Samu Social Ville de Marseille
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IEJ Marseille - juin 2014 / Photographies : Ville de Marseille - Virginie Lecable -Canèle Bernard
Ville de Marseille
Samu SocialCe livret a été réalisé par les étudiants
de 3e année de l’Institut Européen
de Journalisme de Marseille en partenariat
avec le Samu Social de la Ville de Marseille
Pour prolonger la découverte des actions
du Samu Social, rendez-vous sur le site Internet
développé pour l’occasion par l’équipe
rédactionnelle de l’IEJ Marseille :
www.ecs-marseille.comLe sommaire L’édito
M
ettreenlumière,c’estextrairedel’obscuritécequel’onnevoitpasouque
l’onneveutpasvoir.C’estsansdoutel’intentionquiaguidécesjeunes
Un Samu Social unique p. 5 à 15 journalistes de l’Institut Européen de Journalisme quand ils choisirent
comme projet de fin d’études, de sortir de l’ombre le travail patient de ces
hommesetfemmesquiquotidiennementsoulagentceuxquelamisèreécrase.
Vivre en foyer p. 16 à 38 Enparcourantcemagazineondécouvrelesstructuresmisesenplaceparla
municipalitécommeleSamuSocial,lesUnitésd’Hébergementd’Urgence.
Marseilleestlaseulemunicipalitéàs’êtredotéedecesbrigadessocialesqui
La santé dans la rue p. 39 à 50 travaillentjouretnuitàredonnerunpeudedignitéauxsans-abri,enpartenariat
aveclesnombreusesassociationsquiœuvrentdansMarseille.
Lereportagequisuitestlerésultatd’uneenquêtedeplusieurssemaines.Ilestle
Les partenariats p. 51 à 66 fruitd’unetripleexpérience:
- professionnelle pour cette dizaine de jeunes journalistes qui signent là leur
premierlongreportage,
Grandes actions p. 67 à 72 -politique,ausensnoble,oùl’onvoitcombienilestcomplexedegérerladéshérence
d’unepartiedelapopulationetl’exaspérationdeceuxquelamisèredérange,
- humaine riche avec ces hommes et ces femmes qui méritent toute notre
Le mot du Maire attention.
Jeremerciepersonnellementtousceuxquiontcontribuéàréalisercemagazine
«Jesuisheureuxquel’InstitutEuropéende etcesiteInternetimaginépourleSamuSocial.Ilspermettrontdecélébrerla
JournalismedeMarseilleaitretenuleSamu bonté et l’abnégation de tous ces acteurs silencieux qui travaillent à rendre
SocialdelaVilledeMarseillecommeprojet Marseilletoujoursplushumaine,plusaccueillanteetplusgénéreuse.
pédagogiqueannueldefind’études.
Dèsmonarrivéeàlatêtedelamunicipalité, Xavier Méry
j’ai créé ce service, unique en France avec AdjointauMaire,déléguéàlaSolidarité
celuideParis,quiadémontrésonutilitésociale etàlaLuttecontrel’Exclusion,SamuSocial
et humaine au quotidien. La générosité des
Marseillaisparticipeàsoulagerladétressedes
plus vulnérables grâce à leurs dons en tous
©VilledeMarseille
genres. Continuons à nous mobiliser pour
rendrel'espoiràceuxquisouffrent.»
Jean-Claude Gaudin
MairedeMarseille
SénateurdesBouches-du-Rhône
©VilledeMarseille
4 UnpartenariatSamuSocial-InstitutEuropéendeJournalisme UnpartenariatSamuSocial-InstitutEuropéendeJournalisme 5“Allo, ici le standard auneautrefonctiontoutaussiimpor-
tante.
du Samu Social” "Tenir à jour la main courante"
"Voiture5àPC". Commeavantchaque
tournée,lesvoituressortantesappellent
Christophesurlaradio.Lestandardiste
répondafindenoterlenombredekilo-
mètressuruncahier.à chaquesortie,
les informations de kilométrage, les
points de rendez-vous avec les SDF
et les destinations sont notées sur le
cahier des charges. "Tenir à jour le
cahier de la main courante est très ©ElisaPhilippot
important.Celanousapermisdevoir
les abus de certains marginaux ou arrivaientsurplace,iln’yavaitplusper-
particuliers.Lesgensnousappelaient, sonne.C’estpourcelaquemaintenant
©VilledeMarseille
onsedéplaçaitmaisquandlesvoitures ondemandeauxpersonnesdenepas
bougerouauxSDFderestersurplace
Le 115 reçoit chaque jour quantité d’appels qu’il bascule vers le standard afindelestrouverfacilement",explique
du Samu social. Beaucoup pensent que le numéro n’est actif que l’hiver Christophe.
mais à Marseille c’est toute l’année que le Samu Social est au bout du fil.
Letéléphonesonne,unautreSDFque
“S
amu Social bonjour !" Cette Je demande également les informa- leSamusocialdoitrécupérerauCentre
phraseChristophe,lestandar- tionssurlapersonnequelesvoitures Bourse.“C'esttoi,Germinal?”,demande
diste,larépètetoutaulongde doiventrécupéreretlelieuoùellese Christophe.
l’après-midi.LeSamuSocialdeMarseille trouve", confie le jeune standardiste. L'hommeautéléphoneacquiesceetle
aunespécificité,ilasonproprestandard. Une fois les informations en main, il standardisteluiannoncequ'unevoiture
Le115estlenuméronationald’urgence saisit la radio et communique les vavenirlechercher.“à forcedelesavoir
et d’accueil des personnes sans-abri. renseignements à la voiture la plus autéléphone,oncommenceàbienles
Unnumérod’urgenceaumêmetitreque proche.Levéhiculerécupèrelapersonne connaître.Ilrestesouventdanslemême
le 17, le 18 ou le 15. En appelant ce ensituationprécaireetl’amènedansun secteur,ducoup,c’estplusfacilepour
numéro,lespersonnessontdirectement centred’hébergement. nousdelesretrouvermaiségalementde
basculées vers Christophe ou l’un de La principale mission de Christophe : reconnaîtrelapersonneque l’on a au
sestroiscollègues.Autreparticularité dispatcherlesvoituressurlesdifférents boutdufil.”
de cette centrale d’appels, elle est endroitsoùlesSDFattendentlesvéhi- Même si c’est l’hiver que Christophe
ouvertetouslesjours,365joursparan, culespourleurtransportversunendroit reçoitleplusd’appels,auprintempsou
de5hà1hdumatin. oùdormir. enété,laligneestloind’êtremuette.Les
"Quecesoitdesparticuliers,desSDF Christopherépondauxpersonnesqui SDFontbesoind’aidetoutel’année.
oule115,jerépondsàchaquepersonne appellentettraiteleurdemandedans
le plus professionnellement possible. lesplusbrefsdélais.Maislerégulateur Florent Peyre
6 UnpartenariatSamuSocial-InstitutEuropéendeJournalisme Historique Historique UnpartenariatSamuSocial-InstitutEuropéendeJournalisme 7Samu Social Story Ainsi, dès que cela a été possible, en
2003,leSamuSocialmarseillaiss’est
lancé dans une action de bien plus
Socialmarseillais.Unrenouveauincarné
parunhomme,RenéGiancarli.
Ancienpolicier,ilprendladirectionde
C’est à Paris que le Samu grande envergure : le Plan Hivernal, l'association, à la demande de Jean-
axéautourdelamiseàdispositiond’un ClaudeGaudin,etchangeenprofon-
Social a fait son nid. gymnase,celuideSaint-André.Undis- deur son fonctionnement. "Quand je
Créé en 1993 par Xavier positifexceptionnelquiaenfinpermis suis arrivé, le service aspirait à se
Emmanuelli, médecin d’accueillirunnombreconséquentde développeravectoutel’équipe.Nous
et militant humaniste, SDFpourlesmettreàl’abridesgrands avons exploré toutes les portes,
froids. rencontrétouslespartenaires,rénové
il a depuis pour but premier
Mais comme en Provence le calvaire les locaux, aménagé les horaires
de lutter chaque jour caniculairedel’étépeutêtreluiaussi d’interventionafind’êtreauplusprès
contre la misère des plus tout aussi redoutable, cette même dessans-abri",explique-t-il.LeSamu
vulnérables. Mais comme année2003lepremierplancaniculea Social entre alors dans une nouvelle
étémisenplace.Dèsle1er juillet,des ère. Mais le Samu Social c'est aussi
Marseille aime se distinguer,
équipesspécialessillonnentlavilleet unehistoiredepartenariats.2006sera
la ville s’est permis ©VirginieLecable
délivrent tout azimut de l’eau potable une année phare, avec l'éducation
d’inventer un Samu Social auxsans-logis,oùqu’ilssoientsurla nationaletoutd’abord.
unique en son genre. commune. Leséquipesvontalorsdanslesécoles
Aprèsplusde10ansd'existence,2005 afin de sensibiliser les jeunes à la
E
n 1997, le nouveau Maire de étaientorganisées.Mais,trèsvite,l’orga- estaussiuneannéemarquantesous misère,véritableprioritéduservice.
Marseille, Jean-Claude Gaudin, nisation avec plus de moyens a su le signe du renouveau pour le Samu
décidedecréerunSamuSocial se développer. Le Samu Social a fait
quiseramunicipal. l’acquisition d’un véhicule puis de
Unepremière.Pourquoil’intégreràla plusieurs, ce qui l’a rendu bien plus
ville?Lamisèreneprendpasdecongés, présentsurleterrain.Aujourd’hui,avec
pourquoileSamuSocialenprendrait-il? 16 véhicules au moins, il a enfin les
Grâce à la municipalité, l’association moyens de ses ambitions premières :
fonctionnedoncdésormais“365jours aiderdansl’immédiattoutendonnant
paran,dejourcommedenuit”,seréjouit unechancedes’ensortiretderegagner
RenéGiancarli,sondirecteur. uneplacedanslasociété.
“ChaquepersonneduSamuSocialest
fonctionnairevolontaireetsalariéede Œuvrerpourlessans-abri,c’estaussi
lamairie.350élèvesdeslycéesprofes- les protéger de leur environnement
sionnelsaccompagnentleséquipesdu immédiat.Parcequelapériodedesfêtes
SamuSocial,chaqueannée,aucours accroîtdouloureusementcesentiment
deleurstageenentreprise.” d’exclusion,en2001,leSamuSocial
Le Samu Social a débuté et fait ses marseillaisamisenplaceunedistribu-
premièresarmesavecunepetiteéquipe tiondecolisdeNoëlpourquepersonne
de neuf personnes.Au départ, seules neresteàl’écart.Maislesfêtesdefin
desmaraudesàpieddejour etdenuit, d’annéessontaussisynonymesd’hiver. ©VilledeMarseille
8 UnpartenariatSamuSocial-InstitutEuropéendeJournalisme Historique Historique UnpartenariatSamuSocial-InstitutEuropéendeJournalisme 9d'hébergements.Réponseimmédiate,
avec l'ouverture en janvier 2012 de
l'écoleSaintLouis,quin'accueilleque à l’international
desfemmes.
Commelamisère,leSamun'apasde
Trop longtemps négligé, le secteur frontière et agit tout autour du globe
médicalestenpleindéveloppement. depuis 1998, date de la création du
Uneinfirmièredevraitintégrerlesma- SamuSocialInternationalparledocteur
raudes courant 2014 pour traiter la Emmanuelli. Depuis, de nombreuses
"bobologie" et surtout détecter si la structuressesontétabliesàl'étranger,
personne a besoin de soins. Une notamment sur le continent africain,
partieplusaffinéeparleSamuSocial veillant toujours au bien-être des plus
parisien,Marseillesaitaussis'inspirer démunis.
delacapitale.
Guillaume Lopez
Rencontre réalisée dans le cadre “EPRUS“
©VirginieLecable
LeTribunaldeGrandeInstancedevient
aussiunpartenaire.
Environ 120 personnes par an effec-
tuent des travaux d’intérêt général.
Une relation avantageuse pour les
deuxparties:“Ilnousarrived’aiderles
travailleurs que nous recevons car
ils sont souvent dans une situation
difficile.Nousleursdonnonsparfoisdes
vêtements,desadresses…”
La force du service est d'évoluer au
rythmedelaprécarité.Depuisplusieurs
années,cevisageévolue,avecnotam-
ment une augmentation importante
de femmes SDF, qui engendre de
nombreusesviolencesdanslescentres
©CanèleBernard ©VilledeMarseille
10 UnpartenariatSamuSocial-InstitutEuropéendeJournalisme Historique Historique UnpartenariatSamuSocial-InstitutEuropéendeJournalisme 11Le Samu Social en chiffres
Le Samu Social de Marseille, c’est l’aide, l’acheminement
et la réinsertion d’un public précaire. Mais ce sont aussi des besoins
et des outils, sans lesquels il ne pourrait répondre à la demande.
Coup d'œil sur la logistique du service aux mille visages Fonctionnement
des services
Autres associations
solidaire
Unité d’hébergement
d’urgance
©VirginieLecable
“L’UHU de la Madrague-Ville,
représente les 3/4 de nos subventions”
René Giancarli, directeur du Samu Social
Le nombre d’appels reçu par le Samu Social en 2013
Janvier
Février
Mars
Avril
Mai
Juin
Juillet
Août
Septembre
Octobre
Novrmbre
Décembre
0 500 1000 1500 2000 2500
©VilledeMarseille
12 UnpartenariatSamuSocial-InstitutEuropéendeJournalisme Historique Historique UnecollaborationSamuSocial-InstitutEuropéendeJournalisme 13Marseille sans frontières Les étudiants infirmiers sont restés n’apassespapiersenrègles,nepeut
interloqués, par le fonctionnement de malheureusementpasbénéficierd’aide
l'organisationmaisaussidesproblèmes ou du fameux CPAS (Centre Public
auxquelsMarseilledoitfaireface."Déjà d’ActionSociale)quiœuvrecontrela
cheznousàCharleroi,iln'yapasde précarité.
Samu Social. Il se situe seulement à
Bruxelles. Nous avons quand même Biensûr,lavillebelgetentetantbien
des associations qui luttent contre la quemaldesoutenirleserrants.Sile
précarité", expliqueuneétudiante. système de maraude est inédit pour
eux, l'Urgence sociale de Charleroi,
Maislesdifférencesnes’arrêtentpas peutpermettreletransportdessans-abri
là.“Lafaçondetraiterlaprécaritén'est et leur hébergement, mais les places
pas du tout la même dans les deux restent très limitées et les conditions
pays,notammentauniveaudessans- d’admissionrelèvent,encoreune,fois
papier.” duCPAS.
Pas de papiers, pas d'aide. Telle est
laréalitéenBelgique.Unsans-abriqui Guillaume Lopez
©VirginieLecable
Rencontre avec des infirmières belges
Comme la Canebière, le Vieux-Port ou la Bonne Mère,
le Samu Social marseillais attire “son monde“. Depuis sa création
en 1997, l’originalité de son fonctionnement a suscité la curiosité.
L
eSamuSocialmarseillaisestune pourlesaideràcréerleurpropreSamu
véritableattraction.Chine,Suède, Socialetsurtoutlefaireévolueravec
ou encore Norvège se sont déjà eux au fil du temps”, explique René
déplacées afin de piocher des idées Giancarli,directeurduSamuSocialde
dans le fonctionnement particulier de Marseille.
ceSamu.DémuniedeSamuSocialily Au printemps dernier, une délégation
aencorequelquesannées,l’Algériea d’étudiantsinfirmiersbelgesestvenue
aussifaitledéplacementdececôté-ci à son tour en visite à Marseille. Une
delaMéditerranéeets'estinspiréede conférence de bilan sur la précarité
l’exemplemarseillais. àMarseilleetlesactionsmenéespar
“Onaeuplusieursfoisdeséchanges,on le Samu Social leur a fait prendre
abeaucouptravailléaveclesAlgériens consciencedelasituation.
14 UnpartenariatSamuSocial-InstitutEuropéendeJournalisme Historique Historique UnpartenariatSamuSocial-InstitutEuropéendeJournalisme 15centred’accueiloud’hébergement.Les Bien se connaître…
©VirginieLecable
maraudesdusoir,elles,ontavanttout
pour mission de convaincre les SDF Lamarchereprend.L'étapequisuitest
deserendreàl’Unitéd'Hébergement unbureaudetabacqueJulienconnaît
d'Urgence (UHU), ou vers d’autres bien."Onpasseiciparcequelepatron
centres. Histoire de pouvoir manger, connaît les personnes qui viennent
prendreunedoucheetsereposer…En régulièrementfairelamanchedevant
hiver, nous sommes beaucoup plus son commerce. Donc je prends des
présentsenjournée." nouvellespoursavoirquiilavurécem-
Juliensortlaglacièreducoffre,ilsait ment, si quelqu'un a été envoyé à
oùaller,droitdevantsurlesmarches l'hôpital. Toutes ces connaissances,
d'un bâtiment. Là, trois matelas sont commerçants,habitantsduquartier…
alignés,chacunentredeuxcolonnes. constituent le carnet de contacts des
Sur l'un d'entre eux, un homme se maraudeurs",expliquel'agentenrepre-
réveille et répond encore groggy au nantlamarche.Ilvadelieuxenlieux
bonjourdumaraudeur."Lasanté,çava habituellement fréquentés par les
à Marseille, en rade
? Je vous sers un café ?", demande SDF,unecartographiequ’ilconnaîtpar
Julien en pointant le thermos. "Oui, cœur. “Les équipes de maraudes
merci", répond Gérard, SDF depuis créentlelien.Petitàpetit,onlesvoit
Matin et soir, le Samu Social parcourt la ville à la rencontre quatreans.Lesdeuxhommesdiscutent maisilsnousvoienteuxaussitousles
des personnes vivant dans la rue. Les équipes sont sur le terrain etlemaraudeurdemandeàsoninterlo- jours.” “Eh!Jeveuxducafé”.Julienest
cuteurs'ilabesoind'autrechose:pull, interrompu par un jeune homme qui
tout au long de l’année. La maraude : une mission cruciale.
veste,couvertures...Avantdelequitter, se dirige droit sur lui, une bouteille
G
ants, gel assainissant, radio fairelamanche.Normal,ilyaplusde illuiremetunguidedesadressesd'aide d’alcoolentaméeàlamain.Derrière,
reliéeaupostedecontrôledu passage,doncplusd’argent", explique et de secours utiles à connaître sur les personnes avec lesquelles il était
SamuSocial...Ilesthuitheures, t-il.Premierarrêtdansunepetiterue, Marseille:leGuidedel'urgencesociale. assisleregardentfaire.
Julien,agentdemaraude,terminede toutprèsduVieux-Port.
préparer le petit camion cinq places.
Danslecoffre,ilrangeminutieusement Soir et matin, été comme hiver
sonoutildetravailleplusprécieux:la
glacière.à l'intérieur,toutyest,café, Levéhiculegaré,lamissioncommence.
gâteaux,sucre,thermosd’eauchaude. "Auprintemps,lesmatinssontencore
à côté de la caisse bleue, un grand frais. Aussi, de huit heures à midi, je
sac de croquettes. "J’en donne aux marche dans Marseille pour proposer
personnesdansunpetitsachet,pour des petits encas aux personnes qui
leurchien",expliqueJulienenclaquant refusentdeserendredanslesaccueils
la double porte arrière. D'un appel dejour.C'estégalementl'occasionde
radio,ilprévientsescollèguesdeson partageruncontacthumainaveceux.
©VirginieLecable
départetenclenchelemoteur. L'après-midi,ilfaitbeauetchaud.
Direction le centre-ville. "Une grande Les gens bougent et préfèrent rester
partiedesSDFsetrouvelà-baspour à l'extérieur plutôt qu'aller dans un
16 UnpartenariatSamuSocial-InstitutEuropéendeJournalisme Immersion Immersion UnpartenariatSamuSocial-InstitutEuropéendeJournalisme 17Le "SDF" ne s’encombre pas de poli- quiouvreledébat."Dites,est-ceque
Maraude
demondeetplusd’argent.” Lavieille
tesses, il exige presque de l’agent ou femmeracontequ'ellesorttoutjustede vouspourriezmeramenerunepolaire?
qu’illuifournissedesproduitsd’hygiène. l'hôpital après une opération. Mais à Vous savez, avec la capuche là...",
lance-t-elleenfaisantminederabattre Contrairement à son sens pre-
Aujourd'hui,iln'yenapas.“Enatten- nouveausurpieds,elleaaussitôtrepris
lecapuchonsursatête.Enentendant mier plutôt négatif, la ma-
dant si tu veux j’ai ça”, propose lamanche,touslesmatins.Sarahest
Julien accepter, Cati ose du coup raude a pris aujourd'hui un
Juliensanssedémonterenluitendant rapidementrejointeparuneamie,Cati
demander,elleaussi,dequoisecouvrir. sens très positif. Grâce à elle,
unebouteilledegelassainissant.Refus etsonpetitchienditLulu.Méfiante,la
Le maraudeur sort de sa poche un le contact se noue entre les
catégorique, l'homme s'échauffe et nouvellevenuerépondaubonjourde
téléphoneportable,semetencontact équipes du Samu Social et les
commence à suivre le maraudeur en Julienparunsourireunpeucrispéet
avecd’autreséquipesduSamuSocial, gens dans le besoin.
sous-entendantqu'illuiment,avantde éluderapidementlesujetdelablessure
finalement laisser tomber et partir. qu’elle a au visage. L'une à côté de pourfairepasserlemessageetfixerun
“Danscescas-là,ilfauttoujoursrester l'autre,lesdeuxfemmesdiscutententre point de rendez-vous, où des agents
calmeetnepaschercheràargumenter copines pendant que le maraudeur remettrontàCaticedontelleabesoin.
troplongtemps.Lorsqu’ilsdécidentde leursertuncaféetdesgâteaux.Julien “Lorsqu’ils n’ont pas de téléphone ou
tournertoutestesphrasescontretoi,ce n'est pas pressé, il sait qu'il faut du d’endroit en particulier où on peut les
n’est pas la peine de continuer pour tempspourmettreenconfiance.Etça trouver,ons’entendsurunedate,une
rien…” marche. La maîtresse du petit chien, heure et un point de rendez-vous.
Lulu,sedétendprogressivement.Elle CommeonvientdelefaireavecCati”,
Garder le contact… souritplusvolontiers.Maisc'estSarah explique Julien en repartant vers le
camionduSamuSocial.
En haut de la Canebière, l'agent du
SamuSocialaperçoitSarah*,unevieille Elisa Philippot
*Leprénomaétéchangé ©ElisaPhilippot
damequ'ilal'habitudedevoirlà,assise
sur un carton. Elle fait la manche à
l’ombre, emmitouflée dans un grand Mission transport
O
manteauqu’elletientbienserrépourse utrelesmaraudes,leséquipes àl’arrièreducamion,pouvantaccueillir
protéger du froid. Pas question pour duSamuSocialontégalement jusqu’à cinq personnes, les agents
elle de se mettre au soleil. “Il y a la pourmissiondetransporterles contactentlePCpourqu’ilenregistre
sortiedemétrodemoncôté,doncplus personneslesplusdémuniesjusqu’aux l’heureetétablisseunsuiviminutieux
différentscentresd’accueiletd’héber- desmissions.
gementdeMarseille.à borddesplus “La gestion du temps a une grande
grands modèles de camions, les importance”, explique Laurent, agent
agents,engénéralpardeuxoutrois, depuisprèsde16ansauSamuSocial.
sontenliaisonconstanteaveclePoste “Ilfautserendrerapidementsurplace
deContrôle.à l’autreboutdelaligne, pour récupérer les hommes et les
lestandardcommuniquelesinforma- femmesàemmenerdanslesdifférentes
tionsnécessairescommelenomoule structures de Marseille. Le transport
prénomdesSDFqueleséquipesdoi- représente une part importante des
ventretrouver,ainsiqueleslieuxoùles missions.”
conducteursdoiventlesemmener.Dès
qu’unsans-abriestrécupéréetinstallé E.P.
©VirginieLecable ©VirginieLecable
18 UnpartenariatSamuSocial-InstitutEuropéendeJournalisme Immersion Immersion UnpartenariatSamuSocial-InstitutEuropéendeJournalisme 19Les nouveaux d’origine et de la perte du logement.
26%
visages de
à Marseille, le Samu Social s’occupe
d’environ1800personneschaqueannée. desSDFmajeurs
ontentre18
la précarité
La faute à la crise ? et29ans(Insee)
L’undeschangementsmajeursdepuis
quelques décennies reste celui de
l’explosiondestravailleurssansdomi- Plus de jeunes, plus de personnes
cile : un quart des adultes SDF a un âgées
emploi (Insee, 2012), la majorité est
en CDD (24%), en travail temporaire Autreconstat,plusdejeunes,etnotam-
(15%) ou sans aucun contrat (22%). mentceuxquisortentdeprison.“Au-
Cesemploissontsouventpeuqualifiés jourd’huilesystèmecarcéralaccueille
et,pourlamoitié,seulementàtemps tropdeprisonniers”, expliqueledirec-
partiel : 37% chez les hommes, 63% teurduSamuSocial.“Ilsn’ontplusnile
chezlesfemmes. tempsnilesmoyenspourlaréinsertion,
devenuetrèsdifficile.Lesfamilles,déjà
pauvres, n’ont pas forcément envie
de reprendre ces jeunes chez elles.
©SimonViens
25% Nous avons dû revoir notre prise en
desSDFmajeurs comptepsychologiquepourlesrelancer
Depuis une décennie, la population de Sans Domicile Fixe a beaucoup ontplusde50ans etressouderlesliensavecleurfamille.”
évolué : plus de jeunes, plus de personnes âgées, plus de femmes (Insee)
et plus de travailleurs. état des lieux àl’opposé,deplusenplusdepersonnes
âgéessontsanslogementàcausede
L
orsqueRenéGiancarliestdevenu de précarité venant de l’emploi, ex- retraitestropminces;notammentdes
directeur du Samu Social il y a plique René Giancarli. Licenciement, Plustouchéesparlacrise,lesfemmes femmessuiteaudécès deleurmari.Le
neufans,l’organisationaccompa- harcèlement au travail obligeant à la sont en effet de plus en plus nom- chômage des seniors est également
gnait les “clochards” comme on les démissionetfaisantperdrepiedàses breusesdanslarue.Alorsqu’ilyaune unecauseimportante.S’ilyaencore
appelaient à l’époque. à l’époque, victimes. Un divorce ou une rupture dizaine d’années. Celles-ci représen- peu de SDF âgés par rapport à leur
beaucoupétaientSDFdepuisdesan- peuvent également précipiter une taient seulement 20% des SDF, ce présence dans la population totale
nées, de grands marginaux qui pas- personnedanslaprécarité.” chiffreaaujourd’huidoublé.Ontrouve (47%desFrançaisontplusde50ans),
saient leur vie dans la rue. Mais ça, aussi régulièrement des jeunes filles leurnombres’accroîtrapidement:en
c’étaitavant.Selonledirecteur,depuis DansledépartementdesBouches-du- jetées à la rue parce qu’elles sont 2001,ilsneconstituaientque2%des
environsixanslaprécaritéachangéde Rhône, plus de 7000 personnes ont enceintes.Pours’adapteràcenouveau SDF.Ilssontaujourd’hui25%.
visage. demandé un hébergement d’urgence publicleSamuSocialetsespartenaires
en2013.Unsurseptétaitunenfant. ontcréédenouveauxcentres,comme
D’après l’Insee, le nombre de SDF a Laraisonlaplussouventcitéepourla celuidel’écoleSaint-Louis. Elise Lasry
augmentéde50%entre2001etdébut demandeestlaruptureaveclafamille
2012.“Nousavonsvuarriverbeaucoup etlesamis,suiviedudépartdupays
20 UnpartenariatSamuSocial-InstitutEuropéendeJournalisme Immersion Immersion UnpartenariatSamuSocial-InstitutEuropéendeJournalisme 21Un jour
Le Samu Social toujours à quai
en gare
©CanèleBernard
Saint-Charles, point de rendez-vous dans une vie de vagabond.
Depuis 2010, une convention a été signée avec la SNCF.
Les égarés savent désormais à qui parler.
A
useindecettefouleimmensede “Iciilyadestoilettes,ducafédel'eau
voyageurs,lessans-abripasse- potable...Essayezdetrouverdel'eau
raient presque inaperçus. Mais potable à Marseille”, explique Gilles,
detempsentemps,ilscréentquelques SDF,quipassesesjournéesàlagare
désagréments.Rarement,maisassez depuisqu’ilaquittél’Unitéd’Héberge-
pourgênerlesusagers,expliquantla mentd’UrgencedelaMadragueVille,il
créationdupartenariatentreleSamu yadeuxmois.
SocialetlaSNCF.
Depuis2010,deuxéquipesduSamu “Nous voulons éviter que certaines
Socialeffectuentleurmaraudeengare, personnespuissentrester7ou8ans
unelematinetl’autrel’après-midi. ici,ilpeutarriverqu’elless’enkystent.
“Lesgaresontdetouttempsfaitoffice Les agents du Samu Social font un
derefuge,parcequ'ilyauntoit,parce formidabletravaildefourmi.Sanseux,
quec'estunlieud'abrienpleincœurde ces personnes en difficulté n’auraient
laville”,expliquePhillippeDijol,manager pasd’interlocuteurdumondeextérieur,
del'engagementsocialàlaSNCF. et le lien serait définitivement rompu”,
“Ilyaenpermanenceunevingtainede racontePhilippeDijol,citantl’exemple
précaires, de SDF sur la gare. Face à de cet homme en fauteuil roulant,
cette problématique, la SNCF a voulu méconnaissable depuis que le Samu
©SimonViens
apporteruneréponsesocialeethumaine, Sociall’aprisencharge.Désormais,il
quiadébouchésuruneconventionavec s’occupe d’enseigner le jeu d’échecs
leSamuSocial.” dansuneassociation.
Immersion UnpartenariatSamuSocial-InstitutEuropéendeJournalisme 23Salle Voltaire
L
asallequisertd’abriauxSDFporte ruerefusedesedoucher,cettevieilledame
lenomd’unpoèteendéshérence.Il auxcheveuxblancrefusemêmedeparler.
ou Salle Rimbaud
mourutàMarseilleaprèsavoirreçu Pour Gilles, “la salle d’attente, c’est une
des soins à l’hôpital de la Conception, sallederepos.Lanuit,àl’extérieur,onne
celui-là même qui accueillait les sans- dortpas,alorsonvienticisereposer.C’est
abri. calmeetsurveillé”.
La salle d’attente Arthur Rimbaud est Iln’apasfermél’œildelanuit,cramponné
la plus fréquentée de la gare avec la àsesaffaires.“Lanuit,àpartirde22h,il
billetterie.Elleestcentrale,bienenvue. fautquitterlesgares.Ellesattirentd’autres
Au milieu de cette salle inaugurée en rôdeurslesoir,desgensplusdangereux”,
fanfare par Patti Smith, en novembre confie-t-il.
2011,vousneverrezpasdeSDF.Ilsne LesagentsduSamuSocialnefontguère
souhaitent pas qu’on les voit. Mais ils que quelques pas entre deux interven-
sontlà,assissurlesbancsquijouxtent tions.Toutlemondelesconnaîtici.Gilles,
lesmursdelasalle. RumeneetNasko,AlainaliasGeronimo,
Sécurité et confort sont difficilement Jérome, Ramzy... Jeanne et Stéphanie,
conciliablesquandoncohabiteavecdes sont,avectantd’autres,leshabitantsde
©SimonViens
SDF.Parfois,lesusagersseplaignent, lagare.Certainsontoubliédepuisquand
commelorsqu'unhommedécided'uriner ils la fréquentent, d’autres jurent qu’ils
dans un coin. L'hygiène justement, les quitterontbientôtsesquais.Demain,encore,
I
lssontnombreuxàprofiterdusoleilà Bulgarie, Nasko a même une fille au
l’extérieurdelagare.Ilssontpeuà pays, mais il ne gagnait pas assez, agentsduSamuSocialenfontunpoint lesagentsduSamuSocialviendrontleur
restersurlesquais.Cettegareestun mêmepoursurvivre.Stéphanie,agentdu d'honneur. “Des habits propres, une porter assistance. Demain, encore, les
lieudemouvement.Difficiledetrouver Samu Social, les aide à faire les dé- douche,çachangelavie”, confirmeune agents du Samu Social trouveront de
qui que ce soit sans compter sur la marches administratives nécessaires jeunefemmeSDF. nouveauxégarésGareSaint-Charles.
chance.Sicen’estlorsqu’onaprisren- pour s’inscrire à Pôle Emploi, avoir un Toutn'estpasparfait.Telvétérandela
dez-vous Square Narvik, ou que l’on compteenbanque,uneadresse,unnu- Simon Viens
entre salle d’attente Arthur Rimbaud. méro de sécurité sociale... Depuis un
C’estsouventparlàquecommencent mois ils remplissent des formulaires.
lesmaraudes,toujoursàpiedetsans “Vousverrez,c'estçalaFrance”,rigole
distributiondecouverture,carnuln’est Stéphanie. “Nomenclatura”, répond
censédormirengare. Nasko,rieur.Poureux,ilexisteuneporte
desortieàlaprécarité.C’estunlongche-
“C’est peut-être un nouveau départ” minmaisàforcedepatienceetd'effort
certainsyparviennent.
La salle d’attente Voltaire est peu “Rumene et Nasko sont extrêmement
connuedupublic.Situéeauboutd'un motivés, c'est un plaisir de les aider”,
quai,c’estunendroitdepassagepour confieStéphanie.
lesvoyageursquipeuventytrouverde L’administratif est une partie du travail
lalectureets'yrestaurer.C'estsurla desagentsduSamuSocial,etpouren
terrassequenousretrouvonsRumene expliquer les subtilités, la Gare Saint-
etNasko,deuxBulgares.Ilssontvenus Charlesestunbonlieuderendez-vous.
trouverdutravail,l’unestroutier,l’autre Detouslescoinsdelaville,Rumeneet
maçon.Tousdeuxavaientunemploien Naskosaventlaretrouver. ©SimonViens
24 UnpartenariatSamuSocial-InstitutEuropéendeJournalisme Immersion Immersion UnpartenariatSamuSocial-InstitutEuropéendeJournalisme 25Apache
en LIBERté
P
arvisdelaGareSaint-Charles,unaprès-mididemai,Geronimo
discuteavecsesamis,commetouslesautresjoursdel’année.
Touslesjoursoupresque.Ilvientjustedesortirdeprison.Trois
moisauxBaumettespourdélitdefuite.“J’étaisbourré”,dit-il.
Geronimo,c’estsonsurnom."Unhommageaupremierpeupleexterminé
parlesblancs." Enréalité,ils’appelleAlain.Quandonluidemanded'où
ilvient,ilrépond,sourirenarquois,frondeur:"Jesuiscitoyendumonde,
ettoi?"
Couvertdenombreuxtatouages,ilamêmesonnumérodeSécurité
Socialegravédansledos.Unsouvenirdeprison."Parcequetuvois,
onn’estquedesnuméros."
Ilracontesonhistoire :unemoto,unevoiture,unemaison,untravail
danslesVosges.Unesituation.Puis,en2008,terminé,ilquittetout,
claquelaporteetseretrouveàMarseille.
Queluiest-ilarrivé?D’oùluiestvenuecetteenviedemettreles
voiles,pour,aufinal,vivredanslarue?
“Jesuisplusheureuxcommeça”,rétorque-t-il.Peut-êtreest-cevrai.
Alors,touslesjours,ilretrouvesa"bandedepotes" surleparvisde
laGareSaint-Charles.IlycroiseaussilesagentsduSamuSocial.
"C’estgrâceàeuxquel’onvitbien",souffle-t-il,avantdenouslancer,
droitdanslesyeux:"JesuisunTerrien,unhabitantdelaterre,et
j’aimelaviequejemène." Geronimoestunhommelibre.Unhomme
quisembleheureux.
Simon Viens
©CanèleBernard
Portrait UnpartenariatSamuSocial-InstitutEuropéendeJournalisme 27Femmes aux foyers
à l’école des femmes confort rêvé. Collectivité et proximité
sontderigueurchaquesoir,maisoffre
Oùdormir?Lapremièredesquestions encontrepartieunpeudechaleur,un
dans la rue. Depuis deux ans, les repas,unlitetsurtout,lasécurité.
Elles sont de plus en plus nombreuses, mais toujours motivées femmes isolées ont quitté la mixité au Psychologue,assistantsocial,infirmière
pour s’en sortir. à Marseille, les centres d’accueil et d’hébergement seindel’Unitéd’Hébergementd’Urgence se succèdent dans le petit bureau du
tentent d’offrir aux femmes soutien et sécurité. (UHU) de la Madrague-Ville pour se dernier étage qui sert également de
retrouver, entre elles, au sein de vestiaire,àladispositiondesfemmes
U
ne petite entrée discrète, une l’ancienne école Saint-Louis. Prêtée danslebesoin,oudesallederéunion.
cour intérieure couvée par la par la Ville de Marseille et gérée par “Le bâtiment semble grand, mais
statue de la Vierge Marie, l’ArméeduSalut,lastructurehautede finalement nousmanquonsdeplace”,
l’accueil de jour pour femmes. La troisétagesestrestéeenl’état:une expliquelegérantPhilippeLeRendu.
Fontaine Saint-Vincent se présente douzaine de lits ont remplacé les Depuis le 21 janvier dernier, l’école
commeunvéritablehavredepaixau bureauxd’écoliersdanslesanciennes ouvresesportesà15 h,aulieude 17 h,
cœur de la circulation dense du sallesdeclasseauxcôtésdesgrands “maisellesarriventplutôtentre17 het
boulevard Baille. Douches, lessives, tableauxblancs. 19 h,surtoutquandilfaitbeau”, précise
collations, depuis 1994, l’association SeulementquatreWCetdeuxdouches Christelle Leclerc, éducatrice spécia-
offreunaccèsàl’hygièneàuneving- pourprèsdecinquantefemmes,instal- lisée.Lespensionnaireschangentd’un
taine de femmes démunies par jour, lésàl'extérieur,àl’autreextrémitédela jour sur l’autre, difficile alors pour
maispasseulement.Lieudevieavant cour ; le site Saint-Louis est loin du l’équiped’établirunsuivioumêmede
tout,l’accueilproposedenombreuses ©ManonMathieu
animationspourrecréerunliensocial, maison”,expliqueMarie-ThérèsePrud’-
collectifaveccespersonnes. homme,gérantedulieu.
Ouvertdésormaisseulementleslundis,
Au jour le jour mercredisetvendredis,fautedebéné-
Peinture, couture, cuisine ou simples voles,l’accueildejourorganiseégale-
momentsdedétenteetdediscussion ment des sorties, des après-midi de
autourd’uncafé,prêtduchauffageen jeuxpourlesenfantsetunekermesse,
hiver, sur la terrasse ensoleillée les àlafindumoisdemai.Lesfemmesy
beaux jours. “Pour beaucoup de vendent leurs tableaux ou ouvrages
femmes,noussommesleurdeuxième textiles,“l’occasionderécolterquelques
fonds pour rénover le local”. De tous
âges, de toutes cultures, les nécessi-
teusessontaccueilliesàbrasouverts.
“On exige qu’elles viennent avec un
papier d’une assistante sociale pour
que l’on connaisse leur histoire et
leur besoin, mais nous ne refusons
personnepourautant”,préciseMarie-
ThérèsePrud’homme.“Notreporteest
toujours ouverte.” Du moins pendant
©ManonMathieu lesheuresd’accueil.
28 UnpartenariatSamuSocial-InstitutEuropéendeJournalisme Immersion ©VilledeMarseillesavoir combien elles seront
chaque soir. Qui dit vie en
communauté dit bien souvent
aussivolsetviolencesdansces
milieux instables, d'extrême
pauvreté.
Uneproblématiquesurlaquelle
ladirectionseveutaussistricte
quesurcelledel’hygiène.“Nous
offronsunaccueilinconditionnel
mais pas à n’importe quelles
conditions, se plaît à rappeler
©CanèleBernard
PhilippeLeRendu.
“S’ilfautexclureunepersonne
©CanèleBernard
pour le bien-être et la sécurité
des 40 autres, je le fais.” Ces L’héritage de Jane Pannier litshaltesoinsantédestinésauxfemmes
dernierstemps,l’établissement vivant dans la rue avec de graves
pourfemmesfaitrarementsalle Hébergerunecentainedefemmes,les problèmes de santé et nécessitant un
comble, une bonne nouvelle écouter, les protéger, les orienter... traitement mais pas nécessairement
pour le dirigeant comme pour Depuis1948,plusdemilleaccidentées unehospitalisation, poursuitledirecteur.
l’éducatricequiconstatenttous de la vie, marginales ou violentées, Nouslaissonscinqplacesàdisposition
deux “plus de volonté pour sontaccueillieschaqueannéeausein du 115, pour les cas d’urgence. En
s’en sortir et d’espoir chez les de la Maison de la Jeune Fille du général,lesfemmesrestentdeuxmois
femmesquechezleshommes”. CentreJanePannier.Véritablerefuge ici,dansunpremiertemps.” Enréalité,
©CanèleBernard
dequatreétages,auhautdelaCane- les résidentes peuvent rester tant
bière, partagé entre chambres indivi- qu’ellesenontbesoin,àconditionde
duelles, salles de bain, pièce de vie, réellementvouloirs’ensortir.“Réguliè-
entouréedebibliothèques,etcuisines. rement, on fait le point avec elles.
“Notre but est de pouvoir garantir un Chaquefemmetravailleavecunédu-
accueil inconditionnel aux femmes cateur social référent, qui l’accompa-
majeures qui viennent ici”, explique gneraletempsnécessaire”,développe
OlivierLandes,directeurdelastructure Olivier Landes. Le directeur explique
depuis1987. qu’en20ans,lapopulationdefemmes
Ouvertseptjourssursept,vingt-quatre dansdessituationsd’urgence,livréesà
heuressurvingt-quatre,l’établissement elles-mêmes dans la rue ou victimes
pourfemmesdémunies,leurpermetde de violences s’est multipliée par dix.
constituer de nouveaux projets avec “Maisnousn’avonspasplusdeplaces
uneéquipe,decréerundossierainsi qu’avant.RentreràJanePannierde-
qu’un suivi, si compliqués à mettre mande parfois d’attendre près de six
enplacedanslesaccueilsdejourou mois…”,admet-ilàregrets.
d’extrême urgence. “Nous disposons
entoutde45lits,encomptantlescinq Elisa Philippot et Manon Mathieu
©CanèleBernard Immersion UnpartenariatSamuSocial-InstitutEuropéendeJournalisme 31“Il y a toujours pire que soi”
“J
’aihonte.HontedevenirunefoisparmoisprendreuncolisdelaBanque
Alimentaireetdénicherquelquesvêtements.Hontelorsquemesvoisins
mevoientici.” Yasmina*,venuefrapperàlaportedel’associationdes
équipesSaintVincentparhasard,pourtrouverdutravail,refusel’assistanat.
Sonmarietelleconnaissentbiendesdifficultés,sansemploietavecdeuxenfants
desixetseptansàleurcharge.Ilsnesontpasàlarue,maisleurquotidienn’est
pasunlongfleuvetranquille.“Jechercheunemploidepuisdesmois,vraiment,
etjeseraisprêteàtoutaccepter,mêmelestâcheslesplusingrates”,prometla
jeunefemmedetrenteans,dontleCVdeboulangèreestpourtantimpressionnant.
“Aumoinsmesenfantsnesontpascapricieux,ilsn’ontqu’uncadeauparanmais
saventlemériteretl’apprécier”,plaisante-t-elleavecoptimisme.Yasminaveut
s’ensortir,pourelle,safamillemaisaussipour“laissersaplaceàceuxdontla
situationestpirequelasienne”, confiet-elleavecbeaucoupd’altruisme.
Manon Mathieu
*Leprénomaétéchangé
©VilledeMarseille
L’ABC de la réinsertion
D
es vêtements de rechange, une boisson chaude et un peu d’écoute.
Aucoeurd’uneruellecalmedu6èmearrondissement,les équipesSaint-
Vincentaccueillentetrassurentunpublictrèslargementféminin.Précaires,
seulesouavecenfants,ellesviennentenquêtedeconseilsetdesoutien.Créées
parSaintVincentDepaulen1617,souslenomdelapremièreCharitéàl'hôpital
deChâtillon,leséquipesSaint-Vincenttravaillentenétroitecollaborationavecle
SamuSocialquienassurelefinancementvialaVilledeMarseille.
“Lesfemmesconstituententre70et80%despersonnesquiviennentcheznous”,
assureFrançoise,l’unedes22bénévolesducentre. “Lapopulationprécaireest
deplusenplusjeune”, ajoutet-elle.Plusencorequedesvêtementsoudescolis
alimentaires,lesateliersd’alphabétisationsontuneprioritéetunefiertépourles
équipes Saint-Vincent, permettant aux femmes de passer le DILF (Diplôme
d’Initiationdelalanguefrançaise),que“quatreélèvesontréussiàobtenirl’année
dernière”,affirmeChristineMarch,uneautrebénévole.
©VilledeMarseille
Romain Risso
32 UnpartenariatSamuSocial-InstitutEuropéendeJournalisme Immersion Immersion UnpartenariatSamuSocial-InstitutEuropéendeJournalisme 33Vous pouvez aussi lire