Tom Ellis, fils de pasteur et acteur de Lucifer - Reforme.net

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Publié le 11 juin 2021(Mise à jour le 11/06)
Par Laure Salamon

Tom Ellis, fils de pasteur et acteur
de… Lucifer
L’anecdote fait sourire mais l’acteur principal de la série Lucifer est fils de
pasteur.

Le fils d’un pasteur qui joue le diable ! Ca peut faire rire les uns et en choquer
d’autres. Tom Ellis, fils d’un pasteur baptiste, joue le rôle de Lucifer Morningstar
dans la série éponyme, sortie en 2016.

Tom Ellis a grandi au Pays de Galles. Une de ses sœurs a suivi les traces de leur
père et est devenue pasteur, également comme leur oncle. L’acteur qui incarne à
l’écran un Lucifer aux allures de dandy rocker racontait au Figaro en 2019 avoir «
grandi dans une maison sans tabou où nous parlions de beauté, d’amour, de
tolérance et de paix ». Pour Tom Ellis, la série aborde la question du pardon.
« Même pour le diable ». Il croit que « tout n’est pas bon chez Dieu et que tout
n’est pas mauvais chez le diable… Exactement comme dans la vie ».

Un Lucifer qui a quitté l’enfer
Dans cette série Lucifer Morningstar a quitté les enfers pour ouvrir une boîte de
nuit à Los Angeles. Dans la 1ère saison, il se retrouve à enquêter auprès d’une
jeune et jolie policière, Chloe Decker, sur un meurtre. Ce sera le début d’un
tandem de choc, moteur de la série dont la 6e saison est actuellement en
tournage. Pendant ce temps, Dieu envoie un ange pour convaincre Lucifer de
regagner ses enfers. Mais lui choisit de rester.

La série lancée par la Fox en 2016 mélange fantaisie, enquête policière et
comédie. Après des audiences décevantes, la chaîne américaine n’avait pas prévu
de financer la suite et d’arrêter après la 3e saison. La plateforme Netflix relance
et produit la suite qui devient un succès. La 5e saison dont les derniers épisodes
arrêtés pour cause de Covid viennent d’être mis en ligne en mai sur la plateforme
cartonne. La série est une adaptation de la BD de Mike Carey.

  Qu’est-ce que les protestants pensent du purgatoire ? Que signifie le jugement
  de Dieu ?

  E comme… enfer

  Faut-il croire au diable ?
Publié le 27 mai 2021(Mise à jour le 28/05)
Par Sophie Esposito

Série : “Chernobyl”, onde de choc
et mensonge d’État
Entre documentaire et fiction, ce vibrant plaidoyer pour la vérité montre que la
crise causée par l’accident nucléaire irradie le plan humain, scientifique et
politique.

Que s’est-il vraiment passé le 26 avril 1986 à Tchernobyl ? La mini-série anglo-
américaine réalisée par Johan Renck (Breaking Bad) et coproduite par Sky et
HBO s’empare de l’accident nucléaire le plus marquant du XXe siècle. Immersive,
bien documentée et savamment romancée, cette fiction historique intense et
sombre nous raconte les ravages d’une fake news aux accents apocalyptiques.

Ça commence par une confession sur une radiocassette. Un homme dénonce les
pressions politiques exercées par ceux qu’il tient pour responsables de cette
catastrophe. Puis il se suicide. Cet homme c’est Valeri Legassov (Jared Harris),
directeur adjoint de l’Institut d’énergie atomique de Kourtchatov. En duo avec un
apparatchik, l’ingénieur chimiste a été appelé aux commandes pour gérer la crise.
Son témoignage posthume veut réhabiliter la vérité à travers une reconstitution
rigoureuse de l’accident et de ses conséquences, depuis l’explosion du réacteur n°
4 de la centrale à 1 h 23 jusqu’au procès final, en passant par l’évacuation de
centaine de milliers de personnes et la bataille acharnée pour sécuriser,
consolider et assainir la zone.

On découvre l’immensité des mensonges élaborés par le régime bureaucratique
soviétique. Le déni organisé et le culte du secret pour cacher les erreurs
humaines et la gestion déficiente. Des hauts responsables de la centrale jusqu’aux
instances dirigeantes du pays, les (non-)décisions sont prises par aveuglement
idéologique. Multipliant les points de vue, la série intègre de nombreux
personnages qui s’expriment tous en anglais. Une physicienne biélorusse fictive
incarne la communauté scientifique ayant œuvré à Tchernobyl mais il y a aussi
des gens ordinaires, intimement liés à l’évènement. Des pompiers aux
« liquidateurs » venus pour nettoyer, tous ces héroïques anonymes appelés à agir
au péril de leur vie pour stopper la contamination mettent l’humain au cœur de la
tragédie.

Diffusée en 2019, Chernobyl a rencontré un succès fulgurant. Seule la presse
populaire russe l’accuse d’être caricaturale et de ternir la réputation du pays. La
série divise aussi les pro et les anti-nucléaires : trop dramatique pour les uns, pas
assez pour les autres. Peut-être parce que la leçon, pour le créateur de Chernobyl
Craig Mazin, est la suivante : « Ce n’est pas l’énergie nucléaire moderne qui est
dangereuse, mais le mensonge, l’arrogance et l’interdiction de faire des
critiques. »

Chernobyl de Craig Mazin, diffusée sur M6 à partir du jeudi 27 mai à 21h05.

Publié le 14 mai 2021(Mise à jour le 14/05)
Par Sophie Esposito

“Les Shtisel”, un soap en milieu
haredim
En trois saisons Les Shtisel, une famille à Jérusalem ausculte la vie quotidienne,
les relations amoureuses et la poursuite du bonheur dans une famille ultra-
orthodoxe.

Multi-récompensée en Israël (scénario, réalisation, acteurs), Les Shtisel
entremêle la vie des membres d’une famille de juifs haredim (littéralement
craignant-Dieu) du quartier de Geula à Jérusalem. Un monde très fermé où l’on vit
en respectant (le plus) strictement (possible) les préceptes de la Torah. Écrite en
2013 par deux scénaristes issus de milieux très pratiquants, la série a rencontré
un succès mondial inattendu sur Netflix et s’inscrit dans une tendance forte de la
télévision israélienne à raconter la vie des minorités religieuses. Les ultra-
orthodoxes représentent plus d’un tiers de la population de Jérusalem.

Le rabbin Shulem, veuf depuis peu, rêve de voir son fils cadet se marier et trouver
un métier honorable. Mais ce dernier, Akiva, jeune idéaliste doué pour la
peinture, est tiraillé entre les valeurs du milieu où il a grandi, émaillé de rituels et
d’interdits, et celles de la société moderne, laïque et libérale, intrigante et
effrayante, en marge de laquelle il a toujours vécu. Autour de ce tandem père-fils,
on découvre des familles nombreuses structurées autour d’un réseau
d’enseignement rabbinique géré par des hommes qui ne travaillent pas, des
femmes qui font bouillir la marmite et des mariages arrangés. Quelle place pour
l’amour dans un tel environnement ? C’est là qu’apparaît la pertinence de la forme
dramatique choisie : le feuilleton à l’eau de rose avec les désirs secrets, la
grossesse cachée, le mariage blanc, les espoirs et les chagrins, les petits
arrangements et les fantasmes. Comme la pétillante grand-mère qui jubile devant
le vieux soap Amour, Gloire et Beauté dans sa maison de retraite alors que la
télévision est proscrite chez les haredim !

Contrairement à Unorthodox qui mesure l’effort à fournir pour se défaire du poids
d’un héritage familial et religieux juif rigoriste, Les Shtisel ne porte pas de
jugement critique ou moral. Tournée en hébreu et en yiddish, la série épouse
strictement les codes et les mœurs hassidiques. L’écriture fine et intelligente
favorise l’identification aux personnages en nous racontant des histoires pleines
d’humanité qui soulignent que ces vies en apparence hyper contraintes et cadrées
ne sont pas si austères et sont tout sauf étriquées. Poétique et drôle, portée par
des acteurs remarquables, cette saga traite aussi du deuil, de la culpabilité, de la
perception du temps qui passe et d’un monde qui change.

Les Shtisel, une famille à Jérusalem, 3 saisons, sur Netflix.

Lire également :

  A lire en temps de confinement, une échappée belle

Publié le 29 avril 2021(Mise à jour le 29/04)
Par Sophie Esposito
4e saison de “La Servante
écarlate” : à Gilead, la guerre est
déclarée !
La saison 4 de La Servante écarlate revient sur OCS Max le 29 avril. L’heure est à
la révolte, menée par une figure sacrificielle avide de vengeance. Une quête
destructrice ?

Adaptant The Handmaid’s Tale, le best-seller de Margaret Atwood écrit en 1985,
Bruce Miller crée en 2017 une série TV au succès considérable. Multi-primé,
manifeste politique et social pendant l’ère Trump et #MeToo, La Servante
écarlate est devenu un symbole mondial du combat féministe.

Une    république                          théocratique                      et
phallocratique
Dans un futur proche ravagé par la pollution et l’infertilité, un coup d’État des
fondamentalistes religieux impose une théocratie militaire : la République de
Gilead. Les règles sont strictes, intolérantes envers les minorités, ultra-
répressives. Les hommes sont au pouvoir, les femmes sont dévalorisées et
asservies. Les Épouses dirigent les maisons que les Marthas entretiennent et les
Servantes, fertiles, reconnaissables à leur austère tunique rouge sang et à leur
coiffe qui les empêche de regarder autour d’elles, assurent la reproduction. Elles
sont endoctrinées pour accepter les étapes dévolues à leur fonction de mères
porteuses : viol, grossesse, rapt d’enfant…

Dans ce régime au rigorisme moral terrifiant caché sous une ritualisation du
quotidien (langage, cérémonies), on suit le parcours de June Osborne. Arrachée à
sa petite fille et à son mari, qui s’est réfugié au Canada, June est condamnée à
vivre comme Servante des époux Waterford dans une relation triangulaire
complexe, entre alliances feintes et répulsion. En apparence obéissante, c’est une
héroïne indignée dont la voix-off intérieure et les flash-back nous révèlent les
souvenirs (la chute de la démocratie américaine) et la lutte acharnée contre
Gilead.
Ode à l’émancipation
Virtuose, la mise en scène emprunte au monde médiéval (codes vestimentaires,
mœurs) avec une esthétique au fort impact visuel, symbolique et émotionnel
(couleurs, géométrie, gros plans, ralentis, musique). Le récit ausculte les
personnages féminins, leurs attitudes face à ce régime patriarcal totalitaire qui
nie leur intimité, leur individualité. Peut-on survivre sans collaborer ? Rester
humain malgré la peur, la culpabilité ou la mauvaise conscience ? Comment
résister ?

Célébrant l’amour maternel sans y réduire l’identité féminine, la série exalte la
diversité, la sororité, l’émancipation et le désir impossible à endiguer. Face à la
cruauté de Gilead, la révolte devient collective. La conspiration étend ses
ramifications dans toutes les castes et s’organise autour de June, impressionnante
Elisabeth Moss, leader de la rébellion, jusqu’à l’international ?

La Servante écarlate, saison 4, série créée par Bruce Miller, le 29 avril sur OCS
Max, 10×50 min.

Lisez l’article sur “La servante écarlate”, une dystopie religieuse critique du
fondamentalisme chrétien

Publié le 8 avril 2021(Mise à jour le 8/04)
Par Sophie Esposito

Série : “Baghdad Central”, à qui la
faute ?
Noire, originale et haletante, Baghdad Central est une mini-série sur l’Irak qui
dresse le double portrait d’un père de famille tourmenté par son passé et d’un
pays qui ne s’appartient plus.

Irak 2003. Après la chute de Saddam Hussein, alors que les Américains et les
Britanniques tentent de sécuriser le pays à grand renfort de chars, d’hélicoptères
et de checkpoints, Bagdad est plongée dans le chaos, la poussière et les gravats.
Ex-policier irakien, endeuillé par la mort de sa femme et de son fils, Muhsin Kadr
al-Khafaji accepte de travailler pour la coalition par intérêt familial. En
collaborant, il offre des soins médicaux à sa fille cadette qui souffre d’une
infection des reins et espère retrouver son aînée, étudiante rebelle déterminée à
lutter pour la démocratie, qui a mystérieusement disparu…

Le point de vue d’un Irakien
Adapté d’un roman d’Elliott Colla, auteur américain expert du Moyen-Orient, ce
thriller sous haute tension adopte, une fois n’est pas coutume, le point de vue
d’un Irakien percuté de plein fouet par un conflit qui a mis son existence en
lambeaux. Entremêlant les aspects géopolitiques et les préoccupations intimes, la
série interroge la possible reconstruction des êtres et la réconciliation des
générations dans un pays ruiné, méprisé, occupé, rongé par les trafics et la
corruption, les luttes de pouvoir et d’influence. Pris entre ses responsabilités, ses
ambivalences et ses zones d’ombres, ce beau personnage de flic solitaire et de
père aimant se demande comment rester intègre. Passionnant et émouvant.

Baghdad Central, série créée et écrite par Stephen Butchard, 6 épisodes de 47
min, diffusé sur Arte les jeudis 8 et 15 avril 2021 à 20 h 55 et sur arte.tv jusqu’au
7 mai.
Publié le 1 avril 2021(Mise à jour le 1/04)
Par Sophie Esposito

Série : “Hippocrate” saison 2,
l’hôpital à cœur ouvert
Diffusée sur Canal +, la captivante deuxième saison d’Hippocrate nous
plonge dans les coulisses d’une institution hospitalière française plus
vraie que nature.

En 2018, le cinéaste et médecin Thomas Lilti adaptait son film Hippocrate en
format série pour Canal+. Il était question d’un service hospitalier malmené par
des conditions sanitaires imprévues conduisant plusieurs internes et un médecin
légiste (Alyson, Hugo, Chloé, Arben) à prendre le relais de titulaires mis en
quarantaine. Forte d’un gros succès public et critique, la deuxième saison a été
mise en chantier mi-janvier 2020 avant de s’interrompre à cause de la pandémie…
Le réel est venu rattraper la fiction, violemment ; la saison 2 restitue cette
tension, évidemment.

En raison d’une inondation, les urgences sont rapatriées dans le service de
médecine interne de nos attachants héros. Avec un rythme effréné, au milieu des
couloirs encombrés de patients, la série ausculte les relations entre les soignés et
les soignants, particulièrement les jeunes internes moins expérimentés. Elle
interroge notre rapport à la vie, à la mort, au collectif, à l’engagement. Dans cet
hôpital exsangue avec un personnel à qui on demande de faire toujours plus avec
moins, seule la solidarité permet de dépasser les dysfonctionnements. Cette
nouvelle saison rend un vibrant hommage au courage des soignants qui, avec
leurs forces et leurs faiblesses, luttent sans relâche pour la survie de l’hôpital.
Coup de cœur !

Hippocrate, saison 2. Une série créée et réalisée par Thomas Lilti – 8×52 min.
Diffusée sur Canal+ à partir du 5 avril les lundis à 21 h. Deux épisodes par soirée.

Publié le 25 mars 2021(Mise à jour le 25/03)
Par Sophie Esposito

Série : “Le Prix de la paix”, guerre
en héritage et passé trouble
Diffusée par Arte, cette série fait le jour sur une période peu glorieuse de
l’histoire suisse, durant et à l’issue de la Seconde Guerre mondiale.

1945. La guerre est finie. La Suisse, petit pays neutre au cœur de l’Europe, a été
relativement épargnée. La jeune génération helvète aspire au renouveau et à la
justice. Tandis que Klara tente de réparer les blessures des survivants de
l’Holocauste dans un foyer de la Croix-Rouge, son fiancé Johann, qui travaille
dans l’industrie textile, espère moderniser l’entreprise en difficulté de son beau-
père. Egon, le frère de Johann, fait ses premiers pas dans le bureau du procureur
général. Sa mission : pourchasser les nazis évadés.

Confrontés au conservatisme et aux compromissions de leurs aînés, tous trois se
rendent vite compte que cette façade de paix se construit avec le sang des
victimes de la guerre. Avec un scénario bien documenté et très démonstratif, Le
Prix de la paix porte un regard sans complaisance sur un pan méconnu de
l’histoire de la Suisse pendant le conflit mondial et dans l’immédiat après-guerre.
On y voit le rôle discret des banques, les compromis idéologiques envers le voisin
hitlérien, l’indigence des moyens accordés à l’accueil des réfugiés juifs rescapés
des camps de concentration, la corruption de l’administration et l’organisation de
filières pour « blanchir » l’argent des spoliations et les nazis en fuite.

À travers le destin croisé des membres d’une famille, entre aspiration intimes et
responsabilité collective, cette fresque chorale historique et courageuse va
crescendo.

Le Prix de la paix, six épisodes diffusés sur Arte les 25 mars et 1er avril à
20 h 55 et sur arte.tv
Publié le 18 mars 2021(Mise à jour le 18/03)
Par Sophie Esposito

Série : Bir Baskadir montre deux
visages      de    la   Turquie
d’aujourd’hui
Bir Baskadir est une captivante mini-série turque qui radiographie avec justesse
et empathie une société écartelée entre diverses aspirations et contradictions.

En turc, Bir Baskadir signifie « quelque chose de différent ». Parfaitement
nommée pour nous sortir de nos choix un peu occidentalo-centrés en matière de
série, cette production originale Netflix vaut le détour tant elle semble
représentative de ce qui se passe de l’autre côté du Bosphore. Réalisée par
Berkun Oya, cette série en huit épisodes fait grand bruit en Turquie depuis son
lancement à la mi-novembre 2020. Encensée ou décriée, elle est tout sauf lisse et
mérite amplement d’être regardée.

Fracture économique, sociale et religieuse
Tout commence par la première visite de Meryem chez une psychologue
stambouliote. Femme de ménage à temps partiel, la jeune fille modeste et
musulmane pieuse voudrait comprendre ce qui provoque ses évanouissements
fréquents. Grande bourgeoise athée dérangée par le voile, la thérapeute tente de
libérer la parole de sa patiente tout en essayant de dépasser ce qu’elle ressent au
plus profond d’elle-même comme une agression personnelle, une confrontation. À
partir de ces deux femmes, et de leur entourage, se dévoile la césure entre une
Turquie urbaine occidentalisée et une Turquie rurale traditionaliste : une fracture
économique et sociale mais aussi religieuse, culturelle, idéologique, identitaire et
psychique.

Contemplatif et polyphonique, le récit prend le temps de nous présenter des
paysages et des visages. On découvre une dizaine de personnages forts et
attachants ; des gens aussi ordinaires que complexes présentés avec beaucoup
d’humanité. On ressent leurs frustrations et leurs désirs, leur détresse, leur
solitude.

Ode à la tolérance
À travers eux, la série fait le portrait tout en nuances d’une société riche et
contrastée, divisée, polarisée. À mille lieues de la reconstitution historique ou du
feuilleton à l’eau de rose, elle ausculte les clivages contemporains entre ville et
campagne, entre les classes sociales aisées et les plus démunies. Elle capte les
tensions au sein des foyers, dans les familles, entre les générations, dans les
couples et au cœur des individus eux-mêmes. Elle interroge le statut des femmes,
le port du voile, la liberté religieuse dans les milieux laïcs aisés et les milieux
conservateurs populaires, les traumas, la maladie mentale, la sexualité, le besoin
d’émancipation et le besoin d’amour. Les personnages y sont tous formidablement
campés à l’image de l’extraordinaire actrice principale, Öykü Karayel, qui joue
Meryem, et dont le visage, jusque dans la sobriété des expressions, ne cesse de
captiver le regard. Magnifique personnage central que cette Meryem
réconciliatrice ; qui va d’une Turquie à l’autre, qui écoute et qui parle aux deux.

D’une façon générale, Bir Baskadir tire les antagonismes vers des résolutions
apaisées où la parole et la tolérance ressuscitées l’emportent sur les non-dits, la
haine et les incompréhensions. En ces temps de profondes divisions sociales et
politiques, en Turquie comme en Europe, la démarche est salutaire. D’autant que
cette passionnante série a rencontré un énorme succès dans son pays d’origine !

Bir Baskadir, série créée par Berkun Oya, 8 x 40-55 min sur Netflix.

https://www.youtube.com/watch?v=3xB3_v09vuw
Publié le 4 décembre 2020(Mise à jour le 4/01)
Par Sophie Esposito

Série : “Le jeu de la dame”, dans
l’attente d’un faux pas
Sur Netflix, le Jeu de la Dame est une mini-série hypnotique dans laquelle
l’échiquier devient le théâtre d’une guerre psychologique intérieure et
spectaculaire !

Le fabuleux destin de Beth Harmon, jeune prodige des échecs dans l’Amérique
misogyne des années 1960, bat tous les records d’audience sur Netflix ! On y suit
l’apprentissage puis l’ascension exceptionnelle d’une joueuse glamour qui tente
de remporter tous les tournois internationaux jusqu’à battre le champion du
monde et devenir la reine d’un milieu ultra-compétitif et masculin. On explore
aussi son enfance, son passage à l’âge adulte, son émancipation.

C’est palpitant et jubilatoire. Des champions comme Garry Kasparov ont
contribué à l’authenticité du projet, aux termes techniques, à la gestuelle, à la
reconstitution rigoureuse des parties, entre silences et tensions… Mais le vrai
sujet de cette série phénomène n’est pas tant le jeu d’échecs, aussi complexe et
fascinant soit-il, que le dépassement de soi et de son humaine condition.

En quête d’identité et de reconnaissance, Beth est un personnage d’une rare
ambivalence : un cerveau bien structuré et un comportement toujours
imprévisible. Placée dans un orphelinat chrétien après le suicide de sa mère, elle
doit surtout lutter contre elle-même, affronter son passé et ses addictions (alcool,
drogue). Se battre contre la peur de l’abandon et les faux-semblants. Avec ses
immenses yeux noisette emplis de vulnérabilité, de tendresse et de fureur, Anya
Taylor-Joy est une actrice magnétique. Sa performance coup-de-poing illumine ce
portrait intimiste et féministe. Tout sauf un échec !

Le jeu de la dame, sept épisodes, disponible sur Netflix.

Publié le 26 novembre 2020(Mise à jour le 4/01)
Par Massimo Prandi

Série : “viva la Patria”
Disponible sur Canal +, la série Patria revisite le conflit entre l’ETA et les
autorités espagnoles à travers des l’histoire tragique de deux familles.

Trop complaisante envers les militants armés de l’ETA (pour Euskadi ta
Askatasuna, soit « Pays basque et liberté ») ? Trop indulgente vis-à-vis de la
répression des patriotes basques par l’État espagnol ? En un mot, trop
équidistante dans un conflit qui a ensanglanté l’Espagne pendant des décennies ?
Les opinions sur la série Patria divergent nettement au-delà des Pyrénées,
témoignant d’une blessure encore ouverte dans la société civile espagnole.

Tirée d’un roman du même nom de l’écrivain basque Fernando Aramburu, publié
en 2016, la série est une franche réussite. Elle parvient à restituer non seulement
le contexte historique de la « guerre sale » entre Madrid et l’ETA, mais aussi à
faire revivre les drames personnels de deux familles rangées dans les deux camps
qui s’opposent, marquées à jamais par le sang versé.

Patria, à partir du 23 novembre sur Canal+.
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