Les vignes sauvages colluviales Vitis vinifera subsp. sylvestris (Gmelin) Hegi dans le massif jurassien, nouvelles données - CBNFC ORI

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Les vignes sauvages colluviales Vitis vinifera subsp. sylvestris (Gmelin) Hegi dans le massif jurassien, nouvelles données - CBNFC ORI
Les Nouvelles Archives de la Flore jurassienne et du nord-est de la France, 15, 2017

     Les vignes sauvages colluviales Vitis vinifera
        subsp. sylvestris (Gmelin) Hegi dans le
          massif jurassien, nouvelles données

                        par Gilles André, Max André, Yorick Ferrez et Thierry Lacombe

          Gilles André, 4 rue du Presbytère, F-25580 Athose-Les Premiers Sapins
              Courriel : gilles.andre7@wanadoo.fr
          Max André, 2 chemin de la Chapelle, F-25580 Echevannes
              Courriel : max.andre@wanadoo.fr
          Yorick Ferrez, Conservatoire botanique national de Franche-Comté - Observatoire régional des Invertébrés,
          7 rue Voirin, F-25000 Besançon
              Courriel : yorick.ferrez@cbnfc.org
          Thierry Lacombe, INRA - UMR 1334 AGAP - Equipe Diversité, Adaptation et Amélioration de la Vigne
          (DAAV), 2 place Viala, bât.21, F-34060 Montpellier
              Courriel : thierry.lacombe@inra.fr

          Résumé – La vigne sauvage autochtone, Vitis vinifera subsp. sylvestris (Gmelin) Hegi, est une sous-espèce
          considérée comme rare et menacée en France et en Europe. De récentes prospections de ce taxon nous
          ont permis de découvrir de nouvelles stations, aux effectifs importants, plus de 1300 individus au total,
          dans le massif jurassien et plus particulièrement en Franche-Comté. Quelques stations préphylloxériques
          ont également pu être retrouvées. Les caractéristiques de cette métapopulation, certainement la plus
          importante d’Europe connue à ce jour, sont détaillées dans cet article : répartition, structuration spatiale
          des stations, altitudes, expositions, milieux, composition en âges. Ces vignes sauvages sont, pour leur
          très grande majorité, localisées dans des milieux originaux, peu cités antérieurement, à savoir des forêts
          colluviales à forte naturalité : érablaie-tiliaie-hêtraie de pente et corylaie de pente, aussi bien en ubac
          qu’en adret. La position phytosociologique de ces différents groupements est discutée, ainsi que les
          caractéristiques biologiques et écologiques du taxon. Les liens avec la géologie sont analysés et comparés
          avec ceux des cépages cultivés dans les vignobles jurassiens. Autant que possible, la détermination du
          ta o a t syst atique e t co r e ar des a alyses g                tiques qui ous o t aussi er is de o trer
          la s ci cit des o ulatio s urassie es ar ra ort d’autres o ulatio s ra aises et tra g res
              e r fle io sur l’i dig at les e aces le degr de rotectio et la gestio des ig es sau ages
          jurassiennes est également proposée.

          Abstract – The indigenous wild grapevine, Vitis vinifera subsp. sylvestris (Gmelin) Hegi, is considered as
          a rare and endangered subspecies in France and in Europe. Recent collection of this taxon allowed us to
          discover new and numerous stations, more than 1300 plants in total, in the Jura massif and in Franche-
            o t     ore s eci cally o e re yllo eric statio s could also be ou d agai           e c aracteristics o t is
          metapopulation, most probably the largest so far known in Europe, are detailed in this paper: geographical
          distribution, spatial structuring of stations, altitudes, exposures, ecological environments, age structure.
          These wild grapevines are located, in the vast majority, in original environments, rarely mentionned
          previously, namely colluvial forests with great naturality: maple-lime-beech and hazel slope forests, on
          north-facing as well as south-facing sides. The phytosociological position of these groupings is discussed
          as well as the biological and ecological features of the taxon. The links with geology are analysed and
          co ared it t ose o t e gra e culti ars o ura i eyard As ar as ossible t e ta o ide ti catio as
          syste atically bee co r ed by ge etic a alysis             ic allo ed us to s o t e s eci city o t e ura
            o ulatio s co ared to ot er re c a d oreig o ulatio s A reflectio o t e ura ild gra e i es
          indigenous status, level of protection and management is also proposed.

          Mots-clés : Vitis vinifera subsp. sylvestris (Gmelin) Hegi, vigne sauvage, lambrusque, inventaire, géologie,
          biologie, écologie, phytosociologie, forêts de pente, analyse génétique, Franche-Comté, massif jurassien.
          Keywords : Vitis vinifera subsp. sylvestris (Gmelin) Hegi, wild grapevine, inventory, geology, ecology,
          phytosociology, slope forests, genetic analysis, Franche-Comté, Jura massif.

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Les vignes sauvages colluviales Vitis vinifera subsp. sylvestris (Gmelin) Hegi dans le massif jurassien, nouvelles données

         Introduction                                   L’étude que nous présentons a béné-                      deux sexes ne sont pas toujours pré-
                                                        ficié de financements pour les ana-                      sents » (Arnold, 1999). Selon cet

       V
                  itis vinifera subsp. sylvestris       lyses d’ADN et de coordinations                          auteur, cette répartition est éga-
                  (Gmelin) Hegi, la vigne sau-          avec plusieurs institutions dans le                      lement assez mal connue, faute
                  vage ou lambrusque sponta-            cadre de différents programmes ou                         de données récentes fiables pour
         née autochtone (Levadoux, 1956),               partenariats : avec l’INRA/ONF                           de nombreux pays. Les difficultés
         est une sous-espèce qualifiée actuel-          dans le cadre du programme natio-                        d’identification correcte du taxon
         lement de rare en France (Tison &              nal Vitis (ONF-ISEM-INRA)2,                              sont une autre raison de sa rela-
         de Foucault, 2014) et qui bénéficie            avec le Lycée Xavier Marmier de                          tive méconnaissance. Plus récem-
         depuis 1995 d’un statut de protec-             Pontarlier dans le cadre du pro-                         ment, le regain d’intérêt suscité par
         tion national. Les plus récentes syn-          gramme Génome à l’école, avec                            les lambrusques sauvages, princi-
         thèses sur ses effectifs et sa répar-           l’IFV3 et avec la DREAL4 de Franche-                     palement en termes de diversité
         tition en France (Lacombe et al.,              Comté dans le cadre d’une actua-                         génétique, a donné lieu dans plu-
         2003), ainsi qu’en Europe (Arnold              lisation des ZNIEFF de Franche-                          sieurs pays à la publication d’études
         et al., 1998), s’accordent pour dire           Comté pour l’année 2017.                                 régionales ou nationales et plu-
         que la vigne sauvage est non seule-                                                                     sieurs populations relativement
                                                        Après un résumé des connaissances
         ment rare, mais qu’elle est mena-                                                                       importantes de vigne sauvage ont
                                                        actuelles sur Vitis vinifera subsp. syl-
                                                                                                                 été décrites et étudiées (115 pieds
         cée, son aire de répartition étant             vestris (Gmelin) Hegi, nous décri-
                                                                                                                 dans « la plus grande population
         partout en régression.                         rons la méthodologie utilisée pour
                                                                                                                 de vigne sauvage dans le Sud de
                                                        les prospections, les prélèvements et
         En Franche-Comté, jusque récem-                                                                         la péninsule ibérique » (Arroyo-
                                                        analyses ADN et les caractérisations
         ment, une seule station était recon-                                                                    Garcia et al., 2016) ; 160 pieds en
                                                        des stations et des individus. Nous
         nue, dans des éboulis à Mandeure                                                                        ripisylve au bord du Danube, « la
                                                        présenterons ensuite les résultats et
         (Arnold et al., 1998 ; Ferrez et al.,                                                                   plus grande population de vigne
                                                        nous discuterons de leurs apports
         2001). Entre 2010 et 2015, la décou-                                                                    sauvage en Europe » (Arnold et al.,
                                                        à la connaissance de la biologie de
         verte de vigne sauvage dans d’autres                                                                    2017). Au niveau européen, il faut
                                                        la vigne sauvage, de son écologie
         éboulis calcaires comtois a été confir-                                                                 également signaler d’autres publi-
                                                        et de son positionnement phyto-
         mée par la présence de belles sta-                                                                      cations récentes indiquant la pré-
                                                        sociologique, de son indigénat et
         tions autour de Vieilley (25) et de                                                                     sence de ce taxon dans un certain
                                                        des menaces qui pèsent sur le taxon.
         Laissey (25) (Keller, 2013 ; 2014 ;                                                                     nombre de pays, issues du pro-
         2015). Des observations ponctuelles                                                                     gramme InWiGrape de l’ECPGR
         ont également été faites, dans ces
                                                        Résumé des                                               (European Cooperative Programme
         mêmes secteurs, par Ballaydier en              connaissances sur Vitis                                  for Plant Genetic Resources) qui
                                                                                                                 a pour objectif de regrouper les
         2015 et Grosbois en 2011 in Taxa               vinifera subsp. sylvestris                               efforts des chercheurs en vue de la
         (©SBFC/CBNFC-ORI)1.                            (Gmelin) Hegi                                            préservation des ressources géné-
         Ces découvertes récentes, ainsi que                                                                     tiques de la vigne (documents en
         la mise au jour de plusieurs men-                                                                       ligne et données bibliographiques
                                                        Distribution
         tions et indices historiques inédits                                                                    sur le site dédié de l’ECPGR).
         de la présence ancienne de vigne               L’aire de répartition de Vitis vini-
                                                        fera subsp. sylvestris, actuellement                     Pour la France, la dernière syn-
         sauvage en Franche-Comté (André                                                                         thèse nationale publiée (Lacombe
         & André, 2016), nous ont incités,              très fragmentée, est centrée sur le
                                                                                                                 et al., 2003) permet de préciser sa
         d’une part, à élargir et approfon-             sud-est de l’Europe et le Proche-
                                                                                                                 répartition : les principales popu-
         dir sa prospection tout en vérifiant           Orient (figure 1). « De manière
                                                                                                                 lations recensées par les auteurs
         par des études génétiques le statut            générale, les populations sont for-
                                                                                                                 se situent dans le Midi (régions
                                                        mées de moins de dix individus et les
         taxonomique des pieds découverts                                                                        Languedoc-Roussillon, Aquitaine,
         et, d’autre part, à récolter des infor-        2. Office National des Forêts - Institut des Sciences de
                                                        l’Evolution de Montpellier - Unité Mixte de Recherche
                                                                                                                 Midi-Pyrénées), la Corse, et à un
         mations concernant la biologie et              AGAP, Equipe Diversité, Adaptation et Amélioration       degré moindre en Alsace5 et dans le
                                                        de la Vigne (INRA).
         l’écologie de la plante.                                                                                Doubs (à Mandeure), avec quelques
                                                        3. Institut Français de la Vigne et du Vin.
         1. Base de données commune à la SBFC et au     4. Direction régionale de l’Environnement, de l’Amé-     5. Pour la plupart, les stations actuelles de la vallée du
         CBNFC-ORI.                                     nagement et du Logement.                                 Rhin sont liées à un vaste programme de réintroduction.

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Les vignes sauvages colluviales Vitis vinifera subsp. sylvestris (Gmelin) Hegi dans le massif jurassien, nouvelles données - CBNFC ORI
Les Nouvelles Archives de la Flore jurassienne et du nord-est de la France, 15, 2017

                                                    Figure 1 : aire de répartition de la vigne sauvage européenne (Arnold, 1999).

   pieds chacune. En conclusion, les 2010). D’autres populations sont                  Contejean sous « Vitis vinifera L. ».
   auteurs précisent : « Avec guère plus signalées dans le Perthois (Parent,           (Contejean, 1853 ; André & André,
   de 300 individus prospectés sur le ter- 1988 ; Didier & Royer, 2002),               2016). Apparemment, aucune ana-
   ritoire français, la vigne sauvage est pays de Loire… Historiquement                lyse génétique n’avait été publiée à
   donc bien une espèce menacée. De la vigne sauvage était commune                     ce jour sur cette station.
   plus, les lambrusques ont souvent avant la crise sanitaire de la fin du
                                                                                       Plus récemment, Thierry Lacombe a
   été observées soit isolées soit avec un XIXe siècle (Arnold, 1999).
                                                                                       découvert une station à Montfaucon
   très petit effectif par population ».
                                                                                       (25) en 2005 et Johann Keller
   Seules quelques populations impor- Les différentes bases de données
                                                                                       (ONF) a observé dès 2010 lors
   tantes de quelques dizaines d’in- accessibles sur Internet ne sont pas
                                                                                       d’une cartographie des habitats
   dividus sont signalées dans cette réellement à jour, le statut de l’es-
                                                                                       quelques pieds de vigne sauvage
   synthèse, notamment au Col de la pèce expliquant peut-être les indi-
                                                                                       dans la réserve Biologique de la
   Croix (Corse), au Pic Saint-Loup cations partielles présentes.
                                                                                       Dame Blanche, sur les communes
   (Hérault) et en Forêt de Grésigne
                                                                                       de Bonnay (25) et Mérey-Vieilley
   (Tarn). Depuis cette publication de Stations connues en
                                                                                       (25). Les recherches dans ce secteur
   2003, plusieurs stations françaises Franche-Comté et sur le
                                                                                       poursuivies en 2013 ont abouti à
   ont été découvertes par l’équipe de massif jurassien avant cette
                                                                                       la découverte de 12 pieds de vigne
   l’INRA de Montpellier et ses par- étude
                                                                                       sauvage (Keller, 2013). En 2014, de
   tenaires, notamment en Charentes
                                                                                       nouvelles prospections ont permis
   et en Val de Loire, mais générale- Historiquement, la première sta-
                                                                                       de recenser 58 pieds supplémen-
   ment avec des effectifs réduits. Il tion considérée comme étant réel-
   est à signaler que parallèlement à ce lement de vigne sauvage est celle             taires. Au total, 70 pieds ont été
   recensement de 2003 une station de Mandeure dans les éboulis                        ainsi recensés sur les communes de
   découverte dès 1990 dans la Bassée, de Champvermol (Arnold et al.,                  Bonnay, Mérey-Vieilley et Vieilley
   en site alluvial dans la vallée de la 1998 ; Ferrez et al., 2001). Cette            (25) (Keller, 2014).
   Seine (Arnal & Zanre, 1990), s’est station avait été déjà visitée dès               En 2015, suite à une convention
   révélée contenir plus de 120 indi- 1971 (Richard, 1971) et même                     DREAL-ONF (Direction territo-
   vidus (Parisot, 1999 ; Arnold et al., mentionnée dès 1853 par Charles               riale de Franche-Comté), de nou-

                                                                                                                                    115
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Les vignes sauvages colluviales Vitis vinifera subsp. sylvestris (Gmelin) Hegi dans le massif jurassien, nouvelles données

         velles découvertes de vigne sauvage   (figure 2). De nombreux auteurs                        gares, ont distingué plusieurs varié-
         (58 pieds) ont été réalisées, à savoir(Gmelin, 1805 ; Arnold, 2002 ;                         tés de vigne sauvage (Katerov et al.,
         dans la Réserve Biologique Dirigée    Lacombe, 2012 ; Zdunic et al,                          1990). L’existence de caractères
         de Laissey (25), dans la vallée du    2017) s’accordent pour dire que                        foliaires différents entre les deux
         Doubs (Keller, 2015).                  le principal critère morphologique                    sexes (dimorphisme sexuel) n’est
         Par ailleurs, quelques mentions discriminant permettant d’identi-                            avérée que pour les populations de
         historiques plus anciennes (XIXe fier la lambrusque autochtone est                           l’est de l’Europe (Levadoux 1956 ;
         siècle), apparaissant soit dans des la dioécie (figures 3 et 4), alors que                   Arnold, 2002) (figure 7).
         flores soit dans des herbiers, cer- les vignes cultivées sont herma-                         Ajoutons pour les autres parties
         taines assez bien localisées dans phrodites, rarement femelles. De                           de la plante :
         des biotopes particuliers, nous ont ce fait, les indications, dans la lit-                   – grappe petite, lâche, à baie noire
         amené à penser que leurs auteurs térature, de vignes sauvages herma-                         violacée arrondie et de petite taille
         avaient probablement observé phrodites doivent être prises avec
                                                                                                      (< 1 cm de diamètre) (figure 8) ;
         des pieds de lambrusques sponta- prudence. En effet, les deux sous-
         nées autochtones (André & André, espèces sont capables de s’hybrider                         – pépin (de 1 à 3 par baie) de
         2016). Les localités signalées dans et de donner naissance à des indi-                        forme arrondie à bec court, cha-
         ces documents ont fait l’objet de vidus hermaphrodites à phénotype                            laze située au centre de la face dor-
         certaines de nos prospections dans ‘sylvestris’ (lambrusques férales ;                        sale de la graine ;
         la présente étude.                    Levadoux, 1956). Bien souvent                          – bourgeonnement souvent duve-
                                                une analyse génétique est néces-                       teux à cotonneux (figure 9)
         Pour le Jura suisse, aucune donnée
                                                saire pour mettre en évidence le
         contemporaine, mais le taxon est                                                             – rougissement notable des feuilles
                                                caractère hybride de ces individus.
         connu historiquement : des don-                                                               à l’automne (figure 10).
         nées anciennes le signalent de la On ne confondra pas les lam-
         région de Bâle, de l’Orbe (début brusques autochtones avec les nom-                           Sur le terrain, l’ensemble de ces
         XXe, donnée considérée comme dou- breux porte-greffes américains ou                            caractéristiques ne sont, bien sou-
         teuse) et très anciennement du bassin franco-américains, pour la plupart                      vent, pas totalement observables
         de l’Aar à Brugg (XVIe siècle) et de dioïques, mais dont les caractéris-                      du fait de la situation des feuilles
         la Birse (XVIIIe) (Arnold, 1999 ; tiques foliaires sont bien différentes                       adultes à 20-25 m de hauteur dans
         Delarze, 2009). Le Jura bugey- de Vitis vinifera subsp. sylvestris.                           la canopée. On évitera notamment
         sien abrite également quelques Parmi les caractères morpholo-                                 toutes les feuilles issues de gour-
         stations historiques et contempo- giques (figures 2-8) de la feuille                          mands qui présentent souvent une
         raines (Sagot, 1878 et base de don- permettant de distinguer a priori                         découpure, une épaisseur, un relief
         nées Taxa (©SBFC/CBNFC-ORI) les individus sylvestris des individus                            et une villosité bien différents des
         consultée le 01/02/2018). Pour le sativa, nous pouvons noter (extrait                         feuilles placées en pleine lumière.
         département de l’Ain, quelques indi- de Lacombe et al., 2003 et Zdunic
         cations en ripisylves sont enregis- et al., 2017) :
         trées dans la base de données Taxa
                                                                                                       Biologie
         et mériteraient d’être confirmées. – sinus pétiolaire ouvert à très                          La vigne sauvage est une liane dont
                                                ouvert ;                                              la période végétative s’étale du mois
         Enfin, signalons que la présence de
         la vigne sauvage sur le massif juras- – feuille adulte souvent à un ou                       de mars au mois de novembre, avec
         sien est attestée dans des périodes trois lobes, rarement à 5 lobes et                       une maturité des raisins en fin d’été
         très anciennes (Néolithique), des plus (figures 5 et 6) ;                                    (Galet, 1993). Sa longévité est dite
         pépins ayant été trouvés autour des – dents moyennes à petites par                           importante, sachant que la struc-
         habitations palafittiques des lacs rapport à la taille du limbe ;                            ture interne des tiges ne permet pas
         jurassiens (Jacquat, 1988).                                                                  d’appliquer avec précision les prin-
                                               – hauteur des dents moyenne à                          cipes de la dendrochronologie, les
                                                très courte par rapport à la largeur                  cernes étant très peu marqués. La
         Données morphologiques                 des dents.                                            détermination de l’âge de l’arbre-
         La vigne sauvage ressemble forte-                                                            support peut fournir une indication
         ment à la vigne cultivée Vitis vini- À partir de ces caractères foliaires,                   sur l’âge de la vigne, mais, comme
         fera subsp. vinifera (= sativa DC) certains auteurs, notamment bul-                          on le verra plus loin, l’impor-

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Les vignes sauvages colluviales Vitis vinifera subsp. sylvestris (Gmelin) Hegi dans le massif jurassien, nouvelles données - CBNFC ORI
Les Nouvelles Archives de la Flore jurassienne et du nord-est de la France, 15, 2017

                                                                                                                    tance de la reproduction végéta-
                                                                                                                    tive limite la portée de cette indi-
                                                                                                                    cation. Les lambrusques sauvages
                                                                                                                    peuvent se reproduire par repro-
                                                                                                                    duction sexuée et par reproduc-
                                                                                                                    tion végétative.
                                                                                                                    La reproduction sexuée est dite
                                                                                                                    allogame stricte du fait de la doié-
                                                                                                                    cie de la sous-espèce. Les grains de
                                                                                                                    pollen sont soit transportés par le
                                                                                                                    vent, soit par des insectes pollini-
                                                                                                                    sateurs, sachant que la littérature
                                                                                                                    n’est pas très riche sur ce sujet. Une
                                                                                                                    étude récente, en Italie, réalisée sur
    G. et M. André

                                                                                                                    des pieds cultivés dans une station
                                                                                                                    expérimentale, indique comme pol-
                                                                                                                    linisateurs principaux : des coléop-
                                                                                                                    tères (Oedemeridae, Cantharidae et
   Figure 2 : part d’herbier de Vitis vinifera subsp. sylvestris, Ougney-Douvot, 25, pied
   femelle, 07/07/2016.
    igure   i floresce ce      le de Vitis vinifera subsp. sylvestris, Arbois, 39,
   12/06/2017.
                                                                                                   G. et M. André
                                                                                  G. et M. André

                                                                                                              igure    eu es baies issues de fleurs e elles
                                                                                                        (fécondées) de Vitis vinifera subsp. sylvestris, Arbois,
                                                                                                                                              39, 29/06/2017.
   G. et M. André

                                                                                                                                                             G. et M. André

                                                             Figure 5 : feuille
                                                             adulte de Vitis
                                                             vinifera subsp.
                                                             sylvestris, face
                                                             supérieure,
                                                             Champlive, 25.

                                                                Figure 6 : feuille
                                                                  adulte de Vitis
                                                                  vinifera subsp.
                                                                  sylvestris, face
                                                                       inférieure,
                                                                 Champlive, 25.

                                                                                                                                                                              117
Les vignes sauvages colluviales Vitis vinifera subsp. sylvestris (Gmelin) Hegi dans le massif jurassien, nouvelles données - CBNFC ORI
Les vignes sauvages colluviales Vitis vinifera subsp. sylvestris (Gmelin) Hegi dans le massif jurassien, nouvelles données

                                                                                                                    Cerambycidae) et des hyménoptères
                                                                                                                    (Halictidae, Apidae et Andrenidae)
                                                                                                                    (Zito et al., 2018). Il est générale-
                                                                                                                    ment admis que le transport du
                                                                                                                    pollen par le vent est réalisé sur
                                                                                                                    de courtes distances et, à notre
                                                                                                                    connaissance, les insectes pollinisa-
                                                                                                                    teurs des lambrusques sauvages ne
                                                                                                                    sont pas clairement identifiés. Des
                                                                                                                    études génétiques précises sur des
                                                                                                                    stations de vigne sauvage semblent
                                                                                                                    indiquer que le pollen peut être
         G. et M. André

                                                                                                                    transporté sur d’assez grandes dis-
                                                                                                                    tances (Arnold et al., 2017 ; Di
                                                                                                                    Vecchi-Staraz et al., 2009).

         Figure 7 : part d’herbier de Vitis vinifera subsp. sylvestris, Laissey, 25, pied mâle,
         26/06/2016.

                                                                                                                                                             G. et M. André
                                                   Figure 8 : grappe
                                                   de Vitis vinifera
                                                   subsp. sylvestris,
                                                   Ougney-Douvot,
                                                   25, 11/10/2017.

                                                                  Figure 9 :
                                                        bourgeonnement
                                                       et jeune feuille de
                                                      Vitis vinifera subsp.
                                                      sylvestris, Ougney-
                                  G. et M. André

                                                              Douvot, 25.

                                                                               Figure 10 : rougissement automnal de Vitis vinifera subsp. sylvestris, Ivrey, 39.
         G. et M. André

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Les vignes sauvages colluviales Vitis vinifera subsp. sylvestris (Gmelin) Hegi dans le massif jurassien, nouvelles données - CBNFC ORI
Les Nouvelles Archives de la Flore jurassienne et du nord-est de la France, 15, 2017

   Les baies, souvent peu nombreuses,       est directement liée à la dynamique         ment saturés d’eau une partie de
   attirent de nombreux oiseaux frugi-      importante des milieux naturels qui         l’année (inondations) ne sont pas
   vores ou des mammifères lorsqu’elles     abritent l’espèce. Cela peut expli-         favorables au développement de
   tombent à terre, mais aucune liste       quer, au moins en partie, la rareté         l’insecte (Daktulosphaira vitifoliae,
   d’espèces n’est disponible dans la       des stations de vignes sauvages dans        anciennement Phylloxera vastatrix).
   bibliographie. La littérature suggère    les forêts secondaires de plaine.
                                                                                        Une étude (Ocete et al., 2008)
   que la dissémination principale des
                                            Tous les auteurs s’accordent pour           dans le pays basque espagnol et
   graines est l’ornithochorie. En ripi-
                                            dire que la reproduction sexuée des         français confirme bien la sensibi-
   sylve, on peut facilement admettre
                                            lambrusques sauvages est actuelle-          lité de la sous-espèce sylvestris à ces
   que les crues peuvent constituer
                                            ment très précaire et hypothèque            différents champignons ou insecte,
   également un vecteur de propa-
                                            d’une certaine manière la conser-           mais de manière variable selon les
   gation de la vigne sauvage.
                                            vation de l’espèce.                         individus et globalement inférieure
   En laboratoire, le taux de germi-                                                    aux attaques sur les variétés culti-
                                            Par contre, la reproduction végé-
   nation des pépins de lambrusque                                                      vées aux alentours. Lors de cette
                                            tative, essentiellement par marcot-
   sauvage est comparable à celui                                                       étude, aucune attaque du puceron
                                            tage, est très importante et consti-
   des pépins de variétés cultivées,                                                    responsable du phylloxéra n’a pu
                                            tue aujourd’hui le principal mode
   mais elle est très rarement obser-                                                   être repérée, sachant qu’en labora-
                                            de reproduction du taxon, sachant
   vée dans la nature, où les plan-                                                     toire la vigne sauvage est attaquée
   tules issues de semis sont rapide-       que les modalités en milieu natu-
                                            rel de cette reproduction végétative        comme la vigne cultivée (This et
   ment détruites par divers animaux                                                    al. 2001).
   phytophages (mammifères, gas-            ne sont connues que partiellement
   téropodes, insectes). Arnold, lors       (Arnold, 2002). Lors de la chute            En conclusion, on peut retenir que
   de son travail de thèse, indique         de son support (vieillesse, inonda-         tous les stades de développement
   n’avoir jamais observé de semis de       tions, éboulements et tempêtes) ou          de la vigne sauvage, de la plantule
   vigne sauvage en forêts colluviales      lors d’une section de la tige prin-         à la vieille liane, sont dépendants
   (Arnold, 2002). À notre connais-         cipale, la vigne sauvage adulte ne          de la dynamique forestière (Arnold,
   sance, une seule donnée récente existe   meurt pas systématiquement une              2002) et du facteur lumière.
   dans la littérature, signalée dans un    fois au sol. Elle peut émettre très
   éboulis de la vallée du Rhône en         rapidement de longs rejets, princi-         Écologie
   Chablais valaisan (Delarze, 2009).       palement au niveau de courbures
                                            importantes de la liane, qui partent        Si l’on tient compte des données
   En ripisylves, les données sont un
   peu plus nombreuses, mais restent        à la conquête de nouveaux supports.         anciennes (période préphylloxérique),
   toujours rares. Pour Arnold (2002),      Un afflux important de lumière                où la vigne sauvage était considérée
   les jeunes semis, au stade herbacé,      semble nécessaire pour cette crois-         comme assez commune en France,
   ne semblent pas être héliophiles         sance accélérée des rameaux.                on conclura à une amplitude écolo-
   et montrent une nette préférence                                                     gique large du taxon. Pour autant,
                                            Nous ne possédons malheureuse-
   pour les ourlets et sous-bois avec                                                   elle n’a pas la capacité d’adap-
                                            ment que peu d’études récentes sur
   une présence d’eau. Les observa-                                                     tation d’autres lianes, comme la
                                            la tolérance de la vigne sauvage vis-
   tions de Delarze (2009) pour les                                                     clématite (Clematis vitalba), qui
                                            à-vis des maladies (ex. Ocete et al.,
   forêts colluviales valaisannes ne                                                    peuvent beaucoup plus facilement
                                            2011 ; This et al., 2001). Il est clas-
   concordent pas avec l’étude pré-                                                     que la vigne sauvage coloniser des
                                            siquement admis qu’une des causes
   cédente en ripisylves.                                                               forêts secondaires issues de pertur-
                                            de raréfaction de la vigne sauvage
                                                                                        bations humaines.
   Très rapidement, la jeune plan-          en Europe serait liée aux différents
   tule ne peut se développer sans un       pathogènes venus des Amériques,             Aujourd’hui, les milieux naturels
   apport supplémentaire de lumière.        maladies cryptogamiques et phyl-            qui abritent encore des populations
   Une perturbation rapide du milieu        loxéra. Le maintien de la vigne sau-        significatives de vigne sauvage se
   doit intervenir pour lui permettre       vage dans ces deux milieux de pré-          réduisent principalement à deux
   de développer un long rameau qui         dilection, les ripisylves et les terrains   types de milieu qui semblent s’op-
   prendra appui sur la végétation          colluviaux, semble lié à des don-           poser : les forêts alluviales, le plus
   arbustive pour partir à la conquête      nées pédologiques. Les sols aérés,          souvent liées aux grands fleuves
   de la canopée. Cette perturbation        caillouteux à sableux, éventuelle-          de plaine (ex. Danube, Seine), et

                                                                                                                                  119
Les vignes sauvages colluviales Vitis vinifera subsp. sylvestris (Gmelin) Hegi dans le massif jurassien, nouvelles données - CBNFC ORI
Les vignes sauvages colluviales Vitis vinifera subsp. sylvestris (Gmelin) Hegi dans le massif jurassien, nouvelles données

                                                                                                                 particulièrement notable concer-

                                                                                                G. et M. André
                                                                                                                 nant les vignes sauvages colluviales.
                                                                                                                 La vigne sauvage est présente du
                                                                                                                 niveau de la mer jusqu’à, au moins,
                                                                                                                 800 m d’altitude. Elle est considé-
                                                                                                                 rée comme une liane héliophile
                                                                                                                 strictement limitée aux étages col-
                                                                                                                 linéen et submontagnard inférieur.
                                                                                                                 Les deux milieux primaires qui
                                                                                                                 l’abritent encore aujourd’hui se
                                                                                                                 caractérisent par l’instabilité du
                                                                                                                 substrat et la dynamique des peu-
                                                                                                                 plements. Cela s’explique par les
                                                                                                                 exigences particulières de la vigne
                                                                                                                 vis-à-vis de sa niche de régénéra-
                                                                                                                 tion. En effet, les crues ou les ébou-
                                                                                                                 lements rocheux sont à l’origine de
                                                                                                                 trouées lumineuses très favorables
                                                                                                                 aux premiers stades de développe-
                                                                                                                 ment de la vigne sauvage et au mar-
                                                                                                                 cottage des pieds adultes (figure 11).
                                                                                                                 Du point de vue pédologique, les
                                                                                                                 vignes sauvages peuvent se déve-
                                                                                                                 lopper sur des substrats très variés,
                                                                                                                 allant de sols acides à des sols calci-
                                                                                                                 magnésiens, carbonatés ou décarbo-
                                                                                                                 natés ; il a été, en particulier, démon-
                                                                                                                 tré que la vigne sauvage autochtone
                                                                                                                 supporte des taux élevés de CaCO3
          igure     trou e lu i euse suite u e c ute d’arbre ug ey ou ot                  a fl c e               sans qu’ils nuisent à l’absorption du
         indique la partie supérieure d’un individu de V. vinifera subsp. sylvestris).                           fer par les racines (Cambrolle et al.,
                                                                                                                 2014). Elles semblent préférer les
         les forêts colluviales ou les éboulis          portion de populations de vignes sau-                    sols sableux à très grossiers et aérés
         boisés de milieu et pied de versant.           vages dans ces milieux » (Arnold et                      (Arnold, 2002) ; nous savons que
                                                        al., 2011).                                              ces types de sol sont peu favorables
         Les données historiques et actuelles
         sont plus nombreuses en ripisylves             Dans une étude centrée sur la                            au développement du phylloxéra.
         qu’en forêts de pente. Dans son                France, les auteurs soulignent que                       Du point de vue phytosociologique,
         travail de thèse sur l’écologie de la          la quasi-totalité des vignes prospec-                    les types de végétation dans lesquels
         vigne sauvage en Europe, Arnold                tées ont été observées à proximité                       on rencontre la vigne sauvage sont
         (2002) indique que son étude a                 d’un cours d’eau, ruisseau ou tor-                       également très variés, allant des
         porté sur 200 stations, dont 73%               rent (Lacombe et al. 2003).                              friches vivaces héliophiles aux sous-
         en milieu alluvial, 14% en milieu              Les références concernant l’écologie                     bois forestiers, ou encore des garri-
         colluvial et 13% de milieux dits               générale de la vigne sauvage sont                        gues aux groupements hygrophiles
         mixtes. Ces zones colluviales « étant          rares et nous ne disposions d’au-                        (Arnold, 2002) ; Keller, en Franche-
         difficiles d’accès, instables et peu pro-        cune vision d’ensemble avant le tra-                     Comté, indique l’espèce dans des
         pices à la sylviculture, elles sont peu        vail d’Arnold (2002). L’essentiel des                    forêts de pente à tendance hygro-
         connues et donc rarement étudiées.             données présentées dans ce résumé                        sciaphile (Keller, 2014 et 2015).
         Une prospection plus approfondie               sont extraites de ce travail. Nous                       Tant en zone alluviale que collu-
         pourrait révéler une plus forte pro-           pouvons ajouter que ce manque est                        viale, du point de vue de l’exposi-

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Les vignes sauvages colluviales Vitis vinifera subsp. sylvestris (Gmelin) Hegi dans le massif jurassien, nouvelles données - CBNFC ORI
Les Nouvelles Archives de la Flore jurassienne et du nord-est de la France, 15, 2017

   tion, les stations sont de préférence     nales (Babey, 1840) et des parts                 Caractérisation des stations
   exposées au nord ou à l’est.              d’herbiers conservés au Muséum                   et des individus
   De nombreux travaux indiquent que         de la Citadelle de Besançon (André
                                                                                Pour chaque pied observé, ou plus
   la vigne sauvage adulte est indiffé-       & André, 2016),
                                                                                 rarement pour une station com-
   rente aux essences forestières-sup- – présence d’éboulis forestiers plus portant plusieurs pieds très voi-
   port qui lui permettent d’atteindre la ou moins ouverts repérés sur les sins, nous avons relevé et collecté,
   frondaison, même si elle n’est obser- cartes topographiques, géologiques autant que possible, plusieurs types
   vée que de façon exceptionnelle sur ou les photographies aériennes,           d’information :
   des résineux. Par contre, dans ses
                                          – milieux forestiers pentus, ravins, – dates d’observation et obser-
   premiers stades, la vigne sauvage
                                           souvent accidentés, sous falaises ou vateurs,
   recherche les milieux humides et
                                           bancs rocheux,
   ombragés (Arnold, 2002).                                                     – localisation (position GPS, alti-
                                          – îlots forestiers de sénescence ou tude, exposition, lieu-dit, commune,
   Statut de la vigne sauvage              de vieillissement.                    département),
   L’espèce est considérée comme mena-                                                       – caractéristiques du ou des pieds
                                             La recherche a eu lieu en toute
   cée au niveau européen par l’UICN.                                                        (mesure/estimation du diamètre,
                                             saison, principalement à vue directe
   Elle est inscrite sur les listes rouges                                                    de la hauteur, conformation, état
                                             et occasionnellement à l’aide de                 sanitaire),
   nationales en France (depuis 1995),
                                             jumelles. À signaler un intérêt
   Allemagne et Autriche (voir égale-                                                        – caractéristiques ampélographiques
                                             particulier de la saison automnale,
   ment des compléments sur le site de                                                       (feuilles, sexe, fructification éven-
                                             où le rougissement particulier des
   l’ECPGR). À ce titre, elle bénéfi-                                                         tuelle),
                                             feuilles de Vitis vinifera L., en
   cie d’une protection très stricte. En
                                             haut des frondaisons ou tombées                 – caractéristiques du ou des tuteurs
   Suisse, elle est proche de l’extinc-
                                             à terre, se repère assez facilement.            (essence, taille),
   tion (Moser et al., 2002), catégo-
                                             De même, au printemps, le déca-
   rie CR (= Critically endangered) et                                                       – type de milieu,
                                             lage des stades de floraison entre
   ne bénéficie d’un statut de protec-                                                       – relevé phytosociologique (sta-
                                             les sous-espèces, sauvage et culti-
   tion que dans le canton de Vaud,                                                           tion considérée comme typique),
                                             vée, est une information très utile.
   depuis 2005 (Delarze, 2009).
                                             À la faveur de ce travail, nous avons – prélèvement éventuel, non des-
                                             aussi mis à profit un certain nombre tructif, de jeunes feuilles pour ana-
   Matériel et méthodes                      de caractéristiques écologiques qui lyse ADN avec pose d’étiquette
                                             peuvent indirectement aider à l’iden- identificatrice,
                                             tification, pour le massif jurassien au – ramassage éventuel pour mise
   Méthodes de prospections                  moins : exemplaire faisant partie de en herbier de feuilles et de grappes
   Les prospections dans le massif           groupements le plus souvent fores- de raisins tombées à terre (unique-
   jurassien (G. et M. André) ont été        tiers liés spécifiquement aux ébou- ment en automne, espèce protégée),
   réalisées au cours d’environ 250          lis plus ou moins fixés de bordure
                                                                                     – photographies du pied, de ses
   sorties d’une demi-journée étalées        des faisceaux calcaires ou des recu-
                                                                                      feuilles, fleurs, fructifications, du
   entre février 2016 et novembre            lées jurassiennes (érablaies-tiliaies-
                                                                                      ou des tuteurs et du milieu.
   2017. Le choix des sites prospec-         hêtraies et corylaies de pente, aussi
   tés est basé sur plusieurs éléments       bien en adret qu’en ubac) à basse
                                                                                     Toutes ces informations sont ras-
   progressivement affinés au fur et à         altitude (jusqu’à 770 m dans la
                                                                                      semblées dans une base de données
   mesure des découvertes :                  partie sud de l’arc jurassien).
                                                                                      où chaque pied (ou station) observé
  – réexamen des stations antérieures        Les prospections ont été moins est identifié par un numéro et classé
   connues et recherches par conti-          importantes dans la partie méri- en Vitis vinifera subsp. sylvestris pro-
   nuité dans les sites voisins ou éco-      dionale de l’arc jurassien que dans bable6, Vitis vinifera subsp. sativa
   logiquement semblables,                   la partie septentrionale et centrale. 6. Ces Vitis vinifera subsp. sylvestris probables peuvent
  – localisations historiques anciennes                                                       éventuellement comprendre des lambrusques métisses
                                                                                              sylvestris × sativa, difficiles à différencier des lam-
   mentionnées dans les flores régio-                                                         brusques autochtones.

                                                                                                                                                        121
Les vignes sauvages colluviales Vitis vinifera subsp. sylvestris (Gmelin) Hegi dans le massif jurassien, nouvelles données - CBNFC ORI
Les vignes sauvages colluviales Vitis vinifera subsp. sylvestris (Gmelin) Hegi dans le massif jurassien, nouvelles données

                                                                                                                      microsatellites, dont 23 nucléaires
                                                                                                                      et 3 chloroplastiques.

                                                                                                                      Résultats

                                                                                                                      Répartition et structuration
                                                                                                                      des populations et des
                                                                                                                      stations
                                                                                                                      Les prospections réalisées à ce jour
                                                                                                                      ont permis de recenser 1330 pieds
                                                                                                                      de Vitis vinifera subsp. sylvestris pro-
                                                                                                                      bables présents dans la zone étudiée.
                                                                                                                      La zone géographique d’étude
                                                                                                                      déborde légèrement du cadre de
                                                                                                                      la Franche-Comté administra-
                                                                                                                      tive et concerne plus largement la
                                                                                                                      partie française du massif juras-
                                                                                                                      sien : quelques stations se situent
                                                                                                                      en effet, en Petite Montagne et
                                                                                                                      dans le Bugey méridional, dans le
         Figure 12 : répartition d’ensemble des 1330 individus de vigne sauvage (V. vinifera
         subsp. sylvestris) recensés dans l’étude (fonds de carte Géoportail, @IGN).                                  département de l’Ain.
                                                                                                                      Ce recensement doit être compris
         probable ou Vitis hybride (variété – réaliser un échantillonnage aussi
                                                                                                                      comme forcément non exhaus-
         à fruits7 ou porte-greffes) probable. représentatif que possible des diffé-
                                                                                                                      tif 10. Les pieds récemment décou-
                                              rentes stations découvertes,
                                                                                                                      verts par Johann Keller dans le sec-
         Récolte de matériel                   – tenir compte du zonage des                                           teur de Vieilley et de Laissey ont
         Grâce à une autorisation de prélè- ZNIEFF existantes,
                                                             8
                                                                                                                      tous été revisités et sont inclus dans
         vement délivrée par le Ministère – disponibilité des échantillons                                            l’étude. Enfin, signalons que le
         de l’Écologie, un certain nombre (saison, accessibilité).                                                    décompte précis des pieds présents
         de prélèvements non destructifs, à                                                                           dans une station n’est pas toujours
         des fins d’analyses génétiques, ont Les pieds analysés sont répartis dans                                    aisé, particulièrement dans les sta-
         pu être effectués. Cela a concerné 35 communes. Parmi ces 62 pieds,                                           tions les plus denses et dont l’ac-
         les individus classés comme Vitis 54 pieds sont en situation typique                                         cès est difficile.
         vinifera subsp. sylvestris probables. d’éboulis naturel, deux dans une
                                                                                                                      La figure 12 représente une vue
         Le prélèvement consiste en la récolte haie, deux en milieu forestier, très                                   d’ensemble de la distribution des
         de 2 ou 3 jeunes feuilles, le plus proches de la lisière, trois dans des                                     1062 points GPS localisant les 1330
         souvent sur gourmands, mises en taillis d’une ancienne trouée de                                             pieds recensés sur un fond carto-
         sachet plastique étiqueté et stocké ligne électrique à l’intérieur d’une                                     graphique représentant le relief
         en bouteille thermos puis mis au forêt et un sur des scories de résidus                                      du massif jurassien et son réseau
         congélateur dans la ½ journée.         d’ancienne exploitation minière.
                                                                                                                      hydrographique.
                                               L’extraction d’ADN a été réalisée
                                                                                                                      Les lambrusques autochtones se
         Analyses génétiques                    par les élèves de l’atelier génome au
                                                                                                                      répartissent principalement sur la
                                               Lycée Xavier Marmier de Pontarlier
         Au total, 62 pieds ont fait l’objet                                                                          bordure externe de l’arc du massif
                                                et le séquençage par l’IFV9. L’analyse
         de prélèvements et d’analyses ADN.                                                                           jurassien, sur une vaste zone d’une
                                                a porté, le plus souvent, sur 26
         Le choix des individus sélectionnés                                                                          10. Depuis la soumission de cet article, une cinquan-
         a été dicté par plusieurs critères :   8. Zones Naturelles d’Intérêts Écologique Faunistique                 taine de pieds supplémentaires ont été découverts dans
                                                            et Floristique.                                           de nouvelles communes : Les Auxons (25), Fontenotte
         7. Dénommées « hybride producteur direct » (HPD)   9. Institut Français de la Vigne et du Vin, http://www.   (25), Lomont-sur-Crête (25), Luxiol (25), Revigny
         ou « hybrides interspécifiques » en viticulture.   vignevin.com.                                             (39), Mailley-et-Chazelot (70) et Mont-le-Vernois (70).

122
Les Nouvelles Archives de la Flore jurassienne et du nord-est de la France, 15, 2017

   longueur de 240 kilomètres environ
   et sur le territoire de 55 communes
   (40 dans le département du Doubs,
   10 dans le Jura, 5 dans l’Ain).
   On peut regrouper les stations en
   six populations établies dans des
   régions naturelles distinctes.
   Population 1 – Avant-Monts :
   versant NO des Avant-Monts,
   entre Bonnay et Gondenans-les-
   Moulins. Cette population compte
   276 pieds (21% du total) répartis
   surtout dans un foyer principal
   assez dense et continu à cheval sur
   les communes de Bonnay, Mérey-
   Vieilley et Vieilley, et plus au NE,
   dans quelques noyaux moins four-
   nis et de plus en plus discontinus
   et isolés, sur les communes de
   Venise, Moncey, Rigney, Huanne-
   Montmartin et Gondenans-les-
   Moulins.
   Population 2 – Moyenne vallée
   du Doubs : depuis Thoraise en
   aval jusqu’à Rang en amont, en
   y incluant la vallée affluente du
   Cusancin. Cette population fait
   partie de la région naturelle de la
   bordure jurassienne des faisceaux
   bisontin et du Lomont. Les lam-
   brusques recensées totalisent 798             Figure 13 : répartition et effectifs de vignes sauvages (V. vinifera subsp. sylvestris),
                                               regrou s e        o ulatio s la statio du ugey         ridio al e gure as sur cette
   pieds (60 % du total), et sont pré-        carte). Les ronds verts concernent les communes où au moins un pied a été analysé
   sentes dans 24 communes (Thoraise,         génétiquement (fond cartographique de la base de données Taxa SBFC/CBNFC-ORI
                                                                                                  des communes de Franche-Comté).
   Montferrand-le-Château, Rancenay,
   Busy, Avanne-Aveney, Larnod,            Arcier, alors qu’au-delà d’Esnans,               au total) est dispersée en de nom-
   Arguel, Besançon, Montfaucon,           quelques individus dispersés ont                 breuses stations isolées ne compor-
   Chalèze, Vaire-Arcier, Amagney,         encore été découverts.                           tant souvent qu’un seul individu.
   Deluz, Laissey, Champlive, Roulans,
   Ougney-Douvot, Esnans, Baume-           Population 3 – Vallée alluviale                     Population 5 – Bordure juras-
   les-Dames, Hyèvre-Magny, Branne,        du Doubs : région naturelle du                      sienne : comprenant le faisceau
   Clerval, Rang et Guillon-les-Bains).    Bas Pays, à Mandeure. Cette loca-                   de Quingey, les faisceaux salinois
   Cette population est de loin la plus    lité historique, isolée du reste des                et lédonien, pénétrant légèrement
   importante quantitativement, avec       populations, compte 36 pieds.                       dans le plateau dans les indentations
   notamment un noyau très dense et        Population 4 – Basse vallée de des reculées. Nous avons décou-
   quasi continu sur les communes          la Loue : en aval d’Ornans (Scey- vert 174 lambrusques (13 %) sur
   de Laissey, Deluz, Champlive,           Maisières11 et Cademène), avec son 12 communes (Byans-sur-Doubs,
   Roulans, Ougney-Douvot, Esnans          affluent le Lison (Cussey-sur-Lison) : Quingey, Rennes-sur-Loue, Port-
   (figure 13). Plus en aval, plusieurs    cette population réduite (17 pieds Lesney, Pagnoz, La Chapelle-sur-
   noyaux conséquents mais disjoints       11. Maelle Ritou nous a aimablement signalé un pre-
                                                                                               Furieuse, Ivrey, Saint-Thiébaud,
   s’égrènent de Thoraise à Vaire-         mier pied découvert en 2016.                        Salins-les-Bains, Arbois, Blois-sur-

                                                                                                                                            123
Les vignes sauvages colluviales Vitis vinifera subsp. sylvestris (Gmelin) Hegi dans le massif jurassien, nouvelles données

         Seille et Nevy-sur-Seille). Cette                        tion sur Onay (39), une proche                importante population de la
         population est répartie en plu-                          des ruines de Vaulgrenant (39) (un            moyenne vallée du Doubs.
         sieurs noyaux disjoints, dont cer-                       pied avéré) et une à Thoirette (39).          À une échelle plus fine, ces six popu-
         tains assez conséquents numéri-                          La station signalée par Vendrely              lations sont elles-mêmes fragmen-
         quement, notamment à l’intérieur                         à Besançon en 1862 a également                tées en sous-unités disjointes. Pour
         des reculées.                                            pu être retrouvée (un pied avéré).            décrire la répartition des individus
         Population 6 – Petite Montagne :                         Enfin, la découverte d’une sta-               au sein de ces populations, nous
         plus au sud, un peu à l’intérieur du                     tion à Cussey-sur-Lison (25) (un              parlerons, au sens purement géo-
         massif jurassien, dans les gorges de                     pied avéré) pourrait correspondre             métrique, de stations. Une sta-
         l’Ain et dans le Bugey méridional.                       à la mention de 1861 de l’herbier             tion (de paramètre D) regroupera
         Vingt-neuf lambrusques, en petites                       Grenier « autour de Châtillon-                simplement l’ensemble des indi-
         stations isolées ont été recensées sur                   sur-Lison ».                                  vidus présents dans une zone spa-
         6 communes (Thoirette, Corveissiat,                                                                    tiale dont tous les individus ont au
         Matafelon-Granges, Samognat,                             Effectif des stations et des                   moins un voisin à moins d’une dis-
         Dortan et Marchamp12). Des pros-                         populations                                   tance D ; pratiquement, nous uti-
         pections supplémentaires dans ce                         Les effectifs et la localisation des           liserons trois valeurs de D, 1 km,
         secteur apporteraient certainement                       six populations définies plus haut            200 m et 50 m.
         d’autres données.                                        ont été représentés sur la carte de la        Les histogrammes des classes de
                                                                  figure 13. Les stations s’organisent          populations des individus des sta-
         Stations historiques                                     souvent en chapelet linéaire de petites       tions en fonction de la « taille » (D)
         Nous avons prospecté la plupart                          unités, notamment pour la plus                de ces stations permettent de se
         des stations de vigne sauvage men-
         tionnées, souvent antérieurement
         à la crise phylloxérique, par nos
         botanistes comtois (voir André                                                                     Figure 14 : effectif des stations dans
                                                                                                            lesquelles les individus de V. vinifera
         & André, 2016). Pour la majorité                                                                   subsp. sylvestris sont distants de moins
         d’entre elles, nous y avons retrouvé                                                               d’un kilomètre (D =1 km).
         encore aujourd’hui des Vitis vinifera
         subsp. sylvestris probables ou avérés
         (confirmés par analyse génétique).
         Grâce à Babey (1840), nous avons
         « retrouvé » plusieurs stations : une
         vers le Bonhomme au pied du
         Poupet (un pied avéré), une sta-

         12. La station de Marchamp, que nous avons visitée,
         nous avait été aimablement signalée par Marc Philippe.

                                           Figure 15 : effectif des stations dans                                 Figure 16 : effectif des stations dans
                                           lesquelles les individus de V. vinifera                                lesquelles les individus de V. vinifera
                                           subsp. sylvestris sont distants de                                     subsp. sylvestris sont distants de
                                           moins de 200 m (D = 200 m).                                            moins de 50 m (D = 50 m).

124
Les Nouvelles Archives de la Flore jurassienne et du nord-est de la France, 15, 2017

   rendre compte de cette structuration
   à différentes échelles (figures 14-16).
   À l’échelle d’observation la plus large
   (D = 1 km), parmi les 44 stations,
   deux stations comportent plus de
   200 individus (situées, l’une dans les
   Avant-Monts, l’autre dans la
   Moyenne vallée du Doubs) et plus
   de 50 % des stations comportent
   moins de 10 individus (figure 14).
   Parmi les 144 stations observées à
   l’échelle intermédiaire (D = 200 m),
   une seule comporte plus de 100                   Figure 17 : projection spatiale des positions des 550 pieds de la station la plus
   individus (en Moyenne vallée du                                      importante de Franche Comté (Moyenne vallée du Doubs).
   Doubs) et plus de 80 % des sta-
   tions en comportent moins de 10           Densité                                      milieu noté lors du recensement est
   (figure 15).                                                                           un éboulis naturel, pentu, plus ou
                                             En conséquence du grand nombre
   À l’échelle la plus fine (D = 50 m),                                                   moins ouvert, à l’intérieur d’une
                                             de stations à effectifs très réduits et
   une seule station compte plus de                                                       forêt (figure 18).
                                             souvent éloignées les unes des autres,
   100 individus (en Moyenne vallée          la densité des pieds de vigne sau-           Lorsqu’une partie de l’éboulis est
   du Doubs) et plus de 50 % des sta-        vage est souvent faible à très faible :      encore mobile, les pieds se loca-
   tions ne comptent qu’un seul indi-        un exemple frappant est celui des            lisent de préférence de chaque
   vidu (figure 16).                         stations de la vallée de la Loue             côté du couloir d’éboulis mobile
                                             où les 12 individus découverts se            ou dans des parties déjà partielle-
   L’aire de répartition des pieds de
                                             répartissent sur une zone longue de          ment fixées par une strate arbustive.
   vigne sauvage observés est ainsi
                                             6 km, la plupart n’ayant aucun pied          Si l’on inclut les individus situés
   très morcelée, avec une majorité
                                             voisin à moins de 300-500 m. À               en zone d’atterrissement d’ébou-
   de stations d’effectif réduit, ce qui
                                             l’inverse, quelques stations, souvent        lis ou à moins de 100 m d’ébou-
   a déjà été souligné pour la plupart
                                             les plus conséquentes en effectifs            lis, alors seuls 5-10 % des indivi-
   des autres stations européennes                                                        dus recensés se trouvent dans des
   (Arnold, 1999). Cependant, si l’on        mais aussi quelques autres à effectif
                                             plus réduit mais de faible superficie,       milieux différents, assez variés :
   considère par exemple les stations                                                     murgers anthropiques, futaies ou
   à une échelle de 200 m, qui nous          présentent une densité relativement
                                             importante, supérieure à 4-5 indi-           taillis sous futaie forestiers, haies
   paraît constituer peut-être une dis-                                                   et lisières forestières.
   tance en deçà de laquelle deux indi-      vidus par ha. À titre d’exemple, la
   vidus sont encore susceptibles d’être     station (avec D = 50 m) comptant             Le type d’éboulis le plus fréquent
   en interaction reproductive, alors        le plus d’individus (en Moyenne              est un éboulis à blocs moyens-gros
   21 stations soit 15 % des stations        vallée du Doubs), soit 116, occupe           (10-30 cm), pentu (15-35°), plutôt
   totalisant 893 pieds (soit 67% du         une superficie de 11,5 ha, soit une          fermé, et en exposition ubac avec
                                             densité de 10 individus/ha. Très             un recouvrement muscinal impor-
   total des 1330 individus) comptent
                                             localement et exceptionnellement             tant ; quelques-uns de ces éboulis
   plus de 20 pieds, nombre qui nous
                                             nous avons compté des densités de            d’ubac sont établis dans des ravins
   paraît peut-être suffisant pour que
                                             l’ordre de 30 individus/ha.                  ombragés, où la présence de vigne
   ces stations soient viables à terme.
                                                                                          sauvage est toujours étonnante. Des
   Si l’on prend l’exemple de la plus                                                     éboulis d’adret, souvent plus ouverts,
                                             Caractérisation écologique
   importante station à D = 1 km                                                          abritent également des populations
   de la Moyenne vallée du Doubs,            des stations
                                                                                          conséquentes. Signalons également
   sa fragmentation en sous-unités           La très grande majorité des lam-             l’observation de quelques rares
   plutôt linéaires, est bien visible        brusques observées se situe dans             vignes grimpant sur les rochers et
   sur la figure 17, le contour étant        des éboulis à très forte naturalité ;        falaises verticales, leur frondaison
   indicatif.                                pour 80 % des pieds observés, le             s’accrochant au rocher ou aux rares

                                                                                                                                        125
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