À la découverte des lieux sacrés du Québec - Le Devoir

 
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À la découverte des lieux sacrés du Québec - Le Devoir
patrimoine religieux
                                  i   CAHIER SPÉCIAL f   i   Les samedi 4 et dimanche 5 septembre 2021

À la
découverte
des lieux
sacrés du
Québec
Par sa richesse, sa variété et sa quantité,
le patrimoine religieux contribue à struc-
turer et à forger l’identité des villes et
des communautés du Québec, les mil-
liers d’édifices sacrés qui façonnent au-
jourd’hui encore la province s’érigeant
comme autant de témoins des origines
diverses des immigrants qui ont peuplé
la colonie depuis ses débuts. Pour la                                                                    Église Saint-Francois
quatrième édition des Journées du pa-                                                                    Vincent Girard

trimoine religieux, qui auront lieu les 11
et 12 septembre prochains, près de trois
cents d’entre eux ouvriront leurs portes
au grand public, qui sera invité à entrer
dans ces lieux qui font partie du quoti-
dien de tous, mais dans lesquels peu de
gens osent véritablement mettre les
pieds. À une semaine de l’événement, ce
cahier met en avant toute la diversité de
ce patrimoine et rappelle le rôle crucial
joué par les paroisses dans le dévelop-
pement urbanistique des villes, dans la
conservation du patrimoine et dans sa
mise en valeur.

Ce cahier est présenté en collaboration
avec le Musée des Hospitalières de l’Hôtel-
Dieu de Montréal, le Conseil du Patrimoine
religieux du Québec, la ville de Laval et
l’Archidiocèse de Montréal
À la découverte des lieux sacrés du Québec - Le Devoir
f2                                                LE DEVOIR / LES SAMEDI 4 ET DIMANCHE 5 septembre 2021 / patrimoine religieux

                                                                    4 Journées du patrimoine religieux
                                                                      es

     Plusieurs

                                                                    La réappropriation
     portes de
     lieux de
     culte seront
     ouvertes,

                                                                    tranquille
     de Gaspé à
     Gatineau,
     de Baie-
     Comeau à
     Amos en
     passant par                                                    Pour survivre, les lieux de culte doivent ouvrir leurs portes tant aux
     Montréal                                                       citoyens qu’aux fidèles
     et Québec.

                                                                    André Lavoie                                dans ces Journées « la pointe de l’ice-
                                                                    Collaboration spéciale                      berg ». « Il y a beaucoup de sites que
                                                                                                                l’on connaît et que l’on aurait aimé
                                                                                                                inclure », déplore Johanne Picard.
                                                                                eurs portes sont souvent        Mais ces limites s’expliquent aisé-

                                                                      L         closes, par manque de fidè-
                                                                                les autant que par manque
                                                                                de moyens. Mais cela sera
                                                                    tout le contraire les 11 et 12 septem-
                                                                                                                ment. « Tout cela repose sur une ba-
                                                                                                                se volontaire, grâce aux bénévoles, et
                                                                                                                ce ne sont pas des musées : ils n’ont
                                                                                                                pas développé des structures d’ac-
                                                                    bre lors des 4es Journées du patrimoi-      cueil comme ces lieux-là. »
                                                                    ne religieux, un événement de décou-           Une chose est sûre : plusieurs por-
                                                                    vertes architecturales et culturelles       tes seront ouvertes, de Gaspé à Gati-
                                                                    d’abord montréalais en 2018, et qui         neau, de Baie-Comeau à Amos en
                                                                    s’est vite étendu à tout le Québec.         passant par Montréal et Québec.
                                                                       Il suffit de se promener dans les        « On veut rapprocher les gens de
                                                                    rues des villes ou de sillonner les vil-    leurs bâtiments patrimoniaux, souli-
                                                                    lages pour apercevoir le clocher d’une      gne la chargée de projet du CPRQ. Si
                                                                    église. Ces lieux font partie du paysa-     on est de confession catholique, c’est
                                                                    ge depuis quelques siècles, et ce n’est     agréable de voir la décoration d’une
 Église unie de Russeltown, à Saint-Chrysostome                     pas pour rien que le Québec était au-       église presbytérienne ou méthodiste.
 JOURNÉEs DU PATRIMOINE RELIGIEUX                                   trefois surnommé « the priest-ridden        Combien de personnes passent de-
                                                                    province ». Les choses ont changé           vant des églises rurales sans jamais
                                                                    avec la Révolution tranquille, mais         s’arrêter, alors qu’elles sont parfois
                                                                    l’Église catholique a marqué partout        ouvertes quelques jours pendant l’an-
                                                                    son empreinte, sans compter les lieux       née. Je pense à l’église unie Russel-
                                                                    de culte appartenant à des commu-           town [construite en 1826 à Saint-
                                                                    nautés anglicanes, méthodistes ou           Chrysostome], tout en bois, sans
                                                                    protestantes. Et que dire des synago-       électricité à l’intérieur : c’est une oc-
                                                                    gues, qui ont façonné l’identité de         casion unique de la visiter. »
                                                                    certains quartiers montréalais.
                                                                       En 2003, le Conseil du patrimoine        Visites et concerts
                                                                    religieux du Québec (CPRQ) avait ré-        D’autres, qui ont délaissé la pratique
                                                                    pertorié 2751 lieux de culte au Qué-        religieuse, voudront peut-être renouer
                                                                    bec, un bilan impressionnant, mais          avec une certaine modernité. Car un
                                                                    qui cachait des réalités moins glorieu-     vent de renouveau a soufflé sur
                                                                    ses : paroisses fusionnées, édifices en     l’Église catholique dans les années
                                                                    décrépitude, démolitions rapides, etc.      1950 et 1960, permettant à des archi-
                                                                    Si on a l’habitude de dire que les égli-    tectes comme Roger D’Astous et Vic-
                                                                    ses sont au cœur de l’histoire du           tor Prus d’élaborer des bâtiments sin-
                                                                    Québec, ce cœur paraît fragile.             guliers. Le premier, associé au Village
                                                                       C’est justement pour qu’il se re-        olympique et au château Champlain,
                                                                    mette à battre, et soit ramené à la         a conçu des églises à Laval (Saint-
                                                                    conscience citoyenne, que le CPRQ           Maurice-de-Duvernay), à Repentigny
                                                                    organise cet événement destiné à cé-        (Notre-Dame-des-Champs) et à Mon-
                                                                    lébrer aussi le patrimoine immatériel,      tréal (Saint-René-Goupil), tandis que
                                                                    comme la musique, ou encore les ar-         le second, dont l’une des œuvres em-
                                                                    chives. Une façon de montrer les            blématiques demeure le Grand Théâ-
                                                                    multiples facettes d’institutions long-     tre de Québec, a réalisé en 1967
                                                                    temps très puissantes, et depuis dans       l’église St. Augustine of Canterbury, à
                                                                    l’incertitude.                              Saint-Bruno-de-Montarville, assortie
                                                                                                                de créations de son fidèle complice
                                                                    Des occasions uniques                       de l’époque, le sculpteur Jordi Bonet.
                                                                    Malgré les contraintes entourant les           Au fil des décennies, plusieurs égli-
                                                                    mesures sanitaires et la menace du          ses à l’acoustique exceptionnelle sont
                                                                    variant Delta, 276 lieux seront à dé-       devenues des endroits propices aux
                                                                    couvrir, alors que l’on en comptait         enregistrements musicaux et aux
                                                                    138 l’an dernier, dans un contexte          concerts. C’est pourquoi les Journées
                                                                    également pandémique. Un bond très          sont agrémentées de visites libres ou
                                                                    appréciable pour Johanne Picard,            guidées, et aussi de près d’une cin-
                                                                    chargée de projet au CPRQ et très           quantaine de concerts. « L’effet que
                                                                    impliquée dans l’organisation de            peut produire la sonorité d’un orgue
                                                                    l’événement, « même si on sait que          représente pour plusieurs une décou-
                                                                    la COVID-19 a forcément refroidi les        verte », souligne Johanne Picard, sa-
                                                                    ardeurs ».                                  chant bien que les non-pratiquants
                                                                       Elle qui avait participé à l’inventai-   sont rarement exposés à cet instru-
                                                                    re de 2003 et visité plus d’un lieu de      ment de musique imposant.
                                                                    culte, en a encore à découvrir, et voit        Même chose pour les cloches, qui
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LE DEVOIR / LES SAMEDI 4 ET DIMANCHE 5 septembre 2021 / patrimoine religieux                                                                                      f3

                                                                                                                      Église Saint-Maurice-de-Duvernay, à Laval
                                                                                                                      Sophie Poliquin

Église Notre-Dame-des-Sept-Douleurs, à Verdun
Saul Rosales

                                                                                                                      Chapelle de Tadoussac, Tadoussac
                                                                                                                      Nelson Boisvert
ont longtemps ponctué le quotidien           ver. On lui doit d’ailleurs la première     Malgré les
des Québécois. Après des travaux ma-         école à l’épreuve du feu, l’école Sala-     contraintes
jeurs, celles de l’église Sacré-Cœur-        berry à l’angle des rues Robin et           entourant
de-Jésus, rue Ontario à Montréal, sont       Beaudry à Montréal, après une tragé-        les mesures
désormais installées dans la nef, une        die survenue en 1907.                       sanitaires,
initiative originale du chef de chœur           Celui que Soraya Bassil qualifie de      276 lieux
André Pappathomas, qui profitera             « pionnier » a fait partie de ces archi-    seront à
des Journées pour proposer toute             tectes dits victoriens, « période mal-
une série d’activités (concert d’or-         aimée », mais qui retrouve peu à peu        découvrir
gue, concert de pièces chorales, visi-       ses lettres de noblesse. Quelques égli-     cette année
tes guidées, etc.) dans ce lieu signé        ses de Venne seront d’ailleurs acces-       lors des
Joseph Venne.                                sibles pendant les Journées (Sainte-        Journées du
                                             Anne-des-Plaines, Notre-Dame-des-           patrimoine
Un architecte pieux et                       Sept-Douleurs à Verdun) et, bien sûr,       religieux,
audacieux                                    le Sacré-Cœur-de-Jésus.                     alors que
Né en 1858 rue Montcalm, enfant de              « Ce premier projet sera aussi son       l’on en
la paroisse, Joseph Venne y laissera         dernier », souligne la consultante.         comptait
son empreinte artistique. L’église           « La structure était en bois, et un in-     138 l’an
Sacré-Cœur-de-Jésus de la rue On-            cendie va lui donner l’espace qu’il         dernier
tario marque ses grands débuts               n’avait pas au départ, permettant de
d’architecte.                                plus grandes fenêtres — la lumière in-
   Pas nécessairement le plus connu          térieure est fantastique. C’est une
des architectes québécois, Venne est         église de style néogothique, une des
pourtant une figure importante, par le       rares, parce qu’à l’époque, Mgr Ignace
nombre d’édifices portant sa griffe          Bourget [évêque de Montréal entre
(une centaine d’églises et d’écoles, de      1840 et 1876] n’aimait pas ce style et
même que des institutions prestigieu-        voulait se distancier des protestants.
ses, comme le Monument-National),            Venne finira ce projet sur son lit de
l’utilisation de nouveaux matériaux          mort [en 1925]. »
pour l’époque (le béton, l’acier) et un         Depuis la tenue de l’exposition, Jo-
farouche désir de transmission.              seph Venne est plus reconnu, y com-
   « Il a participé à la professionnalisa-   pris dans la toponymie montréalaise,
tion du métier d’architecte », affirme       avec une place à son nom devant le
Soraya Bassil, consultante en patri-         Centre Gédéon-Ouimet, rue Ontario.
moine culturel et muséologie, colla-         Et tout comme Johanne Picard, So-
boratrice d’une exposition consacrée         raya Bassil croit profondément à
à l’œuvre de Joseph Venne il y a près        l’éducation pour préserver le patri-
de 20 ans à l’Écomusée du fier mon-          moine religieux, parfois méconnu
de. Car cet homme « très pieux et            même des architectes. « Certains ne
très religieux » va contribuer à la          se gênent pas pour toucher au travail
fondation en 1890 de l’Association           de leurs prédécesseurs, n’ayant pas la
des architectes de la province de            sensibilité de se dire : il y avait quel-
Québec (aujourd’hui l’Ordre des ar-          qu’un avant nous. C’est aussi à cause
chitectes) et élaborer le premier cours      de cela que l’on démolit : parce que
d’histoire de l’architecture. Pour celui     l’on ne connaît pas notre passé. »
qui avait commencé comme apprenti
à l’âge de 15 ans, admettant qu’il           Pour tous les détails et la
avait « des manquements scolaires »,         programmation des Journées                  Église Sainte-Anne-des-Plaines, à Sainte-Anne-des-Plaines
l’architecte n’aura jamais cessé d’ap-       du patrimoine religieux :                   JOURNÉEs DU PATRIMOINE RELIGIEUX
prendre, de communiquer, et d’inno-          journeesdupatrimoinereligieux.ca
À la découverte des lieux sacrés du Québec - Le Devoir
f4                                                         LE DEVOIR / LES SAMEDI 4 ET DIMANCHE 5 septembre 2021 / patrimoine religieux

La ville aux deux
cents clochers
La formule est connue : Mark Twain aurait qualifié Montréal de « ville
aux cent clochers » lors d’une soirée à l’hôtel Windsor vers 1880. Un my-
the, d’après les historiens, pour qui la phrase de l’Américain était plutôt
celle-ci : « C’est bien la première fois que je m’arrête dans une ville où
l’on ne peut lancer une pierre sans risquer de briser un carreau d’égli-
se. » Quoi qu’il en soit, la réalité dépasse aujourd’hui la légende. Avec
ses 214 églises, l’archidiocèse de Montréal — qui fête ses 185 ans cette
année — dispose d’un patrimoine riche de trésors auxquels les Montréa-
lais sont attachés.

Isabelle Delorme                         époques de construction, aux formes
Collaboration spéciale                   et aux matériaux variés. Parmi les 214
                                         églises de l’archidiocèse de Montréal,
                                         5 d’entre elles ont le statut de lieu
          oratoire Saint-Joseph et ses   historique du Canada et 15 sont pro-

 L’       centaines de marches, les
          statues de la cathédrale
          Marie-Reine-du-Monde, la
splendeur néogothique de la basilique
                                         tégées en vertu de la Loi sur le patri-
                                         moine culturel du Québec.
                                            « Les festivités du 375e anniversaire
                                         de Montréal ont rappelé les inten-
Notre-Dame ou encore le clocher de la    tions religieuses de Paul Chomedey
chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours.      de Maisonneuve et de Jeanne Mance,
Ces trésors parmi les plus connus        lorsqu’ils ont fondé Montréal », ob-
s’inscrivent dans un patrimoine aux      serve Caroline Tanguay. Selon la res-

                                                                                    Intérieur de l’église de la Visitation, la plus vieille de l’île de Montréal
                                                                                    Photo fournie

                                                                                    ponsable de l’art sacré et du patri-             utilisés par des organismes so-
                                                                                    moine religieux à l’archidiocèse de              ciaux », dit Caroline Tanguay, qui
                                                                                    Montréal, nos églises portent donc les           souligne également l’importance de
                                                                                    traces de la fondation de la ville,              ces bâtiments religieux dans le pay-
                                                                                    mais aussi de la vie artistique, écono-          sage urbain. « Les quartiers de Mon-
       Mobilisons-nous ensemble pour sauver notre                                   mique et technique du passé.                     tréal s’étant souvent construits au-
                                                                                                                                     tour des églises, ces dernières sont
                   patrimoine religieux                                             Des Montréalais attachés à                       devenues indissociables de leur mi-
                                                                                    leurs églises                                    lieu de vie et, croyants ou non, les
                            Pour faire un don :                                     Ces dernières années, il se murmu-               Montréalais y sont très attachés. »
                                                                                    rait à Montréal que les églises étaient
  diocesemontreal.org/ressources/patrimoine-religieux                               transformées en immeubles de loge-               Un enjeu patrimonial majeur
                                                                                    ments. Une légende urbaine, selon                « Si nous n’entretenons pas notre pa-
                                                                                    Caroline Tanguay qui reconnaît que               trimoine religieux, plus personne ne
                                                                                    la première décennie du XXIe siècle              pourra l’admirer dans deux cents
                                                                                    a été marquée par la vente de plu-               ans », alerte Caroline Tanguay qui
                                                                                    sieurs églises. Mais à l’exception               évoque pas moins d’une quinzaine de
                                                                                    d’un projet de condos qui a généré               gros chantiers de rénovation en cours
                                                                                    des remous et peu de sous, elles ont             dans les églises de Montréal. Le défi
                                                                                    généralement été acquises par d’au-              est colossal et le temps presse. « No-
                                                                                    tres communautés.                                tre patrimoine a été construit princi-
                                                                                                                                     palement à la fin du XIXe siècle et au
                                                                                                                                     début du XXe, puis dans les années
                                                                                     « Les quartiers de Montréal                     1945 et 1975. Les plus anciennes doi-
                                                                                      s’étant souvent construits                     vent être restaurées avec une main-
                                                                                        autour des églises, ces                      d’œuvre et des matériaux coûteux.
                                                                                       dernières sont devenues                       Pour d’autres, construites dans les
                                                                                     indissociables de leur milieu                   années 1950, on a expérimenté le bé-
                                                                                      de vie et, croyants ou non,                    ton armé qui s’est révélé souvent peu
                                                                                                                                     adapté à notre climat. C’est pourquoi
                                                                                        les Montréalais y sont                       de nombreuses églises ont besoin
                                                                                            très attachés »                          d’être restaurées aujourd’hui », ex-
                                                                                                                                     plique celle qui invite les Montréalais
                                                                                    Le rôle social de l’église n’échappe             à redécouvrir les pépites de leur ville,
                                                                                    d’ailleurs pas aux Montréalais.                  anciennes et modernes, sans oublier
                                                                                    « Beaucoup de locaux d’églises sont              l’église au cœur de leur quartier.
À la découverte des lieux sacrés du Québec - Le Devoir
LE DEVOIR / LES SAMEDI 4 ET DIMANCHE 5 septembre 2021 / patrimoine religieux                                                                                                     f 5

À la découverte de
notre patrimoine
Zoom sur trois des
214 églises de l’archidiocèse
de Montréal à découvrir
Isabelle Delorme                                                                       Concert de l’Orchestre Métropolitain donné en 2015 à l’église Notre-Dame-des-Sept-
Collaboration spéciale                                                                 Douleurs
                                                                                       Photos fournies

L’église, centre de vie
à Verdun                                                                               élevée de Montréal et les vitraux res-      la Ville de Montréal qui occupe
Plus qu’un lieu de culte, Notre-Dame-                                                  taurés de Guido Nincheri. « Sa fa-          M. Lavoie. « Nous n’avions plus le
des-Sept-Douleurs est également au                                                     mille lui a souvent servi de modèle,        choix, car il menaçait de s’effondrer.
centre de la vie du quartier. Chaque                                                   comme son épouse dans le tableau re-        C’était devenu une question de sécu-
été, du début juin à la fin août, des                                                  présentant sainte Madeleine qui a été       rité urgente », révèle-t-il. Les ouvri-
bénévoles se relaient pour assurer                                                     conservé. » Quant au Judas figurant         ers ont retiré le parement de pierres
une permanence quatre jours par se-                                                    sur le vitrail représentant La Cène,        du clocher pour réparer la structure
maine. « Grâce à ces portes ouvertes,                                                  l’artiste lui a donné ses propres traits.   en béton armé qui s’était effritée
nous accueillons chaque année des                                                                                                  avec le temps. « C’est impression-
milliers de personnes », se réjouit le                                                 Un vaste chantier Art déco à                nant à voir, car c’est dans un état dé-
curé de la paroisse, Laurent Ravenda,                                                  Rosemont                                    sastreux », confie le marguillier qui
qui incite ainsi les visiteurs à pénétrer                                              Depuis le mois de février 2021, des         explique cette dégradation par un
dans ce bâtiment patrimonial.                                                          ouvriers s’activent sur la rue Masson       manque d’entretien, la rigueur du cli-
   L’église de la rue Wellington, qui a                                                pour restaurer la seule église Arts         mat et un défaut de conception.
fait l’objet d’importants travaux de                                                   déco de Montréal : Saint-Esprit-de-            En attendant la fin des travaux,
restauration depuis 2009, propose ré-                                                  Rosemont. Construite en deux phases         prévue pour le printemps, l’église res-
gulièrement des activités culturelles                                                  dans les années 1920 et 1930, l’église      te accessible par l’entrée située sur la
gratuites : concerts, expositions esti-                                                était ornée d’une grande flèche qui a       5e Avenue. Les aides reçues s’étant
vales ou au moment de Noël. L’an-                                                      dû être retirée en 1949 en raison de        révélées généreuses mais insuffisan-
née dernière, les visiteurs ont décou-                                                 son poids. Mais cela n’a pas affecté la     tes, Olivier Lavoie s’apprête à sollici-
vert une exposition consacrée à Tin-                                                   beauté du bâtiment, bien au contrai-        ter un soutien fédéral. « Nous avons
tin et cet été, trois expositions de                                                   re. « En retirant la flèche, je crois que   cogné à la porte de la Ville de Mon-
photographies, dont l’une sur le tra-                                                  le style Arts déco est davantage res-       tréal, que je crois sensible à notre
vail de la photographe Stephanie Col-                                                  pecté, avec ces grandes lignes droites      cause, mais bloquée par la Charte de
vey, qui a documenté l’accueil de ré-                                                  et carrées », souligne Olivier Lavoie,      Montréal », explique celui qui reste
fugiés syriens à L’Île-des-Sœurs.                                                      marguillier pour la fabrique de la pa-      serein malgré tout. « Nous nous ap-
   « Nous sommes au centre de Ver-                                                     roisse Saint-Esprit-de-Rosemont.            pelons le Saint-Esprit, donc ça va se
dun. Presque toutes les animations                                                        Aujourd’hui, c’est le clocher de         réaliser ! Nous viendrons à bout de ce
publiques du quartier se déroulent                                                     l’église classée Cité patrimoniale par      chantier et ce sera magnifique. »
devant notre église », constate le pè-
re Ravenda, qui voit des gens entrer à      La dernière Cène, un des vitraux de
Notre-Dame-des-Sept-Douleurs pour           l’église Sainte-Madeleine d’Outremont

                                                                                                            SONNENT LES SIÈCLES
se recueillir, prier, allumer un lam-
pion, ou simplement s’asseoir pour
prendre un moment de répit dans le          vitraux fabriqués dans son studio.
brouhaha de la journée. « Cette égli-       Hélas, à la suite du concile Vatican II,
se est un point de référence, car elle      tous les tableaux ont été recouverts
est devenue un pôle culturel et est en      de peinture blanche au cours des an-                                                     à l’église du Sacré-Cœur
symbiose avec le quartier, se réjouit       nées 1960, sauf celui représentant
le curé de la paroisse. Et cela ne se       sainte Madeleine au pied de la croix.
fait pas au détriment de la qualité de         Les tableaux concernés ont été
notre communauté chrétienne. »              peints à l’huile sur toile avant d’être
                                            marouflés (collés aux murs dans l’es-
Dévoiler des trésors cachés à               pace qui leur est réservé), puis recou-
Outremont                                   verts lors du grand ménage des an-
À Sainte-Madeleine d’Outremont, pa-         nées 1960. « Deux marouflés repré-
roissiens et visiteurs peuvent admirer      sentant Jésus chez Marthe et Marie et
une belle peinture de l’artiste Guido       la résurrection de Lazare vont être                                                             Vernissage le 9 octobre 2021
Nincheri derrière l’autel. Deux autres      restaurés, ainsi que deux saints mar-
tableaux cachés du maître italo-cana-       tyrs canadiens que nous essayons                                                           Exposition - Visites guidées - Causeries
dien s’apprêtent à renaître. « Nous         d’identifier », précise M. Bouthillier.                                                         Consultez le programme : ecomusee.qc.ca
avons donné le feu vert à l’architecte      Des experts en restauration ont con-
Louis Brillant pour commencer les           firmé que les œuvres semblent être                                                                     Église Sacré-Cœur-de-Jésus
travaux de restauration », se réjouit       en excellent état sous les couches de                                                                           1471 rue Ontario Est
Paul Bouthiller, président de l’Assem-      peinture.                                                                                                          ecomusee.qc.ca
blée de la fabrique de Sainte-Made-            En attendant cette restauration, les
leine d’Outremont. De 1931 à 1960,          visiteurs peuvent admirer d’autres tré-
l’église a été décorée par 26 murales       sors de Sainte-Madeleine d’Outre-
et tableaux de Guido Nincheri et 32         mont, notamment la flèche la plus
À la découverte des lieux sacrés du Québec - Le Devoir
LE DEVOIR / LES SAMEDI 4 ET DIMANCHE 5 septembre 2021

                                                               L’église Saint-Maurice-
                                                               de-Duvernay
                                                               Sophie Poliquin

   Musée
    des
Hospitalières
museedeshospitalieres.qc.ca

                                             EXPOSITION
                                             ET CIRCUITS

                                       Victor
                                      Bourgeau                 La croix Paquette,
                                                               située à Laval
                                      Architecte montréalais   Vincent Girard

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    laval autrement
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         Entente de
     développement
            culturel
                                                               L’église de Sainte-Rose-de-Lima
                                                               Photo fournie
À la découverte des lieux sacrés du Québec - Le Devoir
LE DEVOIR / LES SAMEDI 4 ET DIMANCHE 5 septembre 2021 / patrimoine religieux                                                                                        f7

            L’église Saint-François-   Patrimoine religieux de Laval
                            de-Sales

                                       En équilibre entre
                      Vincent Girard

                                       l’histoire et la
                                       modernité
                                       Les Journées du patrimoine religieux offrent l’occasion de parfaire nos                  Crucifix retrouvé lors de l’inventaire
                                       connaissances de l’histoire religieuse de la ville de Laval, qui navigue entre           archéologique fait à côté de l’église
                                       le riche historique de son patrimoine bâti et la modernité de celui-ci. Coup             Sainte-Rose-de-Lima
                                                                                                                                Charles Briand
                                       d’œil sur un territoire encore trop méconnu.

                                       Yves Casgrain                               le. À l’intérieur de cette église classée     Une conférence durant les Journées
                                       Collaboration spéciale                      immeuble patrimonial en 2012, le            du patrimoine religieux, animée par
                                                                                   mobilier liturgique et le décor inté-       Pierre D’Amico et Anne-Julie d’Ami-
                                                                                   rieur sont d’une grande beauté.             co, portera sur les résultats des
                                                   elon le Conseil du patri-          Depuis deux ans, ce grand vaisseau       fouilles archéologiques et sur l’histoi-

                                         S         moine religieux (2003), l’île
                                                   de Laval compte 42 établis-
                                                   sements religieux (églises
                                       et chapelles), dont 31 ont été cons-
                                                                                   érigé près de la rivière des Mille Îles
                                                                                   connaît une effervescence inhabituel-
                                                                                   le. Dans le cadre du réaménagement
                                                                                   de la berge des Baigneurs, dont une
                                                                                                                               re du lieu de culte.
                                                                                                                               L’île Jésus
                                                                                                                               À l’autre bout du spectre, Laval per-
                                       truits après 1945. Sur tous ces lieux       partie jouxte le terrain de l’église de     met aussi d’apprécier le patrimoine
                                       de culte, 28 sont catholiques, 3 sont       Sainte-Rose-de-Lima, des fouilles ar-       religieux moderne, étant donné que
                                       des synagogues et 11 des églises chré-      chéologiques ont été réalisées afin de      plusieurs villages y avaient été érigés
                                       tiennes. Lors des Journées du patri-        mieux connaître l’ensemble parois-          avant d’intégrer la nouvelle ville de
                                       moine religieux de cette année, le          sial. En 2015, la firme Archéos a été       Laval, fondée en 1965. Ce fut le cas
                                       public aura l’occasion de visiter huit      mandatée afin de réaliser une « étu-        de la municipalité de Duvernay.
                                       églises catholiques ainsi que le Musée      de de potentiel archéologique ». Cet-       Avant de devenir une partie de Laval,
                                       Délia-Tétreault de la communauté            te dernière a démontré qu’il y avait        Duvernay s’est développée vers la fin
                                       des Sœurs missionnaires de l’Imma-          un fort potentiel à ce chapitre, dont       des années 1950. Le besoin de cons-
                                       culée-Conception. « Un nouveau cir-         les visiteurs pourront avoir un aperçu      truire une nouvelle église s’est mani-
                                       cuit permettra aux citoyens de visiter      lors des Journées du patrimoine             festé. C’est ainsi que Duvernay s’est
                                       toutes les églises participantes, expli-       Par exemple, en 2019, des travaux        dotée, en 1962, de l’une des premiè-
                                       que Ana Manescu, urbaniste et coor-         d’excavation à l’école Villemaire (an-      res églises dites modernes : l’église
                                       donnatrice à la régie patrimoine de la      cien établissement scolaire des Frères      Saint-Maurice-de-Duvernay, qui fait
                                       Division art et culture de la Ville de      de Saint-Gabriel construit sur le ter-      partie des églises qui accueilleront le
                                       Laval. Grâce à une application mobi-        rain de l’ancien cimetière paroissial)      public lors des Journées du patrimoine
                                       le, ils pourront obtenir la liste des ac-   ont fait remonter à la surface des os-      religieux.
                                       tivités proposées. Les visiteurs pour-      sements humains. Cette découverte a            Les plans de l’église Saint-Maurice-
                                       ront également prendre connaissance         ouvert la voie à des fouilles archéolo-     de-Duvernay ont été dessinés par
                                       des éléments patrimoniaux intéres-          giques d’une grande ampleur. En 2020        l’architecte Roger D’Astous. « C’est
                                       sants qui se trouvent dans l’environ-       et 2021, les archéologues ont dégagé        l’un des plus grands architectes qué-
                                       nement immédiat. »                          une partie du mur de la deuxième            bécois du XXe siècle ! » lance Franci-
                                          On trouve aussi à Laval un temple        église de Sainte-Rose ainsi que l’an-       ne Vanlaethem, professeure émérite
                                       bouddhiste et une dizaine de mos-           cien cimetière. « Nous savons qu’il y       à l’École de design de l’UQAM.
                                       quées. Avec ses 442 648 habitants, la       avait 8000 sépultures inhumées en           « C’est le seul architecte québécois à
                                       ville accueille un fort pourcentage         100 ans, et 60 % des tombes con-            avoir travaillé un an dans l’atelier de
                                       d’immigrants, soit 28,5 % de sa popu-       tiennent le reste de bébés et d’enfants     l’architecte américain Frank Lloyd
                                       lation totale (2016). Attachés à leurs      de moins 5 ans », raconte l’archéolo-       Wright, auteur de plus de 400 œuvres.
                                       traditions, ils jouent un rôle impor-       gue Justine Tétreault.                      Une partie de ses œuvres figurent sur
                                       tant dans le dynamisme des lieux de            Outre le cimetière, les archéolo-        la Liste du patrimoine mondial de
                                       culte lavallois. La participation aux       gues ont dégagé un intrigant puits          l’UNESCO. »
                                       Journées du patrimoine religieux            dans l’enceinte du cimetière. « Un aî-         Dès qu’on observe la façade de ce
                                       étant volontaire et ouverte à tous,         né nous a expliqué que, lorsqu’il était     lieu de culte exceptionnel, on remar-
                                       Ana Manescu souhaite que davantage          enfant, des paroissiens venaient à la       que la forme non traditionnelle du
                                       de lieux de culte autres que catholi-       messe à cheval. Il y avait au côté de       clocher. Celui-ci repose sur une im-
                                       ques s’intègrent dans les futures Jour-     l’église un endroit où les gens pou-        mense poutre qui traverse toute
                                       nées du patrimoine religieux des pro-       vaient laisser leurs chevaux. C’est         l’église. La poutre intègre un vitrail
                                       chaines années.                             justement là où se situait l’abreuvoir.     créé par l’artiste Jean-Paul Mousseau.
                                                                                   Plus tard, nous avons saisi que le puits
                                       Vestiges du passé                           avait été construit après la fermeture
                                       Un des joyaux du patrimoine reli-           du cimetière », relate l’archéologue.       Pour plus d’information, télécharger
                                       gieux de Laval ouvert au public cette          Des centaines d’artefacts, comme         l’application mobile Parcourir Laval.
                                       année est sans nul doute l’église           des « bouts de chapelets, des croix,
                                       Sainte-Rose-de-Lima, dessinée par le        des boutons de linge, des attaches de
                                       célèbre architecte Victor Bourgeau          bretelles », ont aussi été déterrés.
                                       (1809-1888). Érigée en 1856, elle est       « Ces objets nous donnent une idée
                                       la troisième église de l’ancien village     des gens qui fréquentaient cet endroit
                                       Sainte-Rose. De style néoclassique,         et de ce qui était important pour eux »,
                                       elle possède une façade monumenta-          précise-t-elle.
À la découverte des lieux sacrés du Québec - Le Devoir
f8                                                         LE DEVOIR / LES SAMEDI 4 ET DIMANCHE 5 septembre 2021 / patrimoine religieux

                                                       Chapelle des Hospitalières de l’Hôtel-Dieu, avant 1928, dont la clôture
  Victor Bourgeau                                      provient de l’ancien palais épiscopal de Mgr Bourget, incendié en 1852.
                                                                                 Archives des Religieuses hospitalières de Saint-Joseph

  Sur les
  traces
  d’un                                                                                                                                    Découvrir
  architecte                                                                                                                              l’oeuvre de
                                                                                                                                          Victor Bourgeau
  qui a                                                                                                                                   L’exposition temporaire
                                                                                                                                          Victor Bourgeau. Un évêque et son
                                                                                                                                          architecte est présentée au Musée

  façonné                                                                                                                                 des Hospitalières de l’Hôtel-Dieu
                                                                                                                                          de Montréal jusqu’au 2 janvier
                                                                                                                                          2022. Trois différents circuits
                                                                                                                                          commentés in situ portant sur

  Montréal                                                                                                                                l’œuvre de Victor Bourgeau et la
                                                                                                                                          tradition des grands décors peints
                                                                                                                                          sont organisés jusqu’à la fin
                                                                                                                                          octobre. Les circuits se font à pied
                                                                                                                                          ou en autobus et durent en
                                                                                                                                          moyenne 4 heures. Il est possible
                                                                                                                                          de consulter leur horaire sur le
Au milieu du XIX siècle, les communautés religieuses structurent les services publics et le tissu urbain de Montréal
                   e
                                                                                                                                          site du musée. L’exposition et les
sous la houlette de M Bourget et de son architecte attitré, Victor Bourgeau. À travers l’œuvre de ce dernier, le
                         gr                                                                                                               circuits ont été créés par Paul
                                                                                                                                          Labonne, Ginette Laroche et
Musée des Hospitalières de l’Hôtel-Dieu de Montréal propose d’explorer cette période charnière de l’histoire de                           Raymonde Gauthier.
la ville.

Miriane Demers-Lemay                       circuits guidés et une exposition, le          tant comme contexte. Henri Bourassa             à l’Université du Québec à Montréal,
Collaboration spéciale                     Musée des Hospitalières propose de             baigne dans les arts grâce à son père,          et l’église Saint-Pierre-Apôtre au cœur
                                           découvrir l’héritage de ces deux               qui est peintre et décorateur d’égli-           du quartier gai. Si les plans de la ca-
                                           hommes pour aborder ce pan de                  se ! » précise-t-il.                            thédrale de Rimouski ont été conçus
           rès du mont Royal, l’iconi-     l’histoire — rarement mis en valeur,                                                           par Bourgeau, ce sont des entrepre-

 P         que dôme vert de l’Hôtel-
           Dieu marque le paysage
           montréalais depuis 1860.
Au sein de la coupole, un décor peint
                                           selon M. Labonne.
                                              En ce milieu du XIXe siècle, Mon-
                                           tréal se transforme rapidement. La
                                           ville est à l’aube de la révolution in-
                                                                                          Un patrimoine
                                                                                          qui résiste au temps
                                                                                          La plupart des bâtiments religieux,
                                                                                          qui se multiplient, sont conçus par
                                                                                                                                          neurs locaux qui se sont chargés de
                                                                                                                                          la construction, révèle Mme Gauthier
                                                                                                                                          pour expliquer les travaux de rénova-
                                                                                                                                          tion nécessaires sur cette dernière.
représente des membres de la sainte        dustrielle. La population urbaine s’ac-        Victor Bourgeau. Son œuvre, c’est                  Si le patrimoine de Bourgeau résiste
Famille. Les sœurs cloîtrées logeaient     croît rapidement, avec l’exode rural           aussi une vitrine sur l’architecture de         au temps, Ginette Laroche se désole
autrefois dans l’aile ouest, tandis que    et l’arrivée d’immigrants anglophones          l’époque, explique Ginette Laroche,             toutefois de voir l’effritement de la
l’aile est hébergeait un hôpital. La       protestants. L’évêque de Montréal              spécialiste de l’art religieux québécois        mémoire collective en ce qui a trait à
chapelle, au centre, rassemblait les       s’associe avec des communautés reli-           et des grands décors peints. « Il faut          l’histoire de Montréal. « Bourgeau a
sœurs, les villageois du coin et les       gieuses pour construire couvents,              se rappeler que les écoles d’architec-          contribué à construire le tissu urbain
malades.                                   églises et œuvres caritatives, tout            tures sont relativement récentes. Bour-         de Montréal, » dit-elle. Ils [Mgr Bour-
   À travers ses lignes architecturales,   comme des écoles, des refuges, des             geau, c’était un artisan, un menuisier-         get et son architecte] ont contribué à
l’Hôtel-Dieu raconte comment la            orphelinats, ou des hôpitaux, tel celui        charpentier ; il a appris au contact            construire une identité. C’est impor-
« ville aux 100 clochers » s’est trans-    de l’Hôtel-Dieu.                               d’autres architectes », indique-t-elle.         tant de connaître qui on est pour sa-
formée au XIXe siècle pour acquérir           « Les gens qui commencent à                 Bourgeau s’inspire d’approches néo-             voir où on va ! »
le visage qu’elle a aujourd’hui, no-       s’établir sur le Plateau-Mont-Royal            classiques, néorenaissances et néogo-
tamment grâce au rôle clé des com-         viennent à l’église des Hospitaliè-            thiques venant d’Europe et des États-                                    Église Saint-
munautés religieuses, l’établissement      res », explique M. Labonne, en ajou-           Unis, poursuit l’experte. L’architecte                                        Jacques
de services publics, la structuration      tant que les religieuses vont alors lo-        s’inspire par exemple de modèles                                         Photo fournie
de la ville et l’épanouissement des        tir les terrains qui leur appartiennent.       dans des manuels anglo-américains
arts.                                      « Les communautés religieuses ou-              pour créer les carrelages épurés des
                                           vrent des bâtiments où elles vont pro-         plafonds.
Premier réseau                             diguer des soins de santé, mais elles             « Bourgeau assurait la solidité. Ses
d’assistance publique                      structurent aussi l’espace montréalais         bâtiments ne s’écrasent jamais ! »
« C’est le Montréal préindustriel des      par la bande. »                                renchérit Raymonde Gauthier, histo-
années 1840-1850, lorsque l’évêque            Pour réaliser des décors peints et          rienne de l’architecture et experte de
Mgr Bourget met en place le réseau         décorer les églises, on fait d’abord           l’œuvre de Bourgeau. « Il y a très peu
d’assistance publique qui va rester        venir des artistes de l’étranger, puis         d’églises de Bourgeau qui ont dispa-
jusqu’à la Révolution tranquille           on commence à former des artistes              ru. Pour celles qui ont été incendiées,
en 1960 », explique Paul Labonne,          locaux, comme le peintre Meloche               tout ce qui était structurel est encore
historien et directeur du Musée des        et le sculpteur Louis-Philippe Hébert.         là. C’est solide, c’est bien fait. » Le
Hospitalières. « Son architecte a été      Ces ateliers-écoles sont l’initiative de       prolifique architecte a conçu plus
Bourgeau ; les deux hommes sont in-        Napoléon Bourassa, le père d’Henri             de 300 bâtiments, dont l’Hôtel-Dieu
timement liés. C’est ça qu’on voulait      Bourassa, fondateur du Devoir, indi-           de Montréal, l’ancienne église Saint-
que le public découvre. » Avec trois       que M. Labonne. « C’est très impor-            Jacques, dont le clocher a été intégré
À la découverte des lieux sacrés du Québec - Le Devoir À la découverte des lieux sacrés du Québec - Le Devoir
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