Ghana : quels défis économiques ? - Macroéconomie & Développement - Agence Française de ...

 
Ghana : quels défis économiques ? - Macroéconomie & Développement - Agence Française de ...
Juin 2019 / N          27
                                                                                                                             o

                                       Macroéconomie & Développement

                                                             Ghana :
                                                             quels défis
Introduction
Le Ghana se distingue des autres économies de l’Afrique
                                                             économiques ?
par ses acquis démocratiques consolidés ainsi que par
le renforcement de son régime de croissance depuis les           Selin Ozyurt (IRS/ECO)
années 2000. Le démarrage de la production pétrolière            ozyurts @ afd.fr
au cours des années 2010 a significativement transformé
le paysage économique du pays, ayant pour conséquences
d’accélérer le rythme de croissance mais également
d’exposer le pays aux fluctuations des cours de pétrole.     seuls, l’essentiel des recettes budgétaires. Il devient ainsi
À ce jour, le modèle économique du Ghana repose exces-       primordial pour le gouvernement d’engager des réformes
sivement sur l’exploitation des ressources naturelles et     structurelles (portant notamment sur la politique fiscale,
les activités des services peu qualifiés. Certes, le ren-    la gestion des finances publiques et de la dette, la restruc-
forcement de croissance depuis les deux dernières            turation des entreprises d’État relevant du secteur de
décennies s’est traduit par une hausse du revenu par         l’énergie), en vue de mobiliser davantage de ressources.
habitant mais a aussi creusé les inégalités au sein de la    Par ailleurs, la poursuite des efforts en matière de gestion
population. De ce fait, le développement d’un secteur        des finances publiques et de contrôle des dépenses des
industriel diversifié devient primordial pour assurer une    entreprises publiques est essentielle pour assurer une
croissance économique pérenne et inclusive et pour           discipline budgétaire durable.
générer des emplois.
                                                             Le Ghana a un important besoin de financement externe
Les principaux facteurs de fragilité de l’économie gha-      qui l’expose à un affaiblissement de l’appétence des
néenne portent sur la gestion des finances publiques et      investisseurs et à des chocs externes. En 2007, le Ghana
les dynamiques d’endettement. Le taux d’endettement          a été l’un des premiers pays africains à réaliser une
public du pays a presque triplé entre 2006 et 2016,          émission obligataire internationale (euro-obligations) ;
passant ainsi de 26 à 74 % du PIB. La dégradation de la      en 2018, le taux d’intérêt attaché aux émissions d’euro-
situation financière des entreprises publiques dans le       obligations pour le Ghana s’est avéré plus favorable
secteur énergétique ainsi que les dérapages budgétaires      que celui appliqué pour le Nigeria et l’Angola, et ce pour
préélectoraux ont participé à l’accumulation de la dette     un montant émis pratiquement identique (autour de
publique. Dans ce contexte, le président Nana Akufo-         3 milliards USD). Depuis, les modalités d’endettement
Addo, qui a été élu en 2017, a fait du désendettement un     public du Ghana ont significativement évolué au profit
des axes majeurs de son programme de redressement            de l’endettement extérieur en devises, exposant le pays
économique. Le déficit budgétaire et le taux d’endet-        à un important risque de change. Ainsi, en 2018, seule-
tement public ont commencé à se réduire à la suite des       ment 14,3 % de la nouvelle dette extérieure du Ghana
politiques de consolidation budgétaire du gouverne-          relevait de conditions concessionnelles auprès de bail-
ment. Toutefois, de manière structurelle, le service de la   leurs de fonds multilatéraux et bilatéraux ; à titre de com-
dette et la masse salariale continuent d’absorber, à eux     paraison, l’endettement concessionnel de la Côte d’Ivoire
contracté auprès de bailleurs multilatéraux et bilatéraux          efforts de consolidation du secteur, notamment avec l’achat
    s’élevait à 32 % à la même date. En dépit de l’inflation qui est   et la prise en charge de cinq banques ghanéennes.
    restée sous contrôle à 8 % en 2018, le Ghana a été affecté
    par la volatilité des marchés émergents entraînant une dépré-      Cette étude propose de faire un point sur la situation macro-
    ciation de la monnaie nationale (le cédi).                         économique et financière du Ghana. Elle s’articule autour de
                                                                       cinq parties. La première partie présente le contexte socio-
    Au niveau global, le système financier ghanéen reste correc-       politique ghanéen, tandis que les évolutions relatives au modèle
    tement capitalisé. Toutefois, le niveau élevé des créances dou-    de croissance sont abordées dans une deuxième partie. La
    teuses de certaines institutions, constituent un risque pour la    troisième partie aborde la situation des finances publiques
    stabilité financière. La Banque centrale du Ghana (Bank of         alors que la quatrième partie s’intéresse aux équilibres externes
    Ghana) a récemment déployé d’importants efforts en vue             du pays. Enfin, le diagnostic est complété par une analyse du
    d’assainir le secteur bancaire et de renforcer son cadre régle-    système bancaire et de la politique monétaire.
    mentaire. En 2018, les autorités ghanéennes ont intensifié leurs

2    © AFD / Macroéconomie & Développement / Juin 2019
Sommaire
LISTE DES GRAPHIQUES, ENCADRÉS                                  4 / SECTEUR EXTERNE – LE SOLDE COMMERCIAL
ET TABLEAUX                                                4        MONTRE DES SIGNES D’AMÉLIORATION ;
                                                                    CEPENDANT, LE NIVEAU ÉLEVÉ D’ENDETTEMENT
                                                                    EXTERNE EN DEVISES ÉTRANGÈRES
1 / ACQUIS DÉMOCRATIQUES CONSOLIDÉS                                 RESTE PRÉOCCUPANT                      25
    DANS UN CONTEXTE SOCIOPOLITIQUE STABLE
    ET DE BONNE GOUVERNANCE                                 5   4.1. Base d’exportation peu diversifiée                     25
1.1. La consolidation successive des acquis
                                                                4.2. Important besoin de financement extérieur              28
     démocratiques depuis 1992                              5
1.2. Malgré une réduction significative du taux                 5 / SYSTÈME FINANCIER – UN SECTEUR BANCAIRE
     de pauvreté au cours de la dernière décennie,                  QUI FINANCE INSUFFISAMMENT L’ACTIVITÉ
     les inégalités et la fragilité du marché                       ÉCONOMIQUE MALGRÉ DE PROFONDS
     de travail persistent                                  8       EFFORTS DE CONSOLIDATION MIS EN ŒUVRE                   30
1.3. Les défis énergétiques et environnementaux                 5.1. Le système bancaire n’arrive pas à financer de
     menacent le développement durable                      9        manière satisfaisante les activités du secteur privé   30
                                                                5.2. Le secteur bancaire apparaît encore solide ;
2 / CROISSANCE – BESOIN                                              en revanche, la profitabilité et la qualité
    DE DIVERSIFICATION DANS UN CONTEXTE                              de l’actif se détériorent                              34
    DE FORTE DÉPENDANCE AUX MATIÈRES                            5.3. Renforcement significatif du cadre
    PREMIÈRES                                              11        de supervision bancaire dans un contexte
                                                                     de détérioration des actifs                            35
2.1. Un contexte économique marqué par la volatilité
     des cours des matières premières                      11
2.2. Des faiblesses structurelles freinent                      ACRONYMES ET ABRÉVIATIONS                                   38
     le développement d’un secteur industriel diversifié   14   RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES                                 40

3 / FINANCES PUBLIQUES –
    LES FINANCES PUBLIQUES ET LA DYNAMIQUE
    D’ACCUMULATION DE LA DETTE PUBLIQUE
    RESTENT INQUIÉTANTES MALGRÉ
    DE RÉCENTES AMÉLIORATIONS                              18
3.1. Les niveaux élevés d’endettement
     et de déficit publics persistent malgré un effort
     de consolidation budgétaire                           18
3.2. La dégradation de la situation financière
     des entreprises publiques a alimenté
     l’endettement de l’État                               20
3.3. Le profil de l’endettement a récemment changé
     de nature au profit de l’endettement extérieur        23

                                                                                       / Ghana : quels défis économiques ? /     3
Liste des graphiques, encadrés et tableaux
     GRAPHIQUE 1.                                            GRAPHIQUE 18.
     Indice de Gini (distribution de revenus)            9   Crédit domestique au secteur privé
                                                             (comparaison régionale en % du PIB, 2010-2017)             32
     GRAPHIQUE 2.
     Taux de croissance du PIB (en %)                   11   GRAPHIQUE 19.
                                                             Évolutions de l’inflation, des taux d’intérêt directeurs
     GRAPHIQUE 3.
                                                             et du taux de change                                       32
     RNB par habitant (en ppa)                          12
                                                             GRAPHIQUE 20.
     GRAPHIQUE 4.
                                                             Évolution des taux d’intérêt (en %)                        34
     Taux de croissance annuel total et hors secteur
     pétrolier (en %)                                   12   GRAPHIQUE 21.
                                                             Portefeuille des actifs détenus par le secteur
     GRAPHIQUE 5.
                                                             bancaire ghanéen (GHS, milliard)                           34
     Décomposition du PIB par secteurs (en %)           14
     GRAPHIQUE 6.
     Contribution à la croissance économique                 ENCADRÉ 1.
     des différents secteurs (en %)                     16   Le programme avec le FMI pour la période 2015-2019 12

     GRAPHIQUE 7.                                            ENCADRÉ 2.
     Investissement et épargne domestique               17   La production pétrolière au Ghana                          15

     GRAPHIQUE 8.                                            ENCADRÉ 3.
     Investissement et politique monétaire              17   L’endettement du secteur énergétique (ESLA Bonds)          21

     GRAPHIQUE 9.                                            ENCADRÉ 4.
     Dette publique (en % du PIB)                       18   Les défis actuels du secteur du cacao au Ghana             22

     GRAPHIQUE 10.                                           ENCADRÉ 5.
     Solde budgétaire (en % du PIB)                     19   L’argent mobile comme vecteur de développement
                                                             et d’inclusion financière au Ghana                         30
     GRAPHIQUE 11.
     Évolution du solde courant (en % du PIB)           25
                                                             TABLEAU 1.
     GRAPHIQUE 12.
                                                             Prêts bruts et croissance réelle des crédits
     Importations et exportations rapportées au PIB
                                                             (en millions GHS)                                          33
     (en %)		                                           25
                                                             TABLEAU 2.
     GRAPHIQUE 13.
                                                             Indicateurs de performance du système bancaire
     Décomposition des exportations par produit         26
                                                             du Ghana (en %)                                            35
     GRAPHIQUE 14.
     Importations et exportations de pétrole
     (en % du PIB)                                      27
     GRAPHIQUE 15.
     Solde de la balance courante (en % du PIB)         27
     GRAPHIQUE 16.
     Évolution des réserves en devises                  28
     GRAPHIQUE 17.
     Crédit domestique au secteur privé (en % du PIB)   31

4   © AFD / Macroéconomie & Développement / Juin 2019
1 / Acquis démocratiques consolidés
    dans un contexte sociopolitique stable
    et de bonne gouvernance
Le Ghana est un pays doté d’une population d’environ 29 millions                            sur la première alternance politique du pays. Ainsi, le New
d’habitants et d’une superficie de 239 000 km 2. En termes                                  Patriotic Party (NPP), de tendance libérale et favorable au
de produit intérieur brut (PIB), c’est la deuxième économie                                 capitalisme, remporte les élections et John Agyekum Kufuor
d’Afrique de l’Ouest, se situant juste après le Nigeria, et la                              devient président. Dès son investiture, ce dernier lance une
onzième en Afrique subsaharienne (classement 2016). Au                                      campagne contre la corruption au sein des grandes sociétés
cours des dernières décennies, le pays a consolidé le processus                             nationales. Il initie également des grands travaux d’infrastruc-
d’alternance démocratique et a fait des progrès significatifs en                            ture pour moderniser le pays et développer sa puissance éco-
matière de réduction de la pauvreté. Cependant, le creusement                               nomique. En 2004, il est réélu à la présidence avec 54 % des
des inégalités dans les années 2000 ainsi que les défis environ-                            suffrages exprimés, face au candidat présenté par le NDC,
nementaux constituent des facteurs de vulnérabilité pour la                                 John Atta Mills, soutenu par Jerry Rawlings. En tant que
stabilité sociopolitique du pays.                                                           président, il met en œuvre un plan de réduction de la pauvreté
                                                                                            et poursuit des politiques mettant l’accent sur l’éducation et
                                                                                            la santé [ 2 ] . Le NDC revient au pouvoir en 2008, avec la vic-
  1.1. La consolidation successive                                                          toire électorale du Pr John A. Mills à la présidence. À la suite
          des acquis démocratiques depuis 1992                                              du décès de John A. Mills en 2012, John Dramani Mahama,
                                                                                            vice-président alors (élu sur le même ticket présidentiel),
En 1957, le Ghana (anciennement Gold Coast, la Côte-de-l’Or)                                devient président. Ce dernier remporte les élections de 2012
est devenu le premier pays colonisé du continent africain à                                 de justesse (avec 51 % des voix), premières élections à se dé-
accéder à l’indépendance. Cependant, à la suite des décennies                               rouler sans la présence d’observateurs internationaux. Cepen-
marquées par l’instabilité politique et quatre coups d’État mili-                           dant, le leader de l’opposition, Nana Akufo-Addo, forme un
taires [ 1 ] , le Ghana réussit à amorcer sa transition démocratique                        recours devant la Cour suprême, contestant l’issue du scrutin
en 1992. La Constitution de 1992, approuvée par référendum,                                 et sa régularité de par des fraudes significatives. Au terme
établit les bases d’un État républicain démocratique et ouvre                               d’une période de huit mois d’investigation, la Cour suprême
la voie au multipartisme. Le National Democratic Congress                                   déclare invalide la requête du NPP. John D. Mahama est ainsi
(NDC), le parti de Jerry Rawlings favorable à l’intervention                                maintenu dans ses fonctions de président du Ghana jusqu’aux
étatique et aux politiques de tendance socialiste, remporte la                              élections suivantes.
majorité absolue des sièges à l’A ssemblée nationale en 1992
                                                                                            Fin 2016, Nana Akufo-Addo (NPP) est élu président de la
et de nouveau en 1996.
                                                                                            République, avec 54 % des suffrages exprimés contre 44 %
Les élections de 2000 constituent un tournant majeur dans                                   pour le président sortant John D. Mahama. Ce dernier recon-
l’ancrage démocratique du pays. D’une part, Jerry Rawlings                                  naît sa défaite, et les observateurs saluent la bonne tenue du
respecte bien la Constitution limitant le mandat présidentiel                               scrutin. À l’occasion de ces élections générales, le NPP obtient
à quatre ans, renouvelable une seule fois. D’autre part, les                                une majorité confortable au Parlement avec 169 sièges, contre
élections qui se déroulent de manière pacifique débouchent                                  106 pour le NDC, soit sur un total de 275 sièges à pourvoir.

[1 ] Pour un cadrage politique plus complet, il convient de se reporter à la publication MacroDev Ghana 2014 de l’AFD,
      https://www.afd.fr/fr/ghana-les-enjeux-de-la-croissance-face-la-montee-des-desequilibres
[2] En 2011, John A. Kufuor a reçu le World Food Prize (prix mondial de l’alimentation), le Ghana étant devenu le premier pays d'Afrique subsaharienne à avoir réduit de moitié
     la population souffrant de la faim et vivant avec moins d’un dollar par jour.

                                                                                                                           / Ghana : quels défis économiques ? /                  5
Le programme électoral du nouveau président met en parti-                                        l’autre (Bossuroy, 2011). Plus important encore, le Ghana a su
    culier l’accent sur la lutte contre le chômage (surtout des                                      mettre en place des mécanismes institutionnels afin de réduire
    jeunes), en diversifiant l’économie largement dépendante de                                      le risque de conflit ethnique. La Commission des droits de
    l’exploitation des matières premières (or, cacao et pétrole).                                    l’homme et de la justice administrative (CHRAJ, Commission
    Nana Akufo-Addo promet aussi d’alléger la fiscalité sur                                          on Human Rights and Administrative Justice), créée en 1993,
    les sociétés, afin d’encourager les investissements dans le                                      est ainsi une organisation indépendante accessible à tous,
    cadre de l’initiative « Un quartier, une usine » (One District,                                  chargée de la protection des droits humains au Ghana.
    One Factory). Le Ghana confirme sa remarquable trajectoire
    démocratique avec cette troisième alternance pacifique. D’un                                     Un multipartisme établi
    point de vue comparatif, la performance du Ghana dépasse
    celle de la plupart des pays du continent sur le plan des                                        Au Ghana, la tradition bipartite trouve ses racines dans la
    libertés civiques, des droits et de la stabilité politiques. Le pays                             période de lutte pour l’indépendance. Même si le processus
    dispose d’un certain nombre d’atouts sociopolitiques qui                                         démocratique avec l’émergence de divers partis a été parfois
    expliquent son fort ancrage démocratique, exemplaire pour le                                     interrompu par des coups d’État militaires, la vie politique
    continent. Cependant, sur le plan économique, les politiques                                     ghanéenne a été rythmée par l’alternance à presque chaque
    protectionnistes poursuivies par les gouvernements successifs                                    échéance électorale, les deux principaux partis se partageant
    ont sans doute eu des effets pervers, freinant les dynamiques                                    ainsi la direction du pays. Le NPP relève d’une tradition poli-
    de développement du pays.                                                                        tique dite Busia-Danquah, alors que le NDC et certains autres
                                                                                                     petits partis (par exemple : le PNC, People’s National Convention,
    Une ethnicité non politisée                                                                      et le CPP, Convention People’s Party) revendiquent l’héritage
                                                                                                     de Kwame Nkrumah. Alors que l’héritage de Busia-Danquah
    Le Ghana est une société multiethnique dans laquelle les                                         (autrement dit le NPP) se caractérise par sa tendance libérale
    Akans représentent à eux seuls 48 % de la population totale.                                     tandis que les héritiers de Kwame Nkrumah (le NDC) défendent
    Les Mole-Dagbanis, les Éwé et les Ga-Adangbe constituent les                                     l’intervention étatique (économie dirigée) et les politiques
    trois autres ethnies majeures du pays. Malgré certaines ten-                                     d’obédience socialiste. Il est intéressant de constater qu’au
    sions qui se sont manifestées, notamment en 1994, le pays n’a                                    Ghana les élections sont souvent contestées dans la mesure
    jamais connu de conflit ethnique généralisé. Ceci s’explique                                     où les résultats s’avèrent particulièrement serrés. En effet,
    en particulier par les politiques gouvernementales attentives à                                  80 % des électeurs voteraient toujours pour le même parti ;
    l’ethnicité, y compris sous des régimes militaires. L’édification                                de là, les électeurs indécis peuvent facilement faire basculer
    de la nation ghanéenne a aussi permis d’atténuer le rôle de                                      l’issue du scrutin (Lindberg et Morrison, 2005).
    l’appartenance ethnique. Sous le régime de Kwame Nkrumah
    (1957-1966), des politiques encourageant les mariages inter-                                     La forte participation électorale atteste de la crédibilité de
    ethniques ainsi que les écoles mixtes ont cherché à forger un                                    l’État et des acquis démocratiques. Notamment 69 % des
    sentiment d’appartenance nationale. De surcroît, la Constitu-                                    personnes inscrites sur les listes électorales ont voté lors de la
    tion stipule que « tout parti politique doit avoir un caractère                                  dernière élection présidentielle (2016). Par ailleurs, le Ghana
    national, et l’adhésion à un parti ne se fera pas sur la base de                                 s’est doté d’institutions solides telles que la Commission élec-
    divisions ethniques, religieuses, régionales ou sectaires ». Ces                                 torale, entité indépendante créée en 1993, chargée d’assurer
                                                                                                     le bon déroulement des élections.
    dispositions ont été renforcées par la loi de 2000 sur les partis
    politiques [ 3 ] .
                                                                                                     Les médias et la société civile
    Il convient de préciser que les deux partis politiques dominants,
    à savoir le NDC et le NPP, sont identifiés aux groupes ethniques                                 Le Ghana jouit d’une société de plus en plus ouverte, grâce à
    respectivement Éwé et Akan (surtout Ashanti). Ceci étant, les                                    des médias dynamiques et à une solide culture en matière de
    facteurs non ethniques (éducation, profession, niveau de revenu)                                 débats publics. Le pays se distingue des pays pairs en Afrique
    déterminent également l’évolution des votes d’une élection à                                     (ayant le même niveau de PIB par habitant) par le rôle pré-

    [1 ] La section 3(1) de la loi sur les partis politiques, dite Political Parties Act, stipule : « Aucun parti ne sera formé (a) sur la base de divisions ethniques, de genre, religieuses,
         régionales, professionnelles ou sectaires ; ou (b) en utilisant des mots, des slogans ou des symboles qui pourraient provoquer des divisions ethniques, de genre, religieuses,
         régionales, professionnelles ou sectaires ».

6     © AFD / Macroéconomie & Développement / Juin 2019
1 / Acquis démocratiques consolidés dans un contexte
                                                               sociopolitique stable et de bonne gouvernance

pondérant joué par ses médias diversifiés et les organisations                                 Carte          1      Carte géographique du Ghana
de la société civile (OSC). Ces dernières sont dotées d’une
réelle capacité à mobiliser les citoyens ainsi qu’à s’engager dans
un dialogue politique [ 4 ] . À la suite d’une décennie de progrès
sans précédent, le Ghana se situe dorénavant au 23 e rang
dans le classement mondial de la liberté de la presse établi par
Reporters sans frontières (RSF) – la France se situant au 33 e
rang – et au 1 er rang au niveau du continent africain.

Une forte culture de la vie associative et une société civile
dynamique règnent au Ghana. De son côté, le gouvernement
ghanéen se montre de plus en plus enclin à consulter les
groupes de la société civile et à solliciter leur contribution.
Pour ne citer que quelques exemples, l’Institut des Affaires
économiques du Ghana et IMANI Ghana (think tank) se sont
activement engagés depuis le début de la décennie à lutter
contre la corruption et à promouvoir la bonne gouvernance.
Par ailleurs, African Centre for Energy Policy (ACEP) a active-
ment participé à l’élaboration des décisions politiques dans
le secteur pétrolier et gazier.

Image internationale d’un pays pacifié
Outre son environnement politique stable, le Ghana est un
pays peu violent, avec un faible taux de criminalité comparé
aux pays pairs du continent. Sur la scène internationale, le
pays bénéficie d’une image pacifique. Depuis plus de 25 ans,
le Ghana s’est engagé dans de nombreuses opérations de
maintien de la paix organisées par les Nations unies (Sierra
Leone, Liban, République démocratique du Congo, Côte
d’Ivoire, Mali, Soudan du Sud…), au sein desquelles 40 %                                       Source : ministère des Affaires étrangères, 2004.
de ses effectifs militaires sont actuellement engagés. Le pays a
également apporté son soutien à la résolution des conflits                                 la frontière maritime a surgi entre les deux pays en 2010, à la
en Côte d’Ivoire, au Libéria et en Gambie. Compte tenu de la                               suite de la découverte de gisements pétroliers offshore dans
région dans laquelle il s’inscrit, le Ghana souhaiterait également                         le golfe de Guinée. Après avoir tenté en vain de trouver une
intensifier ses relations avec ses voisins francophones. Dans                              solution amiable, le Ghana a porté l'affaire devant le Tribunal
ce cadre, le pays a acquis le statut de membre associé de l’Orga-                          international du droit de la mer en 2014. En 2017, ledit Tribunal
nisation internationale de la Francophonie (OIF) à l’occasion du                           a rendu un arrêt en faveur du Ghana. De là, les activités enga-
sommet de celle-ci tenu à Bucarest en 2006.                                                gées dans la zone en question ont pu être relancées après une
Le Ghana et son voisin, la Côte d’Ivoire (voir Carte 1, main-                              période de ralentissement de celles-ci dû à ce litige. Ce dif-
tiennent des relations étroites en raison de communautés                                   férend frontalier maritime n’a pourtant pas empêché les deux
présentes de part et d’autre de la frontière, mais également de                            pays d’entretenir de bonnes relations sur le plan diplomatique.
par la présence de réfugiés ivoiriens estimés à 10 000 au Ghana                            Les liens entre les deux pays se sont particulièrement renforcés
à la suite de la crise ivoirienne (2002-2007). Un différend sur                            suite à l’élection de Nana Akufo-Addo (NPP) à la présidence du

[4] Les médias se sont significativement développés au Ghana depuis l’abolition de la loi pénale sur la diffamation (Criminal Libel Law) en 2001.

                                                                                                                              / Ghana : quels défis économiques ? /   7
Ghana en 2016, celui-ci appartenant à l’obédience libérale com-                            Par ailleurs, la croissance économique des années 2000 a
    me au demeurant son homologue ivoirien, Alassane Ouattara.                                 permis de faire progresser le taux de développement humain
    Le président ivoirien était ainsi l’invité d’honneur à la cérémonie                        (IDH, Indice de développement humain du PNUD, Programme
    d’investiture du nouveau président ghanéen, Nana Akufo-                                    des Nations unies pour le développement). Le Ghana est l’un
    Addo. À cet égard, à la suite du verdict du Tribunal international                         des rares pays d’Afrique subsaharienne à être classé dans la
    du droit de la mer, les deux pays ont affirmé « leur ferme volonté                         catégorie des pays « à développement humain moyen ». Le
    de travailler ensemble à consolider et à intensifier leurs relations                       dernier rapport sur le développement humain du PNUD (2016)
    fraternelles de coopération et de bon voisinage ».                                         classe le Ghana à la 139 e place (sur 188 pays) en termes de déve-
                                                                                               loppement humain. À ce propos, il est intéressant de constater
                                                                                               que le Ghana est l'un des rares pays disposant d’un meilleur
     1.2. Malgré une réduction significative                                                   classement concernant l’IDH, que celui détenu pour l’indica-
              du taux de pauvreté au cours                                                     teur RNB par habitant.
              de la dernière décennie,                                                         Les développements positifs en termes de réduction de la pau-
              les inégalités et la fragilité du marché                                         vreté et d’amélioration des conditions de vie ne se sont pas
              de travail persistent                                                            nécessairement traduits par une croissance inclusive. Les
                                                                                               données d’inégalités de revenus, mesurées par l’indice de
    Grâce à la forte dynamique de la croissance économique enre-                               Gini [ 5 ] , montrent une augmentation des inégalités à l’échelle
    gistrée dans les années 2000 et suite à la révision des comptes                            nationale depuis 1992 (graphique 1). De plus, même à moindre
    nationaux, le Ghana est désormais classé dans la catégorie des                             rythme, le creusement des inégalités s’est poursuivi sur la
    pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure (PRITI).                              période récente. Le coefficient de Gini est passé de 42,3 %
    Toutefois, le revenu national brut (RNB) par habitant du Ghana                             en 2012/2013 à 43 % en 2016/2017. Cette augmentation au
    positionne le pays à la lisière de la catégorie des pays à faible                          cours des dernières années suggère que les bénéfices de la
    revenu avec un RNB par habitant de 1 641 dollars en 2017                                   croissance n’ont pas été répartis de manière égale et que
    (Banque mondiale).                                                                         certains groupes ont été tenus à l'écart. La pauvreté touche
                                                                                               davantage les zones rurales, et l’émergence récente d’une
    Le Ghana a atteint le premier objectif du Millénaire pour le                               classe moyenne à forte capacité de consommation, surtout
    développement (OMD), visant à diviser par deux le taux d’ex-                               dans les zones urbaines, a exacerbé les inégalités au sein de la
    trême pauvreté, grâce à l’accélération de sa croissance au cours                           société. Il existe une véritable fracture entre le nord du pays,
    des années 2000. Ainsi, le taux de pauvreté (au seuil supérieur                            particulièrement affecté par la pauvreté, et les régions côtières
    de pauvreté national de 1 314 cédis ghanéens (GHS) par an) est                             en plein essor. Bien évidemment, la montée des inégalités est
    passé de 51,7 % en 1992 à 31,9 % en 2006, soit en l’espace d’une                           un facteur de risque qui pourrait compromettre les progrès
    quinzaine d’années. Cependant, le ralentissement économique                                antérieurs en matière de réduction de la pauvreté et affaiblir
    observé entre 2014 et 2016 a dégradé ce critère, plus de la                                les liens sociaux.
    moitié de la population ghanéenne vivant avec moins de deux
    dollars par jour. Ce niveau se situe bien au-dessus de la moyenne
    relevée dans la catégorie des PRITI (37,3 %). La dernière enquête
    sur les conditions de vie (Ghana Living Standard Survey –
    GLSS7) publiée au 4 e trimestre 2018 souligne que la réduction
    de la pauvreté ne s’est poursuivie que très lentement ces der-
    nières années. Selon le rapport, le niveau de pauvreté global du
    Ghana est ainsi passé de 24,2 % en 2012/2013 à 23,4 % en
    2016/2017.

    [5 ] L’indice (ou coefficient) de Gini est une mesure statistique de la dispersion de la distribution des richesses dans une population donnée. Plus l’indice de Gini est proche
         de 100, plus les inégalités de revenus sont importantes.

8     © AFD / Macroéconomie & Développement / Juin 2019
1 / Acquis démocratiques consolidés dans un contexte
                                                                   sociopolitique stable et de bonne gouvernance

         Graphique             1                                                         Le secteur agricole, qui emploie plus de 40 % de la population
                                                                                         active, demeure également largement informel et génère de
         Indice de Gini (distribution de revenus)                                        faibles revenus. Enfin, les créations d’emploi dans le secteur
    44                                                                                   formel sont principalement réalisées par l’État et les entre-
    43                                                                                   prises publiques, le secteur privé formel restant très marginal
    42                                                                                   en la matière.
    41
    40
    39
                                                                                            Les défis énergétiques
                                                                                           1.3.
    38
                                                                                         		 et environnementaux menacent
    37
                                                                                         		 le développement durable
    36
                                                                                         Comme cela a été mis en évidence par la Banque mondiale
    35                                                                                   (2007), le développement de l’économie ghanéenne s’est
            1992-1993          2005-2006          2012-2013          2016-2017           plutôt réalisé au détriment des ressources naturelles. Ainsi,
                                                                                         dans le but d’assurer un développement durable et de renfor-
         Source : Ghana Statistical Service (GSS), World Development Indicators (WDI),   cer la cohésion sociale, il devient crucial que le pays réponde
         Banque mondiale.
                                                                                         aux problèmes liés au dérèglement climatique et à l’environ-
                                                                                         nement [ 7 ] . L’économie ghanéenne est tributaire de secteurs
En ce qui concerne le marché du travail, la situation a très peu                         sensibles au climat, tels les secteurs de l’agriculture, de la pêche,
évolué au cours de la dernière décennie, et ce malgré les bonnes                         du tourisme et des forêts. La majeure partie des activités
performances économiques. D’après les services statistiques                              économiques du pays – notamment la production et la trans-
du Ghana (GSS, Ghana Statistical Service), le taux de chômage
                                                                                         formation du cacao, de l’huile de palme, du caoutchouc et du
est estimé à 2,4 % seulement en 2017. Toutefois, le taux de
                                                                                         bois, ainsi que l’exploitation minière –, est située dans le tiers
chômage officiel masque un niveau élevé de sous-emploi et
                                                                                         Sud du pays, lequel est recouvert d’une végétation dense. Dans
de chômage déguisé inhérent au secteur informel [ 6 ] .
                                                                                         un contexte de changement climatique au niveau du globe,
Le secteur informel demeure prépondérant au Ghana à l’instar                             l’augmentation des températures a pu être constatée dans les
des autres pays du continent africain. Plus de 80 % des emplois                          différentes zones écologiques du Ghana. De manière générale,
se trouvent dans l'économie informelle selon l'enquête sur                               la pluviométrie est anticipée à la baisse, se conjuguant avec un
les conditions de vie au Ghana (selon les dernières données                              régime de pluies de plus en plus irrégulier.
disponibles provenant du GLSS 6). L’enquête met aussi en
                                                                                         Les impacts négatifs du changement climatique commencent
évidence qu’une grande partie des travailleurs informels gagne-
                                                                                         à se faire sentir sur les moyens d’existence, la santé et aussi sur
raient moins de 240 GHS par mois (48 USD), soit un niveau
proche du seuil de pauvreté de 2 USD par jour retenu par la                              la production hydroélectrique. À plusieurs reprises, le Ghana
Banque mondiale.                                                                         a souffert d’une pénurie d’électricité due à l’insuffisance de
                                                                                         la capacité productive de ses centrales hydroélectriques. En
Le secteur privé formel au Ghana ne parvient pas à générer                               1997, le pays a commencé à faire appel à l'énergie thermique
suffisamment d’emplois pour absorber les nouveaux arrivants                              et, par la suite, au pétrole en complément de l'énergie hydro-
sur le marché du travail. Le secteur privé reste essentiellement                         électrique. Néanmoins, ces divers apports complémentaires de
dominé par les entreprises du secteur informel, dont environ                             production électrique n’ont pas permis de couvrir les besoins
90 % d’entre elles sont des microentreprises, petites et moyen-                          d’énergie de l’économie lorsque celle-ci était en forte crois-
nes entreprises (PME) employant moins de 20 personnes.                                   sance durant les années 2000.

[6 ] La définition du chômage par les pouvoirs publics ne prend pas en compte le nombre élevé de personnes sans emploi qui peuvent être disponibles pour travailler, sans
     nécessairement rechercher activement un travail.
[7] Le Ghana a ratifié la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) en 1995 et a également adhéré au Protocole de Kyoto en 2003.
     Le Ghana a par ailleurs signé l’Accord de Paris sur le climat (Conférence de Paris de 2015 – COP21).

                                                                                                                      / Ghana : quels défis économiques ? /                 9
En 2015, soit au plus fort de la crise de l’offre, le pays a réguliè-                     Enfin, le problème de la gestion des déchets, en particulier dans
     rement subi des « dumsor » [ 8 ] , à savoir des délestages mis en                         les zones urbaines, constitue une menace pour la santé et
     place par le gouvernement afin de rationner la distribution                               l'environnement. En raison du manque d'infrastructures, seuls
     d’électricité. Ces délestages ont eu des répercussions négatives                          67 % des déchets seraient collectés au Ghana [ 9 ] . Par ailleurs,
     directes sur l’activité économique et la productivité (Abeberese                          la déficience de la gestion des déchets issus d'équipements
     et al., 2017), et ont engendré de vives protestations au niveau                           électriques et électroniques est devenue la principale cause
     de la population. Finalement, la crise énergétique a pu être                              de pollution toxique du pays. Actuellement, le Ghana est obligé
     surmontée dès 2016 grâce (i) à la mise en exploitation de                                 de brûler ses déchets électroniques, pour les faire disparaître
     centrales hybrides utilisant à la fois le pétrole et le gaz issus                         ou pour en retirer les matières recyclables. Les activités relatives
     des champs offshore, et (ii) aux réapprovisionnements de gaz                              à la collecte, au recyclage et au démantèlement des déchets
     en provenance du Nigeria.                                                                 d'équipements électriques et électroniques [ 10 ] feraient vivre
                                                                                               environ 30 000 personnes au Ghana.

      [8] Terme populaire ghanéen utilisé pour décrire les pannes d’électricité persistantes, irrégulières et imprévisibles.
      [9] https://www.business-humanrights.org/en/ghana-concerns-over-dumping-of-electronic-waste
     [10] Une partie de ces déchets électroniques est issue de la consommation locale tandis qu’une autre partie (environ 15 tonnes par an) provient de trafic et d’importations.

10     © AFD / Macroéconomie & Développement / Juin 2019
2 / Croissance – Besoin de diversification
    dans un contexte de forte dépendance
    aux matières premières
  2.1. Un contexte économique marqué                                                              de la croissance à partir du milieu des années 2000 dont la
           par la volatilité des cours des matières                                               hausse des cours du cacao et de l’or. Par ailleurs, la flambée
           premières                                                                              de la demande interne consécutive à l’accélération des octrois
                                                                                                  de crédits bancaires a alimenté la consommation privée. Les
Le Ghana a progressivement renforcé son rythme de crois-                                          dépenses publiques ont rapidement progressé avant les élec-
sance après les épisodes d’instabilité politique et économique                                    tions de 2008, bénéficiant de l’espace budgétaire dégagé
des années 1960 et 1970. En 1983, le pays s’est engagé dans                                       par l’allégement de la dette obtenu en 2006 dans le cadre
un programme de redressement économique (ERP, Economic                                            de l’Initiative d’allégement de la dette multilatérale (IADM) [ 11 ] .
Recovery Program) défini conjointement par le Fonds moné-                                         Bien que la crise financière internationale n’ait pas eu d’im-
taire international (FMI) et la Banque mondiale. Le programme                                     pacts négatifs directs sur l’économie ghanéenne [ 12 ] , le taux de
avait pour objectif d’accompagner la transformation écono-                                        croissance a ralenti de nouveau, se rétractant à 4 % en 2009.
mique et sociale du pays. Dans ce contexte, l’aide financière des                                 Cet essoufflement s’explique davantage par des facteurs in-
bailleurs de fonds a afflué vers le Ghana au cours des années                                     ternes, tels que le resserrement des crédits bancaires, la montée
1980. Ces financements ont ainsi permis d’accélérer le rythme                                     des créances douteuses et le resserrement budgétaire posté-
de croissance à 4,3 % par an en moyenne au cours des années                                       lectoral du nouveau gouvernement.
1990 (graphique 2).

Depuis les années 1990, la vulnérabilité principale de l’écono-                                             Graphique 2
mie ghanéenne provient de sa forte spécialisation dans la
production d’un nombre limité de produits. En l’occurrence, le                                              Taux de croissance du PIB (en %)
début des années 2000 a été marqué par un ralentissement                                                          ■ Taux de croissance du PIB (réel, en %)
économique causé par la chute des cours internationaux                                                              Taux de croissance annuel moyen (en %)
du cacao et de l’or, ainsi que par la hausse du prix du baril                                        15,0
du pétrole. Afin de redresser l’économie, un nouveau pro-                                            12,5
gramme avec le FMI (dans le cadre de la FRPC, Facilité pour la                                       10,0
réduction de la pauvreté et pour la croissance) a été lancé                                           7,5
sur la période 1999-2002. Ce programme a eu des résultats                                             5,0
satisfaisants, permettant la réduction des déséquilibres macro-                                       2,5
économiques (budgétaires et de la balance des paiements)                                                0
et renforçant davantage le rythme de croissance (pour le porter
                                                                                                     -2,5
à 5,8 % par an en moyenne au cours des années 2000). Au cours
                                                                                                     -5,0
des années 2000, le revenu national brut (RNB) par habitant
                                                                                                     -7,5
en parité de pouvoir d’achat (PPA) du Ghana a convergé vers
le RNB moyen des économies du Kenya et de la Côte d'Ivoire                                               1980      1985      1990      1995     2000       2005     2010      2015

et l’a même dépassé à partir de la seconde moitié de la décen-
nie (graphique 3). Plusieurs facteurs ont soutenu l’accélération                                            Source : World Economic Outlook (WEO), FMI.

[ 11 ] L’annulation de la dette multilatérale au titre de l’IADM (en anglais : MDRI, Multilateral Debt Relief Initiative) vient se rajouter à l’allégement de la dette dont l’engagement
       a déjà été pris au titre de l’Initiative pays pauvres très endettés (IPPTE). L’objectif de cette autre initiative parallèle est de fournir un appui additionnel aux pays pauvres très
       endettés (PPTE) pour les aider à atteindre les OMD, tout en préservant la capacité de financement des institutions financières internationales.
[12] Bien au contraire, le Ghana a pu tirer avantage de la baisse des prix de pétrole et de celle des biens alimentaires pendant la crise financière internationale.

                                                                                                                                    / Ghana : quels défis économiques ? /                      11
Graphique 3                                                                        Les dépenses électorales réalisées en 2012 et 2016 ont
               RNB par habitant (en ppa)                                                         exacerbé ces déséquilibres et, partant, dégradé davantage
                                                                                                 l’environnement macroéconomique, marqué par des taux
                              Côte d'Ivoire       Afrique subsaharienne                          d’intérêts élevés, une forte dépréciation du cédi ghanéen
                              Kenya         Ghana
                                                                                                 et une montée de l’inflation. De surcroît, les coupures
             4 500
                                                                                                 récurrentes d’électricité ont largement pesé sur l’activité
             4 000                                                                               économique dans son ensemble. Le rythme de croissance
             3500                                                                                s’est significativement réduit à partir de 2014, et, en 2016, le
             3 000                                                                               pays a connu son taux de croissance le plus faible en 23 ans
             2500                                                                                (3,6 %). Dans ce contexte particulièrement difficile, le pays a
       USD

                                                                                                 conclu de nouveau un accord avec le FMI en vue de mettre en
             2000
                                                                                                 place un plan de redressement économique (voir encadré 1).
             1500
             1000
              500                                                                                         Graphique 4
                0
                                                                                                          Taux de croissance annuel total
                     1980   1985     1990     1995      2000   2005   2010    2015
                                                                                                          et hors secteur pétrolier (en %)
                                                                                                             ■ Croissance du PIB ■ Croissance du PIB hors pétrole
               Légende : ppa = en parité de pouvoir d’achat.
               Source : Banque mondiale (WDI).                                                        9
                                                                                                      8
                                                                                                      7
     Le démarrage de la production pétrolière au cours des années
     2010 a significativement transformé le paysage économique                                        6

     du pays. Le champ pétrolier Jubilee, qui a été découvert en                                      5
     2007, est officiellement entré en production en décembre                                         4
     2010. La performance économique exceptionnelle enregis-                                          3
     trée en 2011 (croissance du PIB de 14 %) s’explique ainsi par                                    2
     l’essor de la production pétrolière. Toutefois, le lancement de                                  1
     l’exploitation pétrolière n’a pas suffi à assurer une forte dyna-                                0
     mique de croissance. À partir de 2011, le Ghana a connu une                                              2013             2014             2015            2016      2017
     décélération progressive de la croissance, étant donné que le
     poids du secteur pétrolier qui reste relativement limité n’a pas                                     Source : FMI (WEO – IFS, International Financial Statistics).
     permis de maintenir un rythme de croissance à deux chiffres
     sur plusieurs années. La chute des cours des matières premières
     à partir de 2013 et l’amplification des déséquilibres macro-                                Le nouveau gouvernement de Nana Akufo-Addo, entré en
     économiques ont également pesé sur les perspectives de                                      fonction en 2017, a déployé des efforts significatifs pour
     croissance de l’économie. La perception « trop optimiste » des                              redresser l’économie et résorber les déséquilibres macro-
     autorités politiques quant au potentiel du secteur pétrolier est                            économiques. L’année 2017 a été marquée par un rebond
     sûrement une des principales raisons ayant conduit le pays à                                de la croissance économique (8,4 %) qui s’explique essentiel-
     l’accumulation de déséquilibres macroéconomiques. En effet,                                 lement par le dynamisme exceptionnel de la production
     les autorités semblent avoir surestimé et trop anticipé dans le                             pétrolière [ 13 ] et la modération des pressions inflationnistes
     temps les recettes à venir du secteur pétrolier, causant de facto                           grâce à la stabilisation du taux de change. Néanmoins, d’après
     la hausse du déficit budgétaire à partir de 2007.                                           les prévisions du FMI, la croissance devrait être en retrait à

     [ 13 ] En 2017, les bonnes performances du secteur pétrolier sont dues à des facteurs techniques tels que (i) l'augmentation de la production pétrolière sur le champ de Sankofa
            et le champ offshore de Tweneboa, Enyenra, Ntomme (TEN), et (ii) la résolution des difficultés techniques survenues en mars 2016 sur les champs Jubilee Fields et Offshore
            Cape Three Points (OCTP).

12     © AFD / Macroéconomie & Développement / Juin 2019
2 / Croissance – Besoin de diversification dans un contexte
                                                      de forte dépendance aux matières premières

6,3 % en 2018 (et à 7,6 % en 2019), du fait du ralentissement             Il convient de noter que, fin 2018, le Bureau national des
prévu de la production pétrolière et de la modération des                 statistiques ghanéen (GSS) a changé l’année de base pour le
dépenses en matière d’investissement public dans le cadre de              calcul du PIB (2013, contre 2006 auparavant), en vue de mieux
la politique de consolidation budgétaire. De manière structu-             prendre en compte les nouvelles activités créatrices de richesse
relle, les périodes de forte croissance économique au Ghana               que la précédente méthodologie n’intégrait pas. À la suite de
sont soutenues par l’activité du secteur pétrolier. De leur côté,         cette opération comptable, le PIB du Ghana en 2017 s’élève à
les autres secteurs (hors secteur pétrolier) demeurent résilients         256,7 Mds GHS, contre 205,9 Mds GHS dans l’ancienne métho-
aux aléas du secteur pétrolier et enregistrent un taux de crois-          dologie (soit une hausse de 25 %). Par ailleurs, cette opération
sance stable, de l’ordre de 6 % en moyenne (graphique 4).                 comptable a entraîné une réévaluation à la baisse des taux de
                                                                          croissance enregistrés les années passées, notamment celui
                                                                          de 2017 qui s’établit désormais à 8,1 % (contre 8,5 % dans la
                                                                          précédente méthodologie).

  Encadré            1     Le programme avec le FMI pour la période 2015-2019

   En 2015, le Ghana a conclu avec le FMI un programme triennal           en août 2017, et (ii) deux critères (masse salariale, apurement
   de 918 millions USD au titre de la Facilité élargie de crédit (FEC),   des arriérés domestiques) en décembre 2017. Compte tenu des
   avec l’objectif de stimuler la croissance en réduisant l’inflation,    mesures prises par le gouvernement pour corriger ces déra-
   le déficit budgétaire et la dette publique. En 2016, les résultats     pages et des progrès réalisés dans d’autres domaines clés, le
   dudit programme ont été plutôt décevants en raison du déra-            FMI a accordé au Ghana des dérogations pour l’atteinte de ces
   page budgétaire pendant cette année électorale. Le déficit public      critères de performance non satisfaits. Par ailleurs, le plafond
   s’est en effet creusé davantage et l’endettement public a atteint      d’endettement non concessionnel du Ghana a été relevé
   74 % du PIB, soit son niveau le plus élevé depuis 2003.                pour permettre aux autorités ghanéennes d’émettre des euro-
   Malgré la performance décevante du programme, le FMI a recom-          obligations sur les marchés internationaux (2,5 milliards USD) et
   mandé sa poursuite afin de donner au nouveau gouvernement              de souscrire des crédits commerciaux (500 millions USD). Cette
   la possibilité de mettre en place une politique de consolidation       nouvelle émission d’euro-obligations sera en majeure partie
   budgétaire. Ainsi, le conseil d’administration du FMI a approuvé       destinée à la gestion de la dette existante (1,75 milliard USD), mais
   la 4 e revue du programme en septembre 2017, avec un décais-           également au financement des projets prioritaires dans le do-
   sement de 66,2 millions de DTS (Droits de tirage spéciaux ;            maine des infrastructures (euro-obligations de 750 millions USD).
   1 DTS = 1,22 EUR). À cette occasion, la durée du programme             La 7 e revue du programme basée sur les critères de perfor-
   a été allongée de 12 mois (soit jusqu’en avril 2019) pour permettre    mance mesurés à fin juin 2018 n’a pas encore été approuvée.
   au nouveau gouvernement d’atteindre les résultats escomptés            En septembre 2018, le FMI a publié un communiqué de presse
   et aussi d’assurer un certain contrôle sur le budget de l’État pour    soulignant les bonnes perspectives de croissance économiques
   l’année 2019.                                                          mais aussi les facteurs externes et domestiques affectant néga-
   Les 5 e et 6 e revues du programme ont été validées en avril 2018,     tivement la performance du programme. Le programme avec
   donnant lieu à un paiement de 132,84 millions DTS malgré               le FMI sera de nouveau évalué sur la base de critères de perfor-
   le non-respect de (i) trois critères de performance (sur neuf          mance périodiques, de critères de performance continus, d'une
   critères fixés) dans le cadre du programme (solde budgétaire           clause de consultation sur la politique monétaire et d'objectifs
   primaire, masse salariale, apurement des arriérés domestiques)         indicatifs à mesurer à fin décembre 2018.

   Source : FMI (2016, 2017 et 2018).

                                                                                                    / Ghana : quels défis économiques ? /         13
2.2. Des faiblesses structurelles freinent                                   Graphique 5
             le développement d’un secteur
                                                                               Décomposition du PIB par secteurs (en %)
             industriel diversifié
                                                                                       ■ 2006         ■ 2011       ■ 2017
     Le développement d’un secteur industriel diversifié, capable          60 %

     de générer de la croissance et de créer des emplois, constitue         50 %
     un défi majeur pour l’économie ghanéenne. Le renforcement
     du rythme de croissance du Ghana, depuis les années 1980,             40 %
     tient principalement à la montée en puissance des secteurs
                                                                            30 %
     des services et de la construction, et, plus récemment, à l’ex-
     pansion des industries extractives (secteur pétrolier notam-          20 %
     ment). Le secteur manufacturier demeure, quant à lui, peu
     développé en comparaison avec d'autres pays du continent               10 %
     (Kenya, Sénégal, Côte d’Ivoire).
                                                                            0%
     À l’instar d’un grand nombre de pays en développement (PED),                      Agriculture          Industrie           Services            Finance
                                                                                                                                                 et assurance
     la structure économique du Ghana s’est modifiée à partir des
     années 1990. La part du secteur agricole s’est progressivement
                                                                                   NB : Le PIB rebasé (en 2013) est utilisé pour l’année 2017.
     réduite au profit des autres secteurs (graphique 5). Comme                    Source : Ministry of Finance (MoF), Ghana.
     plusieurs pays africains, la diminution de la part du secteur
     agricole dans le PIB du Ghana s’est réalisée principalement
     au profit du sec­teur tertiaire (non échangeable). La part du       Le gouvernement de Nana Akufo-Addo a introduit de nom-
     secteur agricole s’élevait encore à un tiers de la valeur ajoutée   breux programmes de relance en vue de contrecarrer les défail-
     en 2006. En revanche, à la suite du démarrage de la produc-         lances actuelles du secteur manufacturier ; à titre d’exemples :
     tion pétrolière dans les années 2010 (voir encadré 2), cette part   « One District, One Factory » (1D1F), Infrastructure for Poverty
     a sensiblement reculé en 2017. Au Ghana, le secteur tertiaire       Eradication Programme (IPEP). En outre, les investissements
     prédomine, son activité étant essentiellement concentrée            directs chinois essentiellement dirigés vers le secteur manu-
     dans des entreprises informelles et à faible valeur ajoutée         facturier (secteurs des produits plastique, pharmaceutique
     (exemples : commerce de détail, hôtellerie et restauration). Or,    et sidérurgique) permettent de soutenir la diversification et la
     ces activités intensives en travail non qualifié offrent peu de     montée en gamme de l’industrie ghanéenne.
     potentiel pour les gains de productivité et la diffusion techno-
     logique. Par ailleurs, il convient de signaler l’essor récent des
     services financiers et d’assurance qui pourraient encourager la
     montée en gamme du secteur tertiaire.

     Le rebasage du PIB fin 2018 a fortement modifié la part des
     différents secteurs économiques dans le PIB. Par comparaison
     avec le PIB basé sur l’ancienne méthodologie, la part de l’agri-
     culture et celle de l’industrie ont progressé pour passer en
     2017 respectivement de 18,3 à 21,2 % et de 25,5 à 33,2 %.
     De manière plus importante, à la suite de ce rebasage, la part
     du secteur manufacturier dans le PIB s’est considérablement
     accrue, passant de 4,5 à 11,7 %. La réduction significative de
     la part des services dans le PIB est une autre conséquence
     importante du rebasage du PIB. En 2017, la part du secteur ter-
     tiaire s’est contractée, passant de 56,2 % dans la précédente
     méthodologie à 45,6 %.

14    © AFD / Macroéconomie & Développement / Juin 2019
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