Le fonctionnement métropolitain du bassin parisien - Du bassin parisien à la région économique De paris

 
Le fonctionnement métropolitain du bassin parisien - Du bassin parisien à la région économique De paris
le fonctionnement métropolitain
       du bassin parisien
             Du bassin parisien
      à la région économique de Paris

                   Ministère de l'écologie, de l'énergie,
                        du développement durable
                    et de l'aménagement du territoire
                            Secrétariat d'État
                      à l'aménagement du territoire
Le fonctionnement métropolitain du bassin parisien - Du bassin parisien à la région économique De paris
Préparation éditoriale DIACT par Sophie BUHNIK, chargée d’études, sous la direction d’Eliane
DUTARTE, conseillère du délégué.

Avec la collaboration de Muriel THOIN, chargée de mission, équipe Cabinet/communication

Photos intérieures : © Phovoir

Carte de couverture : réalisée par l’UMR Géographie-cités (CNRS, Universités Paris 1 et Paris
Diderot), adaptation Pierre Chambrin.
Le fonctionnement métropolitain du bassin parisien - Du bassin parisien à la région économique De paris
Ministère de l'écologie, de l'énergie,
                du développement durable
            et de l'aménagement du territoire
                    Secrétariat d'État
              à l'aménagement du territoire

Le fonctionnement
  métropolitain
du Bassin parisien
       Du Bassin parisien
à la région économique de Paris
               2004-2008

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Le fonctionnement métropolitain du bassin parisien - Du bassin parisien à la région économique De paris
Le fonctionnement métropolitain du bassin parisien - Du bassin parisien à la région économique De paris
Sommaire
Préface..................................................................................................................................................................................................5

Du Bassin parisien à la région économique de Paris.......................................................................................7

Etude 1.
Les mobilités quotidiennes, résidentielles et professionnelles des populations
du Bassin parisien..................................................................................................................................................................... 15
           1. Les navettes domicile-travail, ou la force maintenue
             de l’aire métropolitaine centrale......................................................................................................................... 17
           2. Les migrations professionnelles : un révélateur des interdépendances économiques
              entre pôles du Bassin parisien............................................................................................................................. 19
           3. Les ajustements du système de peuplement par les migrations résidentielles....................... 22
           4. Pôles gagnants, pôles perdants dans les migrations professionnelles
              et résidentielles du Bassin parisien. .................................................................................................................23
           5. Les directions migratoires favorables à l’intégration régionale...................................................... 25
           6. Le Bassin parisien : vers un polycentrisme à très petits pas ?........................................................... 26

Etude 2.
La mobilité des entreprises et de leurs salariés dans le Bassin parisien....................................... 29
           1. Les réseaux d’entreprises, un révélateur majeur du fonctionnement métropolitain
              d’un territoire................................................................................................................................................................ 30
           2. Les transferts d’établissements dans le Bassin parisien : des mobilités marginales,
              mais avec des spécificités marquées................................................................................................................. 31
           3. L’analyse spatiale des flux d’entreprises : sous-systèmes régionaux
              et disparités Est-Ouest............................................................................................................................................. 33
           4. Les recompositions sociales et territoriales liées aux transferts d’établissements.............. 37

Etude 3.
Partenariats scientifiques et mises en réseaux du Bassin parisien.................................................... 41
           1. Forte concentration nationale de la production de connaissances
              et faible externalisation des mises en réseaux dans le Bassin parisien. ..................................... 43
           2. Les coopérations scientifiques et d’innovation technologique
              dans le Bassin parisien : concentration sans véritable polarisation régionale....................... 45
           3. L’Ile-de-France, un archipel métropolitain ?..............................................................................................48
           4. Des leviers pour consolider le fonctionnement métropolitain du Bassin parisien ?.......... 49

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Etude 4.
Les espaces spécialisés du Bassin parisien : la localisation de filières économiques
au service de l’aménagement du territoire............................................................................................................ 53
         1. La filière NTIC............................................................................................................................................................. 55
         2. La filière agro-alimentaire. ................................................................................................................................... 56
         3. La filière portuaire..................................................................................................................................................... 57
         4. La filière automobile................................................................................................................................................. 59
         5. La filière de la chimie...............................................................................................................................................60
         Conclusion : l’organisation économique du Bassin parisien, un dépassement
         des relations centre-périphéries ?........................................................................................................................... 61

   L’étude présentée ici est consultable dans son intégralité sur le site internet de la DIACT, au lien
   suivant : www.diact.gouv.fr (rubrique kiosque-publications)

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Le fonctionnement métropolitain du bassin parisien - Du bassin parisien à la région économique De paris
L e fonctionne m ent m é t ropolita in du Ba s sin pa r i sien

Préface
Initialement implantés dans la partie centrale de l’agglomération parisienne, de plus en plus de
très grands équipements et de pôles d’envergure internationale sont apparus à sa périphérie (Rois-
sy, Disney/Marne-la-Vallée, Saclay, etc.). Dans le même temps, le rayon des déplacements domici-
le-travail s’est étendu de plus en plus loin du centre, jusqu’à franchir les limites administratives
de l’Ile-de-France et, dans certains cas, jusqu’à couvrir une partie importante des départements
des régions limitrophes. Mutations professionnelles et déplacements des entreprises mais aussi
changements de résidence complètent ces évolutions, en confortant parfois des centralités péri-
phériques.

Simple extension aux espaces périphériques ou facteur de développement de pôles secondaires et
de futurs bassins de vie et d’emploi, ces déplacements alimentent de longue date la question d’un
développement polycentrique de la région parisienne. En 2005, une interrogation sur la réalité des
sous-bassins d’emploi et de vie dans l’aire urbaine de Paris (DREIF) et une première expertise d’un
fonctionnement métropolitain du Bassin parisien (Cattan-Gilli) ont été réalisées.

Dans un contexte de concurrence accrue sous l’effet de la mondialisation de l’économie, des évolu-
tions technologiques de toute nature et de l’intensification des flux de personnes et de biens qui en
résultent, de très grands espaces métropolitains – de 200 sur 300 kilomètres environ – se forment,
et la complémentarité d’espaces urbains souvent discontinus apparaît de plus en plus comme une
condition de la compétitivité des offres métropolitaines de niveau international. Devenir un espa-
ce métropolitain de référence, capable de soutenir la comparaison au XXIe siècle avec les autres très
grandes régions du monde qui apparaissent en différents points de la planète, semble un objectif
que Paris et le Bassin parisien doivent atteindre.

La question d’un fonctionnement métropolitain du Bassin parisien, de son niveau d’intensité et
de son degré de réalité, a donc été réinterrogée de manière plus opérationnelle que précédemment.
Quatre études – dont la version intégrale est accessible par voie électronique sur le site de la DIACT
– ont ainsi été réalisées pour tenter d’appréhender ce processus au moyen de différents critères. Une
synthèse de ces quatre études est présentée ici, assortie d’une synthèse générale en forme de mise
en perspective.

S’il existe bien des éléments d’un développement métropolitain au sein du Bassin parisien, ceux-ci
varient selon les espaces et selon les critères. Surtout, ils ne se limitent pas nécessairement au Bas-
sin parisien et peuvent sectoriellement concerner des villes comme Lyon, Marseille ou Toulouse.
Il serait par ailleurs plus pertinent de distinguer, dans cet espace, l’aire urbaine de Paris et une
« région économique de Paris », plus vaste, correspondant à la géographie des grandes fonctions
économiques présentes dans le Bassin parisien. Contrairement à l’aire urbaine, espace qui peut être
identifié à un espace physique au contour déterminé bien qu’évolutif, la « région économique de Pa-
ris » apparaît comme une région fonctionnelle aux espaces parfois très discontinus et non comme
un espace physique cohérent avec un périmètre.

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Le fonctionnement métropolitain du bassin parisien - Du bassin parisien à la région économique De paris
DU BASSI N PAR I SI E N à L A R E G ION é C ONOM IQU E DE PAR I S

Mais si les chercheurs peuvent identifier les composantes d’une « région économique de Paris »
susceptible de renforcer la masse critique de Paris/Ile-de-France et de permettre à un certain nom-
bre de territoires non franciliens d’accéder à l’international, cette « région » reste, pour l’essentiel,
à constituer en véritable base spatio-économique de développement d’une région capitale élargie
(à l’échelle de celle de Londres par exemple) prenant en compte les objectifs du développement
durable. Cela ne sera possible que par la mobilisation et l’action convergente de l’ensemble des ac-
teurs publics et privés, les entreprises et les populations s’étant depuis longtemps affranchies des
limites administratives lorsque leurs besoins l’exigent, en dépit des complications et difficultés qui
peuvent de ce fait nourrir leur quotidien (transport, accès aux équipements collectifs, formalités
administratives, etc.).

                                                                                     Pierre Dartout
                                                           Délégué interministériel à l’aménagement
                                                                  et à la compétitivité des territoires

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Le fonctionnement métropolitain du bassin parisien - Du bassin parisien à la région économique De paris
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Du Bassin parisien
à la région économique de Paris
L’analyse du cœur de la région parisienne, me-                    L’enjeu était initialement, dans le prolonge-
née en 2006 par P. CHEMETOV et F. GILLI1,                         ment de travaux antérieurs3, de conforter l’idée
a souligné la complexité de l’organisation in-                    d’un fonctionnement métropolitain du Bassin
terne de Paris et l’imbrication des réseaux et                    parisien, d’en repérer les échelles et les supports
des flux de tous ordres qui la compose, dans un                   et d’en apprécier le degré de polycentrisme. La
contexte de profondes mutations économiques                       synthèse des travaux précités montre les prémi-
à l’échelle de la planète. Cette analyse a mis en                 ces d’un fonctionnement en pôles discontinus,
évidence les défis lancés à l’action publique ter-                mais œuvrant dans un même système d’organi-
ritorialisée, et plus particulièrement à l’Etat,                  sation et pouvant aller jusqu’à une intégration
pour répondre aux besoins de cette organisa-                      de niveau métropolitain. Elle montre que l’Ile-
tion complexe, afin que puisse se tisser la trame                 de-France et le Bassin parisien forment ensem-
des fonctions qui permettent à Paris de jouer                     ble, ou peuvent former selon les cas – au-delà
un rôle majeur dans le concert des métropoles                     des discontinuités sectorielles, fonctionnelles
mondiales.                                                        et spatiales, et à des degrés divers – un espace
                                                                  capable de rassembler toutes les fonctions né-
La DIACT a poursuivi ces réflexions par des                       cessaires à une métropole de rang mondial.
travaux portant sur les nouveaux modes de
construction et d’organisation de ce grand es-                      L’enjeu est, dès lors, d’assurer la cohérence
pace qu’est le Bassin parisien2, afin d’éclairer les                et la dynamique de ces fonctions métropo-
relations de dépendances ou de complémenta-                         litaines, selon des systèmes à géométrie va-
rités qui se nouent entre les territoires qui le                    riable qui doivent s’articuler en fonction des
forment, par-delà les limites administratives.                      priorités d’intervention. Ces priorités sont
Ont ainsi été explorés :                                            autant de leviers pour consolider le rôle in-
●● les liens humains, via les déplacements de                       ternational de la région capitale d’une part,
   travail et les déménagements ;                                   et assurer le fonctionnement au quotidien
●● les liens économiques, à travers les change-                     de la métropole pour les habitants concer-
   ments de postes et les transferts d’établisse-                   nés d’autre part. Paris/Ile-de-France est en
   ments ;                                                          effet – à l’heure où se constituent de très
●● les liens universitaires et de recherche, via les                grandes métropoles en réseau sur une base
   brevets et la participation à des programmes                     spatiale de 200 sur 300 kilomètres en dif-
   européens de recherche ;                                         férents points du monde — la métropole
●● les liens industriels qui unissent les différen-                 mondiale dont la base territoriale de déve-
   tes activités concourant à de véritables chaî-                   loppement économique est la plus étroite.
   nes de valeur.
1. « Une région de projets : l’avenir de Paris » – Documen-
tation française – DIACT – Octobre 2006                           3. « Le fonctionnement métropolitain du Bassin pari-
2. Territoire d’étude historique de la DATAR, le Bassin           sien » MIIAT BP – CATTAN-GILLI-etc. 2005 ; « Le fonc-
parisien comprend six régions (Centre, Champagne-Ar-              tionnement de l’aire urbaine de Paris : réalité des sous-
denne, Ile-de-France, Basse-et Haute-Normandie et Pi-             bassins d’emploi et de vie » – DREIF – P. ROHAUT et
cardie) et deux départements (Sarthe et Yonne).                   L. ARMAND – avril 2005.

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1. En premier lieu, la mobilité des popula-                   Saint-Quentin…) et le sud-ouest (Tours,
tions actives du Bassin parisien est la plus                  Le Mans, Châteauroux…).
élevée du territoire français.
                                                              Malgré l’importance des mobilités des résidents, les
L’augmentation du nombre de déplacements                      territoires de proximité des différents pôles urbains se
et des distances parcourues reflète l’extension               renforcent : près des trois quarts des navettes domicile-
spatiale de l’aire urbaine4 de Paris, dont le dé-             travail restent aujourd’hui à l’intérieur d’une même
veloppement se fonde notamment sur l’effica-                  aire urbaine, ce qui est cohérent avec l’extension
cité de son réseau de transports collectifs et                actuelle des grandes agglomérations du Bassin
individuels, qui demeure de premier ordre en                  parisien et avec la définition même des aires
Europe en dépit des efforts réalisés ailleurs                 urbaines. Il est plus surprenant de constater
(Madrid, Londres…). L’observation des impacts                 qu’entre 2003 et 2004, 61 % des migrations pro-
spatiaux des déplacements domicile-travail ou                 fessionnelles et 54 % des migrations résidentiel-
des migrations de plus longue portée souligne                 les des salariés du Bassin parisien se sont dé-
l’évolution de la région capitale vers un fonc-               ployées à l’intérieur d’une même aire urbaine. Il
tionnement plus polycentrique sur l’ensemble                  y a donc une certaine convergence entre bassins
du Bassin parisien.                                           d’emploi et bassins de vie dans cet espace, ce
                                                              qui nuance les débats actuels sur l’éclatement
L’influence de l’aire urbaine de Paris sur ses périphé-       des territoires sous la pression de la métropo-
ries immédiates (de la Basse-Seine à la Marne en              lisation.
passant par la Picardie) est plus ténue que ce que l’on
pourrait imaginer, alors que les relations de l’aire          La convergence entre lieux de vie et lieux d’emploi
urbaine de Paris aux pôles régionaux du sud                   répond à un polycentrisme morphologique du Bassin
et de l’ouest du Bassin parisien (Caen, Rouen,                parisien, qui devrait conduire à placer les différents
Le Mans, Tours, Bourges) s’affermissent. Les                  schémas d’aménagement des régions qui le composent
grandes villes périphériques du Bassin parisien               dans une perspective interrégionale, pour mieux pen-
peinent aujourd’hui à se brancher sur des ré-                 ser les besoins d’équipement à une échelle plus adap-
seaux migratoires de portée nationale, et c’est               tée. L’approche par les liens humains entre pô-
dans ce domaine que l’effet « d’ombre portée »                les du Bassin parisien ne suffit cependant pas à
de la capitale se ressent le plus : ces pôles pé-             comprendre comment se constitue une région
riphériques entretiennent des relations privi-                économique, afin de pouvoir peser en amont
légiées avec le centre francilien, mais moins                 sur les orientations spatiales à soutenir.
fortes avec d’autres régions françaises, ce qui té-
moigne d’une forme de dépendance mais aussi                   2. Dans un espace métropolitain, l’intégra-
d’une intégration dans un système d’envergure                 tion des territoires va souvent de pair avec
métropolitaine.                                               une spécialisation fonctionnelle (économi-
                                                              que, territoriale, etc.) au sein de cet espace,
Des réseaux de moyenne portée se tissent entre les            la répartition des rôles étant d’autant plus
principaux pôles du Bassin parisien, dont les tailles         importante que l’espace commun est grand
sont plus ou moins équivalentes. Des liens d’inter-           et fonctionnellement dense.
dépendance assez nets se nouent ainsi entre
le nord-est (Châlons-en-Champagne, Reims,                     L’étude des parcours professionnels des salariés
                                                              du Bassin parisien, mais aussi des réseaux d’en-
4. Au sens défini par l’INSEE                                 treprises et de leurs liens avec la géographie des

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L e fonctionne m ent m é t ropolita in du Ba s sin pa r i sien

chaînes de valeur (intégration amont-aval de-                    L’analyse des transferts d’établissements dans
puis la recherche jusqu’au produit fini) permet                  le Bassin parisien met en lumière deux élé-
une première approche des spécialisations.                       ments, certes attendus, mais qui ne définissent
                                                                 pas en eux-mêmes un système métropolitain :
Les migrations professionnelles, qui exercent                    ●● la présence de Paris se fait toujours très fortement

des contraintes supérieures aux autres types de                     sentir dans l’ensemble des échanges du Bassin
migration5, sont les plus denses et les plus dynami-                parisien, mais sans caractère systémique ;
ques entre l’aire urbaine de Paris et un large secteur           ●● les petites communes périurbaines et rurales sont les

occidental du Bassin parisien. Les villes situées en                principales bénéficiaires des transferts d’établis-
périphérie Nord et Est paraissent plus autono-                      sements, ce qui rend compte d’un desserre-
mes.                                                                ment des emplois, mais à l’échelon très local.

On distingue par ailleurs :                                      Un système métropolitain suppose des
●● les migrations professionnelles « inter métropolitai-         échanges d’une certaine intensité entre des
   nes » qui désignent des flux très qualifiés et généra-        pôles de taille intermédiaire. De ce point de
   lement symétriques soit entre Paris et la Petite              vue, le Bassin parisien présente deux géogra-
   couronne soit entre cette zone centrale, les                  phies distinctes :
   autres grandes villes régionales et surtout                   ●● un réseau assez contrasté, mais avec une inté-

   l’extérieur du Bassin parisien.                                  gration relativement forte au sud et à l’ouest,
●● les migrations professionnelles de type centre-pé-               où de nombreux liens interurbains complè-
   riphérie, aux flux dirigés vers le centre du Bassin              tent les relations directes que chaque grande
   parisien, en général plus qualifiés que les flux de              agglomération entretient avec Paris (notam-
   sens inverse : ils se manifestent à l’intérieur de               ment dans le Val de Loire ou autour du Tri-
   l’Ile-de-France d’une part, entre l’aire urbaine                 pôle Rouen-Caen-Le Havre), en plus des rela-
   de Paris et le reste du Bassin parisien d’autre                  tions de proximité déjà notées.
   part.                                                         ●● une structure beaucoup plus cloisonnée au

                                                                    Nord-Est, où seule Reims parvient à organiser
Les réseaux d’entreprises interurbains les                          un réseau d’ampleur régionale, dont cette ville
plus denses6 se caractérisent par :                                 est le seul point d’entrée et de convergence.
●● l’importance des relations entre Paris et les princi-

   pales agglomérations du Bassin parisien,                      Les flux de salariés et d’entreprises contribuent
●● une intensité similaire des relations entre les grandes       donc, par les réseaux économiques et financiers
   agglomérations de l’ouest du Bassin parisien entre            qu’ils tissent, à l’intégration des territoires du
   elles (Orléans avec Tours, Tours avec Le Mans,                Bassin parisien en une région métropolitaine,
   Le Mans avec Caen, Rouen et Le Havre). L’est                  en particulier lorsque les transferts sont effec-
   et le nord du Bassin parisien présentent un                   tués par des groupes nationaux ou internatio-
   profil beaucoup plus éclaté, Troyes et Amiens                 naux. Mais les réseaux d’entreprises n’expriment
   étant en relation unique avec Paris, tandis                   qu’une partie des liens potentiels entre les espaces éco-
   que Reims polarise plusieurs flux locaux au-                  nomiques, puisque ces flux reposent eux-mêmes sur
   delà de sa relation avec la capitale.                         des structures économiques sous-jacentes.

5. Les changements de domicile résultent plus souvent
d’un changement de travail que l’inverse.
6. Quand plus de dix entreprises ont leurs établissements
localisés dans deux zones d’emploi distinctes.

                                                             9
DU BASSI N PAR I SI E N à L A R E G ION é C ONOM IQU E DE PAR I S

3. Une approche du fonctionnement métro-                         ●●   en ce qui concerne l’agro-alimentaire, Paris,
politain du Bassin parisien à travers l’orga-                         Nanterre, Rouen, Caen, Reims et deux zones
nisation spatiale de filières économiques                             plus rurales (Santerre Somme et la Sarthe Sud)
s’avère essentielle pour rendre compte, de                            se distinguent, les autres zones rurales étant
manière pertinente et plus complète, du de-                           généralement beaucoup plus spécialisées.
gré d’intégration de ce vaste territoire. Les
relations entre les fournisseurs et les clients                  Dans le contexte de la mondialisation, cette di-
sont au moins aussi structurantes que les                        versification économique – et un certain niveau
échanges entre filiales et siège social.                         d’excellence dans un certain nombre de domai-
                                                                 nes — constituent un réel atout : pour Paris et
Il est toutefois impossible de proposer une vi-                  l’Ile-de-France, dont certaines excellences et
sion d’ensemble, embrassant simultanément                        la masse critique d’autres excellences se trou-
l’organisation de toutes les filières présentes                  veraient renforcées ou complétées, mais aussi
dans le Bassin parisien. L’appréciation de l’in-                 pour les différents territoires du Bassin pari-
tégration économique de ce vaste ensemble ne                     sien, qui n’ont pas — quelle que soit la maille
peut se faire que pièce par pièce, en dessinant                  considérée (EPCI, département, région) – la
les contours propres de chaque filière. La géo-                  masse critique nécessaire pour seulement exis-
graphie économique du Bassin parisien doit                       ter dans une économie ouverte sur le monde.
donc être appréhendée comme le résultat de
plusieurs trames, tissant chacune des liens spé-                      Un tel parti suppose de dépasser l’aména-
cifiques entre des territoires différents au sein                     gement du Bassin parisien où l’ensemble
d’un espace plus large.                                               des territoires de chaque région a théori-
                                                                      quement les mêmes chances et potentiel-
La base économique assez diversifiée du Bassin pari-                  lement les mêmes objectifs, pour aller vers
sien permet à la plupart de ses grandes villes de se po-              une intégration métropolitaine permettant
sitionner sur tout ou partie de chaque filière, avec tou-             d’organiser l’espace du Bassin parisien en
tefois des géographies spécifiques pour chaque groupe                 territoires stratégiques pour la compétition
d’activités. Ainsi :                                                  mondiale. Le Bassin parisien pourrait ainsi
●● la logistique est centrée sur la Basse vallée de                   être appréhendé en « région économique
   la Seine, Paris et Roissy ;                                        de Paris », dans le cadre d’une stratégie
●● la chimie-pharmacie se trouve plutôt en Ile-                       collective organisée, valorisant les atouts
   de-France (Nanterre, Boulogne, Paris et Or-                        des uns et des autres en fonction de leur
   say) mais aussi à Rouen, Orléans et Com-                           valeur ajoutée respective pour le rayonne-
   piègne, sans oublier un croissant de zones                         ment métropolitain et répartissant les rô-
   d’emplois qui concentre à l’est (de Creil à                        les et les fonctions au service de tous. C’est
   Pithiviers) plusieurs zones spécialisées dans                      sans doute l’un des moyens, sinon le seul,
   certains segments de la filière (chimie lourde,                    pour que la puissance moyenne qu’est la
   pharmacie, produits cosmétiques…)                                  France continue à figurer parmi les premiè-
●● l’automobile se situe d’abord dans l’ouest de                      res puissances économiques mondiales, et
   l’Ile-de-France (Boulogne, Nanterre, Cergy,                        pour que l’Ile-de-France contribue au dé-
   Versailles) et du Bassin parisien (Rouen,                          veloppement des autres régions françaises
   Caen), certains territoires étant parfois assez                    dans un jeu à sommes positives historique-
   spécialisés sur une partie du secteur (Le Ha-                      ment inédit.
   vre, Beauvais, Le Mans…).

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L e fonctionne m ent m é t ropolita in du Ba s sin pa r i sien

4. Mais jusqu’où va cette intégration écono-                    Cette originalité s’explique en partie par le
mique ? L’innovation – qui permet un posi-                      fait que le Bassin parisien polarise l’ensemble
tionnement sur des segments où la concur-                       du territoire national, en captant au moins
rence ne se fait plus sur les coûts mais sur la                 20 % des partenariats externes de chaque autre
qualité de la main d’œuvre et qui assure de                     « grande région » française. Toutefois, près d’un
ce fait une meilleure résistance à la concur-                   tiers de ces liens dépendent des coopérations
rence internationale – est l’une des clés de                    avec des départements non franciliens du Bas-
la qualité des filières et de l’attractivité des                sin parisien : si la place de l’Ile-de-France est
espaces productifs locaux. L’enseignement                       prépondérante dans les coopérations scientifi-
supérieur et la recherche-développement                         ques, elle n’est pas le relais exclusif du Bassin
étant déterminants, les spécialisations ter-                    parisien dans l’espace national, un tiers des
ritoriales dans ce domaine se doublent-elles                    coopérations scientifiques s’exerçant avec les
de coopérations scientifiques entre territoi-                   autres régions françaises.
res spécialisés, voire de dépôts de brevets ?
                                                                Dans les faits, le Bassin parisien est fortement intégré
Le Bassin parisien occupe, en termes de potentiel scien-        en son centre puisque près des trois quarts de l’ensem-
tifique et d’innovation, une position exceptionnelle            ble des partenariats s’effectuent à l’intérieur de l’Ile-
au niveau français et européen. En effet, plus de               de-France.
55 % des dépôts de brevets en France ont eu lieu
dans le Bassin parisien en 2002. Cette « grande                 Les réseaux qui impliquent l’Ile-de-France se
région » capte aussi la grande majorité des pro-                concentrent :
jets nationaux ouverts sur l’Europe, puisque                    ●● d’une part sur la construction de relations de

plus de 60 % des projets français du PCRDT7 se                     proximité (entre grande et petite couronnes,
réalisent avec au moins un partenaire localisé                     avec les franges de la Région Urbaine de Pa-
dans le Bassin parisien. Enfin, le Bassin pari-                    ris), ce qui étaie la cohésion interne de la ré-
sien totalise 37 % de l’offre française de forma-                  gion francilienne élargie,
tion en masters.                                                ●● d’autre part, les liens de longue portée du cen-

                                                                   tre avec les plus grandes métropoles nationa-
Mais le Bassin parisien se distingue des autres « gran-            les maintiennent leur poids.
des régions » françaises par une forte internationali-
sation des liens de coopération scientifique. Ainsi :           Le reste du Bassin parisien n’a en revanche que
●● 62 % des brevets co-signés dans le Bassin pari-              des relations très partielles avec ce centre, no-
   sien s’appuient sur des partenariats internes                tamment pour ce qui est des brevets (le constat
   à la « région », alors que ce taux n’atteint que             est plus nuancé pour les partenariats de recher-
   38 % dans le sud-est.                                        che), d’où l’extrême faiblesse des liens radiaux
●● en ce qui concerne la participation au PCRDT,                entre les pôles de l’Ile-de-France et les autres
   près d’un tiers des projets français ont tous                pôles du Bassin parisien.
   leurs partenaires situés dans la « région »
   métropolitaine (de 15 % dans le sud-est à 5 %                La faible polarisation par le centre francilien
   dans le nord).                                               n’est pas compensée par des liens de coopéra-
                                                                tion entre les villes de la périphérie du Bassin
                                                                parisien : ceux-ci restent très clairsemés. Lors-
7. Programme commun de recherche et développement               que des liens assez nombreux existent, comme
technologique de l’Union européenne                             dans le cadre de co-signatures de brevets, ils

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DU BASSI N PAR I SI E N à L A R E G ION é C ONOM IQU E DE PAR I S

correspondent soit à des logiques de proximité                    La notion de « région économique » permet
dans l’environnement des grands pôles urbains                     de rompre avec un développement subi en an-
comme Rouen, Reims et Caen, soit à des liens                      neaux concentriques successifs, ayant pour
entre pôles plus éloignés, mais essentiellement                   principale fonction d’accueillir des Franciliens
dans l’ouest du Bassin parisien (entre Orléans,                   à la recherche d’un mode d’habitat qu’ils ne
ses alentours et Caen). Ce constat peut être                      trouvent pas au cœur de la région. Cela passe
nuancé par la prise en compte de l’ébauche de                     par une coordination des zones d’urbanisation
sous-ensembles régionaux polycentriques, en                       et une refonte du schéma régional des trans-
particulier entre pôles normands et picards.                      ports d’Ile-de-France tenant compte des ca-
                                                                  pacités d’attraction originale de chaque ville
  Il faut noter que la densité de brevets créés                   constituant le « tissu urbain » de la métropole,
  dans le Bassin parisien ne dépend pas tant                      et la constitution d’une offre d’accueil de loge-
  d’une grande densité d’emplois métropoli-                       ments et d’activités la plus adaptée à la diversité
  tains supérieurs (EMS) que de la présence                       des profils.
  de spécialités industrielles locales, liées
  aux décentralisations des années 60 et 70.                      Le coût du transport qui découle de cette or-
  L’enjeu est alors de conserver cet avanta-                      ganisation spatiale, nécessairement en étoile
  ge compétitif que représente la présence                        ramifiée, doit être abordé dans sa globalité par
  de créativité locale industrielle, elle-même                    ses coûts socio-économiques et environnemen-
  créatrice d’emplois qualifiés, et de ne pas                     taux sachant que, pour un même ménage, cer-
  laisser les villes du Bassin parisien entrer                    tains parcours seront inexistants (travail dans
  en concurrence entre elles pour attirer cha-                    la zone de résidence), alors que d’autres pour-
  cune plus de cadres.                                            ront être assurés grâce à des transports en com-
                                                                  mun de rabattement (vers des lieux de travail
5. Il existe donc bien, indépendamment des                        dans des pôles spécialisés plus ou moins éloi-
institutions, les éléments d’une métropole                        gnés). Il en ressort la nécessité d’organiser les
économique multipolaire, dont la dynami-                          flux et les aires des bassins de vie à une échelle
que, dictée par le comportement des habi-                         interrégionale.
tants et des entreprises, conduit à une ap-
proche plus fonctionnelle que géographique                        La notion de « région économique de Paris » fa-
du Bassin parisien et à un réexamen des re-                       vorise une gestion cohérente et prévisionnelle
lations entre le centre et la périphérie, dans                    des espaces, afin de maintenir des secteurs à
la perspective d’une organisation la plus ef-                     haute valeur environnementale ou des coupu-
ficace possible pour la région capitale.                          res ou ceintures vertes plus ou moins volonta-
                                                                  ristes, mais aussi d’offrir l’éventail le plus large
Une telle approche oblige à prendre en compte des es-             possible de possibilités vis-à-vis de populations
paces largement au-delà des limites administratives               aux goûts différents et peu évolutifs dans le
de l’Ile-de-France. Elle appelle à la mise en place de            temps.
dispositifs ciblés et d’équipements à une échelle interré-
gionale dans l’espace du Bassin parisien et, en son sein,         Dans le même temps, il convient d’anticiper les fac-
à marier les échelles. C’est évident pour les transports,         teurs favorables à la pleine participation de la région
pour la gestion des risques et des ressources, mais cela          capitale à la compétitivité mondiale. Pour cela, il
se vérifie également pour le secteur de la formation,             faut comprendre comment peuvent se consti-
de la recherche, du tourisme d’affaires, etc.                     tuer des espaces de décision/production per-

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L e fonctionne m ent m é t ropolita in du Ba s sin pa r i sien

mettant de guider en amont les politiques pu-             existantes qu’il faut adapter et développer, de
bliques à mettre en place et à conduire. Cette            mieux intégrer les vecteurs de formation et de
perspective nécessite de travailler à plusieurs           recherche aux compétences requises. C’est déjà
niveaux.                                                  le cas avec les pôles de compétitivité, qu’il faut
                                                          renforcer en terme de réseaux pour associer des
En premier lieu, les comparaisons internatio-             compétences multiples et gérer les nécessaires
nales doivent être complétées afin de mieux               évolutions, mais aussi avec les systèmes produc-
déchiffrer le jeu des concurrences et l’évolu-            tifs locaux (SPL) et autres clusters d’entreprises.
tion des termes de la compétition à l’échelle             La filière portuaire, la logistique, l’automobile,
du monde d’une part, de faire évoluer les para-           l’informatique, l’industrie agroalimentaire, les
mètres défavorables à la région capitale d’autre          bio-ressources, la résonnance magnétique nu-
part, qu’il s’agisse des critères (principalement         cléaire, les matériaux, l’écologie…, sont autant
financiers) qui fondent les classements in-               de domaines où les croisements entre décision/
ternationaux et des périmètres (souvent non               production et entre formation/recherche/en-
comparables) sur lesquels ils s’appuient, ou des          treprises doivent être appréhendés en termes
conséquences à tirer de l’internationalisation            de réseaux à l’échelle interrégionale parce que
des échanges (activités à forte valeur ajoutée,           cette échelle fait sens quant aux implantations
financiarisation de l’économie, etc.) ou encore           de ces filières.
des alliances européennes susceptibles, sous
réserve d’un dialogue fructueux (avec des vil-             Dans ces différents domaines, et demain
les de même rang comme Londres, ou de rang                 dans d’autres, les espaces concernés de la
moindre comme Madrid ou Berlin), de renfor-                zone centrale de l’Ile-de-France composent,
cer les excellences françaises sur des créneaux            avec les ramifications spatiales proches ou
d’activité spécialisés.                                    plus lointaines de ces filières, la vraie ré-
                                                           gion économique de Paris, qu’il reste à or-
En second lieu, les mécanismes liant les fonc-             ganiser : fonctionnellement et spatialement
tions de décision à celles de production, de               dans toutes ses dimensions économiques
gestion et de distribution doivent être explo-             mais aussi quant aux fonctions urbaines de
rés. Il s’agit à la fois de prévenir ou de limiter         base qui en sont le support indispensable
les délocalisations, d’utiliser les compétences            (logement, transport, etc.).

                                                     13
ÉTUDE 1   Les mobilités
          quotidiennes,
          résidentielles
          et professionnelles
          des populations
          du Bassin parisien

          Sandrine Berroir, Nadine Cattan,
          Timothée Giraud, Thérèse Saint-Julien
                                  2007

                             15
DU BASSI N PAR I SI E N à L A R E G ION é C ONOM IQU E DE PAR I S

La mobilité des populations actives de l’en-                       professionnelles (c’est-à-dire les changements
semble du Bassin parisien8, Ile-de-France com-                     de lieu de travail effectués par les salariés) et ré-
prise, est la plus élevée du territoire français.                  sidentielles (soit les changements de résidence
L’augmentation du nombre de déplacements                           des salariés).
et des distances parcourues reflète avant tout
l’extension spatiale de l’aire urbaine de Paris,                   Ainsi, à la question des formes d’intégration
dont le développement s’est fondé sur l’effica-                    dont peut bénéficier le Bassin parisien au-delà
cité d’un réseau de transports collectifs et indi-                 des limites de l’Ile-de-France, une réponse origi-
viduels de premier ordre à l’échelon européen.                     nale a pu être apportée par une étude combinée
On retrouve dans ce niveau de mobilité un trait                    de ces trois indicateurs de la « turbulence » des
commun à toutes les grandes métropoles mon-                        populations que sont les trajets domicile-tra-
diales : c’est en effet dans ces dernières que les                 vail, les migrations résidentielles et les migra-
pratiques de mobilité des populations évoluent                     tions professionnelles. Une analyse cohérente
le plus vite, modifiant les rapports qu’une so-                    de l’ensemble a été rendue possible par l’exploi-
ciété entretient avec ses lieux de vie. Or, l’aire                 tation de données issues des Déclarations An-
urbaine de Paris se distingue justement par un                     nuelles de Données Sociales (DADS) de 2003
brassage constant de sa population active et                       et 2004. Grâce à celles-ci, on connaît les lieux
de sa population résidentielle. Les déficits mi-                   de résidence et de travail de chaque salarié à
gratoires enregistrés par la région capitale irri-                 deux dates précises. On peut donc apprécier à
guent désormais le reste du territoire français,                   un moment donné le déplacement du navet-
et l’arrivée d’une partie, même minime, de ces                     teur, et ses éventuelles migrations résidentielle
flux peut avoir un impact fondamental sur des                      et/ou professionnelle entre ces deux dates.
périphéries peu denses, en particulier celles du
Bassin parisien.                                                         Les Déclarations Annuelles de
                                                                            Données Sociales (DADS)
Pour mesurer les incidences spatiales de ces                        Les DADS 2003 et 2004 renseignent sur
mobilités et informer les acteurs de l’aména-                       l’emploi dans les secteurs privé et semi-
gement du territoire, l’indicateur des navettes                     public. L’emploi public n’est pas pris en
domicile-travail restitue toujours de manière                       compte dans cette base, soit presque un
forte l’organisation territoriale d’une région                      quart des salariés du Bassin parisien. Tou-
métropolitaine, car une grande partie de l’en-                      tefois, cette limite n’a qu’une faible inciden-
semble des motifs de déplacement se greffe sur                      ce sur les conclusions de ce travail. D’une
ces déplacements journaliers. Cet indicateur                        part, les caractéristiques de l’organisation
demeure cependant insuffisant, dans la me-                          spatiale de l’emploi public et des mobili-
sure où la part des migrations de plus longue                       tés globales qui sous-tendent ces emplois
portée a connu une croissance régulière de-                         ont déjà été analysés grâce aux données du
puis une trentaine d’années. Les mobilités des                      RGP. D’autre part, l’hypothèse est ici faite
populations du Bassin parisien doivent donc                         que les enchaînements de mobilités (liens
aussi être observées sous l’angle des migrations                    d’une migration à l’autre) sont peu diffé-
                                                                    renciés entre les actifs des secteurs public
8. Par Bassin Parisien, il faut entendre le territoire étu-         et privé.
dié par la DATAR à partir des années 1990, à savoir les
régions Centre, Champagne-Ardenne, Ile-de-France,
Haute- et Basse-Normandie et Picardie, ainsi que les dé-           Observés séparément, les trois types de mobili-
partements de la Sarthe et de l’Yonne.                             tés ont des incidences spatiales distinctes :

                                                              16
L e s mobilit é s quotidienne s , r é sidentielle s et profe s sionnelle s

1°) Les déplacements domicile-travail rensei-             fait de l’aire urbaine de Paris : celle-ci regroupe
gnent sur les relations que la géographie de l’of-        les trois quarts des navettes domicile-travail ve-
fre d’emploi tisse avec celle de la demande dans          nues de l’extérieur du Bassin parisien.
le Bassin parisien, et sur les liens entre pôles
d’emploi et aires résidentielles dans cet espace.         L’emprise de l’aire urbaine de Paris sur le reste
2°) Les migrations professionnelles effectuées            du Bassin parisien par les migrations domicile-
par les salariés du Bassin parisien entre 2003            travail demeure en effet une évidence, d’autant
et 2004 renseignent sur les pôles qui ont gagné           plus que les navettes entre aires urbaines de
ou perdu des emplois du fait de ces migrations            même taille apparaissent faibles en compa-
professionnelles, et surtout sur la qualité des           raison. De plus, cette relation centre-périphé-
gains et des pertes.                                      rie, qui s’affaiblit au fur et à mesure que l’on
3°) Aux mêmes dates, les migrations résiden-              s’éloigne du centre, ne marque aucune rupture
tielles des salariés du Bassin parisien donnent           particulière aux limites du Bassin parisien (Fi-
des indications sur l’attractivité des cadres de          gure 1).
vie.
                                                          Figure 1 : La dépendance envers l’aire urbaine de
C’est surtout l’analyse combinée de ces trois             Paris par les migrations domicile-travail.
types de migrations qui permet d’obtenir une
image peu connue d’un fonctionnement global
du système métropolitain du Bassin parisien.                                                   Amiens
On décèle de cette façon les aires urbaines et les                      Le Havre Rouen Beauvais
                                                                                             Creil
réseaux d’échanges qui cumulent ou non les ef-                       Caen
                                                                                                                  Reims
                                                                                 Evreux                                   Châlons-en-
fets favorables de ces trois types de migrations.                                                                         Champagne

                                                                                        Chartres
                                                                                                                  Troyes
                                                                         Le Mans

Les navettes domicile-                                                                      Orléans

travail, ou la force                                                           Tours
                                                                                                   Bourges

maintenue de l’aire
métropolitaine centrale                                     Zoom sur l'Ile de France                  Rapport entre migrants
                                                                                                      entrants et sortants de
                                                                                                      l’aire urbaine
A l’aune des trajets domicile-travail, le Bassin                                                          1,5

parisien jouit d’une attractivité certaine et                                                             1,1
                                                                                                          1,0
affiche sa capacité à répondre à la demande                                                               0,9
                                                                                                                    attractivité

d’emploi au niveau régional, puisqu’en 2004,                                                              0,5
390 000 actifs sont venus travailler dans le Bas-           Source : INSEE, DADS 2004

sin parisien tout en résidant dans une région
                                                                                                      Nombre de migrants
qui lui est extérieure, alors que 176 000 salariés                                                    entrant dans l'aire
                                                                                                      urbaine
vivant dans le Bassin parisien sont sortis de cet
                                                                                                                    61300
espace pour exercer une activité. Néanmoins,
                                                                                                                    29500
l’attractivité du Bassin parisien pour l’emploi                                                                     20800
                                                                                                                     5300
auprès des régions limitrophes est surtout le

                                                     17
DU BASSI N PAR I SI E N à L A R E G ION é C ONOM IQU E DE PAR I S

Par ailleurs, les densités des navettes entre l’aire                 vanche, la polarisation des franges externes de
centrale et les différents secteurs du Bassin pa-                    l’Ile-de-France par l’aire urbaine de Paris est
risien sont inégales selon les secteurs géogra-                      plus faible que ce à quoi on aurait pu s’attendre
phiques : les capitales régionales de l’ouest et                     en raison de leur proximité, surtout au nord et
du sud (Orléans, Tours, Le Mans, Rouen, Caen)                        au sud du Bassin parisien, bien qu’une part éle-
entretiennent des relations beaucoup plus den-                       vée des salariés vivant dans ces franges traverse
ses avec la métropole centrale que les capitales                     chaque jour la frontière avec l’Ile-de-France
régionales de l’Est et du Nord, par rapport à                        pour y travailler (Figure 2).
la taille des pôles régionaux concernés. En re-

Figure 2 : Les trajets domicile-travail dans le Bassin parisien : relations préférentielles
et effets de barrière.
Relations excédentaires
                                          Amiens

                                 Rouen     Beauvais

             Caen                                                                   Décalage entre trajets domicile-travail
                                                                      Châlons-en-   estimés et trajets domicile-travail observés,
                                                                      Champagne     entre aires urbaines du Bassin parisien
                                                                                    en 2003 et 2004

                                                             Troyes                     Fort

                    Le Mans                Orléans                                   Moyen

                                                                                      Faible

                        Tours
                                                                                      Faible
                                                   Bourges

                                     Chateauroux                                     Moyen

                                                                                        Fort

Relations déficitaires
                                               Amiens

                                Rouen

                                                             Reims
            Caen                                                     Châlons-en-
                            Evreux                                   Champagne

                                                                                     Nombre de navetteurs
                                                                                                  15000
                                                                                                   1200
                                                                                                    800
                                            Orléans                                                  60

                      Tours

                                                   Bourges

                                     Chateauroux

Source : INSEE, DADS 2004

                                                              18
L e s mobilit é s quotidienne s , r é sidentielle s et profe s sionnelle s

 Comment lire la figure 2 :                                gentes d’un territoire et représentent un des
 La réalisation de cette figure repose sur l’utili-        facteurs de modification de la répartition de la
 sation d’un modèle gravitaire de type Wilson.             population salariée dans le Bassin parisien.
 Celui-ci postule que dans un espace de circu-
 lation relativement homogène, les flux (per-              D’une aire urbaine à une autre, les dynamiques
 sonnes, biens, informations…) qui transitent              actuelles des migrations professionnelles sont
 entre deux lieux, par exemple deux villes, sont           plutôt contrastées et indépendantes de la taille
 proportionnels au poids de ces deux lieux et
                                                           de ces aires. En effet, globalement, les plus for-
 inversement proportionnels à la distance qui
                                                           tes arrivées de salariés concernent à la fois les
 les sépare. Le modèle donne alors une esti-
                                                           aires urbaines les plus petites (communes ru-
 mation des échanges qui peuvent s’établir en-
 tre les deux villes étudiées.                             rales et pôles de moins de 5 000 emplois) et les
 Appliqué aux navettes domicile-travail, le                plus grandes (de 50 000 à 200 000 emplois). Du
 modèle gravitaire donne une estimation des                point de vue géographique, les petits et grands
 relations moyennes qui pourraient s’établir               pôles d’emplois les plus attractifs se localisent
 entre les aires urbaines du Bassin parisien en            dans les régions normandes et picardes, et en
 2003 et 2004, au vu de leur poids et de leur              Champagne (Figure 3). De même, les migra-
 répartition dans cet espace ; puis cette esti-            tions professionnelles les plus fortes articu-
 mation est comparée aux navettes réellement               lent l’aire urbaine de Paris à un large secteur
 observées par l’analyse des DADS de 2003                  occidental du Bassin parisien, et des villes de
 et 2004. Les relations « excédentaires » dési-            la région Champagne-Ardenne entre elles. Au
 gnent alors des navettes domicile-travail plus            contraire, les pôles situés en périphérie nord et
 fortes qu’attendues entre deux aires urbaines             est de l’Ile-de-France sont relativement moins
 du Bassin parisien, par rapport à ce que leur
                                                           reliés à l’aire urbaine centrale par des migra-
 poids ou leur éloignement géographique lais-
                                                           tions professionnelles (Figure 4, p. 20).
 serait supposer. A l’inverse, les relations « dé-
 ficitaires » concernent des navettes domicile-
 travail plus faibles qu’attendues.                        Figure 3 : Relation entre solde migratoire
                                                           (en pourcentage) et taille des pôles d’emploi
                                                           9     Taux de variation
                                                                 dû au solde migratoire      CHALONS-SUR-MARNE

Les migrations
                                                           7     2003-2004

                                                           5

professionnelles :
                                                                                                        AMIENS
                                                           3
                                                                                        CHERBOURG

un révélateur des
                                                                                                       CAEN ROUEN
                                                           1                          ELBEUF                    ORLEANS
                                                                                                   REIMS
                                                                                MONTARGIS                   LE HAVRE
                                                                                                   COMPIEGNE
                                                           -1                        SENS        CHATEAUROUX TOURS                  PARIS

interdépendances
                                                                      PITHIVIERS                       TROYES
                                                                                        CREIL
                                                                                   CHARLEVILLE-M     BOURGES LE MANS
                                                           -3                                       CHARTRES
                                                                                 DREUX            BLOIS

économiques entre pôles
                                                                                SAINT-QUENTIN      EVREUX
                                                           -5                          AUXERRE
                                                                                                BEAUVAIS
                                                           -7                        ALENCON

du Bassin parisien                                         -9
                                                                                   LAON
                                                       -11
Les migrations professionnelles sont l’un des            1000                     10000               100000              1000000           10000000
                                                                                             Nombre d’emplois en 2003
révélateurs des différentiels locaux de dyna-                   Source : Insee, DADS, 2004

mique économique et peuvent être considérées
comme un vecteur d’ajustement de l’offre et de             D’un point de vue économique et socioprofes-
la demande d’emploi. Elles constituent donc                sionnel, les identités des migrants varient selon
un très bon indicateur des polarisations émer-             les directions des flux. Pour une majorité des

                                                      19
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