La PLaine de PierreLaye, une histoire singuLière - Valdoise.fr
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Le Conseil départemental
soutient la culture en Val-d’Oise
La PLaine de PierreLaye,
une histoire singuLièrePierrelaye. 2001 © Conseil départemental du Val-d’Oise. Photo J.Y. Lacôte. Couverture : Méry-sur-Oise : repiquage des céleris. 1969 © Collection particulière. Dos : Méry-sur-Oise : colonne d’équilibre de la Haute-Borne. 2001 © Conseil départemental du Val-d’Oise. Photo J.Y. Lacôte.
Édito
“
Il y a dix ans, la forêt de Pierre- La forêt qui est en train de naître devient la cin-
laye-Bessancourt n’était qu’un quième forêt départementale du Val-d’Oise.
projet. Aujourd’hui, elle est une Elle s’ajoute aux vingt-quatre Espaces Naturels
réalité. Le 25 novembre 2019 ses premiers arbres Sensibles que nous protégeons, soit plus de
ont été plantés. Un million d’autres érables, 2 000 hectares de bois, forêts et zones humides
chênes et tilleuls les accompagneront bientôt. qui profitent à tous les Valdoisiens, à l’améliora-
Cette forêt de 1 350 hectares a trois objectifs ma- tion de leur cadre de vie et au respect de l’envi-
jeurs : préserver notre biodiversité, lutter contre ronnement dans lequel ils vivent.
la pollution atmosphérique et enrayer le réchauf-
fement climatique.
Au tournant des années 1900, la plaine de Pierre-
laye-Bessancourt était un champ d’épandage à
ciel ouvert. Les eaux usées de Paris y étaient
“
La naissance de cette forêt s’inscrit dans le temps
long. Elle est le symbole d’une prise de cons-
cience, comme un geste à l’égard des générations
qui nous succéderont et à qui nous léguerons un
trésor qu’ils auront la charge de choyer
déversées sans vergogne. Ingénieurs, élus lo- à leur tour.
caux et habitants ont depuis remué ciel et terre
pour qu’il en soit autrement. D’un espace pollué
ils ont aidé à en faire un havre de paix où la na- Marie-Christine CAVECCHI,
ture reprend ses droits. Présidente du Conseil départemental
du Val-d’Oise
Eaux usées, usages de l’eau | 3La zone d’épandage en 2009. Périmètre du projet d’aménagement
© Conseil départemental du Val-d’Oise. forestier. © SMAPP.
En 1900, 71 km de canalisations et 987 bouches Durant l’été 2009, 108 hectares ont été irrigués par
d’irrigation permettaient de répartir l’eau sur les zones 7 agriculteurs. 600 bouches demeurent opérationnelles
irrigables de Bessancourt, Frépillon, Herblay, – soit 55 km de canalisations – mais seule une centaine
Méry-sur-Oise, Pierrelaye, Saint-Ouen-l’Aumône. fonctionne réellement.
À côté des 500 hectares de la ville de Paris – domaine de
la Haute-Borne –, les cultures libres s’étendaient sur En 2019 les épandages sont arrêtés. Le Syndicat Mixte
1 600 hectares. pour l’Aménagement de la Plaine de Pierrelaye-
Bessancourt (SMAPP) – qui regroupe des élus de la Région
Un siècle plus tard, l’urbanisation a grignoté le pourtour Île-de-France, du Conseil départemental du Val-d’Oise,
de la plaine, dont la superficie n’est plus que de de la communauté d’agglomération Val Parisis et des
900 hectares environ, tandis que s’accroissent les friches communes de Méry-sur-Oise et de Saint-Ouen l’Aumône –
au centre. est chargé de la mise en œuvre du projet de forêt dont les
premiers arbres sont plantés.
4 | Eaux usées, usages de l’eauLa PLaine
de PierreLaye,
une histoire
singuLière
Retracer le patient labeur des gens de la plaine qui ont façonné leur
territoire autour d’un système imposé par la ville, c’est reconstituer la
mise en place d’un réseau technique, emblématique du triomphe de l’ingé-
nieur en ce XIXe siècle finissant, et le fonctionnement d’une micro société
de cultivateurs et d’artisans vivant au rythme du « ventre de Paris ».
Raconter la plaine, c’est évoquer des flux : saisonniers à la recherche
de travail, charrois de légumes cheminant vers les halles de Paris au
rythme lent des bêtes, wagons de gadoues, eaux usées. Les rapports si
particuliers de la capitale et de sa périphérie s’inscrivent dans ces flux :
la ville rejette, la banlieue recycle et renvoie à la ville ce qu’elle a pro-
duit. La gestion des déchets de la capitale devient un enjeu.
La plaine se présente aujourd'hui en une succession de visions
contrastées, paysage modelé par l'homme en surface, ancien réseau tech-
nique hydraulique en sous-sol. Le site, qui s'est constitué à la fin du XIXe
siècle comme un territoire de banlieue, ne présente pas l'aspect clas-
sique des zones vouées tôt à des fonctions résidentielles ou industrielles,
donc densément urbanisées. Entre la ville nouvelle de Cergy-Pontoise
et la vallée de Montmorency, cet espace fragilisé par la pression foncière,
la pollution et la crise de l'agriculture péri-urbaine, retrouve un projet
d’avenir structurant avec l’aménagement d’une forêt métropolitaine pour
le Grand Paris.
Eaux usées, usages de l’eau | 5L’Émissaire gÉnÉraL :
une Prouesse
technique
epuis 1861, l’effluent des égouts parisiens
D conçus par l’ingénieur Eugène Belgrand
aboutit dans la Seine, en aval de la capital et
la qualité de l’eau ne cesse de se dégrader. En l’ab-
sence d’autre procédé d’épuration, les ingénieurs
du Service de l’Assainissement de la ville de Paris
préconisent l’épandage agricole*.
La Frette : passage de l’émissaire général sous la
Les eaux usées sont canalisées et acheminées
rue de la Ville de Paris puis en aqueduc
vers les zones d’irrigation de Gennevilliers puis au-dessus du ravin de La Frette. 2001 © Conseil
d’Achères en Seine-et-Oise. En 1899, la ville de Paris départemental du Val-d’Oise. Photo J.Y. Lacôte.
prolonge l’émissaire général jusqu’à Carrières-Triel
et aménage en champs d’épandage les terrains Bassins de décantation, usines de relevage des
acquis trente ans auparavant à Méry-sur-Oise et eaux à Clichy, Colombes et Pierrelaye, aqueducs
Pierrelaye par le préfet Haussmann pour l’aména- ou siphons traversant la Seine, l’Oise et le ravin de
gement d’une nécropole parisienne, projet finale- la Frette, édicules et cheminées d’aération jalon-
ment abandonné. nent le parcours, long de 28 km. n
* Épandage agricole :
épuration des eaux par filtration à travers un sol cultivé
appelé « champ d’épandage ».
© Archives SIAAP.
6 | Eaux usées, usages de l’eauune banLieue vouÉe
à recycLer Les
dÉchets de La viLLe
a mise en place de l’épandage agricole est Mais les rapports se durcissent entre les com-
L liée aux préoccupations de la seconde moi-
tié du XIXe siècle : épurer les eaux usées de
la capitale et réutiliser les éléments fertilisants
munes de Seine-et-Oise et la capitale, accusée de
vouloir empoisonner sa périphérie en y rejetant ses
déchets.
qu’elles contiennent. En outre, il s’avère nécessaire
de cultiver des terrains proches de la capitale afin Localement, les conflits se cristallisent autour de
de nourrir les citadins plus nombreux. Aux préoccu- l’appropriation et des usages de l’eau. Ils opposent
pations hygiénistes se superposent des intérêts les ingénieurs parisiens, soucieux d’épurer des vo-
économiques, ce qui explique la double fonction, lumes d’eau toujours plus considérables, et les
a priori contradictoire, assignée aux champs cultivateurs préoccupés de rentabilité. Dès la mise
d’épandage. en service des champs d’épandage, les nuisances
apparaissent : infiltrations, inondations malodo-
La plaine de Méry-Pierrelaye témoigne ainsi de la rantes. Autour du principe d’épuration agricole, les
capacité régénératrice de certains espaces, capa- polémiques ne cesseront plus. n
bles d’épurer et de produire pour la ville. Aupara-
vant peu fertile, la plaine devient un territoire de
banlieue dont l’aménagement se décide à Paris.
Pierrelaye : années 1900.
Collection particulière.
Saint-Ouen-l’Aumône. Collection particulière.
“ La culture maraîchère,
c’étaient 3 hectares et un cheval.
Les gens travaillaient en famille.
Ils faisaient deux récoltes :
pommes de terre, haricots, choux,
artichauts, céleris, poireaux, petits
pois… L’arrivée des eaux a
“
permis de diversifier les cultures ;
les terrains sont devenus fertiles.
C’était rentable !
Eaux usées, usages de l’eau | 7L’usine ÉLÉvatoire
’usine élévatoire de Pierrelaye est mise en
L service le 1er avril 1899 pour refouler les eaux
usées vers les points hauts de la plaine.
Alimentées par quatre chaudières, les machines à
vapeur relèvent 10 000 m3 d’eau par jour. En 1901,
on double la capacité de refoulement et des ter-
rains irrigables sont aménagés sur Bessancourt et
Frépillon afin d’absorber les rejets parisiens tou-
jours plus importants.
Symboliquement, la rue où se trouve l’usine élé-
vatoire est nommée rue de la Ville de Paris, et pour
baliser son territoire, la capitale appose son blason
sur le pignon de l’édifice et dans le petit jardin. Les
plans, réalisés par les ingénieurs de la Ville de Pa-
ris, font appel aux méthodes de construction de
l’époque : structure métallique et remplissage
Blason de la ville de Paris dans le jardin
de briques. L’usine est électrifiée en 1950. n
de l’usine. 2000 © Conseil départemental du
Val-d’Oise. Photo Pierre Gaudin.
canaLisations &
bouches d’irrigation
e réseau souterrain est constitué de cana-
Bouche en fonctionnement et irrigation du maïs
L lisations en ciment armé. Des bouches
placées le long des routes ou des chemins
permettent à l’eau de s’écouler et d’irriguer plu-
sieurs hectares.
sur le domaine de la Ville de Paris. 2001 © Conseil
départemental du Val-d’Oise. Photo J.Y. Lacôte.
Rattachés aux Services Techniques de la Ville de
Paris, et désormais au SIAAP, les cantonniers
“
entretiennent le réseau. Les cultivateurs ouvrent et
Les irrigations fonctionnaient ferment eux-mêmes les bouches lorsqu’ils ont
jour et nuit : quand j’avais 18 ans, besoin d’eau. À la ferme de la Haute-Borne, les
je passais 2 à 3 nuits par semaine « irrigateurs » sont chargés de réguler le débit
pour arroser, je marchais toute d’eau. Ils dirigent les flux sortant des bouches vers
la nuit dans les champs.
J’avais les jambes pleines de rosée,
je crevais de froid.
“ les zones à « mouiller » à l’aide de pierres, de
mottes de terre et, plus récemment, de gaines en
plastique. n
8 | Eaux usées, usages de l’eauLes coLonnes
d’ÉquiLibre
e réseau d’irrigation présente la particularité Ces colonnes sont en ciment armé ; leur sommet
L de refouler de l’eau sous pression dans des
conduites de distribution. C’est pourquoi les
ingénieurs ont conçu des colonnes, ou cheminées
crénelé rappelle l’architecture industrielle de l’épo-
que. Chacune est reliée au réseau par une conduite
métallique verticale et un déversoir de trop plein.
d’équilibre. Elles permettent d’éviter les coups de En cas de surpression, l’eau monte dans la colonne
bélier, c’est à dire les effets d’une surpression dans et un drapeau fixé sur un flotteur apparaît au som-
les conduites suite à la fermeture d’un grand nom- met. Les cultivateurs ouvrent alors des bouches
bre de bouches d’irrigation, surpression pouvant d’irrigation tandis que l’usine réduit le débit d’eau
provoquer la rupture des canalisations. refoulé.
Mais les eaux usées jaillissent parfois des cré-
neaux et détériorent les récoltes. Par la suite, l’au-
tomatisation du réseau permet de réguler pression
et débit d’eau. Aujourd’hui, quelques colonnes se
dressent encore, telles des phares ou des vigies,
dans la plaine et au cœur même du bourg de
Pierrelaye. n
Colonne d’équilibre de la Haute-Borne. 2009
© Conseil départemental du Val-d’Oise. Photo Armelle Maugin.
Projet pour la colonne d’équilibre des Bellevues
située en plaine. Élévation : 14m75. 1898
© Archives SIAAP.
Eaux usées, usages de l’eau | 9une ferme modèLe
Méry-sur-Oise, domaine de la Haute-Borne.
ur son domaine de Méry-sur-Oise, la ville de
Vers 1910. Collection particulière.
S Paris aménage une construction adaptée à
l’élevage. L’agronome Paul Vincey et le fer-
mier organisent le fonctionnement de l’exploita-
tion avec un double objectif : répondre aux néces-
“
sités de l’épuration et être rentable. Le plan allie une
Les saisonniers, division stricte des services et une distribution
ils venaient de Paris ou rationnelle des bâtiments. Laiterie, forge, écuries et
des alentours. Ils sarclaient, magasins sont regroupés sous le regard du fermier
ils cueillaient les pois. tandis que la salle de préparation des aliments du
Ils balançaient un champ de bétail et les silos à fourrages sont aménagés côté
pommes de terre dans la journée !
Ceux qui dormaient sur place,
on les appelait barlatas.
“ champs. Les employés, 125 en 1900, sont logés au
dessus des étables. À partir de 1910, on construit
des maisons ouvrières à proximité.
Des étables – bouveries – édifiées à proximité
de la ferme ou en plaine abritent le bétail et les
moutons. Les matériaux permettent de conserver
une température idéale de 15 à 18°. L’hygiène
“
est facilitée par un sol pavé et par l’établissement
Moi j’ai travaillé étant de couloirs séparés pour l’approvisionnement, le
gamin dans les champs : transport du lait et l’enlèvement du fumier par
cueillette, binette, tout à la main,
c’était dur ! C’était mon argent
de poche.
“ wagonnets.
Bien approprié aux irrigations intensives, le maraî-
chage remplace progressivement l’élevage, mais
nécessite une main d’œuvre abondante. n
10 | Eaux usées, usages de l’eauPour « Le ventre
de Paris »
A
u prix d’un labeur acharné et d’un savoir-
faire spécifique, les cultivateurs réussissent
à tirer parti des eaux qui leur sont imposées.
“ Mon père a fait les
Halles. La charrette était
complètement chargée le soir ; il se
couchait dans la voiture et il dormait.
Le cheval connaissait parfaitement le
Entre avril et octobre les saisonniers affluent, des
alentours puis de province et de l’étranger : Belges, parcours. À 3 ou 4 heures du matin
Polonais, Italiens, Yougoslaves, Tchèques, Espa- quand les Halles commençaient à
gnols puis Portugais, Turcs... Ils sont recrutés pour palpiter, il se levait, il allait boire
la saison ou se louent à la journée, encadrés par un café et il vendait sur le Carreau.
des tâcherons. À côté du domaine de la ville de Au retour, on dormait encore dans
Paris où s’affairent plus de 500 personnes en été,
la voiture à cheval parce qu’il fallait
“
les petites exploitations familiales dominent.
récupérer des forces étant donné
À Pierrelaye, dans les années 1950, l’agriculture qu’on allait travailler toute la
reste peu mécanisée. Tous vivent des épandages : journée aux champs.
approvisionneurs prospères assurant transport
et vente aux Halles de Paris, exploitants, ouvriers
agricoles, irrigateurs, charretiers, bouviers, vachers,
mécaniciens, charrons, selliers, bourreliers, canton-
niers de la ville de Paris… n
Paris : cultivateurs de Pierrelaye aux Halles.
Collection particulière.
Méry-sur-Oise, la Haute-Borne : arrosage des
jeunes plants avec les casseroles à borner.
“ C’étaient les femmes qui
bornaient, deux rangs en même
temps avec une casserole au bout d’un
“
manche. Elles prenaient l’eau dans
la rigole pour arroser les plants
de choux.
Collection particulière.
Eaux usées, usages de l’eau | 11un miLieu artificieL
façonnÉ Par L’homme
La plaine s’apparente aujourd’hui à une mo-
L saïque où se côtoient des zones dégradées
par les irrigations et des zones préservées.
L'épandage a entraîné la détérioration des boise-
ments antérieurs caractéristiques des sols pau-
vres et sableux de la plaine, constitués à l'origine
de chêne sessile, chèvrefeuille, fougère, muguet.
Les zones irriguées se sont dégradées par enri-
chissement en matières nitratées organiques
(eutrophisation). Cela a favorisé l'implantation d'es-
pèces banales comme l'ortie ou le géranium « herbe
à Robert ». Saint-Ouen-l’Aumône : iris des marais au drain de
Liesse. 2001 © Conseil départemental du Val-d’Oise.
Photo J.Y. Lacôte.
La Plaine présente toutefois un véritable poten-
tiel environnemental avec des milieux naturels
patrimoniaux et des espèces faunistiques et floris-
tiques diversifiées, comme l’a démontré l’évalua-
tion environnementale menée par Biotope en 2015-
2016. En zone sableuse, on peut remarquer des
plantes méditerranéennes rares en Île-de-France,
comme le mélampyre à crête. La drave des mu-
railles, espèce floristique protégée qui se développe
sur les rochers et les éboulis crayeux, y fleurit.
Espace peu fréquenté et spécifique en Île-de-
France de par la présence de bassins de décanta-
tion riches en matière organique et en invertébrés,
donc en éléments nutritifs, la plaine offrait encore
il y a quelques années des opportunités pour les oi-
seaux d'eau nicheurs – vanneau huppé, petit gra-
velot –, les migrateurs et les petits échassiers tels
que les chevaliers et bécasseaux. Aujourd’hui on y
trouve des Hérissons d’Europe, des Écureuils
Roux et des chauves-souris protégées. n
Méry-sur-Oise. 2001 © Conseil départemental
du Val-d’Oise. Photo J.Y. Lacôte.
12 | Eaux usées, usages de l’eaueaux usÉes et chamPs d’ÉPandage :
des images contrastÉes
ondé sur le caractère ambivalent de l'eau Les nuisances relancent la notion de risque, dénon-
F usée, élément fertilisant et déchet, le principe
d'épuration agricole fait très vite polémique et
donne aux champs d'épandage une image con-
cé très tôt par les hygiénistes, et contribuent à ins-
taurer des principes de précaution. Des procédés
d'épuration « modernes » apparaissent tandis que
trastée, comme l’est d'ailleurs à l'époque celle de s'affinent les sensibilités en matière de salubrité.
la banlieue parisienne, succession de jardins et Les préoccupations environnementales s’ajoutent
d'usines. Progressivement, l’eau usée perd sa va- aux préoccupations anciennes de santé publique. n
leur et les champs d'épandage sont stigmatisés.
queL avenir Pour La PLaine ?
n 1996, une étude commandée par le SIAAP – En 2011, la création d’un massif forestier d’un million
E le Syndicat interdépartemental pour l’assai-
nissement de l’agglomération parisienne qui
gère le traitement des eaux usées – révèle la pollu-
d’arbres sur 1350 hectares est décidée et labellisée
« Grand Paris ». Maillon de la ceinture verte régionale,
la nouvelle forêt permettra d’apporter des solutions
tion du site. durables aux problèmes sanitaires et environne-
En 1999, les cultures légumières sont interdites. mentaux ; elle offrira un cadre de vie aux habitants et
Seul le maïs à destination animale est cultivé sur redonnera une image valorisante à ce territoire.
cette plaine polluée, dégradée et désertée, tandis Aux franges, prendront place des logements, des
que les réflexions se multiplient autour de son activités et des équipements diversifiés ainsi qu’une
avenir. agriculture spécialisée sur les terres saines. n
Pierrelaye. 2001 © Conseil départemental du Val-d’Oise. Photo J.Y. Lacôte.
Eaux usées, usages de l’eau | 13chronologie
1869 mise en place, à Gennevilliers, d’un jardin d’essai irrigué avec l’eau des
égouts parisiens.
1894 loi du 10 juillet imposant le tout à l’égout et obligeant la ville de Paris à
retraiter ses eaux usées sur des champs cultivés.
1895 inauguration de l’émissaire général et des champs d’épandage d’Achères.
1899 arrivée des eaux usées à l’usine élévatoire de Pierrelaye ; inauguration
des champs d’épandage et de la ferme de la ville de Paris.
1902 interdiction de cultiver des légumes à consommer crus sur les champs
d’épandage.
1940 mise en place de la station d’épuration d’Achères.
Pierrelaye : l’usine élévatoire
des eaux. 2002 1947 une redevance est imposée aux cultivateurs pour l’usage des eaux usées.
© Conseil départemental du Val- 1964 arrêt des épandages à Gennevilliers dans un contexte d’urbanisation.
d’Oise. Photo Isabelle Lhomel.
1970 constitution du Syndicat Interdépartemental pour l’Assainissement
de l’Agglomération Parisienne (SIAAP).
expropriation d’une partie du domaine de la ville de Paris au profit
1974 de l’Établissement Public d’Aménagement de la ville nouvelle de
Cergy-Pontoise.
règlement sanitaire départemental interdisant la culture de légumes
1977 à consommer crus sur des champs irrigués avec des eaux usées
non traitées.
pré-traitement (clarifloculation) des eaux parisiennes acheminées vers
1998 Pierrelaye ; arrêtés interdisant temporairement la commercialisation
du thym cultivé sur la plaine.
Méry-sur-Oise, récolte des
salades chez un maraîcher 1999 création du SIECUEP, Syndicat intercommunal pour l’Étude d’une Charte
réinstallé hors zone d’Urbanisme et d’Environnement de la plaine de Méry-Pierrelaye.
d’épandage. 2001.
© Conseil départemental du
1999 arrêtés préfectoraux et interministériels interdisant les cultures légumières
et aromatiques sur les parcelles où ont été épandues des eaux usées.
Val-d’Oise. Photo J.Y. Lacôte. 2000
2002 retraitement, à Achères, des eaux usées épandues sur le site de
Méry-Pierrelaye.
convention passée entre l’État, la Région, la Chambre interdépartementale
2007 d’Agriculture d’Île-de-France, l’Agence de l’Eau Seine/ Normandie
et le SIAAP qui contractualise l’engagement pour une durée de 9 ans.
arrêté du Conseil départemental du Val-d’Oise portant classement des
boisements de la plaine (427 hectares) en zone de préemption Espace
2009 Naturel Sensible régional.
Étude engagée par le Conseil départemental et les services de l’État
sur les perspectives d’aménagement du site.
2011 l’État, le Conseil départemental et les collectivités locales décident de
créer sur la plaine une forêt de 1 000 hectares, labellisée « Grand Paris ».
Méry-sur-Oise : colonne 2014 création du SMAPP (Syndicat mixte d’aménagement de la Plaine
d’équilibre des Bellevues. de Pierrelaye-Bessancourt), afin de mettre en place le projet de forêt.
2001 © Conseil départemental 2019
du Val-d’Oise. Photo J.Y. Lacôte. le 25 novembre, plantation des premiers arbres de la forêt de la plaine
de Pierrelaye-Bessancourt.
14 | Eaux usées, usages de l’eauCette brochure a été conçue en
accompagnement de l’exposition
« Eaux usées, usages de l’eau, épandage
et maraîchage dans la plaine de Méry-
Pierrelaye », réalisée par l’Atelier du
Patrimoine et de l’Ethnologie (ARPE)
Direction de l’Action Culturelle, Conseil
départemental du Val-d’Oise.
Recherches et conception :
Pierrelaye : cabane de cantonnier. Au fond Aurore
Environnement, filière de retraitement des déchets de la
Béatrice Cabedoce, Isabelle Lhomel,
Ville nouvelle. 1995 Catherine Crnokrak, Sandrine Robert
© Conseil départemental du Val-d’Oise. Photo Pierre Gaudin. Photographes :
Armelle Maugin, Catherine Brossais,
Isabelle Lhomel, Jean-Yves Lacôte,
“
Pierre Gaudin
Une période, il y avait Suivi administratif :
beaucoup de paysans à Pierrelaye. Patricia De Lisi
Mais ça a commencé à baisser
en 1960 ; c’est devenu plus dur. Nous remercions :
C’étaient des petites exploitations Le Service départemental d’Archéologie,
la Direction Grand Paris Ouest, le pôle
de 6-7 hectares et ils n’arrivaient Reprographie et Impression et la Direction
plus à vivre. Tout s’est modernisé. des systèmes d’Information au Conseil
Il y a eu la concurrence de la départemental,
province avec des transports plus le Syndicat Interdépartemental pour
rapides. La génération d’après a
préféré partir en usine. Il y en a qui
sont devenus chefs d’atelier.
“ l’Assainissement de l’Agglomération
Parisienne (SIAAP), ainsi que les structures et
les personnes qui ont bien voulu confier
photographies et témoignages.
Conception graphique :
Nathalie Ponsard-Gutknecht
www.npg-graphic.com
© Conseil départemental du Val-d’Oise, 2002/2020
ISBN 978-2-36196-033-9
Diffusion gratuite
« A la Sainte Catherine, tout arbre prend racine ».
Premières plantations pour la forêt du Grand Paris. 2019.
© Conseil départemental du Val-d’Oise. Photo Catherine Brossais.
Eaux usées, usages de l’eau | 15Conseil départemental du Val-d’Oise tél : 01 34 25 38 00 2, avenue du Parc CS 20201 CERGY www.valdoise.fr 95032 CERGY PONTOISE CEDEX dac@valdoise.fr
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