L'engagement bénévole des seniors : une implication réfléchie ! - France Bénévolat
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L’engagement bénévole des seniors :
une implication réfléchie !
Dominique Thierry
n janvier 2015
Président National de France Bénévolat Editio
Etude menée par France Bénévolat, avec le soutien de la Caisse Nationale d’Assurance VieillesseSOMMAIRE
Introduction
01 La place des seniors
dans le bénévolat
02 Les enjeux d’une plus
grande implication
des seniors dans
le bénévolat
03 Les conditions d’une
bonne transition travail /
retraite
04 Les différents types
de transition travail /
retraite
05 Les processus
d’actions recommandés
Conclusion
Annexes
• Bibliographie sélectionnée
• Recommandations
de France Bénévolat
à son propre Réseau
• Nouveaux retraités :
« Les questions que vous
vous posez peut-être »Introduction
D
ès octobre 2004, France Bénévolat avait publié une première étude : « Retraite et bénévolat :
les enjeux d’une transition réussie entre le travail et la retraite ». Cette étude était
inspirée de la publication à venir d’un ouvrage dirigé par D. Thierry : « L’entrée en retraite :
nouveau départ ou mort sociale ? » (Editions Liaisons Sociales 2006).
Depuis cette date, France Bénévolat a multiplié les initiatives et les expérimentations de terrain
pour faire comprendre la spécificité de l’engagement bénévole des retraités. En octobre 2007, nous
avons publié un nouveau document tenant compte de ces enseignements et animé un colloque inter
associatif sur ce thème.
Trois ans plus tard, en 2010, il nous a paru important de revisiter cette dernière édition pour à la fois
tenir compte de nouveaux enseignements de terrain et intégrer des résultats quantitatifs tirés d’une
enquête menée par l’IFOP pour le compte de France Bénévolat auprès d’un échantillon de 2 107
personnes, représentatif des Français de 15 ans et plus, dont les plus de 50 ans. En 2013, nous
avons renouvelé l’enquête, toujours avec l’IFOP et l’appui du Crédit Mutuel, auprès d’un échantillon
supérieur des plus de 50 ans. Nous disposons maintenant de comparaisons fiables avec un début
de série.
Cette édition 2015 de l’étude intègre les dernières données et de nouveaux enseignements
de terrain. Pour bien manifester l’intérêt qu’elle porte à ce sujet, la CNAV (Caisse Nationale d’Assurance
Vieillesse) a décidé d’en assurer le tirage.
Nous sommes aujourd’hui convaincus que les retraités ne s’engageront pas davantage dans
le bénévolat associatif, si, en amont, des dispositifs d’accompagnement individuels ou
collectifs, solides, ne sont pas mis en place. La réflexion sur l’engagement bénévole – et donc les
choix individuels – ne peut se situer qu’au sein d’une réflexion plus globale sur le choix du nouveau
Projet de Vie.
Au-delà de ses analyses, de sa capitalisation de « bonnes pratiques » et de ses pistes opérationnelles,
ce nouveau document, rédigé après une démarche de recherche / action, vise à développer
une réflexion collective entre organismes de retraites et « associations de seniors » pour que
des processus et des actions adaptés soient généralisés.
Il suggère aussi que les entreprises mettent en place de vrais processus de préparation à la retraite,
en particulier dans le cadre de l’obligation légale de négocier des accords collectifs sur la gestion
des seniors.
Que toutes les personnes qui ont accepté d’expérimenter avec nous depuis 10 ans en soient
remerciées ! Sans elles, aucun enseignement ne pourrait être tiré, aucune pratique nouvelle
et innovante n’aurait été mise en place1.
1 Citons en particulier : la CNAV, le PRIF Ile-de-France, AGIR abcd, ECTI, OTECI, l’Association des Bénévoles SNCF, GENERALI,…
Etude Seniors et bénévolat - janvier 2015 3La place des seniors
dans le bénévolat
O
n sait que les seniors jouent un rôle très important dans le bénévolat, notamment dans
l’exercice de responsabilités au sein des associations, mais également au sein d’autres
formes de citoyenneté telles que les Conseils Municipaux, bénéficiant de l’expérience qu’ils
ont accumulée et, en principe, d’une disponibilité importante. Cette place n’est toutefois pas
si évidente et le passage à une retraite active se joue dans un processus de remaniement identitaire,
plus ou moins facile, en fonction de 3 facteurs clés : les conditions de la transition travail / retraite,
la gestion de la dernière partie de carrière professionnelle et les ressources identitaires
accumulées et mobilisables (« le capital social individuel »).
L’engagement des seniors par rapport
à l’ensemble de la population
L’étude France Bénévolat – IFOP – Crédit Mutuel Deux facteurs peuvent expliquer l’« effet loupe »
de 2013 compte 12,7 millions de bénévoles dans qui tendrait à faire croire qu’il n’y a que des seniors
une structure associative soit 24 % de la population dans les associations :
de plus de 15 ans (40 % si on intègre toutes les formes • Plus de 50 % des responsables associatifs
de bénévolat)2. sont des retraités (nécessité de disponibilité
On note que 36 % des plus de 65 ans sont de temps pour des responsabilités de plus
bénévoles dans une association (environ 50 % en plus lourdes et complexes).
sur toutes les formes de bénévolat). • Les bénévoles « très réguliers » sont
souvent des retraités (environ 2 000 000
Ainsi, trois bénévoles sur dix ont plus de 65 ans.
bénévoles qui constituent en quelque sorte
Donc contrairement aux idées reçues, les seniors
l’ossature des associations).
ne sont guère surreprésentés dans le bénévolat
associatif.
Tranches Estimations globales Pourcentage
d’âges du bénévolat associatif de la génération
Ensemble 12 700 000 24,6 %
de la population
(de 15 ans et plus)
15 / 35 ans 3 300 000 21 %
35 / 64 ans 5 500 000 21,8 %
Plus de 65 ans 3 900 000 36,6 %
Source : Etude France Bénévolat-IFOP-Crédit Mutuel de 2013
2
L’enquête de 2013 compte 20,9 millions de bénévoles dont 12,7millions dans une association, 4,2 millions dans une autre organisation (syndicale, politique ou religieuse)
et 9,7 millions dans un bénévolat direct de proximité hors famille ou structure associative. Source : Etude France Bénévolat-IFOP-Crédit Mutuel de 2013
à consulter sur www.francebenevolat.org/documents
Etude Seniors et bénévolat - janvier 2015 401
Le taux d’engagement des seniors
progresse moins vite
Tranches Estimations globales Progession
d’âges du bénévolat associatif de 2010 à 2013
Ensemble 12 700 000 + 12 %
de la population
(de 15 ans et plus)
15 / 35 ans 3 300 000 + 32 %
35 / 64 ans 5 500 000 + 10 %
Plus de 65 ans 3 900 000 +5%
Deux enquêtes similaires effectuées en 2010 de départ à la retraite ;
et 20133 permettent de montrer que globalement • la concurrence avec la solidarité familiale,
le bénévolat associatif est en forte progression extrêmement forte en France, et / ou
(+12 %). A noter que c’est pour la tranche d’âge la nécessité de compenser la faiblesse
des plus de 65 ans que la progression est la plus des pensions avec des « petits boulots »
faible (seulement 5 %). (La CNAV estime que 900 000 retraités
Nous pouvons avancer trois hypothèses pour travaillent et ce chiffre a tendance
expliquer cette faible progression, à ce stade à augmenter).
sans trancher : Ce résultat doit interpeller l’ensemble du secteur
• il est plus difficile de progresser quand associatif. France Bénévolat, avec ses partenaires
le taux est déjà élevé (loi des rendements sur l’engagement des seniors, réfléchit aux
décroissants) ; méthodes de promotion du bénévolat qui doivent
• l’impact du durcissement des conditions être adaptées à cette tranche d’âge.
3 Sources : Etude France Bénévolat-IFOP-Crédit Mutuel de 2010 et 2013, à consulter sur www.francebenevolat.org/documents
Etude Seniors et bénévolat - janvier 2015 5Les enjeux d’une plus grande
implication des seniors
dans le bénévolat, en particulier
dans le bénévolat associatif
Un contexte en pleine évolution
Compte tenu de l’évolution démographique globale des dispositifs de maintien à domicile,
et du poids grandissant « des seniors » dans la nécessité de trouver des formes de solidarité
la population totale, l’enjeu que représentent et de coopération intergénérationnelles
le maintien, voire la progression, des seniors qui ne soient pas « qu’imposées »
dans le bénévolat est considérable. En effet (au sens des impôts), la nécessité
ces derniers peuvent être une réponse aux de repenser l’urbanisme, l’aménagement
besoins illimités des associations en matière des logements, les transports…
de personnes engagées dans le bénévolat
La place des retraités dans la vie associative,
associatif.
les conditions auxquelles ils accèdent
au bénévolat et leur mode de relation
LES ENJEUX COLLECTIFS aux responsabilités et au pouvoir constituent
Nous allons connaître, dans les 50 ans à venir, donc des enjeux forts à la fois pour eux
des bouleversements démographiques jamais et pour la vie associative, et plus globalement
connus dans l’histoire de l’humanité, autour pour le renforcement du lien social, puisque
de la conjonction d’au moins quatre phénomènes : l’on peut considérer que la qualité et l’intensité
de la coopération intergénérationnelle sont
1. Le départ important des « baby-boomers »
d’excellents baromètres de l’état du lien
à la retraite, des années 2005 à environ
social et de la solidarité.
2015 : ceci va entraîner une augmentation
importante du nombre des jeunes retraités, En particulier ce besoin de solidarités nouvelles
a priori en pleine forme physique ; va s’exprimer à la fois au sein des familles
2. Le besoin de reconnaissance sociale et à l’extérieur, localement. Ceux qu’on a
d’un groupe qui va représenter de l’ordre appelé « les baby-boomers », maintenant
du tiers de la population totale ; « papy-boomers », vont se retrouver dans
une position de génération charnière,
3. Un rééquilibrage entre la population « active »
particulièrement interpellée. Ceux-ci ont eu
et la population « inactive », puisque nous
de fait toutes les chances : la fin de la guerre,
allons progressivement vers un ratio de un
le plein emploi, l’ascenseur social, l’accumulation
pour un, avec évidemment des tensions
du capital, la progression de l’espérance
sur les systèmes de protection sociale, tant
de vie, des retraites précoces et des niveaux
de retraites que d’assurance maladie ;
de retraite « en moyenne » confortables.
4. Une augmentation importante du nombre La génération suivante a connu ou connaîtra
des personnes très âgées. Les « 75 + » sont des situations nettement moins favorables : la fin
aujourd’hui 5 millions, ils seront 10 millions en de l’ascenseur social, les difficultés de l’insertion
20354. De plus en plus de familles vont être professionnelle (« la galère »), le remboursement
composées de quatre générations, parfois de la dette publique, des retraites plus tardives
cinq. Conséquences : le développement et vraisemblablement moins confortables...
4
INSEE 2005
Etude Seniors et bénévolat - janvier 2015 602
L’une des grandes composantes du Pacte D’ailleurs, le terme travail a dérivé
Républicain est l’invention, au XIX° siècle progressivement au XIX° siècle vers une
du système des retraites par répartition et assimilation à emploi rémunéré. Du coup, on se
de la solidarité monétaire entre les générations. sait plus bien faire la différence entre « emploi »,
Il convient de rappeler qu’à cette époque « travail » et « activité ». Le BIT recommande
l’espérance de vie à la naissance était que trois formes de travail soient identifiées,
inférieure à 60 ans et il n’est d’ailleurs pas distinguées et comptabilisées : « le travail
certain que Beveridge et Bismarck auraient eu rémunéré », « le travail bénévole » et « le travail
le même courage politique s’ils avaient imaginé domestique ». Pour mémoire, en France, pour
les bouleversements démographiques du XXI° le moment, , sont considérés comme « actifs » ceux
siècle ! qui ont un emploi rémunéré… et les demandeurs
d’emploi !
On peut faire l’hypothèse que, sauf à imaginer
des tensions intergénérationnelles fortes, Il est clair que le remaniement identitaire qui
le Pacte Républicain devra se renouveler se produit à l’occasion de l’entrée en retraite
avec probablement une diminution des termes passe par l’identification de nouvelles sources
strictement monétaires, au profit de termes de reconnaissance sociale -moins directement
plus qualitatifs et locaux, avec un égal liée au statut social- qui peuvent se situer, soit
équilibre de droits et de devoirs pour toutes dans la sphère privée et familiale (la place des
les générations. grands-parents notamment), soit dans la sphère
publique (le bénévolat, qu’il soit associatif
Dans ce contexte, il convient, de notre point de
ou électif)…ou encore mieux dans les deux !
vue, de dire clairement aux nouveaux retraités
que la société a besoin d’eux, qu’ils ne sont pas En conclusion, on pourrait donc dire que çà
que des consommateurs et qu’ils peuvent être tombe bien : la Société a besoin des retraités
la clé de voûte du « vivre ensemble ». et les retraités ont besoin de rester actifs !
Mais, il y aura de fait une sorte de concurrence Mais pour cela, la Société doit tenir un discours
entre les formes de solidarité dans lesquelles positif à l’égard des seniors. C’est ce que
les seniors s’engagent : recommandait l’excellent rapport du Conseil
Economique, Social et Environnemental
• solidarité intrafamiliale, avec cette position
(« Seniors et Cité » Rapporteure : Monique
de génération charnière (certains disent
Boutrand, Mars 2007).
« sandwich » !) à l’égard des ascendants,
des enfants, des petits-enfants ; Ces enjeux individuels ne se situent pas tout
• solidarité de proximité : les voisins, l’entourage à fait dans les mêmes termes, en fonction des
immédiat,… grands paramètres sociologiques : vie seule
ou en couple, homme ou femme, ouvrier /
• le bénévolat institué : en priorité bénévolat
employé ou cadre. Nous reviendrons plus loin
associatif, mais aussi dans d’autres
sur ces paramètres quand nous aborderons
organisations (conseils municipaux, conseils
les conditions d’une bonne transition.
de quartiers…).
LES ENJEUX INDIVIDUELS
Le besoin d’être « actif » pour un retraité répond
à un double enjeu, de santé mentale et de santé
physique, appelé maintenant par les Institutions
de retraite : « la prévention sociale globale».
3
Sources : Etude France Bénévolat-IFOP-Crédit Mutuel de 2010 et 2013, à consulter sur www.francebenevolat.org/documents
Etude Seniors et bénévolat - janvier 2015 7La spécificité des retraités
Un besoin d’utilité sociale « ce sont des actifs sociaux à part entière ».
Dans toutes les enquêtes menées auprès Le bénévolat, un moyen
de retraités, la grande majorité des interviewés pour « bien vieillir »
exprime le besoin d’avoir des activités
socialement reconnues, de « servir à quelque Si le bénévolat est une activité utile à la Société,
chose ». C’est même souvent le choix et la mise l’expérience de France Bénévolat montre qu’il
en œuvre de ces nouvelles activités, au sein l’est aussi pour le bénévole lui-même. Faire du
d’un nouvel équilibre de vie, qui marquent la fin bénévolat permet à un retraité de se sentir utile,
du « deuil social » du travail rémunéré. mais aussi de sortir de chez lui, de rencontrer
Ce réinvestissement est d’autant plus facile que de nouvelles personnes, de s’épanouir dans de
la personne s’est constitué dans son parcours nouveaux projets… et plus globalement de rester
de vie un capital de lien social, en dehors même en bonne santé. Sur ce sujet, nous pouvons citer
des relations professionnelles. Faute de l’avoir un passage d’une note du Centre d’Analyse
fait suffisamment avant le départ, c’est tout Stratégique6:
un retissage qui est à faire. « Sur le plan individuel, l’existence d’un lien
L’implication des retraités dans des activités direct entre la pratique d’une activité bénévole
socialement utiles a donc un double effet positif : et l’amélioration du bien-être physique et
• pour eux, par le maintien ou le retissage psychologique a été mis en évidence par
de liens sociaux, cela contribue à développer plusieurs recherches menées aux États-Unis, au
ce que les institutions de retraite appellent Canada ou aux Pays-Bas – même si le lien de
désormais « la prévention sociale globale » ; causalité peut parfois être difficile à établir. Chez
les seniors en particulier, les bénévoles auraient
• pour la collectivité, par les effets de la solidarité,
un taux de mortalité et de dépression plus faible
et tout particulièrement de la solidarité
et de meilleures capacités fonctionnelles. Une
intergénérationnelle, au travers du bénévolat
étude française réalisée par des sociologues et
associatif.
des professionnels de santé au sein du Centre
Quand les bénévoles témoignent, on retrouve d’étude et de recherche sur la Philanthropie
très souvent l’idée que « donner du temps aux (Cerphi7) tend à démontrer que la vitalité, le
autres, c’est recevoir en retour ». Les bénévoles capital social, l’estime de soi et la satisfaction de
redécouvrent, souvent sans le savoir, rendre service dans un cadre associatif fondé
le concept « du don et du contre-don » sur l’autonomie des bénévoles sont des facteurs
très ancré dans toutes les civilisations directs d’amélioration de la santé8. »
traditionnelles et très bien mis en exergue par
Le bénévolat est donc un moyen de lutter contre
l’anthropologue Marcel Mauss5. On voit bien
l’isolement des personnes âgées. C’est ainsi
ainsi qu’il n’y a aucune raison d’opposer « le don
que France Bénévolat a conclu en 2012 un
pour les autres » et le « don pour soi ».
partenariat avec la CNAV pour mener des actions
Sur un registre plus collectif, il est clair que la communes de promotion du bénévolat auprès
reconnaissance de la place des retraités dans des seniors et pour développer des actions de
la société passe par la reconnaissance de leur solidarités auprès des personnes âgées isolées
utilité sociale. Pour reprendre le point de vue physiquement et socialement.
de Jean-Paul Delevoye, Président du CESE :
5 6
« Essai sur le don » Marcel Mauss (1923) - Note du CAS n°241 – septembre 2011 : « Développer, accompagner et valoriser le bénévolat »
7 Bruder É. (2010), “L’influence du bénévolat sur la santé des bénévoles”, Cerphi.
8 A contrario, la promulgation contrainte de soins à une personne dépendante aurait plutôt des effets négatifs sur la santé des aidants familiaux.
Etude Seniors et bénévolat - janvier 2015 8L’engagement bénévole ne va pas nécessairement
de soi pour les seniors
L’engagement bénévole relève d’un apprentissage • Ce sont les « 36 % » de notre enquête
souvent précoce où l’influence familiale, avec l’IFOP (50 % si on inclut toutes
le système de valeurs personnel, les engagements les formes de bénévolat).
de jeunesse, l’implication syndicale, le réseau
2. Les « indécis », les nouveaux retraités
relationnel… jouent des rôles déterminants.
disposant d’un « bon capital social
Ainsi pour France Bénévolat, le développement
individuel » mais pas complètement
du bénévolat chez les retraités implique
au clair sur leur « Projet de Vie »
une promotion permanente de ce type
Ce sont généralement des personnes qui
d’engagement et des messages spécifiques.
ont eu une vie professionnelle globalement
Il demande de plus des dispositifs d’accueil
riche et satisfaisante… mais parfois un peu
spécifiques et un accompagnement individualisé
trop, ce qui ne les a pas incitées à avoir
(actuellement très insuffisants) pour gérer
beaucoup de pôles d’intérêt, ni un réseau
cette transition entre la vie professionnelle
social hors-travail très développé.
et cette nouvelle étape de vie, que l’on qualifie
Ceux-là peuvent vivent la retraite avec
improprement de « retraite ».
un sentiment d’inutilité sociale mais sans
Les travaux, et surtout les observations de terrain, toujours avoir envie de s’engager.
de France Bénévolat sur l’engagement bénévole
Cette population refuse de s’engager dans
des seniors identifient au moins cinq grands
le bénévolat, soit par méconnaissance
groupes de populations distinctes :
de la vie associative, soit par crainte d’être
1. Les « initiés », ceux qui ont toujours « suroccupée », soit encore suite aux effets
plus ou moins eu l’habitude de du cercle vicieux du repli sur soi du passage
l’engagement, même à titre occasionnel, à la retraite. C’est pour cette population
pendant leur jeunesse et leur vie active qu’un accompagnement amont, en priorité
Ceux-là, a priori, n’ont pas de problème pour psychologique, individuel ou collectif,
devenir bénévole. Soit ils s’engagent plus s’impose. Avant de parler du bénévolat, il faut
nettement en prenant des responsabilités d’abord une aide à la définition d’un « Projet
dans la ou les associations dans lesquelles de Vie », dans le lequel – éventuellement –
ils étaient déjà engagés ; soit, après peut se situer un volet d’engagement social,
l’indispensable pause de l’entrée en retraite. au sens large du terme. Ensuite, un conseil
Au moment de la retraite : individualisé proposé par France Bénévolat
• soit ces personnes s’engagent davantage pour trouver la forme, le lieu et le temps
dans ce qu’elles font déjà, en prenant plus d’engagement, a toute sa place.
de responsabilités, C’est sur cette population (ordre de
• soit, si elles souhaitent changer, sont grandeur : 1 à 2 000 000 de personnes) que
rapidement au clair sur leur « Projet de doivent se focaliser en priorité les actions
Vie », après les quelques mois nécessaires de promotion de l’engagement bénévole
pour gérer la « transition » et trouvent associatif, et tout particulièrement les
facilement les moyens de « penser aux actions de France Bénévolat et de ses
autres, à côté du légitime penser à soi ». partenaires.
Etude Seniors et bénévolat - janvier 2015 9parfois cumulatives :
3. Les « terrorisés », ceux qui vont • les anciens salariés dévalorisés, exclus…
s’engouffrer dans la vie associative pour au cours de leur dernière partie de carrière,
compenser la peur du vide
• la peur même de la transition (en particulier
S’engouffrer dans le bénévolat peut être alors
pour les « drogués du boulot »),
un moyen de ne pas se poser de questions
existentielles et de se donner l’impression • les personnes prédisposées à des
que finalement rien n’est changé. On assiste dépressions plus ou moins graves,
alors à de vrais échecs, dont les dégâts • les personnes ayant vécu des accidents
peuvent être considérables, tant pour de la vie plus ou moins graves : carrières
les associations qui les ont accueillis que aléatoires, drames familiaux, familles
pour eux-mêmes. Pour ceux-là, il n’y a pas monoparentales, veuvage...
de solution miracle, sinon une formation / Ce sont également les personnes de la 2°
information sur la réalité et la spécificité catégorie (« les indécis ») … qui ont tourné
de la vie associative et sur les en rond trop longtemps !
comportements indispensables que l’on Pour ces personnes, sauf exception, c’est
se doit d’avoir dans la vie associative, l’invitation à se créer du lien social qui est
ainsi qu’un tutorat rapproché. essentielle. Il faut prioritairement leur proposer
4. Les « préoccupés », c’est-à-dire les des activités « sympas », correspondant à
nouveaux retraités préoccupés par leurs goûts (Centres Sociaux, associations
d’autres obligations culturelles, sport adapté …). Elles doivent
Ce sont les nouveaux retraités pour lesquels d’abord se faire plaisir et avoir envie de faire
une activité bénévole sera « en situation ensemble.
de concurrence » avec d’autres activités. Le terme « bénévolat » est souvent inadapté
C’est le cas par exemple, des personnes et risque de les faire fuir. Ne pas l’utiliser
très investies dans des activités de solidarité s’il apparaît comme contreproductif !
familiale en s’occupant des ascendants, des Peut-être donneront-elles un « coup de
descendants ou du conjoint malade. On main » pour « rendre service » à l’association
ne peut pas non plus fermer les yeux sur dans laquelle elles exerceront cette activité.
le fait qu’un nombre croissant de retraités Elles feront du bénévolat sans le savoir,
essaient d’avoir des activités rémunérées le plus souvent sans même vouloir se
pour compléter une pension trop faible. qualifier de « bénévoles ». Elles donneront
du temps et partageront des moments avec
A leur égard, il convient, par des actions les autres sans avoir le sentiment « d’être
collectives (voir plus loin) de leur présenter engagées ».
la diversité associative et la diversité des C’est l’une des cibles – pas la seule –
formes d’engagement bénévole, notamment du programme « Solidâges 21 » ® de France
les missions ponctuelles, et de leur Bénévolat (voir www.solidages21.org )
démontrer que le bénévolat est parfaitement et du programme « Monalisa ».
compatible avec leurs autres activités.
5. Les « fragilisés », les nouveaux retraités
qui ont d’abord besoin de penser à eux
avant de penser à s’ouvrir aux autres
Ce sont des personnes repliées sur
elles-mêmes ou en risque de l’être.
Les raisons peuvent en être multiples,
Etude Seniors et bénévolat - janvier 2015 10Les besoin et enjeux des associations
Une bonne partie des préoccupations des On peut estimer que le maintien du dynamisme
associations réside moins dans le recrutement de associatif, tout à fait exceptionnel dans notre
« bénévoles de base » que dans le renouvellement pays, passe par le renouvellement des dirigeants
de leurs dirigeants. Parallèlement, parmi associatifs, avec une place plus large accordée
les dirigeants associatifs, on constate une aux femmes et aux jeunes. Une plus grande
surreprésentation des hommes, par rapport égalité dans les responsabilités associatives
aux femmes. Nous sommes donc devant une constitue à la fois une question de justice,
situation paradoxale, avec des associations mais aussi une formidable opportunité pour
atteintes de gérontocratie et des dirigeants disant le Monde Associatif et, en tout état de cause,
ne pas trouver de successeurs… tout en refusant, une nécessité.
très souvent, de déléguer leurs responsabilités.
Etude Seniors et bénévolat - janvier 2015 11Les conditions d’une bonne
transition travail / retraite
O
n ne quitte pas impunément quarante ans, ou plus, d’une vie largement « formatée » par
le travail, son rythme, ses contraintes, ses satisfactions, les relations qu’il a créées…
Même si cette retraite est souhaitée, soit parce qu’on est fatigué ou que les conditions du
travail sont devenues insupportables, soit parce qu’on a des autres projets, ce passage est
le moment du bilan, le moment de la prise de conscience du vieillissement, souvent le moment où
les parents partent ou deviennent plus dépendants…Toutes ces questions interpellent et se résument
en une seule : « Que vais-je faire de ma vie pendant cette nouvelle période, en principe longue,
où je serai en bonne forme et plus libre de mes choix : simple consommateur passif, penser
enfin à moi après m’être beaucoup occupé des autres, me réinvestir sur un projet dont
j’ai toujours rêvé, être utile grâce au temps dont je vais disposer, un peu tout cela à la fois ?
Aurai-je les moyens de faire tout ce dont je rêve ? Comment hiérarchiser et choisir ? »
Le travail est ambivalent : à la fois lieu peut regretter l’insuffisance, en France,
de contraintes, parfois de souffrances (travail de dispositifs véritables de retraite
vient du mot latin « trepalium » qui était d’abord progressive, malgré une plus grande facilité
l’appareil pour ferrer les chevaux, puis un pour un cumul emploi / retraite ;
instrument de torture !) et lieu de socialisation, • a contrario, la transition est plus difficile
de reconnaissance et d’identité. A l’inverse et quand la retraite est une simple opportunité
en creux, la retraite est également ambivalente : (exemple : des avantages financiers
à la fois, la retraite est idéalisée comme attractifs) ou une nécessité (exemple :
le moyen de la liberté enfin retrouvée (« enfin problèmes de santé.). ;
la vraie vie » !) et la rupture, souvent extrêmement
• elle est extrêmement difficile quand elle est
rapide, des liens sociaux créés dans le travail
une obligation, même acceptée, surtout
est vécue comme un deuil (certains, comme
dans le cadre de départs anticipés, toujours
Anne-Marie Guillemard, n’hésitent pas à parler
perçus comme un licenciement, quelles que
de « mort sociale »).
soient les conditions financières de départ.
L’entrée dans la retraite est un tournant
Dans des cas extrêmes, la violence institutionnelle
dans la vie du nouveau retraité, un passage,
du départ empêche toute reconstruction,
un réaménagement, parfois radical, des
car le deuil de la vie professionnelle ne peut pas
conditions de son existence.
être fait. Ainsi, les préretraités qui sont partis
Plusieurs facteurs jouent positivement dans des conditions financières avantageuses
ou négativement. Certains sont plus se vivent souvent comme dans un « no man’s
environnementaux, et s’imposent, de l’extérieur, land ». Certains se sentent incapables de bâtir
au retraité. D’autres dépendent plus de ses un nouveau projet de vie tant qu’ils ne sont
choix et de sa volonté propre : pas juridiquement en retraite. Ils perçoivent
• la transition est plus facile quand la retraite leurs indemnités comme de l’argent illégitime,
est voulue comme un vrai projet de vie au contraire de la « pension », résultat du
et anticipée, que la succession est prévue pacte social intergénérationnel et contrepartie
et que la personne concernée est impliquée du travail accompli.
dans le processus de succession : Le problème de la transmission professionnelle
« le sentiment du boulot bien fini » ; est central (choix du successeur, formation
• elle est également plus facile, si elle se du successeur, transmission du savoir-faire…).
fait progressivement. A cet égard, on A contrario, la suppression du poste ou
Etude Seniors et bénévolat - janvier 2015 1203
de l’activité du nouveau retraité au moment d’un temps imposé et sous contraintes
de la cessation d’activité est vécue par lui à un temps choisi, mais plus morcelé, est
comme une destruction identitaire. Toutefois, un véritable apprentissage… qui demande
la question de la transmission ne se réduit du temps. A l’évidence, et sauf exceptions,
pas à la transmission professionnelle. Elle ce nouvel apprentissage est plus facile pour les
est centrale dans la transition et la reconstruction femmes que pour les hommes, car les femmes
identitaire et peut trouver d’autres supports ou ont appris, par nécessité, à gérer des temps
des formes de substitution. C’est bien « l’œuvre sociaux plus diversifiés.
et la trace » qui sont importants, par exemple
Les proches, et tout particulièrement
l’installation industrielle qu’on peut montrer
le conjoint, seront des appuis ou des
et dont on est fier, la machine qui fonctionne
obstacles à ce remaniement identitaire du
toujours, les ouvrages qu’on a écrits, les jeunes
retraité. Parfois, le refus d’envisager la retraite
qu’on a formés, l’écriture de chroniques pour ses
est lié à la crainte de perdre la reconnaissance
petits enfants, l’écriture de son histoire de vie,
sociale de la part du conjoint ou des enfants
le transfert de son savoir-faire dans de nouvelles
(surtout si ces derniers sont jeunes pour
activités.
des couples reconstitués).
Les conditions de départ prennent souvent Au moment du passage à la retraite, dans
une importance considérable. « Le pot certains cas, le nouveau retraité est amené
de départ » est parfois très préparé, toujours à se réapproprier de haute lutte un espace
raconté comme un souvenir important de la vie. géographique dans la maison, pour pouvoir se
C’est toute la reconnaissance sociale du travail consacrer à son « hobby », perçu parfois comme
et de la carrière qui se joue dans cette un concurrent du conjoint… ! L’aménagement
cérémonie symbolique, pour autant, bien sûr, de l’espace pour le rendre compatible avec les
qu’il ne s’agit pas d’une convention hypocrite, activités de chacun est évidemment un facteur
où tout d’un coup, le partant est affublé de tous qui facilitera la transition.
les mérites…après avoir connu critiques et
placard ! Parfois, c’est même la première fois que Si les activités externes sont différentes,
cette reconnaissance est clairement exprimée. il faut retrouver, avec le conjoint, de nouvelles
concordances des temps, souvent moins
La transition est plus facile quand rythmés par des horaires journaliers du travail.
le déploiement d’activités nouvelles est S’il y a deux lieux de vie, une résidence
en continuité avec les activités anciennes principale et une résidence secondaire,
et permettent de mobiliser des compétences il faut rendre compatibles les choix individuels
jugées utiles et reconnues socialement. Sur du couple avec ceux plus ou moins imposés
ce registre, il peut y avoir des processus de par les solidarités familiales, d’où le stéréotype
compensation étonnants : ainsi l’exemple de des retraités suroccupés.
Bernard G., ingénieur de haut niveau, qui fait
Parfois, la retraite est l’occasion pour les époux
des maquettes avec ses petits-enfants en les
de penser ou de réaliser un projet commun.
gérant comme des projets industriels… !
Pour d’autres, c’est enfin avoir du temps pour
Dans tous les cas de figure, le passage se redécouvrir.
Etude Seniors et bénévolat - janvier 2015 13Les différents types de transition
travail /retraite
L
es transitions diffèrent selon qu’elles sont subies ou choisies, analysées consciemment
(seul ou en couple) ou bien traversées sans recul. De ce fait elles aboutissent à
des situations et des vécus très différents. Une vie dont le quotidien est finalement
peu modifié pour certains ou beaucoup pour d’autres, un emploi du temps qui va
du « structurellement trop rempli » au « trop peu rempli », et bien entendu des niveaux
de satisfaction et épanouissement variant selon ces paramètres.
Les travaux menés sur la transition travail / retraite9 et sur l’identité après le travail permettent d’identifier
quatre principaux types de processus de transition, avec des résultats différenciés :
La « transition reproduction »
Ce type de transition est animé par un souhait par exemple associatives, avec quasiment
de ne pas trop bousculer les équilibres de vie le même rythme d’activité et le même type
antérieurs : même type d’emploi du temps, de pouvoir et de reconnaissance. On peut
même style d’activité. émettre l’hypothèse que pour certains cette
simple reproduction est le meilleur moyen
Il n’y a pas vraiment de changement : soit
de ne se poser aucune question, de refuser
les activités restent quasiment les mêmes,
le vieillissement, et donc d’entrer dans une
au statut près (exemple d’une ancienne
sorte de fuite en avant. On peut donc aussi
responsable syndicale qui conserve des
se poser la question de savoir si les nouvelles
responsabilités importantes et qui se positionne
activités sont uniquement occupationnelles ou
comme experte de son Union Régionale) ; soit
« constructibles », au sens où elles aident à bâtir
il y a réinvestissement dans de nouvelles activités,
un nouvel équilibre et une nouvelle identité.
La « transition transposition »
Une réflexion permet de calibrer les différents décalées, mais pas totalement en rupture
types d’activités et de faire évoluer par rapport aux activités anciennes. Cette
les équilibres. « transposition » est plus facile quand
la personne dispose de ressources identitaires
Le rythme et le rapport au temps sont modifiés;
solides et multiples : racines familiales
la posture individuelle est plus hédoniste ;
ou territoriales ; habitudes d’activités militantes –
les activités sont plus diversifiées et plus
bénévoles ou personnelles – bien déconnectées
équilibrées. Le choix des activités socialement
des activités professionnelles ; réseaux
utiles, notamment associatives, relève d’une
relationnels multiples...
réflexion longue et se traduit le plus souvent par
l’utilisation des compétences professionnelles Dans le cas contraire, la transposition passe
dans de nouvelles activités, sensiblement par un processus lent et lourd d’analyse des
9
« L’entrée en retraite : nouveau départ ou mort sociale ? » sous la direction de D. Thierry (Ed. Liaisons Sociales 2006)
Etude Seniors et bénévolat - janvier 2015 1404
motivations, des envies, des compétences ; selon les capacités de sociabilité acquises
ce processus se fait le plus souvent seul, sans antérieurement tant dans les univers
support et sans structure. On peut donc faire professionnels qu’extraprofessionnels.
des pronostics sur la facilité de la transition
La « transition rupture »
Les événements de la vie, ou un choix, y avait, avant la retraite, un apprentissage
amènent à penser et organiser une vie très à d’autres activités : activités bénévoles,
différente. hobbies…Il conviendrait de mieux distinguer
l’impact de choix d’activités :
Le modèle précédent est poussé plus avant,
soit en raison d’un choix (par exemple • soit prioritairement hédonistes : apprendre
un déménagement) qui oblige à revoir une langue, apprendre la peinture, s’inscrire
profondément ses repères de socialisation, à des cours, faire une croisière, faire son
soit en raison d’un événement externe (par jardin…
exemple problèmes de santé pour soi-même ou • soit centrées sur des solidarités de proximité
maladie du conjoint) « qui évite de se poser trop ou familiales (les voisins, les ascendants,
de questions ». les enfants, les petits-enfants…)
Il peut donc s’agir d’une rupture par choix • soit centrées sur des activités plus structurées :
(réaliser enfin le vieux rêve, seul ou en couple) engagements associatifs, politiques ou électifs,
ou une rupture par défaut (la nécessité de se voire activités rémunérées « en solo ».
repositionner sur des activités plus réduites Ces activités deviennent des pivots dans
au travers notamment de ce que Vincent la réflexion sur son emploi du temps.
Caradec appelle « la déprise »).
Il faut être attentif, dans cette distinction, à ne
Les nouvelles activités sont parfois choisies par pas projeter un modèle normatif (l’obligation
défaut (rythmes imposés) ou par opportunité d’un projet de vie structuré avec des activités
(façon de se recréer des liens sociaux de socialement utiles), mais en examinant
proximité). Même quand ce choix est plutôt objectivement, ce qui contribue, dans la durée,
un choix par défaut, comme dans la situation au remaniement identitaire.
précédente, il est d’autant mieux géré qu’il
L’« impossible transition »
Une transition non assumée. de questions. Elles sont le plus souvent
imposées par l’extérieur, même si elles
Malgré un discours souvent politiquement
sont perçues comme agréables : le rythme
correct dans lequel « il convient de dire que
et les choix du conjoint, la garde des petits-
tout va bien », la transition est de fait mal
enfants, l’accompagnement des ascendants,
assumée. Les activités, parfois multiples, sont
le déménagement…
occupationnelles et évitent de se poser trop
Etude Seniors et bénévolat - janvier 2015 15Parfois, cette suroccupation est un mode La personne risque, en étant occupée
de réponse à la violence des conditions de départ à reproduire sa façon de travailler, de rester
et aux traumatismes qu’elles ont engendrés. aveugle aux enjeux de l’association et
On peut ainsi identifier deux attitudes à ses modes d’animation très différents
apparemment extrêmes pour exprimer du management professionnel.
la même posture : soit l’inoccupation proche
Sans que nous disposions d’enquêtes
de la déprime, soit la suroccupation comme
quantitatives suffisantes, il semble que ce
moyen thérapeutique. Dans les deux cas,
mode de transition soit majoritairement le fait
on peut émettre l’hypothèse que c’est l’angoisse
d’hommes, cadres, voire cadres supérieurs.
existentielle qui occupe complètement le sujet.
C’est le plus souvent dans cette situation que
Parmi ces types de transition travail/retraite la transition se fait le plus mal, du fait à la fois
identifiés, celui de « la transition reproduction » d’une identité précédente souvent « mono
nous semble être celui qui pose le plus problème, polaire », quasi exclusivement focalisée sur
quant au fonctionnement associatif, à le travail, et de la perte brutale et instantanée
la nature de l’implication bénévole et au de tous les signes de reconnaissance sociale.
renouvellement des dirigeants associatifs.
Etude Seniors et bénévolat - janvier 2015 16Les processus d’action
recommandés 05
« Les préparations à la retraite »
L’offre d’actions dites de « préparation à « les valises sont posées », c’est-à-dire
la retraite » nous semble insuffisante. environ un an après le démarrage effectif
Par ailleurs, à d’heureuses exceptions près, de la retraite.
ces actions nous semblent surtout inadaptées.
Pour répondre aux besoins du deuxième
En effet, elles confondent souvent deux
processus, France Bénévolat a mis au point
démarches, indispensables, mais, de notre
un atelier « Découvrir la vie associative et
point de vue, à distinguer rigoureusement :
le bénévolat ».
• les informations indispensables, le plus
Cet atelier de 2h30 environ, propose aux
souvent de nature administrative et
nouveaux retraités à la fois :
réglementaire au moment de l’entrée
en retraite : les droits et leur évolution, • d’avoir une courte réflexion sur leur « Projet
la gestion des accidents de la vie de Vie » à partir de paroles (diverses)
et la préparation au grand âge (« la troisième d’autres retraités (paroles filmées et
retraite », les prestations des Caisses témoignages) ;
de Retraite, les conseils en matière de santé, • de mieux situer la place des retraités dans
d’hygiène de vie, de gestion financière… le bénévolat associatif et de se « poser les
• le processus d’accompagnement à la bonnes questions pour les bons choix » ;
définition d’un Projet de Vie, l’identification • d’avoir un panorama de l’extraordinaire
des pôles d’intérêt et de motivations, diversité associative (les domaines
la redéfinition du Sens à redonner à sa vie, d’actions des associations, les tailles, les
le choix du lieu de vie, la recherche de ses activités, les types de mission bénévoles…)
nouveaux équilibres, seul ou en couple,
Programme détaillé :
ses activités. C’est évidemment au sein de
ce deuxième type d’actions que la question 1. Projection du film de 14 min : « Vaut-il mieux
de l’engagement bénévole peut être posée. ajouter des années à la vie ou de la vie aux
années ? » Film de France Bénévolat /
Le point de vue, constant, de France Bénévolat, PRO BTP / Moderniser Sans Exclure Suivie
c’est qu’en mélangeant les deux démarches d’une discussion/échanges
dans les mêmes dispositifs…on n’atteint
2. Exposé / échanges : « Les retraités et le
vraiment aucun des objectifs visés !
bénévolat : Situation, conditions d’une bonne
Paradoxalement, le plus mauvais moment implication »
pour engager ce processus de réflexion 3. Exposé / échanges : « La diversité associative
et de maturation du deuxième registre est en France »
le moment du départ, contrairement aux
4. Les bonnes questions à se poser (remise
actions du premier type.
d’un document - Voir annexe 3)
Ce deuxième processus devrait s’engager : 5. Pour celles et ceux qui le souhaitent, prise de
• soit nettement avant l’entrée en retraite, rendez-vous pour un conseil personnalisé
de 6 mois à 2 ans, d’où dans ce cas avec le centre local France Bénévolat le
la responsabilité conjointe des plus proche. (Lors du rendez-vous, un
entreprises et des Caisses de Retraites ; conseiller, lui-même bénévole, va aider le
candidat à se poser les bonnes questions
• soit quand, selon l’expression consacrée,
pour définir ses disponibilités, envies et
Etude Seniors et bénévolat - janvier 2015 17Vous pouvez aussi lire