Nous voulons des vêtements de sport clean - Brochure de Campagne - VêtementsClean
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Éditeur responsable :
Andre Kiekens
Asbl Solidarité Mondiale
Chaussée de Haecht, 579
1030 Bruxelles
Solidarite.mondiale@solmond.be – www.solmond.be
Rédaction : Annelies De Gendt, Wouke Oprel, Jessie Van Couwenberghe, Jaklien Broekx, Sara Ceustermans, Jennifer Van
Driessche et Ate Hoekstra
Rédaction finale : Patrick Van Looveren
Photos : Charles Fox/Solidarité Mondiale
Une publication de Solidarité Mondiale, en collaboration avec l’ACV-CSC, achACT et la Schone
Kleren Campagne en Flandre,
© février 2017
www.vetementsclean.be
www.achact.be
www.solmond.be
Une campagne pour des vêtements de sport propres à l’initiative de la CSC, la CSC Sporta,
l’ACV-CSC METEA, la CNE, la CSC Alimentation et Services, la CSC Services publics, énéoSport, Altéo, en collaboration
avec achACT. Animée par Solidarité Mondiale.
Solidarité Mondiale, la CSC, la CNE et l’ACV-CSC METEA mènent depuis 20 ans des actions pour améliorer les conditions
de travail dans l’industrie de l’habillement. Ces organisations travaillent en partenariat étroit avec des syndicats dans les
pays de production comme le Cambodge, l’Indonésie et le Bangladesh.
La ‘Schone Kleren Campagne’ (SKC) et achACT font partie de la coalition internationale ‘Clean Clothes Campaign’ et
ont des réseaux pluralistes de syndicats, d’organisations non-gouvernementales de coopération au développement et
d’organisations de consommateurs. Les deux plate-formes mènent des actions pour améliorer les conditions de travail
dans l’industrie globale de l’habillement depuis le milieu des années 90. La SKC flamande et le réseau francophone
achACT s’adressent aux consommateurs, aux travailleurs, aux entreprises et aux gouvernements pour faire augmenter
l’offre et la demande de vêtements produits dans des conditions dignes et dans le respect des droits fondamentaux des
travailleurs.
Solidarité Mondiale (WSM), la CSC, l’ACV-CSC METEA et la CNE sont membres de la plate-forme achACT.TABLE DES MATIÈRES PRÉFACE 4 1. L’industrie de l’habillement, une filière complexe 6 2. Le secteur des vêtements de sport sous les projecteurs 7 2.1. Les marques internationales donnent le ton 7 2.2. Le marché belge 8 2.3. Belge = éthique ? 8 3. Les plus grands défis de l’industrie de l’habillement de sport 11 3.1 Le salaire vital 11 3.2 La liberté d’association et le droit aux négociations collectives 14 3.3 Les contrats à court terme 16 4. Que peuvent faire les marques belges ? 19 4.1. La responsabilité des marques 19 4.2. Une feuille de route vers de meilleures conditions de travail 19 5. Et vous, que pouvez-vous faire ? 24 5.1. La campagne #vêtementsclean 24 5.2. En action ! 24 5.3. Faites valoir votre influence 25 5.4. Où acheter « clean » ? 25 5.5. Soutenir financièrement les travailleuses du textile 25
PRéFACE
Vous portez un maillot de sport Adidas, Nike, Puma, ou une exactement, et dans quelles conditions? Consommateurs et
autre marque de sport mondialement connue ? Alors, il y a citoyens, nous n’ avons pas accès à ces informations impor-
de fortes chances qu’ il ait été fabriqué de l’ autre côté de la tantes. Les premiers entretiens ont déjà commencé avec cer-
planète au Cambodge, au Bangladesh, en Chine ou en Indo- taines marques dans une dynamique de dialogue constructif
nésie. Par des jeunes gens (dont une majorité de femmes) qui mais néanmoins déterminé. Nous avons 3 revendications
travaillent de longues journées pour un salaire de misère et principales pour celles-ci : qu’ elles veillent à un salaire vital et
dans des conditions de travail dangereuses. Le travail en usine la liberté d’ association pour les travailleurs de leurs filières de
est lourd et difficile. La pression au travail est forte, avec des production, mais aussi à la transparence sur le(s) lieu(x) et les
contrats intérim qui provoquent un stress constant, et de bas conditions dans lesquelles sont produits nos vêtements de
salaires qui poussent à prester de nombreuses heures supplé- sport. Les marques de sport qui veulent vraiment s’ engager
mentaires. Et ceux qui courageusement décident de réclamer sur la voie des ‘vêtements clean’ choisiront de s’ affilier à la
de meilleures conditions via un syndicat sont régulièrement Fair Wear Foundation (FWF).
victimes de violences et de discriminations…
Avec le champion cycliste
Ces abus sont la conséquence directe de la pression que
Philippe Gilbert
mettent les marques sur leurs producteurs pour qu’ ils pro-
duisent à des prix toujours plus bas et dans des délais toujours Nous avons besoin de beaucoup de signatures à notre péti-
plus serrés. tion. Pour prouver aux marques que les belges mordus de
sport veulent des vêtements de sport clean. Le champion
Les principales marques de sport que sont Adidas, Nike et
belge de cyclisme Philippe Gilbert s’ est déjà engagé! Il est
Puma consacrent des montants gigantesques à la publicité et
le premier à avoir apposé sa signature sur un maillot cycliste
au sponsoring de clubs de sport ou de sportifs du top. Et de
‘clean’ que nous avons dû acheter… en Allemagne !
l’autre côté de la filière, ceux qui fabriquent nos vêtements ne
reçoivent que des miettes. Leurs salaires ne constituent que C’ est devenu notre visuel de campagne (voir ci-après). Avec
1% du prix de vente d’ un t-shirt de sport (voir p.7). Et ce pour- un nombre massif de signatures, nous espérons mettre au défi
centage ne cesse d’être grignoté… les marques belges de réaliser une prestation de champion
en matière de responsabilité sociale des entreprises, afin que
Il est grand temps que les travailleurs au Cambodge ou en
dans le futur, Philippe Gilbert, ses collègues champions de
Indonésie puissent eux aussi marquer des points ! C’ est le
cyclisme, mais aussi tous les amateurs de sport en général
départ de notre campagne sur les vêtements de sport qui
puissent courir dans un maillot ‘clean’. Sous le slogan : « belge
démarre en 2017.
= éthique ! ».
Campagne #vêtementsclean
Contenu de cette brochure
En 2014, les marques de mode belges ont été mises sous
pression pour réaliser des progrès en vue de meilleures Cette publication fait le focus sur le secteur des vêtements
conditions de travail dans leur filière. Et avec succès : suite à la de sport, au niveau international et au niveau belge, et sur les
campagne, JBC et Bel&Bo se sont affiliées à la Fair Wear Foun- problèmes principaux que l’ on rencontre dans les filières de
dation. Les usines en Asie où ces entreprises font fabriquer production. Les témoignages de travailleuses et de travail-
leurs vêtements sont désormais contrôlées par cet organisme leurs de l’ habillement, mais aussi d’ un responsable syndical,
indépendant. viennent compléter ces descriptions. Le journaliste Ate
Hoekstra est allé au Cambodge à la rencontre de ces per-
Cette fois-ci, nous nous tournons vers l’ industrie des vête-
sonnes qui fabriquent nos tenues de sport à des milliers de
ments de sport. Nous attendons toujours de nos sportifs
kilomètres de chez nous. Ces témoignages sont illustrés par
qu’ ils soient clean en pratiquant leur sport… Pourquoi ne pas
les magnifiques portraits réalisés par Charles Fox, un photo-
attendre la même chose de nos vêtements de sport et des
graphe renommé. La brochure indique également un plan
marques qui les produisent?
en 8 étapes que nous invitons les marques belges à suivre
Avec la campagne #vêtementsclean, nous commencerons le pour de meilleures conditions de travail, et le rôle que la Fair
travail près de chez nous. Nous entrerons en dialogue avec les Wear Foundation a à jouer dans ce cadre. La dernière partie
marques belges comme Jartazi, Bioracer, Patrick ou Vermarc, détaille comment chacun et chacune peut s’ approprier cette
surtout connus comme fournisseurs de clubs de sport. Eux campagne et mener des actions concrètes. Nous lançons un
4 aussi font fabriquer leurs productions à l’ étranger. Mais où appel chaleureux à chacun-e d’ entre vous !1. L’industrie de l’habillement,
une filiEre complexe
L’industrie de l’habillement est un exemple type les vêtements, mais sous-traitent les aspects moins lu-
de la globalisation. Nos vêtements sont des pro- cratifs à un agent ou à un fournisseur, qui à son tour sous-
duits globaux : fabriqués d’un côté de la planète et traite la production à des sous-traitants ou des usines. Il
vendus de l’autre. Les marques de vêtements telles est très rare que les marques occidentales de vêtements
que H&M, Nike, Zara, … ont aussi bien des fournis- possèdent encore elles-mêmes les usines dans lesquelles
seurs que des magasins partout dans le monde. elles font produire leurs vêtements.
L’ industrie du textile et de l’ habillement a connu des Alors qu’ en haut de la chaîne, les parts de marché se
mouvements tout au long de son histoire, mais la vitesse concentrent de plus en plus entre les mains d’ une poi-
à laquelle la production des vêtements s’ est déplacée de gnée de grandes marques, le bas de la chaîne a connu une
l’ Occident vers l’ Asie au cours de la deuxième moitié du énorme prolifération du nombre de pays et de fournis-
20e siècle est sans précédent. Les facteurs principaux qui seurs qui peuvent fournir à ces entreprises. Cette inégalité
ont joué un rôle dans ce phénomène sont les bas salaires, offre aux marques de vêtements un énorme pouvoir
la disponibilité de travailleurs flexibles, les mesures d’ en- d’ achat qu’ elles utilisent pour exiger des prix et des dé-
couragement pour les entreprises étrangères, les nou- lais de livraison toujours plus bas. Les plates-formes In-
velles technologies de communication et les frais de ternet où les fournisseurs surenchérissent pour rempor-
transport peu élevés. ter une commande au prix le plus bas intensifient encore
ce ‘nivellement par le bas’1. La délocalisation de la produc-
Ces facteurs ont permis aux marques de vêtements de se tion vers les pays à bas salaires n’ apporte pas le progrès,
transformer en entreprises internationales. Elles créent contrairement à ce que l’ on croit souvent.
La chaîne complexe des vêtements en images – exemple de la marque Patagonia
HAÏTI
Tisserands Usines de fabrication Production de coton
62. LE secteur des VÊTEMENTS
DE SPORT sous les projecteurs
Le secteur des vêtements de sport représente environ keting et sponsoring sont compensés par des économies
7 % du secteur total de l’habillement en Europe et le ailleurs dans les dépenses, ce qui a des conséquences di-
secteur des chaussures de sport, y compris les baskets, rectes sur les travailleurs de l’habillement qui produisent
en représente environ 20 %. Le secteur des vêtements les vêtements. Les marques de sport tentent d’organiser
de sport connaît une croissance deux fois et demie leur production au meilleur marché possible. Pour chaque
plus rapide que le secteur de l’habillement général. modèle de chaussures, elles déterminent d’abord le prix
Une grande partie des vêtements de sport du marché de vente et la marge de bénéfices souhaités et seulement
européen sont produits en Asie, dans des pays tels que ensuite les frais de production maximaux par pièce. Sur
la Chine, le Vietnam, le Cambodge et l’Indonésie. Aussi base de ces éléments, elles déterminent avec les fournis-
bien les grands distributeurs, tels qu’Intersport, De- seurs quels matériaux elles vont utiliser, combien de mi-
cathlon et Foot Locker, que les trois grandes marques nutes sont nécessaires pour monter une pièce, et combien
Nike, Puma et Adidas, sous-traitent leur production à seront payés les ouvriers. Dans cette approche, ce sont les
des usines en Asie depuis des années. travailleurs de l’habillement qui sont le dindon de la farce.
Un exemple concret : le T-shirt des supporters de l’équipe
nationale de football allemande coûte 85 euros, alors que
2.1 l’ouvrière qui l’a fabriqué reçoit 0,60 euros. La marge de
LES marques internationales bénéfices pour Adidas s’élève à 24,30 euros2.
donnent le ton
Nike, Adidas et Puma dominent le secteur des vêtements de
sport. La concurrence entre les ‘Big Three’ est très intense et Prix de
ve
résulte en des dépenses de marketing et de sponsoring fara- en ma nte
gasin
€ 85,0
mineuses. En 2015, elles ont ainsi ensemble dépensé plus
0
de 6 milliards d’euros en marketing et activités de sponso-
ring. Les activités de sponsoring dans le football européen
atteignent aujourd’hui des sommes astronomiques: les
deals avec les 10 principales équipes de football ont
quasi doublé en trois ans, jusqu’à 406,9 millions
d’euros. Pour stimuler les ventes de leurs vête- Marque de sport -bénéfices € 24,30
ments de sport, les marques utilisent la publicité
lors d’événements sportifs majeurs tels que les
compétitions de football et les Jeux Olympiques.
Les marques de sport veulent évidemment rester
rentables et rémunérer royalement leurs actionnaires. Le Distributeur/détaillant € 35,40
chef de file, Nike, a fait, en 2015, 2,9 milliards de bénéfices,
contre 610 millions d’euros pour Adidas et 40 millions
d’euros pour Puma. Les énormes investissements en mar-
Frais matériaux € 2,50
Frais salariaux € 0,60
Autres frais de production
TVA € 14,20
+ marge de bénéfice pour l’usine € 1,90
Frais de transport € 0,20
ITaxes d’importation € 0,60
Marque de sport – autres frais € 2,80
Marque de sport – frais de marketing et de sponsoring € 2,00
Marque de sport -taxes € 0,50 72.2
Le marché belge Politique RSE
De plus en plus de marques et de chaînes de vêtements
Beaucoup de tenues sportives que l’ on peut acheter en Bel- développent des initiatives en matière de Responsabi-
gique sont vendues chez nous par de grandes chaines de lité Sociale des Entreprises (RSE). La RSE est une forme
distribution de sport étrangères. En Belgique, on trouve 5 d’autorégulation, sur base volontaire, sans engagements
grandes marques sur ce marché : Decathlon, Sports Direct, légalement contraignants. Il y a donc autant de bons
Intersport, JD et Foot Locker. A côté des marques Adidas, que de mauvais exemples de RSE. Dans le meilleur des
Nike et Puma, les distributeurs vendent aussi leurs propres cas, la RSE est un processus à travers lequel une entre-
marques. La production de celles-ci est également organi- prise prend ses responsabilités par rapport aux effets de
sée, comme pour les grandes marques, dans des pays à bas ses activités dans le domaine social, écologique et éco-
salaires comme la Chine, le Vietnam, le Cambodge, la Thai- nomique, dans l’ensemble de sa chaîne de production.
lande, le Bangladesh et l’ Inde. Des dizaines de milliers de Dans le pire des cas, il s’agit simplement d’initiatives en
personnes en tirent leur travail. Leurs chiffres d’ affaires se vue de redorer le blason d’une entreprise, sans effets
comptent en milliards. positifs sur les conditions de travail.
Ces chaines de distributions de sport mettent l’ accent dans
leurs publicités sur une image jeune, active, en bonne santé, 2.3
tout en gardant le silence sur les travailleurs de la produc- Belge = éthique?
tion. Un article de Test-Achats (note 3) montre que toutes
ces chaines souffrent des mêmes maux : elles n’ accordent Aucune entreprise de vêtements de sport belge ne commu-
que peu d’ attention aux conditions de travail dans leur nique à propos de sa filière de production ni de sa politique
chaine de production, ainsi qu’ aux impacts environnemen- de RSE (voir encadré). L’ argument le plus souvent entendu à
taux de celle-ci. Aucun retailer n’ obtient un bon score de la cet égard: « ce n’ est pas d’ usage dans le secteur et il n’ y a pas
part de Test-Achats en matière sociale ou environnemen- de demande de la part des consommateurs.»
tale, en contraste douloureux avec l’ image que ces marques
souhaitent renvoyer. Lorsque l’on regarde les marques de sport belges qui pro-
duisent des tenues d’équipes personnalisées, on remarque
Comparé aux ‘Big Three’, il n’ existe pas vraiment de grandes qu’aucune marque ne communique à propos des pays dans
marques de sport belges. Les marques belges qui pro- lesquels elles produisent leurs vêtements, ni des conditions
duisent des vêtements de sport font surtout des tenues de travail dans lesquelles ils sont produits ou ce qu’elles font
personnalisées destinées aux équipes pour les clubs et sont pour tenter d’améliorer celles-ci. De par nos contacts, nous
donc surtout connues des sportifs, et en moindre mesure savons que certaines entreprises s’inquiètent de l’aspect
du grand public. Les marques belges les plus ‘importantes’ ‘humain et environnemental’ de leur gestion commerciale,
qui vendent des vêtements de sport pour le football et le mais cela ne se retrouve ni sur leur site Internet, ni dans leurs
cyclisme, sont Bioracer, Vermarc, Jartazi, Patrick et G-Skin. rapports annuels. Elles n’ont pas non plus de rapports indé-
Un critère important dans le secteur des tenues d’ équipe pendants à présenter concernant les démarches concrètes
personnalisées est - outre le prix - un délai de livraison qu’elles entreprennent. La présente campagne veut entamer
rapide. La concurrence entre les marques est énorme, ce un dialogue constructif avec les entreprises belges pour faire
qui a évidemment des conséquences importantes pour les des ‘Vêtements Clean’ une réalité. Voilà pourquoi nous pro-
fournisseurs. posons la feuille de route en 8 étapes et un instrument tel que
la Fair Wear Foundation pour les aider à réaliser cet objectif.
Nous lançons le défi au marques de sport d’ accomplir une
prestation de haut niveau en matière d’ entrepreneuriat
éthique afin que nous puissions à l’ avenir avancer un slogan
8 tel que ‘Belge = éthique!’, car cela bénéficiera à tout le monde.Bioracer est un acteur important dans la région pour les
maillots d’ équipes pour les cyclistes. Cette marque a été
établie à Tessenderlo en 1985 par le coach de cyclisme Ray-
mond Vanstraelen. Chaque année, ils produisent des vête-
ments pour 3500 clubs. Bioracer a des contrats de sponso-
ring exclusifs avec plusieurs équipes nationales, y compris
l’ équipe nationale belge de cyclisme. Ils ont également des
contrats de sponsoring avec la ligue de cyclisme flamande
‘Wielrennerbond Vlaanderen’ et la chaîne de télévision
Sporza. Outre les vêtements de cyclisme, ils produisent
également des vêtements de patinage sous la marque
Hunter. 60 % de leur production se fait en Roumanie, dont
la moitié en gestion propre. Les autres pays de production
sont la Tchéquie (25%), la Tunisie (10%) et la Belgique (5%).
Leur chiffre d’ affaires annuel s’ élève à 17 millions d’ euros.
Le site Internet de Bioracer ne comporte aucune informa-
tion sur la chaîne de production ni sur leur politique de RSE4.
La marque Vermarc, de Wezemaal, a été fondée en 1977 Jartazi, établi à Denderhoutem, s’ est lancé en 1992 en pro-
par Frans Verbeeck, un ancien cycliste professionnel. Ver- duisant des vêtements de football. Depuis la reprise par
marc produit des vêtements d’ équipe pour les cyclistes, le Groupe Vijverman en 2010, ils produisent également
mais a également étendu sa gamme aux vêtements de du ‘fait sur mesure’ pour quasiment toutes les disciplines
sport pour joueurs de football, athlètes et coureurs. 95% de sportives. Jartazi a des contrats sportifs avec La Gantoise,
la production se fait en Italie, depuis 25 ans, dans une seule Lokeren et le Club de basketball Ostende. La production
usine où Vermarc achète environ la moitié du volume de se fait au Bangladesh, en Chine et en Turquie où leurs four-
production. L’ usine dispose d’ un syndicat et d’ une conven- nisseurs sont audités par la BSCI8. Leur chiffre d’ affaires
tion collective de travail5. Nike y est également client. Pour annuel s’ élève à 5 millions d’ euros. Aucune information
les produits très basiques, la production va déménager n’ est disponible sur le site Internet de Jartazi concernant sa
en Bosnie-Herzégovine. Les 5% restants sont produits en chaîne production ni sa politique de RSE9.
Belgique. Leur chiffre d’ affaires annuel s’ élève à 10 mil-
lion d’ euros. Vermarc est le sponsor vêtements du club de
football OH Leuven et des clubs de cyclisme Lotto-Soudal
et Etixx-Quick Step. Leur site Internet ne mentionne nulle
part les détails de la chaîne de production ou la politique
de RSE de Vermarc, mais indique simplement que les vête-
ments sont à 100% ‘Fabriqués en Europe’ 6.
La marque Patrick, créée en 1992, est une marque de la
société anonyme Cortina qui est surtout connue pour ses
chaussures de sport mais également pour ses vêtements
d’ équipes pour les clubs de football. Cette marque originaire
d’ Audenarde est le sponsor vêtements de Zulte-Waregem,
KSV Audenarde, Boussu Dour Borinage et Mouscron-Pé-
G-Skin est un plus petit joueur également actif sur le mar- ruwelz, pour n’ en nommer que quelques-uns. La société
ché des vêtements de cyclisme. Leur siège social se situe anonyme Cortina utilise le système de management de la
à Windhof, au Luxembourg. Ils collaborent depuis des an- BSCI (voir la note 8). La production se fait majoritairement
nées avec un producteur en Pologne. Leur chiffre d’ affaires en Chine où Cortina dispose de sa propre équipe. Ni le site
annuel s’ élève à 1,3 millions d’ euros. G-Skin ne commu- de Patrick, ni le site de Cortina ne mentionnent la filière de
nique d’ aucune manière sur sa chaîne de production ni sur production. Patrick dépense plus de 200.000 euros par an
sa politique de RSE7. à des projets sociaux, mais il n’y a aucune information sup-
plémentaire sur sa politique de RSE.10 9l a t r e ...
À co n
ren
de ceux qui fabriquent
nos vêtements de sport au
Cambodge
Nike, Adidas, Reebok et Puma sont certaines des 589 usines répertoriées Ministère du Commerce extérieur,
des grandes marques de vêtements officiellement, être membre d’un dont 40 % en exportations vers
de sport dont nombre d’entre nous syndicat mène même au licenciement l’Union Européenne. 33 % du textile
possèdent quelques exemplaires à la immédiat. Avec un salaire minimum sont exportés aux États-Unis. Il n’y
maison. Beaucoup de ces vêtements de 140 dollars américains (125 euros) a pas de chiffres exacts concernant
sportifs et branchés sont produits par mois, bien inférieur au niveau l’industrie des vêtements de sport,
au Cambodge. Ce pays emploie de vie, les ouvriers sont forcés de mais les marques telles qu’Adidas
environ 630.000 travailleurs de faire des heures supplémentaires. et Puma sont parmi les plus grands
l’habillement, un chiffre énorme Des semaines de 50 à 60 heures acheteurs au Cambodge. Le groupe
sur une population de 15 millions de travail sont monnaie courante, Adidas, dont fait également partie
d’habitants. mais même avec toutes ces heures Reebok, collabore ainsi avec 26 usines
supplémentaires, les travailleurs de cambodgiennes.
Pour de nombreux Cambodgiens, l’habillement ont souvent du mal
la production de vêtements et de à joindre les deux bouts tous les Les 600.000 ouvriers ne voient
chaussures représente une tentative mois. Les salaires sont si bas qu’il pas vraiment la couleur de la
d’échapper à la pauvreté chronique. faut faire des compromis, comme croissance impressionnante qu’a
Ils ont besoin de ces revenus pour par exemple acheter des repas bon connue l’industrie de l’habillement
garder un toit au-dessus de leur tête marché mais mauvais pour la santé. au Cambodge depuis le début des
et pour prendre soin de leur famille. Des négociations sont néanmoins années 90. Ils sont nombreux à vivre
Pour de nombreux ouvriers, leur en cours pour un nouveau salaire dans des conditions de pauvreté
salaire doit également leur permettre minimum et les syndicats espèrent abjecte et de grande incertitude.
d’entretenir leurs parents et leurs obtenir à partir de 2017, 180 dollars Et pourtant ils rêvent d’un avenir
frères et sœurs qui vivent souvent (160 euros) par mois. meilleur et plus juste, avec un revenu
dans des conditions misérables à la plus élevé, des usines plus propres
campagne. L’industrie de l’habillement est d’une et plus sûres et des syndicats libres
grande importance pour l’économie qui permettent à chaque ouvrier et
Mais le travail dans les usines est cambodgienne. Avec le tourisme, ouvrière de revendiquer ses droits.
pénible, les contrats de courte durée l’exportation de vêtements et de
causent du stress en permanence chaussures est le moteur le plus Le journaliste néerlandais Ate
et les courageux travailleurs qui important d’une économie en Hoekstra leur a rendu visite, à la
revendiquent leurs droits par le biais forte croissance. En 2015, la valeur demande de Solidarité Mondiale.
de syndicats sont souvent victimes de d’exportation s’élevait à 5,7 milliards Qui sont donc ces gens qui
discrimination et de menaces. Dans de dollars américains, selon le fabriquent nos vêtements de
sport à des milliers de kilomètres
de chez nous ? Charles Fox, un
photographe britannique de
grande renommée, accompagne
leurs histoires de portraits qui ne
laissent pas indifférent.
103. Les plus grands défis
de l’industrie de
l’habillement (de sport)
La concurrence globale entre les marques de vête- 3 .1
ments (de sport) mènent à la violation des droits Le salaire vital
fondamentaux du travail dans les pays de produc-
tion. Qu’ils produisent des vêtements sportifs ou Qu’est-ce que cela signifie ?
autres, les ouvriers indiquent tous trois problèmes Le salaire vital est un concept reconnu internationalement.
majeurs concernant leur travail et leurs conditions Il représente une rémunération pour une durée de travail
de vie : l’absence d’un salaire vital, l’absence de normale, qui couvre les besoins de base du travailleur et
liberté d’association et les contrats à court terme. de sa famille (logement, alimentation, vêtements, soins
Ces problèmes ne sont pas nouveaux, au contraire. de santé et enseignement) et permet également de faire
Cela fait des dizaines d’années qu’un large éventail quelques économies. Il est basé sur une semaine normale
d’organisations mènent des campagnes et des ac- de travail de maximum 48 heures sans bonus, primes ni ré-
tions pour mettre fin aux abus dans le secteur. Bien munération d’heures supplémentaires, il suffit à couvrir les
que des avancées importantes aient été réalisées besoins de base d’une famille de quatre personnes (deux
par le passé, en particulier par les grandes marques adultes, deux enfants)12. Le montant du salaire vital varie
de sport, nous sommes encore loin du but. par secteur, par pays et par région.
Les différentes facettes d’un salaire vital
SALAIRE VITAL
Voici le minimum
qu’un travailleur
devrait pouvoir
se permettre avec
son salaire
Nourriture Loyer Soins de santé Education
Un droit humain
pour toutes
et tous partout
dans le monde.
Vêtements Transport Epargne
11Les rémunérations qui correspondent à un salaire vital
sont l’exception qui confirme la règle dans l’industrie de
l’habillement. La plupart des salaires dans l’industrie dé-
passe à peine le salaire minimum légal et celui-ci se situe bien
au-deçà d’un salaire vital. De nombreux gouvernements
dans les pays producteurs maintiennent le salaire mini-
mum légal à un niveau délibérément bas, de peur de voir
partir les marques de vêtements internationales. Et ces
peurs sont fondées car des études ont démontré que les trois
grandes marques de sport, Nike, Adidas et Puma se retirent
systématiquement des pays où les salaires augmentent. Elles
ont par exemple quitté la Chine pour le Vietnam lorsque les
salaires chinois ont commencé à augmenter.13
L’absence de salaires vitaux dans l’industrie de l’habillement
est un problème global : ainsi, les travailleurs de l’habillement
en Europe de l’Est ne gagnent eux non plus souvent même
pas le salaire minimum légal.14
Les bas salaires mènent au travail supplémentaire. Les tra-
vailleurs de l’habillement se voient obligés de faire de nom- Ouk Channeng:
‘Rêver d’une
breuses heures supplémentaires afin de pouvoir faire vivre
leur famille.15 Des semaines de travail de 70 heures ou plus ne
belle maison
constituent pas une exception.
En outre, les bas salaires engendrent d’autres problèmes liés
à la pauvreté. Les travailleurs de l’habillement souffrent ainsi
de carences en calories, d’un accès limité à des soins de santé
pour Ma
adéquats, de l’absence de sécurité sociale, de logements in-
salubres, d’un accès limité à l’éducation et de l’exclusion de la famille’
vie culturelle et politique.
Une solution ? Ouk Channeng (21 ans) vit dans la
Aucune partie prenante de l’industrie de l’habillement capitale de Phnom Penh et travaille
ne veut hélas faire le premier pas vers un salaire vital. Les dans l’usine New Mingda qui produit
marques considèrent qu’il est de la responsabilité des gou- notamment pour Puma et Adidas.
vernements et des fournisseurs d’augmenter les salaires.
Les gouvernements ont peur de perdre leur avantage Ouk Channeng gagne 230 dollars
concurrentiel par rapport aux autres pays producteurs. Les (178 euro) par mois, dont 140 de
fournisseurs maintiennent qu’ils ne peuvent pas payer de salaire minimum et le reste grâce à
salaire minimum plus élevé car leurs marges bénéficiaires deux à quatre heures supplémen-
sont trop étroites. taires de travail chaque jour. Sur
ces 230 dollars, elle envoie chaque
On ne pourra sortir de cette impasse que si les marques mois 100 à 120 dollars à ses
s’engagent à payer un montant spécifique et à prendre des parents à la campagne. Ils ont bien
mesures en vue de faire augmenter les salaires petit à petit. besoin du revenu de leur fille pour
(une façon dont elles peuvent accomplir cela est expliquée survivre. Le restant de son salaire
dans la feuille de route du chapitre 4). passe en loyer et en nourriture. « Il
ne me reste jamais rien pour faire
des économies. »
Le peu qu’elle gagne et les lon-
gues journées de travail forcent
Channeng à acheter de la nourriture
de mauvaise qualité au marché près
de chez elle. « Je me fais du souci
par rapport à l’hygiène, car quand
12À la
ren
con
tre...
j’achète ma nourriture là-bas j’ai l’habillement. « Je crois que je vais
plus de chance de tomber malade. travailler à l’usine jusque quand je
Et si je tombe malade, je ne peux serai vieille et que je n’en pourrai
plus entretenir ma famille avec plus. Mais j’espère que les salaires
mon travail. » vont bientôt augmenter. Ce serait
fantastique que les consommateurs
Quand on tombe malade, cela mettent la pression sur les marques
cause de toute façon plusieurs pro- pour augmenter nos salaires, parce
blèmes. Il n’y a souvent pas d’argent qu’ainsi, je pourrais mieux soutenir
pour acheter des médicaments, ma famille. Et qui sait, si je gagne
et quand on est malade on gagne assez d’argent, je pourrai un jour leur
moins. « Si je tombe malade, je construire une belle maison.”
devrai emprunter de l’argent, mais
ici les taux d’intérêt s’élèvent à 20 La jeune femme n’a pas encore
%. Si j’emprunte 10 dollars, je devrai fondé de famille, mais si elle se
en rembourser 12, ou même plus si marie un jour, elle espère juste une
je prends du retard. » chose : “que mes enfants puissent
aller à l’école et qu’ils ne doivent pas
Channeng raconte qu’elle n’a travailler à l’usine.”
presque aucun choix dans sa vie.
Elle ne voit sa famille que deux “Ce serait fantastique que les
fois par an, mais les aider passe consommateurs mettent la pression
avant tout. Et comme elle n’a pas sur les marques pour augmenter
terminé l’école, elle ne voit pas nos salaires, parce qu’ainsi, je
d’alternative à sa vie d’ouvrière de pourrais mieux soutenir ma famille.”
133.2 Marques de vêtements & syndicats
La liberté d’association et
le droit aux négociations Outre les gouvernements, les marques de vêtements ont
collectives une influence sur le fonctionnement syndical au sein des
usines où leurs vêtements sont produits.
Le droit d’association et le droit aux négociations collectives Le respect de la liberté d’association est souvent inscrit
est l’un des droits inscrits dans la Déclaration Universelle dans le code de conduite des marques de vêtements, mais
des Droits de l’Homme (Art 23, 3). Ils offrent aux ouvriers cela n’est que de la poudre aux yeux quand les marques
un cadre leur permettant de se défendre et de négocier de vêtements (de sport) telles que Nike, Adidas et Puma,
leurs conditions de travail avec les dirigeants de l’usine. Ces choisissent consciemment d’installer leur production dans
droits sont pourtant bafoués, aussi bien par la loi que dans des régions où il n’y a pas ou très peu de liberté syndicale,
la pratique, dans de nombreux pays producteurs. Les gou- comme le démontrent les énormes commandes placées
vernements et les dirigeants d’usine sont souvent hostiles dans les zones franches commerciales de la Chine, du Viet-
au travail syndical indépendant. Les dirigeants d’entreprise nam et du Bangladesh.19
refusent parfois de reconnaître les syndicats ou de négocier Les marques de vêtements influencent les propriétaires
avec eux. Les membres et les leaders des syndicats sont d’usines par le biais de leurs pratiques d’achat. Il existe des
également souvent victimes de licenciement, de discrimi- exemples de marques de vêtements qui diminuent ou
nation, de harcèlement, d’intimidation ou de représailles. retirent leurs commandes des usines qui lancent un syn-
dicat. Les délais de livraison ont également une influence.
Quel rôle pour les gouverments? Les délais très stricts entraînent beaucoup de stress et de
travail supplémentaire. Lorsqu’un syndicat est présent, la
Tout d’abord, les gouvernements peuvent faire un pre- chance d’être confronté à une grève augmente. C’est pour-
mier pas en ratifiant la Convention 87 (Droit d’association) quoi les propriétaires d’usines sont souvent hostiles au tra-
et 98 (Droit aux négociations collectives) de l’Organisa- vail syndical lorsqu’il y a des délais de livraison très stricts.20
tion Internationale du Travail. Les grands pays produc- Il existe des marques de vêtements qui installent elles-
teurs de vêtements tels que la Chine, le Vietnam et l’Inde mêmes un comité de travailleurs. Elles créent ainsi l’illusion
n’ont pas ratifié ces deux conventions. Dans ces pays, et que les droits des travailleurs sont respectés. Les ouvriers
dans les zones franches commerciales d’autres pays, les de l’habillement ne peuvent néanmoins pas choisir les
ouvriers ne peuvent pas créer de syndicats indépendants membres de ce comité, ce qui signifie que le comité prend
et démocratiques. En Chine, par exemple, un syndicat ne des décisions en faveur des dirigeants d’usines et non des
peut fonctionner légalement que s’il est membre de la All- ouvriers eux-mêmes. Au Cambodge par exemple, seule
China Federation of Trade Unions (ACFTU). La ACFTU est une poignée des 63 syndicats existants sont réellement
contrôlée par le gouvernement chinois. Dans les usines où indépendants. La plupart d’entre eux sont en réalité des
les syndicats sont actifs, les ouvriers ne peuvent pas choisir ‘syndicats jaunes’ qui défendent les intérêts des dirigeants
eux-mêmes les dirigeants syndicaux et ceux-ci sont donc d’usines ou du gouvernement, comme le montre une étude
souvent des dirigeants de l’usine qui ne font presque rien du Solidarity Center cambodgien.21
pour protéger les droits des ouvriers. Les grèves sont consi- Si les marques de vêtements veulent réellement contri-
dérées comme une menace de l’ordre social, et sont sévè- buer à l’amélioration des libertés syndicales, elles doivent
rement, et parfois violemment, réprimées�. placer leurs commandes dans des usines où le droit d’as-
sociation et le droit aux négociations collectives sont res-
La ratification des conventions, comme l’ont fait la plu- pectés par le biais d’un syndicat qui fonctionne bien. Les
part des autres pays producteurs de vêtements, ne signi- marques de vêtements peuvent également insister auprès
fie néanmoins pas automatiquement qu’il existe un climat des gouvernements des pays producteurs sur l’importance
idéal pour le travail syndical. Il y a ainsi dans presque tous d’un cadre légal clair, de syndicats indépendants et qui
les pays asiatiques des problèmes avec l’application et la fonctionnent bien, et d’un bon dialogue social.
régulation des droits syndicaux17. Et ce n’est pas seulement Les marques de vêtements peuvent aussi jouer un rôle
le cas en Asie, même en Europe, la liberté syndicale n’est par rapport aux usines de production pour stimuler la
pas une évidence. Des lois ont ainsi été introduites en Bul- liberté d’association. Cela bénéficie aussi à la marque de
garie, en Roumanie et en Croatie qui rendent plus difficiles vêtements et à la qualité des vêtements produits. Des
les négociations avec les dirigeants des usines pour les ouvriers satisfaits travaillent mieux, travaillent plus dur et
représentants syndicaux.18 Afin de garantir la liberté d’asso- respectent les délais. Concrètement, les marques de vête-
ciation, les gouvernements doivent donc inscrire les droits ments peuvent veiller à ce que des propagandistes syndi-
des conventions dans la législation nationale et veiller à caux aient accès à l’usine afin de pouvoir créer un syndicat
leur application. et à ce que les ouvriers qui deviennent membres du syndi-
cat ne soient pas licenciés. L’existence d’une procédure de
plainte efficace est également d’importance capitale. (Voir
l’étape point 4.2. dans le chapitre ‘Que peuvent faire les
14 marques belges ?’)À la
ren
con
t re...
Yorn theary:
Une dirigeante
syndicale constamment
tenue à l’œil
Yorn Theary (24) travaille depuis quatre mais ça n’avait aucun sens. Nous avions qu’ils connaissent la réalité de notre
ans dans l’usine Din Han qui produit énormément de travail et devions faire situation. Si les marques faisaient en
notamment des vêtements pour des heures supplémentaires tous les sorte que nous ayons un bon salaire
Adidas. Elle travaille 10 à 12 heures jours pour terminer les commandes. La minimum, nous ne devrions plus faire
par jour, six jours par semaine. Heures véritable raison de mon licenciement d’heures supplémentaires tous les jours
supplémentaires comprises, elle gagne était que j’avais fondé un syndicat. » pour survivre. »
entre 220 et 230 dollars américains (soit
environ 178 euros) par mois. Une tentative de C.CAWDU de faire La travailleuse soupire profondément.
récupérer son emploi à Theary via le Mi- En juin dernier elle a accouché de son
Au printemps 2015, Yorn Theary a nistère du Travail resta sans résultat. Ce deuxième enfant. Il est né en mauvaise
décidé de créer une branche du syn- n’est seulement qu’après que le syndicat santé et est décédé un mois après sa
dicat local C.CAWDU. « Nous étions à ait incité Adidas à entrer en dialogue naissance. « La veille de la naissance, je
l’époque sous très forte pression de la avec l’usine qu’elle a été réengagée. Elle travaillais encore à l’usine. Comme il fait
part de la direction. Nos contremaîtres a maintenant le droit de défendre ses très sale et qu’il y a un mauvais climat,
nous insultaient et se mettaient en collègues au nom du syndicat. « C’est j’avais beaucoup de problèmes d’esto-
colère lorsqu’on faisait la moindre vraiment très difficile d’organiser quoi mac à l’époque. Le médecin m’a dit que
erreur. Nous avions par le passé déjà eu que ce soit. On me tient constamment c’est ça qui a coûté la vie à mon enfant. »
un syndicat à l’usine, mais il ne faisait à l’œil et parfois, ils font même des
rien pour les travailleurs. Nous nous photos de moi quand je parle avec “Si les marques faisaient en
sommes dit que nous avions besoin un collègue. Ils veulent m’empêcher sorte que nous ayons un
d’un nouveau syndicat pour défendre d’attirer plus de nouveaux membres au bon salaire minimum, nous ne
nos droits. » syndicat. Notre syndicat compte actuel- devrions plus faire d’heures
lement 420 membres dans l’usine, mais supplémentaires
Cette décision n’a pas été bien accueil- sur 2000 travailleurs, cela ne suffit pas tous les jours
lie. Theary, qui était cheffe de produc- pour taper sur la table. » pour survivre.”
tion du département découpes, a été
licenciée par la direction de l’usine, une Tout comme nombre de ses collègues,
punition souvent appliquée par les Theary doute que les marques telles
usines lorsque les ouvriers adhèrent à qu’Adidas, Puma et Reebok soient suf-
un syndicat indépendant. « Ils ont dit fisamment au courant de la réalité des
qu’il n’y avait plus de travail pour moi, situations dans les usines. « Je voudrais 153.3
Les contrats à court terme
L’utilisation excessive de contrats à court terme dans le sec-
teur de l’habillement (sportif) est un problème énorme et très
répandu. Dans 80 % des usines au Cambodge, les travailleurs
de l’habillement travaillent sur base de contrats à court terme
qui sont renouvelés tous les deux ou trois mois, parfois pen-
dant des années22. Bien que cela soit interdit par la loi, c’est
monnaie courante.
Les contrats à court terme ont plusieurs conséquences néga-
tives. Ils créent beaucoup d’incertitude parmi les travailleurs
de l’habillement. En outre, les contrats à court terme dénient
aux travailleurs toute forme de protection sociale à laquelle ils
ont droit. En effet, toute une série d’aspects de la législation
du travail n’est pas d’application pour les travailleurs avec un
contrat temporaire. Une étude parmi les travailleurs de l’habil-
lement au Cambodge a démontré qu’ils n’osent pas prendre
de congés de maladie par peur de perdre leur emploi.23 Ceux Phouk Chroch:
Stress
qui prennent congé malgré tout ne reçoivent pas leur bo-
nus mensuel. La même étude a démontré que les ouvrières
et insécurité
cachent leur grossesse le plus longtemps possible car être
enceinte diminue leurs chances de voir leur contrat prolongé.
suite aux
Officiellement, la loi cambodgienne offre aux femmes le droit
à un congé de maternité de trois mois avec salaire si elles ont
travaillé pour le même employeur depuis plus d’un an. Mais la
pratique est bien différente. En outre, les contrats de courte
durée empêchent les travailleurs de l’habillement d’adhérer à
contrats
un syndicat, ce qui rend encore plus difficile de faire respecter
la législation du travail existante. à court terme
Que faire ?
La pression énorme en vue d’être ‘flexible’ encourage l’utilisa- Phouk Chroch a 27 ans et s’exprime avec
tion des contrats à court terme dans le secteur. Les marques précaution lorsqu’il parle de son travail
de vêtements choisissent un modèle commercial dans lequel dans l’usine qui produit des vêtements
non seulement les styles et les produits changent constam- de sport pour Puma et Adidas.
ment et rapidement, mais aussi les usines et les pays où elles Mais derrière cette réserve se cache une
réalisent leur production. Tout cela dans une course au four- frustration profonde.
nisseur le plus rapide et fiable possible tout en étant aussi le
meilleur marché. Lors d’une enquête par Oxfam Australie,
un certain nombre de marques de vêtements ont indiqué qu’
Cela fait 10 ans que Chroch travaille
elles souhaitaient construire des relations à long terme avec les
dans l’industrie de l’habillement
fournisseurs24, mais elles ont refusé de mettre par écrit qu’elles
et il n’a toujours pas de contrat à
souhaitaient proposer des commandes à long terme aux four- durée indéterminée : « j’ai travaillé
nisseurs�. Il n’est donc pas étonnant que les usines de produc- dans plusieurs usines, et à chaque
tion veulent elles aussi toujours garder leurs travailleurs ‘sous fois on me donne un contrat
conditions’ par le biais de contrats à court terme. de trois mois. » Les contrats de
Pour finir, ce sont les travailleurs de l’ habillement qui sont les trois mois sont bien connus des
victimes d’un système de production et d’un modèle com- ouvriers cambodgiens. Les usines
mercial qui poussent lourdement à la flexibilisation jusqu’au les utilisent pour intimider les
bout de la chaîne de production. Les marques de vêtements travailleurs. Ceux qui se plaignent
tout comme les gouvernements peuvent changer cette situa- trop, qui ne travaillent pas assez ou
tion. Lorsque les marques construisent une relation stable avec qui refusent trop souvent le travail
leurs fournisseurs, la sécurité de commandes à long terme peut supplémentaire sont menacés de ne
se traduire par des contrats à long terme pour leurs travailleurs. pas voir leur contrat renouvelé s’ils
C’est le rôle des gouvernements de rappeler à l’ordre les diri- ne changent pas d’attitude.
geants d’usines et de leur imposer des sanctions lorsqu’ils ne
16 respectent pas la législation nationale.À la
ren
con
t re...
Pour les hommes qui travaillent chez moi sans faire d’heures Ce qui rendrait Chroch plus heureux
à l’usine la situation est souvent supplémentaires, il est bien possible personnellement serait un contrat à
encore pire que pour les femmes, qu’il me licencie. » durée indéterminée. « Je voudrais bien
dit Chroch. « Les femmes reçoivent retourner dans ma province d’origine.
souvent un contrat de six mois, mais Le père de deux enfants, qui travaille Quand nous aurons assez d’argent, je
nous les hommes seulement des dur tous les jours, a le regard veux y acheter un lopin de terre pour
contrats de trois mois. Les directions pensif. Il a vu les prix que paient cultiver des légumes et avoir une petite
croient en effet que les femmes les consommateurs occidentaux ferme avec des poules ou des cochons.
vont causer moins de problèmes pour les T-shirts de sport. « Il y a un Si je pouvais emprunter l’argent,
que les hommes. Ils ont peur que grand écart entre le travailleur et le j’achèterais un terrain tout de suite.
s’ils offrent des contrats à long consommateur », dit-il. « Ce serait Mais avec un contrat de trois mois, il n’y
terme aux hommes, ceux-ci vont bien si cette proportion devenait a aucune banque qui accepterait de me
s’organiser et se révolter contre les plus équitable. » prêter de l’argent. »
conditions de travail dans l’usine. »
Les contrats à court terme créent
de nombreux problèmes. Ils
créent beaucoup de stress et
d’insécurité parmi les travailleurs
et les empêchent d’avoir une
vision positive de l’avenir. Chroch:
« Je ne suis jamais certain d’avoir Croch a vu les prix que payent les consommateurs
encore du travail dans trois mois. occidentaux pour les T-shirts de sport. «Il y a un
Si jamais je ne suis pas les ordres grand écart entre ce que le travailleur gagne et
du contremaître ou que je rentre ce que le consommateur paie. »
17...
À lacontre
ren
kong athit:
‘Les marques sont
les acteurs les plus
influents’
En tant que secrétaire général du plus nous répéter que le salaire minimum ne Les plus grandes marques de sport
grand syndicat indépendant cambodgien, peut absolument pas dépasser celui de du monde produisent toutes des
C.CAWDU (Coalition of Cambodian notre voisin, le Vietnam. Ils nous disent vêtements au Cambodge. Êtes-vous en
Apparel Workers Democratic Union), un ‘si nous exigeons un salaire minimum communication avec elles ?
partenaire de Solidarité Mondiale et de la trop élevé, nous détruirons les emplois.’ « Nous avons beaucoup de dialogue
CSC, Kong Athit œuvre pour défendre les Nous sentons aussi la pression du et de discussions avec elles. Et comme
droits des travailleurs de l’habillement. Myanmar, qui se présente au monde les marques sont les joueurs les plus
C.CAWDU est notamment impliqué dans extérieur avec une main-d’œuvre bon influents, nous remportons la plupart
les négociations sur le salaire minimum marché. Les entreprises qui remportent de nos victoires grâce à leur aide.
et entre régulièrement en dialogue avec les commandes des grandes marques Nous avons notamment eu un cas
les marques de sport. sous-traitent (en grande partie) les récemment dans l’usine de Din Han
contrats. Les marques de vêtements qui produit entre autres pour Adidas.
Quelles sont les difficultés rencontrées détournent le regard et se lavent les Notre dirigeante syndicale locale y avait
par C.CAWDU dans la défense des mains de leurs responsabilités. Elles ne été licenciée et n’a été réengagée que
droits des travailleurs ? sont soi-disant au courant de rien. Mais lorsque nous avons demandé à Adidas
« Beaucoup d’usines nous mettent chez ces sous-traitants, les conditions d’aborder la question avec l’usine. »
des bâtons dans les roues, mais sont lamentables. Les logements sont
ce sont surtout les syndicats pro- insalubres. Les consignes de sécurité ne
gouvernementaux qui nous rendent sont pas respectées. Les conditions de
la vie difficile. Ils créent souvent travail sont exécrables. Un désastre tel
“Un désastre tel que celui
des problèmes dans les usines et que celui du Rana Plaza au Bangladesh
du Rana Plaza au Bangladesh
intimident les travailleurs. Ils offrent pourrait très bien se produire ici au
pourrait très bien se produire
de l’argent aux travailleurs pour Cambodge. »
ici au Cambodge. ”
quitter C.CAWDU et se joindre à eux.
Ensuite leur syndicat quitte l’usine Et qu’en est-il des salaires ?
et les travailleurs se retrouvent à la « Les marques telles qu’Adidas et
case départ, c’est-à-dire sans aucune H&M disent qu’elles veulent un salaire
représentation syndicale dans vital mais elles s’intéressent surtout à
l’usine. » améliorer leur image. Elles ont conclu
des accords au niveau global, mais si
Les grandes marques de vêtements on veut vraiment changer les choses,
disent souvent qu’elles veulent il faut agir au niveau des pays. En fait,
améliorer la vie des travailleurs. Y les marques de sport n’ont aucune
croyez-vous ? idée de la réalité de la situation. Et c’est
« Des marques telles qu’Adidas et H&M la même chose pour l’usine modèle
ne sont pas au Cambodge pour nos de H&M qui se trouve soi-disant ici
beaux yeux, mais bien parce que les au Cambodge, mais personne ne sait
frais salariaux sont moins élevés ici que de quelle usine il s’agit. Comment
dans d’autres pays. Les employeurs pouvons-nous alors croire que les
et le gouvernement n’arrêtent pas de choses se passent mieux là-bas ? »
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