Langues des signes et genres discursifs - Appel à contributions pour la revue Lidil Numéro 60 - Décembre 2019 Marion Blondel & Agnès Millet ...

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Appel à contributions pour la revue Lidil
                            Numéro 60 – Décembre 2019
                    Marion Blondel & Agnès Millet, coordinatrices

                   Langues des signes et genres discursifs

Ce numéro de Lidil vise à rassembler un ensemble de contributions susceptibles d’éclairer la
façon dont les genres discursifs se marquent dans les langues des signes, tant au niveau
prosodique que lexical ou morphosyntaxique, et de préciser en quoi la prise en compte des
genres peut apporter une plus-value à l’analyse et à la compréhension de certains phénomènes
propres à ces langues gestuelles.
Bien des recherches sur les genres discursifs ont été entreprises pour les langues vocales – que
ce soit à l’oral ou à l’écrit – tandis que les recherches sur les genres dans les langues
gestuelles sont rares, et ce, malgré la constitution relativement récente de nombreux corpus en
France comme à l’international. Or la prise en compte de cet « ancrage générique » peut
éclairer certains mécanismes linguistiques et textuels propres à ces langues, gestuelles et sans
écriture.
Sans aucun doute, il convient de définir des outils de description adéquats aux différentes
modalités, mais il nous parait aussi intéressant de tenir compte des apports des recherches sur
les genres discursifs dans les langues vocales.
Les « genres discursifs » dans les langues vocales
La question des genres discursifs et de leur analyse a été très débattue (Charaudeau, 2002 ;
Beacco, 2004, entre autres), voire parfois battue en brèche comme résultant d’un artéfact de
linguistes, tant les limites des genres « se dérobent » (Rastier & Pincemin, 1999), comme se
dérobent les limites de la « langue » (Calvet, 2005). Cette question nous semble néanmoins
pertinente, en particulier pour distinguer des instances ou des « formations discursives »
(Foucault, 1969) susceptibles d’engendrer des structures énonciatives et syntaxiques
différenciées.
Nous reprenons donc cette question des genres, sans rappeler toutes les discussions qui ont
accompagné leur conceptualisation (Maingueneau, 2016, p. 53-67) et retenons les genres
décrits en termes prototypiques par Adam (2011a), qui les définit comme des « séquences »
s’insérant dans un énoncé ne pouvant être caractérisé globalement, tant les genres discursifs
s’imbriquent au sein d’une prise de parole. Ces séquences relèvent de genres discursifs
différenciés qui sont : le descriptif, le narratif, l’argumentatif, l’explicatif, le dialogal. Ces
séquences ont pu être étudiées au sein des deux instances énonciatives proposées par
Benveniste (1974[1966]) « histoire » ou « récit » ; au sein de discours oraux ou écrits, écrits
« ordinaires » ou littéraires – ces derniers, qui concernent l’instance de récit, étant subsumés
par Adam (2016, p. 101-127) dans la notion de genre « narratif » – ce qui est partiellement
juste, puisqu’il existe des « séquences narratives » dans une instance de discours (Millet,
2002). À ce propos, on soulignera que le genre poétique constitue une forme de genre
littéraire tout à fait particulière et qui ne correspond pas nécessairement aux critères
définissant le « narratif » ou le « littéraire ». Ce genre « poétique » a été exploré par Jakobson
qui y a associé une fonction qu’il définissait comme la projection du « principe d’équivalence
de l’axe de la sélection sur l’axe de la combinaison » (1963, p. 220) – ce que l’on peut
reformuler comme « une projection de l’axe paradigmatique sur l’axe syntagmatique » – et à
laquelle il a consacré un essai (1973). Nous considérons ici que « le poétique » est un genre
particulier, que Adam (2011b, p. 127-140) analyse essentiellement avec les termes « liages du
signifiant », « implicite » et « ellipse ».
Nous retenons donc ici les « genres discursifs majeurs » définis par Adam : descriptif,
narratif, argumentatif, explicatif, dialogal (entendu ici comme « interactions entre les
protagonistes d’une situation de communication orale donnée ») ; et nous ajoutons comme
genre singulier « le genre poétique ».
Ces types majeurs peuvent cependant se combiner et se subdiviser, selon le type de texte (oral
ou écrit) que l’on analyse, ainsi que selon les instances énonciatives « histoire » / « récit ». De
ce point de vue, la notion de genres discursifs parait très liée aux medium et outils d’analyse
employés. Ainsi, le discours politique, très analysé dans les années 1970-1980 (Courtine,
1981) ou le discours journalistique (Moirand, 2007), ont été étudiés en tant que tels, et pour
les séquences qu’ils contenaient, relevant des cinq genres discursifs majeurs.
« Genres discursifs » et langues des signes
Concernant les langues gestuelles, tous les discours et les genres relèvent de l’oralité, même si
la vidéo permet de les fixer, voire de les retravailler et de les recomposer. La LS-vidéo est une
forme stabilisée, tout comme un enregistrement sonore d’une langue vocale, mais pas une
écriture.
Les corpus de LSF révèlent, à l’évidence, différents types de discours (Boutet & Blondel,
2016) mais les études adossées à ces corpus ne traitent pas ou peu des genres discursifs
concernés. À l’exception du genre narratif et du genre poétique, les différents types de
discours en LSF sont généralement sollicités pour étudier un domaine linguistique en
particulier ou un ensemble d’aspects, sans que leur appartenance à tel ou tel genre discursif ne
fasse l’objet d’une analyse spécifique.
Dans le cadre de la recherche internationale sur les langues des signes, les genres discursifs
sont considérés en tant que tels lorsqu’ils relèvent du registre narratif ou conversationnel
(Winston, 1999), mais aussi artistique (Bauman, Nelson & Rose, 2006) ou lorsque les
conditions expérimentales réclament une uniformisation des tâches linguistiques (entretien
semi-dirigé pour recueillir un récit de vie ou tâche de description d’itinéraire, par exemple).
Les données analysées dans la littérature linguistique de la LSF se répartissent
approximativement selon les rubriques (non exclusives) suivantes : registre narratif ou
argumentatif-explicatif, élaboré ou spontané, littéraire ou non, interactif ou monologué. Ainsi,
contes, fables, comptines et poèmes font l’objet d’études ciblant notamment la structure
polyphonique (Bouvet, 1996), la dynamique sémantique (Le Corre, 2007) ou la fonction
poétique (Blondel, 2000 ; Blondel, Miller & Parisot, 2006). D’autres corpus sont conçus pour
l’étude contrastive de la narration vs description (Cuxac et coll., 2002), l’élicitation d’un
registre narratif (Niederberger, 2004 ; Jacob, 2007 ; Sallandre, Courtin, Fusellier Souza, &
L’Huillier, 2010 ; Estève, 2011), d’un registre métalinguistique, d’interactions spontanées en
contexte familial (Tuller, Blondel & Niederberger, 2007 ; Limousin, 2011). D’autres corpus
encore concernent des récits de vie ou d’expériences (Millet & Estève, 2009 ; Risler, 2014),
des interactions recueillies en contexte didactique (Mugnier, 2006) avec des sous-catégories
de genres narratifs comme des descriptions d’itinéraires (Boutora & Braffort, 2011), des
brèves journalistiques (LIMSI, Corpus 40 brèves – 2012).
Concernant l’étude de la LSF, c’est essentiellement sur la dichotomie « instance de discours »
vs « instance de récit » que les études se sont concentrées ; la description des narrations en
instance de récit a donné lieu à des théorisations diverses et parfois antagonistes (Cuxac,
2000 ; Millet, 2002).
Dans les inventaires descriptifs inter-langues des signes (Brentari, 2010 ; Bakken Jepsen, De
Clerck, Lutalo-Kiingi & McGregor, 2015), l’attention est portée en particulier sur les niveaux
d’analyse de phonologie, morphosyntaxe, prosodie des langues des signes, mais moins sur le
niveau discursif, sa dimension pragmatique, et très peu sur l’étude contrastée des genres et des
registres (Meurant & Sinte, 2016). On notera un intérêt particulier porté à la structure du
discours narratif avec notamment l’étude des procédés de référence, de la structure
évènementielle (event packaging), des marqueurs de fonction évaluative (Labov & Waletzky,
1967) ainsi qu’à certaines caractéristiques des interactions entre signeurs, comme la gestion
des tours de parole, les liens entre input et output en contexte d’acquisition, ainsi que les
formes de contact liées au plurilinguisme et à la bimodalité (Lucas, 2006a ; 2006b entre
autres).
Langues des signes et genres discursifs : horizons des investigations
Par la diversité des articles ou dans le contenu même des articles, l’objectif de ce numéro est
de croiser, dans les langues des signes, des analyses des genres discursifs et des analyses plus
ciblées sur des situations ou des supports d’énonciations spécifiques. On portera un intérêt
particulier aux éléments linguistiques sur lesquels les analyses se concentrent. On peut en
effet émettre un certain nombre d’hypothèses sur les liens privilégiés entre des catégories
d’unités linguistiques et tel ou tel genre : par exemple, l’observation des « spécificateurs de
taille et de forme » au sein du genre descriptif, la fréquence des « proformes corporelles »
(Millet, 2002) – ou « prises de rôle » (Moody, 1983) ou « transferts » (Cuxac, 2000) – dans le
genre narratif, la présence d’espaces contrastés liée au genre argumentatif, un usage
spécifique des configurations manuelles et des mouvements pour le genre poétique.
Les articles pourront traiter des six genres retenus – descriptif, narratif, argumentatif,
explicatif, dialogal, poétique. Le genre narratif ayant été assez largement exploré pour la LSF,
on souhaite ici que les autres genres suscitent également l’intérêt des chercheur.e.s.
En ce qui concerne le genre dialogal – finalement assez peu étudié en LSF – l’intérêt des
chercheur.e.s pourra se porter sur les marqueurs phatiques, la gestion des tours de parole, les
enchainements thématiques, etc. Ce genre pourra être exploré en situation ordinaire ou
scolaire, dans des interactions sourd/sourd ou sourd/entendant.
Des propositions concernant des séquences caractéristiques de situations d’énonciation
diverses (médiatique ou artistique, par exemple) seront aussi les bienvenues.
Par ailleurs, des propositions pourront croiser l’utilisation d’un élément formel (regard,
utilisation de l’espace, des spécificateurs de taille et de forme, etc.) en fonction des genres
discursifs considérés.
Les propositions devront préciser les corpus sur lesquels elles s’appuient et les éléments
linguistiques servant à caractériser le genre discursif étudié. Toutes les études contrastives
inter-langues des signes ou inter-genres seront les bienvenues.
Selon la politique éditoriale de la revue, des articles écrits en anglais ou dans une autre langue
que le français pourront trouver place dans la revue.

Calendrier
Envoi d’une proposition d’article : 15 juin 2018
Notification d’acceptation de la proposition : 15 juillet 2018
Date limite d’envoi des articles rédigés : 1er décembre 2018
Retour après évaluation par le comité scientifique : 1er juin 2019
Date limite d’envoi des textes révisés : 1er septembre 2019
Publication Décembre 2019
Format de la proposition d’article
Le résumé comportera :
Nom de l’auteur
Appartenance institutionnelle
5000 signes hors bibliographie
Format des articles
Les articles soumis devront faire 35000 à 40000 signes maximum, tout compris (espaces et notes
incluses) et devront comporter un résumé en anglais et en français ainsi qu’une liste de mots clefs.
Chaque article sera envoyé ensuite en version anonyme à deux relecteurs. Toutes les autres précisions
utiles seront fournies aux contributeurs retenus. Des recommandations aux auteurs ainsi que des
informations relatives à la feuille de style sont d’ores et déjà disponibles sur le site
http://maisondesrevues.org/300. Par ailleurs, la revue étant dorénavant en ligne, il est possible de
créer des liens actifs vers des contenus externes, mais également des données multimédias (son, vidéo,
animation), placées dans le corps du texte ou en annexe de l’article le cas échéant.
Adresse d’envoi des contributions
millet.agnes@free.fr
marion.blondel@cnrs.fr

Bibliographie
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                                     Appel à contributions
                                         Lidil, no 61

                                    LE MÉPRIS EN DISCOURS

COORDINATRICES
Geneviève Bernard Barbeau (Université du Québec à Trois-Rivières, CRIFUQ)
Claudine Moïse (Université Grenoble Alpes, LIDILEM)

Les deux dernières décennies ont donné lieu à un foisonnement de travaux sur la violence verbale
(Moïse, Auger, Fracchiolla & Schultz-Romain, 2008), sur le discours de confrontation (Vincent,
Laforest & Turbide, 2008) et sur le discours polémique (Amossy, 2014 ; Hayward & Garand,
1998). Parmi les actes de qualification péjorative (Laforest & Vincent, 2004) constitutifs de la
violence verbale (Moïse, Meunier & Romain, 2015) et qui se caractérisent par la disqualification
d’autrui, les actes directs et explicites, tels la provocation (Arrivé, 2008), l’insulte (Lagorgette,
2003 ; Rosier, 2006), la menace (Laforest, Fortin & Bernard Barbeau, 2017), le reproche
(Laforest, 2002) et la médisance (Mougin, 2006), ont été assez bien décrits. En revanche, parmi
les actes indirects, le mépris n’a pas encore fait l’objet de beaucoup d’études, à tout le moins dans
une perspective linguistique. C’est dans cette optique que nous souhaitons y consacrer le numéro
61 de la revue Lidil.	
  

Mépriser signifie n’accorder aucune valeur ou bien une valeur dérisoire à un être ou à une chose.
La même étymologie produit le mot méprise, au sens d’une erreur, qui est une autre sorte de
mauvaise estimation ou de mauvaise évaluation d’une situation. Ressentir et exprimer du mépris
pour ce qui est bassesse et abjection est un sentiment qui participe au processus de construction
de notre système de valeurs. « L’on a besoin d’éprouver librement mépris ou adoration, et cela
non seulement pour parvenir à une évaluation réaliste de la réalité extérieure, mais aussi pour
pouvoir procéder à une identification sélective – en assimilant les qualités désirables que l’on
aperçoit chez les autres et en barrant la route aux traits de personnalité indésirables ou en s’en
débarrassant » (Searles, 2008, p. 521). Le mépris – et réciproquement l’aptitude à se percevoir
comme méprisable en certaines circonstances – renvoie donc à la sphère des valeurs et des
identifications à des modèles que nous nous efforçons d’atteindre. Le mépris peut aussi être un
mécanisme de défense qui nous permet de nous protéger d’éventuelles frustrations.

À l’inverse, le mépris prend une tonalité destructive dès lors qu’il devient le moyen de se
valoriser par défaut, mécanisme par lequel rabaisser autrui ou ses valeurs et idéaux devient le
moyen de se sentir supérieur aux autres. Le mépris est d’autant plus destructeur s’il réactive chez
le méprisé des blessures plus ou moins conscientes qui vont accuser chez lui le sentiment d’être
méprisable,	
  et ce particulièrement si le contempteur est un être estimé. Selon une perspective de
philosophie sociale, au-delà de la seule dimension individuelle, les dérives de la société
capitaliste et l’injustice sociale se voient tolérées, voire justifiées, en raison d’un certain contrôle
social et dans le cadre d’une idéologie du profit. Les souffrances engendrées constituent ce
qu’Axel Honneth (2006) appelle les pathologies sociales, qui naissent alors d’un manque de
reconnaissance sociale et d’un sentiment de mépris généralisé. C’est dans de telles situations que

	
  
 

le mépris devient moteur de discours « contre », servant à assurer la domination d’une personne
ou d’un groupe sur autrui, et qu’il est possible de le repérer et d’en observer les mécanismes de
production.	
  

Nous invitons à soumettre toute contribution qui, suivant une approche linguistique,
sociolinguistique, interactionnelle et/ou discursive, tant en synchronie qu’en diachronie,
permettra de circonscrire la notion de mépris en s’inscrivant dans l’une des orientations
suivantes :

       1) Approche descriptive
          Les actes de discours se caractérisent par des formes lexicales et syntaxiques particulières
          et par certains effets pragmatiques notamment en jeu dans la co-construction de
          l’interaction. Il serait intéressant de voir quels sont les caractéristiques linguistiques et les
          processus discursifs à la base de l’acte de mépris.

       2) Approche pathémique
          Le mépris est un acte de discours indirect, mais il est à mettre en relation avec des
          émotions négatives qui le sous-tendent ou qui l’alimentent, par exemple la frustration ou
          le ressentiment proches de la colère (Angenot, 1997 ; Bernard Barbeau, 2015 ; Ferro,
          2008), la honte (Bretegnier, 2016 ; Cyrulnik, 2010 ; de Gaulejac, 1996) ou le dégoût
          (Margat, 2011). On pourrait voir comment, selon une visée pathémique, s’articulent ces
          émotions avec l’acte de mépris, comment elles peuvent être repérées en discours ou en
          interaction et quelles en sont les stratégies argumentatives.

       3) Approche pragmatique
          D’autres actes de discours, tels le dédain (Koselak, 2005), le dénigrement (Vincent,
          Turbide & Laforest, 2008), la moquerie et la raillerie (Charaudeau, 2013 ; Rainville,
          2009), l’humiliation (Haroche, 2007 ; Miller, 1993), l’indifférence (Cupa, 2012) et la
          calomnie (Lagorgette, 2012), sont proches des effets pragmatiques de ceux du mépris, qui
          ont pour visée la prise de pouvoir sur autrui, que ce soit au plan individuel ou entre les
          groupes sociaux. On essaiera alors de saisir comment distinguer le mépris d’autres actes
          de discours apparentés et comment en circonscrire les caractéristiques pragmatiques.

       4) Approche intersubjective
          Le mépris est sans doute l’aboutissement de différents états émotionnels et processus à
          l’œuvre. On pourrait aussi le situer par rapport aux effets qu’il est susceptible de
          provoquer chez l’autre dans la relation intersubjective : dévaluation (Bres, 1993), auto-odi
          ou haine de soi (Garabato & Colonna, 2016 ; Kremnitz, 1981) et silence (Oger, 2006),
          pour n’en nommer que quelques-uns. On pourrait également voir les procédés de
          retournement face au mépris, tels les mécanismes de valorisation et de fierté (Heller &
          Duchêne, 2012) ou encore d’humour (Charaudeau, 2006).

Les propositions, d’une longueur maximum de trois pages, pourront s’inscrire dans des domaines
variés de la linguistique (description, pratiques éducatives, sociolinguistique des minorités,
discours politiques, interactions quotidiennes, etc.) et s’appuyer sur différentes approches
(linguistiques, analyse de discours et d’interactions, représentations linguistiques, rapports de

	
  
 

genre, etc.). Elles devront, en revanche, présenter des données contextualisées issues de corpus
qui serviront de base à une analyse empirique.

ADRESSES POUR L’ENVOI DES PROPOSITIONS
genevieve.bernardbarbeau@uqtr.ca
claudine.moise@univ-grenoble-alpes.fr

CALENDRIER
  • 15 décembre 2018 : date limite d’envoi des propositions
  • Février 2019 : avis d’acceptation ou de refus des propositions (un avis positif aura valeur
     d’encouragement à soumettre un article, mais ne signifiera pas automatiquement
     l’acceptation de ce dernier)
  • Juin 2019 : date limite d’envoi des articles
  • Décembre 2019 : retour de l’évaluation des articles
  • Février 2020 : remise de la version finale des articles
  • Juin 2020 : parution du numéro

INFORMATIONS PRATIQUES
   • Les propositions ne dépasseront pas trois pages.
   • Les articles complets ne dépasseront en aucun cas 40 000 signes (espaces et notes
     comprises).
   • Les articles pourront être rédigés en français ou en anglais. La version finale de l’article
     devra comprendre un résumé rédigé dans l’autre langue.
   • La feuille de style et les consignes rédactionnelles se trouvent à l’adresse suivante :
     https://journals.openedition.org/lidil/3304?file=1.

	
  
 

                                        Call for papers
                                         Lidil, n° 61

                                 CONTEMPT IN DISCOURSE

COORDINATORS
Geneviève Bernard Barbeau (Université du Québec à Trois Rivières, CRIFUQ)
Claudine Moïse (Université Grenoble Alpes, LIDILEM)

Over the last two decades, there has been an abundance of work on verbal violence (Moïse,
Auger, Fracchiolla & Schultz-Romain, 2008), on confrontational discourse (Vincent, Laforest &
Turbide, 2008) and on controversy (Amossy 2014; Hayward & Garand, 1998). Among acts of
pejorative characterization (Laforest & Vincent, 2004) that are inherent to verbal violence
(Moïse, Meunier & Romain, 2015) and characterized by the discrediting of the other, direct and
explicit acts, such as provocation (Arrivé, 2008), insult (Lagorgette, 2003; Rosier 2006), threat
(Laforest, Fortin & Bernard Barbeau, 2017), blame (Laforest, 2002) and slander (Mougin, 2006)
have all been rather well described. In contrast, among indirect acts, contempt has not yet been
the object of much research, at least from a linguistic point of view. It is precisely this angle we
wish to highlight in the 61st issue of the journal Lidil.

To despise (mépriser) means to not value or to attribute very little value to a being or a thing. In
French, the word méprise (meaning an error, a misunderstanding), which is close, etymologically
speaking, refers to another kind of wrong valuation or assessment of a situation. Feeling and
expressing contempt for meanness and abjectness is part of the system through which we
construct our values. “We need to feel, freely, contempt or adoration, not only to reach a realistic
assessment of the external reality, but also to be able to achieve a selective identification, by
absorbing the desirable qualities and, on the contrary, by stopping or getting rid of less desirable
personality traits we observe amongst other people.” (Searles, 2008, p. 521) Therefore, contempt
– and reciprocally the ability to perceive oneself as contemptible in given circumstances – refers
to our sphere of values and identifications to models we are striving to reach. Contempt can also
be a defence mechanism which enables us to protect ourselves against potential frustrations.

Conversely, contempt turns destructive from the moment it becomes a mean to improve one’s
self image by default, i.e. a mechanism through which belittling other people, their values or
ideals, helps someone feel superior. Contempt is all the more destructive when it revives in the
despised person more or less conscious wounds which are going to increase the feeling he/she has
of being worthy of contempt. This is particularly true if the despiser is a person held in high
esteem. From the perspective of social philosophy, beyond the sheer individual dimension,
capitalistic excesses and social injustices have come to be tolerated, even justified, due to some
degree of social control and within the frame of an ideology of profit. The sufferings thus caused
create what Axel Honneth (2006) calls social pathologies, born out of a lack of social recognition
and a widespread feeling of contempt. Under such circumstances, contempt adds fuel to a
discourse “against”, helping the domination of one person or group over another. It is then
possible to detect it and to observe the mechanisms of its production.

	
  
 

We invite any contribution which, adopting a linguistic, sociolinguistic, inter-relational and/or
discursive perspective, whether diachronically or synchronically, will help define the notion of
contempt, choosing among one of the following approaches:

       1) Descriptive approach
          Discourse acts are characterized by specific lexical and syntaxical forms, and by some
          pragmatic effects especially at work in the co-building of interaction. It would be
          interesting to show what linguistic characteristics and what discursive processes are found
          at the basis of the act of contempt.

       2) Pathemic approach
          Contempt is an indirect discourse act, but it needs to be related to negative emotions that
          underlie or fuel it, such as frustration or resentment close to anger (Angenot, 1997;
          Bernard Barbeau 2015; Ferro, 2008), shame (Bretegnier, 2016; Cyrulnik, 2010; de
          Gaulejac, 1996) or disgust (Margat, 2011). It would be interesting to study how, from a
          pathemic angle, such emotions are consistent with the act of contempt, how they can be
          spotted in discourse or interaction, and what argumentaive strategies they resort to.

       3) Pragmatic approach
          Other acts of discourse, such as disdain (Koselak, 2005), denigration (Vincent, Turbide &
          Laforest, 2008), mockery and teasing (Charaudeau 2013; Rainville, 2009), humiliation
          (Haroche, 2007; Miller, 1993), indifference (Cupa, 2012) and slander (Lagorgette, 2012)
          are close to the pragmatic effects of contempt, since they aim to seize power over others,
          be it at an individual level or between social groups. It will be worth studying how to
          distinguish contempt from other related discourse acts and how to define its pragmatic
          characteristics.

       4) Intersubjective approach
          Contempt is most certainly the outcome of various emotional states and processes at
          work. It could also be viewed in relation to the effects it is likely to cause to others in the
          intersubjective relation: self-deprecation (Bres, 1993), auto-odi or self-hatred (Garabato &
          Colonna, 2016; Kremnitz, 1981) and silence (Oger, 2006), to name but a few. The
          processes of reversal when faced with contempt, such as the mechanisms of self-
          promotion or pride (Heller & Duchêne, 2012) or humour (Charaudeau, 2006), would also
          be worth studying.

Proposals, no longer than three pages, may tackle various aspects of linguistics (description,
educational practices, sociolinguistics of minorities, political speeches, everyday interactions,
etc.) and rely on various approaches (linguistics, speech and interaction analysis, linguistic
representations, gender relations, etc.). They will have to present contextualized data, derived
from corpus which will be the foundation of an empirical analysis.

ADDRESSES TO SEND PROPOSALS
genevieve.bernardbarbeau@uqtr.ca
claudine.moise@univ-grenoble-alpes.fr

	
  
 

CALENDAR
  • December 15th: deadline for sending contribution proposals
  • February 2019: notice of acceptance or refusal of proposals (a positive answer will mean
     encouragement to submit an article but not necessarily its acceptance)
  • June 2019: deadline for sending the articles
  • December 2019: final assessment and editing of the articles
  • February 2020: sending of the final version of the articles
  • June 2020: publication of the issue of the journal

PRACTICAL INFORMATION
          • Contribution proposals must not exceed three pages.
          • Full articles will not exceed 40,000 type characters (spaces and footnotes included).
          • Articles may be written in French or English. The final version of the article will include
            an abstract in the other language.
          • The style sheet and editorial instructions can be found at the following address:
	
   	
     https://journals.openedition.org/lidil/3304?file=1.

	
  
 

BIBLIOGRAPHIE/BIBLIOGRAPHY
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MOÏSE, Claudine, AUGER, Nathalie, FRACCHIOLLA, Béatrice & SCHULTZ-ROMAIN, Christina (dir.).
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VINCENT, Diane, TURBIDE, Olivier & LAFOREST, Marty. (2008). La radio X, les médias et les citoyens :
     dénigrement et confrontation sociale. Québec, Canada : Éditions Nota bene.

	
  
Appel à contributions pour la revue Lidil
                       Numéro 62 – publication prévue en déc. 2020
                                Katja Ploog, coordinatrice

**** English version below ****

       L’origine interactionnelle de la syntaxe
L’origine du langage et la structuration des langues du monde a passionné les scientifiques et
philosophes de tous horizons depuis toujours. Longtemps bannie des « sciences » du langage
en raison de son caractère spéculatif, la question est vraisemblablement constitutive de
l’homme et de sa capacité réflexive, elle-même liée au langage. Sur fond d’études de plus en
plus nombreuses en éthologie, anthropologie et sciences cognitives, elle revient à être
débattue en linguistique aujourd’hui.
Le numéro 62 de LIDIL se propose de thématiser les enjeux interactionnels dans la formation
des structures syntaxiques, en mettant en perspective des propositions historiques de la
discipline par des résultats d’études linguistiques contemporaines. Partant de l’hypothèse que
la nature humaine est sociale (p.ex. Tomasello, 2008), nous souhaitons voir expliciter l’idée
que l’interaction constitue le lien entre l’ordre du langage et la syntaxe des langues
humaines 1 : c’est dans l’interaction que prend place l’ensemble des processus de
développement du langage et des langues.
Les plus grands philosophes des Lumières — dont Herder (1772), Rousseau (1781) et Condillac
(1798) — puis les théoriciens du langage au 19e siècle — de W.v. Humboldt (1822) à M. Müller
(1861-1864) et Whitney (1875) — ont proposé leurs conjectures sur l’origine du langage. La
dimension syntaxique est, quant à elle, apparue tardivement dans la réflexion sur les
structures langagières, longtemps focalisée sur la constitution des unités sémantiquement
autonomes. Ce n’est qu’au seuil de la Grammaire générale à la Grammaire comparée que l’on
a commencé à appréhender plus clairement la relation variable entre la syntaxe (qui construit
l’énoncé) et la morphologie (qui construit le mot), pour distinguer, progressivement,
différents types de relations syntaxiques. Et c’est encore plus tardivement que la linguistique
a consacré l’interaction comme objet d’étude à part entière ; aujourd’hui, néanmoins, la
complexité des évènements communicatifs est le chantier majeur de différentes orientations
de recherches en sciences du langage. Dans quelle mesure l’interaction résonne-t-elle dans la
syntaxe des langues, de toutes les langues ? Quels types de caractéristiques de la syntaxe font
comprendre celle-ci comme émergence interactionnelle ?
En interrogeant l’origine interactionnelle de la syntaxe, c’est le lien entre Alfred et parle2 que
nous souhaitons ré-interroger, en tant qu’il porte en lui l’essence de toute théorie syntaxique,
qui se déploie dans les deux dimensions de l’observation de l’ordonnancement linéaire, et de
l’explicitation de la structuration des séquences en règles, contraintes, tendances ou
composants. Tallermann (2013) décrit la syntaxe des langues humaines par les deux

1 En écho à François (2011, p.9), pour qui la syntaxe constitue le « chainon manquant » entre le développement
du langage et l’évolution des langues.
2 Première phrase-type commentée dans les Éléments de syntaxe structurale de Tesnière (1959).
caractéristiques majeures suivantes, supposées universelles : les entrées d’une même
catégorie sémantique se distinguent par des schèmes constructionnels (ou prédicatifs :
frames) différents ; les entrées relèvent par ailleurs tendanciellement de deux types de classes
lexicales, respectivement ouverte ou fermée, à savoir, les morphèmes lexicaux et
fonctionnels/grammaticaux, indépendamment de leur intégration morphosyntaxique. Les
entrées de type fonctionnel sont supposées être issues de morphèmes lexicaux, désigné
comme processus de grammaticalisation (Bybee & Hopper, 2001). Dans cette perspective, le
codage conceptuel peut être considéré comme premier, et le développement grammatical
comme tardif (cf. aussi Nowak et coll., 2000). Comment les principes structurants de
l’interaction déterminent-ils l’ordre du langage ?

L’émergence structurelle dans l’interaction
Processus et produit à la fois, l’interaction peut être caractérisée par trois vecteurs au pouvoir
structurant certain : elle est adressée, inscrite dans le temps et co-extensive au contexte
d’énonciation. — Dans quelle mesure ces caractéristiques déterminent-elles les relations
syntaxiques ?

1. Altérité, co-construction.
Dès lors que c’est la présence d’un Autre qui conduit l’Humain à manifester sa perspective
propre, l’interaction est la donnée sous-jacente à l’apparition même du langage. Il est notable
en effet que la plupart des théories argumentent non pas avec le langage per se, mais avec sa
manifestation en actes : incidence syntaxique naturelle, l’énoncé est l’unité élémentaire du
langage comme mode d’action et de représentation du monde expérimenté. En étant adressé,
l’énoncé porte les traces d’une co-présence de deux sujets, et, le cas échéant, de leur
collaboration. Écouter et comprendre un autre dans le but d’agir de concert implique la prise
de conscience du dédoublement des perspectives, puis, la coordination des réalités
divergentes. Le contrôle de l’activité propre structure la conscience de soi puis la perception
de l’objet. La tradition de l’analyse du discours s’inspirant de Bakhtine (1929) — et remontant
au moins jusqu’à Humboldt (1836-1839) — décrit en terme d’altérité la perception de soi, du
contexte et des entités qui le constituent, en terme de créativité la capacité à la représenter
de manière singulière. Restera à expliciter le chemin parcouru depuis le premier signe perçu
évoqué jusqu’à la constitution d’un cadre de prédication offrant des possibilités infinies à
l’individu.
L’hypothèse que le développement du langage est lié à l’intention de faire avec l’Autre semble
aujourd’hui corroborée par des fouilles archéologiques qui ont établi l’existence de
techniques de construction remontant très loin au-delà du Néandertalien, et qui requièrent
une collaboration structurée que l’on ne peut envisager sans échanges correspondants dans
un langage articulé (pour un exposé détaillé, cf. Coupé 2003). Dans le même ordre d’idées,
Jackendoff (1999) souligne la plus-value apportée par une communication élaborée dans
l’approvisionnement en nourriture. Plus encore, l’on peut faire l’hypothèse que le
renforcement de liens entre individus constitue le fondement même du langage, de nature
intrinsèquement sociale, véritable « instinct » de coopération ancré ontogénétiquement dans
l’attention partagée, basée sur la capacité à faire des inférences à partir d’un common ground
(Tomasello, 2008 chap.3).
A un niveau élémentaire, la conventionnalisation d’une pratique établit entre individus un lien
durable au-delà de l’instant T de la coopération. La coopération durable par des moyens
symboliques peut donc être considérée comme véritable technologie ; à ce titre, la
syntactisation du langage humain apparait comme métaphore du monde social (Givón, 1979,
2005 ; Halliday, 1978), où la complexification des modalités langagières va de pair avec la
constitution des communautés de locuteurs, qui rend nécessaires les échanges et favorise la
création de savoirs partagés. Dans la philosophie du langage de Humboldt (1824) l’on trouve
développée la notion de forme interne (notion proche de celle de la structure en linguistique
moderne) comme congruente de la « vision du monde » d’une communauté de locuteurs.

2. Indexicalité, émergence.
Dans la continuité des théories de la Grammaire comparée, de nombreuses études actuelles
concluent à la « grammaticalisation » progressive des langues par l’évolution des langues
isolantes par les agglutinantes vers les langues flexionnelles, qui reconduit globalement le
postulat de la primauté de la compétence lexicale sur la compétence syntaxique, corroborée
par de nombreuses études en pathologie et acquisition du langage (Rondal, 2000 ;
MacWhinney, 2017), dans les langues gestuelles (R. Clark, 1978 ; Corballis, 2014) ou encore
dans les processus de créolisation (Bickerton, 1990). Hombert & Li (2000) suggèrent un
modèle de complexification du langage en deux étapes qualitativement distinctes,
conditionnées, respectivement, par des facteurs physiologiques et socioculturels. Jackendoff
(1999) propose un ensemble d’étapes constitutives de l’évolution de l’activité non verbale
jusqu’à l’activité linguistique syntaxiquement développée, susceptibles de variation dans
l’ordonnancement. En premier lieu, émerge la capacité à émettre des signes-symboles
élémentaires ou des signaux « découplés ». L’évocation (re-création) de la catégorie en différé
repose sur le dépassement de l’immédiateté émotionnelle et perceptive et construit une
mémoire de l’expérience. L’élaboration des modalités de communication symboliques
requiert en effet la prise de conscience de soi, qui rend possible la perception d’une figure
comme entité distincte de soi-même, l’association d’une forme symbolique, sa
reconnaissance et, enfin, la possibilité de communiquer à propos d’elle (Deacon, 1997 ; R.
Clark, 1978). En corollaire à la capacité de s’intéresser à autrui aurait donc émergé celle de
l’abstraction. La mise à profit de la technique de découplage du signe de son contexte
immédiat, conduit au développement d’une proto-phonologie (MacNeilage, 2008), assurant
la stabilité formelle des oppositions créées.
Non loin de la thèse du cri chez Rousseau (1781) sur ce point, Schuchardt (1919) identifie
comme énoncé élémentaire — à la fois « monolithique » et originel — l’exclamation
prévenant l’interlocuteur d’un danger. A minima, l’acte d’énonciation — manifestation du
jugement (voir Biard, 2015) — constitue la mise en relation d’un terme-concept avec une
réalité perçue. Dans cette perspective, le langage primitif n’est pas constitué de mots mais
d’énoncés holophrastiques, dont la conventionnalisation aurait induit petit à petit l’analyse
en unités conceptuelles combinées. Un rapprochement s’impose alors avec les productions
holophrastiques et le traitement synthétique des constructions dans les premiers stades
d’acquisition du langage (Baldwin, 2002 ; Slobin 2002 ; E. Clark, 2003) et, dans certains cas,
des langues secondes (W. Klein, 1996 ; Perdue, 1992), où le locuteur mémorise une
construction — un mot ou un message complet — en bloc avec la situation d’emploi
correspondante, pour la remobiliser dans une situation équivalente. Bien que constitué de
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