Le Cabinet des Larmes - Auteur : Christophe Tostain -Extrait

 
Le Cabinet des Larmes
      Auteur : Christophe Tostain
                -Extrait-
Personnages :

       -    Lindi
       -    Bill the fridge (anciennement réfrigérateur transformé au fil
            des années en intelligence domotique artificielle)
       -    Contrôleur SS44
       -    Gatta
       -    Des vieux hommes
       -    Des vieilles femmes
       -    Des voix
       Note : pour les rêves de Lindi, les paroles des vieux et des vieilles
       sont à dire d’une façon strictement aléatoire en suivant le temps
       indiqué de la durée du rêve.

                                  2
Quelque part, dans une ville démesurée, dans un bloc
déshumanisé, dans une tour délabrée, dans un appartement
aseptisé vit Lindi, l’un des derniers poètes survivant, peut-
être le dernier, qui sait…

                     3
26 janvier. Télésurveillance 36422. Caméra optique
62-13. Bloc Nord 8472. Zone respirable 731 sous
Climatisation    Universelle    Eusaport.     Pression
atmosphérique 1029Hpa. Température extérieure 24.4°
celsius. Température intérieure 28° celsius. Rien à
signaler….    30   secondes….    25   secondes….    20
secondes….15 secondes…. 10…9… 8… 7… 6… 5… 4… 3… 2… 1…

                              4
Lindi’s WebCamBlog.
Fragment du matin

              Lindi

              …j’écris pour qui ? J’écris pour qui ? J’extrais mes idées des
              enfeux de mes pensées. Tiens. Première du jour. Est-ce ? Est-ce
              que ? Est-ce que je vais sortir aujourd’hui ? Ce serait bien. Que
              je sorte un peu. Oui. Un peu. Histoire de. Prendre un peu l’air.
              Histoire de. Respirer. Mais. Sans doute je respire mieux ici.
              Que dehors. Va savoir. Regarde. Le temps. Tout triste. Bientôt
              le froid. Dans quelques jours je crois. Oui. C’est ça. C’est bien
              ça. Dans quelques jours. Je vais commencer à avoir froid. Mais
              ce qui est bizarre c’est cette chaleur. Malgré la Climatisation
              Universelle. Et dehors. Il fait encore plus chaud. Ah. Oui.
              Aujourd’hui. Il faut absolument que je pense au domofridge.
              Interroger le domofridge. Il faut. Que j’y pense. Il faut que j’y
              pense. Y penser. Y penser. Je vais le noter. Oui. Mais non. Si je
              le note je vais oublier. D’y penser. Je me connais. Parce que. Si
              je le note quelque part tout s’inscrira ailleurs. Que dans ma
              mémoire. Ailleurs. Bien ailleurs. C’est stupide. Se lever le
              matin et n’avoir comme seule idée en tête que son domofridge.
              Complètement stupide. Je dois toujours toujours penser à des
              choses bassement matérielles qui m’indiffèrent. Je sens mon
              abnégation s’effacer. De jour en jour. Je sens ma seule force qui
              légitime mon existence s’effriter. Comme une feuille morte.
              Parfaitement. Mais. Bon. Je parviens encore à me coucher. A
              dormir. Profondément. Rêver. Me taire. Regarder. Contempler.
              Observer. Ecouter. Orienter mon désir vers des choses
              simples. Je ne demande rien à personne. Surtout que personne
              ne vienne me demander quoique ce soit. Que me demanderait-
              on ? Je suis incapable de faire autre chose que ce que je sais
              faire. Je ne vois pas qui viendrait s’échouer ici. Au hasard.
              D’une tempête extérieure. Non. Qu’on me laisse tranquille.
              Bon. Aller. Arrête de pavoiser pour rien. Tu te rumines comme
              une vache. Tu perds ton temps. Qu’est-ce que tu vas faire ?
              Avant de t’occuper de ton domofridge ? Tu poursuis tes
              tentatives poétiques ? Tu attends ? Tu te reposes ? Tu vas
              courir ? Oh. Oui. Un peu d’exercice. Cela fait si longtemps que
              je n’ai pas couru. Combien de temps arriverai-je à tenir ?
              Maintenant on nous impose de courir avec un masque à
              oxygène. Depuis le Grand Plan de Lutte contre le Cancer des
              Poumons. Pour éviter toute mauvaise surprise. Un masque. Je
              n’en ai pas. Bon. Alors. Qu’est-ce que tu décides ? Qu’est-ce
              que tu décides ? Qu’est-ce que tu décides ? Qu’est-ce que tu
              vas faire ? Je ne sais pas. Pour l’instant. Si je vais poursuivre
              oui non. C’est difficile. Ce matin. Je n’ai pas un mot. Pour
              commencer. Même pas une image. Même pas un souvenir. Je
              me traîne. J’ai bien dormi pourtant. Malgré ces voisins de
              merde. Qui me font chier. Depuis qu’ils sont arrivés. Avant
              avec le voisin précédent j’étais tranquille. J’étais bien. Il était
              discret. Respectueux comme une ombre. Mais là. A côté.
              Comment font-ils pour vivre tous ensemble dans une même
              pièce ? A neuf. Dans une seule pièce. Avec un chien. Un jour.
              Un jour viendra. Je serai à bout de nerf. Oui. Un jour.
              J’arriverai au bout de mes nerfs. Comme on arrive au bout
              d’une rue. Sans issue. Parce que je n’aurai pas réussi à trouver
              un espace pour me reposer. Et là je crois que je tuerai leur
              chien. Pour qu’il arrête d’aboyer. Du soir au matin. Le chien.
              Avant de le tuer je le regarderai. Droit dans les yeux. Je lui
              dirai tu sais mon toutou j’ai été patient mais là tu as dépassé les

                                                       5
limites oui je sais bien mon pauvre toutou ce n’est pas de ta
faute tu n’as rien demandé à personne et tes maîtres pourraient
se passer de toi parce que pour eux avoir un môme ou un chien
c’est pareil. Oui. Ce n’est pas de ta faute non plus si les murs
des appartements sont en papiers. Et puis je lui expliquerai que
sa vie est bien inutile. Qu’elle ne sert à rien du tout. Qu’elle
encombre tout le monde. Comme. Non. Pas plus que la
mienne. Et puis. Je lui flanquerai un bon gros coup de poing.
Sur sa truffe. Ou non. Je lui écraserai la cage thoracique. D’un
grand coup de pied. Ou non. Mieux. Je lui cognerai la tête.
Dans le mur. Oui. Et puis tiens je frapperai aussi le voisin père.
D’une grande claque. Parce qu’il ne me fait pas peur. Il est si
petit. Et je frapperai sa femme. Et tous ses gamins. Surtout le
grand. Qui est petit aussi. Qui ne me dit jamais bonjour dans
l’escalier. Qui fait comme si je n’existais pas. Ah oui. Je lui
flanquerai bien une bonne grosse tarte. Voire même un aller
retour. Histoire de lui décoller la tête. Histoire de lui dire eh oh
il y a des gens autour de toi il y a des humains des vivants des
individus qui forment encore une société dans laquelle existent
des règles de savoir vivre alors eh oh on se réveille on vit on
fait attention à son entourage. Oh. Oui. Une vraie bonne
beigne. Ce serait pour le ramener à la vie. Tu dis ça mon
pauvre Lindi mais. En es-tu capable ? Très bonne question.
Oui. C’est vrai je. N’ai jamais fait du mal à qui que ce soit.
Enfin. Une fois j’ai. Pour dire. La violence me fait peur. Mais.
La violence m’attire. M’aspire. Comme un vide. Alors une fois
je. Non. Le môme. Je ne sais même pas ce qu’il voit dans ses
lunettes virtuelles. Et j’aime bien les chiens. Moi. Je préfère les
chiens aux chats. Peut-être qu’un jour. J’en aurai un. Quand je
ne saurai plus écrire une ligne. Où plutôt quand je ne pourrai
plus écrire. Une seule ligne. Parce que toutes les possibilités
toutes les combinaisons de mots auront été usées. Epuisées.
Que je serai en quête d’un nouveau langage. Mais comme je
serai vieux je n’en aurai plus la force. J’arrêterai d’écrire. Alors
il faudra bien que je m’occupe. Je m’occuperai d’un chien. Je lui
apprendrai à mordre. Les voisins. Et toi. Peut-être que ça te
fera revenir à la maison. Oui. D’avoir un bon gros chien. En
attendant t 'es où ? Toi ? Hein ? T’es où ? T’es où qu’est-ce que
tu fais ? Vas-tu revenir oui ou non ? Ce vide. Ce vide. Où es–
tu ? Des nouvelles. Avoir de tes nouvelles. C’est tout ce que je
demande. Pour vivre mieux. Savoir ce que tu fais. Comment tu
vis. Voilà. C’est tout. Après basta. M’ajourner des souvenirs
mauvais. Capituler avec toi. J’ai tant de silences à te raconter.
Où es-tu ? Disparue. Disparue. Et moi. Seul sur le pavé.
Comme un chien écrasé. Moi le cœur comme de la bouillie.
Moi j’en crève. Oh. Que ça cesse. Du calme. Mon pauvre Lindi
du calme. Tous les matins tu rabaches tu ressasses. Bon. Je vais
peut-être me mettre à travailler. Chut. Décontraction. Ah. Oui.
Le domofridge. Chut. Chut. Assouplissement du cou par une
légère torsion vers la droite assouplissement du cou par une
légère torsion vers la gauche. Déraidir. Vide vider vide vider
vide vider.

                                         6
Centrale de Surveillance Individualisée.
Etiquettes relevées de 7h31 à 7h48.

         61.   (Lindi fait le vide)
         62.   (Lindi chasse toutes les pensées de son blog matinal.)
         63.   (Lindi s’allonge sur son tapis d’Orient EUSAPORT fabriqué en Pologne par les entreprises DYWAN.)
         64.   (Lindi se détend.)
         65.   (Lindi écoute une chanson ruine.)
         66.   (Lindi se concentre sur ses oreilles qui se délectent des paroles anciennes de la chanson ruine.)
         67.   (Lindi chante les paroles d’amour de la chanson ruine.)
         68.   (Lindi pleure d’une intensité moyenne)
         69.   (Lindi est surpris par cette émotion légère)
         70.   (Lindi se repose.)
         71.   (Lindi étire ses muscles au plus profond des tissus.)
         72.   (Lindi lève le pied gauche qui lève la jambe gauche qui lève le genou gauche qui lève la cuisse gauche)
         73.   (Lindi plie quatre fois le gros orteil du pied gauche)
         74.   (Lindi pose la cuisse gauche qui pose le genou gauche qui pose la jambe gauche qui pose le pied gauche)
         75.   (Lindi se repose)
         76.   (Lindi se détend)
         77.   (Lindi respire calmement)
         78.   (Lindi perd une larme sur son tapis d’Orient EUSAPORT fabriqué en Pologne par les entreprises DYWAN.)
         79.   (Lindi ne pleure plus)
         80.   (Lindi va à son lavabo)
         81.   (Lindi se lave les mains)
         82.   (Lindi utilise son savon INVESIS, produit du groupe ESSEA, filiale d’ EUSAPORT)
         83.   (Lindi se lave le visage)
         84.   (Lindi se regarde dans son petit miroir fissuré)
         85.   (Lindi marmonne maintenant des mots matériaux)
         86.   (Lindi grimace)

                                                          7
Tentative poétique.
    Lindi
   (en parlant dans un antique dictaphone numérique DICTEUSAPORT)

   Trois Quatre Trois Quatre. Nous sommes le 26 janvier. Il est exactement 7h49. Tentative
   poétique n°1251. Hum. Hum !… Trois, deux, un, top : déjà/ prestement/ promptement/
   déshabillés/ déjà déshabillés/ dénudés/ prestement dénudés/ prestement déshabillé/ déjà
   dénudés/ promptement/ dénudés/ promptement dénudés/ en attendant la pluie/
   promptement dénudés/ sans attendre/ la/ pluie/ le/ jour/ sans attendre le jour/
   promptement dénudés/ sans attendre/ le jour/ sans attendre/ la nuit/ promptement
   dénudés sans attendre la nuit/ la pluie/ l’orage/ sans attendre la pluie/ et/ l’orage/ sans
   attendre la pluie/ un orage/ ou la nuit/ je t’ai/ allongé/ je t’ai/ couché/ tu m’as je t’ai/ sans
   attendre la pluie / un orage ou la nuit/ je/ nous/ tu/ nous nous/ sommes/ allongés/ sans
   parler/ sans un mot/ muet/ nous nous allongeons/ muets/ dans/ nos draps/ dans/ nos
   draps froissés/ délavés/ dans/ nos draps délavés/ mes doigts/ mes caresses/ les caresses/
   de mes doigts/ de mes doigts coupables/ les caresses coupables/ de mes doigts/ les
   empreintes/ de mes doigts/ de mes empreintes/ sur ton corps/ mes empreintes coupables/
   sur ton corps / sur ton corps/ étendu/ sur ton corps/ assoupi/ mes empreintes coupables/
   impies/ mes empreintes impies/ sur ton corps/ assoupi/ te réveillent/ te réchauffent/
   réchauffent/ réchauffent tes parois/ enneigées/ font fondre/ dégèlent/ dégèlent des névés/
   dehors/ dans/ la ville/ dans/ la rue/ dans/ les rues de la ville/ dans/ les rues frigides de la
   ville/ sous l’eau/ la crainte/ la crainte pèse/ comme/ la chaleur/ dans/ les rues frigides de
   la ville humide/ la crainte pèse/ la crainte plombe/ la peur plombe l’air/ lourd/ et/ les
   chiens/ les chiens loups/ les loups/ les loups des zones/ des blocs/ des quartiers/ les
   loups/ des quartiers/ des quartiers illégaux/ des quartiers illicites/ les loups anthracite/
   des quartiers illicites/ marchent/ chassent/ passent/ à pas de velours/ errent à pas de
   velours/ et nous/ nous/ dedans/ dedans/ notre lit/ nous échoués/ dedans/ nous/ sur
   notre lit radeau/ ta peau/ ta peau/ se réveille/ ta peau/ souriante/ ta peau/ impatiente/ se
   réveille/ ta peau/ accueillante/ s’éveille et s’impatiente/ à l’ombre des/ à l’ombre du/ à
   l’ombre de/ à l’ombre de mes mots/ à l’ombre du rideau/ tout en te/ tout en te/
   déshabillant/ en te déshabillant/ de ma main/ incandescente/ en découvrant/ en ajourant/
   en effeuillant/ ton/ ton dos/ de ma main/ brûlante/ ardente/ de ma main ardente/ ton/
   tes ton/ tes ta/ ta/ ta nuque/ ta nuque incandescente/ indécente/ ta nuque indécente/ me
   plonge/ me noie/ me recouvre/ d’eau/ recouvre mon corps/ d’eau/ qui transpire/ je
   transpire/ et j’expire/ pour une bataille/ j’exhumerai tes désirs / je transpire/ et j’expire/
   pour tes/ soupirs/ exhumant tes/ soupirs/ je me donne/ à toi/ je me donne/ au combat/ je
   me livre/ je me livre/ au combat/ et je fane/ et je flétris/ ta fleur/ et j’offense/ ta fleur/
   agitée/ et j’offense/ ta fleur agitée/ angoissée/ de ma lame affutée/ de mon dur/ de mon
   dur coutelas/

                                (silence, souffle puis reprise)

                                    Acte poétique n°1251 :

                                  Promptement dénudés
                                   sans attendre la pluie
                                    un orage ou la nuit
                                nous nous allongeons muets

                                  Sous nos draps délavés
                                  mes empreintes impies
                                   sur ton corps assoupi
                                    dégèlent des névés

                                                           8
Dans les rues frigides
           de la ville humide
       la peur plombe l’air lourd

          Les loups anthracite
         des quartiers illicites
        errent à pas de velours

           Sur notre lit radeau
           ta peau accueillante
         s’éveille et s’impatiente
         sous l’ombre du rideau

         En effeuillant ton dos
          de ma main ardente
          ta nuque indécente
       recouvre mon corps d’eau

          Je transpire et j’expire
          exhumant tes soupirs
          je me livre au combat

           Et j’offense ta fleur
            agitée angoissée
          par mon dur coutelas

                               9
Bill the fridge.

      Lindi

      Bonjour Bill

      Bill

      Avec plaisir. Bonjour Lindi

      Lindi

      Je viens te consulter. Cher Bill. Voir un peu l’état de ton contenu. De ce qu’il te reste. Dans ton petit ventre.

      Bill

      Avec plaisir Lindi. Tu as treize jours de retard.

      Lindi

      C’est grave ?

      Bill

      Avec plaisir Lindi. Que souhaites tu savoir exactement ?

      Lindi

      Tout.

      Bill

      Avec plaisir Lindi. Enregistre ton poids de ce jour.

      Lindi

      63.5 kg. Alors ?

      Bill

      Avec plaisir Lindi. Ton indice de masse corporelle est de 16.4. Tu es maigre moyen plus.

      Lindi

      Merci pour le petit « plus ». Dis moi le diagnostique.

      Bill

      Avec plaisir Lindi. Diagnostique du compartiment fruits légumes : reste une tomate
      déshydratée – péremption d’ici trois jours. Diagnostique du compartiment viande : vide.
      Diagnostique du compartiment poisson : vide. Diagnostique du compartiment fruit :
      reste deux pommes Goldeusaport – péremption d’ici trois semaines. Diagnostique du
      compartiment boisson : reste deux litres d’eau potable en poudre. Diagnostique du
      compartiment des laitages : reste une crème de soja saveur « anis - champignon des
      bois » périmée depuis cinq jours. Diagnostique du compartiment divers : reste douze
      tablettes hyper-protéinées, huit gélules dîner de la mer, trois sachets plateaux de
      fromages forts, deux pilules repas du monde. Diagnostique vital : tu as encore trois
      repas revitalisants de disponible. Diagnostique du complément : passer une commande
      de réapprovisionnement complet.

                                                          10
Lindi

Je veux un autre choix. Je ne veux pas une commande de réapprovisionnement complet.

Bill

Avec plaisir Lindi. Aucun autre choix n’est actuellement disponible.

Lindi

Pourquoi ?

Bill

Avec plaisir Lindi. Aucun autre choix n’est actuellement disponible.

Lindi

Bon. Que me proposes-tu ce mois ci mon cher Bill ?

Bill

Avec plaisir Lindi. Nous avons ce mois-ci une nouvelle gamme de produits qui fera la
joie de ton compartiment fruits légumes : les fruits hybrides Goldeusaport de dernière
génération conditionnés en tablettes de vingt-quatre gélules comme les merveilleuses
banananas à la fraise ; les fantastiques pommoignons à la framboise ; les extraordinaires
poirtichauts à la figue ; les subtils betteradis noirs à l’orange ; sans oublier les
betteravocats aux fruits exotiques ; les surprenantes clémentolées à la vanille ; les
succulentes…

Lindi

D’accord. D’accord. Appétissant.

Bill

Avec plaisir Lindi. Maintenant je calcule ton réapprovisionnement pour le mois en
fonction de ta masse corporelle.

Lindi

Et moi je veux rester comme je suis.

Bill

Avec plaisir Lindi. Aucun autre choix n’est disponible.

Lindi

Quel monde !

Bill

Avec plaisir Lindi. Les compartiments seront très prochainement réapprovisionnés en
aliments frais, en aliments irradiés, en aliments partiellement déshydratés, en aliments
réhydratables en aliments thermostabilisés pour une durée de trente jours et une
capacité de trois repas jours d’une moyenne de 2536 calories. Pour passer ta commande,
dis « je valide ma commande ».

Lindi

Et si je ne veux pas ?

                                                 11
Bill

Avec plaisir Lindi. Aucun autre choix n’est disponible.

Lindi

Je valide ma commande.

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INTERMEDE

Contrôleur SS44

C’est agréable, non ? Qu’en pensez vous ? D’être ici. Assis. Là. Simplement.
Ensemble. Comme vous ma femme et moi aimons nous distraire. Nous éprouvons
beaucoup de plaisir ensemble à satisfaire notre curiosité intellectuelle. Je remarque
que, les années passant comme une roue sur le chemin du désert, une petite sortie
fait souvent naître en elle une plus grande disponibilité pour me recevoir, moi et
mon raide désir. C’est-à-dire. Nous sortons, nous nous amusons, nous rentrons,
jamais bien tard évidemment, puis nous nous couchons, et là, bon, je vous épargne
publiquement les détails. Mais qu’en pensez vous ? Etrange non que la femme
s’assouvisse de si peu. Chaque fois j’en reste pantois.

                                              13
Centrale de Surveillance Individualisée.
Etiquettes relevées de 21h47 à 21h59.

 137.   (Lindi baille)
 138.   (Lindi affiche le soulagement du travail accompli)
 139.   (Lindi étire ses bras vers le plafond, d’abord le bras droit, puis le bras gauche, puis les deux en même temps)
 140.   (Lindi ressent pleinement le temps d’une journée qui s’achève)
 141.   (Lindi boit un verre d’eau potable en poudre EUSADRINK)
 142.   (Lindi soupire deux fois)
 143.   (Lindi absorbe une gélule dîner de la mer)
 144.   (Lindi savoure la demi douzaine de bulots, la douzaine d’huîtres et le dos d’Espadon façon Riviera)
 145.   (Lindi rote trois fois)
 146.   (Lindi va à sa fenêtre)
 147.   (Lindi contemple les milliards de lumières urbaines chatoyer dans la nuit noire)
 148.   (Lindi est invisible aux yeux des milliards d’hommes et de femmes qui l’entourent)
 149.   (Lindi éprouve une grande solitude teintée d’une légère angoisse)
 150.   (Lindi se déshabille entièrement devant sa fenêtre)
 151.   (Lindi est nu devant sa fenêtre)
 152.   (Lindi regarde le reflet de sa maigre nudité dans la fenêtre)
 153.   (Lindi se couche dans son lit péruvien EUSAPORT, fabriqué par les entreprises PUNUNA en Belgique)
 154.   (Lindi s’endort profondément la bouche ouverte)

                                                                14
(…)
28 février. Télésurveillance 83856. Caméra optique
62-13. Bloc Nord 8472. Zone respirable 731 sous
Climatisation    Universelle    Eusaport.   Pression
atmosphérique 1012Hpa. Température extérieure 26.8°
celsius. Température intérieure 28° celsius. Rien à
signaler… 30 secondes…. 25 secondes…. 20 secondes….
15 secondes…. 10…9… 8… 7… 6… 5… 4… 3… 2… 1…

                            15
Lindi’s WebCamBlog.
Fragment de l’après-midi.

               Lindi

               …les mots virevoltent dans ma bouche. Frémissent sur ma
               langue. Font bouillir ma salive. Glissent sur mes dents. Mais.
               Mon Lindi. Tu es lent à l’ouvrage. Surtout en ce moment.
               Pourquoi ? Je ne sais pas. Plus les jours les semaines les mois les
               années passent, plus j’accouche des combinaisons de mots, plus
               je sens mon écriture s’appauvrir. Ou. Plus exactement. Je sens ma
               capacité d’écrire s’éreinter. Est-ce irrémédiable ? Docteur ? Est-ce
               que je vais m’en sortir ? Est-ce une légère saturation qui vient
               m’envahir au fil des jours difficiles de l’hiver ? Peut-être. Je
               pourrais prendre quelques vacances. Est-ce que un poète peut
               prendre des vacances ? Est-ce que je suis un poète ? Ça c’est une
               question. C’est quoi un poète ? Un vrai poète ? Aujourd’hui
               surtout. En existe t’il quelque part ? Depuis les résolutions
               draconiennes imposées par la Mesure de Moralisation. Mesure
               cadre du Plan de la Grande Réforme Intellectuelle. La grande
               lessive. Qui n’a fait que serrer les ceintures autour des cervelles.
               Qui les serre encore. Jusqu’à la rupture d’anévrisme. Tout ça
               pour nettoyer la société. De toute tentation. De toute subversion.
               De toute dérive jugée dangereuse pour la santé mentale d’autrui.
               Partout ont été dressés des interdits. Interdit la création. Interdit
               la liberté d’expression. Interdit l’expressivité. Interdit l’art.
               Interdit la contemplation. Interdit la réflexion. Interdit la
               philosophie. Interdit la libre circulation. Interdit la libre intimité
               Nous sommes dans le Tout Interdit. Le Tout Surveillé. Le Tout
               Contrôlé. Le Tout Calculé. Chacun se doit de faire attention à ne
               pas déborder du cadre moral imposé. A rester contenu. Interdit
               de naviguer dans la marge. Marcher dans la rue devient un
               exercice de style. Faire un pas de côté comporte beaucoup de
               risques. Le risque de marcher dans la merde. Et de sentir la
               merde. Moi je survis. Qu’on me laisse tranquille. Je ne demande
               rien à personne. Oh. J’ai chaud. Qu’est-ce que j’ai chaud. Oh
               non ! non ! non ! Tout ce bruit ! Encore une fête populaire ! Une
               de plus. Hier c’était la Grande Fête Populaire de la Sodomie.
               Organisée pour que le peuple entier s’adonne à la sodomie.
               Synchronisée à une heure bien précise. Afin de diminuer le
               nombre de flatulences humaines. Pendant quelques minutes.
               Pour ralentir le réchauffement climatique. Et aujourd’hui ? C’est
               la fête de. Quoi. Ah. Non ah oui. C’est le Grand Plan de
               Décafardisation. C’est vrai. Ils décafardisent toute la ville. Bloc
               par bloc. Ils sont déjà venus. Ici. Je crois. A moins que je ne
               confonde. Avec la Grande Stérilisation Générale. Non. Ils sont
               déjà venus décafardiser. La Grande Stérilisation c’était autre
               chose. C’était bien avant. Une entreprise gigantesque. Financée
               par de généreux donateurs. Ils ont passé toute la ville au kärscher
               antiseptique. Afin de lutter contre la propagation des maladies
               nosocomiales. Mais là. Ils peuvent toujours essayer. De
               décafardiser le bloc. Ils n’y arriveront pas. Ils n’y arriveront
               jamais. Le cafard est tenace. Le cafard est coriace. Moi ça
               m’arrange. Parce qu’il m’arrive parfois d’en manger. Oh. Cela
               fait bien longtemps que je ne me suis pas fait une bonne petite
               soupe de cafard. Dire que dans certains pays ils ont fait de la
               mouche leur ingrédient principal. Ils font des galettes de
               mouches. Des steaks de mouches. Des soupes à la mouche. Des
               fromages moulés à la mouche. Avec du lait de brebis fermenté.
               Tout le monde en mange. Tout le monde se porte bien. Pourquoi
               pas. La mouche est riche en protéines. On en trouve partout.
               Tiens. D’ailleurs il faut que je pense au domofridge. Tout à
               l’heure. Vraiment. Je dois y penser. Oh. Ce vacarme. Cette manie

                                                       16
d’employer les grands moyens pour les Grands Plans de la
Grande Réforme. Faire du bruit. Du tapage. C’est étrange. Dès
que le Grand Pouvoir met en place une action à grande échelle il
faut que cela se sache. Absolument. Tout le monde se doit de
savoir. Ce que le Grand Pouvoir entreprend. Comme pour nous
dire regardez. Ne soyez pas médisants. Regardez ce que le Grand
Pouvoir qui veille sur vous sur votre vie sur votre bonheur fait
pour vous. Comme pour s’excuser de toutes les malversations
parallèles dont ils sont responsables. Un vrai spectacle. Vulgaire.
Regarde moi ça. Oh ! Mon bon Lindi ! Ne t’en occupe pas. Oui. Je
sais mais. Tout ce bruit n’arrange pas ma concentration. Je ne sais
pas si ma vieillesse imminente m’aidera à supporter. Cette vie
absurde. Je ressasse je ressasse je ressasse et je me rumine comme
une vache. Pendant ce temps rien ne se fait. Rien ne s’écrit. Tout
est immobile. Aller mon bon Lindi. Faut se remettre à l’ouvrage.
A la tâche. Au labeur. A la besogne. Oh hisse. Reconcentre toi.
Oui mais d’abord du vide. Du vide du…

                                       17
Centrale de Surveillance Individualisée.
Etiquettes relevées de 15h12 à 15h21.

  1813.   (Lindi ferme les yeux)
  1814.   (Lindi chasse toutes les pensées de son blog.)
  1815.   (Lindi cherche un mouvement utile.)
  1816.   (Lindi est agité.)
  1817.   (Lindi frotte la plante de son pied droit sur l’ongle de l’orteil de son pied gauche.)
  1818.   (Lindi soupire trois fois)
  1819.   (Lindi grince des dents)
  1820.   (Lindi mordille l’ongle de son auriculaire gauche)
  1821.   (Lindi mâchouille les petites peaux de son index droit)
  1822.   (Lindi s’immobilise soudainement)
  1823.   (Lindi entend les aboiements du chien de son voisin)
  1824.   (Lindi ferme les yeux)
  1825.   (Lindi entend son voisin aboyer sur son chien)
  1826.   (Lindi entend le chien du voisin aboyer sur son voisin)
  1827.   (Lindi entend ses voichiens hurler)
  1828.   (Lindi bouche ses oreilles de ses mains)
  1829.   (Lindi crie)
  1830.   (Lindi crie)
  1831.   (Lindi crie)
  1832.   (Lindi tombe sur ses genoux sur son tapis d’Orient EUSAPORT fabriqué en Pologne par les entreprises DYWAN)
  1833.   (Lindi ôte les mains de ses oreilles)
  1834.   (Lindi n’entend plus un bruit)
  1835.   (Lindi rit)
  1836.   (Lindi rit)
  1837.   (Lindi rit)
  1838.   (Lindi marmonne des mots matériaux)

                                                       18
INTERMEDE

Contrôleur SS44

Ma femme me dit toujours que je possède un œil de lynx. Elle est charmante.
Vraiment. Car en disant cela elle ne se trompe pas. Je suis capable de voir des
choses que personne, ou presque, ne parvient à voir. Des détails infinitésimaux.
Ceux qui échappent à l’œil nu. Grâce à cette faculté, j’ai trouvé ma voix ;
responsable du contrôle qualité. J’ai développé cette faculté en travaillant dans
différents secteurs d’activité. Ensuite j’ai bénéficié de certaines promotions. Adjoint
second. Premier adjoint. Chef. Chef de secteur. Chef de service. Responsable.
Cadre responsable. Et voilà. Je suis maintenant au service du Grand Pouvoir.
Beaucoup de travail bien sûr. Oh je vous rassure. Je n’ai pas sucé pour y arriver.
Vous vous en doutez je pense. L’accession au sommet de la hiérarchie ne se fait pas
naturellement, même si certaines dispositions génétiques facilitent la tâche.
Labeur ! Labeur ! Puis récompense !

                                                19
Tentative poétique.
 Lindi
 (en parlant dans un antique dictaphone numérique DICTEUSAPORT)

     Trois Quatre Trois Quatre. Nous sommes le 28 février. Il est exactement 15h22. Tentative
     poétique n°1351. Hum. Hum !… Trois, deux, un, top : un/ à l’ombre /à l’abri /à l’abri de/
     l’arbre /à l’ombre de/ l’arbre /obombrée /obombrée par/ l’arbre /frais /obombré par/
     l’arbre frais/ toi/ là/ tu es/ tu es allongée/ assoupie/ alanguie/ tu es/ tu rêves/ tu rêves/
     alanguie/ et/ tes lèvres/ ta bouche/ un doigt/ sur tes lèvres/ dans ta bouche/ un doigt/
     dans ta bouche/ deux/ le ciel/ noir/ bleu/ le ciel bleu/ un oiseau/ un oiseau/ dans le ciel
     bleu/ et moi/ mon/ mon sexe/ tes cheveux/ ta peau/ ta main/ ta main/ sur mon sexe/ je/
     m’endors/ je/ m’en/ je/ ferme les yeux/ trois/ la route/ le chemin/ le pont/ sur le pont/ le
     pont/ de bois/ toi/ ta robe/ ta jupe/ ta jupe/ toi/ ta jupe/ rose/ mes doigts/ tremblants/
     mes doigts/ fébriles/ soulèvent/ mes doigts/ fébriles/ glissent/ sous ta jupe rose/ quatre/
     l’été/ à l’été/ sur ton sein/ à l’approche de l’été/ sur ton sein/ laiteux/ soyeux/ moelleux/
     sur ton sein moelleux/ la/ un/ une/ une libellule/ cinq/ dehors/ dedans/ dedans/ à l’
     abri/ à l’abri/ de/ la bise/ à l’abri/ du vent/ ta peau/ je/ lèche/ je lèche/ ta peau/ ta peau
     de pêche/ un chien/ une chatte/ un chat/ un chat nous regarde/ six/ dans la/ sous la/ sur
     la/ table/ sur la table/ toi/ moi/ nous/ nous/ nous mélangeons/ nos cœurs/ nos sueurs/
     nos sueurs se mélangent/ un/ un verre/ un/ un couteau/ un couteau tombe/ sept/ ton/
     ton/ cul/ ton cul nu/ tes fesses nues/ blondes/ rondes/ rebondies/ tes fesses nues
     rebondies/ l’eau/ coule/ l’eau/ du rui / du ruisseau/ de la rivière/ et rien/ rien d’autre/ et
     surtout/ rien d’autre/ huit/ ce/ matin/ matin/ pas réveillé/ pas/ matin froissé/ pas/
     matin chiffonné/ brouillard/ du brouillard/ un brouillard/ un brouillard épais/ dans toi/
     dans ton/ dans ton vase/ ma/ ma fleur/ dans ton vase/ ma fleur/ meurt/ neuf/ sous/
     sous toi/ sous ton/ dos/ l’herbe/ l’herbe haute/ sous ton dos/ écrasée/ aplatie/ couchée/
     je te/ je t’embrasse/ et/ la pluie/ et tombe/ la pluie/ la bruine/ et tombe la bruine/ la nuit/
     froide/ la nuit/ gelée/ la nuit s’engèle/ d’étoiles/ dans le/ dans la/ dans la cabane/ ton/
     visage/ ton/ sourire/ ton sourire triste/ dix/ toi/ tu/ tu regardes/ tu me regardes/ tu me
     regardes/ nu/ je/ je pense/ j’oublie/ mon âge/ j’oublie/ mon vieil âge/ la neige/ la neige/
     tombe/ onze/ mon/ mon/ amour/ ma morte/ adorée/ sur/ les ruines/ sur/ les os/ du
     monde/ du vieux monde/ sur/ les os du vieux monde/ tu me/ je t’aime/ je/ j’ai/ j’ai
     froid/

                                      (silence, souffle puis reprise)

                                         Acte poétique n°1351 :

                                                 Un.
                                      Obombrée par l’arbre frais
                                          tu rêves alanguie
                                       un doigt dans la bouche

                                                 Deux.
                                      Un oiseau dans le ciel bleu
                                        ta main sur mon sexe
                                           je ferme les yeux

                                                           20
Trois.
      Sur le pont de bois
     mes doigts fébriles
  glissent sous ta jupe rose

          Quatre.
   A l’approche de l’été
   sur ton sein moelleux
        une libellule

             Cinq.
        A l’abri du vent
  je lèche ta peau de pêche
    un chat nous regarde

            Six.
        Sur la table
  nos sueurs se mélangent
     un couteau tombe

            Sept
 Tes fesses nues rebondies
     l’eau de la rivière
  et surtout rien d’autre

           Huit.
      Matin chiffonné
     un brouillard épais
dans ton vase ma fleur meurt

           Neuf.
  La nuit s’engèle d’étoile
      dans la cabane
     ton sourire triste

             Dix.
  Tu me regardes tout nu
   j’oublie mon vieil âge
      et la neige tombe

             Onze.
      Ma morte adorée
 sur les os du vieux monde
      je t’aime j’ai froid

                   21
Bill the Fridge.

Lindi

Bonjour Bill

Bill

Avec plaisir Lindi. Bonjour Lindi.

Lindi

Il fait trop chaud. Pas normal.

Bill

Avec plaisir Lindi. Je trouve aussi. J’ai relevé une moyenne de 27,2° Celsius sur les cinq derniers
jours.

Lindi

Tente de joindre la centrale de climatisation EUSAPORT. Me mettre en contact avec eux.

Bill

Avec plaisir Lindi. Dois-je joindre la centrale de climatisation EUSAPORT maintenant ou
ultérieurement ?

Lindi

Maintenant.

Bill

Connexion. « Bonjour. Vous êtes en relation avec le service d’intervention de la Centrale de
Climatisation Universelle EUSAPORT. Où habitez vous ? »

Lindi

Bloc Nord 8472. Zone respirable 731.

Bill

« Je n’ai pas compris votre réponse. Où habitez vous ? »

Lindi

Bloc Nord 8472. Zone respirable 731.

Bill

« Bonjour Monsieur Lindi. »

Lindi

Bonjour Mademoiselle.

Bill

« Pouvez vous me décrire le problème que vous rencontrez ? »

                                                           22
Lindi

Depuis cinq ou six jours il fait plus de 27 degrés Celsius chez moi.

Bill

« Pouvez vous être plus précis. Depuis cinq ou six jours ? »

Lindi

Depuis cinq jours.

Bill

« Votre problème nécessite l’intervention d’un technicien. Souhaitez vous qu’il intervienne
aujourd’hui ? »

Lindi

Oui je veux bien.

Bill

« Tous nos techniciens sont actuellement indisponibles. Souhaitez vous prendre rendez-vous ? »

Lindi

Demain ?

Bill

« Bonjour. Vous êtes en relation avec le service d’intervention de la Centrale de Climatisation
Universelle EUSAPORT. Où habitez vous ? »

Lindi

Oh non ! Bill ! C’est quoi ce cirque ?

Bill

« Je n’ai pas compris votre réponse. Où habitez vous ? »

Lindi

Bloc Nord 8472. Zone respirable 731.

Bill

« Bonjour Monsieur Lindi. »

Lindi

Bonjour.

Bill

« Pouvez vous me décrire le problème que vous rencontrez ? »

Lindi

Depuis cinq ou six … non…depuis cinq jours il fait plus de 27 degrés Celsius chez moi.

                                                           23
Bill

« Votre problème nécessite l’intervention d’un technicien. Souhaitez vous qu’il intervienne
aujourd’hui ? »

Lindi

Non.

Bill

« Souhaitez-vous prendre rendez-vous ? »

Lindi

Oui.

Bill

« Je n’ai pas compris votre réponse. Souhaitez-vous prendre rendez-vous ? »

Lindi

Oui

Bill

« Votre problème nécessite l’intervention d’un technicien. Souhaitez-vous qu’il intervienne
aujourd’hui ? »

Lindi

Non.

Bill

« Souhaitez-vous prendre rendez-vous ? »

Lindi

Oui. Oui. Oui.

Bill

« Vous pouvez avoir un rendez-vous avec un technicien dans douze, seize ou vingt huit jours.
Que choisissez vous ? »

Lindi

Pas avant ?

Bill

« Je n’ai pas compris votre réponse. Vous pouvez avoir un rendez-vous avec un technicien dans
douze, seize ou vingt huit jours. Que choisissez vous ? »

Lindi

Mais j’ai chaud moi !

Bill

« Je n’ai pas compris votre réponse. Vous pouvez avoir un rendez-vous avec un technicien dans
douze, seize ou vingt huit jours. Que choisissez vous ? »

                                                        24
Lindi

Et dans deux ou trois jours ce n’est pas possible ?

Bill

« Bonjour. Vous êtes en relation avec le service d’intervention de la Centrale de Climatisation
Universelle EUSAPORT. Où habitez vous ? »

Lindi

Non non non non non non c’est pas possible c’est pas possible !!!! Bloc Nord 8472. Zone
respirable 731.

Bill

« Je n’ai pas compris votre réponse. Où habitez vous ? »

Lindi

Bloc Nord 8472. Zone respirable 731.

Bill

« Bonjour Monsieur Lindi. »

Lindi

Bonjour.

Bill

« Pouvez vous me décrire le problème que vous rencontrez ? »

Lindi

Depuis cinq jours il fait 27 degrés Celsius chez moi.

Bill

« Votre problème nécessite l’intervention d’un technicien. Souhaitez-vous qu’il intervienne
aujourd’hui ? »

Lindi

Non.

Bill

« Souhaitez-vous prendre rendez-vous ? »

Lindi

Oui.

Bill

« Vous pouvez avoir un rendez-vous avec un technicien dans douze, seize ou vingt huit jours.
Que choisissez vous ? »

Lindi

Douze jours.

                                                           25
Bill

« Vous souhaitez que notre technicien intervienne le matin ou l’après-midi ? »

Lindi

Le matin

Bill

« Votre demande a bien été enregistrée. Un de nos technicien interviendra dans douze jours Bloc
Nord 8472. Zone respirable 731. Souhaitez-vous consulter le catalogue de nos dernières
nouveautés ? »

Lindi

Non merci.

Bill

« Les Climatisations Universelles EUSAPORT vous remercie et vous souhaite une excellente
journée ainsi qu’à votre famille. Au revoir Monsieur Lindi.»

Lindi

Merci Bill.

Bill

Avec plaisir Lindi.

                                                         26
Centrale de Surveillance Individualisée.
Etiquettes relevées de 21h47 à 21h59.

   1881.   (Lindi vient d’achever le dernier acte poétique de sa journée)
   1882.   (Lindi souffre de la chaleur)
   1883.   (Lindi est très fatigué)
   1884.   (Lindi regarde la reproduction interdite de la peinture vivante de Johan Tinrus intitulée « l’Homme dans la forêt »)
   1885.   (Lindi se concentre sur le jeu tournoyant des volutes rouges.)
   1886.   (Lindi se laisse absorbé par le jeu des couleurs rouges.)
   1887.   (Lindi se déshabille devant la reproduction interdite de la peinture vivante de Johan Tinrus intitulée « l’Homme dans la
           forêt »)
   1888.   (Lindi est nu)
   1889.   (Lindi regarde son sexe durcir)
   1890.   (Lindi saisit son sexe dur dans sa main droite)
   1891.   (Lindi se masturbe animalement)
   1892.   (Lindi est secoué par quelques petites morts saccadées)
   1893.   (Lindi râle en se couchant dans son lit péruvien EUSAPORT, fabriqué par les entreprises PUNUNA en Belgique)
   1894.   (Lindi s’endort foetalement)

                                                                  27
(…)
19 mars. Télésurveillance 113401. Caméra optique 62-
13. Bloc Nord 8472. Zone respirable 731 sous
Climatisation    Universelle    Eusaport.    Pression
atmosphérique 1005Hpa. Température extérieure 29°
celsius. Température intérieure 28° celsius. INCIDENT
DE VOISINAGE INCIDENT DE VOISINAGE INCIDENT DE
VOISINAGE INCIDENT DE VOISINAGE INCIDENT DE VOISINAGE
INCIDENT DE VOISINAGE INCIDENT DE VOISINAGE INCIDENT
DE VOISINAGE INCIDENT DE VOISINAGE …

                             28
29
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