Par hervé krief - LE BLUES DE L ESCLAVAGE AU GUITAR-HERO

 
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Par hervé krief - LE BLUES DE L ESCLAVAGE AU GUITAR-HERO
LE BLUES
DE L ESCLAVAGE AU GUITAR-HERO

           par	
  hervé	
  krief	
  
Par hervé krief - LE BLUES DE L ESCLAVAGE AU GUITAR-HERO
CONFERENCE	
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  ET	
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La	
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chansons	
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  l'histoire	
  du	
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  blues	
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                         !       I – INTRODUCTION

                         !       II - L'ESCLAVAGE ET LA TRAITE DES NEGRES

                         !       III – LA NAISSANCE DU BLUES

                         !       IV – LES PERES FONDATEURS

                         !       V – LA GUITARE

                         !       VI – LES BLUESMEN

                         !       VII – GUITAR-HERO ?

                         !       VIII – CHANSON OU DEBAT
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INTRODUCTION

!   Les afro-américains, c’est à dire les descendants des esclaves africains vivants aux Etats-Unis,
    sont à l’origine de toutes les musiques que nous écoutons aujourd’hui.

!   Le rap, la techno, le rock, le funk et tant d’autres sont les enfants du BLUES. En effet, le
    BLUES est à l’origine de tous ces courants musicaux. Apparu à la fin du XIXème siècle
    (1860-1880), il est la résultante d’un système ignoble, infâme qui dura près de 3 siècles :

                                              L’ESCLAVAGE

!   « Le BLUES est presque centenaire, mais il est encore bien vivant. C’est la musique de mon peuple, des
    Noirs américains, mais il parle au monde entier. Le blues a surgi des plantations du Deep South, des
    spectacles itinérants, des bars et des speakeasies. Lorsque les Noirs sont partis pour les grandes villes du
    Nord et de l’Ouest, le blues les a suivis et a évolué pour refléter la vie dans les rues comme il avait reflété
    la vie dans les campagnes. Né du cœur et de l’âme du peuple, le blues parle au cœur et à l’âme du peuple.
    Le blues est plus qu’une simple musique: c’est une façon d’être, d’exprimer des sentiments. … »

            B.B.KING (un des plus grands bluesmen né en 1925)
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L’ESCLAVAGE

!      LA TRAITE DES NÈGRES

En 1619, 20 Noirs furent débarqués d’une frégate hollandaise à Jamestown, en Virginie. Ils furent employés dans les
plantations qui se développaient dans les colonies du Sud et du Centre pour cultiver la canne à sucre, le tabac, le riz,
etc. Commença, dés lors, un commerce triangulaire fondé sur la traite de ces esclaves vers l’Amérique.

Les estimations les plus plausibles se situent à 10 millions d’africains déportés pour les XVIIe et XVIIIe siècles.

"Comme en Amérique du Sud et en Amérique centrale, l'esclavage sur le territoire des futurs Etats-Unis procéda
davantage d’une adaptation progressive aux circonstances économiques que d'une démarche délibérée. L'essor du
capitalisme dans l’Europe du XVIIe siècle créait une vaste catégorie de consommateurs avides de denrées de luxe : le
sucre, le tabac, le cacao, le café, le riz, plus tard le coton et l'indigo. (Nicole Bacharan/Histoire des noirs américains au XXe
siècle – 1994)
Des considérations d'ordre moral, soulignant l'absence d'humanité des Noirs et les ravalant au rang de bêtes, furent
également mises en avant pour légitimer traite et servitude des Africains. "Tous les voyageurs qui les ont fréquentés,
tous les écrivains qui en ont parlé, s'accordent à les représenter comme une nation qui a, si l'on peut s'exprimer ainsi,
l'âme aussi noire que le corps. Tout sentiment d'honneur et d'humanité est inconnu à ces barbares : nulles idées, nulles
connaissances qui appartiennent à des hommes [...]. La brutalité, la cruauté, l'ingratitude, voilà ce qui forme leur
caractère. Leur naturel est pervers ; toutes leurs inclinations sont vicieuses. » (Rousselot de Surgy/Mélanges intéressant et
curieux, ou abrégé d’Histoire naturelle, morale, civile et politique de l’Asie, de l’Afrique et des Terres polaires - 1765)
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L’ESCLAVAGE

!     L’ABOLITION DE L’ESCLAVAGE

À la fin de la guerre de Sécession en 1865, l’abolition de l’esclavage qui couta la vie au Président Abraham Lincoln, ne
changea que partiellement la vie des afro-américains. Ainsi l’idéal des nouveaux affranchis se résumait à la proposition
de Thaddeus Stevens : « 40 acres et une mule ». Sur la côte de Caroline du Sud et en Floride, le général Shermann
avait commencé à distribuer les terres abandonnées. Mais 1866 arriva, et rien ne se produisit. Le président Johnson
amnistia les rebelles qui récupérèrent la plupart des terres déjà louées ou vendues aux affranchis. Ces derniers n’eurent
d’autre ressource que de chercher un emploi auprès de leurs anciens maîtres. A la fin du XIX' siècle, une petite élite
sociale et intellectuelle s'était arrachée à la pauvreté et à l'ignorance, mais, pour la grande masse des affranchis, la
ferveur de l'émancipation sombrait dans une existence de misère et d'humiliation. Jim Crow, le symbole de la
ségrégation, détruisait leurs espoirs et bouchait l'horizon …

                                                                                       !
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LE BLUES

!     C’est à coup sûr dans l’esclavage que le BLUES a commencé, et c'est de cette « institution singulière », pour
       employer l'euphémisme par lequel on le désignait, qu'il a tiré sa forme propre. Mais s'il est vrai que l'esclavage a
       imposé au blues certains éléments de forme et de fond, il est non moins vrai que la voie qu'il allait prendre lui
       a été dictée par la prétendue Émancipation et les problèmes qui l'ont suivie. [...] Durant les quelques années
       qui séparèrent l'Émancipation de l'exode vers les villes du Nord, le Noir se trouva plus que jamais à l'écart du
       reste de la société américaine. C'est alors que la musique noire perdit un grand nombre des formes extérieures
       qu'elle avait empruntées aux Blancs, et que les formes que nous reconnaissons aujourd'hui comme étant celles
       du BLUES firent leur apparition. Il restait encore des Noirs qui chantaient des « ballits » (chansons de
       minstrels au visages noircis, qui ont imités le dialecte noir du sud) ayant la forme de ballades anglo-saxonnes
       vieilles de plusieurs siècles, et des spirituals sortant tout droit de livres de cantiques protestants. Mais très
       rapidement les cris, gueulantes, appels, spirituals et « ballits » allaient prendre peu à peu la forme du BLUES.
       (Le peuple du Blues / LeRoi Jones – 1963)

 A écouter :
                Cottonfield Blues / Garfield Akers                            1929
                Revenue Man Blues / Charley Patton                            1934
                Cross Road Blues / Robert Johnson                             1936
                Good Morning Little Schoolgirl / Sonny Boy Williamson         1937
                Mannish Boy / Muddy Waters                                    1955
                Paying The Cost To Be The Boss (Live) / B.B. King             1991
LA NAISSANCE DU BLUES

Où et comment est né le Blues ? Il est très difficile de répondre à ces deux questions pour plusieurs raisons :

!     Les premiers enregistrements que nous possédons datent de 1900, ce qui revient à dire qu’il n’existe aucune
       trace audible de ce que fut le Blues au XIXème siècle.

!     Très peu de documents ont été écrits sur la naissance du Blues. « Parmi les historiens en musique folklorique
       qui ont étudié la musique des nègres, peu se sont attachés à noter la naissance du Blues. Ils étaient beaucoup
       plus concernés, dans leurs écoutes et leurs écrits, à préserver les formes musicales que le Blues menaçait de
       supplanter. Quelques fragments ou couplets ont été notés mais en général, les historiens regardaient le Blues
       avec hostilité, le considérant comme une dégénérescence du folklore qu’ils étaient impatients de préserver.
       Leurs efforts étaient louables mais le manque de précision de leur observation du Blues lors de sa genèse est
       irréparable. » (the Story of the Blues / Paul Oliver – 1969)

!     les derniers survivants de cette période sont morts emportant avec eux leur témoignage et la mémoire de tout
       un peuple.

                                                Il semblerait néanmoins que les premiers blues sont apparus dans la
                                                deuxième moitié du XIXème siècle. Ainsi dans son livre "Le peuple du
                                                Blues", LeRoi Jones, auteur et activiste, écrit : « C’est, en un sens, à la
                                                guerre de Sécession (1861-65) qu’est due l’apparition du blues primitif.
                                                L’émancipation des esclaves (1865) leur a permis d’avoir une existence
                                                humaine normale ... L’isolement des petites fermes et des terres à
                                                métayage produisit non seulement des chansons de travail qui, à mon
                                                sens, durent être plus libres que les précédentes, mais aussi des
                                                chansons ou des cris qui n’avaient probablement pas de rapport avec le
                                                travail. Chaque homme avait sa propre voix, sa propre façon de crier et
                                                sa propre vie comme sujets de chansons. »
LES PERES FONDATEURS

!     Les premiers bluesmen ont commencé par travailler sur les champs de coton, de maïs ou de tabac.

Les premiers chanteur de blues à être identifiés viennent du Sud et enregistreront les premiers témoignages de cette
musique. Blind Lemon Jefferson, né en 1897, aveugle de naissance, porte en lui les germes du Blues tel que nous le
connaîtrons. Il joue dans les rues et les tripots de Dallas un drôle de blues avec une touche de flamenco qu’il a attrapée
à la lisière du Mexique. Ses mains de géant glissent une lame de couteau le long des cordes de sa guitare, produisant un
son pleureur. Son œuvre, son style influenceront certains musiciens du Delta comme Lightnin' Hopkins, Howlin'
Wolf, T‑Bone Walker ou B.B. King.

Robert Johnson, né en 1911 est une des plus grandes legendes du Blues, il influencera tous les grands guitaristes des
années 60.

Les premiers enregistrements des tout premiers chanteurs guitaristes de blues, les fameux "race records", étaient
exclusivement destinés à la clientèle noire et rendirent célèbres des chanteurs tels Charley Patton, Robert Johnson,
Huddie « Leadbelly » Ledbetter, et bien d'autres. Leur style était celui des chanteurs de blues ruraux, celui des
travailleurs agricoles des plantations du coeur du delta du Mississippi. Patton (1887-1934) était considéré comme l'un
des plus importants, et influença ses contemporains. Au Texas, le chanteur de blues le plus important fut Blind Lemon
Jefferson (1897-1930).
LES PIONNIERS (BLUES RURAL)
Charley Patton (1887-1934)
Leadbelly (1888-1949)
Blind Lemon Jefferson (1897-1930)
Son House (1902-1988)
Robert Johnson (1911-1938)
Sonny Boy Williamson (1914-1948)
                                                                                                               !
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                                         Charley Patton       Blind Lemon Jefferson       Robert Johnson

LES PIONNIERS (BLUES ELECTRIQUE)

Howlin' Wolf (1910-1976)
T-Bone walker (1910-1975)
Muddy Waters (1915-1983)
John Lee Hooker (1917-2001)
Albert King (1923-1992)
BB King (1925)
Bo Diddley (1928-2008)
Freddie King (1934-1976)

                                                                                      !                    !
                                    John Lee Hooker            Muddy Waters                   BB King
LES BLUESMEN
« L'Amérique se construit, et la route devient de plus en plus dangereuse. Les grands arbres funèbres qui ombragent le
Mississippi tombent, la civilisation avance. Irrémédiablement. Les musiciens de blues, en quête d'un cachet, suivent les
voies forestières ‑ scieries, dépôts de bois, chantiers d'abattage ‑ et les chemins de fer qui relient ces exploitations entre
elles. Ils savent que les cabarets, les clubs poussent comme des champignons, sur la trace des sociétés. On assemble
quatre planches pour bâtir une cabane rudimentaire, installe une scène en bois, pousse au fond un vieux piano, et, le
samedi soir, les ouvriers viennent s’y divertir en écoutant du Blues. » (Le Blues / Stéphane Koechlin – 2000)

L’exode des afro-américains vers le nord des USA, à la recherche d’une vie moins sordide et moins dure, correspond à
l’électrification de leur blues. Un des artistes majeurs de Chicago dans les années 50 est Howlin’ Wolf et sa chanson
« Little Red Rooster » est devenu un grand classique. « Hoochie Coochie Man » du grand Muddy Waters écrit par
Willie Dixon est la référence du label Chess Records qui accueille bon nombre de bluesmen. Leadbelly est aussi une
figure importante et son « Good Morning Blues » fut enregistré alors qu’il séjournait en prison. John Lee Hooker qui
dira plus tard "je ne joue pas du blues, je suis le blues" enregistre des plages mémorables parmi lesquelles on trouve
l’indémodable « Boom Boom ».

Tous ces musiciens qui deviendront la légende du Blues vivent alors misérablement et dans un certain anonymat. En
effet, la ségrégation les empêche d’avoir accès au public blanc, aux émissions de radio nationales ainsi qu’aux scènes
des grands clubs et des grands festivals.

C’est l’arrivée des bébés boomers anglais qui va leur permettre de rencontrer le vrai succès. Après la deuxième guerre
mondiale, les disques de Blues vont traverser l’atlantique et arriver sur les platines britanniques. Ceux qui deviendront
des guitar-heroes commencent par aduler leurs maîtres américains. Et le succès des grands groupes anglais dans les
années 60 va rendre justice aux noirs américains et leur rendre la paternité de cette nouvelle musique qui déferle sur le
monde.
LA GUITARE

!   L'instrument le plus important de l'héritage musical des esclaves était le tambour ancestral (le tribal "talking
     drum") qui fut interdit dans les plantations par les propriétaires lorsqu'ils découvrirent son rôle lors de la
     révolte des esclaves ; ceux-ci, en revanche, furent autorisés à fabriquer et pratiquer leurs propres instruments à
     cordes. Et le rabonquin, ce cousin de la guitare, devint ainsi l'ancêtre du "banjar", ou "banjo" qui, vers 1850,
     était l'instrument des Etats du Sud.

!   Thomas Jefferson, dans ses Notes on Virginia, écrivait à propos des esclaves : "L'instrument qui leur est propre est
     le banjar qu'ils apportèrent ici d’Afrique, et qui est le modèle de la guitare, ses cordes étant accordées comme
     les quatre cordes graves de la guitare”.
JIMI HENDRIX, LE GUITAR-HERO

!   Ce musicien extraordinaire, qui en 4 années, a boulerversé la musique du XXème siècle, en influençant
    tous les guitaristes de blues, de rock mais aussi des figures emblématiques du jazz telles que Miles Davis et
    Gil Evans …

!   Il n'aura fallu à Jimi Hendrix que quatre petites années pour devenir une des plus grandes
    légendes du rock... Pour incarner à jamais le mythe du guitar hero absolu. Virtuose halluciné,
    Jimi Hendrix est le premier à faire littéralement parler les guitares , il les fait pleurer, crier et
    parfois même brûler sur scène, lors de folles cérémonies vaudou ... Musicien visionnaire, il
    électrocute le rock, repousse les limites du genre et annonce magistralement, dès la fin des
    sixties, tous les orages à venir.

!   De « Hey Joe » au festival de Woodstock en passant par « Purple Haze » et « Machine Gun »
    l'œuvre de Jimi Hendrix est unique. Essentielle. Profondément moderne en ce début de
    millénaire propice à toutes les expérimentations sonores … (Jimi Hendrix / Olivier Nuc - 2000)
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