L'Afrique à l'aune des partenariats - Le privé investit dans les méga-projets - Tollé autour de la cyber-censure - the United Nations

 
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L'Afrique à l'aune des partenariats - Le privé investit dans les méga-projets - Tollé autour de la cyber-censure - the United Nations
Août - Novembre 2017     www.un.org/africarenewal/fr

L’Afrique à l’aune
des partenariats
Le privé investit dans
les méga-projets

Tollé autour de la
cyber-censure
L'Afrique à l'aune des partenariats - Le privé investit dans les méga-projets - Tollé autour de la cyber-censure - the United Nations
AU SOMMAIRE                                                                                                                  Août - Novembre 2017 | Vol. 31 No. 2

                                     3 DOSSIER SPÉCIAL
                                      DOSSIER
                                     L’Afrique à l’aune des partenariats

  4     Une bouée pour les pays à court d’argent
  6     Les multinationales lorgnent l’Afrique
  8     Stimuler les petites entreprises
 10     Interview: Li Yong, Directeur général de l’ONUDI                                                            Des écolières libériennes; Monrovia.
                                                                                                                       Nations Unies/Christopher Herwig
 12     Une Afrique intégrée : une aubaine pour le secteur privé
 14     Des philanthropes s’unissent pour financer la santé
 16     Partenariats à l’œuvre
 18     Interview: Lise Kingo, Directrice exécutive du Pacte mondial de l’ONU
                                                                                                                    Chef ďédition
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 20     Compagnies locales et Uber se disputent le marché urbain                                                    Secrétaire de rédaction
 22     Interview: Gilbert Houngbo, Président du FIDA                                                               Kingsley Ighobor

 24     L’Afrique à ciel ouvert                                                                                     Rédaction
 26     La politique se féminise                                                                                    Franck Kuwonu

 27     Le Sahel renaît
                                                                                                                    Recherche & Liaison média
 28     Interview: François Loucény Fall, Chef de l’UNOCA                                                           Pavithra Rao
 30     Des initiatives privées progressent en Afrique                                                              Eleni Mourdoukoutas

 32     Tollé autour de la cyber-censure                                                                            Ihuoma Atanga
                                                                                                                    Fatima Sene

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                                                                                                                    Paddy D. Ilos, II
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 38 Nominations                                                                                                     Administration
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En couverture : Train à grande vitesse, Afrique du sud.       Province de Gauteng
                                                                                                                    Distribution
                                                                                                                    Atar Markman
Afrique Renouveau (ISSN 2517-9837) est publiée      soutenant la publication. Les articles de cette
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2     AfriqueRenouveau       Août - Novembre 2017
L'Afrique à l'aune des partenariats - Le privé investit dans les méga-projets - Tollé autour de la cyber-censure - the United Nations
Faute de ressources, les gouvernements africains ont davantage recours au partenariat
avec le secteur privé pour financer les projets d’infrastructure et développement. Néan-
moins, les pays devraient faire preuve de prudence, avertissent les analystes, pour éviter le
piège de la dette.

  PARTENARIATS POUR LE DEVELOPPEMENT
Le pont Henri Konan Bédié à Abidjan, Côte d’Ivoire.    Bouygues Construction

L’Afrique à l’aune des partenariats
De l’argent public et privés pour financer les méga projets de développement

E
          n Afrique, le secteur privé joue            subsaharienne pourrait avoir d’importants           production d’électricité, d’énergie renou-
          un rôle crucial dans le développe-          effets sur la croissance. On estime que le          velable, la santé et les télécommunications.
          ment économique du continent                PIB par habitant dans la région augmen-                 On peut notamment citer le pont
          - bien plus qu’il y a dix ans.              terait de 1,7% par an si celle-ci rattrapait la     Henri Konan Bédié en Côte d’Ivoire, le
    Confrontés à d’importants déficits                moyenne des pays en développement dans              projet éolien du Lac Turkana au Kenya, la
budgétaires, les gouvernements africains              ce domaine, selon un rapport de la Banque           route Dakar-Diamniadio au Sénégal, des
se tournent vers les partenariats public-             mondiale datant d’avril 2017.                       centrales électriques et hydrauliques au
privé (PPP) pour combler les manques                      Améliorer les infrastructures pour              Ghana, au Nigéria et au Rwanda, ainsi que
financiers. Les investissements étrangers             rivaliser avec les pays les plus développés         le projet de port Tanger-Med au Maroc.
couplés à des co-financements collabora-              au monde permettrait d’accroître le PIB                 Bien que de grands projets financés
tifs avec des institutions de financement             par habitant de 2,6% par an. De meil-               par des partenariats public-privé conti-
du développement peuvent apporter les                 leures capacités de production d’électri-           nuent de changer le visage du continent,
capitaux nécessaires pour financer des                cité auraient l’effet le plus bénéfique.            les experts exhortent les gouvernements
industries, construire des infrastructures,           Ces dix dernières années, le continent a            africains à faire preuve de prudence et à
fournir des équipements sociaux et créer              travaillé en partenariat sur des projets            tirer les leçons des échecs des précédents
des emplois.                                          d’infrastructure, dont les plus fréquents           PPP avant d’en signer de nouveaux.
    Réduire les retards de développe-                 ont été la construction de routes, de ponts
ment des infrastructures en Afrique                   et de barrages. D’autres ont concerné la                                           voir page 23

                                                                                                        AfriqueRenouveau   Août - Novembre 2017     3
L'Afrique à l'aune des partenariats - Le privé investit dans les méga-projets - Tollé autour de la cyber-censure - the United Nations
Une bouée pour les pays
à court d’argent
Les gouvernements à la recherche de capitaux privés
Par Kingsley Ighobor

L
           ’Afrique du Sud et le Nigéria         et transformer ainsi la ville et sa région
           ont beau être les plus grandes        en un pôle logistique et d’exportation
           économies de l’Afrique, selon         de marchandises vers les États-Unis, la
           le Fonds monétaire interna-           Méditerranée et au-delà, l’Asie.
tional, des partenariats public-privé (PPP)          Le projet sera mis en œuvre, coor-
permettent toutefois au Maroc, au Rwanda,        donné et géré par l’Agence Spéciale Tanger
à la Côte d’Ivoire et à quelques autres petits   Méditerranée (une société privée avec des
pays de posséder une infrastructure de           prérogatives publiques), opérant dans le
classe mondiale.                                 cadre d’un accord avec le gouvernement en
     Dans un article publié dans le              collaboration avec les différents ministères
numéro d’août 2016 de l’African Journal          concernés.
of Management Research, les auteurs                  En général, les PPP sont des arran-
Bernadine J. Dykes et Carla D. Jones             gements contractuels appelés CET :
décrivent les PPP comme des « accords de         construction, exploitation et transfert.
coopération entre des gouvernements et           Ainsi, une société privée peut financer
des multinationales conclus pour financer,       un projet routier et le gouvernement auto-
bâtir et gérer des projets d’infrastructure ».   riser la société à exploiter la route pour
     Elles observent que ces dernières décen-    une période déterminée. Cela permet à la
nies « la participation de l’Afrique aux PPP     société de récupérer ses investissements,        PARTENARIATS POUR LE DEVELOPPEME
était limitée par rapport aux autres conti-      après quoi elle transfère l’exploitation de
nents », mais que dernièrement, en raison        la route à une agence gouvernementale.
des pressions sur les budgets nationaux et       La route Dakar-Diamniadio au Sénégal,          Planification économique Seth Terkper
de l’incapacité du secteur public de fournir     achevée en 2013, est un bon exemple.           déclare que le pays a besoin d’investir 1,5
des services efficaces, « les gouvernements      Le coût total du projet est estimé à 335       milliard de dollars par an dans le déve-
africains recherchent de plus en plus de         millions de dollars.                           loppement des infrastructures ; toutefois,
fonds de développement d’infrastructures                                                        d’autres analystes estiment que les besoins
pour répondre à la croissance de la popula-      Déficit chronique                              de financement pourraient être de 3,5
tion et à la demande de produits de base ».      L’Afrique a besoin de 93 milliards de          milliards de dollars.
     Avec un Produit intérieur brut d’en-        dollars par an pour son infrastructure, ce         Les secteurs public et privé considèrent
viron 37 milliards de dollars dans les années    qui représente environ 15 % de son PIB,        généralement les projets de PPP comme
1990, selon la Banque mondiale, le Maroc         note la Banque africaine de développement      étant gagnant-gagnant : le gouvernement
ne pouvait pas se permettre d’énormes            (BAD). Par conséquent, les PPP sont un         peut prétendre avoir réalisé les efforts
investissements dans l’infrastructure et         élément vital pour les gouvernements à         visant à fournir des infrastructures ou
remplir en même temps ses obligations            court d’argent.                                des services pour les citoyens, et les inves-
budgétaires récurrentes, notamment payer             Le Kenya, par exemple, nécessite des       tisseurs privés peuvent promouvoir leur
les salaires des fonctionnaires et faire fonc-   investissements dans son infrastructure à      participation au développement socioéco-
tionner son gouvernement.                        hauteur de 4 à 5 milliards de dollars par an   nomique, même s’ils fixent leur regard sur
     Puis une opportunité lucrative s’est        pour couvrir ses besoins de financement.       les bénéfices.
présentée il y a cinq ans. Le pays a profité     Des projets tels que le projet d’énergie           Cependant, la perception qu’un gouver-
de sa position unique sur le détroit de          éolienne du lac Turkana ont été réalisés       nement a des services ou des infrastruc-
Gibraltar et de sa proximité avec l’Europe.      avec succès grâce à des PPP.                   tures, vus comme une entreprise sociale,
Le Tanger-Med sera le plus grand port                La Tanzanie voisine a besoin de            en particulier dans les pays pauvres,
d’Afrique du Nord, et une composante d’un        8 milliards de dollars par an pour             contraste avec les solutions de marché du
vaste plan visant à stimuler l’économie de       répondre à son déficit de financement des      secteur privé axées sur les profits, et mène
la région.                                       infrastructures. Au Ghana, un pays dont        souvent à des problèmes.
     L’idée est de créer un centre logis-        les déficits budgétaires sont en hausse,           « Comme dans de nombreux marchés »,
tique pour attirer les fabricants à Tanger,      l’ancien ministre des Finances et de la        signale l’Oxford Business Group, un cabinet

4    AfriqueRenouveau     Août - Novembre 2017
L'Afrique à l'aune des partenariats - Le privé investit dans les méga-projets - Tollé autour de la cyber-censure - the United Nations
ENT

      britannique d’intelligence économique, « il      financement des Infrastructures en Afrique ,      Le port Tanger-Med situé à 40 km environ à l’est
      y a eu des faux pas dans la mise en œuvre        le Consortium pour les infrastructures en         de Tanger au Maroc.     Bouygues Construction
      de certains projets de type PPP [au Maroc].      Afrique (ICA), une organisation encoura-
          « Les partenariats avec les entreprises      geant l’accès aux services d’infrastructures
      privées dans le secteur des services publics,    durables sur le continent, note que l’incer-          Selon le Dr Amit Thakker, directeur de
      par exemple, se sont heurtés à une opposi-       titude et un manque de volonté politique          Africa Healthcare Federation, qui préco-
      tion concernant la modification des tarifs,      entravent la réussite des PPP.                    nise l’amélioration des systèmes de soins
      ainsi qu’à des questions d’accès, le service         L’ICA souligne que de nombreuses              sur le continent africain, les pays africains
      public de l’eau gérée de manière privée          institutions publiques manquent de                peuvent obtenir de meilleurs systèmes de
      dans de grandes villes suscitant des protes-     ressources, ce qui suscite la crainte d’un        soins grâce aux PPP. Il propose une stra-
      tations quant à la tarification souligne »,      risque financier chez les investisseurs           tégie en trois phases pour la mise en œuvre
      note l’Oxford Business Group .                   privés. Il a critiqué la faiblesse des cadres     des PPP en Afrique.
          Fin 2015, des investisseurs privés           réglementaires et la corruption qui sévit             La première phase, P1, consiste en l’ins-
      engagés par le gouvernement nigérian pour        dans certains pays.                               tauration d’un dialogue entre les pouvoirs
      distribuer l’électricité ont soulevé un tollé        La BAD énumère les facteurs défavo-           publics et un investisseur privé afin de
      général lorsqu’ils ont tenté d’augmenter les     rables à la réussite des PPP : « l’inadéqua-      clarifier les rôles et la vision, P2, en la
      tarifs de l’électricité. Incapables d’établir    tion du cadre juridique et réglementaire des      « création et l’adaptation des cadres régle-
      leurs tarifs, les compagnies de distribution     PPP ; l’absence de compétences techniques         mentaires et des obligations contractuelles
      d’électricité du Nigéria en avril dernier ont    à même de gérer les programmes et projets         ainsi que l’institutionnalisation de lois sur
      indiqué avoir perdu environ 2,3 milliards        de PPP ; la perception défavorable du risque      les PPP ». P3 « sera l’étape de mise en œuvre
      de dollars depuis novembre 2013, quand           pays chez les investisseurs, le poids limité      du projet, qui comprendra l’élaboration et
      elles ont assumé la responsabilité de la         de l’Afrique dans les échanges commer-            l’exploitation des projets et produits, suivie
      distribution électrique.                         ciaux et l’investissement au plan mondial,        de l’évaluation et de l’échange d’informa-
          Pour l’instant, les entreprises privées ne   la taille réduite du marché, les infrastruc-      tions et d’études de cas ».
      se hâtent pas de nouer des PPP en Afrique.       tures insuffisantes et les marchés finan-
      Dans son rapport 2015 sur les Tendances de       ciers limités ».                                                                     voir page 23

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L'Afrique à l'aune des partenariats - Le privé investit dans les méga-projets - Tollé autour de la cyber-censure - the United Nations
PARTENARIATS
    PARTNERSHIPS POUR
                 FOR THE
                      LE DEVELOPPEMENT
                         GOALS

L                                                Les multinationales
         orsqu’il voyage à l’étranger
         pour son travail et recherche
         un logement, Joe Eyango, un

                                                 lorgnent l’Afrique
         Camerounais vivant aux Etats-
Unis, tient compte de deux éléments : la
facilité d’accès au centre ville depuis l’aé-
roport et une connexion Internet fiable.
Professeur d’université, il veut pouvoir,        Installées en Afrique du Sud, pour la plus part, les
en moins de 48 heures, prendre l’avion, se       grandes compagnies s’étendent aussi ailleurs
déplacer aisément à son arrivée, donner
sa conférence et repartir vers une autre         Par Zipporah Musau
destination.
    Parmi tous les voyages professionnels            Pour les professionels, l’Afrique du Sud        Parmi ces multinationales, on trouve
qu’il a effectué en Afrique, c’est l’Afrique     est une destination de choix. Plus de 75%       le groupe bancaire Standard, Barclays,
du Sud qui emporte sa préférence.                des principales multinationales d’Afrique y     Vodafone (l’une des plus grandes entre-
     “L’Afrique du Sud a beaucoup d’avan-        sont installées.                                prises de télécommunications mondiales),
tages comparés à d’autres pays africains.             “Ces grandes entreprises choisissent       le fabricant de voitures de luxe BMW,
Les routes sont bonnes, l’électricité et         d’investir là où l’environnement est propice    Volkswagen et General Electric, de même
Internet sont fiables, ce qui est indis-         aux affaires. Les investisseurs s’intéressent   que FirstRand, Sasol, Sanlam ou le groupe
pensable pour travailler”, explique M.           aux pays relativement stables, avec de          MTN.
Eyango.                                          bonnes infrastructures, des réseaux de              Dans une interview sur les raisons
    Récemment invité à donner une confé-         communication et d’électricité fiables, et      qui poussent les investisseurs à choisir
rence alors qu’il avait un emploi du temps       des travailleurs qualifiés”, explique le Dr     l’Afrique du Sud, Sam Ahmed, l’ancien
déjà chargé, M. Eyango a pris l’avion pour       John Mbaku, chercheur auprès de l’Ini-          directeur général de Britannia Industries,
Johannesbourg depuis Amsterdam. A l’ar-          tiative pour la croissance en Afrique de la     un fabricant de bonbons et biscuits en Inde,
rivée, il a franchi la douane de l’aéroport      Bookings Institution et professeur d’éco-       expliquait que son enterprise cherchait un
international OR Tambo et a pris un taxi         nomie à l’Université publique Weber aux         pays lui ouvrant le marché africain à faible
jusqu’à son hôtel, en moins d’une heure.         Etats-Unis.                                     coût.

6     AfriqueRenouveau    Août - Novembre 2017
L'Afrique à l'aune des partenariats - Le privé investit dans les méga-projets - Tollé autour de la cyber-censure - the United Nations
de criminalité (en particulier en zone            infrastructures, de l’électricité, de la santé
                                                urbaine), aux scandales de corruption             et des télécommunications.
                                                et à une incertitude politique néfaste au             Les bailleurs de fonds comme la Banque
                                                commerce.                                         africaine de développement exhortent les
                                                    Le Dr. Mukhisa Kituyi, secrétaire             pays africains à améliorer l’environnement
                                                général de la Conférence des Nations Unies        économique en “créant des cadres légaux
   Montants de l’IDE en                         sur le commerce et le développement               et réglementaires pour les PPP et en facili-
   Afrique par projets en                       (CNUCED), reconnaît que l’Afrique du              tant le partage de contacts et d’expériences
   2015                                         Sud possède, pour des raisons historiques,        entre les agences de réglementation et les
                                                l’économie de marché la plus ancienne et          organismes similaires.”
   Pays		                     Projets           la plus développée d’Afrique bâtie sur une
   Afrique du sud 		              118           économie minière, industrielle et finan-          Prudence
   Kenya 			                       85           cière forte.                                      Bien que les PPP commencent à avoir un
   Maroc 		                        71               Cependant, selon M. Kituyi, les choses        impact positif en Afrique, les pays doivent
   Egypte 			                      59           sont en train de changer et d’autres pays         avancer avec précaution et tirer les leçons
   Nigeria 			                     51           africains attirent maintenant de gros             des échecs avant de se lancer dans de
   Ghana 			                       40           investisseurs.                                    nouveaux partenariats.
   Mozambique 		                   29               “L’Afrique du Sud a bénéficié d’une                “Il est indispensable que l’état ait la
   Ethiopie 			                    27           longueur d’avance, mais en montants               capacité de soutenir ces partenariats pour
   Côte d’Ivoire 		                26           nets, la croissance est plus forte dans           ne pas contracter des créances douteuses”,
   Tanzanie 		                     20           d’autres pôles de fabrication et de services.     indique M. Kituyi, ajoutant que les gouver-
   Ouganda			                      20           Aujourd’hui, l’industrie des services finan-      nements ne doivent pas laisser les entre-
   autre 			                      159           ciers croît plus rapidement au Maroc qu’en        prises dicter leurs conditions.
   Total 		                      705            Afrique du Sud”, indique M. Kituyi.                   Cet avertissement est aussi celui de M.
                  La source: fDi Markets            Certaines multinationales se sont délo-       Mbaku, qui conseille les gouvernements
                                                calisées. “Une usine de fabrication Volvo a       africains pour garantir que les PPP fonc-
                                                récemment ouvert à Mombasa. De même,              tionnent à leur avantage. “Si vos dirigeants
                                                on assiste à une expansion, en particulier        sont faibles ou corrompus, vous n’aurez ni
                                                dans les télécommunications, de nouveaux          le pouvoir, ni les capacités requises pour
BMW Afrique du Sud annonce la fabrication       centres de services au Nigéria, au Kenya et       négocier un partenariat en votre faveur.
de sa gamme BMW série 3 dans son usine de       au Rwanda.”                                       Vous hériterez d’un PPP qui n’est pas un
Rosslyn à Pretoria en Afrique du sud.                                                             partenariat.”
   BMW Group                                    Faibles retombées                                     M. Mbaku donne l’exemple des entre-
                                                Pourquoi les gouvernements africains              prises pétrolières qui opèrent en Afrique
    “En Afrique du Sud, les infrastructures     devraient-ils encourager les entreprises          depuis plus de vingt ans mais emploient
sont de première qualité mais les coûts sont    à s’installer dans leurs pays ? Dans la           toujours des expatriés plutôt que des
ceux d’un pays en développement”, indique       majorité des cas, le manque de budget les         locaux. Ces entreprises sont réticentes à
M. Ahmed, les coûts de production étant         pousse à se tourner vers le secteur privé         partager leurs compétences, leur savoir et
en effet beaucoup moins élevés qu’en Asie       qui peut leur offrir un coup de main indis-       leurs technologies.
du Sud-Est.                                     pensable. Les investissements étran-                  Autre problème : une repartition
    Les grandes entreprises apprécient          gers permettent de financer des indus-            inégale des pouvoirs. “Si vous êtes un
aussi les pays où le système judiciaire fonc-   tries, des infrastructures, de stimuler la        gouvernement menant un projet de déve-
tionne correctement en cas de problèmes         productivité, de fournir des équipements          loppement avec un PPP, vous n’avez pas le
juridiques. Comparée aux autres pays afri-      collectifs et de créer des emplois, néces-        même pouvoir que la multinationale qui
cains, la justice sud-africaine a la répu-      saires à l’exploitation du potentiel écono-       dispose du capital, de la main d’oeuvre
tation de prononcer des sentences appro-        mique d’un pays. L’engouement pour la             qualifiée et d’un marché extérieur ”,
priées et d’être indépendant face aux mani-     réalisation des Objectifs de développe-           souligne M. Mbaku. En dépit des défis, les
pulations politiques.                           ment durable nécessite également des              PPP continueront à jouer un rôle impor-
    Autre aspect positif : les ressources       financements.                                     tant dans le développement des pays
humaines. L’efficacité et le bon fonction-          En Afrique, les gouvernements et l’in-        pauvres. Mais pour que les pays africains
nement des entreprises dépendent de la          dustrie lancent progressivement des parte-        puissent convaincre les multinationales et
compétence de leurs employés. En dépit          nariats public-privé (PPP) dans lesquels          autres investisseurs de poids de travailler
des nombreuses années d’apartheid, l’édu-       les entreprises apportent les capitaux            avec eux, leurs gouvernements doivent
cation est de relativement bonne qualité et     et les gouvernements garantissent les             faire leur part – améliorer les infrastruc-
adaptée aux entreprises.                        conditions les plus propices aux affaires.        tures, les communications, la sécurité,
    En dépit de ses atouts, l’Afrique           Depuis dix ans, les PPP ont permis de             le système judiciaire, et combattre la
du Sud fait encore face à un taux élevé         réaliser des projets dans les secteurs des        corruption.

                                                                                                AfriqueRenouveau    Août - Novembre 2017      7
L'Afrique à l'aune des partenariats - Le privé investit dans les méga-projets - Tollé autour de la cyber-censure - the United Nations
Stimuler les petites entreprises
Des financements alternatifs pour les petites et moyennes entreprises
Par Franck Kuwonu

I
     l y a quelques années, un demi-siècle           Les PME représentent 92% de toutes        innovation fournit une solution qui n’a pas
     après la présentation initiale du projet,   les entreprises locales du Ghana, 85% des     encore été envisagée par des fabricants
     la Côte d’Ivoire a achevé la construc-      emplois manufacturiers et environ 70% du      internationaux et offre de nouvelles oppor-
     tion du pont Henri Konan Bédié, sur         PIB.                                          tunités pour cette industrie ».
la lagune d’Ébrié, reliant Abidjan du Nord           Au Nigeria, 37 millions de PME                Au Nigéria, un tiers des 170 millions
au Sud Le projet est devenu réalité lorsque      emploient environ 60 millions de              d’habitants mangeraient du fufu ; un
le gouvernement a reçu des fonds privés et       personnes et représentent environ 48% du      marché attractif pour le mixeur. Or, LCT,
de la Banque africaine de développement.         PIB.                                          qui emploie actuellement 19 personnes,
    De même, l’autoroute Dakar-                      L’Afrique du Sud abrite plus de 2,2       ne peut produire qu’environ cent mixeurs
Diamniado au Sénégal a été construite et         millions de PME, dont environ 1,5 million
exploitée par des entreprises privées.           dans le secteur informel, et 43% dans le
    Les difficultés croissantes liées à l’ob-    commerce et l’hébergement, selon l’Agence
                                                                                                 PARTENARIATS POUR LE DEVELOPPEME
tention d’un financement ordinaire, y            de développement des petites entreprises
compris des crédits pour les infrastruc-         de l’Afrique du Sud (SEDA) chargée de
tures publiques telles que les routes, les       mettre en œuvre la stratégie du gouverne-
chemins de fer et les barrages forcent les       ment en la matière.
pays africains à explorer d’autres moyens            Un rapport de 2016 de la SEDA indique
de financement.                                  que les PME sont confrontées à des diffi-
    Amener le secteur privé à construire         cultés d’accès aux financements et aux
et exploiter des infrastructures, récupérer      marchés.
ses investissements et ensuite transférer            Huit emplois sur 10 et neuf sur 10
ces infrastructures aux gouvernements            sur l’ensemble des entreprises d’Afrique
constitue un moyen de compenser le déficit       subsaharienne sont liés aux PME, selon
de l’aide publique au développement et           l’ONU.
l’aversion au risque des banques.
                                                 Opportunités
Epine dorsale                                    Les PME, surtout celles du secteur
L’aide accordée aux pays les moins avancés       informel, n’ont pas facilement accès à des
a diminué de 3,9% en 2016, selon l’Organi-       prêts bancaires. Elles s’appuient sur des
sation de coopération et de développement        économies personnelles ou des capitaux
économiques.                                     apportés par des amis ou de la famille.
    Les gouvernements élaborent des stra-            « Même lorsqu’une banque est disposée
tégies de financement novatrices, tandis         à faire un prêt, la garantie ou l’acompte
que les grandes entreprises bénéficient          exigé est trop élevé pour une petite entre-
d’investissements ou de prêts bancaires.         prise comme la nôtre », explique Alex
Les PME quant à elles, continuent de lutter      Treku, chargé de la communication et des
pour le financement.                             projets au LOGOU Concept Togo (LCT).
    Les fonds levés par les États auprès de          L’entreprise LCT fabrique des mixeurs
partenaires privés ou d’institutions finan-      électriques (the Foufou Mix) utilisés à la
cières internationales telles que la Banque      place du pilon traditionnel pour la prépa-
africaine de développement (BAD), la             ration de l’igname pour le fufu, un plat
Société financière internationale (SFI), ou      ouest-africain.
la Banque mondiale ne répondent pas aux              « The Foufou Mix permet une prépa-
besoins des PME.                                 ration rapide et hygiénique de l’igname
    « Au Ghana, les PME peuvent être             pendant environ huit minutes », a déclaré
considérées comme la colonne vertébrale          la African Innovation Foundation (AIF) en
de l’économie. Elles emploient des milliers      décernant à LCT la deuxième place du Prix
de personnes », a déclaré le ministre des        de l’innovation pour l’Afrique en 2014.
Finances du Ghana, Ken Ofori-Atta, lors              L’AIF a ajouté que « Piler l’igname a
d’une rencontre d’entrepreneurs en juin.         toujours été réservé aux femmes ; cette

8    AfriqueRenouveau     Août - Novembre 2017
L'Afrique à l'aune des partenariats - Le privé investit dans les méga-projets - Tollé autour de la cyber-censure - the United Nations
par mois car « Nous n’avons pas accès aux      de PME via des intermédiaires financiers          Programme des Nations Unies pour le
      crédits, ni aux fonds bancaires pour nous      tels que des banques commerciales, des            développement, environ 5.000 PME du
      développer », explique M. Treku.               investissements de développement et des           secteur des « minéraux de développement »
          Si les capacités opérationnelles et        fonds de garantie. Pour les experts, c’est un     dans cinq pays bénéficieront d’un finance-
      l’accès aux marchés constituent des défis      bon début, mais ce n’est pas suffisant.           ment abordable avec 12 millions de dollars
      majeurs pour les MPME, l’accès au finan-           Les risques associés aux prêts peuvent        de garantie de crédit.
      cement reste le plus problématique.            être couverts par un intermédiaire tel que             Il y a deux ans, la SFI et Ecobank,
                                                     le Fonds africain de garantie (AGF) qui           une banque comerciale et d’investisse-
      Partenariat et innovation                      apporte des garanties de crédit aux insti-        ment panafricaine, ont lancé une facilité
      À l’occasion de la première Journée            tutions financières qui accordent des prêts       de partage des risques de 110 millions de
      mondiale des MPME célébrée le 27 juin,         aux PME pour lesquelles il existe une forte       dollars qui permet à Ecobank de prêter de
      la BAD a appelé à une augmentation des         aversion au risque.                               l’argent aux PME opérant dans des États
      nouveaux financements abordables. La               En juin dernier, l’AGF a annoncé que,         fragiles et en conflit d’Afrique de l’Ouest et
      BAD et la SFI souhaitent que les PME y aient   grâce à un partenariat avec le Groupe             du Centre. Au-delà des efforts déployés par
      davantage accès. L’année dernière, la BAD      des États d’Afrique, des Caraïbes et              les banques, des experts suggèrent d’ex-
      a déclaré avoir aidé 156.000 propriétaires     du Pacifique, l’Union européenne et le            plorer des financements innovants, tels
                                                                                                       que le financement coopératif et les fonds
                                                                                                       de la diaspora.
ENT                                                                                                         La Banque mondiale considère le finan-
                                                                                                       cement participatif: un moyen novateur
                                                                                                       de financer un projet en collectant des
                                                                                                       fonds auprès d’un très grand nombre de
                                                                                                       personnes, prêts entre pairs, obligations
                                                                                                       d’impact social et sur le développement.
                                                                                                            Mais la BAD veut que les prêts augmen-
                                                                                                       tent d’au moins 135 milliards de dollars
                                                                                                       afin de répondre à la demande des PME.
                                                                                                       Étant donné que le déficit de financement
                                                                                                       global dans les pays en développement se
                                                                                                       situe actuellement entre 2,1 et 2,6 milliards
                                                                                                       de dollars, de nouvelles stratégies s’avèrent
                                                                                                       nécessaires pour financer les 17 objectifs de
                                                                                                       développement durable.
                                                                                                            Selon le Forum économique mondial,
                                                                                                       le « financement mixte » pourrait combler
                                                                                                       ce fossé mais la majorité des PME du
                                                                                                       secteur informel devront « prendre des
                                                                                                       mesures gigantesques vers la formalisa-
                                                                                                       tion afin d’accroître leur accès aux crédits
                                                                                                       traditionnels », selon une étude du 17 mars
                                                                                                       intitulée Financement de la croissance
                                                                                                       des PME en Afrique : Quelles sont les
                                                                                                       difficultés liées au financement des PME
                                                                                                       de la région de la CEDEAO ?, publiée dans
                                                                                                       Review of Development Finance.
                                                                                                            Les auteurs soutiennent que les
                                                                                                       réformes politiques sont aussi impor-
                                                                                                       tantes que l’accès au financement. Ils
                                                                                                       suggèrent aux entreprises de fournir
                                                                                                       les informations nécessaires afin de
                                                                                                       renforcer la confiance des créanciers et
                                                                                                       l’efficacité et la transparence de la gestion
                                                                                                       des systèmes de crédit parrainés par le
                                                                                                       gouvernement.

                                                                                                       Chef et propriétaire d’un restaurant et d’un
                                                                                                       service traiteur au Libéria.    ONU/C. Herwig

                                                                                                     AfriqueRenouveau     Août - Novembre 2017         9
L'Afrique à l'aune des partenariats - Le privé investit dans les méga-projets - Tollé autour de la cyber-censure - the United Nations
INTERVIEW

En marche vers le
                                                                                                  ont commis l’erreur de la désindustriali-
                                                                                                  sation. Un ambassadeur d’un pays africain
                                                                                                  m’a confié que le douloureux processus de

progrès industriel
                                                                                                  désindustrialisation les avait contraints à
                                                                                                  cesser d’exporter des produits tels que le
                                                                                                  fromage ou les fèves de cacao. Les change-
                                                                                                  ments trop fréquents de politiques sont un
— Li Yong                                                                                         autre facteur. L’instabilité, conséquences
                                                                                                  des fréquents changements de politiques,
                                                                                                  effraie les investisseurs et perturbe le

D    irecteur général de l’Organisation des Nations Unies pour le développement industriel
     (ONUDI), l’agence spécialisée dans la promotion du développement industriel, de la
mondialisation inclusive et de l’environnement. Li Yong, a répondu aux questions de Kingsley
                                                                                                  processus d’industrialisation.

                                                                                                  Les programmes d’ajustement struc-
Ighobor sur l’industrialisation de l’Afrique. Il prenait part à New York à une réunion spéciale   turel (PAS) des années 1980 étaient-ils
sur “l’innovation dans le développement des infrastructures et l’industrialisation durable dans   un mauvais remède ?
les pays en développement et ayant des besoins spécifiques”.                                           Je préfère ne pas en parler car j’étais
                                                                                                  impliqué dans le processus de prêts lorsque
                                                                                                  je travaillais à la Banque Mondiale. Je dirais
                                                                                                  simplement que certaines des mesures
Afrique Renouveau : Quelle place pour              en Afrique, le sous-développement indus-       n’étaient pas très bonnes.
l’Afrique dans une réunion sur l’indus-            triel ralentit la croissance.
trialisation dans les pays en dévelop-                                                            On reproche à ce type de réunions
pement ?                                           Quels sont les facteurs qui entravent          auxquelles vous venez de participer de
    Li Yong : La réunion de l’ECOSOC               l’industrialisation de l’Afrique ?             ne brasser que du vent. Votre avis ?
[Conseil économique et social des Nations              La chute brutale des prix des matières          Je pense que parfois, avec trop de
Unies] est importante en raison de l’ODD           premières a ralenti la compétitivité des       discussions, de débats sur les théories ou
9, qui appelle à une industrialisation, une        économies exportatrices.                       sur les rapports, on n’agit plus. Il faut passer
innovation et des infrastructures durables                                                        à l’action ! Si des emplois peuvent être créés,
et inclusives. L’Afrique doit compétir             Mais les prix ont chuté seulement              allons-y !
contre la chaîne de valeur mondiale, la            récemment.
création de valeur ajoutée manufacturière              Non, pas juste récemment mais au           Ou en est-on du Programme pour le
et la croissance rapide d’autres régions. Les      travers du siècle dernier. Mais revenons       partenariat de pays (PCP) de l’ONUDI
deux tiers des pays les moins avancés étant        aux entraves. Dans le passé, les institu-      vise à mobiliser les ressources des
                                                   tions internationales de développement         secteurs privé et public pour l’indus-
                                                                                                  trialisation et à fournir une assistance
                                                                                                  technique?
                                   PARTENARIATS POUR LE DEVELOPPEMENT                                  C’est une nouvelle approche du dévelop-
                                                                                                  pement industriel. Nous travaillons avec les
                                                                                                  gouvernements et les institutions de déve-
                                                                                                  loppement pour créer et soutenir des stra-
                                                                                                  tégies industrielles. Traditionnellement, il
                                                                                                  y a un problème de financement : le gouver-
                                                                                                  nement doit allouer des ressources aux
                                                                                                  infrastructures de base. Mais les institu-
                                                                                                  tions de développement doivent également
                                                                                                  contribuer aux infrastructures telles que
                                                                                                  les routes, les autoroutes, les chemins de
                                                                                                  fer, l’électricité ou l’approvisionnement en
                                                                                                  eau. Nous conseillons aux gouvernements
                                                                                                  de concevoir des politiques qui protègent
                                                                                                  les investissements de sorte à attirer le
                                                                                                  secteur privé et l’IDE [investissement
                                                                                                  direct étranger].

                                                                                                  Li Yong, Directeur général de l’Organisation des
                                                                                                  Nations Unies pour le développement industriel
                                                                                                  (ONUDI).       AR/Eleni Mourdoukoutas

10 AfriqueRenouveau        Août - Novembre 2017
Vous étiez fortement impliqué dans              l’a soutenue avec un laboratoire, des                 L’industrialisation durable produit
le développement de l’agriculture et            équipements et des techniciens pour lui           des résultats à long terme alors que les
des petites et moyennes entreprises             permettre de recevoir des certifications          pays qui luttent contre la pauvreté ont
(PME) en Chine. Des leÇons pour                 pour l’exportation vers l’Europe et l’Asie.       besoin de ressources immédiatement et
l’Afrique?                                      Considérons l’Ethiopie, avec 95 millions          ne peuvent pas ralentir leur exploitation
    Il faut une vision et une stratégie.        de personnes et des millions de bovins, de        non durable.
Premièrement, élaborer des politiques           caprins et de vaches mais qui n’exporte               Le développement industriel doit être
qui soutiennent les PME dans le secteur         que 7% de son bétail faute de capacité de         réalisé de façon inclusive et durable. Si
agricole. En Chine, le premier document de      transformation. Ils n’ont pas de certifi-         nous fabriquons des produits avec une
l’année est un plan de soutien au dévelop-      cation standard pour l’exportation, bien          forte pollution de l’eau, du sol ou de l’air, il
pement de l’agriculture. Deuxièmement,          que la qualité de la viande soit excellente.      y a un coût pour la santé des personnes. À
prendre des mesures concrètes. Nous             Nous soutenons l’Éthiopie dans la mise en         l’ONUDI, pour qu’un projet soit approuvé,
ne pouvons pas parler dans le vide.             place d’un projet pilote afin de répondre         il doit respecter nos normes environne-
Troisièmement, soutenir financièrement le       aux critères d’exportation. L’agriculture         mentales.
renforcement des capacités de production        africaine peut se connecter à la chaîne de
et la formation. Quatrièmement, assurer         valeur mondiale.                                  Les dirigeants africains sont-ils récep-
un environnement favorable au dévelop-                                                            tifs à vos idées ?
pement des PME. Enfin, relier le secteur        Les pays peuvent créer des agro-in-                   La plupart des dirigeants que j’ai
agricole à l’agro-industrie, l’agroalimen-      dustries dans des domaines où ils ont             rencontrés demandent l’appui de l’ONUDI.
taire et l’industrie manufacturière.            un avantage concurrentiel, mais le                Mis à part ceux qui traversent des situa-
                                                manque de compétences techniques                  tions difficiles, comme des conflits, les
Un rapport de la Banque Mondiale indi-          et d’infrastructures, en particulier              pays doivent faire preuve d’un solide enga-
quait récemment que l’agro-industrie            les routes et l’électricité, reste un             gement en faveur de l’industrialisation.
en Afrique pourrait valoir 1 trillion de        problème.
dollars d’ici à 2030. Cela pourrait-elle            Nous avons les boîtes à outils tradition-
changer la donne?                               nelles, y compris la formation profession-        Le font-ils?
    Oui, même si le chiffre ne me paraît        nelle. Le renforcement des capacités est              Comme le nouveau président nigérian,
pas exact. Mais l’agriculture est un secteur    un programme très populaire de l’ONUDI.           beaucoup de leaders, en Côte d’Ivoire,
très porteur pour l’Afrique. La création        Avec le soutien des donateurs, nous déve-         en Éthiopie, au Kenya, au Sénégal, en
d’emplois requiert de l’innovation. Il y aura   loppons des programmes de formation               Tanzanie et en Zambie, manifestent
très peu d’opportunités si vous essayez de      comme nous l’avons fait en Tunisie et en          leur engagement. Cependant, les pays
cultiver du blé, du maïs ou des fruits, sans    Éthiopie pour de jeunes ingénieurs avec le        en conflit, tels que la République démo-
vous connecter à l’agro-alimentaire et à la     maniement des engins lourds. Les pays ont         cratique du Congo [RDC], pourraient
chaîne de valeur mondiale. Je n’accepte pas     besoin de projets agro-industriels à grande       avoir des difficultés à s’industrialiser. La
l’idée selon laquelle la technologie moderne    échelle. L’Ethiopie a par exemple déve-           RDC dispose de nombreuses ressources,
entraînerait une perte d’emplois chez les       loppé des centaines de parcs industriels          dont l’or et le pétrole. Le pays est vaste,
agriculteurs car les services agricoles sont    qui permettent d’accroître les capacités de       vous pouvez y cultiver n’importe quoi,
liés au marché. Avec l’agro-transformation,     production.                                       et dispose d’une importante population.
les agriculteurs ont plus de temps et de                                                          Mais les conflits internes ralentissent l’in-
moyens à consacrer à des choses qui vont        La plupart des investisseurs étrangers            dustrialisation. Au contraire, le Rwanda,
au-delà de la plantation et de la culture.      ciblent le secteur extractif, qui génère          paisible, avance rapidement. Tout dépend
                                                peu d’emplois. Que faites-vous pour               de la situation du pays, des engagements
Le but de l’Initiative africaine pour le        encourager les investissements dans le            de son gouvernement et de l’efficacité des
développement de l’agroalimentaire et           secteur agricole ?                                systèmes administratifs.
de l’Afrique, soutenue par l’ONUDI, est             La meilleure approche pour l’Afrique
d’ouvrir les marchés internationaux             ne consiste pas à dire : « N’exportez pas         Comment voyez-vous l’Afrique dans
aux agriculteurs. Mais les agricul-             de matières premières ». Regardez l’Aus-          environ 10 ans ?
teurs africains sont concurrencés par           tralie et d’autres pays qui continuent d’ex-          Beaucoup de pays progresseront dans
les subventions agricoles de nombreux           porter leurs matières premières. Après            l’échelle socio-économique et devien-
gouvernements occidentaux.                      une analyse coût-bénéfices, ils ont décidé        dront des pays à revenu intermédiaire.
    L’Afrique peut innover sur ce plan.         de ne pas transformer localement. Il faut         Il y aura plus d’industries pour fabri-
Par exemple, les pays africains produc-         une discipline de marché. Tous les pays           quer des biens et créer des emplois. C’est
teurs de cacao qui exportaient les fèves        ne doivent pas exporter les matières              possible. La communauté mondiale est
fabriquent localement des produits choco-       premières, mais s’ils en ont la capacité et       prête à soutenir l’Afrique. Plus impor-
latiers. Au Ghana, une entreprise produit       des investisseurs étrangers pour construire       tant encore, les pays africains s’engagent
du beurre, de l’huile et un biscuit de cacao    des usines et créer des emplois, pourquoi         dans le progrès industriel et la croissance
pour la consommation locale. Et l’ONUDI         pas ?                                             économique.

                                                                                                AfriqueRenouveau     Août - Novembre 2017      11
L’intégration : une aubaine
pour le secteur privé
Le commerce intra-africain peut stimuler le profit
Par Ihuoma Atanga

L
         es pays en développement               concurrentiels, des services financiers et
         peuvent-ils prospérer sans esprit      aux entreprises.
         collectif dans une économie                Après l’instauration d’un environne-
         mondiale? Une question pour            ment national propice aux partenariats
chaque pays qui envisage le développe-          public-privé, les gouvernements devraient
ment et la stabilité économiques.               rechercher des partenariats régionaux.
     Les organisations internationales          Selon le Secrétaire général de l’ONU,
telles que la Conférence des Nations Unies      António Guterres, , lors du Sommet du
sur le commerce et le développement             G7 en mai à Taorimina, en Italie, il faut «
(CNUCED) et le Fonds monétaire inter-           soutenir l’aspiration du continent à une
national affirment que pour une crois-          intégration régionale, y compris par la libre
sance durable et collective, les grandes        circulation des personnes et des biens, et
économies africaines doivent abattre les        par les investissements dans les infrastruc-
cloisons qui les séparent des économies         tures et l’info-structure ... » L’innovation
sous-développées du continent.                  serait la clé pour relier les régions.
     Selon le rapport de la CNUCED en               De fait, la présence de multinationales
2016, Zone de libre-échange continen-           et d’investisseurs, comme au Ghana, au
tale africaine : Promouvoir l’intégration       Nigéria et en Afrique du Sud, créé des
panafricaine, l’intégration régionale est       environnements favorables pour les entre-
nécessaire pour développer la technologie       prises.
et l’innovation.                                    Afin de promouvoir le commerce
     Jusqu’aux années 1980, le secteur          intra-africain, les dirigeants ont formé
public n’a pas su donner à la croissance        des blocs commerciaux régionaux comme
de l’Afrique une trajectoire ascendante         la Communauté économique des États
durable. Si certains ont prospéré dans les      de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), la
années 1960, comme la Côte d’Ivoire, le         Communauté des États sahélo-sahariens
Ghana et le Kenya, la croissance de la          (CEN-SAD), la Communauté de l’Afrique           un dédouanement accéléré à la frontière,
plupart des pays a été ralentie par une         de l’Est (EAC) ou la Communauté pour le         nécessitant souvent une intervention poli-
économie dépendante du gouverne-                développement l’Afrique australe (SADC)         tique et réduisant les avantages de l’auto-
ment limitant la capacité à répondre à la       et le Marché commun de l’Afrique orien-         maticité (« effet bol de spaghetti »). »
demande de consommation et à la faible          tale et australe (COMESA), avec pour                 Les autres obstacles comprennent les
compétitivité de marchés.                       objectifs, le libre-échange, la coopération     contrôles monétaires, les coûts de trans-
     Réalisant qu’aucune croissance             économique et l’élimination des droits de       port élevés, les barrières non tarifaires et
durable et rapide ne serait possible sans       douane et des barrières commerciales.           les tarifs commerciaux.
investissements, de nombreux dirigeants                                                              Des multinationales telles que
africains élargissent leur spectre et cour-     Les défis                                       ShopRite, United Bank for Africa (UBA),
tisent les entrepreneurs et le secteur privé    Les efforts en faveur du libre-échange          Dangote Group et Ecobank ont béné-
en quête de partenariats,                       régional sont louables mais des difficultés     ficié des blocs commerciaux régionaux et
     Selon un rapport de l’Organisation         subsistent.                                     des zones de libre-échange. En Afrique
des Nations Unies pour le développe-                Selon la CNUCED, l’appartenance             australe, l’impact a été majeur sur la renta-
ment industriel (ONUDI), Renforcer              de nombreux pays africains à plus d’un          bilité de ShopRite, le plus grand détaillant
les capacités pour le développement du          bloc commercial régional et d’une orga-         alimentaire sud-africain qui a développé
secteur privé en Afrique, le secteur public     nisation intergouvernementale, est              ses activités au Lesotho et Zimbabwe et se
doit encourager les partenariats avec le        source de contradictions réglementaires         tourne désormais vers le Kenya, le Ghana
secteur privé dans les projets de déve-         et d’avantages qui s’annulent au profit         et le Nigéria.
loppement et accroître ses capacités en         de potentiels conflits car « Des régimes             Malgré l’augmentation des revenus,
offrant des infrastructures, des marchés        qui s’opposent peuvent conspirer contre         les barrières non tarifaires entravent le

12 AfriqueRenouveau      Août - Novembre 2017
africains où elles sont implantées. Ce sont
                                                                                               des partisans du commerce intra-africain,
                                                                                               des services financiers et des fonds d’inves-
                                                                                               tissement, comme UBA et Heirs Holdings,
                                                                                               présidé actuellement par son fondateur
                                                                                               Tony Elumelu, fervent adepte de la promo-
                                                                                               tion des entreprises en Afrique selon sa
                                                                                               théorie de l’« Africapitalisme », terme qu’il
                                                                                               a employé en 2010 pour développer sa
                                                                                               philosophie du secteur privé africain qui a
                                                                                               le pouvoir de transformer le continent avec
                                                                                               des investissements long terme, créant à
                                                                                               la fois prospérité économique et richesse
                                                                                               sociale.
                                                                                                    D’après M. Adegboyega Festus, direc-
                                                                                               teur financier et du développement de
                                                                                               UBA en Amérique du Nord : « L’innovation
                                                                                               bancaire de UBA a grandement facilité
                                                                                               l’intégration régionale, la croissance et les
                                                                                               intérêts commerciaux à travers l’Afrique
                                                                                               avec l’amélioration de l’efficacité et des
                                                                                               capacités, le volume et le périmètre des
                                                                                               affaires, la création de valeur et son appro-
                                                                                               priation par nos clients et nos entreprises. »
                                                                                                    L’influence de UBA dans le dévelop-
                                                                                               pement du commerce intra-africain n’a
                                                                                               cessé de croître avec le développement de
                                                                                               ses activités en Afrique, d’autant plus que
                                                                                               la banque est membre des blocs commer-
                                                                                               ciaux régionaux.

                                                                                               Possibilités de croissance
                                                                                               Dans une intervention à l’Université
                                  PARTENARIATS POUR LE DEVELOPPEMENT                           d’Oxford en 2015, M. Elumelu a cité
                                                                                               Transcorp, une filiale de Heirs Holding,
                                                                                               illustrant le rôle des multinationales et des
libre-échange. Selon Imani Development,         Ecobank à Kumasi, Ghana.   Banku               services financiers dans la croissance des
un cabinet de conseil dans le domaine                                                          secteurs privé et public. Transcorp investit
économique et du développement en                                                              dans le secteur de l’alimentation en diffi-
Afrique du Sud, ShopRite a dépensé 5,8          peut considérablement augmenter les            culté au Nigeria et génère actuellement
millions de dollars pour les formalités         bénéfices et l’intégration régionale est       20 % de la production totale d’électricité
administratives en 2009 et 13,6 millions de     encouragée par certains gouvernements.         dans le pays créant de nouveaux emplois,
dollars dans la SADC.                               Le potentiel économique de crois-          plus d’accès à l’énergie, et une opportunité
                                                sance entre l’Afrique du Nord et de            de développement pour les petites entre-
Opportunités                                    l’Ouest est énorme. Le nouveau gazoduc         prises. Selon le rapport Guardian de 2017,
En Afrique de l’Ouest, des milliardaires        Nigeria-Maroc est un précurseur en             Transcorp envisage de générer 25 % de la
comme Tony Elumelu et Aliko Dangote             la matière et aura un impact direct sur        capacité énergétique totale de la centrale
se sont associés à des entreprises et des       plus de 300 millions de personnes. Selon       d’ici à 2018.
gouvernements à l’intérieur et à l’exté-        le roi Mohammed VI, cet accord créera «            Si les organisations régionales doivent
rieur de la CEDEAO. Dans le secteur de la       un marché régional de l’électricité et une     rationaliser la réglementation commer-
construction, Dangote Cement a investi          source d’énergie importante, qui permettra     ciale pour que le commerce régional
des milliards dans la fabrication d’usines et   de développer l’industrie, d’améliorer la      prospère, les entreprises ne peuvent croître
de terminaux d’importation au Cameroun,         compétitivité économique et à accélérer le     sans une communauté forte, d’où la néces-
au Congo, en Éthiopie, au Sénégal, en           développement social ».                        sité pour les dirigeants d’avoir une vision
Afrique du Sud et en Zambie.                        Certaines entreprises cherchent            transfrontalière. Le développement des
    Le succès rencontré dans ces régions        constamment à déployer leur fonds              économies d’échelle est une question de
prouve que le commerce transfrontalier          de commerce et à investir dans les pays        point de vue.

                                                                                             AfriqueRenouveau    Août - Novembre 2017     13
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