennes (en orange) et importantes (en rouge)
se trouvent dans des zones où ont été reportés de nombreux incidents sécuritaires.
• Les cercles de l’est de la région de Mopti et le Nord des cercles de la région de Ségou étant
aux prises de l’interférence de différents groupes armés, la violence intercommunautaire est
exacerbée et le contexte sécuritaire global est très volatil. L’impact de cette situation sur les
surfaces agricoles cultivées est fortement visible en 2021 dans les cercles de Koro, Bandiagara
Douentza, Bankass, Djenne et Mopti (région de Mopti) et Niono, Ségou (région de Ségou).
Octobre 2021 | Rapport sur l’analyse satellitaire au Mali• Les régions de Gao, Tombouctou, Sikasso, Koulikoro et Kayes et les cercles de zones inondées
ont également connu des évènements violents durant cette période, mais en nombre plus
faible. Ces zones sont particulièrement touchées par la présence de groupes armés,
impliquant une forte criminalité mais permettant un état de calme relatif. Cette situation
sécuritaire, ainsi que le contexte géographique de ces zones, pourraient expliquer un
déroulement de la saison agricole moins perturbé que pour les cercles du plateau Dogon et
le Nord de la région de Ségou.
L’insécurité sévit dans les cercles de la zone d’analyse mais n’a pas eu forcément un impact
négatif sur la dynamique des surfaces agricoles de ces cercles.
Les zones où ont été observées des augmentations de surfaces agricoles ont enregistré Peu
ou pas d’incidents sécuritaires pendant la période indiquée. Les résultats croisés avec les
données de l’évaluation provisoire de la campagne agricole par le SAP confirment (carte 5)
que les diminutions moyennes et importantes sont observées dans les communes classées
par le SAP comme étant des communes qui ont réalisé une mauvaise à très mauvaise
campagne agricole dans la zone d’analyse.
Carte 4. Dynamique des surfaces agricoles / Incidents sécuritaires en 2021
Octobre 2021 | Rapport sur l’analyse satellitaire au MaliCarte 5. Dynamique des surfaces agricoles/Evaluation de la campagne agricole 2021-2022
4. RECOMMANDATIONS POUR L’ANALYSE DU CADRE HARMONISÉ (CH)
Il est recommandé d’utiliser les informations Pour faciliter l’interprétation des résultats de
présentées ci- dessus pour informer l’analyse, un seuillage est proposé. Il est
l’analyse des facteurs contributifs du CH de important de noter que les consultations sur
novembre 2021, notamment sous deux le seuillage de l’analyse des dynamiques des
volets : cultures sont en cours au niveau du Comité
Technique du CH. Les recommandations ci-
o Disponibilité : étant donné que l’analyse des dessous sont donc à considérer comme
dynamiques des cultures consiste préliminaires et indicatives.
essentiellement dans une analyse des
indices de végétation, les données produites Pour le volet Disponibilité, le changement
peuvent informer l’analyse des facteurs global positif ou négatif déterminé sur base
contributifs sous le volet Disponibilité, de la somme des diminutions et
conformément aux dispositions du Manuel augmentations moyennes et importantes
du Cadre Harmonisé. est utilisé :
• Si le changement global positif/négatif
o Dangers & Vulnérabilité : là où une est compris entre 5 et 10% des localités
diminution des superficies cultivées est ou populations analysées : impact
associée à un abandon total de villages et de positif/négatif léger.
champs cultivés et/ou à des évènements • Si le changement global positif/négatif
violents (sur base des données ACLED), est compris entre 10 et 20% : impact
l’information produite peut aussi informer positif/négatif moyen.
l’analyse des facteurs contributifs sous le • Si le changement global positif/négatif
volet Dangers & Vulnérabilité. est supérieur à 20% : impact
positif/négatif fort.
Octobre 2021 | Rapport sur l’analyse satellitaire au MaliPour le volet Dangers & Vulnérabilité, • Si le changement négatif est compris
uniquement les diminutions moyennes et entre 5 et 10% : impact négatif léger.
importantes sont retenues, là où elles sont • Si le changement négatif est compris entre
associées à un abandon total des villages et 10 et 20% : impact négatif moyen.
champs cultivés et/ou à des évènements • Si le changement négatif est supérieur à
violents sur base des données ACLED : 20% : impact négatif fort.
Le tableau ci-dessous visualise les principaux résultats pour les cercles analysés :
Recommandations CH Remarques et éléments de contexte
Population
Région Cercle Dangers & Nbre d'incidents
Disponibilité affectée Nbre de morts
Vulnérabilités sécuritaires
Gao Ansongo - - 193 489
Gao Bourem - - 33 6
Gao Gao - - 120 130
Gao Menaka - - 85 198
Kayes Diema - - 8 18
Kayes Nioro - - 7 2
Koulikouro Banamba - - 1 0
Koulikouro Kolokani - - 2 4
Koulikouro Nara - - 22 8
Mopti Bandiagara Négatif léger Négatif moyen 2 675 167 222
Mopti Bankass Négatif fort Négatif fort 74 396 81 34
Mopti Djenne Négatif moyen 32 526 90 162
Mopti Douentza Négatif léger Négatif moyen 843 246 534
Négatif
Négatif moyen 90 834 74 84
Mopti Koro moyen
Mopti Mopti Positif léger - 3 485 103 150
Mopti Tenenkou Positif moyen - 4 430 30 102
Mopti Youwarou Positif fort - 0 20 8
Segou Macina Positif léger - 859 35 62
Segou Niono Positif moyen - 15 075 173 176
Segou San Positif léger - 6 117 12 20
Segou Segou Positif léger - 14 541 47 72
Segou Tominian Positif moyen - 8 040 18 36
Sikasso Yorosso - - 36 14
Tombouctou Dire - - 9 0
Tombouctou Goundam - - 19 2
Tombouctou G. Rharouss - - 73 82
Tombouctou Niafunke - - 16 14
Tombouctou Tombouctou - - 37 10
Octobre 2021 | Rapport sur l’analyse satellitaire au Mali5. CONCLUSIONS :
En 2021, la détérioration de la situation que de nombreuses dégradations sont
sécuritaire dans les régions de Ségou et visibles notamment dans les cercles de
Mopti a fortement affecté l’agriculture et a Bankass et Djenne en 2021 comparé à 2020
considérablement réduit les moyens qui était déjà une année relativement
d’existence de nombreuses communautés. dramatique en termes de réductions de
Les cercles les plus touchés sont Bankass, surfaces dans ces zones…
Koro, Djenne, Bandiagara, Douentza (région
Certaines régions (Kayes, Koulikoro, Sikasso,
de Mopti), Niono, Ségou et San (région de
Tombouctou et Gao) sont confrontées à
Ségou) où il existe de fortes tensions
’l’insécurité et à la présence de groupes
intercommunautaires et des conflits entre
armés mais cela a eu très peut / pas d’impact
groupes armés depuis fin 2018.
négatif sur la dynamique des surfaces
Le confinement de certaines communautés agricoles.
dans leur village est une forme de
vulnérabilité tout aussi importante en termes Les images satellitaires fournissent un
d’insécurité alimentaire, bien que souvent complément d’information dans des zones
moins visible ; ces populations ne peuvent peu ou pas accessibles. Les résultats de
pas accéder aux marchés du fait de l’analyse étant au niveau localité, ils
l’insécurité, et elles ont rencontré de grandes permettent un meilleur ciblage et une aide à
difficultés à cultiver leurs champs en 2021. la prise de décision dans l’élaboration des
Si localement des améliorations sont visibles, programmes d’assistance humanitaire et de
c’est surtout le cas sur le rocher de résilience.
Bandiagara où on cultive peu et Koro, alors
6. RECOMMANDATIONS :
Utiliser ces analyses comme outil d’aide à la décision et à la définition des réponses
humanitaires les plus appropriées, ciblant en particulier les communautés hôtes autant
que les personnes déplacées, se trouvant notamment dans les villages affectés par
d’importantes réductions de surfaces agricoles.
Partager l’information avec les acteurs humanitaires y compris les donateurs dans le but
d’adapter la réponse d’urgence et pour contribuer à la mobilisation des ressources
nécessaires.
Continuer à alerter de l’ampleur de la crise et des besoins humanitaires grandissants
dans la zone d’analyse et particulièrement dans les régions de Ségou et de Mopti, et plus
généralement dans le Sahel.
Renforcer les capacités techniques des partenaires et des services étatiques à la
manipulation des outils et produits d’observation de la terre pour améliorer la qualité de
l’information disponible.
Voir la possibilité que l’outil puisse prendre en compte les cultures de contre-saison et
les cultures de submersion (zone inondée) en vue de suivre les changements au niveau
de la dynamique des surfaces agricoles.
7. PROCHAINES ÉTAPES :
Procéder à une vérification terrain des résultats issus de cette analyse sur la dynamique
des surfaces agricoles en 2021.
Renforcer l’analyse en triangulant avec des données primaires ou secondaires que
Octobre 2021 | Rapport sur l’analyse satellitaire au Malipourraient fournir les services techniques et acteurs humanitaires : données agricoles,
suivi climatique, prix de marchés, incidents sécuritaires, localisation des personnes
déplacées, niveau d’assistance humanitaire, etc.
Verser les résultats de l’analyse dans les preuves du cadre harmonisé.
Compléter l’analyse avec une étude de vulnérabilité sur le pastoralisme, autre moyen
d’existence prépondérant dans la zone d’analyse.
Contacts
Pour plus d’informations :
poulo_2000@yahoo.fr
telesphore.ouedraogo@wfp.org
amadou.ibrahim@wfp.org
Octobre 2021 | Rapport sur l’analyse satellitaire au Mali8. ANNEXES :
ANNEXE 1. Notes sur la méthodologie
Les coordonnées géographiques des 9 348 localités qui ont été
analysés proviennent de la base de données du recensement
réalisé en 2009 par l’INSTAT (Institut National de la Statistique).
Elles ont systématiquement été vérifiées avec Open Street Map,
Google Maps et/ou avec les images satellitaires utilisées pour
l’analyse. Cela a permis d’apporter des corrections aux localités
ayant des coordonnées erronées. Par ailleurs, ont été ajoutés plus
200 localités qui étaient visibles sur les images, mais qui Satellite Sentinel-2 (ESA/COPERNICUS)
n’apparaissaient pas dans la liste de l’INSTAT.
L’interprétation par l’analyste pour comparer les surfaces agricoles entre 2021 et les années
précédentes se base sur des cartes dérivées à partir d’images satellitaires optiques moyenne
résolution (Sentinel-2). Ces images sont acquises tous les six jours au-dessus d’un même point, et
sont gratuitement mises à disposition par l’ESA (European Space Agency). Ainsi, ces images sont
récupérées durant la saison agricole pour la zone d’intérêt en 2021, 2020, 2019, 2018, 2017 et
2016, soit environ 20 images par saison pour chaque point analysé. L’analyse se fait pendant la
période du 15 juin au 10 octobre qui couvre en théorie la préparation des terres, les pousses de
cultures et une partie de la récolte. Une carte est ainsi produite, catégorisant chaque pixel en
fonction de sa courbe de NDVI5 de juin à octobre : l’image ci-dessous montre le résultat (à droite)
comparé à l’image disponible sur Google Earth (à gauche). Le logiciel utilisé pour réaliser ces
différentes étapes est la plateforme en ligne Google Earth Engine 6.
Cette technique permet de distinguer les surfaces cultivées de la végétation naturelle mais aussi
de bien visualiser les localités et autres constructions, afin de détecter de possibles changements
du paysage d’une année à l’autre, en comparant visuellement les cartes des différentes années.
Végétation naturelle
Localité
Culture
Source ESA/Sentinel-2
Source Google Earth Résolution 10 m
Résolution 50 cm Date 20 images
Date novembre 2016 [15juin-10oct] 2021
Images satellitaires montrant les environs du village de Gawa (commune de Madougou, cercle Koro).
À gauche, l’image disponible sur Google Earth datant de décembre 2016 ne permet pas de bien visualiser la localité ni de tirer des conclusions quant aux
cultures aux alentours. À droite, l’image dérivée de 20 images satellitaires Sentinel-2 (ESA) couvrant la saison agricole en 2021 (15 juin – 10 octobre) ; on
distingue en noir la localité, en bleu les surfaces cultivées autour des villages et la végétation naturelle en vert clair.
5
Normalized Difference Vegetation Index : indice de végétation calculé à partir des bandes rouge et infrarouge de l’image
6
code.earthengine.google.com
Octobre 2021 | Rapport sur l’analyse satellitaire au MaliChaque localité est ainsi Augmentation > 10% de superficies en plus
classifiée parmi les cinq Pas de changement Aucun changement de
catégories présentées ci-contre Diminution légère superficie
< 25% de superficies perdues
en fonction de l’évolution de Diminution moyenne 25% - 50% de superficies
ses surfaces agricoles entre perdues
Diminution importante > 50% de superficies perdues
2021 et les années passées
choisies comme référence.
Avantages et limitations de la méthodologie
Les images satellitaires sont déjà largement utilisées dans le secteur humanitaire pour produire
par exemple des cartes climatiques telles que les anomalies de pluviométrie et de biomasse à
l’échelle d’un pays ou d’une région. Cependant, ces données dites de basse résolution (taille de
pixel de l’ordre de quelques kilomètres ou centaines de mètres) ne permettent pas de tirer de
conclusions sur les champs cultivés, d’autant plus dans un pays comme le Mali où l’agriculture
reste non mécanique et où les parcelles sont de l’ordre de quelques hectares. C’est pourquoi des
images de résolution moyenne (taille de pixel 10 m) ont été utilisées pour cette analyse. Ces
données sont disponibles depuis 2015, et de nombreuses applications restent encore à être
explorées. Les principaux avantages de ce type d’images satellitaires et de l’analyse qui en est
faite sont les suivants :
L’information est recueillie à distance, et et de nombreux logiciels pour les traiter le
n’implique donc pas les risques et les coûts sont également.
associés à une visite terrain, notamment Par ailleurs, cette méthodologie présente des
dans les régions où l’accès est restreint, du limitations :
fait du contexte sécuritaire ou de contraintes
L’interprétation des images satellitaires doit
géographiques.
être validée par des données collectées sur le
Ce type d’analyse donne des résultats au terrain. Ce type d’analyse ne remplace pas
niveau village ; cette granularité vient une enquête ou d’autres données de terrain,
compléter des données souvent agrégées mais elles se complètent.
par commune ou par cercle, et est donc
Des nuages peuvent obstruer certaines
essentielle pour une compréhension plus
images satellitaires optiques et ainsi rendre
fine de la situation d’une zone.
l’interprétation visuelle difficile voire
Les satellites scannent des régions très impossible.
vastes, à une fréquence connue. En six jours,
Pour l’instant, l’utilisation des images
le satellite Sentinel-2 cartographie le globe en
satellitaires dans la dynamique des surfaces
entier.
agricoles ne permet pas de faire une
Ces données permettent de « retourner dans estimation chiffrée en hectare des
le temps » et donc de comparer une situation superficies perdues ou en augmentation, elle
actuelle avec une référence passée. ne permet pas aussi de déterminer les types
Les images qui ont été utilisées pour cette de cultures.
analyse (résolution moyenne) sont gratuites L’analyse ne prend pas en compte l’élevage.
Octobre 2021 | Rapport sur l’analyse satellitaire au MaliANNEXE 2. Exemples d’images satellitaires (diminutions et augmentation)
Exemple 1. Localité de Soye (Commune de Diankabou de cercle Koro)
2017 2021
Soye Soye
Source : ESA/COPERNICUS, Sentinel-2. Produits composites dérivés de 20 images acquises entre juin et octobre
La localité de Soye, située dans la commune de Diankabou (cercle de Koro), est visible au centre
des images ci-dessus, en noir. En 2017 (image à gauche), des champs cultivés sont visibles tout
autour de la localité dans un rayon de 5 km et même au-delà : ce sont les rectangles bleu foncé
qui se distinguent de la végétation naturelle environnante, d’une couleur plus claire. En 2021
(image à droite), les surfaces cultivées ont diminué de façon considérable et sont concentrées à
proximité de la localité, dans un rayon de 1 à 2 km. La végétation naturelle a repoussé au-delà de
ces démarcations nettes. Cette localité est catégorisée comme diminution importante au cours de
l’analyse. Selon les projections 2019 de la DNPop, 1 225 personnes vivent dans cette localité.
Exemple 2. Localité de Lamini Were (Commune de NKoumandougou, cercle de Segou)
2017 2021
Lamini Were Lamini Were
Source : ESA/COPERNICUS, Sentinel-2. Produits composites dérivés de 20 images acquises entre juin et octobre
Dans cette localité du cercle de Ségou, située dans la commune de N'Koumandougou,
l’insécurité a entraîné une perte quasi-totale des surfaces cultivées de cette localité en 2021
(image à droite). Les cultures sont bien visibles sur l’image de 2017 (à gauche).
Octobre 2021 | Rapport sur l’analyse satellitaire au MaliExemple 3. Localité de NGorogondo (Commune de Sangha, cercle de Bandiagara)
2020 2021
NGorogondo
NGorogondo
Source : ESA/COPERNICUS, Sentinel-2. Produits composites dérivés de 20 images acquises entre juin et octobre
Localité de N'Gorogondo : sur l'image de gauche (2020), on peut constater une absence totale des
cultures mais sur l’image de droite nous pouvons constate une reprise des activités agricoles.
Sources
ACLED, Armed Conflict Location and Event Data (2020), disponible à www.acleddata.com
Assanvo, W., Dakono, B., Théroux-Bénoni, L-A., Maïga, I. (Décembre 2019), Extrémisme violent,
criminalité organisée et conflits locaux dans le Liptako-Gourma, Institut d’études de sécurité,
disponible à https://issafrica.org/fr/recherches/rapport-sur-lafrique-de-louest/extremisme-violent-
criminalite-organisee-et-conflits-locaux-dans-le-liptako-gourma
Direction régionale de l’agriculture de Mopti, Situation des pertes de superficies : Campagne
agricole 2019-2020 (Novembre 2019)
DTM (Displacement Tracking Matrix) (2019), Mali, disponible à dtm.iom.int/mali
FEWS NET (Décembre 2019), MALI Perspectives sur la sécurité alimentaire - Octobre 2019 à Mai
2020, disponible à
https://fews.net/sites/default/files/documents/reports/Mali_FSOU_December%202019%20v%20final_
EN_Dec19_2.pdf
Joint Mission Analysis Center (JMAC) report on the security situation in Central Mali (Août 2019),
The United Nations Multidimensional Integrated Stabilization Mission in Mali (MINUSMA)
Gorelick, N., Hancher, M., Dixon, M., Ilyushchenko, S., Thau, D., & Moore, R. (2017), Google Earth
Engine: Planetary-scale geospatial analysis for everyone, disponible à
https://doi.org/10.1016/j.rse.2017.06.031
OCHA, Accès humanitaire au Mali : pour des stratégies d’accès plus adaptées (Septembre 2019),
disponible à
https://www.humanitarianresponse.info/sites/www.humanitarianresponse.info/files/documents/files
/mli_rpt_humaccessavrilsept_20191010_vf.pdf
Pellerin, M., Les violences armées au Sahara. Du djihadisme aux insurrections ? (Décembre
2019), Institut français des relations internationales (Ifri)
Van den Hoek, J., Agricultural market activity and Boko Haram attacks in Northeast Nigeria
(Septembre 2017), West African papers, OECD
Laure BOUDINAUD, Rapport sur l’analyse satellitaire des dynamiques de surfaces cultivées à
Mopti (Octobre 2019)
Amadou IBRAHIM, Rapport sur l’analyse satellitaire des dynamiques de surfaces cultivées à
Mopti (Octobre 2020)
Système d’Alerte Précoce (SAP), Système Expert
Direction Nationale de la Population, Projection de population 2019
Enquête Nationale de Sécurité Alimentaire et Nutritionnelle (ENSAN-sept2019)
Octobre 2021 | Rapport sur l’analyse satellitaire au MaliOffice du Niger, Rapport circonstancié sur les emblavures de la campagne agricole 2021/2022
(saison) AU 11/10/2021
INSTAT, liste des villages RGPH 2009
Octobre 2021 | Rapport sur l’analyse satellitaire au MaliVous pouvez aussi lire