Un premier pas vers 2020 - Où en est notre département ? Les grandes orientations pour demain Des experts témoignent
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Un premier pas
vers 2020
Où en est
notre département ?
Les grandes orientations
pour demain
Des experts témoignent2006 – 2020 : Pourquoi la Savoie doit se doter d’un projet fort p. 4 et 5
Le paysage mondial change à toute vitesse
Les enjeux locaux dépassent nos seuls intérêts
Afficher des choix clairs et tenus dans le temps
Inventer un nouveau «vivre ensemble» p. 6 et 7
Vers de nouvelles formes urbaines
Un développement économique qui nous rassemble
Témoignages d’experts : Philippe Barbeyer, Jean-Pierre Aldeguer
Economie : renforcer et diversifier les activités industrielles p. 8 et 9
Ancrer l’industrie dans le territoire
Travailler à l’échelle du Sillon Alpin et de Rhône-Alpes
Témoignages d’experts : Pierre Vandekerkhove, Jean-Luc Sandoz
Quel avenir pour notre tourisme ? p. 10 et 11
Stratégie gagnante ou course en avant ?
Une diversification nécessaire
Témoignages d’experts : Gil Chopard, Thierry Baudier, Denis Chappellaz
Conserver et consolider notre qualité environnementale p. 12 et 13
Des ruptures inévitables
La qualité de vie, facteur de développement économique
Témoignages d’experts : Jean-Pierre Feuvrier, Nicolas Mercat
Pour une Savoie ouverte, impliquée dans des réseaux p. 14 et 15
Trouver des alliés pour amplifier notre dynamique
Témoignages d’experts : Bernard Debarbieux, Michel Rivoire.
2Donner
Il y a quelques années, le projet stratégique «La Savoie
vers l’an 2000», lancé par Michel Barnier avait eu un effet
de mobilisation très positif. En engageant la réflexion Sa-
voie 2020, nous avons souhaité poursuivre cette démarche
un nouveau cap d’anticipation. Nous vivons dans un contexte nouveau, plus
rapide, plus concurrentiel et plus international. Le moment
était opportun pour nous donner un nouveau cap.
à la Savoie Le Département a initié cette démarche. Il a mobilisé ses
services et associé ses partenaires dans la phase de travail
qui s’achève, celle de la vision de long terme. Mais nous
avons voulu des approches différentes et complémentaires.
Un travail d’experts pour investiguer l’avenir - ce qui n’est
pas toujours aisé - avec l’apport de personnes éclairées,
et des soirées thématiques rassemblant des spécialistes
reconnus. Nous avons également interrogé tous les Sa-
voyards sur les grandes questions de 2020. Le nombre des
retours (plus de 6 000) et leur qualité témoignent d’un réel
attachement au département, et ont fait de cette démarche
un véritable projet collectif, fédérateur et partagé.
Ce document livre la synthèse de ces contributions, techni-
ques et citoyennes, et traduit l’ampleur de la mobilisation et
du débat suscités.
Vous y retrouverez les grandes orientations dégagées par le
projet : nous voulons créer une «nouvelle urbanité» autour
de formes de villes différentes et du développement des ser-
vices à la personne ; nous voulons conserver et consolider
notre qualité environnementale, en changeant nos modes
d’urbanisation et de déplacement et en gérant avec soin
nos ressources rares ; nous voulons diversifier nos activités
industrielles en misant par exemple sur les énergies renou-
velables ; de même, nous devons diversifier nos activités
touristiques, au-delà du succès de nos stations de ski.
L’année 2006 engage une autre phase, celle de la stratégie
et du plan d’actions. Des équipes réduites seront mises en
place et proposeront des actions à lancer rapidement. Or-
ganismes économiques, université, acteurs publics et privés
seront associés à la réflexion et à la mise en œuvre.
Une dynamique s’est engagée avec la mobilisation de tous.
La Savoie a des atouts évidents. Elle doit se montrer réac-
tive par rapport à son environnement, relever ses fragilités,
éviter quelques écueils et travailler aux partenariats que né-
cessitent sa taille et ses ambitions.
Je souhaite que la démarche engagée conduise à la réussite
de notre département face à ces enjeux, et à une qualité de
vie encore meilleure pour ses habitants.
Jean-Pierre Vial
Président du Conseil général
32006 ‡ 2020
Pourquoi la Savoie ...
Ces 15 prochaines années, la 1 - Le «paysage mondial» change
Savoie sera soumise à des in- à toute vitesse
fluences extérieures si puissantes
qu’elle a besoin d’un projet fort Depuis le début de l’ère industrielle, le monde a évolué
pour rester maître de son histoire. constamment. En ce début de XXIe siècle, le mouvement
s’accélère, dessinant peu à peu un paysage nouveau et
Quelles sont ces influences ?
un cadre qui s’imposera à nous.
Comment composer avec elles ?
Comment en tirer parti pour cons- Ce nouveau «paysage», c’est tout d’abord la mondialisa-
truire un développement qui soit tion de l’économie, dont nous commençons à mesurer
vraiment le nôtre? les effets. Les entreprises vont devoir améliorer leur niveau
technologique, gagner en réactivité, travailler plus en réseau.
C’est tout l’enjeu de la réflexion
Pour résister aux pays à faible coût de main d’œuvre, elles
sur Savoie 2020… devront s’appuyer davantage sur les ressources spécifiques
de notre territoire.
Autre évolution majeure, la construction de l’Europe, qui
élargit nos frontières mais nous impose de nouvelles rè-
gles : politique agricole, libéralisation des services, envi-
ronnement… Au sein de cette grande Europe se dessinent
des «petites Europes» qui vont constituer des territoires de
référence : L’Espace Alpin en fait partie et la Savoie devra y
trouver sa place.
La raréfaction et la dégradation des ressources naturel-
les – eau et espace au premier chef – nous rappellent que
ces dernières ne sont pas inépuisables et impliquent d’ap-
prendre à les gérer autrement. Nous ne sommes pas à l’abri
des pénuries d’eau, et la rareté du foncier durcit déjà l’accès
au logement dans les agglomérations savoyardes.
La hausse du coût de l’énergie, en particulier du pétrole,
remet en cause nos pratiques de déplacement, s’impose
comme une donnée nouvelle dans l’habitat et peut mettre
à mal les activités économiques les plus « énergétivores ».
Elle ouvre des opportunités aux sources d’énergie alterna-
tives (solaire, éolien, biomasse…), pour lesquelles la Savoie
dispose d’un potentiel important.
Enfin, le réchauffement de la planète, désormais annoncé
par l’ensemble des scientifiques, va exiger de nous des ef-
forts de prévention pour limiter les gaz à effet de serre (trans-
port, habitat, activités économiques, …) et des politiques
d’adaptation, en particulier pour le tourisme. Le secteur des
sports d’hiver, pilier de l’économie savoyarde, peut être im-
pacté et doit se préparer à cette perspective.
4doit se doter d’un projet fort
2 - Les enjeux locaux dépassent nos Il est d’autant plus important de faire ces choix que nous
devrons aussi gérer des tensions et des conflits : comment
seuls intérêts concilier aspiration à la mobilité et maîtrise des déplace-
ments ? comment préserver la diversité sociale quand le
Aux influences mondiales, présentes partout, s’ajoutent
prix de l’habitat s’envole ? comment garder notre attractivité
dans notre département des phénomènes propres à no-
touristique tout en préservant notre patrimoine naturel ?
tre situation géographique et à nos atouts.
Aux questions actuelles sur notre développement et sur
La Savoie fait partie du grand espace métropolitain
les influences externes, nous devons répondre de ma-
nord-alpin, de Genève à Valence, qui regroupe sur 140 km
nière collective pour exprimer une volonté commune et
une population de près de 2 millions d’habitants. Appelé à
négocier avec les partenaires extérieures sur des bases
devenir un pôle de développement européen, il doit s’orga-
claires.
niser pour développer l’activité économique, maîtriser le dé-
veloppement urbain, préserver les espaces naturels, mieux
organiser les transports…
Nos espaces touristiques, et tout particulièrement nos
stations de sport d’hiver, constituent une destination de
notoriété internationale. Ils attirent des touristes de tous
pays, mais aussi des acteurs économiques étrangers qui
construisent, gèrent, exploitent, développent… Le pilotage
et le devenir de ces espaces ne sont donc pas exclusive-
ment du ressort des Savoyards ; leur succès leur vaut d’être
soumis à des influences internationales porteuses, mais ANNECY
dont il faut tenir compte. Ruffieux
Tunnel
du Mont Blanc
ANNECY RN 212
GENEVE
Albens RN 508
La Savoie est placée sur des axes routiers et ferroviaires RN
Ugine
201
Beaufort
RN 212
A41 TURIN
de première importance dont le trafic devrait augmenter
MILAN
Yenne
RN 504
Aix les Bains RN 90
Albertville >< Col du
Le Châtelard RN 90 Petit St Bernard
ITALIE
fortement : nouveau corridor européen ouest/est (Lisbonne RN 516
St Genix/Guiers A431
Bourg
St Maurice
– Kiev), axe nord/sud entre l’Europe du Nord et l’Italie… De CHAMBERY Aime
LYON A43
St Pierre
PARIS d'Albigny Aiton
Lac RN 90
d'Aiguebelette RN 6
Montmélian
plus, le relief montagnard concentre ces échanges sur des
A43
RN 90 Moûtiers
RN 6
espaces restreints soumis à de fortes nuisances.
RN 6
La Rochette
><
Col de l'Iseran
SAVOIE
Les Echelles A41
RN 6
La Chambre
Dans tous ces domaines la Savoie devra être partie prenante des
A43
Lanslebourg
Mont Cenis
politiques à conduire, mais elle ne poura pas décider et agir seule. St Jean
de Maurienne
St Michel
Col du
Mont Cenis >< RN 6
de Maurienne
GRENOBLE Modane
VALENCE
Tunnel
GRENOBLE du Fréjus
3 - Afficher des choix clairs et tenus TURIN
dans le temps
Ces évolutions ont et auront un impact sur notre territoire,
nos activités et notre mode de vie. Mais rien ne nous oblige
à les subir : c’est la façon dont nous saurons anticiper, af-
ficher nos choix, décider de grandes options, qui décidera
tout autant que la « contrainte extérieure » du visage de la
Savoie en 2020.
5Inventer un nouveau
«vivre ensemble»
Confrontée à la croissance con- La population savoyarde va continuer à augmenter pour
tinue de sa population et à la approcher le demi-million d’habitants en 2020 ; sa crois-
sance sera largement alimentée par l’afflux de nouveaux
rareté du foncier, la Savoie va arrivants. Elle va comporter plus de personnes âgées et le
devoir inventer un nouveau «vivre nombre moyen de personnes par ménage va diminuer. Ces
ensemble» répondant à la fois évolutions impacteront surtout la partie la plus urbanisée du
aux priorités collectives et aux département, territoire d’extension privilégié pour Grenoble,
besoins privés : vieillissement Annecy et Genève. Déjà soumise à une forte pression fon-
cière et à l’envolée du prix des logements, la Savoie devra
des habitants, demande accrue s’attacher à préserver la diversité sociale.
de services à la personne, montée
de l’individualisme... Quel mode Vers de nouvelles formes urbaines
de développement économique
accompagnera le mieux ces ten- Il s’agit donc d’inventer un nouveau « vivre ensemble »
dances ? pour répondre à ces enjeux collectifs, par exemple en ex-
périmentant de nouvelles formes urbaines : gérer l’espace
de manière économe, réintégrer des services, revaloriser le
cadre de vie, recréer du lien social de proximité… Ceci tout
en prenant en compte de phénomènes contraires comme la
montée de l’individualisme.
Côté besoins privés, la population exprimera des attentes
fortes dans le domaine des services à la personne : services
sanitaires et sociaux pour les personnes âgées et les familles
en difficulté, éducation et formation, accompagnement et
confort pour les particuliers, etc. Ces services devront ga-
gner en variété, en fiabilité, en disponibilité. Ils connaîtront
une évolution comparable à celle du commerce ces dix der-
nières années, et contribueront à la création d’emplois et à
l’attractivité du département.
Un développement économique
qui nous rassemble
Vivre ensemble, c’est enfin favoriser un mode de développe-
ment économique bénéfique aux Savoyards.
- La Savoie, avec Grenoble, peut miser sur la recherche, la
technologie et la construction d’un espace métropolitain
lisible. Au risque d’être élitiste…
- CHIFFRES-CLES - - Elle peut se développer au gré des opportunités, sans
positionnement spécifique ; mais n’est-ce pas manquer
> De 2004 à 2020, la Savoie devrait d’ambition ?
passer de 393 500 à 450 000 ha- - Elle peut enfin, et c’est la volonté qu’elle affiche, chercher à
bitants. Les plus de 60 ans seront valoriser au mieux ses atouts autour d’une économie diver-
121500 (27% de la population to- sifiée et équilibrée, appuyée sur quatre secteurs : nouvelles
tale), soit à peu près la population technologies, activités liées à la montagne, services de
de l’agglomération de Chambéry proximité et diversification touristique.
aujourd’hui.
Au rythme actuel, l’habitat con-
sommera 7 500 hectares de foncier
supplémentaires, soit un peu plus
que la superficie de l’aggloméra-
tion d’Aix-les-Bains.
6- VOTRE AVIS SUR LE SUJET - «Fabriquer de l’urbanité,
> La croissance urbaine du dépar- pas du terrain à bâtir»
tement augmente « de manière ga-
lopante » pour 46% d’entre vous. Philippe Barbeyer, architecte à
Chambéry
> Les nouveaux logements, zones
commerciales et zones d’activités
«Après les Jeux Olympiques
doivent être implantés dans les
et l’autoroute de Maurienne,
villes moyennes pour 57% d’entre grands chantiers des 15 derniè-
vous (grandes agglomérations : res années, l’accélération de la
12% ; villages ruraux : 25%) construction de logements en
> Dans le domaine de la solidarité, Savoie va représenter à nouveau
il faut développer en priorité l’aide un très grand chantier d’ici 2020.
aux personnes âgées pour 31% Nous ne manquons ni de sché-
d’entre vous (aide aux personnes mas d’urbanisme, ni de réflexions, mais faute d’une réflexion
dépendantes : 27% ; garde des coordonnée à l’échelle du département, la consommation du
enfants : 25%) territoire risque de se poursuivre de manière désordonnée et
> Si vos enfants veulent rester en à un rythme insoutenable : coût du terrain, allongement des
Savoie, ils auront le plus de chan- temps de transport, augmentation des déplacements...
ces de trouver un emploi dans le A l’horizon 2020, il sera très difficile de maîtriser le foncier
tourisme pour 40% d’entre vous et de permettre aux Savoyards et futurs arrivants d’habiter,
(industrie et recherche : 25% ; ser- de se déplacer et de vivre ensemble « au pays » de manière
vices publics : 20%). satisfaisante.
Pour traiter la question urbaine et sociale dans toute sa com-
Données issues de l’analyse des 6 000 question- plexité, la priorité est de fabriquer de l’urbanité et non du ter-
naires «Savoie 2020» renvoyés par les Savoyards rain à bâtir. Seule une action concertée de l’Etat, des collec-
tivités et du monde économique peut réguler la satisfaction
des besoins collectifs en logements : offrir des espaces de
convivialité à taille humaine, respecter un équilibre harmo-
nieux entre espaces publics, privés et naturels, maîtriser les
déplacements, etc.»
«La mixité sociale se construit d’abord sur
des liens entre personnes»
Jean-Pierre Aldeguer, chargé de mission de la fédération Ha-
bitat et Humanisme
«Réaliser la mixité sociale se heurte bien sûr aux prix du
foncier et de l’immobilier. Mais favoriser la mixité, c’est aussi
permettre à des personnes d’engager des liens au delà des
différences qui les séparent. Pour Habitat et Humanisme, ces
liens se tissent dans l’accompagnement de proximité comme
dans les fonds d’épargne solidaire qui permettent d’acheter
et réhabiliter des appartements pour accueillir des ménages
très modestes ou en difficulté : jeunes au RMI, personnes
handicapées, familles…
En Savoie, de telles opérations ont eu lieu à Montmélian,
à Ugine, à Chambéry. Elles sont rendues possibles par les
NOS PRIORITÉS prix de cession très raisonnables des vendeurs : un proprié-
taire qui croit à notre action, une congrégation religieuse,
une commune qui veut favoriser cette mixité sociale… Elles
> expérimenter de nouvelles formes urbaines ne s’arrêtent pas avec l’arrivée des occupants : des béné-
> encourager le développement des services voles les accompagnent, les aident dans leurs démarches
à la personne administratives, facilitent leur intégration dans leur quartier.
> valoriser au mieux nos atouts autour d’une Ce lien humain est aussi décisif que la mise à disposition de
logements.»
économie diversifiée et équilibrée
7Economie : renforcer et diversifier
les activités industrielles
L’activité industrielle, complé- Même si les sports d’hiver monopolisent l’attention, la Sa-
ment indispensable au tourisme voie est aussi un département industriel. Les grands groupes
fortement implantés par le passé ont allégé leur présence
dans l’économie savoyarde, doit – stratégie mondiale oblige – mais l’industrie traditionnelle
poursuivre sa modernisation et (agro-alimentaire, bois…) s’est modernisée sans bruit. La
s’ouvrir à des activités nouvelles. création d’entreprise a été soutenue, des sociétés de haute
Mais quels nouveaux secteurs pri- technologie se sont implantées, des pôles d’équilibre struc-
vilégier, et la Savoie a-t-elle une turants (Savoie Technolac, Alpespace, … ) ont été mis en
place, le tout avec le soutien des collectivités locales.
masse critique suffisante pour
concrétiser ses ambitions ?
Ancrer l’industrie dans le territoire
Afin de poursuivre cet effort de rééquilibrage, tout en pré-
venant d’éventuels transferts d’activités vers d’autres pays
– le débat a souligné ce risque - la Savoie doit diversifier
ses activités industrielles en valorisant en priorité ses atouts
spécifiques, donc son ancrage dans le territoire :
> consolidation des industries traditionnelles, par exemple
en leur faisant franchir un saut technologique grâce à la dy-
namique grenobloise
> investissement fort sur les énergies renouvelables et
les activités liées à la montagne (ingénierie, enneigement,
recherche…) : ces activités naissantes seront en 2020 les
leviers de notre développement industriel
> soutien aux activités nouvelles de haute technologie, en
s’appuyant là encore sur la région grenobloise.
Travailler à l’échelle du Sillon Alpin
et de Rhône-Alpes
De façon plus générale, la Savoie doit améliorer sa « lisi-
bilité » économique et industrielle vis-à-vis des industriels
qu’elle veut attirer. Il lui faut aussi créer un terreau favorable
à la création d’entreprise et à l’éclosion de projets : mobi-
lisation des ressources du territoire, mise en synergie des
acteurs de l’économie, de l’éducation, de la culture… Ces
efforts seront d’autant plus efficaces qu’ils seront menés à
grande échelle : celle du Sillon Alpin de Valence à Genève,
semble la plus appropriée.
- CHIFFRES-CLES -
> La Savoie comptait 120 000 emplois salariés fin 2004,
dont 18,5% dans l’industrie et 72,7% dans le tertiaire.
Elle fait partie des 10 départements français les moins
touchés par le chômage (7% de chômeurs fin 2005).
Elle crée chaque année une centaine d’entreprises in-
dustrielles et un peu moins de 300 sociétés de services
aux entreprises. Son rythme de créations d’entreprises
la place au premier rang des départements rhônalpins.
8- VOTRE AVIS SUR LE SUJET - «Un environnement attractif
> Ces vingt prochaines années, la mais un handicap à combler : le logement»
Savoie doit miser en priorité sur
l’environnement pour 42% d’entre Pierre Vandekerckhove, P-DG
de Valespace (centre de tri et de
vous (développement économi-
valorisation de déchets)
que : 24% ; logement et services :
22%)
« A mon avis, un créateur d’en-
> 42% d’entre vous pensent que treprise qui arrive dans la région
dans cinq à dix ans, leurs enfants a de très bonnes raisons de
travailleront en France ou à l’étran- s’installer chez nous. L’environ-
ger (en Savoie : 21% ; dans un dé- nement est très attractif, l’accès
partement proche : 28%). à Lyon et à Paris est facile, il reste
de la surface en zone d’activités,
Données issues de l’analyse des 6 000 question- le département et de nombreux
naires «Savoie 2020» renvoyés par les Savoyards acteurs publics et privés soutiennent le développement éco-
nomique. D’ailleurs, nous créons beaucoup d’entreprises et
notre taux de chômage, à 7%, en fait rêver beaucoup. On
peut regretter le manque de PME de 200 à 1000 salariés, mais
nos grands groupes et les petites PME ont des activités très
diversifiées.
En revanche, la rareté et la cherté des logements sont des
handicaps très lourds : il manque 7000 logements sociaux sur
Métropole Savoie et ce chiffre augmente d’année en année.
Aujourd’hui, seuls les cadres parviennent encore à se loger. Et
des entreprises n’arrivent pas à recruter car les ouvriers venus
d’autres régions refusent le poste : soit les loyers sont trop
élevés, soit il n’y a même pas de logements disponibles. Cer-
tes, la situation est encore plus tendue en Isère et en Haute-
Savoie. Mais si nous n’agissons pas vite, nous pénaliserons le
développement économique du département. »
«La forêt savoyarde
doit être exploitée davantage»
Jean-Luc Sandoz, dirigeant
d’Ecotim (production de struc-
tures bois)
«Notre groupe est installé à l’origine
dans le Haut-Doubs. Si nous avons
choisi d’implanter Ecotim à la Ro-
chette, c’est parce que la Savoie
occupe une position stratégique,
à mi-chemin entre notre siège et
nos futurs marchés du Sud de la
France, de l’Espagne et de l’Italie. De plus, elle possède des
réserves forestières énormes. Mais celles-ci, à mon avis, sont
insuffisamment exploitées. On entend dire de tous côtés que le
NOS PRIORITÉS bois français n’est pas compétitif. Pendant ce temps, les Autri-
chiens deviennent les leaders mondiaux des plateaux de coffrage
en épicéa ou sur les bois aboutés et contrecollés, et les Suisses
> consolider les industries traditionnelles exportent leur bois chez nous sur le marché de la fermette, alors
> faire des énergies renouvelables et des activités que leur main d’œuvre est aussi chère que la nôtre !
liées à la montagne (ingénierie, équipement…) La Savoie a donc tout intérêt à relancer une politique forestière
dynamique : peu de régions en France disposent d’autant de ma-
les leviers de l’industrie savoyarde tière première. Et puis, soit on soutient cette activité économique
> faire franchir un saut technologique à toutes les qui valorise les ressources locales, soit on devra de toutes façons
entreprises payer pour entretenir les forêts et les sécuriser vis-à-vis des ac-
> créer une culture et des conditions favorables à tivités touristiques ; à cette différence près que le bois n’est plus
valorisable s’il provient d’arbres abîmés par des maladies, abattus
l’éclosion des projets par une tempête ou par une neige trop lourde.»
9Quel avenir
pour notre tourisme ?
Les uns misent sur la poursuite du En 50 ans, la Savoie a créé un pôle d’activité « sports d’hi-
développement des stations, les ver » sans équivalent au monde. Après avoir drainé une
clientèle nationale aujourd’hui stagnante, elle a trouvé des
autres s’inquiètent des impacts relais de croissance en misant sur l’international et le haut
sur l’environnement et des ris- de gamme. Pourtant, des questions centrales se posent :
ques d’un tourisme « prédateur ». faut-il continuer à accroître sans limite un parc immobilier
Une chose est sûre : même si le qui compte déjà 500 000 lits ? L’impact sur les ressources
tourisme hivernal reste le pilier de en eau et les espaces naturels est-il supportable à long
terme ? Le réchauffement climatique ne menace-t-il pas la
l’économie savoyarde, une diver- pérennité de ce secteur ?
sification s’impose.
Stratégie gagnante ou course en avant ?
Deux positions non convergentes ont émergé du débat «Sa-
voie 2020» :
> les uns souhaitent poursuivre le développement des sta-
tions, dont l’activité irrigue tout le département et lui donne
une image d’excellence, en recherchant des clientèles plus
éloignées et en positionnant hébergements et domaine skia-
bles au niveau mondial. Cette stratégie implique la présence
de groupes extérieurs, qui ont la surface financière requise
> les autres considèrent cette stratégie comme une fuite en
avant : elle tend à épuiser les ressources naturelles (eau, es-
pace, paysage) et ouvre la porte à des acteurs à stratégie prin-
cipalement financière. Le territoire se départit de sa valeur au
profit d’investisseurs et l’afflux de clientèle aisée, synonyme de
prix élevés, exclut les Savoyards. Les enjeux économiques du
présent l’emportent sur le développement à plus long terme.
Une diversification nécessaire
L’intérêt du département est de trouver un accord autour du
maintien du tourisme hivernal (50% du PIB de la Savoie !),
porté par une demande européenne et mondiale, avec quel-
ques règles du jeu : faire collaborer davantage les stations
avec leurs territoires locaux ; intégrer l’environnement com-
- CHIFFRES-CLES - me une stratégie à long terme, en tant qu’élément marketing
et non comme une contrainte, etc.
> Le nombre de nuitées liées aux sports d’hiver est à peu
près stable depuis 10 ans, à 21 millions de nuitées par En parallèle, il est vital de diversifier les activités de tourisme
an. Il représente 67 % des nuitées touristiques annuelles en s’appuyant sur les grands espaces du département, sa
et 83 % du chiffre d’affaires touristique global. qualité environnementale, ses ressources culturelles et son
> La capacité d’hébergement touristique hiver évolue «patrimoine alpin».
encore fortement : 11 200 lits supplémentaires par an
depuis 5 ans, et au total 77 500 lits supplémentaires La saison d’été représente une faible part du tourisme en Sa-
depuis 8 ans. voie et sa fréquentation fléchit régulièrement. Les tourismes
> Le chiffre d’affaires des remontées mécaniques sa- vert, culturel, thermal et bien-être (nos stations thermales sont
voyarde était de 441 millions d’euros pour l’hiver 2004- spécialisées dans des créneaux porteurs : obésité et vieillis-
2005, en hausse de 55% sur dix ans. sement) sont présents, mais insuffisamment attractifs. Les
> Pour l’hiver 2004-2005, les stations de ski totalisaient stations ont besoin d’avoir une saison d’été significative pour
33 800 emplois privés. Chaque année, environ 1000 em- amortir leurs investissements, notamment en hébergements.
plois sont créés. Le réchauffement climatique qui jouera à long terme sur l’offre
d’hiver, peut aussi être une chance d’accueillir des clientèles
urbaines à la recherche de ressourcement et de fraîcheur.
10«Attention au risque de stations «Pour développer le tourisme d’été,
à deux vitesses» sortons de la logique d’hiver»
Gil Chopart, consultant, so- Thierry Baudier, directeur géné-
ciété Kalysteo (conseil en or- ral de Maison de la France
ganisation auprès des acteurs
de la montagne et des sports « Un pays comme l’Autriche
d’hiver) a bâti son succès touristique
sur la saison d’été. Chamonix
« D’un côté, des programmes et Megève font le plein chaque
immobiliers neufs et plutôt haut été. Pourquoi la Savoie serait-
de gamme qui se vendent très elle moins attractive ? La clé
bien. De l’autre, les immeubles de sa diversification, c’est sa
construits il y a 10, ou 20 ans : capacité à sortir de la « logi-
ils se remplissent de moins en moins, vieillissent mal, ne sont que d’hiver » : accepter une fréquentation, des tarifs et des
pas assez entretenus et représentent 50%, voire davantage, résultats différents ; promouvoir non pas des stations, mais
du bâti ! la montagne et ses activités – douces comme la randonnée,
Le risque, c’est de voir apparaître des stations à deux vites- ou plus « extrêmes » comme le parapente, le rafting, le ca-
ses qui pénaliseront tout le monde. Les clients fortunés qui nyonning etc - idéales pour se ressourcer et se remettre en
achètent du neuf n’ont pas envie, après le ski, de se promener forme ; expliquer que l’altitude nous met à l’abri des tempé-
devant des alignements de volets clos et de façades dégra- ratures excessives, y compris en période de canicule ; penser
dées. Les communes devront mettre à niveau et assurer le à parler de la saison d’été même lorsque l’on commercialise
coût de fonctionnement croissant de services publics dimen- des hébergements d’hiver…
sionnés pour l’ensemble des hébergements, alors que leur
taux de remplissage stagne ou baisse. Les propriétaires des Nous avons un atout décisif : la notoriété touristique mondiale
logements anciens s’y intéresseront de moins en moins. Les de la Savoie. Nous avons aussi un vrai patrimoine culturel,
stations continuent à construire par à-coups successifs de- essentiel aux yeux des touristes étrangers qui choisissent de
puis vingt ans, mais n’ont pas trouvé un modèle économique venir en France. A nous de nous organiser et de passer aux
stable, basé sur une croissance régulière et modérée. » actes, en jouant peut-être davantage collectif, comme l’ont
fait par exemple les stations et collectivités des Pyrénées. »
«On construit parce
que la demande existe»
- VOTRE AVIS SUR LE SUJET -
Denis Chappellaz, directeur de
> Pour 53% d’entre vous, il est Comète (conseil en développe-
préférable de proposer une offre ment touristique)
touristique plus complète (tourisme
« Le redémarrage des créations
vert) pour rééquilibrer le poids éco-
de lits dans les stations depuis
nomique du tourisme hivernal.
1997 n’a pas à être jugé comme
un bien ou comme un mal. C’est
Données issues de l’analyse des 6 000 question-
naires «Savoie 2020» renvoyés par les Savoyards un phénomène qui résulte d’un
cycle économique porteur, de
l’engouement de la clientèle
NOS PRIORITÉS – étrangère en particulier – et d’incitations fiscales comme le
ZRR (zones de revitalisation rurales). On construit parce que la
demande existe, tout simplement, et il faut reconnaître que ce
> pérenniser le succès du tourisme hivernal tout
système marche.
en aménageant certains de ses aspects (meilleure
prise en compte de l’environnement…) Ces lits nouveaux sont principalement réalisés sous la forme de
> mener une politique volontariste de diversifica- résidences de tourisme. Le positionnement de ce produit, plus
riche en services que la simple location auprès de particulier,
tion pour développer le tourisme estival, en s’ap- présente un attrait important. La résidence de tourisme contri-
puyant sur le patrimoine alpin, le thermalisme, les bue à mettre à disposition de la clientèle des lits adaptés aux
grands espaces, l’environnement, etc.» évolutions des modes de consommation».
11Conserver et consolider
notre «qualité environnementale»
Nos milieux naturels, nos forêts, Le tourisme, les loisirs, la qualité de notre cadre de vie,
nos paysages, nos ressources en l’attractivité de notre territoire : autant d’atouts menacés
par la dégradation de nos ressources naturelles. Chez nous
eau constituent la première riches- comme ailleurs, nous avons consommé de l’espace (pour
se patrimoniale de la Savoie, et le l’urbanisation), de l’eau et de l’énergie, généré des polluants
facteur essentiel de son attracti- en quantité croissante… Or, ces ressources sont limitées et
vité. Ils sont aujourd’hui menacés pour une partie d’entre elles, non renouvelables. En con-
par les changements climatiques sommer trop aujourd’hui, pour des raisons de rentabilité
économique, peut nous handicaper lourdement sur le long
et surtout, par notre mode de vie : terme. La préservation de notre environnement fait figure
des adaptations, voire des ruptu- d’enjeu majeur pour la Savoie, et s’inscrit plus largement
res, sont nécessaires. dans les enjeux écologiques planétaires.
Des ruptures inévitables
Ce constat a fait l’objet d’un consensus lors du débat sur
Savoie 2020. La nouvelle politique environnementale qui de-
vra en découler s’appuiera sur les objectifs suivants :
> réaliser les ruptures nécessaires dans nos choix d’amé-
nagement, d’urbanisme et de transport : pour réduire les
déplacements, par exemple, il faut densifier les villes et
développer les modes de transport alternatifs.
> engager une nouvelle approche dans la gestion des res-
sources rares : il ne s’agit pas de « fermer » mais d’optimi-
ser, pour ne pas brider la croissance de nos activités écono-
miques. Des règles du jeu plus strictes doivent être définies
et mises en oeuvre pour les ressources les plus convoitées,
en particulier l’eau et l’espace
> définir une politique pérenne pour préserver et valoriser
les grands espaces : Parc national de la Vanoise, entretien
des paysages de montagne par des exploitation agricoles
au rôle élargi…
> aménager mieux et exploiter davantage des ressources
délaissées comme la forêt, qui couvre 40% de notre terri-
toire
> s’impliquer davantage dans la mise en œuvre d’énergies
alternatives.
- CHIFFRES-CLES -
La qualité de vie,
> Un touriste en station consomme 250 à 300 litres facteur de développement économique
d’eau par jour, auxquels il faut ajouter 150 à 200 litres
pour l’enneigement artificiel. Cette nouvelle politique porte un risque de tensions et de
> La consommation annuelle d’eau en Tarentaise dé- conflits : court terme contre long terme, activités locales
passe de 13% celle de Chambéry métropole. contre enjeux planétaires, intérêt collectif contre aspira-
> La Savoie a produit en 2003 251 000 tonnes d’ordures tions individuelles, politiques publiques contre stratégies
ménagères, dont 26,5% ont été traitées hors du dépar- privées… Mais la préservation de notre « qualité environne-
tement. mentale » est une des clés de notre développement écono-
> La VRU de Chambéry voit passer 83 100 véhicules par mique et de notre qualité de vie à l’horizon 2020.
jour, +39% en dix ans.
> En dix ans, le trafic autoroutier a augmenté de 23% sur
Chambéry-Grenoble, de 35% au Sud de Chambéry, de
50% sur Chambéry-Lyon.
12«Mieux connaître le milieu naturel pour
mieux le protéger»
Jean-Pierre Feuvrier, vice-président du Conservatoire du pa-
trimoine naturel de Savoie
«Pour mieux protéger notre patrimoine naturel ces 15 pro-
- VOTRE AVIS SUR LE SUJET - chaines années, il faut d’abord mieux le connaître, étudier le
terrain, réaliser des inventaires. Autrefois, une zone humide
> L’environnement en Savoie est «menacé mais pro- était une future zone artisanale en puissance. Aujourd’hui,
tégé» pour 64% d’entre vous (très menacé : 26% : bien nous savons qu’elle participe à la régulation des crues et au
protégé : 7%). maintien de la biodiversité ; on peut justifier d’un intérêt à la
> La meilleure manière de protéger le patrimoine naturel sauvegarder.
est de poursuivre le développement dans un esprit du-
rable pour 38% d’entre vous (sensibiliser la population : Améliorer la connaissance, c’est associer aux spécialistes exté-
36% ; davantage de réglementation : 16%) rieurs les acteurs locaux : élus, agriculteurs, accompagnateurs
> Dans le domaine des déplacements, l’axe de dévelop- en montagne, passionnés de nature…, tous détenteurs de sa-
pement prioritaire doit être les transports en commun voirs. Ainsi, ils se sentiront responsables du milieu où ils vivent.
pour 51% d’entre vous (voiture : 14%).
Avec de telles bases, il devient possible de faire des choix
Données issues de l’analyse des 6 000 questionnaires «Savoie 2020» renvoyés équilibrés entre protection des milieux et activités humaines.
par les Savoyards Les parcs naturels régionaux - Bauges, Chartreuse - avec
leurs objectifs rassemblés dans une charte évaluée périodi-
quement, sont de bons exemples. En haute montagne, à l’in-
verse, il faudrait accepter de sauvegarder de vastes espaces
encore non aménagés. Enfin, les zones urbanisées peuvent
accueillir des projets intéressants. Par exemple des « passe-
relles vertes » entre Bauges et Chartreuse, pour le passage
« 1% d’habitants en plus, c’est 4% de dé- des espèces sauvages à travers l’agglomération de Cham-
placements automobiles supplémentaires» béry, qui soient aussi des lieux de promenade de proximité
pour les citadins.»
Nicolas Mercat, responsable des
études de la société Altermodal
« En Savoie, quand la population
augmente de 1%, les déplace-
ments automobiles augmentent
de 4% ! Or nous allons accueillir
45 000 habitants supplémen-
taires d’ici 2020, d’où un risque
croissant de dégradation de notre
cadre de vie et de congestion des
grands axes.
La priorité n°1, c’est de densifier les villes et de favoriser l’ac-
cueil de nouveaux habitants au cœur des agglomérations. On
ne peut plus laisser les zones péri-urbaines grandir à toute
vitesse, alors que leur étalement rend impossible la mise en
place de transports en commun.
Seconde piste, agir sur les comportements : aujourd’hui, 70%
des trajets de moins de 2 km se font en voiture ! On peut agir
auprès des scolaires, qui recourent de moins en moins à la
marche et au vélo ; on peut multiplier les plans de déplace-
ments d’entreprises (PDE) pour favoriser les transports en
commun, le co-voiturage, les modes doux ; autre idée, re- NOS PRIORITÉS
penser l’accès aux zones d’activité pour encourager d’autres
modes que l’automobile. > réaliser les ruptures nécessaires dans les modes
d’urbanisation et de déplacement
Enfin, il faut favoriser les modes de transport alternatifs. La
Savoie, avec ses cluses, concentre la plupart de ses habi- > gérer autrement les ressources rares comme
tants dans des zones restreintes. C’est un terrain idéal pour l’eau et l’espace
un véritable RER entre agglomérations, ou pour mener des > préserver et valoriser les grands espaces dans le
expériences de covoiturage ».
cadre d’une politique pérenne
13Pour une Savoie ouverte,
impliquée dans des réseaux
L’avenir de la Savoie passe en Territoire de taille moyenne, mais situé dans un puissant
grande partie par sa capacité «champ de forces» et confronté à des défis majeurs, la Sa-
voie ne pourra pas conduire son projet seule : elle doit trou-
à développer des alliances et à ver des alliés pour bénéficier de leur dynamique et avoir une
s’impliquer dans des réseaux. influence significative sur les choix et les orientations qui se
Elle pourra ainsi trouver sa place décident sur des espaces plus larges.
et contribuer à la réalisation de
grands projets qui se jouent au Trois grands axes se dégagent.
niveau français ou européen :
> La métropole multipolaire des Alpes du Nord : le Sillon Alpin,
gestion de l’espace, organisation
est désormais une réalité urbaine et démographique, avec
des déplacements et du trafic de
des interrelations croissantes entre les zones urbaines qui le
transit, développement économi-
constituent. La Savoie doit y affirmer sa place et encourager
que, bio-diversité, etc. le renforcement des coopérations dans les domaines de
l’économie, de l’enseignement supérieur, de la recherche,
gages de «lisibilité» à l’échelle européenne et mondiale. Le
ENJEUX DES ALPES FRANCO ITALIENNES
Sillon Alpin doit aussi se doter d’une «conférence métropo-
Rencontre du 13 avril 2006 avec M. ESTROSI Ministre délégué à l'Aménagement du Territoire
litaine» pour faciliter les échanges et prises de décision de
ses élus et de ses acteurs-clés.
Lausanne
> L’Espace Alpin européen : la Savoie
F RA N C E
doit s’engager délibérément dans la
SU I S SE construction de cette entité qui couvre
GENEVE
l’arc alpin et a été reconnue par des
AIN HAUTE SAVOIE procédures européennes et par la Con-
RHÔNE Annecy vention Alpine, traité international ratifié
LYON I TA LI E
par l’Union Européenne.
n Aix Aoste
Lyo
LOIRE
les Bains
Régio n
Urb ain e de Chambéry
VAL D'AOSTE
> L’implication des acteurs et des entre-
Saint Etienne
SAVOIE
prises dans des réseaux européens et
i n
mondiaux : depuis des années, des
Alp équipes universitaires et des entre-
S ill o n
PROVINCE
HAUTE DE TURIN
Le Puy
LOIRE Grenoble
prises du département ont pris cette
en Velay
Valence ISERE
TURIN orientation. Ce mouvement doit être
Briançon
encouragé et amplifié.
Privas
ARDECHE HAUTES ALPES
LOZERE DRÔME
Gap PROVINCE
Mende DE CUNEO
Cuneo
- CHIFFRES-CLES -
ALPES DE
> Les touristes étrangers représen-
HAUTE PROVENCE
GARD
Digne tent 30% de la clientèle touristique
Avignon ALPES MARITIMES
PROVINCE
D'IMPERIA
totale de la Savoie
Nîmes VAUCLUSE Imperia
> Le volume des exportations sa-
HERAULT
Montpellier
Nice voyardes est 2,14 plus élevé que
BOUCHES DU RHÔNE celui de ses importations
Aix en
Provence > Les universités savoyardes ac-
VAR
cueillent 10% d’étudiants étran-
MARSEILLE gers.
CAFI
Toulon
Sillon Alpin et RUL
> Depuis 30 ans, le Sillon Alpin (de
Comité de Massif des Alpes Genève à Grenoble) a accueilli en
Partie Région Rhône Alpes
et DTA Alpes du Nord
moyenne 15 000 habitants supplé-
Partie Région PACA mentaires par an.
14«Promouvoir les échanges d’expérience,
une priorité pour l’Espace Alpin européen»
Bernard Debarbieux, professeur
à l’université de Genève
«Si nous voulons collaborer avec
- VOTRE AVIS SUR LE SUJET - nos voisins européens de l’Espa-
ce alpin, c’est à l’évidence autour
> La Savoie est un département de l’échange d’expérience. Le
«compétitif mais trop petit en Eu- modèle de station de sports d’hi-
rope» pour 48% d’entre vous (bien ver en Tarentaise, même s’il est
inséré et compétitif en Europe : critiqué, constitue une référence
35% ; trop petit et isolé en Europe : économique et urbanistique ob-
14%) servée par tous nos voisins. En sens inverse, nous gagnerions
> Les synergies doivent être déve- à nous inspirer de nos voisins suisses et autrichiens sur les
loppées en priorité avec la Région questions de maîtrise de l’urbanisation et des déplacements.
Rhône-Alpes pour 43% d’entre Dans ces deux pays, des politiques contraignantes ont été
vous (avec l’Europe : 24% ; avec mises en place et les résultats sont probants.
les pays limitrophes : 23%).
Reste qu’il ne sera pas facile d’organiser des réseaux. L’Es-
Données issues de l’analyse des 6 000 question- pace alpin est très hétérogène en termes de langues et de
naires «Savoie 2020» renvoyés par les Savoyards cultures politiques. Je ne vois pas à ce jour de réseau assez
actif et puissant pour nous offrir des bénéfices à court terme :
il faudrait investir sur la durée dans des réseaux émergents
(Alliance dans les Alpes, Villes des Alpes). Dans l’immédiat,
seul le Sillon Alpin me semble être porteur. En particulier pour
nos problèmes d’urbanisation et de circulation, qui appellent
des réponses urgentes. »
«Ce sont les hommes et les idées qui font
les territoires»
Michel Rivoire, directeur du pa-
trimoine et des infrastructures
corporate de bioMérieux
« Avant de se lancer dans des
réseaux, il est primordial de dé-
terminer quels projets et quelle
volonté on veut porter. Ce ne
sont pas les structures qui ont les
idées ; ce sont les hommes et les
idées qui font les territoires, et qui
créent des réseaux susceptibles
de les servir.
Deuxième idée force : on s’engage dans un réseau comme
dans un couple, avec la volonté de durer, de satisfaire les
NOS PRIORITÉS intérêts de chacun et de combattre la routine. Il faut y met-
tre beaucoup de pugnacité et de ténacité, deux qualités très
savoyardes, et préserver une légèreté et une souplesse de
> affirmer la place de la Savoie, territoire-clé dans fonctionnement pour ne pas tout « fonctionnariser ».
la construction de l’Espace métropolitain des Alpes
A la lumière de ces principes, je ne crois pas que la Savoie ait
du Nord
intérêt à s’impliquer dans des réseaux en tant que territoire.
> s’engager dans la construction de l’Espace Al- Sauf pour sa lisibilité nationale et internationale. En revanche,
pin : environnement, transports, tourisme, loisirs… le thème qui se dégage est celui de l’environnement, qui im-
> amorcer et renforcer des coopérations ciblées pacte de multiples secteurs économiques : tourisme, effica-
cité énergétique, innovation technologique, etc. »
sur nos savoir-faire
15En huit mois de travail et de débats, le projet Savoie 2020
a directement impliqué 150 personnes intégrées dans
les différents groupes de travail. Il a associé tous les
Savoyards à sa démarche à travers l’envoi d’un ques-
tionnaire qui a suscité plus de 6000 retours. Trois soirées
thématiques consacrées à l’avenir de l’industrie, du tou-
risme et au développement durable ont été organisées.
En novembre 2005, les Assises Savoie 2020 ont réuni 800
personnes à Chambéry.
Le projet Savoie 2020
Les grandes orientations
issues du projet
Elles guideront en 2006 le travail des équipes chargées
de proposer des actions.
• Population, vie sociale
Expérimenter de nouvelles formes urbaines, encourager
le développement des services à la personne
• Environnement
Réaliser les ruptures nécessaires dans les modes
d’urbanisation et de déplacement, gérer autrement les
ressources rares comme l’eau et l’espace, préserver et
valoriser les grands espaces
• Economie
Consolider nos industries traditionnelles, appuyer notre
développement sur les énergies renouvelables et les
activités liées à la montagne, faire franchir un saut tech-
nologique à toutes les entreprises
• Tourisme
Pérenniser le succès du tourisme hivernal tout en me-
nant une politique volontariste de diversification, afin
de développer le tourisme estival et les autres activités
touristiques.
Conception : B.THOMAS (MDP)
Photos : B.Thomas, Alpespace, divers
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