Partenariats pour l'apprentissage
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Adresse AGRIDAPE Administration : Edition chinoise
IED Afrique Maïmouna Dieng Lagnane CBIK, 3rd Floor, Building A
24, Sacré Coeur III – Dakar Touty Guèye Diop Zhonghuandasha, Yanjiadi, Kunming
Yunnan. E-mail : renjian@cbik.sc.cn
BP : 5579 Dakar-Fann, Sénégal
Traduction : Bougouma Mbaye Fall
Téléphone : +221 33 867 10 58 Édition espagnole
Fax : +221 33 867 10 59 Conception graphique - Impression : La revista de agro-ecologia
E-mail : agridape@orange.sn Imprimerie Graphi plus Association ETC Andes, AP.18-0745,
Site Web : www.iedafrique.org Tél. : +221 33 869 10 16 Lima 18, Pérou
Agriculture durable à faibles apports externes
E-mail : base-leisa@etcandes.com.pe
VOL. 26.3 - Décembre 2010 Coordonnatrice : Awa Faly Ba Mbow
AGRIDAPE est l’édition régionale Edition Internationale
Afrique francophone des magazines LEISA Magazine Édition indienne
Comité éditorial : Bara Guèye,
LEISA co-publiée par ILEIA et IED Afrique ILEIA P.O. Box 2067, 3800 CB Amersfoort, LEISA India
Awa Faly Ba Mbow, Aïssatou Tounkara
ISSN n°0851-7932 The Netherlands AME Foundation , PO Box 7836, Bangalore
A contribué à ce numéro : Tél. : +31 33 467 38 70 560 085, Inde
El Hadj Malick Cissé Fax : +31 33 463 24 10 E-mail : amebang@giasbg01.vsnl.net.in
subscriptions@ileia.nl
19 L’autonomisation des femmes par la
SOMMAIRE Gestion des connaissances : l’exemple des
« Clubs d’écoute » de Gasseda au Niger
Ali Abdoulaye
4 Editorial
Promouvoir la maîtrise des connaissances et leur gestion par
6 Mobiliser notre plus grande ressource pour assurer la continuité et les femmes du Niger, pour assurer leur autonomisation dans
les changements : les hommes ! la production agricole et la sécurité alimentaire est le crédo
Stephen Sherwood de l’ONGVIE/KANDE NI BAYRA. Avec le soutien du projet
DIMITRA de la FAO, la vie des femmes rurales est entrain de se
8 Quel partenariat pour un développement rural durable ? transformer positivement.
Ibrahima DIEDHIOU, Famara DIEDHIOU
11 Impact des techniques de collecte des eaux pluviales en zone aride
du Maroc oriental : un exemple de partenariat multi-acteurs
Mohamed ACHERKOUK, Abdesselam MAATOUGUI, Hassan BENAOUDA et Mohamed
EL MOURID
UN RÉSEAU, UNE DYNAMIQUE !
14 Réforme de l’accompagnement des producteurs au Nord-
Cameroun : leçons d’un partenariat entre Recherche – AgriCultureS est un réseau de diffusion et d’échange d’informations
Développement – Producteurs sur des approches agricoles respectueuses de l’environnement et
Havard Michel, Djamen Nana Patrice adaptées aux réalités agroécologiques et sociales. Ce nom marque
bien le fait que l’agriculture n’est pas juste un secteur économique de
17 L’agro-écologie dans les écoles secondaires d’Argentine spéculation ou un ensemble de paquets technologiques, mais qu’elle
Santiago J. Sarandon, Claudia C. Flores comporte une dimension culturelle intrinsèque dont la diversité est
à valoriser et à protéger. Le réseau réunit sept éditions régionales,
19 L’autonomisation des femmes par la gestion des connaissances : dont AGRIDAPE, représentant tous les continents. Ces éditions sont
l’exemple des « Clubs d’écoute » de Gasseda au Niger regroupées autour d’un secrétariat international pour renforcer la
Ali Abdoulaye promotion de l’agriculture durable comme réponse au défi alimentaire
mondial. AgriCultureS dispose également d’une base de données
21 La plateforme TECA pour le partage d’informations sur l´apiculture spécialisée et d’un site Internet interactif qui permet d’accéder à de
Charlotte Lietaer nombreuses informations et d’échanger sur le développement de
l’agriculture durable dans le monde.
23 Des partenariats pour le partage des savoirs et l’apprentissage : Le Programme sur l’Agriculture Durable à Faibles Apports Externes
l’expérience du réseau FIDAfrique (AGRIDAPE) couvre l’Afrique francophone. Lancé en 2003, son objectif
Foly Akoussau est de promouvoir les bonnes pratiques en matière d’agriculture
écologique durable. Il s’appuie sur la production d’un magazine
25 FSSA : Un partenariat pour améliorer les capacités d’adaptation des trimestriel tiré à 3500 exemplaires distribués dans 55 pays, la mise
communautés locales en réseau des acteurs de l’agriculture durable au niveau national et le
Mamadou Fall renforcement des capacités en capitalisation des expériences.
28 Les maraîchers de Malika à l’école du partenariat AGRIDAPE est porté par Innovation, Environnement et Développement
Marie Sophie NDIONE, Youga NIANG, Thierno Daouda NIANG en Afrique (IED Afrique) dont la vision est que le développement
durable doit nécessairement s’appuyer sur le renforcement des
31 Autonomiser les organisations paysannes par le partenariat capacités des catégories les plus vulnérables et l’établissement de
Emmanuel BOURE SARR relations équitables entre les différents acteurs de façon à permettre
leur réelle participation à l’amélioration des conditions de vie et du
33 Sites web bien-être des populations. Ainsi, IED Afrique fait la promotion des
approches participatives à travers la recherche-action, l’analyse
34 Bibliographie des politiques, la mise en réseau, la formation, la production et la
diffusion d’informations en Afrique francophone pour atteindre
36 AGRIDAPE Infos le développement durable. Et, dans ce cadre, elle propose, aux
partenaires, différents supports accessibles à travers son site internet
(www.iedafrique.org ).Édition indonésienne SALAM Abonnements Photo de couverture :
JL Letda Kajeng 22, AGRIDAPE est une revue gratuite, sur Séance de travail à Tabalack au Niger
Décembre 2010 - volume 26 n°3
Den Pasar 80234 demande, pour les organisations et
Bali Indonésie personnes du sud. Pour les organisa- Source :
E-mail : leisa@indo.net.id tions internationales, l’abonnement Réseau GRND Niger, Point Focal de Tahoua
est de 45 USD (45 euro) et pour les La rédaction a mis le plus grand soin à
Édition brésilienne Agriculturas, autres institutions du nord, le tarif est s’assurer que le contenu de la présente
experiencias em agroecologia de 25 USD (28 euro) par an. revue est aussi exact que possible. Mais,
AS-PTA, Rio de Janero, RJ Brésil 20091-020 en dernier ressort, seuls les auteurs sont
E-mail : paulo@aspta.org.br Pour vous abonner, veuillez écrire à responsables du contenu de chaque
agridape@orange.sn article.
Sites Web
http://www.leisa.info Financement AGRIDAPE La rédaction encourage les lecteurs à
http://www.iedafrique.org Ce numéro a été réalisé avec l’appui photocopier et à faire circuler ces articles.
http://agridape.leisa.info de ILEIA, de ASDI et de DGSI Vous voudrez bien cependant citer Partenariats pour l'apprentissage
l’auteur et la source et nous envoyer un
exemplaire de votre publication.
28 Les maraîchers de Malika a l’école du
partenariat
Marie Sophie NDIONE, Youga NIANG, Thierno Daouda NIANG
Malika, est une des communes d’arrondissement de Dakar, la
capitale du Sénégal. Elle abrite la plus grande décharge municipale
de la mégapole sénégalaise. Située au cœur de la grande zone
des Niayes, Malika est une grande zone de cultures maraîchères
pratiquées sur de petites surfaces durant toute l’année avec des
techniques de production rudimentaires. L’IAGU, sur financement
du CRDI, a mis en place un programme en vue d’améliorer
durablement les revenus des maraîchers par l’intégration
d’activités agricoles à plus grande valeur ajoutée et adaptées à
l’environnement de la décharge
25 Le partenariat pour améliorer les
capacités d’adaptation des
communautés locales
Mamadou Fall, Cheikh Tidiane Sall Chères lectrices, chers lecteurs,
Depuis deux ans IED Afrique a mis en place un « fonds de soutien
aux stratégies locales d’adaptation » (FSSA), qui constitue une Chères lectrices, chers lecteurs,
initiative conjointe financée dans le cadre de ACCA par le
CRDI et de DFID. Son objectif est de « renforcer le leadership La conviction et le sacerdoce des membres du réseau
et les capacités des communautés de base dans le domaine
AgriCultureS est qu’il est nécessaire pour promouvoir une
de l’adaptation aux CC » en mettant en place un dispositif
opérationnel de partenariat pour favoriser l’apprentissage agriculture durable de mobiliser les connaissances de tous les
mutuel acteurs et en premier lieux celles des petits agriculteurs. Ils
sont en effet au cœur de ce secteur complexe et se révèlent
être des innovateurs permanents pour s’adapter aux défis de
leur monde. Le partenariat multi-acteur est un mécanisme
performant pour la valorisation et la reconnaissance de tous
les apports à la dynamique d’une agriculture saine et viable.
C’est donc avec un engagement particulier que le présent
numéro d’AGRIDAPE a été conçu pour partager les expériences
de collaboration multi-acteur qui ont permis de renforcer les
capacités des différents acteurs. Ces expériences mettent en
exergue également la place centrale de la concertation et de
la capitalisation des expériences.
Notre prochain et premier numéro pour l’année 2011
portera sur les jeunes dans l’agriculture. C’est une occasion
de partager vos expériences avec les lecteurs du magazine.
Notre équipe attend vos contributions et se tient à votre
disposition pour vous appuyer dans la rédaction de vos
articles.ÉDITORIAL
et tout à apprendre. Il apparait aujourd’hui
que ces stéréotypes ont été un frein ma-
jeur dans la conception d’une approche de
développement rural appropriée et donc
efficiente. C’est sur cette base erronée que
se sont fondées pendant des années les
relations de collaboration entre les acteurs
du monde agricole.
Reposer la relation entre
paysan, chercheur et poli-
tique …
Le premier défi à relever c’est celui de
la reconsidération du petit exploitant fa-
milial. Il est l’héritier d’un savoir faire
ancien et adapté à sa réalité. Le pay-
san est donc tributaire de routine millé-
naire mais perpétuellement soumise à
4 des réajustements et des réadaptations.
Cette reconnaissance, clamée par le ré-
seau AgriCultureS (dont votre magazine)
depuis plus de 25 ans, est soutenue de-
puis très longtemps par de nombreux
écrits d’anthropologie, de sociologie, de
philosophie et de pédagogie. Le déve-
loppement des approches participatives
Photo : Cheikh Tidiane Sall FSSA
a permis une meilleure prise en compte
du savoir paysan et de la nécessité d’une
refondation de l’apprentissage (Sherwood
page 6). Il s’agit en réalité de démocra-
tiser les processus d’apprentissage pour
qu’il n’y ait plus un rapport déséquilibré
entre un formateur détenteur d’un savoir
Séance d'alphabétisation au Mali absolu et le formé consommateur passif.
Il s’agit maintenant de nouer des principes
de partenariat basés sur la reconnaissance
L’agriculture est un domaine complexe, où interagissent plusieurs acteurs aux rôles de savoirs différents mais complémen-
parfois complémentaires, parfois concurrents. Les choix stratégiques et les pratiques taires et d’égale valeur.. Cela suppose que
chaque acteur soit conscient du rôle qu’il
des petits producteurs sont influencés par la nature des interactions qu’ils ont avec
doit jouer tout en étant respectueux des
les autres producteurs, les chercheurs, les commerçants, les banques et l’ensemble
apports de l’autre.
des autres acteurs de la chaine agricole et agro-alimentaire.
C’est dans cet esprit que s’inscrit le Pro-
gramme PROFEIS qui a initié une partena-
L
riat entre petits producteurs et chercheurs
’idée longtemps entretenue que c’est cas, des politiques agricoles découle de au Mali et au Sénégal. Alors que les par-
seulement à travers l’adoption de l’introduction de technologies inadaptées tenariats traditionnels mettent l’accent sur
technologies externes qu’on pourra aux spécificités locales mais surtout d’une les problèmes à résoudre, le PROFEIS a
moderniser l’agriculture, et répondre aux approche de recherche, de conseil et de choisi de partir des solutions expérimen-
défis alimentaires locaux et globaux est vulgarisation agricole défaillante.
tées par les producteurs à travers leurs
aujourd’hui relativisée. En effet, le modèle
Ce modèle de transfert de technologie innovations. Grace à l’approche Dévelop-
classique de transfert de technologies
était bâti sur le préjugé que les petits ex- pement participatif de l’Innovation (DPI),
agricoles n’a seulement pas résolu
ploitants agricoles sont imperméables aux un mécanisme de partenariat multi ac-
les problèmes des petits producteurs
innovations et aux changements. Ils ont teurs réunissant les paysans innovateurs,
mais plutôt contribué à les exacerber
considérés comme le maillon faible de la la recherche et le conseil agricole a été
en aggravant leur dépendance vers
chaine, n’ayant pas grand-chose à partager mis en place et permis la valorisation de
l’extérieur. L’échec, dans la plupart despratiques communautaires pertinentes productiviste qui ne permet pas d’accom- nautés agricoles. De nos jours, de plus en
mais méconnues (Diedhiou et al. Page pagner avec pertinence ce besoin émer- plus d’organisations internationales pren-
8). Ce type de partenariat contribue à la gent. nent conscience de la nécessité de créer
reconnaissance de la centralité et de l’ap- Cela pose la question des contenus et des des cadres d’analyse et de partage des
port du petit producteur dans les relations approches de formation agricole. En effet, connaissances acquises par la pratique.
d’apprentissage. C’est aussi une remise en peu de curricula, surtout en Afrique fran- Le réseau FIDAFRIQUE est né de ce besoin
cause fondamentale de la vision classique cophone, proposent aujourd’hui, une for- d’accroitre l’efficacité en matière de déve-
de la recherche développement. mation qui permette de prendre en charge loppement rural en mettant en place un
De même, au Maroc, la collaboration mul- de façon opérationnelle les préoccupations mécanisme institutionnel de capitalisa-
tipartite dans le cadre d’une étude scienti- agro-écologiques. Dans la province de tion des expériences des projets du FIDA
fique sur les techniques de collecte et de Buenos Aires, en Argentine, une nouvelle en Afrique et divers outils de partage des
conservation des eaux pluviales, a permis approche globale de l’enseignement agri- connaissances (Folly, page 23).
la mise en valeur d’une grande diversité cole est en expérimentation. Elle s’adresse
de techniques locales et l’introduction de au cycle secondaire et fait le pari sur une … Et relever ensemble les
nouvelles approches par les communautés formation modulaire spécifique destinée défis !
(Acherkouk et al. Page 11)Aujourd’hui, la aux enseignants des écoles agricoles ru-
crédibilité d’une recherche est aussi éva- rales pour booster l’intégration de l’agro- Le monde agricole est aujourd’hui plus
luée à la capacité de mobiliser les diffé- écologie dans l’enseignement. que jamais confronté à des défis qui né-
rentes sources de connaissances sur le cessitent une action concertée et un sou-
tien mutuel entre les acteurs. Un des plus
terrain. Cette approche multiacteurs ouvre …Pour renforcer les capacités préoccupants est celui des changements
à la recherche de nouvelles perspectives
en termes d’élargissement du champ de par le partage … climatiques qui affectent le globe et le
recherche et de participation des produc- Le partenariat pour l’apprentissage ne doit monde agricole en particulier. Malheu-
teurs dans l’identification de questions de pas être envisagé exclusivement sous reusement, les stratégies de réponses
recherche plus pertinentes. l’angle de l’approche multi-acteur. Au sein reproduisent généralement l’approche
d’une même communauté, le partage des top-down où la recherche et les décideurs
Aider la prise de décision des petits pro- politiques ont un leadership quasi exclusif.
ducteurs est sans nul doute la vocation de connaissances est déjà une gageure. Pour-
tant, c’est à cette échelle que des chan- Or devant ce phénomène tous les acteurs
la recherche. A Malika, dans la région de sont en apprentissage. Malgré tout, les
Dakar au Sénégal, une étude scientifique gements de comportement fondamentaux
peuvent être opérés harmonieusement. initiatives et innovations paysannes ne
menée par l’IAGU a démontré l’inadapta- sont pas souvent prises en compte, encore
5
tion des sols à la culture maraichère du Favoriser l’apprentissage et l’échange col-
lectifs est sans doute un moyen efficace moins soutenues. L’expérience du FSSA
fait de leur contamination par la décharge montre que les communautés et leurs or-
municipale. Ce constat a amené les popu- de renforcer la communauté tout entière
et de la préparer à mieux gérer ses rela- ganisations développent à leur échelle des
lations riveraines à s’organiser et à démar- stratégies d’adaptation et qu’elles peuvent
rer une démarche de reconversion dans la tions avec les autres acteurs. L’ONG Volon-
taire pour l’Intégration Educative a mis en prendre le leadership dans la gestion et le
filière horticole avec un réseau de parte- management de projets de lutte contre
naires institutionnels diversifié (Ndione et place, au Niger des clubs d’écoute villa-
geois pour des débats communautaires sur le changement climatique en partenariat
al, page 28). Les producteurs eux-mêmes avec des instituts de recherche, des ONG,
ont besoin de se renforcer pour répondre des problématiques diverses. (Abdoulaye,
page 19). Ces espaces d’écoute, de dialo- etc. (Fall et al. Page 25). Le rôle de ces der-
aux exigences d’un secteur en mutation. niers se situe plus dans l’accompagnement
Pour y répondre de façon pertinente, les gue et de partage ont permis l’expression
des préoccupations de femmes rurales et de la prise de décision, le renforcement
différents acteurs du développement agri- méthodologique et l’appui à la diffusion.
cole doivent renouveler leurs pratiques et une amélioration de leur position sociale
passer de l’encadrement des producteurs au sein de leur propre communauté. Ces Malgré l’existence de multiples organisa-
à leur accompagnement. Ceci rend néces- clubs répondent à un autre enjeu du ren- tions paysannes, la capacité organisation-
saire l’appropriation des dispositifs d’appui forcement des capacités qui est l’accès à nelle est sans doute une des faiblesses des
et des nouveaux outils et méthodes par l’information par la mise en place d’un petits producteurs en Afrique. Cela est ren-
les producteurs et justifie la démarche de équipement radio, d’un téléphone portable forcé par les approches partenariales des
Conseil à l’exploitation familiale (Havard et et d’un centre d’alphabétisation. ONG et autres acteurs de développement
al. Page 14). Au Nord Cameroun, l’essouf- En effet, malgré le développement des qui adoptent souvent une approche d’as-
flement de l’appui traditionnel apporté aux technologies de l’information et de la com- sistance affaiblissante parce que ne met-
producteurs a amené les institutions de munication, l’accès à l’information pour les tant pas l’accent sur la responsabilisation
recherche à expérimenter cette démarche communautés agricoles rurales reste très et le développement institutionnel. L’itiné-
d’aide à la décision. difficile. Or dans la perspective d’un déve- raire de la fédération PELLITAL (référence
loppement agricole durable, le partage de auteur), dans le département de Médina
En effet, pour créer les conditions d’un Yoro Foula est l’histoire d’une organisation
partenariat harmonieux et d’une action l’information est essentiel et constitue une
source d’innovation. Il existe aujourd’hui paysanne consolidée par le partenariat qui
collective concertée et efficiente entre les est aujourd’hui un acteur incontournable
différents acteurs, le renforcement des beaucoup d’espaces électroniques mais
leurs orientations et leurs contenus res- dans la filière banane au Sénégal.
capacités de l’ensemble des acteurs est
nécessaire. Aujourd’hui, en plus des pré- tent trop académiques. L’objectif de la
occupations de productivité et de commer- plateforme Technologies pour l’Agriculture Ce numéro d’AGRIDAPE touche une pro-
cialisation, les producteurs affirment une (TECA) est de mettre les acteurs en rela- blématique qui est au cœur du développe-
conscience écologique et une demande tion via un forum électronique avec des ment agricole et qui est sa raison d’être :
de partenariat pour pouvoir prendre en orientations pratiques, créant ainsi une bâtir des liens justes et complémentaires
compte les dimensions environnemen- communauté (virtuelle) de partage et de entre tous les acteurs pour un apprentis-
tales et sociales de l’agriculture. Or les ac- renforcement mutuel (Lietaer, page 21). sage mutuel et une action efficace en vue
teurs du conseil agricole ont été jusqu’ici Ce défi du partage et du renforcement d’une agriculture durable. Bonne lecture !
formaté dans une orientation sectorielle, mutuel n’est pas l’apanage des commu-Mobiliser notre plus grande ressource pour
assurer la continuité et le changement : les
hommes !
Stephen Sherwood
6
Photo : Stephen Sherwood
Un apprentissage efficace suppose la pratique dans le contexte Sherwood
L’établissement de partenariats solides et efficaces peut être d’un grand apport pour l’agriculture familiale, et ce, de plusieurs
façons différentes. Cependant, tous les efforts pour renforcer l’apprentissage doivent veiller à ce que les populations locales restent
maîtresses du processus. Les agents extérieurs doivent être très conscients du rôle qu’ils veulent jouer et du rôle qu’ils jouent
effectivement.
M
ême si les animateurs des ap- quant à l’influence des étrangers dans le sont pas plus intelligents aujourd’hui qu’ils
proches axées sur la technologie développement local. Nous demandons ne l’étaient il y a 10000 ans. En d’autres
se préoccupent généralement de de prêter une attention particulière aux termes, un enfant de l’âge de glace pour-
« ce que les agriculteurs ne font pas » et obligations morales et éthiques exigeant rait être élevé dans une famille moderne
de la « façon de les amener à faire de que l’organisateur extérieur - qu’il s’agisse et, s’il jouit de l’encadrement adéquat
l’agriculture autrement », une approche d’un agriculteur d’une autre communauté et de certaines opportunités, cet enfant
centrée sur les hommes cherche à aider ou de quelqu’un d’une ville voisine ou d’un pourrait parfaitement bien s’en tirer et
les agriculteurs à comprendre « ce qu’ils autre pays - soit aussi transparent que avoir exactement les mêmes chances
font » et « pourquoi ils le font », afin possible au sujet de sa vision du monde, que n’importe quel autre pour exceller à
d’avoir une source d’inspiration pour la de ses motivations et de ses priorités dans l’école et devenir médecin. Ce point de
continuité et le changement. C’est ce qui la recherche d’un partenariat pour le chan- vue est une critique acerbe de la plupart
doit être notre point de départ lors de gement. des programmes d’éducation modernes,
l’examen des partenariats, ou du rôle que mais il cadre avec le type d’approches
les « étrangers » jouent dans la promotion La culture, terreau de l’ap- dont ILEIA, et ses partenaires du réseau
de l’apprentissage basé sur l’expérience AgriCultures, se fait le chantre depuis 26
locale. prentissage ans.
Les pourfendeurs du développement Dans son livre provocateur intitulé « Une Wright montre de façon convaincante que
rural mené de l’extérieur soulèvent légi- brève histoire du progrès », l’anthropo- le savoir n’est pas stocké dans le cerveau,
timement de légétimes préoccupations logue Ronald Wright explique que, d’un mais il est plutôt ancré dans la culture. De
point de vue biologique, les hommes nemême, les agriculteurs appartiennent à
des communautés de pratique et, en tant
que tels, ils contribuent à l’histoire telle
qu’elle se déroule, et en tirent des ensei-
gnements. Dans ce sens, l’apprentissage
est une question de routine - reproduc-
tion de vieilles traditions qui s’expriment,
par exemple, à travers une certaine façon
de planter. Mais l’agriculture, bien enten-
du, n’est pas statique. Chaque fois qu’un
agriculteur dépose sa semence, celle-ci
tombe dans un monde en perpétuelle
évolution. L’apprentissage est aussi une
Photo : Awa Faly Ba
question de changement : il faut parfois
rompre d’avec la pratique séculaire pour
donner naissance à une tradition d’avenir.
Cultiver le champ humain
Visite de terrain guidée par une animatrice de la ferme pilote de Guié au Burkina
L’éducateur et agriculteur-philosophe
hondurien, feu Elias Sanchez, a suscité
une passion pour l’éducation populaire contenté de vouloir éduquer des per- (à travers un débat ouvert sur les
chez des milliers d’organisateurs commu- sonnes. Il a également cherché à aider les styles d’apprentissage et les proces-
nautaires. D’après Elias, au niveau le plus populations rurales, souvent exclues des sus de réflexion critique) ;
fondamental, l’apprentissage consiste à avantages de la société moderne, pour
« cultiver le champ humain ». Il a résumé encourager les individus à élargir leurs
défendre et promouvoir leurs intérêts col-
l’apprentissage comme un processus de expériences et styles d’apprentissage
lectifs. Grâce à des partenariats autour des
gestion de la « tête », du « coeur » et des (en surmontant les obstacles et en
préoccupations immédiates telles que l’al-
«mains». Ses idées reposaient sur un prin- explorant de nouvelles stratégies) ;
phabétisation ou la santé familiale, les or-
cipe fondamental de l’apprentissage indi- ganisateurs communautaires ont créé des utiliser une diversité d’approches pé-
viduel que Benjamin Bloom décrit comme espaces de réflexion qui ont permis aux dagogiques (afin que les participants
des «domaines de connaissance» : le
cognitif (aptitudes mentales - capacité
à associer, à comprendre et à penser de
participants de mieux connaître leur valeur
et leurs droits. Il les a aussi encouragés à
puissent faire l’expérience de dif-
férentes façons d’interagir et d’ap-
prendre) ;
7
entreprendre des actions non-violentes et
façon créative), l’affectif (aptitude à gran- collectives en vue du changement, me-
dir psychologiquement et avoir des senti- créer un environnement propice à la
nant à des revendications publiques de tolérance et à la diversité ;
ments, à valoriser et à trouver l’inspiration terres et d’autres ressources, mais éga-
qui mène à l’action) et le psychomoteur lement d’accès équitable aux marchés et créer un climat favorisant la collabo-
(habiletés manuelles et physiques). En aux services publics. Cette entreprise a été ration (où les participants travaillent
conséquence, un apprentissage efficace un grand processus de libération en faveur ensemble en tant que ressources).
suppose la « culture » simultanée de des principes démocratiques de l’émanci- Il faut admettre qu’arriver dans une com-
chacun de ces éléments. D’après Elias, si pation et de l’égalité. munauté avec un partenariat en tête et
l’on néglige la tête, le coeur ou les mains,
un programme d’apprentissage en poche
l’apprentissage est incomplet et alors le
champ humain s’effondre.
Nouer des partenariats pour peut s’avérer problématique. Pour un
l’apprentissage étranger, un partenariat efficace pour le
développement commence tout d’abord
Transformation sociale Ces exemples montrent que s’il est bien par la pratique réflexive (apprentissage
géré, et s’il est planifié dans un esprit dé- à partir de ses pratiques) et l’honnêteté.
Dans le domaine du développement, la
mocratique qui respecte la tradition locale Autrement dit, cette personne doit com-
tradition de la « participation » est an-
et le droit à l’autodétermination, le parte- prendre et être franche en ce qui concerne
crée dans celle de l’éducation populaire
nariat peut aider les peuples à se libérer sa propre vision du monde, ses préjugés,
non formelle et de l’apprentissage tout
de leurs notions préconçues du possible. ses priorités et ses motivations pour la
au long de la vie mis au point par Niko-
Au-delà de la simple participation aux ac- recherche d’un partenariat pour le chan-
laj Grundtvig, fondateur des Danish Folk
tivités d’apprentissage, la prise en main gement. Cela implique donc la capacité à
Schools (écoles populaires danoises) au
locale des priorités d’apprentissage est travailler coude à coude avec les autres
19ème siècle. Ce travail innovant a influen-
indispensable à l’avènement du change- - en tant qu’individus et en tant que
cé des mouvements similaires de popula-
ment démocratique. En d’autres termes, groupes- pour mobiliser leur ressource la
tions rurales dans toute l’Europe. Un siècle
un animateur externe doit continuelle- plus précieuse en vue de la continuité et
plus tard, il a directement inspiré l’activité
ment avoir conscience de son propre rôle du changement, à savoir, les hommes.
à travers le monde, telle que celle sou-
dans la communauté.
tenue par le Mass Education Movement
(Mouvement pour l’éducation de masse) Comme une première étape vers la ga-
de James Yen en Chine, les programmes rantie d’une facilitation démocratique, le
Stephen Sherwood, exploitant agricole en Équateur
d’alphabétisation andragogique de Paulo praticien doit gérer avec prudence son et enseignant à temps partiel au Communication and
Freire au Brésil, le Highlander Folk Educa- comportement vis-à-vis de la promotion Innovation Studies Group (Études sur la communication
tion Center (Centre d’éducation populaire du changement. En particulier, les proces- et l’innovation) de l’Université de Wageningen. M.
Sherwood est également le co-fondateur de Groundswell
des peuples des montagnes) de Myles sus d’apprentissage menés au niveau local International (www.groundswellinternational.org), un
Horton dans les Appalaches aux États- doivent : partenariat de praticiens communautaires consacré à la
Unis, et d’innombrables autres exemples. permettre aux individus d’être
transformation rurale.
E-mail : ssherwood@ekorural.org
Cet ensemble de pratiques ne s’est pas conscients de leur statut d’apprenantQuel partenariat pour un développement rural
durable ?
Ibrahima DIEDHIOU et Famara DIEDHIOU
L
e développement de l’agriculture fa-
miliale constitue un puissant levier
pour le développement économique
et social du Sénégal. C’est pourquoi, l’état
du Sénégal a depuis les indépendances
consenti de grands investissements en
faveur de l’agriculture et du monde rural.
Malheureusement, les résultats obtenus à
ce jour, restent encore largement en deçà
des attentes et des espoirs des différents
acteurs du développement agricole. Une
des raisons avancée pour expliquer cette
situation préjudiciable aux conditions de
vie des populations surtout rurales, est
que, les producteurs qui sont les acteurs
8
clefs du processus de développement
agricole, ont occupé une place faible sinon
marginale dans les actions entreprises. En
d’autres termes, il était reproché à l’Etat
un déficit de partenariat avec les autres
Photo : Famara Diedhiou
acteurs.
De ce fait, dès le milieu des années 1970,
le modèle technocratique et centralisateur
de l’État providence, qui a dominé les po-
litiques de développement agricole, était
largement remis en question. La présence Marché des Semences à Ndof
des acteurs concernés par les politiques et
les programmes agricoles, et plus large-
sannes au Sahel), s’est engagé sur cette association active de différents acteurs
ment celle des agriculteurs, est dès lors
voie depuis bientôt cinq ans en testant qui, tout en maintenant leur autonomie,
au cœur des débats visant à démocrati-
une approche nouvelle dénommée, Dé- acceptent de mettre en commun leurs
ser la prise de décision et améliorer l’ef-
veloppement Participatif de l’Innovation efforts en vue de réaliser un objectif com-
ficacité des interventions. L’apparition des
(DPI) pour contribuer à la sécurité alimen- mun relié à un problème ou à un besoin
approches participatives comme la RRA,
taire et à la gestion durable des ressources clairement identifié dans lequel, en vertu
MARP, le DPI, a permis certes d’améliorer
naturelles au Sénégal, au Mali, au Niger de leur mission respective, ils ont un in-
la dynamique de participation des acteurs
et au Burkina Faso. Le présent article térêt, une responsabilité, une motivation,
dans les actions de développement. Mais
tente, après 5 ans de mise en œuvre de voire une obligation.
ces approches ont une portée limitée car
ce programme, d’une part d’analyser les Ces acteurs sont tous les participants à
elles n’ont pas pu asseoir entre les parte-
avantages du partenariat développé dans une action, dans le sens où ils détiennent
naires au développement et les acteurs à
le cadre de l’approche DPI et qui sont la des connaissances et des ressources et
la base un partenariat fonctionnel qui re-
clef des succès enregistrés, d’autre part où ils déploient des stratégies pour at-
pose sur un degré élevé de collaboration
de montrer quelques uns des éléments teindre des buts. Ces stratégies dépen-
qui dépasse le simple fait de s’engager
de succès enregistrés grâce à ce type de dent de leurs propres intérêts et atouts,
dans un projet conjoint. C’est pourquoi,
partenariat. mais aussi des stratégies adoptées par les
le besoin d’innovation est encore réel en
matière de partenariat dans le dévelop- autres acteurs et du contexte. Les straté-
pement agricole afin d’accroître l’efficacité 1. Conception du partenariat gies dépendent aussi des enjeux : chaque
et le succès des énormes investissements et de l’acteur acteur perçoit des enjeux pour lui-même,
qui sont entrain d’être consentis mais aus- c’est-à-dire le risque de perdre sa capacité
si de favoriser l’adoption, la pérennité et Il faut d’emblée préciser que notre propos d’action. Un enjeu renvoie tout d’abord à
la démultiplication des bonnes pratiques n’est pas de définir les concepts de parte- une relation, c’est-à-dire à un rapport so-
agricoles. nariat et d’acteur mais plutôt de préciser cial noué entre acteurs autour d’une chose
le sens que nous leur donnons dans cet (projet, pouvoir etc.) ou d’un bien (terre,
Le programme PROFEIS (Promotion de article afin d’en faciliter la compréhen- forêt, plantation, etc.), et non au rapport
l’Expérimentation et de l’Innovation pay- sion. Nous entendons par partenariat unedirect d’un individu ou d’un groupe à cette Plus grand est l’enjeu, plus grande sera la comité de pilotage efficace. Ces acquis
chose ou à ce bien. En outre, une relation mobilisation des acteurs. ont motivé une revue du montage ins-
de partenariat est souvent sous-tendue par titutionnel pour la mise en œuvre de la
un complexe d’enjeux très hétérogènes et Le partenariat dans le PROFEIS deuxième phase avec une évolution des
dépendants des acteurs impliqués. Il peut rôles et responsabilités des différents ac-
s’agir d’enjeux productifs, de subsistance, Les formes « traditionnelles » de parte- teurs. Ainsi, IED Afrique et ETC EcoCulture
commerciaux, inscrits dans le court terme nariat ne favorisent pas la créativité des Pays-Bas ont pris du recul pour laisser les
ou dans la longue durée, ou encore d’en- acteurs clés de tout programme de déve- ONG locales et les institutions étatiques
jeux politiques, religieux ou symboliques. loppement agricole, à savoir les paysans ; nationales (conseil agricole, enseigne-
elles n’encouragent pas non plus leurs ment supérieur et recherche) ainsi que les
initiatives en matière de développement réseaux de paysans innovateurs ou expé-
Limites des formes tradition- d’innovations et ne tiennent pas suffi- rimentateurs prendre plus d’autonomie et
nelles de partenariat samment compte des réalités socio-cultu- de responsabilité dans la mise en œuvre
relles. C’est pourquoi, pour accroître l’effi- du programme.
Nos expériences dans divers pro- cacité de non actions de développement
grammes de recherche, de RD (re- agricole dans le cadre du PROFEIS, nous Leur appui se limite maintenant au suivi et
cherche développement) mais aussi avons mis en place un partenariat de type à l’appui à la diffusion des innovations. Par
de développement au Sénégal et les multi-acteurs entre la recherche, les pay- ailleurs, pour insérer les approches par-
échanges que nous avons eus avec sans innovateurs et le conseil agricole. ticipatives de l’innovation et expérimen-
différents acteurs du PROFEIS sur leurs tation paysannes dans les structures de
perceptions des expériences de par- Acteurs du partenariat dans le recherche, de vulgarisation et d’éducation
tenariat qu’ils ont connu ici et ailleurs, mais aussi, pour renforcer son ancrage en
PROFEIS milieu paysan, le programme s’est ouvert
nous ont permis d’identifier les prin-
cipales limites de ces formes « tradi- PROFEIS est le programme francophone aux institutions de formation supérieure
tionnelles » de partenariat et qui sont frère du programme international PRO- (Université de Thiès et Université Cheikh
les suivantes : LINNOVA (PROmotion de L’INNOVAtion Anta Diop), de conseil agricole (Agence
locale en agriculture écologique et ges- Nationale du Conseil Agricole et Rural),
les acteurs à la base que sont les aux paysans innovateurs, aux paysans
tion des ressources naturelles). L’un de
paysans sont réduits à de simples expérimentateurs et aux paysans non in-
ses principaux objectifs est d’accélérer la
exécutants et ils ne sont pas novateurs. Aujourd’hui, le système natio-
propagation d’innovations génératrices de
porteurs des actions mises en nal élargi fonctionne bien avec un esprit
bonne production et axées sur la conser-
œuvre ; d’équipe qui met en avant le résultat au
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vation durable et environnementale des
le feed-back des paysans néces- ressources, vers les paysans pauvres en détriment des moyens de travail toujours
saire à la réorientation des pro- ressources pour une amélioration des soulevés dans les projets traditionnels sol-
grammes pour une meilleure moyens d’existence et de la sécurité ali- licitant un partenariat
efficacité est rarement pris en mentaire des ménages.
compte ;
Dans la première phase de sa mise en Avantages du partenariat PROFEIS
les connaissances et les savoirs œuvre, PROFEIS était porté au niveau ré- Dans le développement participatif de
faire paysans sont ignorés ou gional par IED Afrique (Innovations, Envi- l’innovation (DPI), approche partenariale
alors insuffisamment intégrés ronnement et Développement en Afrique) dans la mise en œuvre du PROFEIS, il
dans la recherche de solutions aux dont le rôle était d’apporter un appui n’existe pas une instance de planification
contraintes de l’agriculture ; méthodologique aux équipes nationales et une autre d’exécution. Seule l’idée ori-
et de mettre en place un système natio- ginelle peut avoir une paternité. La suite
l’apprentissage suit quasiment un
nal de promotion de l’innovation locale. est partagée, améliorée et mise en œuvre
sens unique ; ce sont les paysans
Au niveau national, c’est l’ONG AGRECOL par tous les acteurs. Cette approche a
qui apprennent des techniciens ;
Afrique qui en a assuré le portage avec engendré une série d’avantages : des rôles
le partenariat est peu dynamique, pour mission de bâtir un partenariat au très bien définis ; savoirs et savoir faire
peu diversifié et valorise peu les niveau national avec les structures de vul- de toutes les parties valorisées ; exécu-
atouts des différents acteurs en garisation, de recherche et/ou recherche- tion des activités en équipe constituée de
termes de connaissances, de développement. Les autres partenaires toutes les sensibilités et compétences d’où
ressources et de stratégies ; nationaux étaient la recherche avec l’Ins- un apprentissage mutuel : le chercheur
le partage des rôles et des titut Sénégalais de Recherches Agricoles apprend du paysan et des techniciens et
responsabilités, souvent, n'est (ISRA) et les ONGs locales GREEN Sénégal vice versa ; écoute de tout le monde et
ni équitable et ni fondé sur un et la FONGS dont les rôles étaient d’ap- respect mutuel ; réciprocité et d’équité
respect mutuel ; puyer les paysans innovateurs en expé- c’est-à-dire tous participent au processus
rimentation et autres activités de terrain. de prise de décision et tous les points de
l’exécution des programmes de- L’appui international était assuré par ETC vue reçoivent un traitement équivalent,
meure encore sectorielle car EcoCulture (Pays Bas) en collaboration sans égard à la position sociale des ac-
la notion d’équipe s’arrête à la avec IED Afrique et portait sur le renforce- teurs.
conception et à la définition des ment des capacités, le « backstopping » à
activités et enfin à l’identification Il y a un réel mixage entre les méthodes
distance et in situ des activités, l’assistance
des acteurs qui vont assurer l’exé- du chercheur (lentes et scientifiques/car-
à la collecte et l’analyse des données et la
cution de ces activités. tésiennes), les préoccupations urgentes
publication des résultats et leçons tirées.
des paysans et leurs connaissances empi-
Le suivi et l’évaluation se font dans A la fin de la première phase, les acteurs riques et enfin, la stratégie des vulgarisa-
une perspective extractive sou- locaux étaient parvenus à bien s’appro- teurs qui essaie de combiner les préoccu-
vent pour la hiérarchie supérieure prier l’approche DPI et à mettre en place pations de ces deux acteurs.
et leurs résultats ne sont que très un système national de promotion de
rarement et partiellement parta- l’innovation dynamique avec à sa tête un
gés avec les communautés.Ndiaye Ndiaye (Centre du Sénégal) ont
obtenu des semences de riz adaptées
à leurs conditions agro-écologiques et
socio-culturelles et ont augmenté leur
production de riz ; Le paysan innovateur
Alassane Fall du village de Keur birima
Fall à Thiès (Ouest du Sénégal), a
développé des activités économiques
autour de son système de goutte à goutte
qui est plus économique que les kits
traditionnels goutte à goutte ; les paysans
du groupement Djik Djiam ont adopté la
technologie de l’utilisation de Piliostigma
Photo : Famara Diedhiou
reticulatum (Nguiguis en ouolof) pour
faciliter la croissance du manguier
sans arrosage ; les paysans de Thionck
Essyl (Sud du Sénégal) ont obtenu des
variétés de riz productives et précoces en
provenance de Fatick (Centre du Sénégal)
Préparation de la mise en pépinière
qui leur a permis de doubler leurs
rendements. Par ailleurs, les réseaux ont
2. Résultats adoptées par d’autres communautés permis de tisser ou de renforcer les liens
locales et quelque fois à travers les réseaux sociaux entre différentes communautés
A la fin de la première phase du ProFEIS, paysans sans intervention extérieure. paysannes du pays, mais aussi entre les
l’évaluation participative qui avait été faite Les conditions qui ont facilité l’effet différents acteurs du programme.
à l’aide de la grille SEPO, qui a été rete- tâche d’huile sont tout d’abord la bonne
nue comme étant l’outil le plus pertinent diffusion des innovations par l’ensemble Conclusion
pour conduire cet exercice, par l’ensemble des acteurs du partenariat multi-acteurs
qui relayent les informations. Ensuite, il y Le partenariat multi-acteurs développé
des acteurs a permis d’identifier, les prin-
a le rôle important de la presse (écrite et dans le ProFEIS est un outil qui propose
cipaux points de succès du partenariat
orale) qui a diffusé certaines innovations trois conditions pour des partenariats plus
multi-acteurs. L’évaluation a concerné en
10 particulier l’approche ProFEIS, les réseaux
locaux mis en place par le programme et
considérées comme phares et porteuses.
Enfin, il y a deux autres facteurs qui ont
productifs, c’est-à-dire pour augmenter la
qualité de l’action : créer une dynamique
de participation suffisante, égaliser les
facilité l’adoption des innovations. D’une
les Expérimentations conjointes. rapports de pouvoir, combiner les savoirs
part, les innovations ayant été réalisées
avec des ressources locales sont mieux et placer les paysans innovateurs au cœur
Une grande confiance s’est instal- adaptées au contexte socio-économique des actions. ceci permet à tous les acteurs
lée entre les différents acteurs et culturel des communautés où elles de participer aux choix stratégiques
ont émergé. D’autre part, ces innovations (quels sont les buts du programme ?), aux
Grâce à cette confiance, les paysans inno- choix tactiques (quels moyens d’action ?)
permettent aux paysans pauvres
vateurs se sont ouverts aux chercheurs, ou aux choix opérationnels (comment
d’augmenter leurs revenus ou d’améliorer
aux vulgarisateurs et aux autres paysans. mettre en pratique la solution ?). Et dans
leur sécurité alimentaire.
Le résultat est l’identification et la carac- ces conditions, les succès obtenus dans la
térisation d’innovations techniques et résolution des contraintes ressenties par
socio-organisationnelles pertinentes et Des paysans innovateurs qui se
les acteurs à la base est l’œuvre de tous
qui peuvent favoriser des changements sont sentis valorisés les acteurs.
positifs en matière de gestion des res-
Beaucoup de paysans innovateurs, ont On ne saurait cependant le cacher, le par-
sources naturelles et contribuer à l’amé-
affirmé que le programme leur a donné tenariat multi-acteurs est un mode d’ac-
lioration de la sécurité alimentaire et des
une fierté et une reconnaissance. En effet, tion exigeant : il repose sur un esprit de
revenus des paysans. Certaines de ces
dans le cadre des rencontres d’échanges compréhension et de tolérance, un sens
innovations ont été améliorées grâce aux
entre paysans organisées par les organi- élevé de la négociation, de l’humilité du
expérimentations conjointes (EC) qui ont
sations paysannes et auxquelles partici- respect de l’autre.
été conduites en partenariat par les cher-
pent les chercheurs, les vulgarisateurs et
cheurs, les paysans et les vulgarisateurs.
la presse, les innovateurs font des exposés
L’élément catalyseur de la réussite de ces Dr Ibrahima DIEDHIOU,
sur leurs innovations et partagent leurs
EC est sans nul doute la grande confiance Enseignant Cheucheur.
expériences avec les participants. Leurs
entre les acteurs. Les EC ont été un cadre Département Productions Végétales.
actions sont aussi relayées par la presse UFR Sciences Agronomiques et Développement Rural.
d’apprentissage mutuel où les paysans
et certaines innovations sont diffusées au- Université de Thiès.
innovateurs ont représenté le centre du BP: A296 Thiès (Sénégal).
delà des frontières nationales grâce aux
processus. Elles ont démontré la capacité Tél.: +221 77 658 25 16
articles publiés dans des revues comme
des paysans, lorsque les conditions d’une
AGRIDAPE et Spore. Tout ceci concourt à Famara DIEDHIOU,
participation sont suffisantes, de participer Ex coordonnateur du PROFEIS / Coordonnateur du
donner aux innovateurs une certaine re-
à un processus de recherche action pour projet à Fahamu, Bureau Afrique de l'Ouest
connaissance et élargit leurs réseaux de
le développement agricole où les actions Tél.: 33 867 50 65 / 77 539 89 28
relations et d’activités. Email : pfamara@gmail.com ou famara@fahamu.org
sont dictées par leurs préoccupations.
De solides et dynamiques réseaux des
Un taux d’adoption important des paysans innovateurs ont été mis en place
au service du développement agricole
innovations
Ils ont permis un solide ancrage du
Les innovations identifiées dans le programme au Sénégal, les femmes de
cadre du programme sont entrain d’êtreVous pouvez aussi lire