Comment accompagner les patients obèses dans un processus de changement à long terme ?
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REVUE MÉDICALE SUISSE
Comment accompagner
les patients obèses dans un processus
de changement à long terme ?
Drs LOÏC LOCATELLI a, ZOLTAN PATAKY a, CATHERINE JOLY a et Pr ALAIN GOLAY a
Rev Med Suisse 2016 ; 12 : 584-90
Il est illusoire de penser perdre du poids de manière efficace en tique ou l’activité physique séparément de ceux se ciblant sur
agissant uniquement sur la diététique ou l’activité physique. les deux axes. Ils démontrent que les programmes combinés
Pour perdre du poids de manière satisfaisante et pour maintenir comprenant des modifications de comportement à la fois sur
cette perte de poids, il faudrait davantage s’orienter sur des mo- la diététique et l’activité physique sont les plus efficaces pour
difications du mode de vie, à savoir des changements de compor- perdre du poids sur douze mois.
tement sur plusieurs axes. A travers des exemples concrets illus-
trant un patient obèse voulant perdre du poids, nous verrons De plus, une autre méta-analyse 2 datant de la même période
quelles compétences celui-ci doit acquérir pour atteindre son indique que ces mêmes programmes sont également plus ef-
objectif et quels outils le thérapeute peut utiliser pour l’aider. ficaces pour maintenir cette perte de poids sur le long terme,
entre 12 et 24 mois.
How to support obese patients in a long term Ces études confirment qu’une approche plus globale que des
process of change ? régimes diététiques restrictifs est indiquée dans le cadre d’un
It is illusory to think losing weight effectively by acting only on diet patient obèse souhaitant perdre du poids. Ce processus peut
or physical activity. To lose weight satisfactorily and to maintain sembler long, flou et contraignant, tant pour le patient que
that weight loss, we should move more on lifestyle changes, namely pour le médecin.
changes in behavior on several axes. Through concrete examples of
an obese patient wanting to lose weight, we will see what skills he En effet, le patient obèse est abreuvé de messages contradic-
must acquire to achieve its objective and what tools the therapist toires concernant une cure amincissante miracle, voire des
can use to help. pilules amaigrissantes. En France, l’Agence nationale de sécu-
rité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail
(ANSES) a émis des recommandations en matière de régimes
Introduction hypocaloriques sévères. Selon l’ANSES, les risques liés aux
régimes concernent des perturbations osseuses, musculaires,
Ces dernières dizaines d’années, de nombreuses méthodes de hépatiques et rénales, des modifications profondes du méta-
traitement de l’obésité ont émergé de façon concomitante à bolisme énergétique ainsi que des perturbations psychologi
l’augmentation de la prévalence de celle-ci dans nos sociétés. ques.3 Ces mêmes régimes restrictifs peuvent induire des
Concernant les traitements conservateurs, à savoir non chi troubles du comportement alimentaire.
rurgicaux, de nombreuses méthodes d’amaigrissement ont été
développées. Tant dans le domaine médical que non médical, D’autre part, le médecin peut se sentir inconfortable avec un
on peut retrouver n’importe quel régime drastique déséquilibré patient souhaitant perdre du poids sans réaliser les nom-
ainsi que d’innombrables programmes de réentraînements breuses modifications comportementales que cela devra
physiques intensifs. Difficile alors pour un patient souffrant engendrer.
d’obésité, mais aussi pour le médecin, de s’y retrouver. Qu’en
est-il de l’état des connaissances médicales actuelles ? Pour aider le praticien dans cette démarche, plusieurs orga-
nisations ont rédigé des guidelines au fil du temps. Par
exemple, la Société américaine de l’obésité et le Collège amé-
Approches multidisciplinaires versus ricain de cardiologie ont sorti un ensemble de guidelines
structurées (figure 1) pour pouvoir s’y retrouver.4 Dans
régimes « simples » celles-ci, on retrouve des recommandations très pratico-
Dans une méta-analyse datant de 2014, Johns et coll.1 ont com pratiques (mesure de l’indice de masse corporelle, évalua-
paré les programmes de perte de poids se ciblant sur la diété- tion des facteurs de risque cardiovasculaires et des compli
cations de l’obésité) combinées à des recommandations
ciblées sur les modifications du mode de vie (comprehensive
a Service d’enseignement thérapeutique pour maladies chroniques,
lifestyle intervention), la diététique et l’activité physique. En
Centre collaborateur de l’OMS, Département de médecine communautaire,
de premier recours et d’urgences, HUG, 1211 Genève 14 revanche, il n’y a pas d’information sur comment accom
loic.locatelli@hcuge.ch | zoltan.pataky@hcuge.ch | catherine.joly@hcuge.ch pagner au mieux un patient obèse dans ces processus de
alain.golay@hcuge.ch changement.
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fig 1 Guidelines pour le traitement du surpoids et de l’obésité chez l’adulte
FRCV : facteurs de risque cardiovasculaires.
Faire la Mesurer le poids IMC : Oui Evaluer et traiter Evaluer l’histoire
connaissance et la taille ; 25-29,9 : surpoids IMC ≥ 25 les FRCV et les du poids et les
du patient calculer l’IMC 30-34,9 : obésité I comorbidités habitudes de vie
35-39,9 : obésité II en lien avec l’obésité
≥ 40 : obésité III
Non
IMC : 18,5-24,5
Evaluer le besoin
de perdre du poids :
Mesurer le Conseils pour éviter Non / risque insuffisant IMC ≥ 30 ou
Evaluation poids et calculer la prise de poids ; IMC 25-29,9
l’IMC 1 x / an adresser ou traiter les avec des FRCV
Traitement ou plus fréquemment autres FRCV
Evaluer la disposition
à modifier les
Non / pas prêt à changer
habitudes de vie pour
perdre du poids
Oui, prêt
Suivi et maintien Intervention
de la perte de poids intensive sur le style Déterminer la perte
de vie de poids, les
Oui objectifs de santé
Oui Autres conseils et les stratégies
sur le style de vie d’intervention
Traitement
comportemental intensif ;
réévaluer et réadresser
Perte de poids les facteurs contributifs Perte de poids
≥ 5 % et amélioration médicaux ou autres ; ≥ 5 % et amélioration Interventions sur les
Non
suffisante des considérer, ajouter ou suffisante des cibles habitudes de vie
paramètres de santé réévaluer une pharmaco- de la santé uniquement ou
thérapie contre avec des thérapies
l’obésité et / ou référer adjuvantes
à la chirurgie bariatrique
Non
IMC ≥ 40 ou IMC ≥ 35 avec
des comorbidités : IMC ≥ 30 ou IMC ≥ 27
proposer une évaluation avec des comorbidités :
Poursuivre la prise en par un chirurgien possibilité d’ajouter une aide
charge des FRCV et bariatrique pour renforcer pharmacologique pour
des problèmes en lien les interventions sur le mode renforcer les interventions
avec l’obésité de vie sur le mode de vie
(Selon les guidelines de l’AHA / ACC / TOS pour l’obésité de 2013 4).
Enseignement thérapeutique du patient – d’acquérir et de maintenir des compétences qui leur permet
tent de gérer de manière optimale leur traitement afin d’arriver
une réponse aux maladies chroniques
à un équilibre entre leur vie et leur maladie. Le but de l’ETP est
Dans la suite de cet article, nous évoquons via une vignette de maintenir ou d’améliorer la qualité de vie des patients souf
clinique, des situations que le praticien peut rencontrer au frant de maladies chroniques.5 C’est une approche globale,
cours de la prise en charge d’un patient obèse. centrée sur le patient et sur l’individu. Initialement élaboré
dans le cadre du traitement du diabète,6 l’ETP s’est élargi de-
Une méthode d’approche pour accompagner un patient obèse puis plusieurs dizaines d’années à de nombreuses autres ma-
dans un processus de changement de comportement est l’en- ladies chroniques, notamment l’obésité. Il est actuellement
seignement thérapeutique du patient (ETP). Selon la défini- reconnu comme la pierre angulaire du traitement de l’obésité.7,8
tion de l’OMS, il s’agit d’une méthode permettant aux malades Appliqué au traitement de l’obésité, il permet au patient d’iden
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tifier ses comportements l’ayant amené à l’obésité afin de et de gonalgies. Son obésité impacte fortement sa qualité
pouvoir envisager des modifications constantes à long terme. de vie et son image de soi.
Selon une revue de la littérature, l’ETP permet une améliora-
tion nette des maladies dans 64 % des articles analysés.7 Ce- Concernant ses représentations, elle se considère en
pendant, lorsque l’éducation est complexe et structurée, avec bonne santé, hormis son diabète, et affirme également
des indicateurs très précis et un groupe contrôle sans éduca- qu’il est normal de prendre du poids avec l’âge. Elle at-
tion thérapeutique, l’ETP montre une grande efficacité dans tribue la majorité de sa prise de poids à un médicament
toutes les maladies chroniques considérées. prescrit par son ancien généraliste il y a dix ans. Elle dit
actuellement ne pas comprendre son poids et manger
Un programme de perte de poids mené dans notre service aux en très petites quantités ; elle ajoute que, sans la prise de
HUG a pu démontrer qu’une approche globale, multidiscipli- ce traitement par le passé, elle n’aurait pas de problème
naire et basée sur l’ETP, peut être efficace chez 63 % des pa- de poids.
tients.9
L’ETP est une approche pouvant être aussi utilisée dans un Dans cet exemple, Madame X attribue son poids à une cause
cabinet de médecine générale10 et son succès dépend à la fois externe (médicament prescrit par son généraliste). On peut
de la motivation du patient et du médecin.11 A travers une série retrouver ce genre de représentations de la maladie où un pa-
d’exemples que peut rencontrer un médecin généraliste face tient attribue une / des causes extérieures à ses problèmes. On
à un patient obèse souhaitant perdre du poids, nous pouvons parle alors d’un locus of control externe, qui peut rendre la
voir comment l’ETP peut aider à faire face à la situation. perte de poids plus difficile.15 Dans ce cas, une recherche des
motivations profondes à la perte de poids peut aider à impli-
quer la responsabilité du patient dans son projet. L’évaluation
Complexité de l’obésité de ses connaissances diététiques peut initier une remise en
question de ses représentations.
Un patient obèse venant consulter pour une perte de poids
vient avec ses conceptions concernant son poids, ses expé- Un travail autour de l’évolution de son poids en lien avec son
riences passées et ses attentes qui lui sont propres. histoire de vie (événements marquants) peut l’aider à interna
liser ses représentations. Pour ce faire, on peut utiliser un gra-
Représentations du patient phique permettant une réflexion autour des événements de vie
et des corrélations entre les fluctuations de poids (figure 2).
Il est important d’explorer les représentations du patient sur
son excédent pondéral,12 les facteurs responsables de son poids Graphique de l’histoire du poids :
actuel et les effets attendus d’une perte de poids. Le soignant fig 2 exemple de Madame X
doit comprendre les représentations personnelles de son pa-
12 ans : 63 kg, entrée dans la puberté. Poids dans la norme.
tient sur l’obésité. 18 ans : 77 kg, entrée dans l’obésité. Prise de 14 kg en 6 ans qu’elle contextualise
dans une période de stress liée aux études.
Expériences passées du patient 27 ans : 97 kg, fin de sa première grossesse. Période de stabilisation pondérale
entre l’âge de 18 et 25 ans puis prise de 20 kg dans le contexte de son mariage et
sa première grossesse.
Les expériences passées du patient par rapport à la perte de 29 ans : perte de 7 kg en quelques mois puis stabilisation : dans le contexte de
poids sont importantes.13 Par exemple, un régime alimentaire l’accouchement et de son congé maternité.
drastique ayant entraîné une perte de poids peut avoir marqué 38 ans : après sa deuxième grossesse : problème de santé pour lequel un traite-
ment est instauré : prise de 10 kg, passage de la barre symbolique des 100 kg
un patient obèse tant ce mode de vie ne correspond pas au R problématique pour la patiente.
sien. 48 ans : poids maximal de 102 kg, après 10 ans de période de yo-yo comprenant
des prises et pertes pondérales de ± 10 kg.
Attentes du patient Périodes de prises pondérales Evènements de vie exprimés comme
importantes : « marquants » par la patiente :
Les attentes d’un patient obèse sont de plusieurs ordres.14 • Etudes à l’adolescence • Obtention de son diplôme
Elles peuvent s’orienter sur le processus de perte de poids en • Mariage, première grossesse • Ses 2 grossesses
• Problème de santé • Son problème de santé à 38 ans
lui-même (la méthode utilisée, régime, efforts nécessaires), sur
• Yo-yo • Les 10 ans d’alternance de
les objectifs de celle-ci en termes de chiffre, de temps ainsi régimes / craquages
que des bénéfices attendus (amélioration / guérison des com- Poids
plications de l’obésité, impacts psychique et social, etc.). (en kg)
160
La vignette clinique ci-après illustre ces trois aspects. 140
120 102 kg
97 kg 100 kg
100 IMC : 39,1 kg / m2 IMC : 39,8 kg / m
2
Vignette clinique 80
IMC : 37,9 kg / m2
90 kg
60 77 kg IMC : 35,2 kg / m2
Madame X, 48 ans, mariée, 2 enfants, comptable, vient 63 kg IMC : 30,1 kg / m2
consulter pour perdre du poids. Elle présente une obésité 40 IMC : 24,6 kg / m2
de grade II (indice de masse corporelle : 39 kg / m2) évo- 20
15 ans 30 ans 45 ans Temps (en années)
luant depuis dix ans, compliquée d’un diabète de type 2
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Grâce à ce graphique, nous parvenons mieux à comprendre outil intéressant pour donner aux patients une image complète
l’évolution de l’obésité de Madame X qui date de longtemps. de leur situation.16 Cette réflexion peut se faire également
En discutant avec son médecin, celle-ci peut faire des liens pour les avantages et les inconvénients à changer de compor-
entre certains événements de vie et ainsi réfléchir sur sa rela- tement, afin d’induire une première réflexion autour du chan-
tion avec son poids. Par exemple, le fait qu’elle ne décrive un gement.
problème de poids que depuis dix ans amène à penser qu’elle
se considérait jusque-là en bonne santé. L’idée que l’obésité est En poursuivant la réflexion « Quelle serait la prochaine étape
une maladie n’est pas encore très répandue. Ce sont souvent dans l’idée d’effectuer un changement ? » (figure 3), on peut
les conséquences qui sont perçues comme problématiques et renforcer l’expression de discours changement et donc la pro-
qui amènent le patient à consulter.14 Faire ressortir le côté pa- babilité qu’un changement s’effectue.
thologie métabolique de l’obésité peut modifier les représen-
tations d’un patient et l’aider à mieux adhérer au traitement
(tableau 1). Renforcer la motivation au changement
A ce stade, il est important de prendre du temps pour détailler La motivation au changement, interne au patient, peut être
ces périodes de régimes, comment la patiente explique la va- influencée par des éléments extérieurs et les entretiens avec
riation de son poids à une période de vie donnée et comment le médecin peuvent stimuler le patient dans la réflexion du
elle a émotionnellement vécu les restrictions. Des régimes changement. Avant donc de commencer à aborder un change-
trop drastiques peuvent être mal vécus, ce qui peut rendre la ment avec un patient, il faut s’assurer que celui-ci soit prêt à
perte de poids angoissante et faire émerger des réticences au l’envisager. Lorsque le patient est d’accord, il est utile d’ex-
changement. A l’instar, des expériences de régimes sans effet plorer trois éléments fondamentaux que sont l’importance du
sur le poids peuvent renforcer le sentiment d’impuissance changement, la confiance en soi pour l’effectuer et enfin la dis
face à l’obésité. position au changement. Le médecin peut demander au patient
de coter ces éléments entre 0 et 10 puis élaborer une réflexion
Il s’agit ici d’attentes irréalistes qu’il est important de recher- sur les résultats. Premièrement, il faut demander au patient
cher et de clarifier avec le patient. Ce point sera repris par la pour chaque élément la raison pour laquelle il a attribué cette
suite dans l’élaboration des objectifs thérapeutiques.
Slalom motivationnel des deux
fig 3 balances décisionnelles
Accompagnement du patient
dans un processus de changement Les « bonnes choses »
L’entretien motivationnel (EM) est une approche thérapeu- au comportement initial
• « Je ne me prive de rien »
tique largement utilisée depuis quelques dizaines d’années, • « Les restos avec mes amis sont
d’abord dans le domaine des addictions, puis plus largement importants pour moi »
lorsqu’un changement de comportement est indiqué. • « Je n’aime pas perdre du temps
à cuisiner » Les « moins bonnes choses »
au comportement initial
Un des buts de l’EM est d’aider le patient à explorer son am- • « Je suis essoufflée à cause
bivalence face au changement, pour en favoriser secondaire- de mon poids »
• « Je ne peux pas m’habiller
ment sa résolution.16 Tant l’EM que l’ETP utilisent l’émergence
des motivations internes du patient comme catalyseurs de comme je le souhaiterais »
• « J’ai peur pour ma santé »
changement comportemental.
Un outil utilisé pour effectuer un état des lieux de la motivation « Si vous deviez vous engager dans un changement ? »
à changer de comportement est la balance décisionnelle éla-
borée par Janis et Mann. Il est utile à la fois pour le patient,
pour explorer son ambivalence, et au médecin, pour repérer
les obstacles aux changements. D’un côté de la balance sont
élaborés les éléments favorisant le statu quo (avantage à ne Le coût du changement
• « Je n’ai pas envie
pas changer de comportement) et de l’autre sont énumérées d’affronter un nouvel échec »
les moins bonnes choses au comportement actuel. Il s’agit d’un • « Je ne sais pas comment
je pourrais trouver du temps Le gain du changement
• « Je serais moins essoufflée »
pour cuisiner autrement »
• « Je devrais me couper de • « Je pourrais m’habiller
Vécu du poids de la patiente
Tableau 1 et de ses attentes mes amis en refusant leurs comme je le souhaite »
• « Je m’aimerais mieux »
invitations »
• « Je serais fière de moi »
Elle a effectué ces dernières années plusieurs régimes alimentaires restrictifs • « Je pourrais peut-être me
et déséquilibrés avec une perte de poids de courte durée suivie d’une reprise
de poids à chaque fois plus importante (phénomène de yo-yo). passer de mon médicament
contre la tension »
Elle exprime son vécu ainsi :
• « Mes régimes ont été à chaque fois plus difficiles à suivre »
• « Je reprends à chaque fois davantage de poids, ce qui me décourage »
Quelle serait la prochaine étape dans l’idée d’effectuer un changement ?
Concernant ses attentes, elle demande à son médecin de lui prescrire un
traitement lui permettant sans trop d’efforts de perdre 10 kilos en 2 mois.
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Dans le cas pratique de l’obésité, les deux axes de changement
fig 4 Echelles de comportement principaux concernent les domaines de la
diététique et de l’activité physique.
« Madame X, sur une échelle de 0 à 10, à combien évalueriez-vous l’importance de 1. Sur le plan diététique, on peut explorer les habitudes ali-
perdre du poids ? » mentaires du patient : par exemple, des aliments riches en
0 10 énergie consommés fréquemment (soda, graisses et alcool).
2. Sur le plan de l’activité physique, on peut évaluer sa manière
Pas du tout important Extrêmement important
de bouger dans son quotidien (la sédentarité est définie par
« Pourquoi 9 et pas 7 ? » l’OMS comme une activité quotidienne inférieure à 30 mi-
« Qu’est-ce-qui ferait que ce chiffre augmente de 9 à 10 ? »
nutes de marche par jour).
« Madame X, sur une échelle de 0 à 10, à combien avez-vous confiance en votre Peu importe la démarche, le but étant de créer un déficit éner-
capacité de perdre du poids ? »
gétique en fonction des objectifs pondéraux fixés d’environ
0 10
500 kcal / jour. Par exemple, en visant une perte de 5 à 10 % du
poids corporel en six mois, créer un déficit énergétique d’en-
Pas du tout confiante Extrêmement confiante
viron 500 kcal / jour induira une perte d’1-2 kg par mois.19
« Pourquoi 1 et pas 0 ? »
« Qu’est-ce-qui ferait que ce chiffre augmente de1 à 3 ? »
Référer au spécialiste
« Madame X, sur une échelle de 0 à 10, à combien vous diriez-vous être prête à
perdre du poids ? » Il est également utile de rechercher la présence de troubles du
0 10 comportement alimentaire (grignotages, binge eating disorder,
ou l’alimentation « émotionnelle ») pouvant venir entraver la
Pas du tout prête Extrêmement prête réussite des différents objectifs thérapeutiques définis et né-
« Pourquoi 5 et pas 3 ? » cessiter une prise en charge spécialisée. Cependant, l’identifi-
« Qu’est-ce-qui ferait que ce chiffre augmente de 5 à 7 ? » cation de ces troubles ainsi qu’un travail d’auto-observation
du patient peut se faire avec l’accompagnement du généraliste.
cotation et non une inférieure, afin de renforcer l’importance
du changement par les propos du patient lui-même (figure 4). Conclusion
Par la suite, et là encore pour favoriser une réflexion dyna-
mique sur le changement de comportement, le médecin peut A l’heure actuelle, il n’est plus recommandé de prescrire au
questionner le patient sur les conditions qui augmenteraient patient obèse voulant perdre du poids un simple régime. Grâce
cette cotation. à l’ETP, le médecin praticien peut aider son patient à identifier
les changements comportementaux à effectuer pour perdre du
L’exemple de Madame X révèle que sa confiance en elle est poids et l’aider à s’autonomiser pour stabiliser le poids perdu
fortement diminuée. Cet élément est pourtant fondamental en conservant les changements effectués.
pour entreprendre un changement de comportement et fait
souvent défaut chez des patients ayant par le passé effectué
sans succès d’autres tentatives de perte de poids. Cette con Conflit d’intérêts : Les auteurs n’ont déclaré aucun conflit d’intérêts en relation
avec cet article.
fiance en soi doit être entretenue tout au long du processus et
elle devrait être renforcée à chaque objectif réussi.17
Des objectifs thérapeutiques réalisables
Pour définir un objectif thérapeutique, il ne faut pas être d’em-
blée trop ambitieux pour éviter la rechute. En effet, un objectif
trop ambitieux, d’emblée voué à l’échec, ne servirait qu’à ren-
forcer le sentiment d’échec.
L’acronyme SMART peut être utilisé pour élaborer un objectif
Implications pratiques
thérapeutique.18 En effet, un objectif doit être Spécifique, Me-
surable, Atteignable, Réaliste et défini dans le Temps. Bien Pour un patient obèse, les régimes seuls devraient être
entendu, celui-ci doit être en accord avec les attentes du pa- proscrits en faveur d’une approche multiple individualisée
tient et acceptable pour le médecin. Il peut se déterminer en
posant au patient la question : « Qu’est-ce-que vous pouvez L’enseignement thérapeutique du patient est une approche-clé
dans la prise en charge d’un patient obèse et peut être appliqué
faire qui ne vous demande pas trop d’efforts ? »
dans un cabinet de médecine de premier recours
Le travail sur les objectifs peut se compliquer si le patient a Un soin important doit être porté à la définition des objectifs
tendance à raisonner sur un mode « tout ou rien ». Travailler thérapeutiques afin de maximiser leur chance de réussite
la notion de flexibilité devient alors indispensable.
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