Ghana : quels défis économiques ? - Macroéconomie & Développement - Agence Française de ...
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Juin 2019 / N 27
o
Macroéconomie & Développement
Ghana :
quels défis
Introduction
Le Ghana se distingue des autres économies de l’Afrique
économiques ?
par ses acquis démocratiques consolidés ainsi que par
le renforcement de son régime de croissance depuis les Selin Ozyurt (IRS/ECO)
années 2000. Le démarrage de la production pétrolière ozyurts @ afd.fr
au cours des années 2010 a significativement transformé
le paysage économique du pays, ayant pour conséquences
d’accélérer le rythme de croissance mais également
d’exposer le pays aux fluctuations des cours de pétrole. seuls, l’essentiel des recettes budgétaires. Il devient ainsi
À ce jour, le modèle économique du Ghana repose exces- primordial pour le gouvernement d’engager des réformes
sivement sur l’exploitation des ressources naturelles et structurelles (portant notamment sur la politique fiscale,
les activités des services peu qualifiés. Certes, le ren- la gestion des finances publiques et de la dette, la restruc-
forcement de croissance depuis les deux dernières turation des entreprises d’État relevant du secteur de
décennies s’est traduit par une hausse du revenu par l’énergie), en vue de mobiliser davantage de ressources.
habitant mais a aussi creusé les inégalités au sein de la Par ailleurs, la poursuite des efforts en matière de gestion
population. De ce fait, le développement d’un secteur des finances publiques et de contrôle des dépenses des
industriel diversifié devient primordial pour assurer une entreprises publiques est essentielle pour assurer une
croissance économique pérenne et inclusive et pour discipline budgétaire durable.
générer des emplois.
Le Ghana a un important besoin de financement externe
Les principaux facteurs de fragilité de l’économie gha- qui l’expose à un affaiblissement de l’appétence des
néenne portent sur la gestion des finances publiques et investisseurs et à des chocs externes. En 2007, le Ghana
les dynamiques d’endettement. Le taux d’endettement a été l’un des premiers pays africains à réaliser une
public du pays a presque triplé entre 2006 et 2016, émission obligataire internationale (euro-obligations) ;
passant ainsi de 26 à 74 % du PIB. La dégradation de la en 2018, le taux d’intérêt attaché aux émissions d’euro-
situation financière des entreprises publiques dans le obligations pour le Ghana s’est avéré plus favorable
secteur énergétique ainsi que les dérapages budgétaires que celui appliqué pour le Nigeria et l’Angola, et ce pour
préélectoraux ont participé à l’accumulation de la dette un montant émis pratiquement identique (autour de
publique. Dans ce contexte, le président Nana Akufo- 3 milliards USD). Depuis, les modalités d’endettement
Addo, qui a été élu en 2017, a fait du désendettement un public du Ghana ont significativement évolué au profit
des axes majeurs de son programme de redressement de l’endettement extérieur en devises, exposant le pays
économique. Le déficit budgétaire et le taux d’endet- à un important risque de change. Ainsi, en 2018, seule-
tement public ont commencé à se réduire à la suite des ment 14,3 % de la nouvelle dette extérieure du Ghana
politiques de consolidation budgétaire du gouverne- relevait de conditions concessionnelles auprès de bail-
ment. Toutefois, de manière structurelle, le service de la leurs de fonds multilatéraux et bilatéraux ; à titre de com-
dette et la masse salariale continuent d’absorber, à eux paraison, l’endettement concessionnel de la Côte d’Ivoirecontracté auprès de bailleurs multilatéraux et bilatéraux efforts de consolidation du secteur, notamment avec l’achat
s’élevait à 32 % à la même date. En dépit de l’inflation qui est et la prise en charge de cinq banques ghanéennes.
restée sous contrôle à 8 % en 2018, le Ghana a été affecté
par la volatilité des marchés émergents entraînant une dépré- Cette étude propose de faire un point sur la situation macro-
ciation de la monnaie nationale (le cédi). économique et financière du Ghana. Elle s’articule autour de
cinq parties. La première partie présente le contexte socio-
Au niveau global, le système financier ghanéen reste correc- politique ghanéen, tandis que les évolutions relatives au modèle
tement capitalisé. Toutefois, le niveau élevé des créances dou- de croissance sont abordées dans une deuxième partie. La
teuses de certaines institutions, constituent un risque pour la troisième partie aborde la situation des finances publiques
stabilité financière. La Banque centrale du Ghana (Bank of alors que la quatrième partie s’intéresse aux équilibres externes
Ghana) a récemment déployé d’importants efforts en vue du pays. Enfin, le diagnostic est complété par une analyse du
d’assainir le secteur bancaire et de renforcer son cadre régle- système bancaire et de la politique monétaire.
mentaire. En 2018, les autorités ghanéennes ont intensifié leurs
2 © AFD / Macroéconomie & Développement / Juin 2019Sommaire
LISTE DES GRAPHIQUES, ENCADRÉS 4 / SECTEUR EXTERNE – LE SOLDE COMMERCIAL
ET TABLEAUX 4 MONTRE DES SIGNES D’AMÉLIORATION ;
CEPENDANT, LE NIVEAU ÉLEVÉ D’ENDETTEMENT
EXTERNE EN DEVISES ÉTRANGÈRES
1 / ACQUIS DÉMOCRATIQUES CONSOLIDÉS RESTE PRÉOCCUPANT 25
DANS UN CONTEXTE SOCIOPOLITIQUE STABLE
ET DE BONNE GOUVERNANCE 5 4.1. Base d’exportation peu diversifiée 25
1.1. La consolidation successive des acquis
4.2. Important besoin de financement extérieur 28
démocratiques depuis 1992 5
1.2. Malgré une réduction significative du taux 5 / SYSTÈME FINANCIER – UN SECTEUR BANCAIRE
de pauvreté au cours de la dernière décennie, QUI FINANCE INSUFFISAMMENT L’ACTIVITÉ
les inégalités et la fragilité du marché ÉCONOMIQUE MALGRÉ DE PROFONDS
de travail persistent 8 EFFORTS DE CONSOLIDATION MIS EN ŒUVRE 30
1.3. Les défis énergétiques et environnementaux 5.1. Le système bancaire n’arrive pas à financer de
menacent le développement durable 9 manière satisfaisante les activités du secteur privé 30
5.2. Le secteur bancaire apparaît encore solide ;
2 / CROISSANCE – BESOIN en revanche, la profitabilité et la qualité
DE DIVERSIFICATION DANS UN CONTEXTE de l’actif se détériorent 34
DE FORTE DÉPENDANCE AUX MATIÈRES 5.3. Renforcement significatif du cadre
PREMIÈRES 11 de supervision bancaire dans un contexte
de détérioration des actifs 35
2.1. Un contexte économique marqué par la volatilité
des cours des matières premières 11
2.2. Des faiblesses structurelles freinent ACRONYMES ET ABRÉVIATIONS 38
le développement d’un secteur industriel diversifié 14 RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES 40
3 / FINANCES PUBLIQUES –
LES FINANCES PUBLIQUES ET LA DYNAMIQUE
D’ACCUMULATION DE LA DETTE PUBLIQUE
RESTENT INQUIÉTANTES MALGRÉ
DE RÉCENTES AMÉLIORATIONS 18
3.1. Les niveaux élevés d’endettement
et de déficit publics persistent malgré un effort
de consolidation budgétaire 18
3.2. La dégradation de la situation financière
des entreprises publiques a alimenté
l’endettement de l’État 20
3.3. Le profil de l’endettement a récemment changé
de nature au profit de l’endettement extérieur 23
/ Ghana : quels défis économiques ? / 3Liste des graphiques, encadrés et tableaux
GRAPHIQUE 1. GRAPHIQUE 18.
Indice de Gini (distribution de revenus) 9 Crédit domestique au secteur privé
(comparaison régionale en % du PIB, 2010-2017) 32
GRAPHIQUE 2.
Taux de croissance du PIB (en %) 11 GRAPHIQUE 19.
Évolutions de l’inflation, des taux d’intérêt directeurs
GRAPHIQUE 3.
et du taux de change 32
RNB par habitant (en ppa) 12
GRAPHIQUE 20.
GRAPHIQUE 4.
Évolution des taux d’intérêt (en %) 34
Taux de croissance annuel total et hors secteur
pétrolier (en %) 12 GRAPHIQUE 21.
Portefeuille des actifs détenus par le secteur
GRAPHIQUE 5.
bancaire ghanéen (GHS, milliard) 34
Décomposition du PIB par secteurs (en %) 14
GRAPHIQUE 6.
Contribution à la croissance économique ENCADRÉ 1.
des différents secteurs (en %) 16 Le programme avec le FMI pour la période 2015-2019 12
GRAPHIQUE 7. ENCADRÉ 2.
Investissement et épargne domestique 17 La production pétrolière au Ghana 15
GRAPHIQUE 8. ENCADRÉ 3.
Investissement et politique monétaire 17 L’endettement du secteur énergétique (ESLA Bonds) 21
GRAPHIQUE 9. ENCADRÉ 4.
Dette publique (en % du PIB) 18 Les défis actuels du secteur du cacao au Ghana 22
GRAPHIQUE 10. ENCADRÉ 5.
Solde budgétaire (en % du PIB) 19 L’argent mobile comme vecteur de développement
et d’inclusion financière au Ghana 30
GRAPHIQUE 11.
Évolution du solde courant (en % du PIB) 25
TABLEAU 1.
GRAPHIQUE 12.
Prêts bruts et croissance réelle des crédits
Importations et exportations rapportées au PIB
(en millions GHS) 33
(en %) 25
TABLEAU 2.
GRAPHIQUE 13.
Indicateurs de performance du système bancaire
Décomposition des exportations par produit 26
du Ghana (en %) 35
GRAPHIQUE 14.
Importations et exportations de pétrole
(en % du PIB) 27
GRAPHIQUE 15.
Solde de la balance courante (en % du PIB) 27
GRAPHIQUE 16.
Évolution des réserves en devises 28
GRAPHIQUE 17.
Crédit domestique au secteur privé (en % du PIB) 31
4 © AFD / Macroéconomie & Développement / Juin 20191 / Acquis démocratiques consolidés
dans un contexte sociopolitique stable
et de bonne gouvernance
Le Ghana est un pays doté d’une population d’environ 29 millions sur la première alternance politique du pays. Ainsi, le New
d’habitants et d’une superficie de 239 000 km 2. En termes Patriotic Party (NPP), de tendance libérale et favorable au
de produit intérieur brut (PIB), c’est la deuxième économie capitalisme, remporte les élections et John Agyekum Kufuor
d’Afrique de l’Ouest, se situant juste après le Nigeria, et la devient président. Dès son investiture, ce dernier lance une
onzième en Afrique subsaharienne (classement 2016). Au campagne contre la corruption au sein des grandes sociétés
cours des dernières décennies, le pays a consolidé le processus nationales. Il initie également des grands travaux d’infrastruc-
d’alternance démocratique et a fait des progrès significatifs en ture pour moderniser le pays et développer sa puissance éco-
matière de réduction de la pauvreté. Cependant, le creusement nomique. En 2004, il est réélu à la présidence avec 54 % des
des inégalités dans les années 2000 ainsi que les défis environ- suffrages exprimés, face au candidat présenté par le NDC,
nementaux constituent des facteurs de vulnérabilité pour la John Atta Mills, soutenu par Jerry Rawlings. En tant que
stabilité sociopolitique du pays. président, il met en œuvre un plan de réduction de la pauvreté
et poursuit des politiques mettant l’accent sur l’éducation et
la santé [ 2 ] . Le NDC revient au pouvoir en 2008, avec la vic-
1.1. La consolidation successive toire électorale du Pr John A. Mills à la présidence. À la suite
des acquis démocratiques depuis 1992 du décès de John A. Mills en 2012, John Dramani Mahama,
vice-président alors (élu sur le même ticket présidentiel),
En 1957, le Ghana (anciennement Gold Coast, la Côte-de-l’Or) devient président. Ce dernier remporte les élections de 2012
est devenu le premier pays colonisé du continent africain à de justesse (avec 51 % des voix), premières élections à se dé-
accéder à l’indépendance. Cependant, à la suite des décennies rouler sans la présence d’observateurs internationaux. Cepen-
marquées par l’instabilité politique et quatre coups d’État mili- dant, le leader de l’opposition, Nana Akufo-Addo, forme un
taires [ 1 ] , le Ghana réussit à amorcer sa transition démocratique recours devant la Cour suprême, contestant l’issue du scrutin
en 1992. La Constitution de 1992, approuvée par référendum, et sa régularité de par des fraudes significatives. Au terme
établit les bases d’un État républicain démocratique et ouvre d’une période de huit mois d’investigation, la Cour suprême
la voie au multipartisme. Le National Democratic Congress déclare invalide la requête du NPP. John D. Mahama est ainsi
(NDC), le parti de Jerry Rawlings favorable à l’intervention maintenu dans ses fonctions de président du Ghana jusqu’aux
étatique et aux politiques de tendance socialiste, remporte la élections suivantes.
majorité absolue des sièges à l’A ssemblée nationale en 1992
Fin 2016, Nana Akufo-Addo (NPP) est élu président de la
et de nouveau en 1996.
République, avec 54 % des suffrages exprimés contre 44 %
Les élections de 2000 constituent un tournant majeur dans pour le président sortant John D. Mahama. Ce dernier recon-
l’ancrage démocratique du pays. D’une part, Jerry Rawlings naît sa défaite, et les observateurs saluent la bonne tenue du
respecte bien la Constitution limitant le mandat présidentiel scrutin. À l’occasion de ces élections générales, le NPP obtient
à quatre ans, renouvelable une seule fois. D’autre part, les une majorité confortable au Parlement avec 169 sièges, contre
élections qui se déroulent de manière pacifique débouchent 106 pour le NDC, soit sur un total de 275 sièges à pourvoir.
[1 ] Pour un cadrage politique plus complet, il convient de se reporter à la publication MacroDev Ghana 2014 de l’AFD,
https://www.afd.fr/fr/ghana-les-enjeux-de-la-croissance-face-la-montee-des-desequilibres
[2] En 2011, John A. Kufuor a reçu le World Food Prize (prix mondial de l’alimentation), le Ghana étant devenu le premier pays d'Afrique subsaharienne à avoir réduit de moitié
la population souffrant de la faim et vivant avec moins d’un dollar par jour.
/ Ghana : quels défis économiques ? / 5Le programme électoral du nouveau président met en parti- l’autre (Bossuroy, 2011). Plus important encore, le Ghana a su
culier l’accent sur la lutte contre le chômage (surtout des mettre en place des mécanismes institutionnels afin de réduire
jeunes), en diversifiant l’économie largement dépendante de le risque de conflit ethnique. La Commission des droits de
l’exploitation des matières premières (or, cacao et pétrole). l’homme et de la justice administrative (CHRAJ, Commission
Nana Akufo-Addo promet aussi d’alléger la fiscalité sur on Human Rights and Administrative Justice), créée en 1993,
les sociétés, afin d’encourager les investissements dans le est ainsi une organisation indépendante accessible à tous,
cadre de l’initiative « Un quartier, une usine » (One District, chargée de la protection des droits humains au Ghana.
One Factory). Le Ghana confirme sa remarquable trajectoire
démocratique avec cette troisième alternance pacifique. D’un Un multipartisme établi
point de vue comparatif, la performance du Ghana dépasse
celle de la plupart des pays du continent sur le plan des Au Ghana, la tradition bipartite trouve ses racines dans la
libertés civiques, des droits et de la stabilité politiques. Le pays période de lutte pour l’indépendance. Même si le processus
dispose d’un certain nombre d’atouts sociopolitiques qui démocratique avec l’émergence de divers partis a été parfois
expliquent son fort ancrage démocratique, exemplaire pour le interrompu par des coups d’État militaires, la vie politique
continent. Cependant, sur le plan économique, les politiques ghanéenne a été rythmée par l’alternance à presque chaque
protectionnistes poursuivies par les gouvernements successifs échéance électorale, les deux principaux partis se partageant
ont sans doute eu des effets pervers, freinant les dynamiques ainsi la direction du pays. Le NPP relève d’une tradition poli-
de développement du pays. tique dite Busia-Danquah, alors que le NDC et certains autres
petits partis (par exemple : le PNC, People’s National Convention,
Une ethnicité non politisée et le CPP, Convention People’s Party) revendiquent l’héritage
de Kwame Nkrumah. Alors que l’héritage de Busia-Danquah
Le Ghana est une société multiethnique dans laquelle les (autrement dit le NPP) se caractérise par sa tendance libérale
Akans représentent à eux seuls 48 % de la population totale. tandis que les héritiers de Kwame Nkrumah (le NDC) défendent
Les Mole-Dagbanis, les Éwé et les Ga-Adangbe constituent les l’intervention étatique (économie dirigée) et les politiques
trois autres ethnies majeures du pays. Malgré certaines ten- d’obédience socialiste. Il est intéressant de constater qu’au
sions qui se sont manifestées, notamment en 1994, le pays n’a Ghana les élections sont souvent contestées dans la mesure
jamais connu de conflit ethnique généralisé. Ceci s’explique où les résultats s’avèrent particulièrement serrés. En effet,
en particulier par les politiques gouvernementales attentives à 80 % des électeurs voteraient toujours pour le même parti ;
l’ethnicité, y compris sous des régimes militaires. L’édification de là, les électeurs indécis peuvent facilement faire basculer
de la nation ghanéenne a aussi permis d’atténuer le rôle de l’issue du scrutin (Lindberg et Morrison, 2005).
l’appartenance ethnique. Sous le régime de Kwame Nkrumah
(1957-1966), des politiques encourageant les mariages inter- La forte participation électorale atteste de la crédibilité de
ethniques ainsi que les écoles mixtes ont cherché à forger un l’État et des acquis démocratiques. Notamment 69 % des
sentiment d’appartenance nationale. De surcroît, la Constitu- personnes inscrites sur les listes électorales ont voté lors de la
tion stipule que « tout parti politique doit avoir un caractère dernière élection présidentielle (2016). Par ailleurs, le Ghana
national, et l’adhésion à un parti ne se fera pas sur la base de s’est doté d’institutions solides telles que la Commission élec-
divisions ethniques, religieuses, régionales ou sectaires ». Ces torale, entité indépendante créée en 1993, chargée d’assurer
le bon déroulement des élections.
dispositions ont été renforcées par la loi de 2000 sur les partis
politiques [ 3 ] .
Les médias et la société civile
Il convient de préciser que les deux partis politiques dominants,
à savoir le NDC et le NPP, sont identifiés aux groupes ethniques Le Ghana jouit d’une société de plus en plus ouverte, grâce à
respectivement Éwé et Akan (surtout Ashanti). Ceci étant, les des médias dynamiques et à une solide culture en matière de
facteurs non ethniques (éducation, profession, niveau de revenu) débats publics. Le pays se distingue des pays pairs en Afrique
déterminent également l’évolution des votes d’une élection à (ayant le même niveau de PIB par habitant) par le rôle pré-
[1 ] La section 3(1) de la loi sur les partis politiques, dite Political Parties Act, stipule : « Aucun parti ne sera formé (a) sur la base de divisions ethniques, de genre, religieuses,
régionales, professionnelles ou sectaires ; ou (b) en utilisant des mots, des slogans ou des symboles qui pourraient provoquer des divisions ethniques, de genre, religieuses,
régionales, professionnelles ou sectaires ».
6 © AFD / Macroéconomie & Développement / Juin 20191 / Acquis démocratiques consolidés dans un contexte
sociopolitique stable et de bonne gouvernance
pondérant joué par ses médias diversifiés et les organisations Carte 1 Carte géographique du Ghana
de la société civile (OSC). Ces dernières sont dotées d’une
réelle capacité à mobiliser les citoyens ainsi qu’à s’engager dans
un dialogue politique [ 4 ] . À la suite d’une décennie de progrès
sans précédent, le Ghana se situe dorénavant au 23 e rang
dans le classement mondial de la liberté de la presse établi par
Reporters sans frontières (RSF) – la France se situant au 33 e
rang – et au 1 er rang au niveau du continent africain.
Une forte culture de la vie associative et une société civile
dynamique règnent au Ghana. De son côté, le gouvernement
ghanéen se montre de plus en plus enclin à consulter les
groupes de la société civile et à solliciter leur contribution.
Pour ne citer que quelques exemples, l’Institut des Affaires
économiques du Ghana et IMANI Ghana (think tank) se sont
activement engagés depuis le début de la décennie à lutter
contre la corruption et à promouvoir la bonne gouvernance.
Par ailleurs, African Centre for Energy Policy (ACEP) a active-
ment participé à l’élaboration des décisions politiques dans
le secteur pétrolier et gazier.
Image internationale d’un pays pacifié
Outre son environnement politique stable, le Ghana est un
pays peu violent, avec un faible taux de criminalité comparé
aux pays pairs du continent. Sur la scène internationale, le
pays bénéficie d’une image pacifique. Depuis plus de 25 ans,
le Ghana s’est engagé dans de nombreuses opérations de
maintien de la paix organisées par les Nations unies (Sierra
Leone, Liban, République démocratique du Congo, Côte
d’Ivoire, Mali, Soudan du Sud…), au sein desquelles 40 % Source : ministère des Affaires étrangères, 2004.
de ses effectifs militaires sont actuellement engagés. Le pays a
également apporté son soutien à la résolution des conflits la frontière maritime a surgi entre les deux pays en 2010, à la
en Côte d’Ivoire, au Libéria et en Gambie. Compte tenu de la suite de la découverte de gisements pétroliers offshore dans
région dans laquelle il s’inscrit, le Ghana souhaiterait également le golfe de Guinée. Après avoir tenté en vain de trouver une
intensifier ses relations avec ses voisins francophones. Dans solution amiable, le Ghana a porté l'affaire devant le Tribunal
ce cadre, le pays a acquis le statut de membre associé de l’Orga- international du droit de la mer en 2014. En 2017, ledit Tribunal
nisation internationale de la Francophonie (OIF) à l’occasion du a rendu un arrêt en faveur du Ghana. De là, les activités enga-
sommet de celle-ci tenu à Bucarest en 2006. gées dans la zone en question ont pu être relancées après une
Le Ghana et son voisin, la Côte d’Ivoire (voir Carte 1, main- période de ralentissement de celles-ci dû à ce litige. Ce dif-
tiennent des relations étroites en raison de communautés férend frontalier maritime n’a pourtant pas empêché les deux
présentes de part et d’autre de la frontière, mais également de pays d’entretenir de bonnes relations sur le plan diplomatique.
par la présence de réfugiés ivoiriens estimés à 10 000 au Ghana Les liens entre les deux pays se sont particulièrement renforcés
à la suite de la crise ivoirienne (2002-2007). Un différend sur suite à l’élection de Nana Akufo-Addo (NPP) à la présidence du
[4] Les médias se sont significativement développés au Ghana depuis l’abolition de la loi pénale sur la diffamation (Criminal Libel Law) en 2001.
/ Ghana : quels défis économiques ? / 7Ghana en 2016, celui-ci appartenant à l’obédience libérale com- Par ailleurs, la croissance économique des années 2000 a
me au demeurant son homologue ivoirien, Alassane Ouattara. permis de faire progresser le taux de développement humain
Le président ivoirien était ainsi l’invité d’honneur à la cérémonie (IDH, Indice de développement humain du PNUD, Programme
d’investiture du nouveau président ghanéen, Nana Akufo- des Nations unies pour le développement). Le Ghana est l’un
Addo. À cet égard, à la suite du verdict du Tribunal international des rares pays d’Afrique subsaharienne à être classé dans la
du droit de la mer, les deux pays ont affirmé « leur ferme volonté catégorie des pays « à développement humain moyen ». Le
de travailler ensemble à consolider et à intensifier leurs relations dernier rapport sur le développement humain du PNUD (2016)
fraternelles de coopération et de bon voisinage ». classe le Ghana à la 139 e place (sur 188 pays) en termes de déve-
loppement humain. À ce propos, il est intéressant de constater
que le Ghana est l'un des rares pays disposant d’un meilleur
1.2. Malgré une réduction significative classement concernant l’IDH, que celui détenu pour l’indica-
du taux de pauvreté au cours teur RNB par habitant.
de la dernière décennie, Les développements positifs en termes de réduction de la pau-
les inégalités et la fragilité du marché vreté et d’amélioration des conditions de vie ne se sont pas
de travail persistent nécessairement traduits par une croissance inclusive. Les
données d’inégalités de revenus, mesurées par l’indice de
Grâce à la forte dynamique de la croissance économique enre- Gini [ 5 ] , montrent une augmentation des inégalités à l’échelle
gistrée dans les années 2000 et suite à la révision des comptes nationale depuis 1992 (graphique 1). De plus, même à moindre
nationaux, le Ghana est désormais classé dans la catégorie des rythme, le creusement des inégalités s’est poursuivi sur la
pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure (PRITI). période récente. Le coefficient de Gini est passé de 42,3 %
Toutefois, le revenu national brut (RNB) par habitant du Ghana en 2012/2013 à 43 % en 2016/2017. Cette augmentation au
positionne le pays à la lisière de la catégorie des pays à faible cours des dernières années suggère que les bénéfices de la
revenu avec un RNB par habitant de 1 641 dollars en 2017 croissance n’ont pas été répartis de manière égale et que
(Banque mondiale). certains groupes ont été tenus à l'écart. La pauvreté touche
davantage les zones rurales, et l’émergence récente d’une
Le Ghana a atteint le premier objectif du Millénaire pour le classe moyenne à forte capacité de consommation, surtout
développement (OMD), visant à diviser par deux le taux d’ex- dans les zones urbaines, a exacerbé les inégalités au sein de la
trême pauvreté, grâce à l’accélération de sa croissance au cours société. Il existe une véritable fracture entre le nord du pays,
des années 2000. Ainsi, le taux de pauvreté (au seuil supérieur particulièrement affecté par la pauvreté, et les régions côtières
de pauvreté national de 1 314 cédis ghanéens (GHS) par an) est en plein essor. Bien évidemment, la montée des inégalités est
passé de 51,7 % en 1992 à 31,9 % en 2006, soit en l’espace d’une un facteur de risque qui pourrait compromettre les progrès
quinzaine d’années. Cependant, le ralentissement économique antérieurs en matière de réduction de la pauvreté et affaiblir
observé entre 2014 et 2016 a dégradé ce critère, plus de la les liens sociaux.
moitié de la population ghanéenne vivant avec moins de deux
dollars par jour. Ce niveau se situe bien au-dessus de la moyenne
relevée dans la catégorie des PRITI (37,3 %). La dernière enquête
sur les conditions de vie (Ghana Living Standard Survey –
GLSS7) publiée au 4 e trimestre 2018 souligne que la réduction
de la pauvreté ne s’est poursuivie que très lentement ces der-
nières années. Selon le rapport, le niveau de pauvreté global du
Ghana est ainsi passé de 24,2 % en 2012/2013 à 23,4 % en
2016/2017.
[5 ] L’indice (ou coefficient) de Gini est une mesure statistique de la dispersion de la distribution des richesses dans une population donnée. Plus l’indice de Gini est proche
de 100, plus les inégalités de revenus sont importantes.
8 © AFD / Macroéconomie & Développement / Juin 20191 / Acquis démocratiques consolidés dans un contexte
sociopolitique stable et de bonne gouvernance
Graphique 1 Le secteur agricole, qui emploie plus de 40 % de la population
active, demeure également largement informel et génère de
Indice de Gini (distribution de revenus) faibles revenus. Enfin, les créations d’emploi dans le secteur
44 formel sont principalement réalisées par l’État et les entre-
43 prises publiques, le secteur privé formel restant très marginal
42 en la matière.
41
40
39
Les défis énergétiques
1.3.
38
et environnementaux menacent
37
le développement durable
36
Comme cela a été mis en évidence par la Banque mondiale
35 (2007), le développement de l’économie ghanéenne s’est
1992-1993 2005-2006 2012-2013 2016-2017 plutôt réalisé au détriment des ressources naturelles. Ainsi,
dans le but d’assurer un développement durable et de renfor-
Source : Ghana Statistical Service (GSS), World Development Indicators (WDI), cer la cohésion sociale, il devient crucial que le pays réponde
Banque mondiale.
aux problèmes liés au dérèglement climatique et à l’environ-
nement [ 7 ] . L’économie ghanéenne est tributaire de secteurs
En ce qui concerne le marché du travail, la situation a très peu sensibles au climat, tels les secteurs de l’agriculture, de la pêche,
évolué au cours de la dernière décennie, et ce malgré les bonnes du tourisme et des forêts. La majeure partie des activités
performances économiques. D’après les services statistiques économiques du pays – notamment la production et la trans-
du Ghana (GSS, Ghana Statistical Service), le taux de chômage
formation du cacao, de l’huile de palme, du caoutchouc et du
est estimé à 2,4 % seulement en 2017. Toutefois, le taux de
bois, ainsi que l’exploitation minière –, est située dans le tiers
chômage officiel masque un niveau élevé de sous-emploi et
Sud du pays, lequel est recouvert d’une végétation dense. Dans
de chômage déguisé inhérent au secteur informel [ 6 ] .
un contexte de changement climatique au niveau du globe,
Le secteur informel demeure prépondérant au Ghana à l’instar l’augmentation des températures a pu être constatée dans les
des autres pays du continent africain. Plus de 80 % des emplois différentes zones écologiques du Ghana. De manière générale,
se trouvent dans l'économie informelle selon l'enquête sur la pluviométrie est anticipée à la baisse, se conjuguant avec un
les conditions de vie au Ghana (selon les dernières données régime de pluies de plus en plus irrégulier.
disponibles provenant du GLSS 6). L’enquête met aussi en
Les impacts négatifs du changement climatique commencent
évidence qu’une grande partie des travailleurs informels gagne-
à se faire sentir sur les moyens d’existence, la santé et aussi sur
raient moins de 240 GHS par mois (48 USD), soit un niveau
proche du seuil de pauvreté de 2 USD par jour retenu par la la production hydroélectrique. À plusieurs reprises, le Ghana
Banque mondiale. a souffert d’une pénurie d’électricité due à l’insuffisance de
la capacité productive de ses centrales hydroélectriques. En
Le secteur privé formel au Ghana ne parvient pas à générer 1997, le pays a commencé à faire appel à l'énergie thermique
suffisamment d’emplois pour absorber les nouveaux arrivants et, par la suite, au pétrole en complément de l'énergie hydro-
sur le marché du travail. Le secteur privé reste essentiellement électrique. Néanmoins, ces divers apports complémentaires de
dominé par les entreprises du secteur informel, dont environ production électrique n’ont pas permis de couvrir les besoins
90 % d’entre elles sont des microentreprises, petites et moyen- d’énergie de l’économie lorsque celle-ci était en forte crois-
nes entreprises (PME) employant moins de 20 personnes. sance durant les années 2000.
[6 ] La définition du chômage par les pouvoirs publics ne prend pas en compte le nombre élevé de personnes sans emploi qui peuvent être disponibles pour travailler, sans
nécessairement rechercher activement un travail.
[7] Le Ghana a ratifié la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) en 1995 et a également adhéré au Protocole de Kyoto en 2003.
Le Ghana a par ailleurs signé l’Accord de Paris sur le climat (Conférence de Paris de 2015 – COP21).
/ Ghana : quels défis économiques ? / 9En 2015, soit au plus fort de la crise de l’offre, le pays a réguliè- Enfin, le problème de la gestion des déchets, en particulier dans
rement subi des « dumsor » [ 8 ] , à savoir des délestages mis en les zones urbaines, constitue une menace pour la santé et
place par le gouvernement afin de rationner la distribution l'environnement. En raison du manque d'infrastructures, seuls
d’électricité. Ces délestages ont eu des répercussions négatives 67 % des déchets seraient collectés au Ghana [ 9 ] . Par ailleurs,
directes sur l’activité économique et la productivité (Abeberese la déficience de la gestion des déchets issus d'équipements
et al., 2017), et ont engendré de vives protestations au niveau électriques et électroniques est devenue la principale cause
de la population. Finalement, la crise énergétique a pu être de pollution toxique du pays. Actuellement, le Ghana est obligé
surmontée dès 2016 grâce (i) à la mise en exploitation de de brûler ses déchets électroniques, pour les faire disparaître
centrales hybrides utilisant à la fois le pétrole et le gaz issus ou pour en retirer les matières recyclables. Les activités relatives
des champs offshore, et (ii) aux réapprovisionnements de gaz à la collecte, au recyclage et au démantèlement des déchets
en provenance du Nigeria. d'équipements électriques et électroniques [ 10 ] feraient vivre
environ 30 000 personnes au Ghana.
[8] Terme populaire ghanéen utilisé pour décrire les pannes d’électricité persistantes, irrégulières et imprévisibles.
[9] https://www.business-humanrights.org/en/ghana-concerns-over-dumping-of-electronic-waste
[10] Une partie de ces déchets électroniques est issue de la consommation locale tandis qu’une autre partie (environ 15 tonnes par an) provient de trafic et d’importations.
10 © AFD / Macroéconomie & Développement / Juin 20192 / Croissance – Besoin de diversification
dans un contexte de forte dépendance
aux matières premières
2.1. Un contexte économique marqué de la croissance à partir du milieu des années 2000 dont la
par la volatilité des cours des matières hausse des cours du cacao et de l’or. Par ailleurs, la flambée
premières de la demande interne consécutive à l’accélération des octrois
de crédits bancaires a alimenté la consommation privée. Les
Le Ghana a progressivement renforcé son rythme de crois- dépenses publiques ont rapidement progressé avant les élec-
sance après les épisodes d’instabilité politique et économique tions de 2008, bénéficiant de l’espace budgétaire dégagé
des années 1960 et 1970. En 1983, le pays s’est engagé dans par l’allégement de la dette obtenu en 2006 dans le cadre
un programme de redressement économique (ERP, Economic de l’Initiative d’allégement de la dette multilatérale (IADM) [ 11 ] .
Recovery Program) défini conjointement par le Fonds moné- Bien que la crise financière internationale n’ait pas eu d’im-
taire international (FMI) et la Banque mondiale. Le programme pacts négatifs directs sur l’économie ghanéenne [ 12 ] , le taux de
avait pour objectif d’accompagner la transformation écono- croissance a ralenti de nouveau, se rétractant à 4 % en 2009.
mique et sociale du pays. Dans ce contexte, l’aide financière des Cet essoufflement s’explique davantage par des facteurs in-
bailleurs de fonds a afflué vers le Ghana au cours des années ternes, tels que le resserrement des crédits bancaires, la montée
1980. Ces financements ont ainsi permis d’accélérer le rythme des créances douteuses et le resserrement budgétaire posté-
de croissance à 4,3 % par an en moyenne au cours des années lectoral du nouveau gouvernement.
1990 (graphique 2).
Depuis les années 1990, la vulnérabilité principale de l’écono- Graphique 2
mie ghanéenne provient de sa forte spécialisation dans la
production d’un nombre limité de produits. En l’occurrence, le Taux de croissance du PIB (en %)
début des années 2000 a été marqué par un ralentissement ■ Taux de croissance du PIB (réel, en %)
économique causé par la chute des cours internationaux Taux de croissance annuel moyen (en %)
du cacao et de l’or, ainsi que par la hausse du prix du baril 15,0
du pétrole. Afin de redresser l’économie, un nouveau pro- 12,5
gramme avec le FMI (dans le cadre de la FRPC, Facilité pour la 10,0
réduction de la pauvreté et pour la croissance) a été lancé 7,5
sur la période 1999-2002. Ce programme a eu des résultats 5,0
satisfaisants, permettant la réduction des déséquilibres macro- 2,5
économiques (budgétaires et de la balance des paiements) 0
et renforçant davantage le rythme de croissance (pour le porter
-2,5
à 5,8 % par an en moyenne au cours des années 2000). Au cours
-5,0
des années 2000, le revenu national brut (RNB) par habitant
-7,5
en parité de pouvoir d’achat (PPA) du Ghana a convergé vers
le RNB moyen des économies du Kenya et de la Côte d'Ivoire 1980 1985 1990 1995 2000 2005 2010 2015
et l’a même dépassé à partir de la seconde moitié de la décen-
nie (graphique 3). Plusieurs facteurs ont soutenu l’accélération Source : World Economic Outlook (WEO), FMI.
[ 11 ] L’annulation de la dette multilatérale au titre de l’IADM (en anglais : MDRI, Multilateral Debt Relief Initiative) vient se rajouter à l’allégement de la dette dont l’engagement
a déjà été pris au titre de l’Initiative pays pauvres très endettés (IPPTE). L’objectif de cette autre initiative parallèle est de fournir un appui additionnel aux pays pauvres très
endettés (PPTE) pour les aider à atteindre les OMD, tout en préservant la capacité de financement des institutions financières internationales.
[12] Bien au contraire, le Ghana a pu tirer avantage de la baisse des prix de pétrole et de celle des biens alimentaires pendant la crise financière internationale.
/ Ghana : quels défis économiques ? / 11Graphique 3 Les dépenses électorales réalisées en 2012 et 2016 ont
RNB par habitant (en ppa) exacerbé ces déséquilibres et, partant, dégradé davantage
l’environnement macroéconomique, marqué par des taux
Côte d'Ivoire Afrique subsaharienne d’intérêts élevés, une forte dépréciation du cédi ghanéen
Kenya Ghana
et une montée de l’inflation. De surcroît, les coupures
4 500
récurrentes d’électricité ont largement pesé sur l’activité
4 000 économique dans son ensemble. Le rythme de croissance
3500 s’est significativement réduit à partir de 2014, et, en 2016, le
3 000 pays a connu son taux de croissance le plus faible en 23 ans
2500 (3,6 %). Dans ce contexte particulièrement difficile, le pays a
USD
conclu de nouveau un accord avec le FMI en vue de mettre en
2000
place un plan de redressement économique (voir encadré 1).
1500
1000
500 Graphique 4
0
Taux de croissance annuel total
1980 1985 1990 1995 2000 2005 2010 2015
et hors secteur pétrolier (en %)
■ Croissance du PIB ■ Croissance du PIB hors pétrole
Légende : ppa = en parité de pouvoir d’achat.
Source : Banque mondiale (WDI). 9
8
7
Le démarrage de la production pétrolière au cours des années
2010 a significativement transformé le paysage économique 6
du pays. Le champ pétrolier Jubilee, qui a été découvert en 5
2007, est officiellement entré en production en décembre 4
2010. La performance économique exceptionnelle enregis- 3
trée en 2011 (croissance du PIB de 14 %) s’explique ainsi par 2
l’essor de la production pétrolière. Toutefois, le lancement de 1
l’exploitation pétrolière n’a pas suffi à assurer une forte dyna- 0
mique de croissance. À partir de 2011, le Ghana a connu une 2013 2014 2015 2016 2017
décélération progressive de la croissance, étant donné que le
poids du secteur pétrolier qui reste relativement limité n’a pas Source : FMI (WEO – IFS, International Financial Statistics).
permis de maintenir un rythme de croissance à deux chiffres
sur plusieurs années. La chute des cours des matières premières
à partir de 2013 et l’amplification des déséquilibres macro- Le nouveau gouvernement de Nana Akufo-Addo, entré en
économiques ont également pesé sur les perspectives de fonction en 2017, a déployé des efforts significatifs pour
croissance de l’économie. La perception « trop optimiste » des redresser l’économie et résorber les déséquilibres macro-
autorités politiques quant au potentiel du secteur pétrolier est économiques. L’année 2017 a été marquée par un rebond
sûrement une des principales raisons ayant conduit le pays à de la croissance économique (8,4 %) qui s’explique essentiel-
l’accumulation de déséquilibres macroéconomiques. En effet, lement par le dynamisme exceptionnel de la production
les autorités semblent avoir surestimé et trop anticipé dans le pétrolière [ 13 ] et la modération des pressions inflationnistes
temps les recettes à venir du secteur pétrolier, causant de facto grâce à la stabilisation du taux de change. Néanmoins, d’après
la hausse du déficit budgétaire à partir de 2007. les prévisions du FMI, la croissance devrait être en retrait à
[ 13 ] En 2017, les bonnes performances du secteur pétrolier sont dues à des facteurs techniques tels que (i) l'augmentation de la production pétrolière sur le champ de Sankofa
et le champ offshore de Tweneboa, Enyenra, Ntomme (TEN), et (ii) la résolution des difficultés techniques survenues en mars 2016 sur les champs Jubilee Fields et Offshore
Cape Three Points (OCTP).
12 © AFD / Macroéconomie & Développement / Juin 20192 / Croissance – Besoin de diversification dans un contexte
de forte dépendance aux matières premières
6,3 % en 2018 (et à 7,6 % en 2019), du fait du ralentissement Il convient de noter que, fin 2018, le Bureau national des
prévu de la production pétrolière et de la modération des statistiques ghanéen (GSS) a changé l’année de base pour le
dépenses en matière d’investissement public dans le cadre de calcul du PIB (2013, contre 2006 auparavant), en vue de mieux
la politique de consolidation budgétaire. De manière structu- prendre en compte les nouvelles activités créatrices de richesse
relle, les périodes de forte croissance économique au Ghana que la précédente méthodologie n’intégrait pas. À la suite de
sont soutenues par l’activité du secteur pétrolier. De leur côté, cette opération comptable, le PIB du Ghana en 2017 s’élève à
les autres secteurs (hors secteur pétrolier) demeurent résilients 256,7 Mds GHS, contre 205,9 Mds GHS dans l’ancienne métho-
aux aléas du secteur pétrolier et enregistrent un taux de crois- dologie (soit une hausse de 25 %). Par ailleurs, cette opération
sance stable, de l’ordre de 6 % en moyenne (graphique 4). comptable a entraîné une réévaluation à la baisse des taux de
croissance enregistrés les années passées, notamment celui
de 2017 qui s’établit désormais à 8,1 % (contre 8,5 % dans la
précédente méthodologie).
Encadré 1 Le programme avec le FMI pour la période 2015-2019
En 2015, le Ghana a conclu avec le FMI un programme triennal en août 2017, et (ii) deux critères (masse salariale, apurement
de 918 millions USD au titre de la Facilité élargie de crédit (FEC), des arriérés domestiques) en décembre 2017. Compte tenu des
avec l’objectif de stimuler la croissance en réduisant l’inflation, mesures prises par le gouvernement pour corriger ces déra-
le déficit budgétaire et la dette publique. En 2016, les résultats pages et des progrès réalisés dans d’autres domaines clés, le
dudit programme ont été plutôt décevants en raison du déra- FMI a accordé au Ghana des dérogations pour l’atteinte de ces
page budgétaire pendant cette année électorale. Le déficit public critères de performance non satisfaits. Par ailleurs, le plafond
s’est en effet creusé davantage et l’endettement public a atteint d’endettement non concessionnel du Ghana a été relevé
74 % du PIB, soit son niveau le plus élevé depuis 2003. pour permettre aux autorités ghanéennes d’émettre des euro-
Malgré la performance décevante du programme, le FMI a recom- obligations sur les marchés internationaux (2,5 milliards USD) et
mandé sa poursuite afin de donner au nouveau gouvernement de souscrire des crédits commerciaux (500 millions USD). Cette
la possibilité de mettre en place une politique de consolidation nouvelle émission d’euro-obligations sera en majeure partie
budgétaire. Ainsi, le conseil d’administration du FMI a approuvé destinée à la gestion de la dette existante (1,75 milliard USD), mais
la 4 e revue du programme en septembre 2017, avec un décais- également au financement des projets prioritaires dans le do-
sement de 66,2 millions de DTS (Droits de tirage spéciaux ; maine des infrastructures (euro-obligations de 750 millions USD).
1 DTS = 1,22 EUR). À cette occasion, la durée du programme La 7 e revue du programme basée sur les critères de perfor-
a été allongée de 12 mois (soit jusqu’en avril 2019) pour permettre mance mesurés à fin juin 2018 n’a pas encore été approuvée.
au nouveau gouvernement d’atteindre les résultats escomptés En septembre 2018, le FMI a publié un communiqué de presse
et aussi d’assurer un certain contrôle sur le budget de l’État pour soulignant les bonnes perspectives de croissance économiques
l’année 2019. mais aussi les facteurs externes et domestiques affectant néga-
Les 5 e et 6 e revues du programme ont été validées en avril 2018, tivement la performance du programme. Le programme avec
donnant lieu à un paiement de 132,84 millions DTS malgré le FMI sera de nouveau évalué sur la base de critères de perfor-
le non-respect de (i) trois critères de performance (sur neuf mance périodiques, de critères de performance continus, d'une
critères fixés) dans le cadre du programme (solde budgétaire clause de consultation sur la politique monétaire et d'objectifs
primaire, masse salariale, apurement des arriérés domestiques) indicatifs à mesurer à fin décembre 2018.
Source : FMI (2016, 2017 et 2018).
/ Ghana : quels défis économiques ? / 132.2. Des faiblesses structurelles freinent Graphique 5
le développement d’un secteur
Décomposition du PIB par secteurs (en %)
industriel diversifié
■ 2006 ■ 2011 ■ 2017
Le développement d’un secteur industriel diversifié, capable 60 %
de générer de la croissance et de créer des emplois, constitue 50 %
un défi majeur pour l’économie ghanéenne. Le renforcement
du rythme de croissance du Ghana, depuis les années 1980, 40 %
tient principalement à la montée en puissance des secteurs
30 %
des services et de la construction, et, plus récemment, à l’ex-
pansion des industries extractives (secteur pétrolier notam- 20 %
ment). Le secteur manufacturier demeure, quant à lui, peu
développé en comparaison avec d'autres pays du continent 10 %
(Kenya, Sénégal, Côte d’Ivoire).
0%
À l’instar d’un grand nombre de pays en développement (PED), Agriculture Industrie Services Finance
et assurance
la structure économique du Ghana s’est modifiée à partir des
années 1990. La part du secteur agricole s’est progressivement
NB : Le PIB rebasé (en 2013) est utilisé pour l’année 2017.
réduite au profit des autres secteurs (graphique 5). Comme Source : Ministry of Finance (MoF), Ghana.
plusieurs pays africains, la diminution de la part du secteur
agricole dans le PIB du Ghana s’est réalisée principalement
au profit du secteur tertiaire (non échangeable). La part du Le gouvernement de Nana Akufo-Addo a introduit de nom-
secteur agricole s’élevait encore à un tiers de la valeur ajoutée breux programmes de relance en vue de contrecarrer les défail-
en 2006. En revanche, à la suite du démarrage de la produc- lances actuelles du secteur manufacturier ; à titre d’exemples :
tion pétrolière dans les années 2010 (voir encadré 2), cette part « One District, One Factory » (1D1F), Infrastructure for Poverty
a sensiblement reculé en 2017. Au Ghana, le secteur tertiaire Eradication Programme (IPEP). En outre, les investissements
prédomine, son activité étant essentiellement concentrée directs chinois essentiellement dirigés vers le secteur manu-
dans des entreprises informelles et à faible valeur ajoutée facturier (secteurs des produits plastique, pharmaceutique
(exemples : commerce de détail, hôtellerie et restauration). Or, et sidérurgique) permettent de soutenir la diversification et la
ces activités intensives en travail non qualifié offrent peu de montée en gamme de l’industrie ghanéenne.
potentiel pour les gains de productivité et la diffusion techno-
logique. Par ailleurs, il convient de signaler l’essor récent des
services financiers et d’assurance qui pourraient encourager la
montée en gamme du secteur tertiaire.
Le rebasage du PIB fin 2018 a fortement modifié la part des
différents secteurs économiques dans le PIB. Par comparaison
avec le PIB basé sur l’ancienne méthodologie, la part de l’agri-
culture et celle de l’industrie ont progressé pour passer en
2017 respectivement de 18,3 à 21,2 % et de 25,5 à 33,2 %.
De manière plus importante, à la suite de ce rebasage, la part
du secteur manufacturier dans le PIB s’est considérablement
accrue, passant de 4,5 à 11,7 %. La réduction significative de
la part des services dans le PIB est une autre conséquence
importante du rebasage du PIB. En 2017, la part du secteur ter-
tiaire s’est contractée, passant de 56,2 % dans la précédente
méthodologie à 45,6 %.
14 © AFD / Macroéconomie & Développement / Juin 2019Vous pouvez aussi lire