Narration et construction de la réalité par les médias. Le cas d'Oscar Pistorius

 
Narration et construction de la réalité par les médias.
                        Le cas d’Oscar Pistorius

                                                                                        Silvia BRANEA
                                                                                  Université de Bucarest
                                                                                   silvia.branea@fjsc.ro
                                                                                    Sorina GHEORGHE
                                                                                  Université de Bucarest
                                                                                  sorinaghe@gmail.com

                                                Abstract
The paper seeks an explanation for the way media and their active audiences present personalities and their
behavior. A research of the ways Oscar Pistorius was presented before and after his girlfriend’s death is
supported by reviewed theories concerning the social construction of reality. His case, among many aspects,
helps stress the excesses media make when writing their stories, the way the spectacular perspective prevails
upon balanced information in their pages. Were analyzed articles published in Time, le Nouvel Observateur
and l‟Express between august 2012 and september 2014; were also examined commentaries made by readers
and several pages on Facebook dedicated to the paralympic athlete.

       Key-words: media, active audience, hero, intertextuality, journalistic responsibility

                                             Introduction

        Le développement de plus en plus accentué des histoires / narrations journalistiques fait
repenser la mission de la presse quant à la réflexion de la réalité, suite à l‟émergence toujours
plus prononcée des visions qui font relativiser la correspondance entre la vie sociale et le
journalisme, en mettant l‟accent sur la construction de la réalité par les médias. Maxwell
McCombs (1994: 11) n‟est qu‟un des nombreux auteurs qui déplacent l‟accent de l‟idée des
médias en tant que miroir de la réalité à l‟idée des médias en tant que filtre / narration de la
réalité: « Les nouvelles ne sont pas un reflet de la journée; ce sont un ensemble de narrations
construites par des journalistes sur les événements de la journée. » Cette idée remet en
lumière la force des médias, mais cette possibilité doit être mise en relation avec la théorie de
l‟importance des publics actifs dans la construction sociale de la réalité. La classification des
publics en publics actifs et publics passifs a été faite avant même l‟utilisation généralisée de
l‟espace en ligne et le développement des démarches de communication. Une des distinctions
à forte circulation à cet égard appartient à Frank A. Biocca (1988: 51): d‟un côté, le public
actif et individualiste, « imperméable à l‟influence » rationnelle et sélective; de l‟autre, le
public passif : conformiste, naïf, anomique, vulnérable, victime.
CULTURES DE LA COMMUNICATION, 2/2017

        A présent, par le terme publics actifs on désigne surtout les lecteurs qui s‟impliquent
dans les commentaires sur les nouvelles / les sites médias ou ceux qui fournissent des
contributions sur leurs propres blogs ou qui évaluent la qualité des produits médiatiques par des
sms et d‟autres messages. Il faut tenir compte aussi des « créations journalistiques » des acteurs
sociaux qui n‟appartiennent pas aux institutions médiatiques. Toutes ces instances contribuent à
façonner et imposer des points de vue qui sont ensuite transmis aux publics des médias
traditionnels et des nouveaux médias. En d‟autres termes, les médias et les publics actifs
essayent de construire une réalité que les autres membres de l‟auditoire (les auditoires passifs)
acceptent probablement dans une grande mesure. Les publics actifs se constituent dans une sorte
de voix / opinion publique (à cet égard, voir la définition de l‟opinion publique qui appartient à
Gaëtan Tremblay (1991: 151): « Elle constitue une représentation sociale en ce qu‟elle rend
perceptible, imaginable, la difficile question de la découverte et de l‟expression de la vérité
d‟une collectivité. » Il convient également de souligner que ces constructions sociales sont
caractérisées par un niveau alarmant de la polyvalence des narrations. Selon diverses
circonstances, les mêmes événements et les mêmes « héros » sont dépeints par les médias et les
publics actifs d‟une manière complètement antagoniste, et à des intervalles très brefs.
        Cela comporte des questions éthiques soulevées par le « pacte invisible » entre le
public, d‟une part, et les médias traditionnels et en ligne, d‟autre part. Ce pacte mène à la
perturbation de plus en plus élevée de la réalité et de la vérité. À cet égard on ne peut pas
ignorer la distanciation des anciennes règles journalistiques qu‟engendrerait le développement
des nouveaux médias et l‟accentuation du spectaculaire au détriment de l‟angle grave, sérieux:

      Les attaques d‟ordre formel mettent l‟accent sur la forme que prennent les nouvelles produites à l‟aide
      des nouveaux moyens technologiques. Ces attaques affirment que les médias ne sont pas objectifs en
      raison de leur tendance à présenter une information « divertissante » au détriment d‟une information «
      sérieuse ». (Martin, 2004: 149)

     Si l‟on considère la construction des nouvelles de nos jours, il faut reconnaître la
complexité de ce processus. Les journalistes doivent

      cibler des questions, les évaluer du point de vue de leur contenu informatif, rechercher ces problèmes
      en rassemblant les informations de fond, sélectionner les personnes interrogées, écrire l‟histoire à la
      fois en gardant les paramètres de rédaction déterminés par l‟organisation et en sélectionnant le niveau
      approprié de compréhension pour l‟auditoire. (Campbell, 1997: 64)

       Une nouveauté essentielle c‟est que le public soutient le travail des journalistes avec
leurs observations et commentaires personnels. Les journalistes adoptent la même approche à
la fois en ce qui concerne leur travail concernant la construction de la réalité et en relation
avec leur destinataires: certains sont plus confiants, d‟autres le sont moins. (Gertler, 2013, p.
12). Ces points de vue émanant de l‟audience active des médias conduisent à un doublement
de la subjectivité, parce que souvent ceux qui travaillent dans les médias sont très sensibles
aux discours de ceux utilisant la presse en ligne. Les journalistes recherchent l‟information en
prêtant attention aux attentes du public. La sélection des angles de la nouvelle, la perspective
qui domine le récit tiennent compte des groupes influents au sein de l‟audience. (Campbell,
1997: 63).

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CULTURES OF COMMUNICATION, 2/2017

       Briggs et Burke considèrent que les médias électroniques à utilisation très dispersée et
abondants en termes d‟offre, permettent plus de connaissances, un accès plus facile et une
expression plus libre que jusqu‟à maintenant (Briggs, Burke, 2005: 234), pendant que d‟autres
auteurs discutent le manque d‟objectivité des informations véhiculées sur internet, en parallèle
avec le manque d‟objectivité de plus en plus grand des médias en général. Cohen Almagor
estime que dans beaucoup de situations

       les médias préfèrent de manière consciente ne pas être objectifs, dans le sens que même quand ils
       offrent une image équilibrée d‟un fait quelconque ou quand ils luttent pour obtenir une manière claire
       de présenter l‟événement, ils le font en soulignant par exemple un certain aspect qu‟ils veulent
       spécifiquement rendre public (Cohen Almagor, 2005: 139)

        Le communicateur des médias ne peut évidemment pas être un messager fiable de la
vérité, mais il peut contribuer à conduire le destinataire à attribuer du sens. Il doit être conscient
de cette capacité. Ainsi la vision personnelle sur le monde du communicateur sera transmis vers
le destinataire parce qu‟il non seulement informe, mais il fait également des commentaires
(Gertler, 2013: 11).
        L‟habitude consacrée déjà de transformer en un spectacle les émissions d‟information à
l‟aide des techniques empruntées à la production de fiction mène dans le temps à l‟apparition de
la méfiance dans les médias. La tendance à simplifier excessivement et à rendre triviaux certains
événements significatifs a rendu de plus en plus difficile l‟évaluation de la validité des
informations. Le cas du fait divers peut contribuer à la méfiance croissante à l‟égard des médias,
parce les journalistes qui pratiquent ce genre essaient de copier les structures et l‟atmosphère du
genre policier pour séduire leur public. (Dubied, Lits, 1999: 120) « Une méfiance fondamentale
envers les médias d‟infos et d‟autres sources d‟information traditionnelles semble être l‟un des
facteurs qui ont contribué à la popularité croissante de l‟Internet et d‟autres réseaux en ligne de
consommation » (Fiedler, 2004: 104). D‟autres chercheurs affirment que la satisfaction ressentie
par ceux qui sont déçus par les médias traditionnels ne devrait être trop élevée: « L‟avènement
de l‟Internet multiplie les acteurs et fait fragmenter les responsabilités, jusqu‟ à les pulvériser. »
(Cornu, 2009: 205)
        La diminution de la confiance du public en les journalistes a conduit non seulement à la
popularité croissante de l‟Internet, mais aussi à une augmentation de l‟attention accordée par les
médias à l‟évaluation et aux contributions des lecteurs de la presse écrite.

                                            Méthodologie

        Le corpus de cette recherche comprend des articles en ligne qui traitent la personnalité
d‟Oscar Pistorius avant et depuis le moment où il a tué son amie, Reeva Steenkamp. Les
hebdomadaires qu‟on a choisis appartiennent aux espaces anglais et français: dix articles de la
revue américaine Time, dix articles de la revue française Le Nouvel Observateur et huit articles de
la revue française L’Express, publiés entre août 2012 et septembre 2014. Même si les articles qui
ont été écrits avant cet événement sont beaucoup moins nombreux que ceux qui l‟ont été ensuite,
ils sont pourtant pertinents pour retracer l‟évolution de l‟image de l‟athlète dans les médias.

                                                                                                          27
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        Ensuite, nous avons examiné les commentaires du public à l‟égard de ces articles sur les
hebdomadaires. Dans le cas de Time, quelques commentaires ont été écrits via Facebook ou
Twitter. En outre, on a sélectionné quatre pages Facebook dédiées au débat concernant la
culpabilité ou l‟innocence d‟Oscar Pistorius: Oscar Pistorius Shooting Coverage, Is Oscar
Pistorius Guilty or not Guilty, Support for Oscar Pistorius, Oscar Pistorius case Ŕ Discussion
and Current News et un groupe privé, Oscar Pistorius. Nous avons corroboré les syntagmes
utilisés pour décrire l‟athlète dans les commentaires avec ceux des articles de la presse
américaine et française pour voir comment l‟image et l‟identité de Pistorius se métamorphosent
à travers les médias et les commentaires du public actif.
        Un des cadres théoriques que nous utilisons pour analyser les mécanismes par lesquels
les médias et le public créent une image polarisée de l‟athlète c‟est l‟analyse du discours, une
méthode d‟analyse du texte par laquelle on considère le modèle du langage à travers des textes
différents et, en égale mesure, le contexte culturel et social dans lequel les textes ont étés écrits.
Ce qui est important dans ce cas, c‟est la relation entre le langage et le contexte culturel, les
méthodes d‟organiser les textes dans des situations culturelles spécifiques et les façons d‟écrire
caractéristiques d‟une certaine culture (Paltridge, 2007: 1). Dans ce contexte, le concept
d‟« intertextualité » est relevant : les textes peuvent être compris en relation avec autres textes et
avec le contexte social, car

       chaque texte intègre, réinterprète, reformule et relit des textes précédents, chaque acte de
       communication est fondé sur des histoires sémantiques et pragmatiques qui ne sont pas simples ou
       linéaires, mais complexes, multi-stratifiées et fragmentées. » (Richardson, 2005: 100)

      Les textes et les commentaires qu‟on a analysés regroupent, dans une large mesure, les
mêmes images de l‟athlète Oscar Pistorius qui se sont perpétuées pendant une période de deux
années, entre 2012 et 2014.

                L’image d’Oscar Pistorius avant l’accident / le crime

        Champion paralympique, Oscar Pistorius a été le premier athlète double-amputé de
l‟histoire à participer aux Jeux Olympiques des valides, à Londres en 2012. Cet événement a
été le catalyseur de la création par les médias d‟une figure mythique et surhumaine de
l‟athlète, déjà figure célèbre à ce moment-là. La journaliste Kharunya Paramaguru l‟a décrit
comme une « icône pour les athlètes handicapés » et « une figure transformative » (Time, 3
septembre 2012). Dans un article intitule « JO LONDRES 2012. Pourquoi la participation
d‟Oscar Pistorius, amputé, est légitime », le président de la Fédération française Handisport,
Gérard Mason, l‟a caractérisé comme un « athlète époustouflant», doté « des qualités
techniques hors norme» (4 août 2012). Son caractère hors-norme est subséquemment souligné
par Mason, qui le présente comme un « athlète singulier », qui est « remarquable sur le plan
technique et humain ». On peut dire qu‟une des images stéréotypée d‟Oscar Pistorius créées
par les médias est le héros surhumain, une image iconique qui inspire les gens à surmonter
leurs handicaps et dépasser leur condition. Time le nomme « l‟Olympien » en invoquant ses
réussites sportives. Les journalistes appellent Pistorius souvent une « star » (Le Nouvel

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CULTURES OF COMMUNICATION, 2/2017

Observateur, 4 août 2012; Time, 14 février 2013; L’Express, 18 février 2013), le qualifient
comme « célèbre » (Time, 12 septembre 2014, L’Express, 3 mars 2013, Le Nouvel
Observateur, 15 février 2013), « légende » (L’Express, 3 mars 2013) ou « icône » (Time, 3
septembre 2012, 11 mars 2013; L’Express, 16 février 2013; Le Nouvel Observateur, 18
février 2013). Les commentaires ultérieurs du public ne sont qu‟un écho de cette image déjà
consacrée (FIG.1-3). En outre, dans les articles de 2013, Pistorius est vu comme symbole de
l‟identité nationale sud-africaine: Time l‟appelle « la dernière incarnation de l‟espoir de
l‟Afrique du Sud » (Time, 11 mars 2013) et l’Express le voit comme « icône représentative
d‟une certaine identité sud-africaine » (7 mars 2014). L‟image de l‟athlète est d‟autant plus
impressionnante que les journalistes le dépeignent non seulement comme une figure
d‟importance nationale, mais aussi comme un sportif de taille mondiale: « sprinter
paralympique de classe mondiale » (Time, 15 février 2013), « mondialement célèbre » et
« légende de l‟athlétisme mondial » (L’Express, 3 mars 2013) « star de l‟athlétisme mondial »
(L’Express, 7 mars 2013) « célébrité du handisport mondial », « légende de l‟athlétisme
mondial » (Le Nouvel Observateur, 15 février 2013).

               L’image d’Oscar Pistorius après l’accident / le crime

       Après le moment où Oscar Pistorius avait été accusé du meurtre de son amie Reeva
Steenkamp (14 février 2013), le même « héros » a été dépeint par les médias et les publics
actifs d‟une manière complètement antagoniste. Cette mutation a eu lieu dans une période de
temps assez courte, plus précisément environ une demi-année. L‟image du héros surhumain
est encore présente dans les textes des articles ou dans certains commentaires, mais seulement
comme une figure du passé et plutôt comme une représentation contrastante de l‟image
négative qui est maintenant plus réelle pour le public. Pour le but de cette recherche, on a
groupé les mots et les expressions extraits des articles figurant dans les trois hebdomadaires et
les commentaires des publics actifs faits dans les mêmes publications. (FIG.1-3)
       Une nouvelle image stéréotypée est associée maintenant à Pistorius, celle d‟un « héros
sportif déchu ». (Time, 20 février 2013) Dans les articles de L’Express on trouve une image
métaphorique encore plus vivante et évocatrice, celle d‟« un demi-dieu qui se retrouve en
enfer ». (16 février 2013) A cause des accusations de meurtre, Oscar Pistorius se transforme
ainsi d‟« un héros populaire » en un « antihéros ». (L’Express, 16 février 2013) Dans de telles
circonstances, une autre représentation négative est ensuite liée à la personnalité de l‟athlète,
celle de tueur. Les étiquettes qu‟on trouve dans les articles, par exemple « meurtrier accusé »
(Time, 4 mars 2014), « tueur » (Time, 11 mars 2013), ont un correspondant dans les
commentaires du public actif: « tueur » (Time, 15 février 2013), « assassin » (L’Express, 12
septembre 2012). L’Express utilise un terme encore plus fort, en insinuant même que l‟athlète
est un monstre: « Les stars peuvent aussi être des monstres. » (18 février 2013). Le même
terme apparaît dans les commentaires du public: « monstre ». (L’Express, 24 mars 2014)

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                 Traits positifs – articles                         Traits positifs - commentaires

        icône pour les athlètes handicapés, premier                héros national ; énergie et
         double-amputé qui a participé aux Jeux                      détermination pour exceller dans les
         Olympiques, Blade Runner, figure transformative             sports, bon gars, inspiration pour
         (le 3 septembre 2012)                                       beaucoup de personnes handicapées (le
        Olympien, icône globale, figure unifiant, dernière          14 février 2013) ;
         incarnation de l‟espoir de l‟Afrique du Sud,               icône nationale (le 15 février 2013)
         l‟ultime méritocratie ; espoir pour l‟avenir, icône
         (le 11 mars 2013)
        Olympien de l‟Afrique du Sud, vraie star globale,
         perfectionniste, champion sans précèdent pour le
         droit à l‟égalité et pour les personnes handicapées
         (le 14 février 2013)
        sprinter paralympique de classe mondiale,
         exemple inspirant (le 15 février 2013)
        dernière incarnation de l‟espoir de l‟Afrique du
         Sud, héros blanc glamour, ultime méritocratie, (le
         20 février 2013)
        star de la piste, héros, athlète à grande visibilité
         (le 4 mars 2014)
        athlète célèbre, champion du sport sud-africain,
         blanc riche et prospère (le 12 septembre 2014)

                Traits négatifs – articles                          Trais négatifs - commentaires

          explosion aigre et disgracieuse (le 15 février           tempérament violent, mauvaise attitude
           2013), héros sportif déchu (le 20 février 2013),          envers les femmes, connard, manque de
          termes tels que meurtrier accusé, inculpé accusé          contrôle de soi-même, héros qui a mal
           de meurtre (le 4 mars 2014), tueur (le 11 mars            tourné (le 14 février 2013);
           2013)                                                    agresseur, psychopathe, tueur,
          agresseur domestique, passionné d‟armes,                  impétueux (le 15 février 2013)
           autoritaire et jaloux, con, moufle autoritaire,
           homme à la gâchette facile, amateur d‟armes
           autoritaire (le 10 avril 2014),
          cercle blanc et riche d‟Afrikaner (le 12
           septembre 2014)

                                      Fig.1. Mots et expressions dans Time

       Le fait que le procès d‟Oscar Pistorius a été télévisé sur une chaîne spécialement dédiée
à cet événement a maintenu vif le débat sur ce sujet dans la société et aussi dans les médias et
les réseaux sociaux. Les journalistes ont suivi de près les évolutions, ont commenté les
témoignages et les réactions de Pistorius, de sa famille et de la famille de Reeva. Les
témoignages du procès ont dépeint Pistorius comme un homme violent, impulsif et instable
qui était une menace pour les personnes se trouvant autour de lui. Sa passion pour les armes a
non plus alimenté ces aspects négatifs, elle a inspiré l‟appellatif « Blade Gunner ». Ainsi,
Time le dépeint comme « agresseur domestique », « passionné d‟armes », « autoritaire et
jaloux » (10 avril 2014). Les autres publications présentent Pistorius comme « un passionné

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CULTURES OF COMMUNICATION, 2/2017

d‟armes à feu », « parfois violent », « enclin à perdre facilement son sang-froid » ( L’Express,
3 mars 2013), «homme instable » ( L’Express, 7 mars 2014), « parano armé et impulsif » ou
« adrénaline freak » (Le Nouvel Observateur, 15 février 2013). Des traits similaires sont
signalés par le public actif dans les commentaires aux articles en ligne: « tempérament violent
», « attitude mauvaise envers les femmes », « manque de contrôle de soi-même » (Time, 14
février 2013). Les commentateurs le voient comme un « agresseur », « psychopathe »,
« impétueux » (Time, 15 février 2013), « danger public » (L’Express, 24 mars 2014), « sportif
entraîné ultra violent et ultra armé » (Le Nouvel Observateur, 17 février 2013) avec « un
caractère instable » (Le Nouvel Observateur, 15 février 2013).

               Traits positifs - articles                          Traits positifs - commentaires

      icône du handisport, Blade Runner, (le 16 février          modèle à suivre pour beaucoup de gens a
       2013)                                                       travers la planète, inspiration énorme,
      Blade Runner, médaille olympique (le 16 mars                incarnation du courage et du dépassement
       2013)                                                       de soi ; demi Dieu pour certains (le 16
      riche, célèbre dans le monde entier, premier homme          février 2014)
       handicapé ayant couru avec des valides aux Jeux
       olympiques, Blade Runner, légende de l‟athlétisme
       mondial (le mars 2013)
      champion handisport sud-africain (24 mars 2013)
      champion paralympique (le 22 avril 2014),
      star célèbre, champion olympique (le 18 février
       2013)
      star de l‟athlétisme mondial, icône nationale, Blade
       Runner, athlète hors du commun, icône
       représentative d‟une certaine identité sud-africaine,
       surhomme, héros national (le 7 mars 2014)
                Traits négatifs - articles                          Traits négatifs - commentaires

      demi-dieu qui se retrouve en enfer, héros                  retranché sur une grue (le 16 février 2013)
       populaire chuté, antihéros (le 16 février 2013)            homme ordinaire [...] peut-être drogué;
      suicidaire, jaloux, violent, amoureux d‟armes,              surpuissant, intouchable, gros problèmes
       homme brisé au bord du suicide (le mars 2013)               d‟ego (le 16 février 2014)
      passionné d‟armes à feu, parfois violent, enclin à         grand champion grâce à la science; pauvre
       perdre facilement son sang-froid, il descend aux            misérable (le 16 février 2014)
       Enfers (le 3 mars 2013)                                     monstre, danger public, menteur
      jeune homme très affecté par la mort de son amie (le        irresponsable qui se croît au-dessus des
       22 avril 2014)                                              lois vu son statut, malade (le 24 mars
      flippant, complètement parano (le 18 février 2013)          2014)
      homme instable, égocentrique, insensible ayant un          assassin, personnage petit, arrogant (le 12
       goût prononcé pour les armes à feu (7 mars 2014)            septembre 2014)

                                   Fig.2. Mots et expressions dans L’Express

       L‟intégrité et le caractère du sportif ont été également critiqués par les journalistes et le
public. Le fait que l‟athlète a éclaté en sanglots et vomi plusieurs fois pendants que la Cour
évoquait le meurtre, a créé des réactions polyvalentes parmi les médias et le public. Quelques-uns

                                                                                                           31
CULTURES DE LA COMMUNICATION, 2/2017

des journalistes l‟ont vu comme un « homme brisé au bord du suicide » (L’Express, 14 mars 2013)
ou un « jeune homme très affecté par la mort de son amie » (L’Express, 22 avril 2014), pendant
que d‟autres ont considéré que les réactions de l‟athlète n‟étaient que simulations. On peut
identifier donc une autre image projetée sur la personne d‟Oscar Pistorius: l‟acteur qui dissimule.
Un article publié dans L’Express le 22 avril 2014 cite une journaliste, Jani Allan, qui a
publiquement accusé Pistorius d‟avoir pris des cours de théâtre en vue de se préparer pour le
procès. Même si Pistorius a démenti cette accusation, les commentaires qu‟on a trouvés sur
Facebook et sur les sites des hebdomadaires démontrent qu‟une grande partie du public était de la
même opinion que la journaliste. Sur la page Facebook Is Oscar Pistorius Guilty or not Guilty, il y
a des commentaires qui caractérisent Pistorius comme « menteur » (11 juillet 2014), « menteur
pathétique », « coupable sans doute » (9 avril 2014) et « hypocrite » (10 avril 2014). On a trouvé
un commentaire similaire à un des articles inclus dans le corpus: « menteur irresponsable qui se
croît au-dessus des lois vu son statut » (L’Express, 24 mars 2014). En outre, le public voit en
Pistorius un homme très riche, arrogant, une personne qui a toujours eu tout ce qu‟il voulait et qui
pense se trouver au-dessus des lois de l‟Afrique du Sud. Dans leurs commentaires, les lecteurs des
articles du Nouvel Observateur parlent de l‟athlète comme d‟un « archétype de l‟enfant Roi » (18
février 2013) et d‟ « un enfant gâté » (13 septembre 2014). Toutes ces images négatives
contribuent à délégitimer Pistorius dans l‟espace virtuel, en envoyant dans l‟ombre l‟image
glorieuse qui avait été créée avant 2013. L‟hebdomadaire Time (12 septembre 2014) note aussi
l‟appartenance de Pistorius aux milieux blancs et riches de l‟Afrique du Sud. L’Express le
caractérise comme « égocentrique » (7 mars 2014), ce qui représente un point de vue très proche
de ceux fournis par le public.

                 Traits positifs - articles                         Traits positifs - commentaires

        athlète époustouflant, star des Jeux Olympiques           champion aux jambes de carbone, beau
         de Londres, qualités techniques hors norme,                gosse (le 15 février 2013)
         athlète singulier, athlète remarquable sur le plan        grand sportif et modèle pour des
         technique et humain (le 4 août 2012)                       handicapés graves, charmant et violent,
        premier champion paralympique double amputé à              charmeur et agressif, gamin et macho (le
         s‟aligner dans les épreuves pour les valides (le 18        13 septembre 2014)
         février 2013)
        célébrité du handisport mondial, star dans son pays,
         légende de l‟athlétisme mondial, exemple pour des
         millions de jeunes sportifs (le 15 février 2013)
        athlète d‟exception (le 15 février 2013)
        Blade Runner (le 14 février 2014)
                  Traits négatifs - articles                          Traits négatifs - commentaires

        icône tombée, inculpé (le 18 février 2013)                caractère instable (le 15 février 2013)
        héros en quête d‟adrénaline, parano armé et               sportif entraîné, ultra violent et ultra armé
         impulsif, mauvais perdant, adrénaline freak, de            (le 17 février 2013)
         mauvaise foi, surprotégé (le 15 février 2013)             archétype de l‟enfant Roi (le 18 février
                                                                    2013)
                                                                   enfant gâté, petit con, violent, névropathe
                                                                    (le 13 sep 2014)

                             Fig.3. Mots et expressions dans Le Nouvel Observateur

32
CULTURES OF COMMUNICATION, 2/2017

       Le rôle des médias dans la création d‟une identité surhumaine et qui plus tard se transforme
en un antihéros est bien marqué dans les articles de notre corpus. Fait très intéressant, seulement
deux jours après le crime, une journaliste de l’Express, Alcaide Magali, démontre une
autoréflexion critique concernant la déification très courante des personnalités par les médias et le
grand public (16 février 2013). La journaliste nomme cette manière d‟altérer la réalité, en créant
des héros qui ensuite tombent de leur piédestal, «un regard „manichéen“ »:

       Nous sommes dans un monde qui trop souvent voit les choses de façon manichéenne, manquant de
       subtilité, de finesse, car la réalité est toute autre. Les personnages que nous adulons et ceux que nous
       détestons – sauf dans quelques cas extrêmes comme Mère Teresa et Adolf Hitler – ne sont pas là dans
       le « bien » ou dans le « mal », ils sont tout simplement humains. Cela comporte tout ce qu‟il y a
       d‟exceptionnel comme de minable (Magali, l’Express, 16 février 20113).

        Cet article a génère beaucoup de commentaires de la part du public, qui a eu des réactions
diverses. Ainsi, la page de l‟article s‟est transformée en un espace de débat en ligne entre la
journaliste et le public d‟une part, et entre les membres du public, de l‟autre part. La plupart des
lecteurs partageaient le point de vue de la journaliste, mais il y avait aussi une personne qui ne
croyait pas que le public forgeait des héros. L‟article ainsi que les commentaires du public
mettent en discussion un problème d‟éthique journalistique, qui témoigne de la nécessite de
limites qui empêchent ces dérapages de la réalité.
        L‟article « Oscar Pistorius coupable d‟homicide involontaire: une histoire simple, un
verdict cohérent », par Philippe-Joseph Salazar, publié le 13 septembre 2014, a aussi déclenché
une vive réaction de la part du public. Suite à la réaction des lecteurs qui n‟étaient pas d‟accord
avec le verdict, le journaliste a dû justifier son article et s‟expliquer plusieurs fois. Une fois de
plus, l‟échange rapide d‟opinions et le débat ont eu lieu dans l‟espace virtuel, qui s‟avère très
propice pour la communication entre les journalistes et le public. Les pages et les groupes
Facebook qu‟on a inclus dans le corpus représentent aussi un espace virtuel de débat, où les
intentions des utilisateurs sont très variées. Sur la page Support for Oscar Pistorius, page qui
soutient l‟athlète et réunit les personnes qui croient en son innocence, l‟intention des utilisateurs
est de transmettre des messages d‟encouragement pour Pistorius, soit écrits, soit en images.
Dans ce cas, la communication est unidirectionnelle, car toutes les commentaires malicieux
écrits par les personnes qui croient que Pistorius est coupable sont bloqués tout de suite.
        Les autre pages, Oscar Pistorius Shooting Coverage, Is Oscar Pistorius Guilty or not
Guilty, et Oscar Pistorius case Ŕ Discussion and Current News sont dédiées au débat sur la
culpabilité ou l‟innocence d‟Oscar Pistorius. Les gens postent des articles ou ils laissent des
commentaires favorables ou non. Les qualificatifs négatifs abondent et ressemblent à ceux sur
les articles susmentionnés. Sur la page Is Oscar Pistorius Guilty or not Guilty on trouve par
exemple des expressions comme « menteur pathétique », « coupable sans doute » (9 avril), «
très jaloux », « hypocrite » (10 avril), « lâche », « coupable » (16 août 2014); « tueur froid et
cruel » (1er septembre 2014), « personnalité narcissique » (17 octobre 2014).

                                                                                                           33
CULTURES DE LA COMMUNICATION, 2/2017

                                             Conclusions

        Par conséquent, on peut établir quatre étapes dans l‟élaboration des narrations dans les
médias: 1. La production de la narration journalistique en utilisant différents régimes de
vérité (par exemple en utilisant les règles spécifiques au journalisme de fait divers) ; 2. La
réception de la narration par les publics ; 3. L‟évaluation de la narration / l‟interprétation du
récit journalistique ; 4. Les commentaires des lecteurs / téléspectateurs dans les médias en
ligne / les interventions dans les réseaux sociaux.
        Pour établir un rapport bien équilibré entre les articles de presse et les informations
fournies par diverses sources des médias, une vigilance réaliste doit être maintenue, selon
certains auteurs :

      Face au storytelling hégémonique (qui fonctionne comme une machine à fabriquer des histoires en
      série), le journalisme narratif peut constituer une alternative pertinente, à une seule condition : celle
      que ses praticiens et ses farouches partisans manifestent en toutes circonstances un souci de vigilance
      réaliste. (Pélissier et Eyriès, 2014: paragraphe 25)

        Les appréciations sur les réseaux sociaux contribuent à la diffusion / multiplication des
messages populaires parmi les lecteurs d‟une narration journalistique. La construction sociale
de la réalité par les médias est caractérisée dans le dernier temps par la vitesse avec laquelle
elle se produit, qu‟il s‟agisse de la glorification des personnalités dans l‟espace public ou de
leur destruction, et le cas d‟Oscar Pistorius ne fait pas exception.
        Le modèle descriptif présenté donne l‟impression que l‟approche postmoderne semble
justifiée. Selon ce paradigme, l‟évaluation sociale ne se fait uniquement par l‟élite – ce n‟est
plus d‟actualité de donner de la priorité aux certaines instances sociales qui proclament les
vérités puissantes. Maintenant, il y a beaucoup de vérités, une polyphonie d‟attitudes
construites de moins en moins par les médias traditionnels et de plus en plus par les nouveaux
médias. Cette variété d‟opinions, développée surtout après l‟apparition des nouveaux médias
et des médias sociaux, répond dans une plus grande mesure aux besoins et aux attentes du
public que les opinions formulées par les médias traditionnels. Dans notre recherche sur le cas
Pistorius on a vu comment, dans certains cas, les journalistes sont même critiqués à cause de
leurs opinions par le public actif, qui conteste leur point de vue en demandant des
justifications. Le point de vue conformément auquel les médias sociaux continueront à
dominer les médias traditionnels d‟autant plus que les médias traditionnels satisferont avec
toujours plus de difficulté les besoins et les attentes du public (Eang Teng, Mui Joo, 2014:
148) est réaliste, mais il convient d‟ajouter que cela ne devrait pas arriver en toutes
circonstances. Les médias traditionnels ne doivent pas, à la suite des efforts pour s‟adapter à
la concurrence des médias sociaux, abandonner les principes de la responsabilité
journalistique bien que l‟adaptation aux besoins de l‟audience favorise un sentiment
d‟appartenance du public à une ensemble plus vaste, comme le dit Herbert J. Gans (1992:
203) dans l‟étude sur la nouvelle de type multi perspective. La vérification de l‟information,
la consultation de sources crédibles, la demande des avis de la part d‟experts peuvent, entre
autres principes consacrés dans le journalisme, contrebalancer les erreurs qui découlent de la
volonté de plaire à des publics particulièrement actifs. Par conséquent, bien que le contact

34
CULTURES OF COMMUNICATION, 2/2017

avec tous les publics doive être fort, la construction sociale de la réalité ne doit pas supprimer
le processus de description rationnelle journalistique et d‟explication cohérente des faits au
point de ne plus distinguer médias et littérature. En conclusion, on peut dire que le modèle
hyperpersonnel qui modifie (conformément à J.B. Walther, cité par Ellison, Hancock,
Thomas, 2012: 47) la source, le récepteur, le canal et la dynamique de rétroaction peut avoir
un rôle bénéfique dans la construction sociale de la réalité basée sur de diverses perspectives,
à condition qu‟à un moment donné les professionnels du journalisme précisent les contextes et
les limites dans lesquels ces divers points de vue se produisent.

                                          Références

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