L'ÉQUIPE DERRIÈRE LES STARS

 
L'ÉQUIPE DERRIÈRE LES STARS
N O 7/2015, 20 FÉVRIER 2015                                                                                     ÉDITION FR ANÇAISE

                                Fédération Internationale de Football Association – Depuis 1904

               FC Bâle : Ligue des Champions de l’UEFA

                         L’ÉQUIPE                                                         ZLATAN IBRAHIMOVIC
                                                                                          UN CLIP POUR
                                                                                          LA BONNE CAUSE

                        DERRIÈRE                                                          SEPP BLATTER
                                                                                          PAS DE DEMI-MESURES DANS
                                                                                          LA LUTTE CONTRE LE RACISME

                       LES STARS                                                          COLOMBIE
                                                                                          L’ATLÉTICO NACIONAL
                                                                                          EST DE RETOUR

                                                                                                         W W W.FIFA.COM/ THEWEEKLY
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L A SEMAINE DANS LE MONDE DU FOOTBALL

    6
              	L’équipe de l’ombre                                                              Amérique du Nord     Amérique du Sud
                Dans les grands clubs, les joueurs et l’entraîneur                               et Centrale          10 membres
                de l’équipe première sont sous les feux de                                       35 membres           www.conmebol.com
                la rampe. Mais que se passe-t-il dans les                                        www.concacaf.com
                coulisses ? Sarah Steiner est allée passer une
                journée dans les coulisses du FC Bâle, huitième
                de finaliste de la Ligue des Champions.

        18     	Boubacar Barry
                 En finale de la Coupe d’Afrique, le gardien
                 ivoirien s’est transformé en véritable héros.
                 “C’est un trop-plein d’émotions”,
                 explique-t-il lors de son interview.

       23       	 S epp Blatter
                   Suite aux déclarations et aux incidents
                   racistes de cette semaine, le Président de
                   la FIFA déclare : “Il faut toujours adopter
                   une position claire lorsqu’il s’agit de lutter
                   contre la discrimination”.                                                                       24   Football féminin
                                                                                                                    Six joueuses, six carrières hors
                                                                                                                    du commun.

       35      	Günter Netzer
                 Pour notre chroniqueur, l’équipe d’Autriche
                 mérite de se qualifier pour l’Euro 2016.
                 Dans son analyse, Netzer souligne avant tout
                 le travail du sélectionneur Marcel Koller.
                                                                        15 Colombie
                                                                        Aidé par Pablo Zeballos, l’Atlético
                                                                        Nacional est bien parti pour
                                                                        défendre son titre.

                               L’équipe derrière les stars
                               Notre image de couverture montre
                               les joueurs de Bâle lors d’un match
                               de Ligue Europa contre Valence.
                               La rencontre a eu lieu le 3 avril 2014
                               devant des tribunes vides.

                               Keystone / Georgios Kefalas
                                                                                                                                                   Getty Images (2), imago, Keystone

                          The FIFA Weekly Magazine App
                          Le FIFA Weekly, magazine de la FIFA,
                          paraît chaque vendredi en quatre
                          langues et aussi pour votre tablette.                 Coupe du Monde Féminine
                          http://www.fifa.com/mobile                            6 juin – 5 juillet 2015, Canada

2   T H E F I FA W E E K LY
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L A SEMAINE DANS LE MONDE DU FOOTBALL

                  Europe                               Afrique                                    Asie                           Océanie
                  54 membres                           54 membres                                 46 membres                     11 membres
                  www.uefa.com                         www.cafonline.com                          www.the-afc.com                www.oceaniafootball.com

                                                         29   Zlatan Ibrahimovic
                                                         L’attaquant met ses tatouages
                                                         au service des personnes qui
                                                         souffrent de la faim.

17 Afrique du Sud
Qui arrêtera les Kaizer Chiefs
en Premier Soccer League ?

  Blue Stars / FIFA Youth Cup          Coupe du Monde U-20                       Coupe du Monde de Beach Soccer     Coupe du Monde U-17
  13 et 14 mai 2015, Zurich (Suisse)   30 mai – 20 juin 2015, Nouvelle-Zélande   9 – 19 juillet 2015, Portugal      17 octobre – 8 novembre 2015, Chili

                                                                                                                                  T H E F I FA W E E K LY   3
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© 2014 adidas AG. adidas, the 3-Bars logo and the 3-Stripes mark are registered trademarks of the adidas Group.

 THERE
WILL BE
ATERS
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À DÉCOUVERT

                                             Travail d’équipe en 1936 L’entraîneur d’Arsenal Tom Whittaker masse le joueur Wilf Copping tandis qu’à gauche,
                                                                         son coéquipier NW Sidey attend patiemment son tour.

                                                     Dans les coulisses
                                                      T
                                                          out le monde a déjà vu cette scène à la télévision : le joueur fixe le journaliste
                                                          de ses yeux écarquillés. Sa respiration est saccadée. Des perles de sueur
                                                          dégoulinent sur son front. Il va se lancer dans une déclaration dithyram-
                                                      bique et expliquer avec des expressions imagées comment il a fait pour
                                                      marquer ce but incroyable de 25 mètres. Mais non, au lieu de ça, il se contente
                                                      d’une citation dont l’ennui rivalise avec les commentaires d’un documentaire
                                                      sur les buses variables. L’équipe a tout donné, elle a vraiment fait de l’excellent
                                                      travail. Au fond de lui, le spectateur se dit : mais on s’en fiche de l’équipe.
                                                          Le supporter veut voir du bon football. Ensuite, il veut qu’on lui serve des
                                                      sorties piquantes, des anecdotes, des analyses impertinentes. Il a horreur de
                                                      la modestie. Cette qualité est pourtant essentielle dans le football : Cristiano
                                                      Ronaldo ne peut marquer sans passeur intelligent. Pour bien jouer, celui-ci
                                                      doit pouvoir faire confiance à un kinésithérapeute compétent qui, lui, ne peut
                                                      bien travailler que si le cuisinier du club prépare des repas complets et équi-
                                                      librés. On pourrait étendre cette toile à l’infini et citer jusqu’à la dernière roue
                                                      de cet engrenage bien huilé.
H. Allen/Topical Press Agency/Getty Images

                                                          Outre son équipe première, le FC Bâle emploie ainsi une centaine de per-
                                                      sonnes. Mais seuls les joueurs professionnels, l’entraîneur, le directeur sportif
                                                      et le président sont sous les feux de la rampe. Dans son reportage, Sarah
                                                      Steiner met en lumière le travail de l’équipe derrière l’équipe chez ce géant
                                                      du football suisse (à lire à partir de la page 6). Å
                                                                                                                     Alan Schweingruber

                                                                                                                                                              T H E F I FA W E E K LY   5
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                                             ENGRENAGES

PRÉNOM, NOM : Gustav Nussbaumer II DATE DE NAISSANCE : 21/12/1952 II
FONCTION AU FCB : Coordinateur sportif II DEPUIS : 1968 (en équipe junior) II
FORMATION : Ingénieur culturel diplômé de l’ETH II NATIONALITÉ : Suisse II
SON PLUS BEAU MOMENT AU FCB : le 1e titre en championnat et en Coupe de Suisse après 22 ans de disette
et le cortège dans la Steinenvorstadt de Bâle II
LA STAT : Organise 70 événements par mois en dehors de l’entraînement et des matches II
6   T H E F I FA W E E K LY
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SOLIDAIRES
                                                                           Les stars d’un club se
                                                                           trouvent naturellement au
                                                                           premier rang. Mais pour bril-
                                                                           ler, elles dépendent du
                                                                           travail au quotidien d’une
                                                                           équipe qui ne ménage pas
                                                                           ses efforts. Nous avons en-
                                                                           quêté dans les coulisses du
                                                                           FC Bâle, un habitué de la
                                                                           Ligue des Champions.

                                                                           Sarah Steiner (texte),
                                                                           Kostas Maros (photos), à Bâle

                                                                           L
                                                                                         es maillots bleus et rouges tour-
                                                                                         noient dans la mousse, il y a dans
                                                                                         l’air un mélange de sueur, de gazon
                                                                                         et de lessive. Les chromes des
                                                                                         sèche-linge reflètent la lumière crue
                                                                                         des néons. Au milieu d’une mon-
                                                                                         tagne de linge, Christine Castioni
                                                                                         trie les chaussettes et les shorts. Les
                                                                                         plus sales forment un premier tas ;
                                                                                         les autres atterrissent sur la se-
                                                                                         conde pile. “Évidemment, j’ai mes
                                                                                         petites astuces pour les taches dif-
                                                                           ficiles”, s’amuse cette femme de 49 ans. Depuis
                                                                           24 ans, elle lave les tenues des joueurs du FC
                                                                           Bâle, sept jours par semaine.
                                                                                Un curieux vacarme vient du couloir. On
                                                                           entend des cris, des rires. Au lieu de la nouvelle
                                                                           fournée de linge à laver, c’est le responsable de
                                                                           l’équipe Gustav Nussbaumer qui arrive dans le
                                                                           chariot. Il est poussé par Breel Embolo et Marc
                                                                           Huser, deux jeunes espoirs du FCB qui ont in-
                                                                           tégré l’équipe première cette année. Le véhicule
                                                                           fait une embardée et Huser se retrouve à plat
                                                                           ventre par terre. Nussbaumer est encore à moi-
                                                                           tié assis dans le wagon, tandis qu’Embolo se
                                                                           tient les côtes. Bâle n’a pas usurpé sa réputation
                                                                           de club familial. “Les jeunes me considèrent
                                                                           souvent comme un deuxième père”, explique
                                                                           Nussbaumer. Notre homme suit de très près le
                                                                           développement de chacun des pensionnaires
                                                                           du centre de formation. Quarante-six ans d’his-
                                                                           toire commune le lient à ce club. À l’époque, lui
                                                                           aussi fréquentait les rangs des équipes de
                                                                           jeunes du FCB. Depuis, beaucoup de joueurs
                                                                           sont arrivés et repartis. Ils repartent d’ailleurs
                                                                           presque toujours. Nussbaumer, lui, a choisi de
                                                                           rester. Il a fait de cette fidélité une philosophie.

                                                                               L’exception des chaussures
                                                                           Marcel Ammann fait lui aussi partie des
                                                  Kostas Maros / 13Photo

                              Il faut bien rire
                                                                           meubles. “Je suis venu au stade pour la pre-
                       Le responsable d’équipe                             mière fois à l’âge de sept ans. Depuis, le FCB est
      Gustav Nussbaumer (au c.) en compagnie                               mon club”, raconte l’intéressé. L’énorme logo
            de ses protégés Breel Embolo (à g.)                            qui orne la vitre arrière ne laisse aucun doute
                                et Robin Huser.
                                                                           sur l’appartenance du bus. Le poids de cette

                                                                                                      T H E F I FA W E E K LY   7
L'ÉQUIPE DERRIÈRE LES STARS
FC BÂLE

                    “Mes
                 objectifs ?
             Rester au FC Bâle !”
               Christine Castioni,
                 blanchisseuse

responsabilité ne lui échappe évidemment pas.
“La pression est énorme. Mais sur le principe,
peu importe que je conduise Messi ou des en-
fants de maternelle ; mon travail reste le même.
Je dois amener mes passagers à bon port.”
Notre homme a déjà parcouru des milliers de
kilomètres, que ce soit pour conduire l’équipe
lors de ses déplacements en Suisse ou à l’occa-
sion d’un stage en Espagne.
     Une équipe professionnelle utilise des
quantités énormes de ballons, de maillots, de
chaussures et d’équipements à l’entraînement.
Le travail de Mauro Vivarelli à Bâle consiste,
entre autres, à veiller à ce qu’il ne manque ja-
mais rien. “Les joueurs s’intéressent de près au
matériel. Ils l’utilisent quotidiennement et
prêtent donc une grande attention au moindre
détail”, souligne l’Italien de 53 ans. Chaque jour,
il trie les maillots, gonfle les ballons et compte
les plots. Il connaît les besoins de chacun.
Lorsque les joueurs se rendent aux vestiaires,
ils trouvent toujours leurs affaires parfaite-
ment rangées. Seules les chaussures échappent
à cette règle. “C’est leur outil de travail le plus
important et par conséquent, ils en sont res-
ponsables”, confirme Vivarelli.

     Réduire les risques de blessure
De nouveaux rires se font entendre. Cette fois,
ils viennent de la salle de soins. Trois joueurs
sont allongés pendant qu’on leur masse les
muscles du dos et des cuisses. Soulager, mas-
ser, renforcer. L’équilibre est le nouveau mot
d’ordre des kinésithérapeutes. “Grâce à diffé-
rentes techniques de manipulation et de mo-
bilité, nous essayons de rétablir l’équilibre
corporel des joueurs”, explique Nico Un-
ternährer. Chaque jour, les footballeurs du
FCB pratiquent des exercices de prévention            PRÉNOM, NOM : Christine Castioni II
avant l’entraînement. L’objectif prioritaire est
                                                      DATE DE NAISSANCE : 28/06/1965 II
ici de minimiser les risques de blessure. Si un
accident survient malgré tout, les médecins se
                                                      FONCTION AU FCB : Blanchisseuse II DEPUIS : 1991 II FORMATION : Vendeuse de chaussures II
retrouvent en première ligne. “Une relation           NATIONALITÉ : Suisse II
très intense se crée. Pendant des semaines ou         SON PLUS BEAU MOMENT AU FCB : La remontée en première division en 1994 II
des mois, nous sommes toujours ensemble.              LA STAT : Lave 90 kg de linge par entraînement II
8   T H E F I FA W E E K LY
L'ÉQUIPE DERRIÈRE LES STARS
FC BÂLE

                                                                                                                           “Nous faisons le
                                                                                                                          grand écart. Nous
                                                                                                                        affrontons aussi bien
                                                                                                                             Aarau que le
                                                                                                                            Real Madrid.”
                                                                                                                           Bernhard Heusler,
                                                                                                                               président

                                                                                                             Nous travaillons ensemble. Nous vivons
                                                                                                             chaque pas en avant aux côtés des patients,
                                                                                                             en essayant d’éviter toute régression. Il arrive
                                                                                                             qu’un joueur passe ses nerfs sur nous. C’est
                                                                                                             normal“, poursuit Unternährer. Santé phy-
                                                                                                             sique et mentale vont de pair. Les kinés savent
                                                                                                             aussi jouer les psychologues.
                                                                                                                 Science et sport marchant main dans la
                                                                                                             main. Nacho Torreño est convaincu que le
                                                                                                             FCB tient là la combinaison gagnante. L’Espa-
                                                                                                             gnol est titulaire d’un Master de recherche
                                                                                                             scientifique en athlétisme. En tant que pre-
                                                                                                             mier adjoint, il a introduit de nombreuses in-
                                                                                                             novations depuis son arrivée au club. Pour
                                                                                                             cela, il n’a pas hésité à bousculer les habitudes
                                                                                                             des joueurs. Il analyse leurs performances
                                                                                                             jusque dans leur sommeil, à l’aide de GPS et
                                                                                                             d’appareils à mesurer la tension. “Une fois sur-
                                                                                                             monté le scepticisme initial, les joueurs ont
                                                                                                             été séduits. Ils viennent me voir pour savoir
                                                                                                             comment ils ont couru ou s’ils se sont bien
                                                                                                             reposés“, confie le technicien de 39 ans, arrivé
                                                                                                             à Bâle avec bon nombre de ses collègues l’an-
                                                                                                             née dernière. Leurs liens se sont resserrés au
                                                                                                             cours de précédentes expériences en Hongrie
                                                                                                             et en Israël. “Nous passons 12 heures par jour
                                                                                                             ensemble, sept jours par semaine. Ces gens-là
                                                                                                             sont ma deuxième famille.“

                                                                                                                 Du Brügglifeld à Bernabéu
                                                                                                             La communauté, la solidarité et le sentiment
                                                                                                             d’identité expliquent beaucoup de choses ici.
                                                                                                             Marco Streller, pensionnaire du FCB depuis 15
                                                                                                             ans et capitaine de l’équipe première, n’étonne
                                                                                                             personne lorsqu’il dit : “Nous avons gravi les
                                                                                                             échelons ensemble. Nous sommes passés de la
                                                                                                             Nationalliga B aux huitièmes de finale de la
                                                                                                             Ligue des Champions.” Notre homme ne sait
PRÉNOM, NOM : Bernhard Heusler II                                                                            que trop bien que les footballeurs ne sont pas
                                                                                                             les seuls artisans de ce succès. “Sans l’équipe
DATE DE NAISSANCE : 27/12/1963 II
                                                                                                             derrière l’équipe, rien de tout ça n’aurait été
FONCTION AU FCB : Président II DEPUIS : 2003, directeur exécutif depuis 2009, président depuis 2012 II       possible. Ils sont fabuleux.”
FORMATION : Avocat II NATIONALITÉ : Suisse II                                                                    L’homme qui dirige ce grand orchestre n’est
SON PLUS BEAU MOMENT AU FCB : La grande finale à Berne en 2010 II LA STAT : 3 victoires à domicile contre    autre que le président du club, Bernhard
Manchester United, Chelsea et Liverpool sur les trois dernières participations à la Ligue des Champions II   Heusler. Il lui incombe de placer chacun dans

                                                                                                                                      T H E F I FA W E E K LY   9
L'ÉQUIPE DERRIÈRE LES STARS
FC BÂLE

             “Peu importe que je
           conduise Messi ou des
         enfants de maternelle, mon
           travail reste le même.”
                  Marcel Ammann,
                 conducteur de bus

les meilleures conditions pour réussir. “Nous
devons veiller à ce qu’une bonne entente règne
à tous les niveaux. Nos collaborateurs savent
que l’intérêt du club passe avant tout car son
image de marque et sa bonne santé économique
sont indissociables.” La Suisse n’a que rarement
l’occasion d’occuper le devant de la scène euro-
péenne, ce qui rend le succès du FCB encore
plus remarquable. En 1988, il a même été relé-
gué en deuxième division et n’a retrouvé l’élite
qu’en 1994. Mais depuis 2002, son palmarès
s’est enrichi de neuf titres de champion et de
six Coupes de Suisse. Les Bâlois ont également
participé à cinq reprises à la Ligue des Cham-
pions et, en 2013, ils se sont hissés en demi-fi-
nale de la Ligue Europa. “Nous faisons réguliè-
rement le grand écart“, poursuit Heusler. “Nous
affrontons aussi bien Aarau que le Real Ma-
drid ; nous passons du petit stade Brügglifeld à
Santiago Bernabéu.” De toute évidence, le club
a appris à gérer cette situation. De son côté,
Streller rappelle : “Nous devons rester humbles
et transmettre cette humilité aux jeunes qui
nous rejoignent en chemin.”

     Des objectifs individualisés
L’intelligence est une qualité essentielle dans le
football moderne. La concurrence est rude. Les
footballeurs se donnent donc les moyens de
comprendre les subtilités du beau jeu, mais aus-
si de leurs propres corps. C’est indispensable.
“Tout le monde veut rester actif le plus long-
temps possible. Pour ce faire, il faut comprendre
comment son organisme fonctionne, comment
s’entraîner mais aussi comment se reposer. Les
joueurs doivent apprendre qu’il vaut mieux se
coucher tôt que rester assis devant la télévision”,
précise Torreño. La participation des athlètes
est indispensable. L’entraîneur adjoint ne se         PRÉNOM, NOM : Marcel Ammann II
contente pas de belles théories. Lui aussi a été
                                                      DATE DE NAISSANCE : 2/7/1970 II
footballeur (sans grand talent, selon ses dires) ;
il a donc l’expérience de la pratique du sport.
                                                      FONCTION AU FCB : Chauffeur de l’équipe première II DEPUIS : 2005 II FORMATION : Chauffeur de poids-lourd II
     Chaque week-end, le FC Bâle est sur le pont      NATIONALITÉ : Suisse II SON PLUS BEAU MOMENT AU FCB : L’invitation par le club à assister au match
en championnat, en plus de la Coupe de Suisse         contre Liverpool à Anfield II
et des matches européens. Il faut des forces          LA STAT : Parcourt 15 000 km chaque saison II
10   T H E F I FA W E E K LY
FC BÂLE

                                                                                               “Je ne suis qu’un
                                                                                             petit rouage au sein
                                                                                         d’une grande machine mais,
                                                                                             sans nous, tout irait
                                                                                                  de travers.”
                                                                                                 Mauro Vivarelli,
                                                                                             responsable du matériel

                                                                                  pour jouer sur deux ou trois tableaux simulta-
                                                                                  nément. C’est la raison pour laquelle un joueur
                                                                                  doit aussi savoir s’économiser. “Chacun se voit
                                                                                  proposer un programme personnalisé. Il est im-
                                                                                  portant de trouver le bon dosage”, note Un-
                                                                                  ternährer. Le kinésithérapeute travaille depuis
                                                                                  dix ans dans le football. Il reconnaît volontiers
                                                                                  avoir toujours rêvé d’allier son métier à sa pas-
                                                                                  sion. “Je savais pourtant que les places sont
                                                                                  rares.” Malgré les obstacles, il a su réaliser son
                                                                                  ambition. Recruté par le FC Zurich, il a pu pro-
                                                                                  fiter des conseils avisés et de l’expérience du
                                                                                  Néerlandais Ad van den Bergh. “La formation et
                                                                                  l’expérience sont déterminantes. C’est essentiel
                                                                                  sur le plan médical et pratique, mais aussi et
                                                                                  surtout dans les rapports humains. Nous aussi,
                                                                                  nous devons apprendre à gérer la pression.”

                                                                                      Des journées de 15 heures
                                                                                  Les joueurs sont partis. Mauro Vivarelli en-
                                                                                  tame sa dernière tournée dans les vestiaires.
                                                                                  Le temps lui est compté : il doit encore réaliser
                                                                                  un montage vidéo de l’entraînement. En plus
                                                                                  de ses tâches d’intendance quotidiennes, l’Ita-
                                                                                  lien est aussi responsable de la production des
                                                                                  vidéos. “Notre analyste doit être en mesure de
                                                                                  jauger la performance de chaque joueur, les
                                                                                  courses, leurs réactions… Il ne veut rien rater.”
                                                                                  Il vient souvent à l’entraînement avec sa ca-
                                                                                  méra, pour observer les moindres faits et
                                                                                  gestes des joueurs. Il avoue s’être lancé dans
                                                                                  cette activité un peu par hasard. Un jour où
                                                                                  une caméra traînait à portée de main, l’entraî-
                                                                                  neur de son précédent club lui a demandé de
                                                                                  filmer le match. “C’est comme ça que mon tra-
                                                                                  vail a évolué. Ensuite, j’ai rejoint le FC Bâle.
                                                                                  Bien entendu, je ne suis qu’un petit rouage au
                                                                                  sein d’une grande machine mais, sans nous,
PRÉNOM, NOM : Mauro Vivarelli II                                                  tout irait de travers.”
                                                                                      Les journées des employés du FCB sont
DATE DE NAISSANCE : 21/1/1962 II
                                                                                  longues, surtout lorsqu’un match se profile à
FONCTION AU FCB : Responsable du matériel, films techniques II DEPUIS : 2011 II   l’horizon. Dans ces occasions, chaque minute
FORMATION : Mécanicien II NATIONALITÉ : Italienne II                              compte. Les jours de match à l’extérieur, le
SON PLUS BEAU MOMENT AU FCB : Chaque jour II                                      chauffeur doit se lever tôt. “Les journées de 15
LA STAT : Gonfle 40 ballons par entraînement II                                   heures sont monnaie courante”, reconnaît

                                                                                                            T H E F I FA W E E K LY   11
FC BÂLE

                 “Tout est une
              question de vécu.
          C’est essentiel sur le plan
          médical et pratique, mais
          aussi et surtout dans les
             rapports humains.”
                 Nico Unternährer,
                 kinésithérapeute

Ammann. Il porte, il sert, il s’active, il nettoie,
toujours là quand on a besoin de lui. Ça ne le
dérange pas. “Je suis fier de conduire les
joueurs de Bâle”, dit-il simplement. Au fil des
ans, les conditions de travail ont changé : les
usagers de la route sont plus agressifs, chacun
veut faire la police, les téléphones et les SMS
se disputent l’attention des conducteurs…
Qu’à cela ne tienne, la proximité des joueurs
et la camaraderie qui règne au sein du groupe
suffisent au bonheur de notre interlocuteur.
“Je n’ai encore jamais vécu de grosse mésaven-
ture. C’est le plus important.”
     On a le sentiment que tous ceux qui tra-
vaillent au FC Bâle ont réalisé leur rêve. “C’est
une chance de côtoyer des jeunes gens motivés
et qui se donnent à fond pour leur passion”, es-
time Nussbaumer. Ses yeux se mettent à briller
dès qu’il parle de son métier. La tâche est im-
mense : il prête main-forte à l’entraîneur, il or-
ganise les déplacements, les réservations d’hô-
tels, les repas, les matches amicaux, les cours
de langue pour les joueurs, il répond à toutes
les questions et veille à ce que les demandes de
billets des employés soient satisfaites. Il fait
tout cela depuis un petit bureau sans fenêtre
dans les entrailles du stade, éclairé par un
simple néon. “On est au maximum“, s’amuse-t-
il. Comme il le reconnaît lui-même, le club au-
rait pu lui fournir un local plus spacieux, mais
le contact avec les joueurs lui aurait manqué.
Tout est dit. “Ce n’est pas qu’une question de
victoires et de titres. Ce que je recherche ici, ce
sont les rencontres et les expériences hu-
maines. Ce sont là les vraies récompenses pour
le travail que j’effectue ici au quotidien.”

    Une étonnante harmonie
Les derniers maillots tournent dans la ma-            PRÉNOM, NOM : Nico Unternährer II
chine. La journée de Christine Castioni touche
                                                      DATE DE NAISSANCE : 17/10/1973 II FONCTION AU FCB : Kinésithérapeute II DEPUIS : 2009 II
à sa fin. Les tenues lavées sont soigneusement
rassemblées pour être redistribuées. Tout est
                                                      FORMATION : Kinésithérapeute et ostéopathe II NATIONALITÉ : Suisse II
prêt pour le lendemain. Lorsqu’on l’interroge         SON PLUS BEAU MOMENT AU FCB : Le suspense lors de la séance de tirs au but du match retour
sur ses ambitions, notre interlocutrice répond        contre Tottenham Hotspur, en quart de finale de l’Europa Ligue II
sans détours : “Je veux voir encore plus de pen-      LA STAT : Utilise 5 rouleaux de bande par jour II
12   T H E F I FA W E E K LY
FC BÂLE

                                                                                                       “Les joueurs nous
                                                                                                     demandent : Est-ce que
                                                                                                        j’ai bien couru ?
                                                                                                        Est-ce que je me
                                                                                                       suis bien reposé ?”
                                                                                                           Nacho Torreño,
                                                                                                          entraîneur adjoint

                                                                                            sionnaires du centre de formation en équipe
                                                                                            première et j’espère que Bâle continuera de bril-
                                                                                            ler sur la scène internationale.” Visiblement,
                                                                                            elle n’imaginait pas que la question puisse la
                                                                                            concerner personnellement. “Mes objectifs à
                                                                                            moi, vous voulez dire ? Rester au FCB !”
                                                                                                La devise des habitués de la Muttenzerkurve
                                                                                            (les fans les plus fidèles du FC Bâle) se re-
                                                                                            trouve donc à tous les niveaux du club : “Rouge
                                                                                            est notre amour, bleue notre fidélité.” Cette
                                                                                            passion est si sincère, presque naïve, que l’on
                                                                                            a du mal à y croire. On cherche l’erreur. On ne
                                                                                            la trouve pas. L’équipe derrière l’équipe tra-
                                                                                            vaille et vit en harmonie. Les rouages s’im-
                                                                                            briquent parfaitement pour que la machine
                                                                                            fonctionne, jour après jour. Å

                                                                                            FC BÂLE 1893
                                                                                            Faits et chiffres

                                                                                            Fondation :	15 novembre 1893
                                                                                            Stade :	
                                                                                                    St. Jakob-Park, 38 512 places
                                                                                            Entraîneur :	
                                                                                                         Paulo Sousa
                                                                                            Président :	
                                                                                                        Bernhard Heusler
                                                                                            Champion de Suisse : 1953, 1967, 1969, 1970,
                                                                                            1972, 1973, 1977, 1980, 2002, 2004, 2005, 2008,
                                                                                            2010, 2011, 2012, 2013, 2014
                                                                                            Vainqueur de la Coupe de Suisse :
                                                                                            1933, 1947, 1963, 1967, 1975, 2002, 2003,
                                                                                            2007, 2008, 2010, 2012
PRÉNOM, NOM : Nacho Torreño II                                                              Palmarès international (sélection) :
                                                                                            Ligue des Champions :
DATE DE NAISSANCE : 21/1/1976 II FONCTION AU FCB : Entraîneur adjoint II DEPUIS : 2014 II   2002 deuxième tour
FORMATION : Maîtrise en recherche des sciences sportives II                                 2008, 2010, 2014 phase de groupes
                                                                                            2011 huitièmes de finale
NATIONALITÉ : Espagnole II
                                                                                            Europa Ligue :
SON PLUS BEAU MOMENT AU FCB : Il reste à venir. II                                          2013 demi-finale
LA STAT : Analyse 25 joueurs professionnels par jour. II
                                                                                                                     T H E F I FA W E E K LY   13
LE S CHAMPIONN AT S À L A LOUPE

                                              VU DES TRIBUNES
                                              Categoría Primera A colombienne                     Quatre minutes plus tard, le match au              un passage sur le côté droit, il s’est présenté
                                                                                                  sommet de la Categoría Primera A était             seul devant le gardien du Nacional, Franco
                                              Le rena rd des                                      terminé. L’Atlético Nacional a donc gagné 2:1      Armani, mais son ballon a filé quelques
                                                                                                  grâce au flair d’Osorio et à l’excellent travail   centimètres à côté du poteau gauche. Puis, il
                                              su r faces                                          de Zeballos. L’attaquant paraguayen de 28          y a eu cette action rondement menée par
                                                                                                  ans, parti de Botafogo en décembre pour            Copete et Zeballos, quatre minutes avant la
                                              p a r a g u aye n                                   rejoindre le club basé à Medellín, a par           fin, qui a permis au Nacional de s’installer en
                                                                                                  ailleurs également ouvert le score pour ses        haut du classement.
                                                               Sven Goldmann est spécialiste      nouvelles couleurs.
                                                               du football au “Tagesspiegel” de                                                      Cette spirale positive compensera peut-être
                                                               Berlin.                            Après quatre journées, le club le plus titré de    les déceptions de ces derniers mois. La série
                                                                                                  Colombie est déjà à sa place, c’est-à-dire en      noire avait déjà commencé en décembre,
                                                                La chance a fini par sourire.     tête du championnat, qui regroupe 20               lorsque le Nacional s’était incliné face au
                                                                Il faut dire que Juan Carlos      formations. On ne peut cependant pas parler        champion d’Argentine, River Plate, en finale
                                              Osorio a été bien inspiré lorsqu’il a décidé        de victoire étincelante. Devant les 8 000          de la Copa Sudamericana. Il avait ensuite subi
                                              de faire entrer Jonathan Copete au milieu           spectateurs rassemblés au stade Polidepor-         deux défaites en une semaine, lors des ren-
                                              de la deuxième mi-temps. L’entraîneur de            tivo Sur, Envigado, équipe surprise de ce          contres décisives de la phase finale du Torneo
                                              l’Atlético Nacional a manifestement effectué        début de Torneo Apertura, ne s’est pas laissé      Clausura, contre l’Atlético Huila et l’Indepen-
                                              le bon choix puisque son ailier a fait exacte-      faire. Mais le manque de chance lui a valu sa      diente Santa Fe (Bogota). La dernière contra-
                                              ment ce que l’on attendait de lui : dribbler et     première défaite de la saison, après deux          riété remonte au mois de janvier. En finale de
                                              centrer. Peu avant le coup de sifflet final, il a   victoires et un match nul. Tous les espoirs        la Superliga colombienne, c’est à nouveau le
                                              ainsi adressé un centre millimétré de la            étaient pourtant permis puisque Yony               rival de Santa Fe qui s’est imposé après deux
                                              gauche vers la surface de réparation de             González était parvenu à égaliser après le         batailles acharnées. Il a fallu attendre février
                                              l’Envigado Fútbol Club. Son coéquipier              premier but de Zeballos. En deuxième               et le début du championnat pour voir la
                                              Pablo Zeballos n’a eu qu’à mettre le pied en        mi-temps, Cristian Arango s’est même créé          situation du Nacional s’améliorer, grâce aux
                                              opposition pour dévier le ballon dans le but,       une grosse occasion qui aurait pu donner           deux premières réalisations de son nouveau
                                              alors qu’il était encerclé par trois joueurs.       l’avantage à Envigado. Se frayant aisément         buteur paraguayen, Pablo Zeballos. Å
Leon Monsalve / LatinContent / Getty Images

                                                                                                                                                                   Mission accomplie
                                                                                                                                                                   Pablo Zeballos, la nouvelle recrue
                                                                                                                                                                   de l’Atlético Nacional, a marqué.

                                                                                                                                                                               T H E F I FA W E E K LY   15
Bundesliga autrichienne

2 m atc h e s ,
5 pena lties
                    Andreas Jaros est écrivain et
                    vit à Vienne.

                 Le championnat autrichien a
                 enfin repris ses droits après
                 neuf semaines de trêve
hivernale. Afin de combler l’attente, le Rapid
Vienne a lancé en grande pompe les travaux
de son nouvel Allianz-Stadion, dont l’ouver-
ture est prévue pour la saison 2016/17. Heinz
Fischer, président de la République fédérale
d’Autriche et éminent supporter des Verts et
Blancs, a honoré le club le plus titré du pays
de sa présence et esquissé quelques coups de
pelle en guise d’échauffement pour sa sortie
au bal prévue le soir même.

De son côté, la Bundesliga s’efforce elle aussi de
se bâtir un avenir solide. Depuis un salon vitré
surplombant la ville de Vienne, Reinhard
Herovits, patron de la ligue, a ainsi fait part de
ses ambitions : “Une place directe en Ligue des
Champions, une moyenne de 10 000 specta-
teurs par rencontre et une refonte de notre
image afin de tourner le dos à cette réputation
de championnat d’opérette et de devenir un
exemple pour le sport autrichien.” Et Hans
Rinner, président du championnat, d’ajouter :
“Les infrastructures sont la clé du succès.”

Mais Rome ne s’est pas faite en un jour.
Quelques jours à peine après ces annonces, un
premier match a ainsi dû être annulé : Grödig,       Emploi du temps chargé L’arbitre Dominik Ouschan montre un carton rouge au joueur de Ried, Gernot Trauner.
petit club non dénué d’ambitions mais au
terrain non chauffé, a retrouvé ce dernier
enseveli sous la neige et la glace, sans pouvoir     scellant le 36e (!) match sans victoire de Ried         L’équipe de Carinthie se retrouve à égalité
le déblayer à temps pour accueillir le Sturm         contre le Rapid en autant de tentatives.                avec Altach, formation basée dans le Vorarl-
Graz. Conséquence : Grödig s'est vu retirer                                                                  berg qui l’a emporté 2:0 face l’Admira, mais
son habilitation à organiser des matches de          Du côté de Klagenfurt, deux penalties ont               affiche toujours huit points de retard sur le
première division !                                  également été sifflés, cette fois-ci en faveur de       leader, le Red Bull Salzbourg. Après avoir
                                                     l’autre grand club de la capitale, l’Austria            perdu cet hiver deux de leurs éléments clés
Deux des enceintes qui avaient accueilli l’Euro      Vienne, mais sans toutefois influencer le score.        en la personne de Kevin Kampl (Borussia
2008 ont elles aussi été le théâtre de matches       Alexander Grünwald et Raphael Holzhauser, de            Dortmund) et d’Alan (Guangzhou
riches en rebondissements : sur la pelouse           retour après quelques années passées en                 Evergrande/Chine), les joueurs de la ville de
viennoise du Happel-Stadion, le Rapid s’est          Allemagne, ont tout deux échoué face à l’im-            Mozart se sont imposés 2:0 contre le SC
aisément imposé 3:0 face à son adversaire            pressionnant gardien de Wolfsberger, Alexan-            Magna Wiener Neustadt, signant ainsi leur
favori, Ried, à la faveur de trois coups de pied     der Kofler. Son coéquipier Michael Berger, dont         dixième victoire d’affilée sur ce club. Jona-
de réparation sifflés en l’espace de 28 minutes      c’était le premier but en 33 matches de Bun-            than Soriano a inscrit un doublé pour les
et de deux expulsions. Deni Alar (par deux           desliga, a permis aux siens de ramener les trois        Taureaux. Rien ne semble pouvoir arrêter cet
fois) et Robert Beric ont marqué depuis le           points après huit matches sans victoire. Pour           attaquant espagnol de 29 ans qui une nou-
point de penalty, faisant de l’ombre au spray        Wolfsberger, il s'agit par ailleurs du troisième        velle fois est très bien parti pour remporter
temporaire, qui fêtait pourtant sa première          succès sans but encaissé face au champion 2013          le titre national ainsi que celui de meilleur
                                                                                                                                                                  imago

utilisation en Bundesliga autrichienne, et           après les 4:0 et 2:0 des précédentes rencontres.        buteur du championnat. Å

16   T H E F I FA W E E K LY
Premier Soccer League sud- africaine                 faveur d’une impressionnante série de vic-            connu des débuts poussifs en Ligue des
                                                                                     toires, passant même tout proche d’établir un         Champions. En déplacement aux Seychelles
                                Un l e a d e r s u r                                 nouveau record en la matière.                         pour y affronter l’équipe semi-professionnelle
                                                                                                                                           de Saint-Michel United, ils n’ont pu faire
                                ses ga rdes                                          La faillite des Kaizer Chiefs s’était alors expli-    mieux qu’un match nul 1:1. Leur forme en
                                                                                     quée par la blessure de joueurs clés ainsi que par    championnat est cependant tout autre,
                                                 Mark Gleeson est journaliste        le parcours du club en Ligue des Champions, les       puisqu’ils restent sur trois victoires consécu-
                                                 et commentateur de football         longs trajets à travers tout le continent ayant       tives. Ils disposent en outre d’un effectif
                                                 et vit au Cap.                      laissé des traces. Aujourd’hui encore, le trauma-     mieux étoffé, ce qui devrait leur permettre
                                                                                     tisme n’a pas été totalement évacué, comme le         d’aborder les trois premiers tours à élimina-
                                                    En temps normal, personne        prouvent les prestations hésitantes des joueurs       tion directe de la Ligue des Champions en
                                                    n’imagine une équipe disposant   au sortir d’une trêve de huit semaines. Ils ont       pleine possession de leurs moyens, sans pour
                                d’une avance de 15 points en tête du classement      déjà lâché des points et leur avance s’est réduite    autant délaisser le quotidien de la Premier
                                finalement échouer à empocher le titre, d’autant     à 10 unités, bien qu’ils restent encore invaincus à   Soccer League.
                                plus lorsque la mi-saison est déjà dépassée. Le      11 journées de la fin de la saison.
                                matelas est normalement trop confortable pour                                                              Derrière cette lutte pour le titre, on re-
                                laisser place aux mauvaises surprises. Les Kaizer    Comme l’an passé, les Chiefs sont de plus             trouve Bidvest Wits au troisième rang et les
                                Chiefs, leaders du championnat sud-africain,         engagés en Ligue des Champions. Samedi                Orlando Pirates au quatrième. Ces deux
                                peuvent pourtant témoigner que les retourne-         dernier, ils ont souffert pour se défaire des         formations peuvent en théorie encore
                                ments de situation sont possibles. La saison         Botswanais de Township Rollers à domicile             espérer rattraper les Kaizer Chiefs mais
                                dernière, alors qu’ils disposaient d’une avance      (2:1) pour le compte du tour préliminaire. De         pour cela, il leur faudrait gagner tous leurs
                                similaire, ils se sont finalement écroulés dans la   quoi craindre un nouveau scénario catas-              matches et compter sur plusieurs faux-pas
                                dernière ligne droite, ce qui a permis aux Mame-     trophe ? Rien n’est moins sûr, puisque les            du leader. Une gageure, comme le soulignait
                                lodi Sundows d’être sacrés.                          Mamelodi Sundows dispute désormais lui                l’entraîneur des Buccaneers Eric Tinkler la
                                                                                     aussi cette compétition continentale, à               semaine dernière : “Habituellement,
                                Les Amakhosi comptaient à l’époque 11 points         l’inverse du précédent exercice, où il pouvait        l’équipe qui remporte le championnat ne
                                de plus que leur rival et avaient bon espoir de      se concentrer pleinement sur la conquête d’un         perd que quatre ou cinq matches dans la
                                conserver la couronne acquise un an plus tôt.        premier titre national depuis sept ans.               saison. Les Chiefs sont toujours invaincus
                                Ils ont pourtant été coiffés au poteau par les                                                             et si quelqu’un veut avoir une chance de les
                                Mamelodi Sundows, qui se sont adjugé le titre        Les Brésiliens, ainsi surnommés en raison de          revoir, il va falloir qu’ils se mettent à perdre
                                à une journée du terme du championnat à la           la couleur de leur maillot, ont également             rapidement.” Å
Sydney Mahlangu / BackpagePix

                                                                                                                                                              Ligue des Champions
                                                                                                                                                              Bernard Parker, des Kaizer
                                                                                                                                                              Chiefs, contre Koko Sekhana
                                                                                                                                                              (Township Rollers, Botswana).

                                                                                                                                                                    T H E F I FA W E E K LY   17
L’ I N T E R V I E W

  “Le jour viendra où l’Afrique
remportera la Coupe du Monde”
            Pendant la finale de la Coupe d’Afrique, les spectateurs ont assisté à du très grand
       spectacle de la part du gardien ivoirien. Nous nous sommes entretenus avec Boubacar Barry,
            qui a arrêté le 21e tir au but de la rencontre contre le Ghana avant d’inscrire le 22e.

Boubacar Barry, quel effet cela fait-il d’être un   les gens au pays soient heureux. La foule         Vous ayez gagné cette Coupe d’Afrique sans
héros national ?                                    s’est précipitée dans la rue, sur les places et   Didier Drogba. Est-ce un hasard ?
    Boubacar Barry : “Cela faisait trois ans        tout le monde a fait la fête.”                        “Non ! Drogba est un joueur sensation-
que le pays attendait ce titre, depuis sa                                                             nel, il a énormément contribué à notre
défaite en finale contre la Zambie, et même                                                           réussite. Malgré son absence pendant le
23 ans si l’on remonte jusqu’à notre dernier                                                          tournoi, l’équipe doit beaucoup à la qualité
triomphe dans cette compétition. Nous
ressentons évidemment tous un immense                 “C’est un trop-plein                            de ses performances par le passé. Dieu a
                                                                                                      décidé qu’il ne jouerait pas cette fois-ci.
bonheur car le groupe et l’équipe ont
travaillé dur pour atteindre ce succès                     d’émotions.                                Mais les absents ont eux aussi réalisé un
                                                                                                      important travail en amont et ils ont
historique.”
                                                    Ce qui compte le plus à                           participé à leur manière à cette victoire.
                                                                                                      C’est le destin.”
Comment décririez-vous l’instant où vous avez
marqué le tir au but décisif ?
    “Dans un moment comme celui-ci, on ne
                                                     mes yeux, c’est que                              À qui souhaitez-vous dédier ce titre ?
                                                                                                         “À tous ceux qui ont cru en nous et en
pense pas à ce qui va se passer après. Il faut
éviter de trop réfléchir. Quand ton tour
                                                        les gens au pays                              premier lieu à ma mère.” Å

arrive, tu dois agir, c’est tout. J’ai essayé de
le faire au plus vite tout en restant concen-
                                                        soient heureux.”                                            Boubacar Barry s’est entretenu
                                                                                                                        avec Emanuele Giulianelli
tré et d’envoyer le ballon au fond du filet. Je
remercie Dieu que tout se soit bien passé.”
                                                    Une question d’ordre plus général à
Cette victoire représente-t-elle une sorte de       présent : à votre avis, quand verra-t-on la
revanche pour votre défaite lors de la finale de    première équipe africaine gagner une
l’édition 2012 ?                                    Coupe du Monde ?
    “Non, je ne dirais pas que c’est une                 “L’important, c’est de se montrer pa-
revanche, c’est davantage la suite logique.         tient. Après notre défaite en finale, nous,
Dans la vie, quand on veut gagner, il ne faut       les joueurs ivoiriens, nous avons dû at-
jamais cesser de regarder vers l’avant. C’est       tendre trois ans avant de remporter enfin la
pour ça que je ne perds jamais espoir et que        Coupe d’Afrique. Dans la vie, il ne faut
je m’entraîne chaque jour.”                         jamais cesser d’y croire. Gagner une Coupe
                                                    du Monde, c’est du sérieux. Je pense que
D’où vous vient votre surnom, “Copa” ?              Dieu choisira le bon moment. Mais ce jour                                                       Nom
   “C’est le nom de l’équipe dans laquelle          viendra, j’en suis sûr. Ce sera Dieu qui                                   Boubacar “Copa” Barry
évoluait mon frère, dans les années 80. Je          choisira, personne ne peut savoir quand ça                                  Date et lieu de naissance
portais toujours le maillot de son club             arrivera.”                                                                       30 décembre 1979
quand je sortais dans le quartier pour jouer.                                                                                    Abidjan, Côte d’Ivoire
Mes amis se sont mis à m’appeler Copa et ce         À quel moment avez-vous compris que vous                                                       Poste
surnom m’est resté jusqu’à aujourd’hui.”            pouviez remporter le tournoi ?                                                              Gardien
                                                        “On ne pense pas à ce genre de choses.                                        Parcours de joueur
Comment avez-vous fêté la victoire ?                Les gens croient en nous, ils nous ont                                   1999–2001 ASEC Mimosas
                                                                                                                                    2001–2003 Rennes
    “Nous avons encore du mal à y croire. Je        toujours soutenus et à chaque match, nous                                      2003–2007 Beveren
n’ai toujours pas vraiment réalisé ce qui           avons gardé à l’esprit que la victoire était                                 Depuis 2007 Lokeren
s’est passé. C’est un trop-plein d’émotions.        possible. C’est ce qui nous a permis d’at-                                    Équipe de Côte d’Ivoire
Ce qui compte le plus à mes yeux, c’est que         teindre notre objectif.”                                                        86 sélections, 1 but

18   T H E F I FA W E E K LY
Jonas Hamers / Afp

                     T H E F I FA W E E K LY   19
First Love
                Lieu : Hérat, Afghanistan
                Date : 1er janvier 2015
                Heure : 16h53
                Photog raphe : Aref Karimi

20   T H E F I FA W E E K LY
Afp

      T H E F I FA W E E K LY   21
THIS IS THE ONE
             Introducing

        Official Mascot for the
FIFA U-20 World Cup New Zealand 2015

    @FIFAcom #Wooliam      /fifau20worldcup
LE DÉBAT                                                             LE BILLET DU PRÉSIDENT

    L’opinion des utilisateurs de
      FIFA.com sur le racisme :

 Je n’arrive pas à comprendre que le racisme soit toujours présent,
 et je ne parle pas uniquement du sport. Pourquoi les gens vivent-ils
     dans le passé ? Le monde est tellement plus beau lorsque nous
        sommes tous unis. En fin de compte, nous avons besoin
                   les uns des autres pour survivre…
                           dSteppa, Sainte-Lucie
                                                                                               Une attitude claire
     Les campagnes de la FIFA en faveur du fair-play et contre la                                sur le racisme
     discrimination ont fait beaucoup de bien à la diversité dans

                                                                              L
  le football, et même au-delà. Espérons que ça continue comme ça.                a lutte contre le racisme ne saurait se payer de demi-mesures ou de paroles
                        22792RS, Grande-Bretagne                                  creuses. Il faut choisir son camp. On ne peut invoquer un malentendu en
                                                                                  guise d’excuse, surtout lorsque l’on tient des propos comme ceux qu’un
                                                                              ancien sélectionneur et entraîneur bien connu a tenus cette semaine.
  Pendant des années, nous avons été engagés dans une lutte contre                 Il ne s’agit pas non plus de clouer telle ou telle personne au pilori. Toute-
 le racisme. Puis, Dani Alves a mangé une banane qu’un spectateur lui         fois, un technicien célèbre, qui fait par conséquent figure d’exemple, ne peut
avait jetée. C’était la première fois que je voyais une victime de racisme    mettre de tels incidents sur le compte d’une mauvaise interprétation quand
     réagir de la sorte. Plutôt que de laisser libre cours à sa colère, le    il affirme qu’il y a “trop de joueurs noirs” dans les équipes de jeunes d’Europe
    défenseur brésilien a pris la chose de haut, sur le ton de l’humour.      occidentale. Surtout s’il croit bon d’ajouter que “la dignité et l’honneur” des
Quelle attitude extraordinaire ! Je crois que de telles réactions peuvent     clubs s’en trouve affectée.
                      contribuer à éradiquer le racisme.                           Cette leçon s’adresse à nous tous : il faut toujours rester vigilant. Person-
                          tioborowski, Indonésie                              nellement, je pense que les mots du malheureux ont dépassé sa pensée. Je
                                                                              ne veux pas lui en tenir rigueur, mais le fait est qu’il a prononcé ces paroles.
                                                                              Ce cas me semble bien différent de celui des supporters de Chelsea qui ont
    Imaginez un monde où tous les fruits auraient la même forme,              poussé un Noir hors d’une rame de métro cette semaine à Paris en affichant
             le même goût, la même taille, la même couleur.                   ouvertement leur racisme. Ceci est inconcevable.
     Ce serait bien ennuyeux. Nous avons plusieurs variétés de fruits              Depuis des années, la FIFA lutte contre toutes les formes de discrimina-
        de toutes les formes, de toutes les tailles, de tous les goûts,       tion. Le succès n’est pas toujours au rendez-vous, mais nous faisons de notre
    de toutes les couleurs ! C’est passionnant. Il en va de même pour         mieux. Respecter l’autre, apprécier la différence et encourager la diversité :
l’humanité. Il faut être fou pour haïr une chose qui au contraire devrait     voilà le match que nous devons gagner chaque jour.
  susciter notre intérêt, à savoir les différences entre les êtres humains.        Certains scientifiques affirment que le germe du racisme est présent en
                           Djenko Esse, Nigeria                               chacun de nous. Ils basent leurs affirmations sur des recherches menées sur
                                                                              l’évolution de l’espèce humaine. La peur de l’étranger, la méfiance à l’égard
                                                                              de l’inconnu feraient partie d’une stratégie de survie remontant au temps où
     Le racisme empêche les gens de se concentrer sur les choses              l’on mangeait encore du mammouth au petit-déjeuner.
    essentielles dans la vie. En d’autres termes, plus vous pensez à               Des dizaines de milliers d’années se sont écoulées depuis cette époque,
  des choses comme le racisme, moins vous avez de temps pour vous             mais ces scientifiques affirment que ces éléments sont toujours présents en
   consacrer à vos activités quotidiennes. Le racisme détourne votre          nous. Si c’était vrai, il y aurait de quoi s’inquiéter. Le racisme ferait alors
attention, en vous obligeant à vous demander pourquoi votre agresseur         partie de notre ADN. Heureusement, ces mêmes savants nous apprennent
   vous dit de telles choses. Les racistes croient que leurs remarques        qu’il existe un antidote à ce poison : l’intelligence. Elle nous distingue de
    dégradantes sont tolérables, mais ce n’est vrai que si les victimes       l’animal en nous permettant de dominer nos instincts. Elle fait de nous des
                manquent de confiance en elles-mêmes.                         hommes, avec des principes et des valeurs.
                           tonon10, Sud Soudan                                      Il ne faut pas pour autant en déduire que les personnes plus intelligentes
                                                                              seraient moins exposées au risque ou vice-versa (contrairement à ce que
                                                                              l’incident parisien pourrait laisser penser). Tout ceci prouve simplement qu’il
   Le racisme est une maladie contagieuse qui atteint les gens et             faut toujours adopter une position claire lorsqu’il s’agit de lutter contre toutes
       se propage comme un feu de forêt. Malheureusement,                     les formes de discrimination. La première étape consiste à ne pas laisser
  comme beaucoup de maladies, il ne disparaîtra jamais totalement.            planer le moindre doute sur ce que nous disons, sur la manière dont nous le
                            tumo2010, Irlande                                 disons et, bien entendu, sur la manière dont nous agissons.

“Le monde est tellement plus beau
    quand nous sommes unis.”                                                                                Votre Sepp Blatter

                                                                                                                                      T H E F I FA W E E K LY   23
LES LÉGENDES DU FOOTBALL

                               “Bon comme
                               un vieux vin”
                                      La rebelle, l’icône, la pionnière :
                                 nous nous sommes penchés sur les
                                 carrières en équipe nationale de six
                                             femmes extraordinaires.
                                                           Rainer Hennies

24   T H E F I FA W E E K LY
LES LÉGENDES DU FOOTBALL

                                                   FORMIGA – LA FOURMI
                                                   Avec la “Seleção”, elle porte habituellement le numéro 8. Mais en décembre dernier, lors d’un tournoi
                                                   international organisé au Brésil, la milieu de terrain s’est vu attribuer le numéro 20. La fédération avait en
                                                   effet décidé de rendre hommage à une joueuse d’exception : Miraildes Maciel Mota, mieux connue sous
                                                   le nom de “Formiga” (la fourmi), qui fêtait pour l’occasion ses 20 ans de carrière en équipe nationale.
                                                   Le Brésil a remporté la compétition devant les États-Unis, la Chine et l’Argentine. Formiga a elle-même
                                                   célébré cet anniversaire avec deux buts et un tir sur la barre transversale lors de la victoire 4:0 de son
                                                   équipe face à “l’Albiceleste”, au stade Mané-Garrincha de Brasilia. Cela lui a valu les acclamations du
                                                   public et une pluie de louanges de la part de ses coéquipières. “Vingt ans que Formiga est internationale
                                                   et qu’elle se bonifie, comme les grands vins”, a par exemple déclaré Marta, quintuple Joueuse Mondiale
                                                   de l’année.
                                                   Depuis 1995, la joueuse de poche (1,63 m) a disputé cinq Coupes du Monde. Au Canada, cette année,
                                                   elle ajoutera une sixième participation à son CV, un record pour le football féminin. Rio 2016 pourrait en
                                                   outre constituer son sixième tournoi olympique et être l’occasion de finir sa carrière en apothéose, à la
                                                   maison. “Ce serait fantastique de terminer sur un succès”, a ainsi confié Formiga.
                                                   Jusqu’à présent, les Brésiliennes n’ont jamais été championnes du monde et n’ont jamais remporté l’or
                                                   olympique. Elles ont décroché l’argent en 2004 à Athènes et en 2008 à Pékin, tandis qu’à la Coupe du
                                                   Monde 2007, elles ont échoué en finale. C’est toutefois l’édition 1999 de l’épreuve suprême qui reste le
                                                   meilleur souvenir de Formiga. Au bout d’une rencontre sans aucun but au Rose Bowl de Pasadena, elle
                                                   avait inscrit le tir au but décisif (5:4) contre la Norvège et offert la troisième place à ses couleurs. Å
Buda Mendes / Getty Images, Bob Thomas / Getty Images, Bongarts / Getty Images, imago

                                                                                        MORACE – LA PIONNIÈRE
                                                                                        C’est à l’âge de 14 ans et 8 mois seulement que Carolina Morace dispute son
                                                                                        tout premier match sous les couleurs de l’Italie. Entre 1978 et 1997, elle honore
                                                                                        153 sélections et marque la bagatelle de 105 buts. Elle compte ainsi parmi les
                                                                                        dix seules footballeuses totalisant plus de 100 réalisations en équipe nationale.
                                                                                        Passée entraîneuse à la fin de sa carrière de joueuse, Morace devient la pre-
                                                                                        mière femme à diriger une formation masculine, l’AS Viterbese Calcio en
                                                                                        troisième division. Elle rend cependant son tablier après deux matches, la faute
                                                                                        à une pression médiatique insoutenable. Elle prend ensuite les rênes de la
                                                                                        sélection féminine italienne, avec succès, puisqu’elle la qualifie pour deux
                                                                                        phases finales de l’Euro. Elle connaît en revanche plus de difficultés avec le
                                                                                        Canada et la Coupe du Monde 2011 tourne même au fiasco : trois défaites en
                                                                                        autant de rencontres et la plus mauvaise différence de buts de toutes les
                                                                                        équipes engagées. Morace, championne d’Italie à douze reprises et couronnée
                                                                                        meilleure buteuse de Serie A onze fois consécutivement, est en outre la pre-
                                                                                        mière femme à avoir été admise au Hall of Fame du football italien. Également
                                                                                        titulaire d’un diplôme d’avocate, elle dirige aujourd’hui à 51 ans la Juventus
                                                                                        Academy située dans le nord de Rome, à deux pas de l’antique Via Salaria. Å

                                                                                                                                                                            T H E F I FA W E E K LY   25
LES LÉGENDES DU FOOTBALL

                           DEVI – LA REBELLE
   Oinam Bembem Devi, 34 ans, a choisi le moment
     idéal pour mettre un terme à sa carrière profes-
          sionnelle. À la fin du mois de novembre 2014,
  l’Indienne a battu en final le Népal 6:0, s’assurant
   ainsi son troisième titre de championne d’Asie du
Sud en tant que capitaine de la sélection nationale.
   “Je suis très heureuse de quitter la scène dans un
           moment pareil”, a déclaré Devi, qui souhaite
 devenir entraîneuse et prédit un avenir prometteur
aux équipes féminines de son pays, compte tenu de
      l’important réservoir de jeunes talents. “Si nous
     travaillons dur, je suis convaincue que nous pou-
              vons nous hisser dans le Top 10 mondial.”
    Devi a 15 ans lorsqu’elle fait ses premiers pas en
            sélection. Elle porte ensuite le maillot indien
         pendant deux décennies. Enfant, elle choisit le
 football malgré les réticences de ses parents mais
         au fil du temps, son talent finira par vaincre le
    scepticisme de son père, qui compte aujourd’hui
parmi ses supporters. “Ma passion pour ce sport et
  ma persévérance ont fini par convaincre, même si
    mon père m’a toujours répété de ne pas négliger
           mes études.” Son succès lui donnera raison :
avec Manipur, elle remporte le championnat d’Inde
    à 17 reprises avant de partir jouer aux Maldives,
               où elle gagne le titre national en 2014. Å

                                                              HAMM – L’ICÔNE
                                                              Excellence technique, magicienne du ballon,
                                                              maîtresse du milieu de terrain ou buteuse en série,
                                                              aucune de ces expressions ne rend véritablement
                                                              justice au talent protéiforme de Mia Hamm
                                                              (42 ans). Son nom est aujourd’hui indissociable de
                                                              la montée en puissance du football féminin aux
                                                              États-Unis. Internationale depuis 1987, elle reste

                                                                                                                      Anadolu Agency, AIFF, Will Mcintyre / Getty Images, Bongarts / Getty Images, imago, NC State Media Relations
                                                              la plus jeune débutante de l’histoire de la sélection
                                                              américaine. Elle a, par la suite, honoré 274 autres
                                                              sélections et inscrit 158 buts avec les “Stars and
                                                              Stripes”. Mia Hamm a tout gagné : l’or olympique,
                                                              la Coupe du Monde Féminine, le titre de Joueuse
                                                              américaine de l’année, le titre de Joueuse Mon-
                                                              diale… Elle est aussi la première femme à avoir
                                                              intégré la liste FIFA 100. Elle figure dans le Temple
                                                              de la Renommée du football. Elle compte en outre
                                                              parmi les dirigeants de l’AS Rome. Aux côtés de
                                                              son mari, la star du baseball Nomar Garciaparra,
                                                              et de l’ancien basketteur Earvin Magic Johnson,
                                                              elle fait désormais partie du groupe d’investisseurs
                                                              à la tête de la nouvelle équipe de Los Angeles,
                                                              qui intègrera la MLS en 2017. Å

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